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2 décembre 2017

Neil Young a mis en ligne l'intégralité de ses archives musicales, et c'est complètement fou

Pour les fans de Neil Young, c'est une véritable mine d'or qui vient d'être mise en ligne par le rockeur lui-même. Ce 1er décembre, il a publié l'intégralité de ses archives sur internet, téléchargeables en streaming haute-définition partout dans le monde via la plateforme Young’s Xstream. De son premier single, "The Sultan", sorti en 1963, à son dernier album, aux accents anti-Trump, The Visitor, enregistré avec le groupe Promise of the Real. Et ce n'est pas tout. Le site, volontairement chaotique, regorge d'inédits, de paroles, de vidéos et de références bibliographiques.

"Un document vivant, en constante évolution"

Parmi les contenus les plus attendus, une dizaine d'albums inédits, promis par le musicien de 72 ans, qu'il doit mettre sur le site sous peu. Il explique d'ailleurs dans une lettre ouverte sur ce site (sous forme de vidéo) qu'il a vocation à être un "document vivant" : "Ces archives sont conçues pour être un document vivant, en constante évolution et incluant tout nouvel enregistrement et film au moment où il est fait. Le site n'est pas encore complet, car nous ajoutons encore beaucoup de détail aux plus vieux enregistrements".

"Des projets que je n'ai pas sortis sur le moment"

A propos des inédits, il explique que "ce sont des projets que je n'ai pas sortis sur le moment, pour une raison ou pour une autres, et beaucoup de ces chansons sont ensuite apparues sur un autre album au fil des années".

Très soucieux de la qualité sonore de ces documents, Young a travaillé avec la société de Singapour OraStream, pour mettre en ligne des fichiers vingt fois plus lourds que le format mp3. Bref, on vous laisse plonger dans l'univers onirique du prolifique Neil Young.

Les Inrocks - musique

Il a suffi d'un seul morceau à la rappeuse IAMDDB pour conquérir le monde

En l'espace de quelques mois, IAMDDB s'est imposée comme l'un des grands espoirs de la scène anglaise. Fille du saxophoniste Manuel De Brito, cette native de Manchester se fait remarquer début 2017 grâce à la sortie successive de Waeveybby Vol. 1 et Vibe Vol. 2, deux EPs à travers lesquels elle distille un R&B moderne et alternatif, qui n'est pas sans rappeler les univers d'Erykah Badu, de Lianne la Havas ou encore de Jorja Smith.

Mais c'est son projet Hoodrich Vol 3, dévoilé quelques mois plus tard, qui lui permet de s'attirer les faveurs d'un plus large public. Avec le titre Shade, la troisième piste de cet EP, Diana De Brito (de son vrai nom) offre un hymne puissant qui lui permet d'affirmer un message féministe, et d'exposer toute la richesse de sa palette artistique, désormais davantage orientée vers la trap que vers le R'n'B.

Et lorsqu'on lui demande de commenter son évolution musicale, celle qui cite Bob Marley comme source d'inspiration première affirme ne jamais avoir dévié de sa route initiale. "Ma musique évolue simplement avec moi", nous confiera-t-elle. Cette musique, puissante et personnelle, elle la qualifie d'"urban jazz". Elle est le fruit d'une enfance débutée au Portugal, son pays natal qu'elle quitte à l'âge de 5 ans, d'une vie passée à Manchester, où elle vit encore aujourd'hui, et d'un voyage initiatique en Angola, qu'elle a vécu comme une véritable révélation. Rencontre.

Qu’est-ce que tu avais l’habitude d’écouter dans ton enfance, en grandissant à Manchester ?

IAMDDB - Mon père jouait des artistes aux univers très éclectiques. On passait de Bob Marley à Céline Dion, et de Whitney Houston à Boy G Mendes en un claquement de doigt. Mais Bob Marley est incontestablement l’artiste qui m’inspire le plus, encore à ce jour. Cet homme m’encourage à façonner une musique à la fois puissante, et empowering.

Quand a débuté ton initiation à la musique ?

La musique coule dans mes veines depuis mon enfance. Mon père étant musicien, j’ai grandi dans un environnement baigné de musicalité. J'ai gravité autour des studios d’enregistrements, évolué auprès de nombreux musiciens… Mais c’est un voyage en Angola aux côtés de mon père, courant 2015, qui m’a vraiment encouragée à me lancer. Là-bas, je me suis rendue compte qu'il y avait d'une part les chanteurs, les producteurs et les rappeurs – et d'autre part, les vrais musiciens.

En fait, j'ai compris que la musique ne se résumait pas simplement à chanter, à produire ou à jouer d’un instrument ; j'ai pris conscience que c’était quelque chose de beaucoup plus profond. Et surtout, j'ai compris que c’était ce pour quoi je voulais m’engager pour le reste de ma vie.

Après l'Angola, tu retournes en Angleterre, et décides rapidement de mettre un terme à tes études. Que se passe-t-il à ce moment-là dans ta tête ?

Je suis allée à l'université, et j'ai compris au bout d'une heure de cours que ce n'était pas pour moi. Du coup, j'ai tout laissé tomber, et j'ai commencé à enchaîner les petits boulots : Selfridges, River Island… J'ai bossé dans toutes les chaînes de magasins que tu peux connaître – et me suis faite virer à chaque fois ! Je ne savais pas comment j'allais pouvoir payer mon loyer, ou même me nourrir. Je ne savais pas ce que l'univers était en train de me dire, mais c'était vraiment la merde.

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Ces moments de vie difficiles, tu les relates à travers Hoodrich Vol. 3, ton dernier projet en date sorti le 1er septembre dernier. Y a-t-il un message particulier que tu souhaitais faire passer à travers cet EP ?

Le but véritable de Hoodrich, c’est de donner de la force à ceux qui n’ont rien, ou qui ont l’impression de ne rien avoir. Avec ce projet, je peux aujourd’hui dire que j’ai réussi à créer de la magie à partir de rien.

J’étais fauchée comme personne, et pourtant, je suis parvenue à créer ce que je considère comme un chef-d’œuvre qui aujourd’hui, continue de se répandre à travers l’univers. Hoodrich, c’est l’histoire d’une femme qui en a eu assez et qui, un jour, s’est dit que c’était tout ou rien. J’ai donné tout ce que j’avais, et regarde aujourd’hui où j'en suis… ça a plutôt bien fonctionné !

Pourquoi avoir choisi IAMDDB comme nom de scène ?

Parce que je ne voulais pas avoir la pression d'être associée à mon père (qui est un putain de musicien de jazz !) en gardant mon nom de famille, De Brito. Donc j’ai d’abord pensé à IAM DDB (mes initiales), et puis j’ai raccroché les deux mots, dans le but d’obtenir un nom plus fort, plus direct.

Ta musique est infusée de nombreux genres musicaux, du jazz au hip-hop en passant par la soul et le R’n’B. Comment la décrirais-tu ?

Quand je parle de ma musique, je la qualifie d'"urban jazz". C’est le mélange de toutes les personnalités qui se trouvent à l’intérieur de mon corps. Un jour, on peut s’ambiancer sur Hoodrich Vol. 3, mais le lendemain, on peut se la couler douce sur Vibe Vol. 2. Pour moi, il s’agit vraiment de travailler avec les émotions.

Tu as attiré l’attention de nombreuses personnes avec le titre Shade. Comment expliques-tu le succès de ce morceau ?

Tu sais, ce son appartient au monde aujourd’hui, et je suis ravie de voir que les gens l’accueillent avec autant d'enthousiasme. D’autant plus que ce morceau est parti de rien ! Je m'ambiançais tranquillement sur une prod', en lâchant des paroles un peu impertinentes… et c'est venu. Je suis très reconnaissante de voir que les gens l’ont accueilli à bras ouverts. Le fait qu’ils l’apprécient autant me fait l’apprécier davantage encore. C’est trop d’amour ! [rires]

Dirais-tu que ta musique a changé depuis tes débuts ?

J’aime essayer différentes choses, différentes formules, tester de nouveaux rythmes, de nouvelles paroles… donc je ne dirais pas qu’elle a changé, non, mais plutôt qu’elle a évolué avec moi. 

À quel point es-tu impliquée dans la création de tes clips ?

Mes clips sont mes créations. Mes petits bébés. Je ne supporterais pas que quelqu’un d’autre que moi me dise comment agir ou me comporter dans mes propres clips. C’est pour cela que je réalise et prépare tout moi-même. Et je m’amuse beaucoup !

Depuis l’explosion du grime il y a quelques années, de plus en plus de jeunes femmes s'imposent sur le devant de scène anglaise. Te sens-tu galvanisée parce mouvement ?

Tu sais, en vérité, je ne porte pas vraiment d’attention à ce qu’il se passe en Angleterre… Je me concentre davantage sur les États-Unis, étant donné qu’ils ont toujours eu un temps d'avance sur le monde. Mais bon, je dois quand même dire que j’adore Little Simz : cette meuf, c’est le feu !

À quoi ressemble la scène hip-hop de Manchester ?

Il y a énormément de choses qui se passent en ce moment ! Avec des artistes comme Sleazy F, Dyno, Justbanco, Two4kay, Litek… We got sauce baby, il suffit juste de regarder aux bons endroits ! [rires]

L’été dernier, tu as fait plusieurs concerts à travers l’Europe. À quel point le fait d'être sur scène est important pour toi ?

J’adore ça, c'est ce qui m'anime au quotidien ! J’aime tellement voir la foule bouger devant moi… les gens ne savent même pas à quel point [rires]. Le public, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de faire ce métier. Mes fans passeront toujours en premier. Ride or die, comme on dit chez moi !

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Les Inrocks - musique

Et si "Trône" était finalement l'album le plus sensible de Booba ?

Avant d’écouter le neuvième album de Booba, tout laissait à penser qu’il serait une ode à son démentiel ego, qu’il ne contiendrait que d’imposants bangers prêts à terrasser la concurrence. Il y a d’abord eu le nom de l’album en question, Trône, comme pour mieux rappeler à ceux qui en douteraient encore qu’il règne sur le rap français depuis une quinzaine d'années. Il y a ensuite eu la supposée pochette, adaptant librement le trône de Game Of Thrones et censée annoncer une guerre dont lui seul pourrait sortir vainqueur. Il y a enfin eu la date de sortie initiale, le 15 décembre, histoire de titiller son éternel rival, Rohff, né le même jour.

Spleen et idéal

Après plusieurs écoutes de Trône, il convient pourtant de rétablir une certaine vérité : s’ils renferment évidemment leur lot de punchlines sauvages, d’images moqueuses et d'hyperboles salaces, les quinze morceaux présents ici, produits par Dany Synthé, Heezy Lee ou encore Twinsmatic, dévoilent par instants une sensibilité touchante. Quitte à complexifier un peu plus la personnalité de Booba ? Pas vraiment quand on sait que ses morceaux ont toujours contenu une certaine noirceur et une évidente fragilité ("La vie c’est dur, ça fait mal dès qu'ça commence/Pour ça qu’on pleure tous à la naissance", rappait-il du temps de Lunatic), mais il est assez marquant de constater à quel point le Duc de Boulogne assume ici son penchant le plus mélancolique : "J'ai fais des erreurs, dans la vie rien ne s'efface/J'suis fait pour une seule femme, pour plusieurs pétasses/J'assume mes crimes, mes péchés/Transporte ma peine, l’poids des médailles/Quand j'prends la haine, j'blâme pas le Sheitan/"

Au fond, Booba ne fait rien d’autre ici que de s’inscrire dans une tendance générale, parfaitement perceptible au sein du rap américain comme de son versant hexagonal. En 2017, le spleen semble en effet s’être lentement installé dans la tête des MC’s : quand Vald dit avoir "envie de se suicider comme Kid Cudi", Lomepal, lui, raconte sa dépression à sa mère ("Hé m’man, tu veux un double scoop ? Quand j’prends ma mob alors que j’suis pété à la mort/C’est pas de l’inconscience, non, c’est que j’en ai rien à foutre/Mourir, j’en ai rien à foutre") ; quand Josman dit attendre "la mort", attendre "qu’elle m’appelle", Orelsan, lui, prétend que ses "nuits sont blanches" et ses "idées noires", que "c’est comme chaque fois qu’j’ai arrêté d’boire » et que « les journées ne sont plus qu’des gueules de bois".

"Sombres histoires"

Derrière ses rimes conquérantes ("Vénus de Milo, anus de J.Lo, je veux tout") et ses allusions aux gamos ou aux tchoins dénudées, Booba sublime donc cette tendance. L’ultime Petite fille (DKR et E.L.E.P.H.A.N.T étant placés en bonus track) illustre cela à la perfection : portée par un redoutable sens du rythme et une interprétation inimitable, cette mélodie, dédiée à sa fille, heurte l’intime et rappelle, un peu à la manière de Renaud sur Mistral Gagnant, que les supposés gros durs sont parfois les plus aptes à saisir l'émotion : "À m’asseoir sur un banc/En tenant dans ma main tes petits doigts de femme/Tu me laisses croire que Dieu est grand/Je ne tomberai pour toi plus jamais pour des kilogrammes."

Le boss du 92i a beau refuser de se plaindre, dire que ce "n’est pas comme ça qu’on paye les factures", c’est bien à de "sombres histoires", de "tristes mélo" que l’on se confronte à l’écoute de Trône. Certaines cicatrices sont personnelles, d’autres, en revanche, sont davantage liées à la France, à son passé colonialiste et au traitement qu’elle réserve aujourd’hui encore aux personnes d’origines étrangères ("Le noir est méchant, le blanc est gentil"). Plus que jamais, Booba semble en effet rendre hommage au continent africain, à ses ancêtres comme à son héritage musical (les beats de DKR, À la folie ou Ça va aller).

Au détour d'une rime, il évoque ainsi son africanité ("Tu veux voir ce que c’est Africa, t’as juste à me sucer la queue") aussi bien que sa double nationalité et tout ce que cela suppose ("Allez les Bleus, allez les Lions, moi je suis un peu des deux"). On peut dès lors supposer que la situation économique et politique en Afrique est l’une des raisons du mal-être de B2O, mais il semble aussi que celui-ci soit plus profond. À l’image de Ridin’, un des sommets de ce neuvième album, où il présente les relations amoureuses comme un fardeau, comme une angoisse pouvant le conduire à sa propre perte et l’empêcher de pouvoir vivre sa vie pleinement : "J’ai creusé tunnel dans son cœur, j’me suis évadé".

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