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7 décembre 2017

Live à Fip : Laura Perrudin et Nakhane en direct des Trans

Laura Perrudin Jeudi 7 décembre, FIP diffuse les concerts de la chanteuse-harpiste et de l'artiste sud-africain Nakhane Touré en direct des 39e Trans Musicales.

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Johnny Hallyday: la playlist de Guillaume Brière (The Shoes)

Psychedelic (1967)
On dirait les Yardbirds avec la batterie des Sonics. Et quand tu sais que les guitares sont enregistrées par Jimmy Page… On croirait entendre le son du premier Led Zeppelin. A l’époque, Johnny faisait beaucoup de covers. Ça sonnait souvent un peu cheap et puis parfois, ça sonnait comme un vrai disque américain. Ce morceau, c’est une adaptation français…

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D’où viens-tu Johnny ? Les influences musicales d’Hallyday

Sur Youtube (et ailleurs), on peut entendre un véritable incunable de Johnny : une reprise du Heartbreak Hotel d’Elvis Presley, que Johnny chante en français sous le titre Je me sens si seul, et qu’il enregistre en 1958. Oui, en 1958, soit deux ans avant son premier disque. Johnny a découvert Elvis la même année, au cinéma, dans le film Loving You.

Ce probable tout premier…

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Johnny Hallyday, les dix concerts cultes d’une bête de scène

L’adieu aux armes
Olympia, 6 février - 15 mars 1964

Jamais la galaxie des copains ne sera aussi puissante que cette année-là. L’organe de la secte, une revue nommée SLC, tutoie chaque mois le million d’exemplaires. Les Beatles posent leurs valises à l’Olympia en janvier, les Rolling Stones débarquent en octobre. Johnny se glisse entre ces deux tsunamis, mais le cœur n’y est pas. Le ministère des Armées a décidé de gâcher la fête. L’idole Hallyday devra troquer prochainement son costume de dieu du rock descendu sur terre pour l’uniforme moins seyant du deuxième classe Jean-Philippe Smet. Ce passage par la case service militaire est alors un rituel imposé à la jeunesse de France. Avant de partir, on est un gosse. Au retour, on est un homme : on fume, on se marie, on fait des gosses. Johnny H. partage ainsi le sort de la majorité des ados.

Pour ce troisième Olympia de sa carrière (après 1961 et 1962), il se produit sur scène avec cette hypothèse du malheur collée à ses basques. Son répertoire est résolument soul, une première en France. Il chante Johnny “Guitar” Watson (Excuse-moi partenaire), il reprend les Isley Brothers en VO (Shout), Little Richard (C’est fini Miss Molly), Chuck Berry (Rien que huit jours) et Ray Charles (I Got a Woman). Ce répertoire résolument noir traduit intensément son propre état d’esprit : il va falloir tout abandonner, partir en Allemagne, alors que tant d’autres rêvent de s’installer à sa place sur le trône. Le soir de la dernière, en jean, il se donne corps et âme au rhythm and blues, le visage couvert d’eau. Sueur ou larmes ? Les deux, mon capitaine.

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Johnny Hallyday, l’idole des jeunes d’hier… et d’aujourd’hui

“Sa musique est devenue intemporelle, c’est tout.” Amélie a 27 ans et n’a aucun problème à dire qu’elle écoute Johnny Hallyday. Dans sa playlist “Chante France”, elle l’écoute au même titre que Jacques Brel, Henri Salvador, Georges Brassens… Mais elle a évidemment conscience de ce que renvoie Johnny auprès de certains. “Il représente un style complètement en décalage avec notre génération, donc il y a forcément une part d’ironie dans notre rapport à lui, observe-t-elle. Mais tout le monde reconnaît l’artiste derrière tout ça.”

Cette ironie n’est toutefois pas du goût de tout le monde. Pas du goût de Guillaume, par exemple. A 26 ans, ce fin connaisseur de l’histoire du rock ne plaisante pas du tout avec la carrière de “l’idole des jeunes”, comme le chantait Johnny lui-même en 1962. “C’est un peu inévitable d’être dans le second degré, reconnaît-il, il y a tellement de clichés autour de lui… Moi, en tout cas, je suis très premier degré avec Johnny.”

“J’aime bien glisser un vieux Johnny dans les blind tests en soirée. C’est drôle de voir tes amis citer des artistes très ‘sérieux’ et ne jamais penser à lui” Basile, 27 ans

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Avec Johnny Hallyday à Nashville en 1984

Johnny est mort. Et entre les sanglots des pro et les vociférations des anti, c’est simple, on ne s’entend plus pisser. Sauf que nous, on est peinard à l’abri. On n’a besoin de rejoindre ni l’un ni l’autre camp, ni d’emboîter le pas au bataillon des fidèles, ni de s’en moquer, dauber ceux qui été comme hiver portent les signes d’appartenance.

Même s’ils ont toujours été bien risibles les signes, le perfecto, le bandana, les tatouages qui jurent sur chaque biceps que c’est Jojo à la vie, à la mort. Sans oublier le T-shirt avec sa gueule maousse en super quadri qu’on dirait son guignol. Non, pas besoin d’être un fan de Johnny, ni de vomir son nom, sa musique, ses costumes. Pas besoin quand on vient du pays de Johnny.

Les sixties au pays de Johnny

C’est où le pays de Johnny ? C’est quoi cet endroit-là ? Une certaine France, la mienne, qui plus qu’une identité se cherche une âme dans un post-après-guerre pas encore douillet mais qui a connu quelques progrès depuis les tractions avant à gazogène et les tickets de rationnement. Ce sont les french sixties version banlieue parisienne, avec un drôle de mélange de yé-yé et de discours gaulliens en fond sonore.

C’est une Amérique de substitution, un aspartame de Tennessee. Il y a ces lotissements à la topographie en grille de barbecue qu’ont des noms comme L’Avenir ou L’Espérance, même si l’horizon social reste plus proche du Zola de L’Assommoir ou du Céline de Mort à crédit. Ce sont des rues à l’équerre avec des bicoques entourées de jardinets pleins de rosiers, baptisées Sam Suffit ou Mon Rêve.

A trois balles le rêve, même s’il y a un petit bonheur qui mijote à feu doux avec la blanquette de veau ou le pot-au-feu du dimanche. C’est le temps des Versailles et des Chambord, ces caisses made in chez nous à gros ailerons, au design pompé sur Buick et Chrysler. Le temps des blousons noirs qui chahutent les filles entre le stand de tir et les autotamponneuses de la fête foraine du mois de mai.

Tiens c’est là, à un âge où on nous tient encore par la main, même si l’on commence à ressembler dangereusement aux petits morveux de La Guerre des boutons, qu’on l’entend pour la première fois dans les haut-parleurs des autotampons. ça doit être Souvenirs, souvenirs. Ou Viens danser le twist ou Le Petit Clown de ton cœur. Berlingots à sucer, chansons madeleine.

Entre janvier et avril 1960, Johnny arrive au sommet

On ignore que derrière chacune d’elles se cache un original, d’autres noms, Bill Ramsey, Barbara Evans, Chubby Checker, les Everly Brothers. L’Amérique, la vraie, embusquée dans des adaptations signées Fernand Bonifay ou Georges Gosset. Il était clair que dans cet espace d’une franche médiocrité rien de ce qui relevait de la culture officielle, des belles-lettres nationales, ne pouvait avoir la moindre correspondance.

Il était clair que le rock, comme une gale dans la cour de récré, ne pouvait trouver meilleur terrain pour se propager dans nos têtes mal peignées. Le rock qui fait de l’endroit où tu vis, quel qu’en soit le degré de banalité, de mocheté, d’ingratitude, un royaume. Et donc exige un roi.

Johnny s’est emparé du sceptre et de la couronne entre janvier 1960, où il signe son premier contrat avec les disques Vogue, et avril de la même année, où il se produit à L’Escale, un club de Migennes. ça fait un peu drôle de savoir que notre roi du rock débute son règne à Migennes dans l’Yonne, mais c’est ainsi. Sans vouloir froisser les Migennois et les Migennoises, ça ne nourrit pas l’imaginaire de la même manière que Memphis ou Nashville.

Au fond, avec Johnny, il y aura toujours ce fossé, jamais comblé, entre un désir et une réalité, entre un rêve de rock-star à l’américaine et une réalité hexagonale moins large, moins sexy. Il y aura toujours une fissure. Qui forcément devenait plus apparente dès lors que lui-même était confronté à ce qu’il savait ne pas incarner entièrement. C’était un peu le drame de sa vie.

Qui devint la trame d’un épisode vécu, il y a une trentaine d’années, lorsque par un concours de circonstances, et surtout grâce à l’amitié d’un confrère, je me suis retrouvé à couvrir début 1984 l’enregistrement d’une émission pour Les Enfants du rock d’Antoine de Caunes à Nashville.

Deux albums dont un de duos enregistrés intégralement à Nashville

Johnny y réalisait deux albums, dont un composé de duos, au Sound Emporium Studios sous la direction de Charlie Tallent, un ingénieur du son qu’on appelait Gepetto à cause des cheveux blancs, de la moustache et des lunettes rondes, et qui avait travaillé avec tout le gratin du coin, de Waylon Jennings à Kris Kristofferson et Dolly Parton.

Il faut bien comprendre de quoi il retourne quand on vient à Nashville, Tennessee, que l’on ne surnomme pas Music City par hasard. Il m’a suffi de lire le menu du restaurant à côté de l’hôtel où je logeais pour comprendre. Pour avoir un cheeseburger il fallait demander un “Platinum Record”. Sans le bacon ce n’était plus qu’un “Gold Record”. Quant au reste de la carte on avait le choix entre un “Publisher”, un “Secretary”, un “Studio” ou un “Artist” qui, vous l’aurez deviné, était à base de dinde farcie.

Tout Nashville semblait pétrifié dans un âge d’or révolu. Sur Music Row, on trouvait les boutiques de Conway Twitty, de Loretta Lynn, d’Hank Williams Jr. Et un peu plus loin, le fameux Ryman Auditorium qui abritait le Grand Ole Opry, soit le temple de la country, où Johnny allait enregistrer If I Were a Carpenter en duo avec Emmylou Harris.

Ma première vision de l’Idole, je l’ai eue en reflet dans la vitre de la cabine d’enregistrement. J’ai vu surgir cette silhouette racée et cette voix à porter des éperons qui dit “Vous me faites tous chier !” C’est Johnny qui traverse la cabine en fumant des naseaux comme un taureau furibard parce que le monsieur de la télé lui a demandé de changer de chemise.

Il paraît que porter du rouge ou du blanc, ça fait pas joli à l’écran, ça dégueule sur la chair. Alors Johnny dégaine aussi sec : “J’vais t’dire. J’me demande comment Joe Dassin a pu faire carrière alors qu’il s’est habillé en blanc toute sa vie !” Et toc ! On organise quand même une virée chez Alamo, la boutique des stars downtown Nashville. Où Johnny opte pour une liquette anthracite. Pendant que les uns enregistrent les backing vocals, les autres font du repérage pour les extérieurs. C’est qu’il y a du lourd au générique.

Avec Carl Perkins, le mec de Blue Suede Shoes

Un peu éberlué, je vois entrer dans le studio Charlie McCoy et ses musiciens, des mecs qui ont accompagné Elvis, Dylan et l’autre Johnny, Cash. Puis voilà Carl Perkins, le sugar daddy des fifties, le mec qui a composé Blue Suede Shoes, l’un des psaumes de l’eucharistie rock’n’roll, dont Elvis a fait un alléluia repris par toutes les graines de voyou de ma banlieue.

Carl commence par faire Honey Don’t. Puis Johnny et lui enchaînent sur Blue Suede… La sauce prend, et pendant que le vieux Carl frétille des gambettes, Johnny se détend un peu, sourit même. Car, soyons clair, il n’avait pas l’air heureux, Jojo, à l’époque, déprimé même. Peut-être la quarantaine, âge où les hommes se retrouvent à nager entre deux eaux, celles torrentueuses de la jeunesse, celles plus apaisées de l’âge mûr.

On s’inquiétait pour sa santé. Ses proches avaient même peur qu’il ne mette fin à ses jours, c’est vous dire. Révélant certaines de ses pensées morbides, ils nous disaient qu’il envisageait de raccorder le bouton de porte de sa chambre d’hôtel à la gâchette d’un fusil, de manière à ne pas savoir qui, en pénétrant dans la pièce, allait l’envoyer ad patres. Voilà où il en était, Jojo.

Admiration et respect mutuels avec Brian Setzer

Il y eut quand même quelques moments sympa lors du tournage. Notamment avec les Stray Cats. Brian Setzer, le chanteur et guitariste de ce groupe d’un rockabilly en plein revival, se montra d’une bienveillance toute filiale avec lui. A la manière dont il prononçait “Johnny”, on sentait l’admiration d’un gamin qui a entendu parler des exploits d’un chef de gang. Une sorte de respect d’un jeune rockeur envers un pionnier.

Setzer a même sorti de son portefeuille des photos de ses parents prises dans les années 1950 pour les montrer à Johnny. C’est peut-être là que tout le projet a fait sens. Qu’un lien familial s’est tissé. Car juste après, il y eut un That’s All Right Mama où Jojo, accompagné par ces Chats Sauvages nouveau genre, se libéra. Setzer, qui étripait sa grosse Gretsch à la Eddie Cochran, se mit à faire un duck walk à la Chuck Berry sous le micro de l’Idole.

Difficile d’imaginer hommage plus éloquent d’une certaine Amérique à celui qui en avait fait sa patrie fantasmée. Le morceau achevé, j’entendis derrière moi un espiègle souffler : “J’te dis pas le lifting qu’ils lui font au père Johnny.” Le soir, dans un club où toute l’équipe se retrouva pour fêter la quille, j’allais croiser Hallyday un verre à la main. L’échange fut bref mais parlant. Il se résuma à ça. Lui : “Et toi, tu viens d’où ?” Moi : “De Paris.” Lui : “Ah, t’es comme moi alors. Un malchanceux !”

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En 1971, Johnny Hallyday repart à la conquête de la France

“J’ai essayé de montrer la face cachée de Johnny Hallyday, celui qu’on ne connaît pas. Peu à peu, j’ai découvert un personnage qui depuis dix ans fascine la France et le monde et je voulais savoir pourquoi. C’est en faisant ce film que j’ai découvert qu’il avait quelque chose d’extraordinaire, c’est-à-dire qu’il est, à notre époque de mutation, un catalyseur : il crie pour les gens, il transpire pour les gosses et depuis qu’il a commencé, c’est-à-dire il y a douze ans, trois générations se sont succédé et l’aiment toujours autant, mais de façon différente.”

Nous sommes le samedi 24 juin 1972 lorsque le réalisateur François Reichenbach, connu pour ses documentaires sur les Etats-Unis (L’Amérique insolite en 1960) et la musique (L’Amour de la vie – Arthur Rubinstein lui a valu un oscar en 1970), lance ces quelques phrases définitives au journal de 20 heures de la deuxième chaîne de l’ORTF. Son dernier film vient de sortir sur les écrans français.

Il l’a intitulé J’ai tout donné. C’est un documentaire sur la vie de Johnny Hallyday. L’année précédente, François Reichenbach, caméra à l’épaule, n’a pas lâché le chanteur d’une semelle, le traquant d’une salle des fêtes de Limoges aux collines de Los Angeles, des bras de Sylvie à la fournaise du Palais des Sports.

Un jeu de cache-cache entre le cinéaste et Johnny

Une traque qui a souvent pris l’allure d’un jeu de cache-cache entre le cinéaste et Johnny : “Il est à la fois fuyant et encombrant, constate François Reichenbach. Quand il ne veut pas être filmé, il n’y a rien à faire. Je suis resté des semaines sans pouvoir faire une image. Mais quand il veut qu’on le filme, il ne veut plus qu’on le lâche, ni le jour, ni la nuit, parce que les choses les plus extraordinaires avec lui se passent vers 4 heures du matin, 5 heures ou 6 heures.”

Si Johnny Hallyday a accepté d’embarquer Reichenbach à ses côtés, c’est que le chanteur entend bien célébrer avec ce film le come-back le plus éblouissant de sa carrière. Quelques années plus tôt, en 1968 précisément, Charles de Gaulle est encore président de la République mais Johnny, lui, n’est plus le roi des Francs.

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Le chanteur Miossec témoigne : “Johnny est vraiment une source”

Ton premier souvenir de Johnny ?
Christophe Miossec — Mon père avait quelques-uns de ses albums. Il était en charge de la musique à la maison, le dimanche matin. On écoutait donc Johnny, du folklore breton, la compilation Best of Synthesizers vol. 2, ou BB King… Il y avait un étrange lien familial avec Johnny, car il avait fait son service militaire à Baden-Baden avec deux de mes cousins, leur père était là aussi, lui-même militaire de carrière. Dans l’album de photos de famille, il y a donc toujours eu Johnny. Quand j’étais tout petit, la chanson L’Idole des jeunes me fascinait. Mes parents m’ont même traîné à un de ses concerts mais j’étais trop jeune, je n’en ai aucun souvenir.

Après, c’est devenu plus compliqué, dans ma période postpunk. Le look Mad Max de Johnny, c’était pas possible. Mais même là, je n’oubliais pas que c’est le premier chanteur que j’ai vu se rouler par terre à la télévision. Il a pour moi toujours été un rockeur, pas un yé-yé. Les yé-yés n’étaient pas aussi physiques que lui. Il a été beaucoup de choses, de personnages, mais son essence même, c’est le rock. D’ailleurs, lui-même déteste aujourd’hui ses chansons les plus variété. Il faut dire que Johnny, dans les années 1970, c’est un cirque. En 1983, Serge Loupien a écrit un livre qui raconte ces tournées (La Dernière Idole – ndlr). C’est apocalyptique. Il y a autant de légendes que de concerts partout où il a joué.

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Mort de Johnny Hallyday : des artistes témoignent

Blandine Rinkel, écrivain : “Une joyeuse rumeur familiale”
“Ce qui m’a frappée au réveil, sur les réseaux sociaux, c’est moins la  mort que la condescendance. Cette étrange passion pour la distinction sociale à l’heure des décès. La mort, si égalitaire par définition, attise sans doute notre soif de différence – ‘je suis au-dessus de cette tristesse populaire’ – et chacun y va de sa saillie, comme pour s’émanciper.

J’hérite quant à moi du chagrin de mon père. Johnny était l’idole de Serge. La colère lumineuse de son adolescence. Une idée de l’affranchissement, qu’il écoutait avec ses copains de la marine. Je me souviens de fins de repas enfiévrées avec ma mère, quand j’étais haute comme un lave-vaisselle, où, pour nous faire rire, mon père (et ses 100 kg) grimpait dangereusement sur une chaise en imitant Johnny.

Ses numéros préférés, c’était Frankie et Johnny et Le Pénitencier. La période rock, la plus terrible des années 60. Serge hurlait avec une virtuosité confondante et, quand des gens étaient de passage à la maison, on pleurait de joie en le regardant.

A chaque Noël, j’ai offert à mon père un disque de Johnny, qu’il connaissait déjà par cœur”

Vers mes 10 ans, lors d’un mariage potache, Serge avait entamé sur scène son hit d’imitateur – ‘tu es à moooi, maintenant à tout ja-maaais’ – puis, mettant la main à son cœur, s’était brutalement effondré. Hurlements dans l’assistance, précipitations et palpations, jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux en grand, rieur : ‘Vous voyez l’effet que me fait Johnny !’ L’événement deviendrait une joyeuse rumeur. Combien de légendes familiales sont ainsi peuplées des mélodies de l’idole ?

A chaque Noël, jusqu’à l’an dernier, par un mélange de manque d’imagination et de certitude de plaire, j’ai offert à mon père un disque de Johnny, qu’il connaissait déjà par cœur. Et à chaque Noël, nous l’avons écouté, moi au premier degré et demi, lui dans une joie pure. J’étais fière qu’il n’ait jamais entendu parler du Poème sur la 7e ou de Hamlet, découverts quand j’ai déménagé à Paris, c’était à moi de lui apprendre quelque chose. Je ne sais pas ce que je lui offrirai, ce Noël-ci. C’est triste et doux d’éteindre le feu.”

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Johnny Hallyday et “Les Guignols” : des rapports contrastés

La scène se déroule sur le plateau de la plus célèbre émission de Canal+, “Nulle part Ailleurs”. L’animateur Philippe Gildas reçoit la superstar du rock français, Johnny Hallyday. Nous sommes en 1989, Gildas arbore un polo jaune sable à manches courtes auquel Johnny répond par un ensemble blazer blanc sur chemise bleu électrique.

Toute une époque. Gildas : “Alors, est-ce que tu l’avais déjà…

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Vidéo : toujours en avance, Booba sort le clip de "Friday" ce jeudi

Son neuvième album Trône à peine sorti, Booba vient de publier le clip de "Friday"  Friday, l'un des meilleurs titres du disque,  est le troisième extrait officiel de l'album après DKR et E.L.E.P.H.A.N.T. Pour mettre en valeur ses lyrics gorgés d'auto tune, “Méprise le game, maîtrise le game depuis des années/ Route pavée de pétales, fleur du mal n’a jamais fané”, la rappeur a choisi de tourner dans le désert un clip à l'esthétique très soignée.

Trône sortira le 15 décembre, en attendant l'album s'écoute sur Apple Music.

>>> À relire : Le Duc est de retour avec "Trône", et les records de streaming se ramassent à la pelle

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Sabrina Bellaouel nous charme en sept titres sur son second EP "Illusions"

 Il faut souvent aux artistes une discographie développée, riche en expériences, en rencontres et en fausses pistes pour établir un univers, un ton ferme. Il ne faut à cette jeune Française qu’un second ep et sept titres pour imposer une personnalité, une flagrance. Car cette musique onirique, irréelle ne se mesure pas avec les outils anciens – les mélodies, les refr…

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Saint DX, VedeTT, Teeers... en accéléré

Avant de les retrouver sur scène dans leurs habits de lumière à l’occasion de notre Super Pool Party de Noël (le 14 décembre aux Bains, à Paris), deux jeunes espoirs français se sont distingués cette semaine sur nos platines. Le premier, Saint DX, n’est pas tout à fait inconnu au bataillon. De son vrai nom Aurélien Hamm, ce multi-instrumentiste est en fait la moitié d’Apes & Horses, un duo qui nous avait offert de réjouissantes odyssées electro-pop avant de disparaître dans la nuit. Apes & Horses n’est plus, vive Saint DX. Le Parisien revient en solo, son pseudo rendant hommage “au synthétiseur Yamaha DX7 et à la synthèse FM qui inonde la musique et l’esprit des années 80-90”. Avec son premier single, Regrets, Aurélien pose les bases d’une nouvelle ère, toujours aussi planante et introspective (fondamentalement marquée par le piano du prodige japonais Ryuichi Sakamoto) mais bien plus incarnée et en phase avec la génération qui l’a vu grandir. Il ose ainsi pour la première fois l’usage du français et on retrouve dans ses compositions synthétiques alanguies, très 80’s, un clin d’œil à peine masqué aux BO d’Eric Serra (Subway, Le Grand Bleu). Quant au saxophone, dont joue Adrien Soleiman, jugé autrefois ringard, il retrouve ici ses lettres de noblesse et ajoute une bonne dose de sensualité.

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R.E.M se remet un bon vieux coup de peinture indé

Nous ne pensions plus vraiment entendre parler de R.E.M., séparé depuis 2011, et encore moins d’en rencontrer les membres. Et puis la nouvelle est tombée en octobre : ils allaient recevoir à Milan à l’occasion de la réédition en version collector de leur meilleur album, Automatic for the People. Sorti en 1992 et vendu à près de 18 millions d’exemplaires, ce disque constitue tout simplement l’apogée du groupe originaire d’Athens (Géorgie).

Apogée dans tous les sens du terme : devenus populaires au-delà de leurs espérances (R.E.M. tirera pas moins de six singles de ce disque de cocagne, chacun classé en bonne position dans les charts), les hommes de Michael Stipe en profitent aussi pour connaître une épiphanie artistique que personne ne leur conteste désormais.

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40 ans plus tard, Marquis de Sade, le groupe mythique de Rennes, sort un album live

A la fin du concert, Philippe Pascal, voix intacte, salue le public extatique d’un cinglant et affectueux : “A dans quarante ans les gars et les filles !” Nier que la nostalgie ait prédominé ce soir-là relèverait du dernier aveuglement : après avoir marqué au fer le rock français il y a quatre décennies (un premier album publié en 1979, la même année que le second lp des Stinky Toys et le premier des Dogs), Marquis De Sade a rappelé en un élégant one-shot et à la maison (la salle Le Liberté à Rennes) deux ou trois choses de la vie.

Le Marquis est mort, vive le Marquis !

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Le Duc est de retour avec "Trône", et les records de streaming se ramassent à la pelle

Le Duc est de retour et les records de streaming se ramassent à la pelle. Avec Trône, album à la sortie anticipée d’une quinzaine de jours à cause d’un leak, Booba a d’ores et déjà réussi à conserver sa couronne. Ce n’est pas une surprise. Depuis deux décennies et ses débuts avec Lunatic, Elie Yaffa règne sans partage sur le rap français grâce à son talent d’écriture et un pragmatisme parfois déconcertant.

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Guizmo au sommet de son art dans "Amicalement vôtre", un album qui suinte la pluie et la solitude

Cela fait presque dix ans que Guizmo traîne ses guêtres dans le rap français. Sur les bas-côtés du game, loin du strass et des Zénith, le garçon originaire de Villeneuve-la-Garenne a aujourd’hui 26 ans, et il atteint son apogée sur Amicalement vôtre.

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Edito : "À l’époque, acheter le NME déterminait d’une certaine façon qui vous étiez"

Celles et ceux qui sont venu(e)s récemment à Londres un mercredi pluvieux (il pleut les autres jours aussi) ont sans doute assisté, en sortant du métro, à ce spectacle navrant, bouleversant même : des piles de nouveaux numéros du NME déchirés par le vent, souillés par les eaux, implorant les voyageurs de les préférer aux Metro ou Evening Standard. Pour quelqu’un qui a grandi avec le NME, abonné pendant des décennies, cette humiliation en pleine rue, ce pilori grotesque est un véritable crève-cœur. Dans le NME des années 1970 puis 1980, je n’étais pas simple lecteur, mais éponge. J’épluchais chaque interview, chaque article consacré à mes artistes préférés en tentant d’y dénicher des indices, des pistes à explorer, des fenêtres qui rendraient ma vie plus large, riche et exaltante. Dans ses pages, j’ai appris beaucoup de choses de la vie : la politique anglaise, la contre-culture, les jeux de pistes musicaux sans fin, la petite vie britannique telle que la racontaient des jeunes gens mal lunés, mal fringués, mal coiffés et magnifiques. Des signatures m’intimidaient par leur savoir mystérieux, mais aussi me prenaient par la main dans leurs labyrinthes illimités : je vivais leurs frissons, leurs rencontres par procuration. A l’époque, bien sûr, acheter un journal était un acte militant, une façon de revendiquer son appartenance. Acheter le NME déterminait d’une certaine façon qui vous étiez. Depuis une vingtaine d’années, au rythme affolant des changements de rédaction en chef et d’orientation éditoriale, le magazine a tout essayé, y compris, aujourd’hui, de devenir un gratuit. C’est pourtant sans nostalgie, sans affiliation au c’était-mieux-avant, avec tendresse même que je ramasse chaque mercredi mon NME. En espérant que des adolescent(e)s y liront dans le métro, par hasard, des articles sur Loyle Carner ou Pale Waves, et que ça changera aussi leur vie.

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Ce que j'ai appris en plongeant dans l'enfer des 10 clips les plus vus sur YouTube en 2017

Ce sont des vidéos avec tellement de vues qu’on a du mal à lire le nombre du premier coup. Genre : 4 466 088 275 pour Despacito, ou 2 823 100 751 pour Ed Sheeran. Il y a 10 chiffres dans le nombre, on parle donc en milliards. Soit, pour ceux qui ont du mal : quatre milliards quatre cent quarante six millions quatre vingt huit mille deux cent soixante quinze et deux milliards huit cent vingt trois millions cent mille sept cent cinquante un (nombres non contractuels, soumis à augmentation régulière). Toutes réunies, ces dix vidéos totalisent environ 15 000 000 000 (15 milliards) de vues. Mais que nous apprend le classement des 10 vidéos les plus vues cette année ?

1. « Despacito », Luis Fonsi (feat. Daddy Yankee)
2. « Shape of You », Ed Sheeran
3. « Mi Gente », J Balvin, Willy William
4. « Felices los 4 », Maluma
5. « That’s What I Like », Bruno Mars
6. « Ahora Dice », Chris Jeday (feat. J. Balvin, Ozuna, Arcángel)
7. « El Amante », Nicky Jam
8. « Swalla », Jason Derulo (feat. Nicki Minaj & Ty Dolla $ign)
9. « I’m the One », DJ Khaled (feat. Justin Bieber, Quavo, Chance the Rapper, Lil Wayne)
10. « Subeme la Radio », Enrique Iglesias (feat. Descemer Bueno, Zion & Lennox)

1/ D’abord, il nous apprend l’espagnol.

En effet, 60 % de ces vidéos (soit 6 sur les 10, pour ceux qui maitriseraient mieux l’espagnol que les maths) sont chantées en espagnol. On peut imaginer que si Ed Sheeran avait fait quelques UV, une teinture et chanté Forma de usted plutôt que Shape Of You, il aurait probablement squatté la première place.

Notons également que francophonie est la grande absente de ce classement mondial, mais pas complètement : à une minute, J Balvin il dit dans sa chanson Mi Gente, « c’est comme ci, c’est comme ça, ma chérie, lalalalala ». Gracias hombre.

2/ Pour avoir sa place dans le top, il fallait danser.

Dans la rue, dans un bus ou dans un entrepôt, mais danser. Seul (comme Bruno Mars), à deux ou en groupe, mais danser. Bon, Ed Sheeran ne danse pas véritablement, mais il court et il fait de la boxe. C’est parfois lié, et c’est cardio donc c’est bien.

3/ Les couleurs vives sont recommandées.

Dans la vidéo de DJ Khaled, la pelouse et les arbustes sont d’un vert quasiment fluorescent, comme on n'en voit qu'à proximité des laboratoires Monsanto. Exactement la même teinte que la voiture dans la vidéo de Jason Derulo. J Balvin, lui, a sans doute tourné sa vidéo dans un entrepôt Desigual. Une seule vidéo est filmée en noir et blanc (et encore, partiellement), c’est celle de Jeday. Un parti-pris artistique exigeant, mais qui lui a peut-être coûté 200 millions de vues.

4 / Pour entrer dans le top, il n’était pas nécessaire d’avoir un scénario, une histoire, ou un neurone.

Dans la plupart de ces vidéos, il ne se passe rien de spécial. Des gens sont là, dans un bar, dans la rue ou devant une villa. Ils font du cheval, la fête, boivent un coup, dragouillent en maillot de bain ou ne font rien de particulier (sauf danser). Ils ont l’air de gens qui se font un peu chier en vacances. Heureusement qu’il y a Ed qui profite de son temps libre pour faire du sport (et peut-être sculpter ce corps d’athlète qui lui permettra un jour de passer dans les vidéos des winners latinos).

5 / Ces dix vidéos que nous vous présentons ci-dessous ont un autre point commun

On peut les regarder sans le son. Sans problème.

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La folk journée de Nantes

The Byrds Le 15 décembre au Lieu Unique, des reprises osées par Moon Gogo et le duo Mehdi Zannad, Sean O’Hagan.

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Les 50 meilleurs albums de l'année selon Stereogum

Comme chaque début du mois de décembre, avec toujours un peu d’avance, les magazines de musique lancent leur tops des albums de l'année. Le premier àinaugurer le bal est Stereogum. Le staff du site américain a donc voté pour ses 50 albums préférés. Un peu comme chaque année également, avant de présenter leurs tops, les auteurs ont souligné à quel point 2017 avait été merdique sous bien des aspects, sauf sur celui, bien évidemment, de la création musicale.

Des surprises en pagaille

Un top est toujours subjectif, mais, première surprise, on regrettera quand même quelques grands absents comme King Krule, King Gizzard & The Lizard Wizard ou Fleet Foxes (qui avait remporté le titre de meilleur album en 2008 sur le blog). On retrouve néanmoins quelques-uns de nos coups de coeur de l'année, comme Feist, Thundercat, Kelela, St.Vincent ou encore Perfume Genius à la 4ème place du top. La plus grosse surprise étant sans doute à la première place

Le TOP 50 

50 - Jay-Z – 4:44
49 - Jason Isbell & The 400 Unit – The Nashville Sound
48 - Roc Marciano – Rosebudd’s Revenge
47 - Thundercat – Drunk
46 - Ted Leo – The Hanged Man
45 - Guerilla Toss – GT Ultra
44 - Jlin – Black Origami
43 - Zola Jesus – Okovi
42 - Hundredth – Rare
41 - Oddisee – The Iceberg
40 - Feist – Pleasure
39 - Heaven In Her Arms – White Halo
38 - The Weather Station – The Weather Station
37 - Paramore – After Laughter
36 - Girlpool – Powerplant
35 - Lomelda – Thx
34 - Incendiary – Thousand Mile Stare
33 - Migos – Culture
32 - The National – Sleep Well Beast
31 - Alvvays – Antisocialites
30 - Converge – The Dusk In Us
29 - Counterparts – You’re Not You Anymore
28 - Björk – Utopia
27 - Allison Crutchfield - Tourist In This Town
26 - Kelela – Take Me Apart
25 - Pallbearer - Heartless
24 - Elder - Reflections Of A Floating World
23 - Jay Som – Everybody Works
22 - Father John Misty - Pure Comedy
21 - Alex G – Rocket
20 - Julie Byrne – Not Even Happiness
19 - Moses Sumney – Aromanticism
18 - Vince Staples – Big Fish Theory
17 - Japanese Breakfast – Soft Sounds From Another Planet
16 - Sorority Noise – You’re Not As _____ As You Think
15 - Slowdive – Slowdive
14 - St. Vincent – MASSEDUCTION
13 - Julien Baker – Turn Out The Lights
12 - Fever Ray – Plunge
11 - Brockhampton – Saturation II
10 - Mount Eerie – A Crow Looked At Me
9 - LCD Soundsystem – American Dream
8 - Waxahatchee – Out In The Storm
7 - Charly Bliss – Guppy
6 - The War On Drugs – A Deeper Understanding
5 - SZA – Ctrl
4 - Perfume Genius – No Shape
3 - Priests – Nothing Feels Natural

2 - Kendrick Lamar – DAMN

1 - Lorde – Melodrama

>>> À relire : Nos meilleurs albums de ce début d'année 2017

Comme le précise le magazine en ligne, les deux premiers albums sont arrivés loin, loin, devant les autres, la première place s'est joué à une poignée de votes.

« Les deux albums en tête de cette liste se sont retrouvés à quelques points l'un de l'autre, mais avaient collectés beaucoup, beaucoup de points au-delà de tous les autres albums de notre liste. Les artistes qui ont fait ces deux albums n'ont pas beaucoup de choses en commun, mais ils sont tous les deux jeunes, populaires. (…). Avec des artistes comme ces deux, nous sommes entre de bonnes mains pour l’avenir. Au moins en tant que fans de musique. Malheureusement, nous ne pouvons pas dire la même chose dans un autre aspect de nos vie. »

Vous pouvez également donner votre avis et voter pour le meilleur album de l'année 2017 sur le site des inrocks, juste ici.

Les Inrocks - musique

On fait le bilan avec Petit Biscuit, une success story de l'electro française

Les faits sont là : après avoir posté Sunset Lover sur Soundclound il y a deux ans, Mehdi Benjelloun aka Petit Biscuit, 18 ans aujourd'hui, a fait exploser les compteurs à coups de millions de vues sur les plateformes de streaming. Aujourd’hui, grâce à sa musique, le jeune Rouennais a fait le tour du monde, sorti un premier album, Presence, le 10 novembre dernier (le jour de son anniversaire) et enchaîne les dates affichant complet aux quatre coins de l’Europe. Difficile de passer à côté.

Qui plus est, Mehdi est brillant dans ses études, avec un bac scientifique mention très bien en poche. Il affole les médias, qui le qualifient à tout va de "nouveau prodige de l’électro française" (dont Les Inrocks en 2015) et se voit courtisé par une bonne partie de l’industrie musicale. Ce que le principal intéressé a d'ailleurs l’air de prendre avec un certain détachement. Il prend le pari de rester indépendant, incarnant une nouvelle génération de musiciens et musiciennes bercés dans le DIY d'internet.

Sortie de ce premier album, date complète au Zénith de Paris, publication du clip de Waterfall : Petit Biscuit vient de passer quelques semaines intenses. On fait le bilan avec lui.

D'où vient cette envie de rester indépendant ?

Plein de gens sont venus me solliciter, mais je n’ai jamais voulu signer parce que je ne savais pas encore vers quoi me lancer précisément. J’aime bien faire les choses moi-même, bien que ce soit beaucoup de travail et que les maisons de disques le fasse très bien. J’accorde beaucoup de mérite aux artistes qui sont indépendants. C’est un nouveau schéma intéressant dans la musique. Il y a des distributeurs qui émergent. Moi je vois le futur de la musique dans cette voie-là, beaucoup d’artistes prennent ce pas. Le fait d’être indépendant identifie le projet, et les gens le retiennent.

Comment as-tu pensé l'après-Sunset Lover pour en arriver à l'album Presence ?

Je suis très content d’avoir sorti cette track, elle a fait du bien à beaucoup de gens. Mais après, ce n’est pas le genre de morceau que je préfère non plus. C’est très contemplatif, je préfère les choses dynamiques. Genre la track Break Up est plus tribale et pulsionnelle, je préfère. Mais Sunset Lover, c’était moi quand même. Il ne faut pas que chercher à s'éloigner de quoi que ce soit. C'était moi à 14-15 ans. Les autres tracks me racontent moi, plus tard. C'est pour ça que j'ai voulu aussi la garder dans l'album, ça raconte une vraie histoire.

Quand les choses ont commencé à s’enflammer, tu te sentais déjà prêt pour sortir un album ?

Tout au début, pas trop. Au fur et à mesure, j’ai construit beaucoup de tracks différentes mais, en fait, ça a mis vraiment du temps. J’ai fini de produire l’album en septembre pour le sortir en novembre. C'est tout frais. Ce n’est qu'en mars/avril que j’ai commencé à sentir l’évolution entre ce que j’avais fait avant et les nouvelles productions que je sortais. J’ai retravaillé les morceaux 10 000 fois. Les morceaux qui sont sur l’album ont tous connu une dizaine de versions avant d'obtenir la bonne. Et c’est là que tu remarques une évolution, lorsque tu écoutes la première et la dixième version. Une évolution se marque par quelque chose de concret, et du coup ça s’est matérialisé en album.

As-tu l’impression d’avoir mûri plus vite avec la musique ?

Je pense que tu mûris déjà trop vite malgré toi. Il se passe des choses et tu te dois d’être intelligent dans un milieu où tout le monde ne l’est pas. Je sens que j’ai réussi à faire des choix dont je suis fier et à les avoir amenés là où je le voulais, et pas là où les gens autour de moi le voulaient à ma place. Je suis content de ce côté-là, et même de l’album. Ce n’est pas un album tubesque ou quoi, mais il raconte vraiment ce qu’il s’est passé pendant un an et demi dans ma vie.

Comment réagis-tu au succès, qui s'expriment notamment par les titres de presse ? On entend et on lit partout : "le nouveau prodige de l’électro".

C’est flatteur (rires). Mais je ne me considère pas comme prodige de l’électro ou comme quelqu’un faisant de la musique ovni. Les journalistes aiment bien ce genre de titres accrocheurs. Je pense que ça a été plus pour ça que pour un réel intérêt. Je ne sais pas, en fait. Peut-être qu’il se passe un truc autour du projet, aussi… On est tous inspirés par ce que l’on ressent et ce que l’on vit, moi je fais juste de la musique qui raconte un peu mon histoire.

Quelle est cette histoire ?

J’étais un gamin qui rêvait vraiment, j’étais obsédé par les voyages. Et du coup j’avais beaucoup de clichés sur les différents pays dont je me suis inspiré. Par exemple, tu te dis que si tu vas dans les pays d'Orient, ça va être de la cithare, dans un pays asiatique, au Népal par exemple, ça va être des chants et des voix, comme j'ai fait dans le titre Break Up. J'ai découvert ensuite la vraie musique du monde et ce n'est pas ça. C'est plus contenu, et en même temps, explosif. J'aime ce côté libérateur et instinctif de la musique. Aujourd'hui je suis très inspiré par toutes les émotions par lesquelles je peux passer, surtout en tournée. Ma vie s'est déroulée 100 fois plus vite et plus intensément depuis que je suis parti en tournée. En un an et demi, il s'est passé beaucoup de choses intéressantes.

Et quel rapport entretiens-tu avec le terme "électro posé", qu'on entend également beaucoup pour qualifier ta musique ?

Je le trouve réducteur. En fait, "électro posé", à la base, c'est la chaine Youtube que mon pote Thomas a créée. Par extension il a inventé un style dans la tête des gens. Alors qu’au final, il y a beaucoup de styles différents sur cette chaine. Thomas m'a même dit qu’il voulait changer de nom pour englober plus de styles. Je le comprends dans sa démarche, et je trouve ça bien d'avoir créé une vraie identité, voire un style de musique. Mais quand on me demande de décrire la mienne, je ne sais pas quoi dire. Du coup, je comprends pourquoi les gens utilisent ces mots-là. Je dis juste que c’est de la musique électronique, parce que je ne sais pas où j’irai demain.

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Moh! Kouyaté en concert à Nantes

Moh ! Kouyaté - Photo d' Hugues Anhes Le 14 décembre la Bouche d'air accueille l'une des sensations de la scène afro-parisienne.

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Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance en concert à Nantes

Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance - Photo de Paul Evrard Le 12 décembre le Grand T accueille

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Un nouveau morceau pour Duck Duck Grey Duck, avec la vidéo qui fait chaud dans le dos

Il sortira en février, le second album de Duck Duck Grey Duck. Un album conçu comme un double vinyle, avec vingt-cinq (oui, 25) morceaux répartis sur quatre faces thématiques. Pour préparer le terrain, le groupe sort aujourd'hui en vidéo (et demain en single) le morceau Frelon. Pour la petite (et belle) histoire, la chanson s'appelle ainsi comme une manière de dédicace à Luc Frelon, programmateur sur la radio FIP et grand fan de Duck Duck Grey Duck. Avec des grands espaces, de l'amour, du sang et même un frelon, la vidéo qui vient avec est parfaite.

Duck Duck Grey Duck joue aussi le 7 décembre à Rennes (Bars en Trans) et le 8 à Paris, au Point Ephémère.

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Mort de Marc-Antoine Moreau, artisan du succès mondial d'Amadou et Mariam

Mauvaise passe pour la musique africaine. Du moins pour ceux qui œuvrent à sa reconnaissance. Quelques jours après la disparition de Charles Duvelle, producteur au long cours qui fit des labels Ocora et Prophet des références musicologiques inépuisables autant qu’inestimables, c’est au tour d’un autre pourvoyeur de diversité sonore de s’en aller.

Marc-Antoine Moreau, producteur et manager d’Amadou et Mariam, a été terrassé ce mercredi par une crise de paludisme, maladie contractée lors de ses nombreuses pérégrinations tropicales. Une mort rappelant celle de son mentor, Philippe Constantin, avec qui il avait débuté chez Barclay et où s’était scellé notamment le destin international de Salif Keita et de Mory Kanté. Fort de l'expérience acquise auprès de Constantin, Marc Antoine se lancera à son tour dans une aventure musicale subsaharienne avec un certain succès, accompagnant notamment l’ascension du duo malien Amadou et Mariam à la fin des années 90.

Il dirigeait depuis peu d’Abidjan l’antenne africaine d’Universal après avoir contribué au lancement de plusieurs groupes et artistes comme les Congolais Jupiter & Okwess. Son nom est également associé à la carrière de Mamani Keita et du Marocain Hamid El Gnawi. Ayant conservé une curiosité intacte, ainsi qu'un désarmant sourire de poulbot, il partageait avec d'autres défricheurs issus de la même génération, dont un certain Damon Albarn, une  conception de l'activisme culturel à l'opposé des méthodes classiques. Il fut ainsi avec Albarn l'un des essieux du projet African Express, train musical qui a traversé une partie du continent africain avant d'accoster en Europe. Devenu entre temps projet discographique, Africa Express donnera le jour à certains disques précieux  comme Maison des Jeunes en 2013 sur lequel figure le premier titre du groupe Songhoy Blues, l'une des dernières découvertes de Marc Antoine.

On a appris la mort de Marc-Antoine Moreau le 6 décembre. Le matin du 7, l'émission matinale de Nova, Plus près de toi, a rendu hommage à Marc-Antoine Moreau en invitant Jupiter & Okwess.

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Le héros du rap français en 2017 est démasqué : c'est Kekra

Booba l’avait validé en 2016, depuis Kekra ne s’est pas crashé, il n’a pas réduit la vitesse. Il est toujours dans le futur au volant de sa DeLorean. Dès janvier 2017, il l’annonçait sur un freestyle façon Marty McFly : « L'année prochaine fut une bonne époque ». Et il ne s’était pas trompé (musicalement parlant du moins car les ventes ne suivent pas forcément), multipliant les headshots rapologiques à une cadence élevée (deux albums de haute volée et une douzaine de clips léchés) tout en restant dans l’anonymat du tireur embusqué.

Mystérieux, Kekra ? Oui et non. Il ne se livre que très peu dans ses lyrics ou ses rares interviews, sans pour autant cacher son quotidien. Au contraire, il le documente à sa manière elliptique et imagée, aussi réaliste et chirurgicale dans les détails (le four micro-onde pour faire gonfler les plaquettes de shit, la Ford Mondeo de la brigade anticriminalité) que marquante dans une écriture qu’il n’a cessé de peaufiner sur ses deux projets sortis cette année : technique sûre à base de jeux de mots (« Ma life, un conte de faits divers, gros », « Tueur en série, j'fuck tes épisodes »), d’allitérations (« Je les baise bien avant le buzz »), de diérèses audacieuses (« J'les écrase tous comme panini, yeah / Qui donc pourra le nier ? »), d’oxymores (« que du sale proprement dit »), de punchlines fulgurantes (« Si j'explose vraiment ap', c'est la faute des démineurs ») et autres « métagores » héritières de B2O (« J’suis trop violent, ils ont l'cerveau en cabriolet »), quand elles ne sont pas des références directes à des phases du Duc de Boulogne (« La vie je la traîne par le chignon »). Le texte est « nuageux », le regard « nébuleux ». C’est à première vue le quotidien couleur bitume d’un débrouillard de Courbevoie à la routine bien rodée (« Tous les matins pour ma paye, j'me vè-le »). L’existence répétitive du dealer de cocaïne et de résine qui charbonne, qui charbonne et qui charbonne encore, dont le vide émotionnel s’oublie dans les Poches pleines. Cet état des lieux assez banal à l’heure de la trap nihiliste et du cloud rap de trafiquant trouve à s’exprimer chez Kekra en dehors des sentiers battus.

Son rap « issu d’là où les bicraveurs s’déguisent en dandy » a quelque chose d’à la fois arrogant et excentrique. Pas si dépressif que ça en fait malgré le ciel lourd à l’horizon. Dit autrement : un côté anglais. L’homme se rend d’ailleurs souvent à Londres, où il a des cousins. D’où son tropisme british, pas lié à une quelconque mode passagère lancée par Drake donc, mais à une connexion intime avec les sonorités grime et UK garage. Car Kekra ne se contente pas de remixer Skepta ou de rendre hommage à Roll Deep – même s’il le fait très bien. Il va directement puiser dans ces beats rapides et synthétiques le pouls parfois très club de son flow épidermique.

Kekra is in the kitchen

En 2017, Kekra s’est un peu éloigné de la trap pour frotter ses egotrips à ce genre vibes hallucinogènes. Ça donne des morceaux hyper-dansants et éclairés aux néons comme 9 Milli sur Vréel2 ou Capuché sur Vréel 3. Rien d’étonnant dès lors, de retrouver le MC sur la prog’ pointue des Nuits Sonores de Lyon aux côtés d’un Stormzy ou d’un AJ Tracey. Rien d’étonnant non plus à l’entendre basculer régulièrement dans la langue de Shakespeare dans ses morceaux, sans le ridicule habituel associé aux chanteurs de R’n’B français d’antan - Matt Houston on t’aime - ou, plus rare encore dans nos contrées, de répondre en anglais fluent à une interview donnée à un média américain (Viceland). L’ADN de Kekra est brouillé, compliqué à géolocaliser. Il le dit lui-même, c’est un citoyen du monde, sans frontière.

D’origine berbère marocaine, le musicien nomade passe sa vie entre les Hauts-de-Seine, Londres et la Thaïlande, tourne ses clips à Tokyo, à Miami, en Belgique ou au Togo, rappe en français, en arabe, en anglais, avec des touches d’espagnol, de jamaïcain (l’envoûtant Irie) ou de japonais (références à la culture asiatique, japananime en particulier). Bref, c’est un ovni au cul coincé entre plusieurs continents et époques, en avance sur son temps avec sa grime-trap autotunée (« Tes flows d'l'an prochain, pour moi c'est des flows d'hier »), et en même temps biberonné aux années 1990 : « J'suis pas de cette putain d'planète comme Hilguegue », résume-t-il à sa façon sur un morceau dédié à la femme extraterrestre de Salut les musclés. Big up au Club Dorothée.

Masqué, caché, pixellisé

Son je m’en foutisme un peu anar’ n’est pas sans romantisme. Non qu’il soit fleur bleue – Kekra reste très pudique, voir fermé à double tour, sur ses sentiments – c’est plutôt un romantisme de hors-la-loi moderne prêt à tout faire péter non pour la gloire mais pour la beauté de l’art. On pense au récent Hacker de Michael Mann. Kekra a quelque chose de ce personnage qui commet ses forfaits numériques en anonyme, super-héros dématérialisé, apatride, qui ne connait aucune règle et opère dans le monde contemporain en fantôme, insaisissable. Kekra n’est bien sûr pas caché derrière une machine comme Chris Hemsworth, mais outre son masque, il y a sa voix camouflée derrière l’autotune, logiciel de correction vocale qu’il semble avoir piraté à sa sauce pour le pousser dans ses retranchements saturés. Alors certes, pour un spectre, Kekra se « montre » beaucoup dans les clips. Mais là encore, à regarder l’évolution récente de sa clipographie, il semble suivre une logique non de dévoilement, mais d’effacement progressif, au profit d’une liberté d’expression totale. Dans des vidéos telles que Uzi ou Walou, le rappeur disparait et ressurgit à l’écran tel un bug informatique. Avec Pas Millioné, il devient une silhouette noire projetée sur des anime, dans Poches pleines, il disparait derrière une narration à la première personne, pour finir en avatar pixellisé de jeu vidéo vintage dans Tout seul.

Rétif aux featurings (« Kekra ne se mélangera pas dans l'robot mixeur ») et aux règles (« Fuck les consignes, j'veux pas qu'on m'co-signe »), Kekra a tellement de flows en stock qu’il semble n’avoir besoin de personne. Méfiant ? Sans doute, il faut le voir se retourner nerveusement toutes les deux minutes en interview. Autarcique ? Pas encore, même s’il produit de plus en plus ses sons. Isolé ? Oui, mais c’est parfois le prix d’une trajectoire unique. Il est tout seul et il le sait.

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Blick Blassy en concert à Cenon (33) dans le cadre des AOC

Blick Bassy Le 9 décembre, l'artiste camerounais chante pour Solid'art, la journée des solidarités, au Rocher de Palmer.

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Bon Voyage Organisation est de retour avec un morceau de "science-fiction pour danser"

Un peu plus d'un an après une tournée chinoise lunaire (qu'on avait suivie de l'intérieur), la team Bon Voyage Organisation revient avec un nouveau single qui continue de regarder vers l'Est. Il s'appelle Goma et la nouveauté, c'est qu'il regarde également en direction d'un premier album à paraître le 2 mars prochain chez Wedge/Columbia sous le titre Jungle? Quelle Jungle? Un titre qui rend compte de la luxuriance de la musique de BVO et des visions tordues d'Adrien Durand, le leader du groupe.

Le clip accompagnant le morceau est signé Visions Particulières. C'est à la fois cosmique et science-fictionnel tout au long des presque six minutes de Goma. Dans la description du morceau sur YouTube, on peut d'ailleurs lire ceci, outre des références directes à Joseph Kessel et Jack London : "SCIENCE-FICTION POUR DANSER". BVO annonce, dans un communiqué, avoir notamment invité Agathe Bonitzer, Halo Maud et Adrien Soleiman sur l'album.

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A gagner : 2 places pour Vincente Amigo à la Cigale

Vicente Amigo - Cafe de la Danse Jouez et gagnez vos places pour le concert de Vincente Amigo le lundi 11 décembre à la Cigale

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"Black Times" de Seun Kuti & Carlos Santana

Seun Kuti Le fils cadet de Fela Kuti rend un hommage universel aux révolutionnaires sur un quatrième album d'afrobeat incandescent attendu en mars sur Strut Records.

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