Actu musique

14 décembre 2017

Live à Fip : Trans Musicales de Rennes

Natalie Maddix, chanteuse radieuse des House Gospel Choir | RF / Chantepie Retour à Rennes jeudi soir avec notre compilation live des meilleurs moments des Trans avec Tank and The Bangas, House Gospel Choir, Gili Yalo, ou encore Dynamic Blockbuster.

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Club Jazzafip du jeudi 14 décembre 2017

Tarriona "Tank" Ball et Anjelika "Jelly" de Tank and The Bangas |RF / Schnee De 19h à 20h, ça jazz à fip ! Jane Villenet (du lundi au jeudi) et Charlotte Bibring (du vendredi au dimanche) reçoivent chaque soir un programmateur pour une émission où s’entremêlent tous les jazz, des grands standards aux artistes émergents.

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Gloria : "C'est bien que le psyché perdure"

Wendy, Beatrice, Amy , Josselin, Kid et Thomas = Gloria | DR Le groupe lyonnais a déroulé son rock sixties aux Trans Musicales cette année. Rencontre à Rennes avec ce sextet espiègle qui vient de mettre en ligne son nouveau clip "The Rain Is Out".

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L'Impératrice annonce son premier album, avec un nouveau morceau parfait pour ce soir

La musique de L'Impératrice nous a donné quelques frissons languides ces deux dernières années : de la pop dansante synthétique mais voluptueuse et chaude, un peu dans l'esprit des premiers Air ou du disco millésimé, empreint de nostalgie mais sans odeur de vieille personne. Un interview de jeunesse est à relire ici.  Il y a deux mois, le groupe avait dévoilé un nouveau morceau romantique et photographique (façon roman-photo, quoi), Erreur 404, en préambule d'un premier album prévu pour 2018.

Et tout se précise : l'album s'appelera Matahari, et il sortira le 2 mars sur le label Microqlima. Onze titres produits par Renaud Létang, avec notamment Charles X et Isaac Delusion aux voix, et Emir Deodato aux arrangements.

Si vous habitez Paris, vous avez peut-être croisé d'érotiques et mystérieuses affiches annonçant un avis de recherche, avec un buste de femme bleue chapeautée. C'est le futur visuel de l'album. Un QR code vous envoie alors vers le nouveau morceau Là-haut, qui figurera sur Matahari.

Mais si vous n'habitez pas Paris, ce n'est pas grave et L'Impératrice vous aime bien quand même, puisque le morceau Là-haut est aussi là en dessous :

L'Impératrice prépare une grosse tournée française à partir du 2 février et jusqu'au mois de mai, avec un Casino de Paris (presque complet) le 4 avril.

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Avec Priestess, on tient la rappeuse italienne la plus cool du moment

Franchement, si l'on écrivait en émojis, suivraient une avalanche de cœur dans les yeux, bouche en cœur, cœur violet, rouge, noir, rose, double cœur, mains qui prient, pouce en l'air, V de la Victoire, et re-coeur, et re-pouce en l'air, et tête qui brûle, et bave aux lèvres, et feu, feu, feu, et surfeur, et poussin,et tchin-tchin.

Camere oscure al sapore di erba, le canne i caffè, i vicini son fuori di testa, un po’ come me. ????✨ #Priestess #MariaAntonietta #GOBOLDLY • @catfootwearitaly | ????: @gavinsfp

A post shared by PRIESTESS (@thetruepriestess) on Nov 16, 2017 at 9:28am PST

C'est Madman justement, un autre rappeur originaire des Pouilles inconnu lui aussi de ce côté-ci des Alpes, qui repère Priestess et enregistre un featuring avec elle, Devil May Cry, en 2015.

Priestess ne raconte pas grand chose par mail, sinon des banalités, comme si elle récitait ce qu'elle avait elle-même lu dans des interviews ("J'ai choisi Prêtresse car les prêtres font le lien entre l'humanité et la religion et je veux être le lien entre ceux qui écoutent ma musique et leurs sentiments." OKAY) Retenons ses influences internationales : Rihanna, J. Cole, Drake et Beyoncé. Et son projet de bosser le live à 200% même si elle souhaite "aussi vite que possible retourner en studio pour travailler sur de nouveaux morceaux."

Priestess est actuellement en tournée européenne et s'arrêtera à La Machine du Moulin Rouge ce vendredi 15 décembre pour une soirée Fils de Vénus, avec PEANUTS ainsi que des DJ-Sets de la bande FDV. Un truc à ne pas louper. Plus d'infos ici. 

Les Inrocks - musique

Les Américains Oh Sees reviennent avec un clip cosmique et épique

Amputés désormais de leur “Thee”, les Californiens Oh Sees n'ont pas perdu en route leur fougue, leur agitation délirante. On les retrouve à l'œuvre sur le long et cosmique clip de Drowned Beast, grand moment de psychédélisme bariolé qui devrait rendre ivre de jalousie MGMT. La chanson est tirée de ORC sorti l'été dernier et pour un groupe déjà riche de vingt albums, cette agitation du bocal demeure un miracle de la science. La vidéo est signée du graphiste, réalisateur et animateur Dr D Foothead. Il vient de Nouvelle-Zélande. C'est sur Mars.

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Stuck In The Sound : un nouveau morceau qui fait mal à l'amour

Le dernier album des Parisiens Stuck In The Sound date de 2016. Alors qu'ils planchent en studio sur le prochain, les voilà de retour avec un nouveau morceau tout fâché, Badroom, dans la lignée du hardore mélodique plutôt que de la musique à danser parfois proposée par le groupe. Le morceau est bon, et la vidéo encore plus. Le pitch : le dîner de Saint-Valentin d'un couple qui ne s'aime plus, mais alors plus du tout.

En préambule, une annonce prévient qu'il est préférable d'activer les sous-titres. Et c'est vrai que c'est mieux, beaucoup plus drôle et cruel, on dirait du Bergman. Les sous-titres, c'est les pensées de ce couple qui fête la Saint-Valentin tout en rêvant de s'étriper, et c'est moche.

Stuck In The Sound jouera le 3 février prochain à Besançon (La Rodia). Pour le 14 février, jour de la Saint-Valentin, on ne sait pas encore ce qu'ils ont prévu. D'autres concerts "Stuck Party" (live et DJ sets) seront annoncés plus tard.

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Avant-première : Anton Oak dévoile le très beau clip de son feat. avec Loïc de Isaac Delusion

Anton Oak, jeune Parisien d'origine lyonnaise mais surtout artiste multi-instrumentiste, nous offre le très beau clip de Legacy, son featuring avec Loïc du groupe Isaac Delusion, en avant-première. Legacy est le deuxième extrait de Howl, son EP sorti en début d'année sur le label XVIIIEMEPENINSULE.

Signé David Pagaille (animateur de Joann Sfar), le clip est un court-métrage d'animation qui fusionne les styles japonais et belge, et dévoile un monde inconnu à l'ambiance étrangement inquiétante, rappelant les plus belles oeuvres de Miyazaki comme les contes de Grimault.

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La grosse claque du jour c'est "Don't Don't Do It", le nouveau N.E.R.D feat. Kendrick Lamar

Le 15 décembre sortira enfin le nouvel album de Pharrell Williams et sa troupe. En attendant, le groupe dévoile un extrait de No_One Ever Really Dies, au plus grand bonheur de tous. Après avoir envoyé coup sur coup, Lemon en la douce compagnie de Rihanna, 1000 avec Future, ou encore Rollinem 7’s avec André 3000, N.E.R.D nous offre aujourd’hui Don't Don't Do It, en featuring avec… Kendrick Lamar. L'introduction de la chanson a quant à elle été écrite par Franck Ocean, rien que ça !

@NERD featuring @KendrickLamar 'Don’t Don’t Do It!' Link in bio. #NOONEEVERREALLYDIES

A post shared by Pharrell Williams (@pharrell) on Dec 13, 2017 at 9:42am PST

Histoire de faire monter encore un peu plus l’impatience, on vous rappelle que d’autres très jolis noms complètent le casting de ce nouvel album. Par exemple M.I.A., qui sera pour l’occasion associée à Kendrick Lamar sur le très prometteur Kites, Gucci Mane, sans oublier, Ed Sheeran.

Don't Don't Do It, doux et piquant

Sur ce nouveau titre, tube en puissance, ne vous fiez pas aux apparences. De prime abord tranquille et planant, quoique plus cadencé quand Kendrick pose son couplet, le sentiment de bien-être qui se dégage de cette chanson est bien vite chassé quand on se penche sur les paroles. K Dot et Pharrell Williams narrent l’histoire de Keith Lamont Scott, mort à Raleigh, en Caroline du Nord, dès suites d’une altercation avec la police. Un exemple parmi trop d’autres, comme ils le chantent plus tard. Invité au micro de Zane Lowe (Beat's 1), Pharell s'exprimait d'ailleurs à ce sujet. En attendant demain, on vous propose de (re)lire notre interview exclusive avec Pharrell Williams, lorsqu’on le rencontrait à Los Angeles. No_One Ever Really Dies est encore disponible en précommande (jusqu'à demain) sur Apple Music.

Les Inrocks - musique

Confidence Man, la révélation australienne que vous allez tous écouter en 2018

Après avoir brillé au festival Great Escape au printemps dernier, le quatuor de Brisbane a fait ses premiers pas en France sur la scène gigantesque du Parc Expo de Rennes, à l'occasion de la 39e édition des Trans Musicales. Réanimant toute la fantaisie dance des années 90 (Fatboy Slim, Groove Armada), et les pas de danse décomplexés des années disco, le quatuor a littéralement enflammé le festival breton.

Mené d'une main de fer par la belle Janet Planet, accompagnée au chant par son binôme Sugar Bones, les Aussies se distinguent par leurs costumes affriolants : slip moulant pour lui et mini combinaison blanche pour elle. Épaulés par les mystérieux musiciens Reggie Goodchild (clavier) et Clarence McGuffi (batterie), tout de noir vêtus et masqués, ces bêtes de scène seraient bien capables de faire twerker la reine d'Angleterre. A l'occasion de la dernière date de leur tournée européenne et avant d'aller enflammer les festivals d'été australiens, nous en avons profité pour les rencontrer.

Vous êtes signés sur le label anglais Heavenly Recording. Ils vous ont vu venir de loin…
Sugar Bones :
 On a sorti notre premier single en Australie, Boyfriend, et deux semaines plus tard le label nous a signé. Heavenly Recording ne nous avait même pas vu jouer en concert avant la signature et le festival Great Escape. C’est la première fois qu’ils prenaient un risque pareil mais ils ont trouvé "incroyable" notre spectacle à Brighton !

Confidence Man goes on vacation

A post shared by Confidence Man (@confidenceman_) on May 19, 2017 at 8:58am PDT

Les Trans, c'est donc votre toute première date en France ?
Sugar Bones : Oui, Jean Louis Brossard [programmateur des Rencontres Trans Musicales] a assisté à notre tout premier show au festival Great Escape, qui avait lieu en pleine journée. Il est venu nous parler immédiatement après le concert, il nous voulait absolument au festival des Trans, il était surexcité à l’idée de nous faire jouer en France, et on en revenait pas, ça nous a même fait un peu peur (rires).

Vous aviez déjà un pied dans la dance music avant de fonder Confidence Man ?
Janet Planet : C’est notre premier groupe de dance, jusque-là on était plus branché indie-rock ou psych-rock.

Sugar Bones : On est de super bons amis et on voulait faire un truc ensemble, nouveau et frais. Chaque personne du groupe avait déjà son propre projet avant Confidence Man.

Qu'est ce qui vous lie ?
Janet Planet : Reggie Goodchild (le clavieriste) c'est mon frère. Et Clarence McGuffi (le batteur) c'est mon petit ami.

Sugar Bones : On habite ensemble depuis quelques années et un jour on s’est dit : ah faisons un truc fun et débile. Et voilà… (rires)

Quelle genre de dance music vous a inspiré ?
Janet Planet : Fatboy Slim, Basement Jaxx, Groove Armada, plein de trucs des 90’s.

Sugar Bones : LCD Soundsystem, Talking Heads et les projets de David Byrne.

Sur scène, votre batteur et clavier sont masqués pourquoi ?
Janet Plant : Ce masque en tissu, ça colle sur leur visage et ça sent si mauvais (rires). Heureusement, ils ont l’habitude donc ils se repèrent pas trop mal là-dessous.

Sugar Bones : A la base, on les a masqué car on ne voulait pas que le public croit que ce projet est un side project. En effet, Reggie et Clarence jouent dans d’autres groupes.

470-2.jpg Reggie Goodchild (clavier) et Clarence McGuffi (batterie)


Tu veux dire que votre batteur et clavieristes sont plutôt connus en Australie ?
Sugar Bones : Oui. Et on nous aurait pas pris au sérieux si on les avait reconnus, ça aurait juste été considéré comme un projet parallèle.

Janet Planet : Ou on nous aurait pris pour un Supergroupe, or on veut que le public se concentre sur notre musique et pas sur ses membres.

Les chorégraphies de Confidence Man c'est un peu la grande classe… ça me fait penser au voguing.

Janet Planet : On adore faire des poses ! Dès le départ, notre idée c’était de faire de la danse synchronisée. A notre premier concert, on était habillés avec des costumes brillants et dorés, et le sourire aux lèvres. Et notre manager nous a dit, oh la, il y a des gens du public qui vous ont pris pour une sorte de revival d’ABBA. Et c'était pas du tout notre idée de leur ressembler, donc on s’est tous déguisés en noir et blanc.

Et ces costumes parlons-en…
Janet Planet : Ma mère fait la plupart de nos costumes. On veut avoir ce contraste noir (pour les musiciens à la batterie et aux claviers) et blanc (pour les chanteurs). Ma mère s’occupait aussi des costumes de Sugar Bones à la base, mais il en a perdu tellement, qu’elle a abandonné (rires).

Sugar Bones : Du coup je me contente d’un shorty moulant et d’une veste, c’est plus simple !

Janet Planet : De toute façon, ma mère n’arrive jamais à faire des shorts assez courts pour Sugar Bones, il les veut toujours plus courts !

Cette tenue, Sugar Bones ça fait un peu de toi un “Barbie Boy”. Et ça va plutôt bien avec vos chansons renversant la vision de femme objet et d'homme prédateur, n'est-ce pas ?
Sugar Bones : Ouai, c’est pas mal de renverser tout cela, après des années à toujours écouter les mêmes discours…

Janet Planet : Et puis c’est bien qu’il enlève son T-shirt et qu’il se mette en slip sur scène, il a une tablette de chocolat, c’est bien qu’on la voit non ? (rires). Sans plaisanter, je crois que même si les paroles sont très fun, mon rôle dans le groupe est assez dominant. Le public aime bien cela et derrière cette légèreté, il y a quand même un message puissant !

En gros, c’est un peu Janet Planet qui porte la culotte…
Sugar Bones : Oui c’est elle la boss dans le groupe !

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A post shared by Confidence Man (@confidenceman_) on Oct 1, 2017 at 11:34pm PDT

Mais pour les chansons, c'est aussi toi ou vous bossez ensemble ?
Janet Planet : Oui on écrit et on compose la musique tous ensemble. Et on produit et enregistre aussi nous-mêmes. On a pas besoin de studio qui coûte super cher. Il y a que nous 4, on fait exactement ce que l’on veut, et sans pression.

Les années 70, c'est une super source d'inspiration ?
Janet Planet : Oui et je crois que les 70’s ont les meilleures lignes de basse. On aime bien tout ce côté fun et dansant, qui transpire dans la disco de l'époque. Je suis triste que la vague disco se soit éteinte d'ailleurs, elle n’aurait jamais dû s'arrêter.

Ça vient de vos parents la disco ?
Janet Planet : Ma mère adorait la disco, c'était une Bee Gees Lady… mais mon père pas trop, il était plutôt fan des Beatles ! Je me rappelle qu'un jour à l’école, on nous avait demandé de choisir une chanson et d’expliquer pourquoi on l’appréciait. J'avais choisi Ring Ring d’ABBA, qui n’est même pas une chanson terrible. (rires)

Sugar Bones : J’ai découvert ABBA quand j’avais 12 ans et je me revois à l’arrière de la voiture, en train de chanter…

Et votre premier album, il arrive bientôt ?
Sugar Bones : Oui, il est terminé et normalement prévu pour le premier semestre 2018.

Janet Planet : On a tout fait sauf le mastering. C’est le super producteur anglais Ewan Pearson (M83, Jagwar Ma) qui s’en est chargé !

Avant d'inaugurer votre premier live en France, vous avez une affinité particulière à nous confier ? 
Sugar Bones se met à chanter : “Tu m’exciiiiiites tous les jouuuurs “

Janet Planet : La première chanson qu’on a écrite s’appelle Tu m’excites justement, mais on ne l’a jamais terminée. On pourrait bien la recycler un jour. Elle a un bon refrain. Pour le second album peut-être…

Retrouvez les premiers singles de Confidence Man sur Apple Music.

Les Inrocks - musique

Vidéo en exclu et entretien rare avec Jean-Louis Murat : "artistiquement, le flou de l’identité sexuelle fait tout"

Déjà de retour avec un dix-huitième album studio, Jean-Louis Murat a livré il y a quelques semaines le disque le plus inattendu de sa carrière, Travaux sur la N89, à mi-chemin entre Oneohtrix Point Never et Matthew Herbert. De passage à Paris pour l’une de ses rares interviews, Murat dit sa passion pour Mykki Blanco, la Révolution française et The Beta Band, en faisant le grand pont avec Cheyenne Autumn. Avec en bonus pour Les Inrocks, la très belle vidéo de la chanson Travaux sur la N89.

À la sortie de Morituri (2016), ton précédent album, tu avais laissé planer le doute sur ton avenir discographique et te revoilà déjà avec Travaux sur la N89, seulement dix-huit mois après…

Ça m’a pourtant paru infiniment long. Dix-huit mois, c’est le temps de faire deux bébés… Je ne suis pas non plus un esclave. Ce n’est pas parce que l’on qualifie mon album de “merde” que je vais m’arrêter pour autant. Ma discothèque est d’ailleurs remplie d’albums qualifiés ainsi à leur sortie ! Dans la musique, les gens sont quand même un peu tordus. Quand on descend l’un de mes disques, j’ai de grandes chances qu’il soit réévalué avec le temps. Ce n’est donc pas une appréciation critique négative qui me fait quoi que ce soit.

Comme le titre de l’album le suggère, tu es parti sur un nouveau chantier, en remisant les guitares au placard…

Je n’ai effectivement pas apporté une seule guitare en studio. Depuis Robert Fripp et Sonic Youth, la guitare a craché tout ce qu’elle pouvait cracher. Alors, à quoi bon ?

Pourtant, la plupart de ta discographie est nourrie par la guitare.

C’était ma période d’esclavage. Sur Babel (2014), j’avais essayé de sortir du Middle West pour m’ancrer à La Bourboule. Fini le folkeux hors sol, place au chanteur AOC. Comme je le disais récemment à mes amis de Clara, mon premier groupe, nous avons commencé la musique à la fin des années 70 avec des machines : Minimoog et boîtes à rythmes lambda. Je me souviens que sur nos affiches de concert, nous avions écrit “rock européen”. Avec Travaux sur la N89, je suis content qu’il n’y ait plus rien de Californie, des Rocheuses, de l’Iowa ou du Tennessee. J’ai liquidé mon rapport de vassalité trop élevé à la musique américaine.

Pour ce disque, tu as retrouvé Denis Clavaizolle dans son studio de Cournon-d'Auvergne.

Je suis arrivé chez lui les mains dans les poches – ça l’a rendu dingue. Je n’avais rien de rien, même pas le début d’une maquette. Nous n’avons donc fait que des expériences sonores. J’essayais, par exemple, des boîtes à rythmes d’après leur couleur… C’était très très fun. Au bout de cinquante-et-un jours de studio, Denis m’a foutu à la porte. Il en avait marre, et je suis parti en courant.

Comment se sont passées vos retrouvailles ?

Avec Denis, nous sommes arrivés à la conclusion que nous étions parfaitement complémentaires et redoutablement efficaces au travail. Pourtant, on ne s’entend pas du tout. Nous ne sommes d’accord sur rien et nous ne serons jamais amis. Alors, on a fait un deal à la Jagger/Richards, en évitant tous les sujets qui fâchent et en restant uniquement concentrés sur le travail. Comme j’exagère tout le temps, Denis me supporte jusqu’à ce qu’il finisse par exploser. En studio, il y a une tension permanente entre nous.

Encore une fois, tu cartographies ta région natale en chansons.

Ce qui me plaisait dans le titre de l’album, c’est que je suis un républicain façon 1789. Autrement dit, l’idée de nation définie en 1789 reste en travaux – Travaux sur la N89 est d’ailleurs le premier titre qu’on ait terminé. Je ne peux pas m’empêcher de faire l’intello à trois balles, en revenant aux sources de la chanson. Car ça fait près de quarante ans que les chanteurs de 1981 nous font chier. Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel sont encore et toujours les plus diffusés sur les ondes françaises. 1981 est l’envers absolu de 1789. J’aime bien remettre un élément de la société française dans la chanson. Tout est en chantier, ce qui tombe bien puisqu’il y a encore des travaux sur la nationale 89. L’État laisse tomber l’ancienne RN89, qui est totalement démantibulée, désarticulée, donnée à Pierre, Paul ou Jacques. Selon moi, ce démembrement est symptomatique des agitations de la société française et de la perte du fait national esquissé en 1789. Je ne porte aucun jugement, je constate simplement. Depuis toujours, je me sens un enfant de 1789. Il suffit de réécouter certains morceaux de Cheyenne Autumn (1989) : “Deux siècles d'or/N'ont pu tuer/Ce chant heureux/De la jeunesse”.

La constance, c’est bien l’un des traits de ta personnalité.

Il y a effectivement des constantes en moi, qui rythment ma discographie (Sourire.) Ma fascination américaine, c’est Cheyenne Autumn, en référence au film le plus antiaméricain qui soit et où l’on voit l’obstination du petit homme blanc dégénéré à tuer les Indiens, en l’occurrence les Cheyennes.

C’est aussi l’automne de Tarkovski. Pour moi, John Ford et Andreï Tarkovski, c’est pareil. Il y a d’un côté le Far West extérieur, et de l’autre, le Far West intérieur. En faisant découvrir Le Miroir (1975) de Tarkovski à mes enfants, je me suis rendu compte que toute l’imagerie des clips relayés sur MTV depuis quinze ans singeait Tarkovski. J’avais déjà surpris Midlake, avec un culot insensé, s’approprier les images d’Andreï Roublev (1966) pendant leurs concerts. Autant dire que c’est terminé avec Midlake, un groupe que je vénérais pourtant. Pour finir de répondre à ta question, si Cheyenne Autumn était mon disque anniversaire de 1789, Travaux sur la N89 célèbre l’anniversaire de 1917.

Entre ces deux albums, il y a notamment eu Dolorès (1996), où l’on n’entendait plus la guitare.

J’ai enregistré beaucoup de disques et de chansons sur les souffrances insensées que m’ont fait supporter les filles. Avec mon cœur d’artichaut, j’ai souffert de l’amour des femmes. Aujourd’hui, je m’en fous : je suis entouré de filles entre 6 et 17 ans. Je suis un père et un grand-père à plein temps. Ça me paraît insensé d’avoir fait un disque comme Dolorès. Il n’y a pas de quoi se fouetter autant pour quelques paires de fesses. J’ai extraordinairement souffert à cause de ma manageuse, Marie Audigier. Je me demande si elle ne le faisait pas exprès pour me faire cracher des chansons. (Sourire.)

En écho à ta chanson Fort Alamo qui ouvrait Dolorès, il y a d’ailleurs un morceau qui s’intitule Alamo.
Ma chanson préférée du nouvel album. Avec ce disque, j’étais tenté de composer des musiques de dessins animés à la Tex Avery, croisées avec l’univers du Beta Band. J’ai toujours été dingue de leur premier LP (ndlr. The Beta Band, 1999). Voilà un disque absolument indispensable. Dans l’esprit, je n’ai jamais varié de la démarche du Beta Band. En concert, c’était le rêve – ils se refilaient les instruments et on ne savait jamais à quoi s’attendre. De toute façon, Travaux sur la N89 est bourré de références – le morceau Cordes fait écho au lieu d’enregistrement de Cheyenne Autumn, et ainsi de suite.

Pour ce nouvel album, tu cites parmi les inspirations Mykki Blanco, Frank Ocean ou encore Kendrick Lamar… 

Kendrick Lamar chante aussi bien qu’il rappe et inversement. C’est le Usain Bolt du hip hop. (Rires.) Mais à Clermont-Ferrand, ils ne sont pas très détendus du gilet. Même les musiciens les plus jeunes sont déjà vieux dans leurs têtes, ils ne jurent que par le folk. Alors, quand je leur fais écouter Mykki Blanco, ils partent en courant… J’adore les disques des mecs qui ont des problèmes d’identification sexuelle, comme Mykki Blanco ou Frank Ocean. Musicalement, ça apporte quelque chose de supérieur. Par rapport au penchant extrêmement machiste du rock, j’ai toujours eu un faible pour les chanteurs ambivalents. Je pense, par exemple, à Howard Devoto du groupe Magazine. Dans une soirée privée, je l’avais vu interpréter des chansons d’amour pour des mecs, c’était sensationnel.

Sans parler d’Antony Hegarty…

Je le vénère ! Mon Panthéon serait finalement constitué de types qui ne sont ni à poil ni à plume. Dans la musique, quand il y a cette souffrance-là comme chez Mykki Blanco, ça atteint des grands moments et ça disqualifie tous les groupes sévèrement burnés. Artistiquement, le flou de l’identité sexuelle fait tout. Ça a d’ailleurs fait arrêter Rimbaud. On peut d’ailleurs ainsi dévider toute l’histoire de l’art.

À l’écoute de Travaux sur la N89, on songe aussi à David Sylvian par moments…

Je n’ai pourtant jamais été friand de ses sonorités, ni même de sa collaboration avec Ryuichi Sakamoto. David Sylvian ne m’a jamais vraiment touché. Sans parler de son côté “Je suis tellement bon que je n’écrirais jamais de tube”.

Pour finir, on n’a aucune chance de te voir remonter sur scène.

Je ne tourne plus, non. Ça fait partie de ce nouveau monde – Macron a coupé les crédits, on ne peut plus chauffer les salles, les instruments sonnent faux. Le fiasco financier de mes tournées devant 100, 150 personnes, c’est terminé. Ce qui me manque, en revanche, c’est la vie en communauté. J’adorais quand nous partions sur la route comme dans un cirque. On dort dans le même hôtel, on discute, on débriefe jusqu’à 4 heures du matin – une vraie équipe de foot. À défaut de faire des concerts, j’aimerais beaucoup reprendre la vie itinérante. Je connais tellement de petits villages et des gens formidables. J’ai quand même tourné pendant trente ans. C’est la dimension du job que je préfère.

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Exclu : Deva Mahal, l'éblouissante relève de la soul américaine

L'éternelle relève de la soul classique nous arrive des Etats-Unis, via la dynastie Mahal. Deva Mahal est la fille du légendaire bluesman Taj Mahal, et on le découvre, c'est aussi une grande chanteuse. Elle a récemment sorti son premier ep, dont est extrait le titre Snakes, qui s'impose aujourd'hui dans une très belle vidéo inspirée par les les films d'animation de silhouettes créés par l'Allemande Lotte Reiniger dans les années 1920. Son premier album, Run Deep, sortira en 2018, co-produit par Scott Jacoby (Vampire Weekend, José James…).

Pour la découvrir sur scène, c'est très bientôt au festival Les Nuits de l'Alligator : le 30 janvier à Paris (La Maroquinerie), le 31 à Rouen (Le 106), le 1er février à Nancy (L'Autre Canal) et le 2 à Caen (Le Cargo).

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A gagner : le coffret Fip volume 3

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Basquiat : derrière le peintre, un pionnier de la musique noise

Au delà d'être cité dans les lyrics de tout un tas de rappeurs comme A$AP Rocky, ou d'avoir marqué au fer rouge le cœur de Madonna, Jean-Michel Basquiat entretenait un autre genre de relation avec la musique. C'est ce que rappellent cette semaine les amis du magazine Le Drone dans un cool article que vous pouvez consulter à cette adresse. Le peintre, également musicien, faisait partie du groupe expérimental new-yorkais Gray. Leur unique album, Shades Of, est un concentré d'influences et d'avant-garde noise, comme l'explique le magazine en ligne.

L'underground new-yorkais : une scène instinctive et autodidacte

Nous sommes alors au début des années 80, Jean-Michel Basquiat fait partie de Gray, une formation principalement basée sur l’expérimentation et le non-conformisme. Le groupe s'inscrit dans le mouvement no wave, un genre typique de l'underground new yorkais, écho moqueur de la scène new wave. Gray verra entre autres passer Michael Holan, Shannon Dawson et Vincent Gallo en son sein.

Tout comme les œuvres du peintre, la musique de Gray multiplie les influences et explorations sonores : hip-hop, atmosphères ambiantes, sons industriels, minimalisme, post-punk, guitares jazzy, spoken word, ou même pop. Alors que personne ne s'en aperçoit, le groupe préfigurait tranquillement, l'ère de la musique noise, en passant du post-rock à la musique électronique. Durant ses quelques années d'existence, Gray a enchaîné les lives sous forme de séances d'improvisations, mais ne sortira cependant aucun disque. Quelques enregistrements seront compilées trois décennies plus tard compilés sur l'album Shades Of. 

Gray est également connu comme principale source d'influence du compositeur John Cage, dont l'univers aussi transgressif consiste à travailler les sons mais également le silence. Il est l'auteur de 4:33, un morceau classique qui consiste à mettre en valeur le silence durant 4 minutes et 33 secondes.

>> Lire l'article du Drone sur Basquiat 

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Décembre 2017
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