Actu musique

24 octobre 2017

NTM vs Ruth Elkrief: vous ne verrez pas d'interview plus gênante

C'est une véritable perle que vient de dénicher "Personne ne bouge", l'émission d'Arte: une interview de NTM par Ruth Elkrief en 1998. Et les questions surréalistes s'enchaînent très vite "Ma Benz… C'est du deuxième degré ?" "votre département c'est la Seine- Saint Denis, le 9-3 vous dites, le 93 ?", "est ce que, vous qui les connaissez (les personnes habitant en banlieue, NDLR) qui les cotoyez, est-ce qu'ils font tout ce qu'il faut pour y arriver ou est-ce qu'il n'y a pas aussi de leur part un défaut de prise en charge personnel ?", "vous êtes… Français ?". Suivies par un grand silence. Nova a qualifié la séquence d''"interview la plus gênante de l'histoire", et ça semble justifié…

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Vivez une session d'enregistrement en compagnie de Tame Impala

Comme pour teaser un peu plus la sortie d’un coffret collector (à paraître le 17 novembre prochain) du dernier album en date, Currents, Tame Impala vient de lâcher une petite vidéo, une session recording qui nous replonge en février 2014.

Dans ce clip, réalisé par Matt Sav, on suit le leader Kevin Parker en train de bidouiller ses machines et de trafiquer ses instruments ; en somme, en train de confectionner ce qui deviendra Currents. Et que dire du splendide cadre dans lequel l'artiste s'exécute ?

Le coffret paraîtra donc le 17 novembre prochain, et proposera en plus d’un vinyle en version limité, d’un 33 tour avec deux remixes, et d’un artwork alternatif, de nombreux goodies. Tous les détails sont à retrouver via ce lien, avec lequel vous pouvez d’ailleurs précommander le coffret.

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Frank Ocean signe un essai visuel arty pour i-D

Invité du magazine i-D, Franck Ocean s’est fendu d’une série de photos, occupant 32 pages du dernier numéro. Parmi ces clichés, pour la plupart des portraits, on peut apercevoir le réalisateur Spike Jonze, le jeune Vegyn, et encore Buddy Ross.

Ces photos sont accompagnées d’un texte, pensé aussi par le musicien. À l’intérieur, il y évoque la dualité entre le “oui“ et le “non“, les podcasts de Tim Ferris, Pharrell (Williams), Karl Lagerfeld ou encore la sauce Szechuan de McDonald’s.

in photos: frank ocean's visual diary of 2017: https://t.co/WAD7r06KGs pic.twitter.com/oGfGcJHBpT

— i-D (@i_D) 23 octobre 2017

Des personnes impliquées dans sa carrière

Ces visages, que l’on peut voir dans cette série de photos, ne vous dise peut-être rien, mais ce sont pourtant ceux de personnes faisant partie de l’entourage de Franck Ocean. On retrouve donc celui de Vegyn, né Joe Thornalley, un jeune producteur de 23 ans (à qui Fader consacrait une interview récemment) qui a collaboré avec le chanteur sur ses albums Endless et Blonde.

L’autre, Buddy Ross (que cette fois, Pitchfork interviewait fin août 2016), en plus d’être le clavier de Franck Ocean pendant ses tournées depuis 2012, est aussi producteur. Lorsque le chanteur sortait Endless, le nom de Buddy Ross apparaissant dans les crédits de quatre titres (Commes Des Garcons, Slide on Me, Sideways, Florida) - soit presque autant de fois cité que sur Blonde.

Vous pouvez retrouver la série de photos complète en cliquant directement sur ce lien.

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Dans leur dernier clip, The National fait la fête dans un club de striptease totalement déluré

Extrait de leur tout dernier album Sleep Well Beast, le morceau I'll Still Destroy You se dévoile enfin en images, et quel clip ! Cotillons, stripteaseur déguisé en marin et coupes de champagne pleines à ras bord sont de la partie.

Réalisée par Allan Sigurðsson and Ragnar Kjartansson, la vidéo met en scène les cinq Américains dans un club bien déluré et qui tranche nettement avec la douce mélancolie à laquelle ils nous ont habitué jusqu'ici. Un bon shot de festivité pour attaquer la semaine !

L'album Sleep Well Beast est disponible sur Apple Music.

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Rover : "Quitter une zone de confort, c’est le seul intérêt à faire de la musique"

Après deux disques acclamés par la critique (Rover en 2012 puis Let it Glow en 2016), Rover est déjà de retour pour une mini tournée automnale en duo, intimiste et inédite.

Pour son étape nancéienne au festival Nancy Jazz Pulsations, le Théâtre de la Manufacture faisait salle comble vendredi dernier. Sur scène, tout un barda d’instruments, de pédales, de câbles, d’outillages étranges (et aussi de quelques bons verres de vin). Recréant l'atmosphère de son studio, le songwriter cherchait à nous faire redécouvrir ses chansons, sous un autre jour. Avec son fidèle complice Sébastien Collinet, il se laisse porter par ses idées et ses envies, et en fonction du matériel à portée de main, le duo improvise la mise en scène de chaque titre par un jeux de regard qui se termine le plus souvent par des sourires complices.

Grande nouveauté, Rover, ce grand habitué des armes analogiques, mélange ici une bonne dose de boîte à rythme dans son ouvrage. Une touche de modernité pas négligeable pour celui qui ne jure que par le trio infernal Bach, Gainsbourg et Bowie. De Tonite à Call My Name, en passant par l’immense Aqualast, la voix grave et orageuse de Rover se lance dans d'audacieuses interprétations. On l’aura compris, Rover est en pleine remise en question, et avant d’attaquer un déterminant troisième album, le voilà qui fait part de ses états d’âme en public, moins pudique et sans filtre. Rencontre

D’où est venue cette idée de tournée “Out of the Blues” ?

Rover : La Philharmonie de Paris m’a proposé une carte blanche fin mai, à la fin de ma tournée de mon second disque Let it Glow. J’étais très excité et puis rapidement c’est devenu angoissant d’avoir le choix, comme en musique - c’est d’ailleurs pour cela que je n’utilise pas d’ordinateur, on a trop de choix et on ne sait plus choisir. Et une idée m’est venue, de jouer mes maquettes sur scène, c’est vraiment le stade de démo, enregistrée sur un 4 pistes cassettes ou sur un ordinateur.

J’ai toujours été un grand fan des maquettes des artistes, que ça soit Kurt Cobain ou les Beatles. D’entendre l’instant où les chansons arrivent, en plus ça se passe souvent à la maison, donc il y a une nonchalance, quelque chose de très relâché. La chanson nous apparaît tout juste, elle est au stade de nourrisson et il y a des choses très belles qu’on perd souvent par la suite. Et le travail d’artiste, en tout cas en ce qui me concerne, c’est d’arriver à conserver cette spontanéité qui nous échappe.

Pour garder cette spontanéité en public, comment tu t’y prends ?

Présenter quelque chose d’aussi fragile, ça sous-entend d’improviser beaucoup et d’être accompagné, en l’occurrence par Sébastien Colinet - qui me suit aussi sur les autres tournées. J’avais besoin d’un musicien qui me comprend, moi et ma démarche. Quand on répète pour Out of the Blues, on passe plus de temps à discuter, à écoute des disques, que vraiment à faire de la musique.

Cette tournée ne peut exister que si il existe un public, cette adrénaline, ce danger. Il y a des erreurs, des accidents, des moments où les choses nous échappent, le matériel tombe en panne, enfin il y a plein de choses qui se passent comme quand on maquette finalement. Sur scène, j’ai recréé ce qu’il y a chez moi pour bricoler mes chansons. : mon piano Yamaha CP-70, quelques synthés, une boite à rythme, c’est assez minimal.

Dans le cadre de sa tournée « Out Of The Blue », Rover jouera à la Chapelle de la Trinité de Lyon le 29 octobre 2017…

Posted by ROVER on Tuesday, July 11, 2017

Chaque concert de "Out of the Blues" est donc unique ?

En tout cas, j’essaye de le rendre unique. Il y a une ossature, on a la liste des morceaux, on sait ce que l’on va jouer, en tout cas dans sa suite d’accords, mais on ne sait pas à quel rythme on va le faire, ni quelle intention, si je vais la chanter grave ou si ça va être très hargneux.

J’avais entendu une interview de Jack White pour les White Stripes, où il précisait qu’ils n’avaient pas de set list, qu’ils leur arrivaient même de jouer deux fois le même morceau, parce qu’ils avaient envie de le réentendre. Je me suis dit, c’est extraordinaire cette liberté-là. Et effectivement c’est ce qu’on a fait hier soir, on s’est dit on a bien aimé le morceau, on va vous le rejouer. Et on l’a fait avec une émotion différente. Rien de se rendre compte qu’il y a plusieurs tiroirs, portes, facettes à une chanson, c’est fascinant, c’est inépuisable.

Cette liberté doit être aussi effrayante que réjouissante ?

C’est une chance en tant que musiciens, d’avoir autant de liberté de pouvoir expérimenter. Un peu comme dans le jazz finalement. On est contraint, dans une tournée classique ou en promotion, de reproduire le disque. Pas là, ça crée des instants assez curieux. On a pas peur de faire des effets sur la voix, comme à la maison, c’est de la bricole, réellement artisanal. Je pense qu’on pourra jamais s’embêter, c’est dommage que cette tournée dure si peu longtemps. Il n’y a pas plus intéressant, on en discute toute la journée, c’est assez fascinant à vivre, et angoissant à la fois.

Les villes où vous jouez vous inspirent ?

On s’amuse à enregistrer les bruits de la ville, les cloches ou la fontaine près de la Gare par exemple, c’est un concept qu’on va mettre en place, de créer une chanson à partir d’un sample non mélodique, enregistré avant de monter sur scène, pour avoir un panoramas sonore de la ville.

Ça te donne des idées pour ton prochain disque ?

Absolument. Cette tournée, ça va être une des clefs. On enregistre tous les concerts en multipistes avec les réactions du public, car il y a des idées qu’on aime. Et c’est l’occasion, même aux balances, de répéter un nouveau titre. De se rendre compte aussi que Less is More, avec moins d’arrangements on peut être plus intime et plus fort. On le dit souvent, le premier disque, on est nourri par toute une vie, le deuxième c’est quelques années de tournée, et au troisième s'ajoute notre quotidien. Donc il faut se nourrir musicalement, il faut se mettre en danger.

Tu as donc présenté un nouveau morceau sur cette tournée ?

Oui, avant hier, j’en ai glissé un. On s’est arrêté au milieu d’un titre, je leur ai joué le nouveau, et hop là on est reparti. Ça permet de tester, d’éviter que les téléphones ne sortent. C’est entre nous. Celui-là, il avait trois semaines. J’avais montré une grille d’accords à Sébastien, et je lui ai juste dit : tu essayeras de me suivre là-dessus, et sur scène je le guidais. En inventant des paroles, en essayant de raconter une histoire. Je me rends pas compte si ça fait le même effet pour les gens, mais pour moi c’est très nouveau.

Contrairement à tes précédents albums, on a l’impression que tu baisses la garde ici, que tu dévoiles sans filtre ni lunettes noires…

A l’instant où tu le dis, c’est possible, je m’en rends compte… j’ai tendance à me mettre tout au bas de la liste quand il faut réfléchir à cela, à ne surtout pas penser à la façon dont je me présente, moi et mon projet. Ça se fait souvent de façon inconsciente, mais maintenant que c’est formulé, c’est clairement cela. Il y a clairement cette volonté de rentrer dans l’intimité de ma musique, pas de ma vie privée bien sûr (rires).

Ton prochain disque sera fidèle à ton goût pour l’analogique et le vintage ?

Je l’ignore. Je pense que je me fais violence en acceptant une boîte à rythme, c’est la première fois sur scène. Et c’est une rigueur. On se place soit avant, soit après, mais elle ne varie pas en intensité, c’est à nous de la mettre en relief. C’est assez froid, et je pense faire une musique plutôt chaleureuse, organique. Et ce contraste là, commence vraiment à m’intéresser et m’intriguer. Je trouve que ça se marie assez bien. Il y a une relation frictionnelle entre les deux, qui fait émerger une autre émotion. Je ne connaissais pas. C’est quitter une zone de confort. Et c’est le seul intérêt à faire de la musique.

On peut s’attendre à réentendre cette voix aiguë, présente sur ton premier album (mais absente de Let it Glow) ?

Ca c’est la cigarette ! Et cette semaine, j’ai chanté 4 fois, elle est très fatiguée. D’où le vinaigre de cidre [un musicien lui a apporté une bouteille avant notre entretien pour des gargarismes]. Le premier, il y avait quelque chose de très brillant, très clinquant, le deuxième il était rageur. Le troisième album, sera peut-être beaucoup plus suave et grave. On va faire avec, c’est comme une guitare où il manque une corde.

En parlant d’aigu, tu avais repris un titre de Polnareff pour une création de La Rochelle (Crouners, 2012)…

C’était Love Me, Please Love Me. Ça a été un défi cette reprise. Je trouve que c’est un immense chanteur, un grand compositeur, surtout ses chansons qui sont ses classiques. Mon père écoutait pas mal Polnareff, il aimait son aspect provoc, une très belle variété. Puis plus tard sur Internet, j’ai vu des lives de lui à la TV, j’étais complètement soufflé par l’orchestration. Je trouvais ça complètement contemporain, bon j’adore ce son des années 70, et puis c’était très anglo-saxon dans les arrangements, comme faisait Gainsbourg. Il allait s’inspirer et enregistrer aussi à Londres. J’ai aussi repris une chanson de Françoise Hardy devant elle, chez France inter. Ça été assez chouette à faire.

Le français ça te démange ?

C’est très rare que je chante en français. En tous cas, mes chanson en français, les rares que j’écris en français, je ne les chanterais jamais. C’est comme me demander de jouer de l’accordéon, ça m’intéresse moins. J’accorde beaucoup plus d’importance à la sonorité d’une langue, à la façon dont elle résonne. Et aussi, je suis moins pudique en anglais, je peux aller dire des choses qui sont plus intimes. J’aime profondément la langue française, mais l’anglais m’a toujours accompagné [le père de Rover travaillant à Air France, il a grandi entre NYC, le Japon et les Philippines]. Il y a donc une forme de nostalgie, dans les mots que j’ai entendu enfant.

En concert pour Out of the Blues : le 29 octobre à Lyon (chapelle de la Trinité), le 15 novembre à Brest, le 16 novembre à Nantes, le 17 novembre à Gignac, le 18 novembre à Roubaix, le 25 novembre à Boulogne (festival Chorus), le 29 novembre au Havre et le 1er décembre à Arles (chapelle du Mejan).

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Jorja Smith est la relève de la soul britannique que le monde entier attend

Il est 22 heures lorsque Jorja Smith décroche le téléphone. “Hi, it’s Jorja! Can you hear me?” À l’autre bout du fil, sa voix singulière dessine les contours de la personnalité que nous nous étions imaginée : une jeune femme aussi apaisée que percutante, jeune et terriblement mature à la fois. Du haut de ses 20 ans, cette native de Walsall, une petite ville située à 200 kilomètres à l'Ouest de Londres, incarne indéniablement la relève de la soul britannique. Révélée début 2016 grâce à son puissant Blue Lights, elle façonne des mélodies enivrantes et des textes d’une profonde honnêteté, inspirés par son idole de toujours : Amy Winehouse.

Grâce à son premier EP Project 11, dévoilé en novembre 2016, Jorja Smith a su attirer l'attention de la presse anglo-saxonne et de quelques-uns des plus grands noms de la scène américaine comme Miguel, Bruno Mars ou encore Drake, qui l’a conviée à chanter sur deux chansons de son album More Life. Charismatique, Jorja Smith été propulsée au rang d'icône de la mode, en s'installant en couverture de magazines tels que Dazed ou Interview. Une fulgurante et fascinante ascension que la jeune femme nous raconte, en attendant son premier album prévu pour 2018.

Ta musique semble aussi bien être inspirée de la soul que du rap, du R'n'B que du grime. Qui sont les artistes qui ont bercé ton enfance ?

La musique a toujours été autour de moi, mes parents en écoutaient constamment. Quand je rentrais de l'école, ma mère passait du Black Sabbath, et mon père jouait dans un groupe de néo-soul. La station BBC Radio 1Xtra, sur laquelle été diffusé tout ce qui n'était pas mainsteam (c'est-à-dire la musique dite "urbaine", à l'époque), était toujours allumée. C'était donc beaucoup de jazz, de rap, de hip-hop… En grandissant, je me suis tournée vers des artistes comme Damian Marley, Mos Def ou Nas, et surtout des grandes chanteuses anglaises comme Adele, Lily Allen ou encore Amy Winehouse – l'une de mes plus grandes influences.

Qu'est-ce qui te fascine autant chez Amy Winehouse ?

Ce que j'aime chez elle, et j'espère que je serais capable d'en faire autant un jour, c'est que tu peux croire à absolument tout ce qu'elle dit dans ses paroles. C'était une femme vraie, honnête, toute la douleur qu'elle exposait à travers ses titres était profonde, sincère. Et le fait de pouvoir ressentir sa tristesse quand elle chante, de pouvoir y croire… c'est ce qui m'a bouleversée. Et c'est ce que j'entends faire avec ma musique. Faire en sorte que les gens puissent croire en ma musique.

You sent me flying Amy, The Greatest ????

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Tes textes ne se basent-ils donc que sur des choses vécues ? Ou t'autorises-tu parfois à y ajouter un peu de fantaisie ?

J'ai commencé à écrire des chansons quand j'avais 11 ans. Mon premier morceau s'appelait "Life is a Path Worth Taking", et parlait du fait de devoir choisir le bon chemin dans la vie. Les paroles donnaient un truc du genre : "Life is path worth taking / You need to find the right steps to make it clear and faithful to you." C'était un titre assez court, mais très profond en même temps… Quelques temps plus tard, j'ai écrit un autre morceau intitulé High Street qui parlait de la fermeture subite de nombreux magasins dans ma ville d'origine, Walsall. Je l'ai écrit juste après avoir regardé un documentaire sur le groupe The Specials, dont le titre Ghost Town m'a beaucoup inspirée.

Je crois que toutes mes chansons, à l'instar de Life is a Path Worth Taking ou High Street, se basent sur des événements que j'ai pu observer, et que j'exagère par la suite. Mais attention, exagérer n'est pas mentir : ça permet simplement de rendre la chose dont tu parles un peu plus forte, pour que les gens puissent s'y identifier un peu plus facilement. Toutefois, je remarque que plus je grandis, plus mes textes se basent sur des expériences personnelles. Écrire sur ces nouveaux obstacles m'aide à avancer.

jorja-smith-inrocks-2.jpg (Photo : Olivia Rose)

Le 8 mai 2017, tu as dévoilé un nouveau single : Beautiful Little Fools. En quoi était-ce si important pour toi d'offrir cette chanson pour la journée internationale des droits des femmes ?

J'ai écrit ce titre quand j'avais 16 ans, après avoir lu The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald. À un moment du livre, le personnage de Daisy, qui s'apprête à avoir une fille, déclare : "J'espère que ma fille sera sotte, car c'est la meilleure chose qu'une fille puisse espérer dans ce monde : être une jolie petite sotte." J'ai eu envie d'écrire cette chanson parce que plus jeune, je n'arrêtais pas de me comparer à ces filles aux cheveux blonds et à la peau blanche auxquelles je ne pouvais évidemment pas ressembler. J'ai eu envie d'écrire cette chanson pour encourager toutes les femmes de ce monde à se sentir belles. C'est un titre très empowering pour moi.

En tant que jeune femme métisse, as-tu l'impression d'avoir un certain devoir de responsabilité par rapport à ta parole publique ou ton engagement ?

(Elle marque une courte pose, inspire profondément, et se lance, ndlr) Oui, je crois que j'ai désormais le devoir d'être une sorte de modèle. Non seulement pour mes deux petites nièces, qui me regardent chaque jour, mais aussi pour toutes les autres femmes, et pas seulement celles qui sont jeunes ou métisses. Je sais à quel point il est difficile de s'aimer, surtout à l'ère des réseaux sociaux où tout semble si parfait ; mais il faut, chacun de nous, hommes ou femmes, que nous parvenions malgré tout à nous aimer, pour la simple et bonne raison que nous sommes des êtres uniques, différents. C'est ce que je souhaite dire à travers ma musique : aimez-vous et soyez vous-mêmes, car vous ne pourrez jamais devenir quelqu'un autre.

Crois-tu que la musique doit nécessairement être politique ?

Hmmm… non. Je crois que la musique doit être ce que tu veux qu'elle soit. Lorsque j'ai sorti Blue Lights ( NDLR  : un titre dans lequel elle fait référence aux brutalités policières à l'égard de la communauté noire en Angleterre, ndlr), on m'a posé beaucoup de questions du genre : "Pourquoi avoir choisi un morceau politiquement engagé comme premier single ?"  Mais je n'ai jamais planifié quoi que ce soit, à aucun moment je me suis dit qu'il fallait que j'écrive un premier morceau politique… c'est juste sorti comme ça, comme je le sentais. Pour résumer, donc : je ne pense pas que la musique doive nécessairement être politique – mais elle se doit d'être sincère.

jorja-smith-2-2.jpg Jorja Smith, aussi à l'aise derrière un micro que devant l'objectif. (Photo : Olivia Rose)

Tu figures sur deux titres de l'album More Life de Drake, Jorja Interlude et Get It Together. Comment est née cette collaboration ?

Drake m'a tout simplement contactée sur Instagram en me disant qu'il aimait ce que je faisais, avant de m'envoyer un morceau sur lequel il voulait que je chante. Étant donné que j'écris toutes mes chansons, c'était difficile pour moi de me projeter sur ce titre que je n'avais par écrit, j'avais du mal à m'y identifier… Mais finalement, le temps a passé, pas mal de choses se sont produites dans ma vie, et j'ai fini par me reconnaître dans cette chanson. Du coup j'ai demandé à Drake s'il y avait encore de la place pour moi, et il m'a dit oui ! Et puis il est venu à Birmingham, on a enregistré ensemble… quand j'y repense, c'est assez fou !

À quel point cette collaboration avec Drake a-t-elle changé ta vie ?

Ça m'a permis de faire connaître mon nom à un plus large public, même si j'ai quand même l'impression que les gens ne voient pas encore vraiment qui je suis (rires). En ce moment par exemple, j'assure la première partie de la tournée de Bruno Mars, où j'interprète un des titres avec Drake. Et ce n'est qu'à partir du moment où je lance ce morceau que les gens se disent : "Ah, ouais, ok, c'est la meuf qui est sur l'album Drake !" (rires) Mais peu importe, ce n'est que du positif pour moi.

Tu as collaboré avec Drake, tu fais la première partie de Bruno Mars, Miguel a récemment réinterprété ton dernier single On My Mind… Qu'est-ce que ça fait, de voir que ces grosses pointures de l'industrie musicale américaine sont réceptives à ta musique ?

C'est incroyable, vraiment ! D'ailleurs j'ai adoré la reprise que Miguel a faite de mon titre On My Mind, qu'il a rendue un peu plus sombre… Mais tu sais, je crois que peu importe d'où tu viens, que ce soit de Walsall (où il est clairement plus difficile de se faire remarquer qu'à Londres, par exemple) ou d'ailleurs : si tu fais de la bonne musique, les gens finiront par te remarquer.

Tu as donné énormément de concerts au cours de ces dernières semaines. À quel point la scène est-elle importante pour toi ?

C'est ce que je préfère ! J'adore me mettre en condition, me préparer pour vivre ce moment. Parce que c'est ça la scène : un moment sur le vif. Très éloigné des sessions d'enregistrement en studio, où tu peux corriger tes erreurs… J'adore observer les gens écouter ma musique, chanter… Du coup, j'ai hâte de pouvoir sortir de nouveaux morceaux et de pouvoir faire chanter encore plus de gens !

Que peut-on te souhaiter pour l'année 2018 ?

Je compte sortir un album, et toucher davantage de personnes encore à travers ma musique. Mon but, c'est d'ouvrir les yeux des gens. Et de les aider, aussi. Je sais que certaines de mes chansons peuvent aider certaines personnes à surmonter des épreuves difficiles. C'est tout ce que je souhaite.

jorja-smith-inrocks-3.jpg (Photo : Olivia Rose)

En attendant de découvrir le premier album de Jorja Smith, son dernier single "On My Mind" est disponible sur Apple Music.

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James Van Der Beek nous a parlé de Diplo, Dawson et Green Day

Spoiler : on n'a pas vraiment parlé de Nietzsche avec James Van Der Beek qui nous a accordé 15 minutes d'entretien téléphonique top chrono. L'objectif était d'assurer la promo de What Would Diplo Do ?, série mockumentaire 100% meta à destination de la génération EDM/DJ Snake/ironique, qu'il produit et dans laquelle il interprète une version parodique de Diplo. Franchement, c'est pas mal foutu.

Comment est né ce projet ?

Diplo était en tournée avec Mad Decent. Il a demandé à ce réalisateur super doué, Brandon Dermer, de trouver un concept de vidéo. Il a eu cette idée de me faire jouer Diplo. Je ne le connaissais pas, je n'avais jamais rencontré personne de la bande de Diplo. Je l'avais entendu à la radio quelques années auparavant parler de musique et de sa façon de mélanger les styles et je m'étais dit que ce mec était un génie ! Donc j'ai trouvé ça fun d'être associé à lui. J'ai lu le script, je l'ai un peu réécrit. Je pensais que ça serait un oneshot, jusqu'à ce que Viceland nous propose d'en faire une série ! Au début je me suis dit que c'était n'importe quoi. Puis j'y ai réfléchi et j'ai trouvé ça super de faire une série sur le succès d'un génie de la musique. J'ai demandé à la produire et à jouer dedans et Spike Jonze, le directeur artistique de Viceland, a dit oui !

C'est quand même surprenant que Diplo soit impliqué dans une série parodique sur sa propre vie…

Il est très intelligent ! Il comprend le ridicule de la culture de la célébrité et la stupidité de la culture du djing ! Il est producteur exécutif de la série mais nous a laissé carte blanche.

Tu connaissais le monde du djing ?

Je savais que ces mecs tournent beaucoup, bossent beaucoup et se font un paquet de fric ! Mais je n'étais pas familier de ce monde avant de manager ce projet. J'ai commencé à trainer avec Diplo, je me suis rendu à son studio, chez lui, j'ai rencontré son crew, j'ai appris à mixer, il m'a même amené sur scène ! J'ai pris conscience en me mettant à sa place sur scène, face à des milliers de personnes qui me fixaient du genre "fais en sorte que j'ai envie de lever mes bras en l'air !" que tu ne peux pas avoir un coup de mou quand tu mixes ! Tout repose sur toi, sur ton énergie.

Tu te souviens de ta première rencontre avec Diplo ?

Il est sorti de chez lui et m'a dit "ça roule mec ?", une phrase qu'on dit du coup tout le temps dans la série ! J'ai été frappé par le boulot qu'il abat, le fait qu'il est vraiment un artisan, un bosseur. Il cherche toujours à se renouveler, à se dépasser. Je me suis inspiré de la fascination que les gens ont pour lui pour façonner la personnalité du personnage. On s'est débarrassé de sa finesse, de son intelligence car c'était plus fun d'avoir un personnage parfaitement bête qu'un génie de la musique ! Le but n'était pas de dire la vérité sur Diplo !

Tu te souviens de ton premier concert  ?

C'était Green Day, en 1994, je devais avoir 17 ans. Je n'en revenais pas que trois mecs fassent autant de bruit ! Ils criaient, ils se moquaient du public. C'était punk, malodorant et fun !

Tu as vraiment basculé dans la comédie depuis quelques années, comme s'est faite la transition ? 

C'était à un moment dans ma carrière où je voulais essayer quelque chose de nouveau, de différent. J'ai décidé de me lancer là-dedans avec Funny Or Die. Actuellement je suis sur un projet dont je ne peux pas parler mais qui est très, très sombre ! Haha ! C'est super cool. J'ai toujours besoin de secouer les choses, sinon je deviens fou. Je ne peux pas refaire la même chose encore et encore.

Tu t'es toi-même autoparodié pour Funny Or Die, pourquoi as-tu accepté ?

J'aimais ce qu'ils faisaient, j'ai demandé à les rencontrer et ils m'ont dit "t'es au courant de ça ?" en me montrant ce mème de moi en train de pleurer. J'ai dit que je le trouvais hilarant. Ils étaient nerveux quand ils m'ont pitché leur idée de vidéo mais j'ai adoré. Il y a pas de demi-mesure dans la comédie. Tu dois te lancer à 100%.

Ça a toujours été facile pour toi d'avoir de l'autodérision ?

Si tu as trop conscience de ta propre image, de ton ego, ça sera juste la mort de toute créativité. Tu dois te dépasser si tu veux faire quelque chose d'intéressant. Ton ego est juste intéressant pour toi ! Tout le monde s'en fout sinon.

Je peux te reparler de Dawson ou ça te gonfle ?

C'est arrivé il y a si longtemps et ce n'est pas quelque chose que je… j'ai ma propre relation aux personnages que j'ai incarnés. Je repense beaucoup à certains d'entre eux, et à d'autres… pas du tout ! (rires)

Ça te saoule que les journalistes te ramènent encore à ça ?

C'est embêtant quand c'est tout un article là-dessus. Je suis toujours content de répondre à une question pour un fan, j'essaye toujours de faire de mon mieux car ça peut représenter quelque chose d'important pour eux. Mais quand je fais la promo de quelque chose et que les journalistes me parlent de Dawson… Je me dis "mais pourquoi vous me parlez d'un truc qui a 20 ans?"

Et si je te parle des Lois de l'attraction ?

J'ai adoré le tournage de ce film que j'adore d'ailleurs. Je suis ami avec Bret [Easton Ellis]. Ce film a une place très spéciale dans mon cœur car j'ai adoré le produit fini. Il n'a pas très bien marché en salles donc quand on m'en parle, qu'on me dit qu'on l'a aimé, qu'on l'a compris, je ressens une certaine victoire rétroactive ! Je me souviens que la presse française l'avait bien plus compris que la presse américaine…

What Would Diplo Do ?, diffusé à partir du 22 octobre sur Viceland

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