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20 février 2018

Je suis allé écouter du Migos chez Claude Hagège

Il n’est pas loin de 23 heures lorsque le téléphone vibre. Derrière la lumière bleue affichée par l’écran, un message vocal découpé sur un ton sec et péremptoire : "Rappelez-moi, s’il vous plaît, pour confirmer ou infirmer notre rendez-vous prévu demain à propos du groupe Migos. Vous pouvez me joindre jusqu’à deux ou trois heures… Si vous êtes aussi nocturne que moi."

A 82 ans, Claude Hagège n’est pas du genre à se coucher tôt. Officier des Palmes académiques, médaille d’or du CNRS, chevalier de la Légion d’Honneur et de l’ordre des Arts et des Lettres, l’ancien élève du lycée Carnot de Tunis a dédié sa vie à l’étude des langues et de leurs particularités. Vous imaginez facilement la fréquence des pulsations au moment de frapper à la porte de son domicile parisien. Surtout qu’il s’agit aujourd’hui d’évoquer la puissance lexicale de trois champions capables de répéter le vocable VERSACE à peu près 800 fois en moins de deux minutes.

Depuis 2013 et la sortie de son tube tremplin, Migos ne s’est pas contenté d’exister comme la plus grande agence de pub spécialisée dans le placement de produits. Quavo, Offset et Takoff ont signé trois albums (Yung Rich Nation, Culture 1 et Culture 2) suffisamment perchés, libres et inventifs pour bouleverser la forme et l’expression d’un langage rap toujours plus universel. En 2018, l’influence du groupe déborde largement du cadre de la musique. Et il fallait bien toute l’expertise d’un linguiste aussi curieux et passionné que Claude Hagège pour décoder les petites merveilles phonétiques qui éternisent nos soirées à grands coups de "BRR" et de "SKRR SKRR ". Extraordinairement à l’aise dans un combo claquettes-chaussettes des plus actuels, le professeur honoraire au Collège de France reçoit au milieu de son salon, entouré par ses livres et les partitions de violon qui l’accompagnent depuis l’enfance. Alors que les enceintes crachent le troisième acte du Don Carlos de Verdi, c’est un tout autre (space) opéra que l’auteur de Parler, c’est tricoter (2013) s’apprête à découvrir et à éclairer.

Claude Hagège – Permettez-moi simplement de couper ma musique. Si j’ai bien compris, vous avez apporté de quoi écouter ce groupe dont vous m’avez parlé au téléphone. Je dois vous avouer que j’ai pris un peu d’avance : mon fils m’a envoyé un lien pour que je sache à quoi m’en tenir. J’ai l’impression qu’on est assez loin de la musique qui me passionne en temps normal. Je suis violoniste. J’avais une répétition avant-hier. On joue du Schumann, du Mozart, du Brahms… Comme je suis – et c’est bien la seule qualité que j’accepte que l’on me donne – un esprit assez ouvert, je me suis intéressé au rap par le biais de mon fils. C’est peut-être ce qui me différencie des vieux cons. Sinon vous ne seriez pas ici aujourd’hui. Et j’aurais trouvé un prétexte pour ne pas recevoir quelqu’un qui représente Les Inrockuptibles. (rires)

D’un point de vue strictement formel, il y a sans doute des choses qui peuvent vous intéresser chez Migos. Leur culture de l’ad-libbing par exemple. Il me semble que l’expression vient du latin ad libitum et décrit les notions de plaisir et de spontanéité. Migos a progressivement transformé ces éléments de décor pour en faire une signature si familière qu’elle est devenue la structure principale de leurs morceaux.

Ad libitum signifie "selon son désir”. C’est une expression que l’on utilise toujours en français soutenu au sens de “comme on veut”. D’après ce que je constate sur le morceau que l’on vient d’écouter, ils utilisent beaucoup d’onomatopées. En lisant leurs paroles, je n’ai pas l’impression qu’ils transforment réellement l’anglais pour autant. Ils prennent, en revanche, beaucoup de libertés. Ils mettent des articles devant des démonstratifs, transforment la phonie de certains mots… Les langues sont un territoire de libertés et de contraintes. De liberté, car elles permettent à chacun de sortir de son isolement ou de son solipsisme (dans les cas les plus pathologiques) pour rentrer en communication avec le reste du monde. Et de contraintes, car pour parler n’importe quelle langue il faut passer par l’apprentissage d’un certain nombre de règles. Dans le cas des rappeurs, comme dans celui d’innombrables entreprises poétiques, la langue est soumise à des tentatives de rupture de ces contraintes. C’est, selon moi, l’une des définitions de l’art dans la création littéraire. L’observation ne tient évidemment que si l’on élève le rap au rang de poésie. Poésie au sens grec du terme, c’est-à-dire "fabrication de quelque chose de nouveau".

Certaines onomatopées popularisées par Migos se retrouvent aujourd’hui dans le rap du monde entier, de la France à la Russie, sans que personne ne se pose la question de leur sens initial. C’est le cas de SKRR par exemple, qui serait une contraction de "Let’s get it" ou une simple transcription du bruit d’une voiture qui freine. Dans l’histoire des langues, de telles transformations se sont-elles déjà imposées au fil du temps, sans que l’on sache ce qu’elles désignaient réellement ?

Oui, dans le cas où le français a fait de nombreux emprunts à l’argot par exemple. Un certain nombre de formations argotiques sont devenues françaises. Par exemple, le suffixe “-ole” dans “cabriole” est d’origine argotique. Son emprunt remonte très loin, à l’époque de la cour des Miracles, et même plus loin encore. En français, l’emploi de ce suffixe a été consacré par l’usage alors qu’il s’agissait d’une invention accolée à un mot d’origine latine. Pour revenir au cas de Migos, j’ai quand même l’impression que leurs onomatopées sont très spécifiques. Elles ne se sont pas encore introduites dans la langue anglaise, sauf peut-être chez le public auquel vous faites référence. Je n’ai pas l’impression que "Brr" et "Skrr" apparaissent déjà dans l’anglais courant en dehors des gens qui écoutent du rap.

Aux Etats-Unis comme en France, les artistes les plus populaires viennent aujourd’hui du rap. Et leurs expressions transforment l’usage du français ou de l’anglais…

Je n’y vois pas une forme de danger. Souvent, lors de mes conférences, des gens à l’esprit un petit peu conservateurs me demandent si le français n’est pas destiné à s’écrouler à cause du langage SMS ou de ce genre d’abréviations. Je leur réponds que non, pas du tout ! Un garçon qui veut déclarer sa flamme à une fille en lui écrivant "Jtm" reste parfaitement compréhensible. Tout le monde peut le décoder en un instant. Il ne faut pas se laisser prendre à l’artifice des graphies. Les graphies représentent un domaine ouvert à la liberté. On peut écrire de mille façons sans pour autant transformer la phonie d’un mot ou d’une phrase. Qu’il s’agisse du rap ou du langage SMS/Internet, les libertés graphiques n’ont pas eu, jusqu’ici, la moindre incidence sur la façon dont les gens prononcent. Il est assez intéressant de constater que cette écriture libertaire sacrifie très souvent les voyelles. On n’écrit plus que les consonnes, un peu comme dans les langues sémitiques que sont l’arabe ou l’hébreu. La charpente consonantique des mots est ce que l’oreille entend le mieux.

J’ai cru comprendre que le rap français empruntait beaucoup au verlan. A l’origine, le verlan était un langage carcéral mais son point de départ est complètement oblitéré aujourd’hui. Les gens qui utilisent le verlan ne s’intéressent pas une seconde à son histoire. Pour les prisonniers français, dès la fin du XVIIIe siècle, c’était une façon de tromper l’attention des matons. Le verlan obéissait à des règles très précises qui paraissent naturelles aujourd’hui mais qu’il me paraît essentiel de spécifier. La verlanisation suppose un minimum de deux syllabes. Mais le mot mère, par exemple, n’est pas permutable car il est monosyllabique. Il faut donc d’abord en rajouter une pour avoir mè-re. Ensuite il faut permuter mè-re en re-mé. Et enfin, il y a une troisième étape qui est la troncation : rem-é devient reum. Le mot flic subit le même genre de modification pour aboutir à keuf : disyllabisation, permutation, troncation. Donc les gens qui utilisent le verlan font de la linguistique sans s’en apercevoir.

Après avoir écouté quelques extraits, que pensez-vous d’un groupe comme Migos et de ses spécificités ?

D’après ce que vous m’aviez dit au téléphone il s’agit donc de trap-music, c’est bien cela ? S’ils sont aussi influents que vous le dites, on peut sans doute parler d’un genre artistique nouveau dans la mesure où ils obéissent à des règles et des types de décorations spécifiques. Cela dit, je vous dirais que la seule chose qui me semble être une nouveauté ici c’est le rythme. Je ne m’intéresse pas du tout au rap, mais j’avais plutôt le souvenir d’une musique où les mots étaient débités à toute vitesse…

Quel regard portez-vous sur l’existence du rap comme une valeur culturelle stable en France ?

Pour le peu que j’en connais, le rap s’inscrit dans le sillage de la poésie car il modifie et bouleverse la langue. Personne ne choisit sa langue maternelle. On l’apprend parce que notre milieu familial ou scolaire nous l’impose. On ne l’invente pas, elle nous précède et elle nous survivra. A l’intérieur de ce cadre rigide, la tentation et les tentatives d’imposer de nouveaux codes sont immenses. J’ai l’impression qu’au début il y avait une envie chez les rappeurs de rester confidentiels par rapport au monde qui les entourait. Et qu’ils plaçaient la subversion moins dans les transformations formelles que dans le rythme. L’extrême rapidité de l’élocution rendait cette expression difficile à comprendre pour ceux qui n’étaient pas initiés. Un jour, j’ai d’ailleurs tenté une expérience avec l’un de mes étudiants qui faisait du rap. Il a débité un texte presque impossible à comprendre. Je lui ai alors demandé de prononcer tout ce qu’il venait de dire sur un rythme plus lent. D’un seul coup, tout était transparent.

C’est un peu ce qu’il se passe aujourd’hui avec la domination de la trap dans l’expression rap internationale. Le tempo est ralenti et il y a beaucoup plus de place et de respiration entre les textes. Grâce aux ad-libs, les rappeurs ont aussi de nouveaux instruments pour éclairer ou au contraire brouiller leur propos à volonté.

Considérer les mots comme des lumières autonomes et choisir d’intensifier ou de diminuer leur éclairage… Alors là c’est intéressant ! J’ai aussi cru comprendre que le rap français faisait beaucoup d’emprunts au verlan. Je me suis beaucoup intéressé à ce phénomène en allant enquêter dans les cités. Il y a un lien évident entre les usagers du verlan et les problèmes socio-économiques qui touchent les habitants de ces quartiers. Quand ils sont Noirs ou Arabes, ils ont rejetés par le racisme que certains osent appeler “ordinaire” et beaucoup sont marginalisés par le chômage ou l’insalubrité. Comme très souvent dans l’histoire des langues, la marginalisation des individus sécrète une langue particulière. C’est-à-dire une forme d’expression qui revêt l’aspect d’une langue secrète, impossible à comprendre pour les autres. Ce type de langue répond à trois urgences. La solidarité entre les membres du groupe. L’exclusion de ceux qui n’en sont pas. Et, troisièmement, un élément dont on n’a pas parlé mais qui me paraît être une définition essentielle du rap (et apparemment typique de celui de Migos vous venez de me faire écouter) : c’est l’aspect ludique. Je pense qu’il y a toujours eu une place importante dévolue au jeu dans le rap. Le jeu avec les mots, avec la langue que l’on manipule et qu’on transforme. Mais surtout le jeu par rapport au public du rap, qui est un public d’initiés et qui sait que d’autres ne comprendront pas. Cette attitude ludique entre les niveaux de lecture n’est pas agressive, mais c’est selon moi l’une des définitions principales de ce que vous venez de me faire écouter.

Des groupes comme Migos ont aidé à populariser un geste qu’on appelle le dab et qui vient suivre la parole pour renforcer la puissance d’une punchline. Existe-t-il des langues dans lesquelles la gestuelle peut revêtir une valeur sémantique, au même titre qu’un mot ou qu’une phrase ?

Le dab, vous dites ? S’agit-il d’une manière de souligner un bon mot que l’on vient de faire ? Les langues, en tant qu’instrument, visent avant tout à la clarté de la communication. Si des comportements y font obstacle, ils ne peuvent pas être consacrés sur le plan linguistique. Donc je ne connais pas d’exemple de ce type. A l’exception du recours aux onomatopées, je ne vois pas de réelle révolution dans les textes de Migos. L’omniprésence des contractions comme Call’em à la place de Call them est quelque chose qui appartient à l’anglais parlé. C’est absolument courant dans la culture populaire aux Etats-Unis. Tout comme l’emploi des mots fuckin’ ou nigga que je vois également beaucoup revenir dans leurs chansons. Aujourd’hui, le mot nègre est considéré comme très péjoratif. Mais en créole martiniquais, on peut dire neg pour désigner un homme. En français, on dit “noir” mais ce mot reste chargé pour certaines personnes qui ne sont pas à l’aise avec son emploi. Des gens préfèrent dire “black”, alors qu’ils ne parlent pas du tout anglais. J’en fais une analyse purement linguistique. Selon moi, c’est une façon de se réfugier dans l’inconnaissable : certaines personnes n’osent pas dire (ou admettre) une réalité dans la langue qui leur est propre.

Avec la puissance d’Internet, les langues se transforment à une échelle inédite. Connaissez-vous d’autres exemples historiques qui ont accéléré ou même déclenché des modifications dans l’usage des langues ?

Oui, bien avant l’invention d’Internet ou même celle de l’électricité et sous un nom bien connu : l’emprunt. Il est arrivé que des langues en envahissent d’autres jusqu’à se substituer à elles-mêmes. C’est par exemple souvent le cas lors des conquêtes militaires, des colonisations… Il y a aussi des emprunts “pacifiques” comme c’est le cas aujourd’hui avec l’anglais qui s’invite dans le français. Peut-être aussi sous l’influence du rap américain d’ailleurs. J’ai écrit un livre qui s’intitule Contre la pensée unique, dans lequel je m’en prends aux emprunts excessifs de l’anglais. Mais il y a deux types de fréquences à distinguer : la fréquence lexicale et la fréquence dans l’usage. La récurrence de certains mots dans l’usage peut donner l’impression d’une invasion de l’anglais dans le français. Pourtant, si on fait le décompte lexical, on se rend compte qu’il n’y pas vraiment de danger car ce sont généralement les mêmes mots qui reviennent tout le temps.

L’art et la culture peuvent-il transformer une langue durablement ?

Oui mais seulement les formes orales. L’oral est un domaine d’ouverture extrêmement souple alors que l’écrit est un domaine de fermeture. La forme écrite reste un domaine très conservateur.

J’ai l’impression que vous dites ça comme un regret…

Je suis un linguiste. Je n’ai donc pas d’états d’âme lorsque j’étudie les langues. Je les considère telles qu’elles sont. J’ai traîné mes guêtres un peu partout et comme j’ai une bonne santé, je continue encore à voyager. Je suis allé au Cameroun, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Canada, aux Etats-Unis, en Assam (dans le nord-est de l’Inde) ou à Mindanao dans le sud des Philippines… Dans toutes ces régions, j’ai constaté que les innovations de la langue orale n’affectent jamais l’écrit. Ces deux mondes sont comme cloisonnés. Sauf, peut-être, quand il s’agit d’un dialogue ou de propos rapportés. Dans votre journal, j’imagine que vous n’écrivez pas comme Migos sauf quand vous les citez. L’écrit conservera toujours une solennité particulière qui existe beaucoup moins à l’oral.

Comme Migos avec le clip de Versace sorti en 2013, vous avez connu une médiatisation assez subite qui a changé la suite de votre carrière. C’était en 1985, sur le plateau de l'émission Apostrophes de Bernard Pivot. Comment avez-vous vécu ce moment à l’époque ?

Un an après, une étudiante est venue me voir avec son directeur de thèse. Elle écrivait sur l’impact de la télévision sur la vie des gens et voulait savoir si cette émission, qui m’avait projeté d’un relatif anonymat vers la notoriété, avait changé ma vie. A l’époque, cette histoire me traumatisait. Je n’ai pas voulu lui répondre. A distance, je vous dirais que cette émission fait que vous êtes là aujourd’hui. Elle m’a fait connaître, de médias notamment. Mais, et je vous en fais la confidence bien que vous ne soyez pas un ami intime, elle n’a pas transformé ma vie professionnelle de linguiste. Elle a changé ma relation avec le public, j’ai pu écrire des livres qui ont bénéficié d’un écho particulier.

Quand vous étiez enfant, pourquoi avez-vous décidé d'apprendre autant de langues et à vous passionner pour les histoires qu’elles renferment ?

J’ai toujours été intéressé par les langues, au point que mes parents s’inquiétaient parfois de me voir aborder des étrangers qui s’exprimaient dans des langues auxquelles je ne comprenais rien. Souvent, les journalistes qui m’interrogent s’intéressent au côté sensationnel. Je suis polyglotte et les gens sont parfois fascinés par ce côté singe savant. J’ai toujours été habité par l’amour des langues. Je ne les compte pas. Un homme habité peut être un footballer, un plombier ou un rappeur. Moi, je suis habité par la passion des langues. La linguistique est une école de l’antiracisme. Lorsque vous apprenez une langue étrangère, c’est une façon d’ouvrir la communication avec n’importe qui. C’est ma conception, même si je constate avec chagrin qu’elle n’est pas forcément partagée.

Propos recueillis par Azzedine Fall

Il vous reste un peu moins de quatre mois pour réviser votre grammaire  en écoutant Migos avant leur concert à We Love Green prévu le samedi 2 juin.

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Les portraits de Renaud Monfourny : Marie Modiano

Retrouvez les photos de Renaud Monfourny sur son blog

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Booba, rencontre à Miami avec le king du rap français

Un rugissement assourdissant. 620 chevaux au galop. Ce mercredi 17 janvier à l’heure du déjeuner, la 59e Rue de Miami voit son tranquille équilibre troublé par l’arrivée en fanfare de Booba dans son S65 AMG V12 Biturbo. Porte gauche ouverte : le patron du rap français s’extrait du vaisseau amiral de Mercedes en tenue de boxeur (chaussettes longues, short et marcel noir). Il sort d’un entraînement en plein air.

Deux petites têtes accompagnent ses 192 centimètres de muscles et de tatouages. Il s’agit de Luna et d’Omar, ses deux enfants. Père de famille, sportif accompli, patron de label et serial entrepreneur (de la création d’une ligne de vêtements et de parfums à la distillerie de whisky en passant par le lancement d’une chaîne de TV et dernièrement une agence de management de joueurs de foot) : à 41 ans, Elie Yaffa est un peu tout cela à la fois.

Pour le rappeur le plus important de l’histoire de France, la musique n’est plus qu’une branche d’un vaste empire, et ce stakhanoviste jongle d’une activité à l’autre avec autant de facilité qu’il change de coupé sport.

Dans le quartier industriel de Little Haiti à Miami

Booba sort un énorme carton de fringues de son coffre. Il est fin prêt pour le shooting photo. Le long bâtiment blanc en béton dans lequel il s’engouffre ne paie pas de mine. Nous sommes dans un secteur industriel de Little Haïti, en lisière des quartiers branchés de Wynwood ou du Design District, bien loin des tours scintillantes de Downtown.

Niché entre une galerie d’art trendy et un centre de “spa dentaire”, l’édifice abrite aussi le studio dans lequel le rappeur avait réalisé les photos de son dernier album, Trône. Après avoir sélectionné quelques fringues et attaché une montre sertie de diamants à son poignet, Booba prend ses meilleures poses sous le crépitement des flashes.

Pour passer le temps, Luna tournoie sur elle-même en écoutant Firework de Katy Perry pendant qu’Omar joue à chat avec Gato Da Bato. Le rappeur haïtien, incontournable invité des albums de B2O, a profité de la séance pour venir signer quelques papiers. Le shooting terminé, Booba jette un coup d’œil aux photos avant de nous interpeller.

“Bon, je ramène les enfants à la maison et on la fait cette interview ? Un restau italien, ça te va ?” Rendez-vous est pris dans sa cantine préférée, un restaurant sarde de Miami Beach, avec vue imprenable sur la baie. “On est pas bien ici, comme de véritables Soprano ?”, rigole le Duc de Boulogne sans jeter un seul coup d’œil au menu. “Je sais déjà ce que je veux mais vas-y, prends ton temps.”

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Bagarre, premier album en mode fight clubbing

C’est l’histoire d’un polyamour. D’une famille choisie, d’une bande, d’un clan, d’une horde, d’un groupe. On a voulu les diviser, les rencontrer un par un dans un souci de clarté. Ç’eut été une grossière erreur. Il faut se confronter à ses cinq têtes pensantes, faire face à ses cinq corps dissemblables, au même moment, au même endroit, pour rencontrer Bagarre, animal hybride, eau vive, liquide en mouvement qui se terre sous la terre, rue de Charenton, dans le XIIe arrondissement de Paris.

Pour rejoindre le fight club, on emprunte un escalier posé au beau milieu d’une cour d’immeuble, on pénètre dans un parking souterrain, on se faufile dans un couloir, on pousse une porte, et nous voici dans un petit studio, face à face avec elle, ça, la chose. Elle est assez enrhumée mais heureuse de nous accueillir dans ce studio où elle a bossé l’essentiel de son premier album, Club 12345.

La lumière est vive, les corps sont chauds, les esprits éveillés 

Elle s’appelle Emma, Arthur, Thomas, Cyril, Mustafa. Elle a autant de prénoms que de pseudos : Emmaï Dee, La Bête, Majnoun, Maître Clap et Mus. Autant de pseudos que de personnalités. Autant de personnalités que de physiques : petits, grands, fins, baraqués, garçons, fille, brun, blond, châtain. Autant de physiques que de styles vestimentaires, même si Maître Clap a conservé l’uniforme Adidas, leur signature.

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Le Dour Festival balance 27 nouveaux noms à sa programmation 2018

Comme chaque année le festival belge sera inratable. Pour sa 30ème édition qui se tiendra du 11 au 15 juillet, la soixantaine de noms annoncés nous donnait déjà très envie (The Chemical BrothersSoulwaxTyler, the Creator, Princesse Nokia, Angèle ou Paul Kalkbrenner entre autres). Une vingtaine de noms viennent encore s'y ajouter.

La Scandinavie sera présente avec la chanteuse danoise Mø et les Suédois de Little Dragon, deux groupes français s'ajoutent également à l'affiche avec nos chouchous de Bagarre et L’Impératrice, sans oublier deux projets du plat pays qui montent très vite : Caballero & JeanJass et le MC Swing en solo.

Coté électro, l'américaine plus hype que jamais The Black Madonna fera son retour après avoir marqué les esprits du festival l'année passée. Une autre reine de la nuit, Paula Temple viendra en b2b avec Rebekah. Mais encore les français Mr. Oizo et Umwelt, ainsi que Mind Against et Adriatique.

>>> À relire : Le Dour Festival promet encore un joyeux bordel en Belgique

Il en faut pour tous les goûts, un virage post-punk sera amorcé avec les Canadiens de Preoccupations, le rock allemand du trio de Kadavar, les américains de Pallbearer et Eyehategod, et la gothique californienne Chelsea Wolfe. Sans oublier la scène dub qui sera représenté avec U-Roy & Mad Professor, Ken Boothe, et Channel One, Biga*Ranx et Hollie Cook.

Toute la programmation est a retrouver ici, et les tickets dors et déjà mis en ventes sont là.

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Une belle surprise pour les fans de My Bloody Valentine

Le groupe de shoegaze mythique My Bloody Valentine vient de faire une jolie surprise à ses fans. Alors qu'ils ont récemment sorti de nouvelles rééditions de vinyles de leurs deux premiers albums, Is not Anything et Loveless, certains fans chanceux ont pu recevoir une surprise un peu spéciale en bonus ! Un pressage alternatif du vinyle de l'album Is not Anything sorti en 1988, a été glissée dans les envois, pour les fans qui avaient commandé directement les rééditions originales.

Malheureusement, elle est déjà complètement épuisée, comme l'a confirmé le groupe dans un tweet, visible ci-dessous :

pic.twitter.com/luBZ2GPaol

— TheOfficialMBV (@TheOfficialMBV) February 19, 2018

«Nous voulions vous prévenir que les pressages extra en bonus d'Isn't Anything sont maintenant totalement épuisés. Merci à ceux qui ont acheté les ré-éditions originales ! »

>>> Relire la chronique de leur dernier album MBV par les Inrocks

My Bloody Valentine a annoncé sa première date de tournée en quatre ans. Ils joueront au festival Sonic Mania au Japon en août, aux côtés de Nine Inch Nails et Marshmell, également confirmés.

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Superorganism : nouveau groupe, nouveau clip, nouveau tube !

Le collectif de huit musiciens venant d’Angleterre, du Japon, ou d’Australie, avec à leur tête Orono, une jeune étudiante de 17 ans, continue à sortir des tubes comme des petits pains. Après les clips de Something for your M.I.N.D, ou Everybody wants to be famous, Reflections On The Screen ne déroge pas à la règle. Cette fois-ci le groupe nous propose une réflexion sur nos rapports aux écrans et le fait d'être constamment connecté, toujours dans sa pop juvénile avec un clip aussi psyché que moderne. La formation sortira son premier album, le 2 mars sur le label indé anglais Domino Records. Soyez prêts !

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Boyd Jarvis, l’un des pères de la house et du US Garage est mort

Le monde de la house est en deuil. L’un de ses pionniers, le légendaire musicien et producteur Boyd Jarvis est mort, des suite d’un cancer, diagnostiqué en 2016. Un concert de soutien pour lever des fonds réunissant un parterre d’artistes de renoms (Maestro, Merlin Bobb, Francois K…) avait eu lieu la même année. Son décès met fin à une carrière longue de presque 30 ans.

Trois décennies pendant lesquelles l’Américain aura œuvré à l’évolution et du mouvement house en travaillant dans l’ombre avec les plus grandes stars mondiales comme Prince, Madonna ou encore l’icône jazz Herbie Hancock. Il avait également collaboré avec des pontes de la scène dance comme Timmy Regisford (propriétaire du Shelter Club de la Grosse Pomme), l’icône française de la house François Kevorkian (aka François K) ou encore “Little” Louie Vega, l’une des deux têtes du groupe Masters At Work.

Une carrière multiple

Lancé au tout début des années 80, dans un New York en pleine ébullition, le producteur s’évertue à imaginer un son neuf, composé à base de synthétiseur. Une création qui ne passera pas inaperçue pour Timmy Regisford, qui l’invitera par la suite à se produire avec lui. Dès 1983, Boyd change de dimension avec le tube The Music Got Me – considéré comme l’un des tracks de référence pour la scène house - qu’il coproduit, sorti sur le label Prelude Records (dont un certain François K est le DA).

Son apport pour cette scène ne s’arrête pas là, et le producteur continuera pendant plusieurs années de contribuer à l’évolution de la house ; cette fois, en tant qu’animateur radio. Avec Timmy Regisford, ils s’occuperont de l’émission Saturday Night Dance Party, diffusée sur la célèbre WBLS. Pour vous faire une idée, les prises d’antenne ressemblaient à ça :

Pour avoir une vision plus globale de son œuvre, on vous conseille d’aller faire un tour sur Apple Music.

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