Actu musique

20 octobre 2017

Ojard, Colleen, Julien Pras... en accéléré

C’est le genre de disque qui vous tombe dessus comme la foudre, mais vous envahit comme une onde bienfaitrice. Derrière Ojard se dissimule Maxime Daoud, bassiste chez Forever Pavot et pour (son frère) Adrien Souleiman. Sur le splendide Euphonie, il est entouré de musiciens aux ailes de cristal qui donnent leur élan à des compositions instrumentales désarmantes de beauté, dont les…

Les Inrocks - musique

Jessie Ware sort un album charmant et un brin inégal avec "Glasshouse"

Soudain, au téléphone, le ton se fait hésitant. On a quitté le terrain de la musique pour s’aventurer sur celui du harcèlement et des agressions sexuelles à l’encontre des femmes. “Toutes les femmes sont confrontées à une forme ou une autre de sexisme, avance Jessie Ware, moi, par exemple, j’ai l’impression que je dois m’excuser à chaque mail, à chaque demande, comme si j’étais ‘trop’ exigeant…

Les Inrocks - musique

John Maus de retour avec le très personnel "Screen Memories"

“J’en veux au grunge d’avoir fait de moi un mélodiste inepte”, fulmine toujours John Maus en repensant à son enfance passée dans des groupes lycéens. Pas facile de grandir quand on est obsédé par la musique baroque, aux confins du Minnesota et de l’Iowa, à des centaines de kilomètres du premier disquaire, à des années du premier clic internet.

Mais l’érudit et éloquent John Maus est te…

Les Inrocks - musique

Avec son nouvel EP, Helena Hauff prouve qu'elle est toujours une artiste incontournable

“Je suis une personne très, très en colère, et j’ai des pensées très sombres. Tu ne veux pas vraiment savoir. C’est très sale et sombre.” Voici ce que lâchait Helena Hauff peu avant son live au festival Nuits sonores en mai à Lyon. Le contraire aurait été surprenant tant Helena Hauff s’amuse à jouer du marteau-piqueur dans notre épine dorsale.

"Désirs secrets"

La cl…

Les Inrocks - musique

Miossec revient avec un enregistrement live pour "Mammifères aux Bouffes du Nord"

A la sortie de Boire, on a cru que Miossec était un groupe. Puis, au fur et à mesure que les accompagnateurs du chanteur breton se sont succédés, on a compris que c’en était plusieurs, chacun ayant sa propre histoire et son alchimie. A part une performance de 2004 figurant sur le DVD bonus de la compilation Brest of, le chanteur breton n’avait jamais osé capturer la spontanéité d…

Les Inrocks - musique

U2, 19 octobre, Estádio do Morumbi, Sao Paulo, Brésil

Première partie : Noel Gallagher's High Flying Birds

Setlist

1 Sunday Bloody Sunday
2 New Year's Day
3 O Alquimista (snippet) / Bad / Heroes (snippet)
4 Pride (In The Name Of Love)
5 Where The Streets Have No Name / California (There Is No End To Love) (snippet)
6 I Still Haven't Found What I'm Looking For
7 With Or Without You
8 Bullet The Blue Sky / The Star-Spangled Banner (snippet) / War (snippet) / America (snippet)
9 Running To Stand Still
10 Red Hill Mining Town
11 In God's Country
12 Trip Through Your Wires
13 One Tree Hill
14 Exit / Wise Blood (snippet) / Eeny Meeny Miny Moe (snippet)
15 Mothers Of The Disappeared

Rappel

16 Beautiful Day / Starman (snippet)
17 Elevation
18 Vertigo / Rebel Rebel (snippet)
19 You're The Best Thing About Me
20 Ultra Violet (Light My Way)
21 One / Invisible (snippet)

Source des commentaires : U2Gigs.com

La tournée The Joshua Tree 2017, arrive à son terme. U2 est ce soir dans la dernière ville de cette tournée : São Paulo, Brésil. Il y donne le premier de ses quatre concerts, une première pour le groupe en Amérique du sud.

Au début de Bad, Bono cite O Alquimista (L'alchimiste) de l'auteur brésilien Paulo Coelho, récitant le célèbre : "when you want something, all the universe conspires in helping you to achieve it" (lorsque l'on veut quelque chose, l'univers tout entier conspire pour nous aider à l'obtenir). Il a ensuite dédicacé l'extrait de Heroes à Renato Russo et Cazuza, illustres musiciens brésiliens emportés par le sida.

Le groupe a fait quelques allusions aux politiques brésiliens durant le concert. Larry portait une chemise contre la censure de l'art, renvoyant à la controverse du moment au Brésil alimentée par la fermeture de l'exposition du Queermuseu (Queer Museum) à Porto Alegre. La dédicace de Bono de l'extrait de Heroes est elle aussi en lien avec cette polémique, et dans son discours avant One, il a également fait allusion aux droits de la communauté LGBTI. Durant l'intro de Mothers of the Disappeared, il a insisté sur "you're not going back, Brazil" (tu ne vas revenir en arrière, Brésil).

Prochain concert : samedi 21 octobre, même venue

U2 France

#balancetonporc

Si les comportements ne sont pas récents, leur mise en lumière massive, globale, est nouvelle. Soudain, le monde découvre que le harcèlement et les agressions sexuelles touchent tous les secteurs socio-professionnels et beaucoup, beaucoup de femmes. Le monde de la musique indé n’y coupe pas.

Les Inrocks - musique

Sampha et Syd nous offrent une collab' bien, bien cool

C'est dans le cadre d'Everything Is Recorded, projet collaboratif de Richard Russell, passionnant boss du label XL Recordings, que le Londonien Sampha et la Californienne Syd, membre du groupe The Internet, ont enregistré Show Love. Bel entremêlement de soul et de r'n'b avec la touche Russell en prime.

Ce titre est la troisième sortie du projet après l'EP Close But Not Quite (sur lequel étaient réunis entre autres Sampha, Warren Ellis, Giggs…) et le single Mountains of Gold, featuring entre Sampha, Ibeyi, Wiki et Kamasi Washington.

Les Inrocks - musique

Julian Casablancas donne des nouvelles (floues) du prochain Strokes

Actuellement en tournée avec The Voidz en Amérique du Sud, Julian Casablancas a accordé une longue interview à Noisey, à relire en intégralité ici.

L'avenir des Strokes compromis

Après une récente guéguerre sur Twitter avec leur ancien producteur Ryan Adams et une (fausse) rumeur lancée par le Albert Hammond Sr (le père d'Albert Hammond Jr) sur un retour en studio des Strokes avec le producteur Rick Rubin, on en est au même point concernant l'avenir du groupe : c'est toujours aussi flou. Se reposant sur la nostalgie de leurs trois premiers albums, les fans espèrent encore un retour digne de ce nom du quintet new-yorkais. Depuis leur dernier EP Future Present Past en juin 2016, le groupe n'a rien sorti, ni rien confirmé.

De son coté, Julian Casablancas a déclaré s’intéresser "à de nouvelles formes de musiques". Actuellement patron du label new-yorkais Cult Records, sur lequel il a sorti l'album Tyranny en 2014 avec The Voidz, le chanteur semble se libérer dans une musique plus expérimentale qui ne plaît pas forcément aux puristes de la première heure (ce dont il se moque un peu d'ailleurs). Lorsque le journaliste de Noisey lui demande s'il conseillerait à un fan des Strokes de se rendre à un concert de The Voidz, Julian rétorque "Pas nécessairement" avant de poursuivre :

"Si tu es intéressé par l'évolution de la musique, alors je dirai oui, carrément. Mais si tu veux entendre du rock indé, alors probablement pas. (…) Donc je ne sais pas, oui et non. Je ne comprends pas les gens qui ont grandi en aimant les Strokes et qui maintenant critiquent cette nouvelle exploration. J'ai écrit toutes les chansons que vous aimez, et maintenant vous ne voulez pas que je change ? "

Désastre

L'interview se poursuit sur un état des lieu de l'industrie actuelle de la musique, que Julian qualifie en gros de "désastre", et revient sur l'influence d'internet dans la musique. Ce qui à ses débuts, offrait une liberté de choix et de découvertes immenses pour "écouter de la musique turque des années 70, de la musique africaine ou peu importe " comme il le dit lui-même, a progressivement vrillé : "le processus s'est ralenti ou va dans le sens inverse : la bonne musique est en danger, elle est difficile à trouver, c'est plus underground que jamais".

A propos du livre Meet Me In The Bathroom (titre d'une chanson des Strokes de 2002) rédigé par Lizzy Goodman où la journaliste explique l’ascension et l'influence de la scène new-yorkaise rock des années 2000 porté par les Strokes, le chanteur a répondu connaître Lizzy, mais n'avoir jamais eu l'idée d'écrire à ce sujet, qu'il trouve même étrange d'évoquer : "ça déforme les choses, ce n'est pas très précis. C'est comme ce qui s'est toujours fait : la personne dont l'opinion est présentée de façon la plus éloquente ou plus forte est celle qui raconte l'histoire. Mais ces choses me dérangent vraiment, ce sont comme les potins. Franchement, je n'y prête pas beaucoup d'attention."

Pour finir, Julian a confirmé être totalement concentré sur ses projets avec The Voidz alors que de nouvelles choses allaient sortir encore très bientôt, avant de prononcer la sentence nébuleuse tant attendue :

«Avec les Strokes, je ne sais pas.. il n'y a pas de nouvelles pour le moment.»

Si l'on connaissait le penchant d'antan de Julian pour la bibine, il conclut l'interview en déclarant sa nouvelle addiction plutôt surprenante : "En ce moment c'est le café, même si je déteste ça."

Julian Casablancas+The Voidz

Le groupe avait livré un concert secret le mois dernier à Los Angeles, comprenant 5 nouveaux morceaux. Présents sur le plateau télé de l'émission brésilienne The Noite com Danilo Gentili hier soir, ils ont joué une de leur exclusivité, le morceau Wink, et Nintendo Blood (présent sur l'album Tyranny) visible ci-dessous :

Par la suite, ils ont également donné une interview en portugais, qui se regarde ici.

Les Inrocks - musique

"Family Don't Matter": Young Thug se lance dans la country-trap (ou presque)

Après une fête démentielle avec Future pour la vidéo de "Relationship", Young Thug revient beaucoup plus calme dans le clip de "Family Don't Matter", feat la chanteuse anglaise Millie Go Lightly. Fini le yacht et les bimbos, le rappeur se retrouve seul, stetson sur la tête, dans une écurie, avant d'y dîner aux chandelles avec sa bien-aimée… Après le clip surréaliste de "Wycleff Jean", Young Thug s'est fait une spécialité des vidéos qui détonnent dans l'univers très codifiée des clips de rap…

Les Inrocks - musique

"Mes grand-parents": Orelsan interprète un titre inédit sur France Inter

Alors que "La fête est finie" sort aujourd'hui, Orelsan était ce matin sur France Inter, et en a profité pour interpréter "Mes grands-parents", un titre inédit qui ne figure pas sur son nouvel album. Avec des comparaisons sur leurs jeunesses bien différentes: "A l'âge où j'ai eu mon premier scooter, mes grand-parents sautaient dans un ravin quand ils entendaient un réacteur", " à l'âge où je commandais mon premier Mc Flurry Daim, mon grand-père braconnait des lapins dans le jardin du noble du coin", "quand mon grand-père a passé le permis, les feux rouges n'existaient pas, et les clignotants c'était ses bras"… Pour retrouver notre chronique du nouvel album d'Orelsan, c'est juste ici.

Les Inrocks - musique

Exclu : Le festival des Bars en Trans dévoile 14 nouveaux noms

Dans le cadre du off des Transmusicales, le festival des Bars en Trans propose depuis plus de 20 ans des shows intimes avec des artistes de la musique de demain. Cette année ne fait pas exception ! Le mois dernier, on vous dévoilait en exclu les 15 premiers noms de cette folle programmation  et aujourd'hui ce sont 14 nouveaux artistes qui viennent ce rajouter au programme.

On retrouvera donc…

La promesse de cette automne dont on vous parlez récemment  Aloïse Sauvage, les belges furieux de Cocaine Piss, l'afro-pop-thaïlando-nigérian de Bo bun fever, la folk tunisienne de Yuma ou le rappeur parisien Lonepsi.

Mais aussi Howlin' jaws, RexRegis, Melissa Kassab, El maout, Silly Boy Blue, Sopico,  Bryan's Magic Tears, Edgär, et Alice & Moi.

Des noms qui s'ajoutent donc à Corinne, FAIRE, Malik Djoudi, Jo Wedin & Jean Felzine, Refuge et biens d'autres ! Et pour cette année, le festival propose une nouveauté : un pass 3 jours Early Bird en quantité limitée, pour 20 euros.

Du 7 au 9 décembre, plus d'informations sur le site ici.

Les Inrocks - musique

Fever Ray est de retour avec clip hyper chelou

Fever Ray vient de rompre le silence dans lequel elle s'était emmurée depuis 2009 et la sortie d'un premier album solo, "Fever Ray". Réalisé par Martin Falck, le clip met en scène une Fever Ray cryogénisée se réveillant pour se rendre à une tea party BDSM en chantant "I want to run my fingers up your fussy", qu'on vous laissera le soin de traduire. C'est hyper chelou. Normal, c'est du Fever Ray.

Le morceau est aussi super que ses prédécesseurs. Quoique plus pop, moins techno, plus soft, moins violent.

Pour rappel, Karin Dreijer Andersson formait le duo électronique The Knife avec son frère Olof Dreijer avant qu'ils ne se séparent en 2014.

Les Inrocks - musique

Sébastien Tellier cosmique avec “Lovely Blonde“, premier clip de “A Girl Is a Gun“

Après vous avoir partagé, en avant-première, un extrait de l'excellente bande originale de la mini-série A Girl Is a Gun, entièrement composée par le tout aussi excellent Sébastien Tellier, on vous dévoile aujourd’hui, en exclusivité, Lovely Blonde, le premier clip.

Une vidéo, que l'on passe volontiers a se balader dans plusieurs scènes de la série, en la douce compagnie du trio Denise Richards, Nikki Leigh et Charlotte McKinney. Un ultime teaser à la réalisation de Matthieu Tonetti, dont la voix lunaire de Sébastien Tellier sert de guide.

>> Aussi à lire : En écoute : Sébastien Tellier signe la bande originale d'une série érotico-féministe <<

À titre de rappel, la série est disponible depuis le 16 octobre via la plateforme de streaming vidéo BlackPills ; tout comme la bande originale en version digitale et cassette, disponible elle, chez Record Makers.

Les Inrocks - musique

Avec &quot;La fête est finie&quot; Orelsan prend le pouvoir sur la chanson française, au sens large

Le nouvel album d’Orelsan est disponible en toute légalité depuis jeudi soir, quelques minutes après minuit. Un événement à écouter "sur toutes les plateformes de streaming", selon l’expression consacrée depuis qu’Internet est devenue la dernière vraie major de l’industrie. C’est d’ailleurs en pleine transformation des codes et des rythmes de consommation de la musique, que le rappeur est apparu dans nos playlists (et sur nos écrans) au milieu des années 2000. La fameuse époque où le mp3 enterrait la courte mais non moins brillante carrière du MiniDisc et où les nerds du lycée devenaient enfin cool grâce à leur maîtrise insolente des balises HTML sur Myspace. Orelsan est certainement l’un des artistes français dont la carrière incarne le mieux l’urgence, l’ennui, l’ouverture d’esprit et les contradictions de cette génération qui a grandi en province, dans le flux, avec le rap comme principale B.O. Un genre qui s’est affirmé en dehors des médias traditionnels pour devenir, en l’espace de quelques années, la culture musicale la plus populaire du pays.

La traditionnelle remise en cause de la frontière entre fiction et réalité

Ce renversement de situation en version accélérée explique une partie de la crispation, du rejet et de l’indignation qui ont accompagné la carrière d’Orelsan dès la sortie de son premier album. Evidemment, il est impossible de nier le rôle de ses insultes répétées envers les femmes dans l’explosion de sa carrière et de sa notoriété. C’était en 2009, et de nombreuses voix s’étaient alors élevées pour condamner la violence sexiste des propos tenus par le rappeur dans des clips plus anciens comme Saint Valentin ou Sale Pute. Avec, en transparence, la traditionnelle remise en cause de la frontière entre fiction et réalité dans le rap. Ou, encore pire, l’inquiétude (forcément moralisatrice) que le public concerné soit incapable d’en saisir les nuances.

On est en 2017. Et il semble totalement anachronique de devoir rejouer le vieux débat sur les arts majeurs et les arts mineurs en martelant que l’écriture rap constitue un récit aussi libre et intelligible que peuvent l’être le cinéma et la littérature. Mais au moment où la parole des femmes se libère dans le monde entier pour dénoncer les horreurs du harcèlement et des violences, qu’elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques, il serait imprudent d’esquiver l’examen de conscience. Oui, il y a bien un problème de misogynie dans le rap et dans certaines de ses représentations. Mais comment imaginer que l’expression culturelle la plus populaire de l’époque soit imperméable aux fléaux qui infusent nos sociétés ? Le sujet est beaucoup trop important pour faire l’économie de la distinction entre ceux qui en font l’apologie et ceux qui les exposent. Il appartient aux rappeurs et aux rappeuses de décrire, choquer et dénoncer tout en responsabilisant leurs prises de paroles à mesure que leur écho s’intensifie. C’est ce qu’a fait - et continue de faire - Orelsan dans une carrière passionnante, trop souvent réduite à quelques phrases-choc terrifiantes, surtout lorsqu'elles sont affichées sur Twitter hors contexte.

L'album phare de cette fin d'année avec Stromae, Nekfeu et Maître Gims

Depuis 2009, le rappeur a publié des disques (en solo ou avec son pote Gringe), écrit un film (Comment c’est loin), collaboré avec des artistes aussi différents que Benjamin Biolay, Maître Gims ou Izia, bloqué une minisérie pour Canal+, sorti une marque de fringues… Il revient donc cette semaine avec un troisième album solo, le premier en six ans, pour décrire à la perfection la mélancolie contagieuse d’un rappeur de 35 piges, pas encore décidé à vieillir. Pour annoncer son retour, Orelsan avait publié la vidéo de Basique. Un délire tourné en Ukraine sous la forme d'un plan-séquence jouissif. Tout le monde pensait qu’il s’agissait de l’intro, mais c’est en fait San qui ouvre le disque. Quatre minutes de confessions poignantes et quelques extraits marquants qui résonnent avec son parcours et certaines des critiques dont il continue de faire l’objet :

« Le monde est un PMU où n’importe qui donne son mauvais point de vue, où la télé passe des infos déjà vues pendant que la radio passe des sons qu’on écoute même plus […] Je regrette mes vieux démons, roi dans le mensonge esclave dans le vrai monde. […] Quand je disais c’est nous le futur j’parlais de maintenant, j’parlais de cet instant, le futur c’est maintenant.»

Ce troisième album n’est pas pour autant une lettre ouverte adressée à ses détracteurs. Il s’agit plutôt de la prise de pouvoir d’un enfant du rap, prêt à simplifier son écriture pour célébrer "la fin du début de sa carrière" et déborder de sa zone de confort. La fête est finie, une autre commence, plus globale, plus ambitieuse aussi. La liste d’invités embarque notamment la voix de Lisa du groupe Ibeyi, qui vient refermer l’album sur Notes pour trop tard : une sorte de Demain c’est loin adressé à la génération Z. En réunissant pour la première fois Nekfeu et Orelsan, la tracklist assouvit le fantasme ultime des Youtubeurs rap qui préparent sûrement une première écoute pour le week-end. A la base, le morceau devait figurer sur Cyborg, l’album surprise publié par Nekfeu l’an dernier. Finalement, Dizzee Rascal ramène aussi son flow de 2003, histoire de rappeler à tout le monde que le grime n’a pas attendu la fin des années 2010 pour traverser le rap.

Fan de la première heure, Orelsan a profité d’une soirée à Los Angeles pour rencontrer le rappeur anglais qui a décidé de poser sur la prod de Zone dans l’instant. Le vrai morceau de rap du disque et sans doute le seul où Orelsan s’amuse à tester ses limites dans la discipline qui l’a vu naître.

Le grand remplacement

Car l’ensemble du disque dépasse clairement cette ambition. Alors que Stromae chante La pluie  sur l’un des featurings les plus attendus de la tracklist, sa présence est encore plus marquante sur Tout Va Bien où l’on retrouve la signature tellement signifiante du chanteur/producteur belge. Les deux potes avaient déjà travaillé ensemble sur Racine Carrée pour enregistrer le morceau AVF en compagnie de Maître Gims. On retrouve d’ailleurs "le Noir le plus aimé du central massif" sur Christophe : le morceau le plus chelou de l’album. Gims, qui semblait avoir laissé tomber l’ironie et le second degré depuis l’époque Sexion d’assaut, en profite pour dresser un auto-portrait digne du Gorafi et faire semblant de ne pas comprendre "pourquoi autant de Blancs le kiffent". Alors qu'il donne la réponse  cinq secondes avant : "J'suis pont entre Young Thug et Georges Moustaki".

De son côté Orelsan semble s’amuser d’être le premier rappeur français blanc à oser flirter avec l’afro-trap et le reggaeton. Evidemment, l’observation ne respecte pas la proportion non-négligeable de fondamentalistes qui considèrent Keen’ V comme un rappeur conscient. La force de La fête est finie réside dans cette forme d’humour désuet à la Philippe Katerine qui poursuit l’ensemble de l’album. Plutôt que d’essayer de reprendre des codes qu’il ne maîtrise pas en singeant les rappeurs de la nouvelle génération (et en blindant ses morceaux d’ad-lib à moitié drôles), Orelsan se réinvente en exaltant l'impact de sa meilleure technique : moquer la vie à grands renforts de sarcasmes.

Le geste prend d’ailleurs tout son sens lorsqu’il devient une Bonne meuf dans un dédoublement de la personnalité aussi périlleux qu'astucieux. Ou encore sur le dîner de con et les dialogues de Défaite de famille, où il raconte l’enfer d’être un rappeur dans une famille qui ne comprend rien au hip-hop. Avec le dernier volet de sa première trilogie, Orelsan en termine avec l’exercice rap au sens performatif du terme. Il en profite pour s’affirmer comme le narrateur mélancolique de cette histoire improbable qui raconte que cette "sous-culture" a fini par devenir la chanson française. Sauf que cette fois, il s’agit bien de la réalité.

* Ah oui, sinon la progression de Paradis fait grave penser à Gangsta Paradise mais même Stevie Wonder n'a plus envie de se rappeler de Coolio.

Par Azzedine Fall

Orelsan - La Fête est finie (Wagram Music)

Les Inrocks - musique

Disparition du leader de Konono N°1

Avec la mort d’Augustin Mawangu Minkiedi, survenue cette semaine à l’âge de 56 ans des suites d’un diabète, la musique congolaise vient de perdre l’un de ses plus vaillants combattants. Augustin dirigeait le légendaire orchestre de Kinshasa Konono n°1 depuis le décès en 2015 de son père, Mawangu Minkiedi, qui l’avait fondé au milieu des années 60 sous le nom d’Orchestre Tout Puissant Likembe Konono n°1. La référence au likembe, ou sanza, permettait alors d’identifier l’ensemble à ce petit métallophone très répandu en Afrique, que Minkiedi père et fils se chargeraient par la suite d’électrifier avec les moyens du bord, souvent des pièces récupérées sur des épaves d’automobiles.

Son fils lui succède

A l’arrivée, un son original, à la fois roots et hyper futuriste, devait permettre au groupe de devenir aux côtés du Kasaï All Stars le fer de lance du courant « tradi moderne » qui ne tarderait pas de fasciner au delà du continent africain un grand nombre de musiciens, plus particulièrement au sein de la scène rock. Fort d’une réputation internationale établie à la faveur de nombreuses tournées et d’albums enregistrés entre Kinshasa et Bruxelles, où résident leur label Crammed Discs et leur producteur Vincent Kénis, le groupe est devenu au fil des ans l’une des références majeures de cette nouvelle musique africaine dont la caractéristique est de ne plus chercher à s’adapter aux critères occidentaux mais d’imposer les siens au reste du monde. Pour preuve, les sollicitations d’artistes tels que Björk, qui invitera Konono sur son album de 2007 Volta. Ou plus récemment cette collaboration de 2016 avec le producteur d’électro angolais Batida. Fidèle à la tradition dynastique, c’est le fils d’Augustin, Makonda qui reprend le flambeau et entend poursuivre le grand œuvre accompli par son grand père et son père.

Les Inrocks - musique

Bowie ressuscite à Saint Etienne

C’est un joli coup qu’ont réussi à monter les organisateurs du Rhino Jazz(s) Festival, manifestation défricheuse qui bouscule l’automne depuis 1979 dans la région Rhône-Alpes. Alors que David Bowie est encore vivant, Ludovic Chazalon, le directeur artistique du festival, décide il y a quatre ans de consacrer les deux éditions de 2017 et 2018 à celui qui a décloisonné toutes les frontières musicales du demi-siècle écoulé. Pour cette ambitieuse mission, il contacte alors Daniel Yvinek, multi-instrumentiste et réalisateur français qui termine tout juste la sienne à la tête de l’Orchestre National de Jazz, où il a notamment conduit des projets transversaux autour de Robert Wyatt ou Astor Piazzolla. La question se pose alors de revisiter l’œuvre de Bowie sous son angle le plus expérimental, confronter des chansons pop à la liberté formelle du jazz et éviter les reprises trop littérales de celui qui a souvent fait imploser frontières des genres musicaux. Entre temps, Bowie facilite lui-même cette approche en travaillant au cours des dernières années de sa vie avec des musiciens de jazz, tout d’abord le Maria Schneider Orchestra sur le titre Sue (or in a season of crime) puis la formation du saxophoniste Donny McCaslin qu’il embauche pour donner corps à Blackstar.

Coup de poker

Il se trouve que Daniel Yvinek a longtemps vécu à New York et qu’il connaît la plupart des musiciens en question pour avoir souvent joué avec eux. La disparition de David Bowie en janvier 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album, donne toutefois une nouvelle dimension au projet du Rhino Jazz(s) Festival. Yvinek tente alors un coup de poker et propose aux musiciens de venir prolonger leur expérience encore vibrante en jouant du Bowie dans un cadre bien précis : « Je leur ai expliqué d’emblée le modus operandi, à savoir que ce concert serait un événement unique, et qu’il s’agissait de revisiter la musique de Bowie à notre manière et non de faire des reprises karaoké. Ça a été assez simple à mettre en place car ils ont tout de suite compris qu’il s’agissait d’une proposition artistique, et non d’un truc opportuniste pour surfer sur la mort de Bowie. »

Un projet construit in situ

Les spectateurs privilégiés de cet événement vont donc découvrir samedi 21 octobre à Saint Etienne cette création de The Band from David Bowie’s Blackstar, à savoir Donny McCaslin (saxo), Maek Guiliana (batterie), Tim Lefebvre (basse) et Jason Lindner (piano) sous la direction de Daniel Yvinek. « Le projet va se construire in situ, poursuit le réalisateur français. Les musiciens vont faire trois jours de résidence, et le quatrième jour il y a aura le concert. Ce qui est agréable avec ce genre de groupes, c’est qu’ils sont formés à ça, ils sont très réactifs, ils se connaissent bien on sait par avance que ça va fonctionner. Dans mon esprit, ce concert devra mettre en lumière des choses que ces musiciens ont reçues de Bowie lorsqu’ils ont travaillé sur Blackstar. Certaines méthodes de travail, sans doute aussi des choses qu’ils ont essayé à l’époque mais qui n’ont pas abouties sur le disque, travailler ainsi sur la mémoire de leur collaboration."

Jouer "avec Bowie"

Si Donny McCaslin joue régulièrement sur scène les morceaux de Blackstar, cette fois ce sont d'autre titres de Bowie qui passeront par le filtre de cette formation tout terrain. "L’idée est également de pratiquer du morphing entre différentes chansons, prendre par exemple un groove d’un morceau comme Fame et d’écrire quelque chose d’autre par dessus. Il y aura aussi des reprises de morceaux de Low, des titres plus obscurs, avec toujours en tête cette idée de ne pas « jouer Bowie » mais de jouer « avec Bowie. » " C’est véritablement l’empreinte sonore de ce groupe que voulait capturer Bowie lorsqu’il est allé les chercher dans un minuscule club new-yorkais. C’est la même empreinte qu’ils apposeront sur d’autres titres du répertoire du Thin White Duke, pour la première et sans doute la dernière fois, ce concert n’étant en aucune façon destiné à devenir un show lucratif, et encore moins un album. Alors qu'on vient de fêter les quarante ans de la sortie de Heroes, Bowie ressuscitera donc "Just for one day."

Les Inrocks - musique

Comment les Rolling Stones ont retourné l'U Arena

"Nan mais c’est mieux ou moins bien que Bercy ?" Voici le type de textos que l’on reçoit jeudi 19 octobre au soir alors qu’on lève la tête vers l’Arche de la Défense en se disant que ça fait quand même un paquet d’années qu’on n’est pas venue trainer nos baskets de ce côté-ci de la ligne 1. La raison de notre errance parmi les chemises bleu ciel et les attachés-case est simple : l’inauguration d’un tout nouveau stade, l’U Arena, par les Rolling Stones. Certaines langues cyniques et désabusées s’étant âprement moqué de notre intérêt pour un groupe de Senior+++++, doutant de leur capacité à retourner un stade de 40 000 personnes avec leur arthrite, on s’était dit qu’on allait voir par nous-même.

Première chose : le stade en impose avec son esthétique futuriste, un peu comme un vaisseau extra-terrestre posé en plein milieu de ce quartier de tours et de lumières artificielles. Deuxième chose : le stade est balèze. Une histoire d’entrée, de porte, de rang, de siège, qui rend la chose un peu kafkaïenne, un peu fascinante aussi. Troisième chose: contrairement à ce qu’écrit Ouest France dans son compte rendu, "toutes les générations" étaient loin d'être représentées. En tout cas, de notre côté du game, la moyenne d’âge avoisinait les cinquante ans, mais personne ne se privait d’enchainer les blagues sur l’âge du groupe justement. "Et tu savais que Mick était arrière-grand-père ?" C’est vrai que c’est fou quand on y pense.

Mick Jagger en grande forme 

Vers 21h, les lumières s’éteignent. La scène s’embrase dans les tons rouges, et les "ouh ouh/ouh ouh" de Sympathy for the Devil retentissent dans la salle. Les portables sont dégainés en mode vidéo. Mick Jagger débarque, en slim noir taille 34 et veste de costard à motifs colorés, hyper chic. La gestuelle, célèbre, est intacte, les mains gesticulant dans les airs,comme pour malaxer une matière invisible, les bras effectuant des mouvements secs, saccadés, comme pour réclamer une attention qui lui est toute donnée, les hanches se balançant presque lascivement, les jambes déconnectées du corps, menant leur vie à elle toute seule, librement. A 74 ans, Mick Jagger n’a rien perdu de sa classe ni de son sex-appeal de rock star charismatique. Que les langues cyniques et désabusées ravalent leur bile. La tête ceinte d’un foulard aux couleurs de la Jamaïque, Keith Richards arbore toujours son visage de vieux loup de mer, tandis que Ron Wood ressemble, il est vrai, à une poupée de cire grimaçante avec son profil d'aigle et son sourire inquiétant. Mais bon ce n’est pas bien grave, on l’aime quand même.

Les écrans verticaux, immenses, diffusent des images d’une qualité folle qui participent grandement à l’excellence du show. Car oui, le show est excellent, vraiment. Précis, soigné, simple, efficace. Mick Jagger, Ron Wood, Keith Richards et Charlie Watts, assistés de choristes, basse, clavier, saxophone, sont toujours capables de tenir une scène et de ne pas la lâcher. Même si oui, effectivement, la salle manquait un peu d’ambiance (peut-être en raison de la moyenne d’âge des spectateurs ? avancerons-nous sans méchanceté aucune). Peu d’ambiance donc, peu de sueur et de furie, mais beaucoup de tubes. Under My Thumb nous colle des frissons d’émotion, avec Jagger dansant sur la longue avancée de scène dans le public, en chemise à pois ouverte sur un t-shirt noir moulant. Keith Richards s’offre un solo, l’air concentré et serein, puisqu’il a fait ça toute sa vie.

Let's Spend The Night Together et ses paroles olé-olé pour les sixties

Malgré tout, on se serait bien passé de certaines séquences destinées à dynamiser le show en parant les coups de mou. Comme ce moment où Jagger propose de voter pour le prochain morceau. Quatre titres s’affichent à l’écran. A peine a-t-on le temps de les lire qu’il annonce que Let’s Spend The Night Together a gagné. Ah, okay, mais comment ? Apparemment il y aurait eu un vote Twitter express… Rien de très grave puisque Let’s Spend The Night Together est un génial morceau de cavalcade qui brise les échines les plus stoïques, et que l’on s’est du coup promis de repasser en soirée. Bien sûr, la voix de Jagger n’est plus celle de l’enregistrement de 1967. Elle s’est enfoncée dans le grave, dans les profondeurs, mais n'a rien perdu de sa puissance, de son caractère, de sa folie sexuelle.

Le groupe se téléporte deux ans plus tard en enchainant avec You Can’t Always Get What You Want (1969 donc, sur Let It Bleed). Jagger se retape l’avancée de scène hyper longue, histoire de suer suffisamment pour rentrer dans du 32, et accessoirement d’aller encourager le public à chanter avec lui. Bien entendu, ça marche. Retour en 1966 avec Paint It Black, qui fête donc ses 51 ans mais transpire une insolence si actuelle qu’on en vient à se demander si ces histoires d’âge et de temporalité sont vraiment pertinentes. Peut-être que c’est mieux d’être vieux ?

Jagger prend un petit moment pour présenter tout ce petit monde qui l’entoure. Problème de raccord micro-oreillette qui lui fait dire devant toute la salle l’espace d’une demi-seconde "Who’s next ?" L’occasion pour Keith Richards de sortir son numéro, à base de clope à la main, et de sourire XXL hyper déconcertant. Le voici qui enchaine avec Happy, morceau qu'il a composé seul et dont il assure la guitare et le chant. On se fait un peu chier, avouons-le.

Un t-shirt des Stones 

Heureusement, Mick Jagger revient avec Miss You, l’un des morceaux les plus dingues de l’histoire du rock rappelons-le. Le live est à sa hauteur. Jagger finit par chanter le "I’ve been walking central park, singing after dark " comme s’il haranguait le public, veste ouverte sur un t-shirt "Rolling Stones" couvert de langues rouges. C’est meta, on rit. Sa voix part dans les aigus et l'on se dit qu’il assure vraiment un max à son âge. Tout est franchement bien. Comme Gimme Shelter, qu'il interprète toujours en duo avec une choriste, chargée d'être aussi sauvage que Lisa Fischer en son temps. Les voici tous deux au milieu du public, chantant en choeur comme s'ils se disputaient ou se draguaient.

Quand il ne remonte pas la grande allée en sautillant comme un cabri, Mick Jagger parle en français. Il ne raconte rien de très intéressant, à part "Je surkiffe et vous ?" ou le très brumeux : "A l’extrême gauche c’est Mélenchon, à l’extrême droite Marine Le Pen et Macron hmmm il est quelque part là au milieu." Silence d’incompréhension. Merci pour cette analyse politique de haut vol.

Clôture du concert à 22h54. Rappel avec Jumping Jack Flash et (I Can't Get No) Satisfaction qui nous apparait soudain comme la raison-même de ce concert de septuagénaires perpétuellement insatisfaits, assoiffés de vie et  refusant l'immobilité mortifère. Tant mieux, non ?

Les Inrocks - musique

« Les dernières news

Octobre 2017
LMMJVSD
29