Actu musique

13 octobre 2017

10 nouveautés jazz à écouter d'urgence

Claudia Solal & Benjamin Moussay, Butter in My Brain

Il y a là comme une évidence, comme si cette musique nous choisissait plutôt que l’inverse, se coulait en nous pour nous épargner la recherche de métaphores ou d’explications. Evidence d’un ailleurs, d’une douce solitude où le temps se suspend et où l’on revient à soi. Evidence encore de ces brumes et pluies de notes que Benjamin Moussay laisse s'échapper de ses claviers. Et puis la voix de Claudia Solal, claire, d'un érotisme froid, qui s’aventure avec décision, toute proche et impénétrable. Dire que c’est la grande classe, c’est le moins – la classe oui, mais nue, aiguisée, tranchante comme une vérité. A paraître le 20 octobre.

Olivier Bogé, When Ghosts Were Young

C'est un musicien au sens le plus entier, non seulement parce qu'il joue de nombreux instruments (saxophone, guitare, claviers…) mais aussi, et surtout, par sa recherche permanente d'une traduction musicale de toutes les sensations, émotions et sentiments qui le visitent. Ecouter la musique d'Olivier Bogé, c'est ainsi rencontrer une éthique viscérale, une noblesse d'âme maintenue coûte que coûte, quel qu'en soit le prix à payer au réel. Merveille de délicatesse et de légèreté mélodique, son nouvel album, à paraître le 17 novembre tient de la déambulation et de la méditation autant que du saut serein hors des pesanteurs de l'ordinaire. C'est dire s'il est recommandable.

Fred Pallem et le Sacre du Tympan, Cartoons

Le générique de l’Inspecteur Gadget, avouons-le, ne nous avait pas hanté depuis longtemps. Funeste erreur que Fred Pallem répare dans Cartoons, émancipant au passage nos enfants, écroulés de rire d’entendre cet air dézingué au synthé pétomane. Il ne faut pas s’y tromper cependant : si, en revisitant les thèmes de Goldorak, Dragon Ball Z ou La Reine des Neiges, le Sacre du Tympan s’accorde une récréation, celle-ci n’exclut en rien l’excellence habituelle de ses orchestrations. Le plaisir de la régression se combine ainsi à celui de la finesse musicale, toujours au rendez-vous avec ce big band hors du commun, et qui nous réconciliera avec tout (même Bob l’Eponge). Sortie le 20 octobre.

The Amazing Keystone Big Band, Django Extended / Monsieur Django & Lady Swing

Génie de la guitare, Django Reinhardt fut aussi un compositeur raffiné, inspiré aussi bien par l’impressionnisme français que par Duke Ellington. En parcourant la palette de ses Troublant Boléro, Manoir de mes rêves et Rythme Futur, l’Amazing Keystone Big Band ressuscite avec autant de respect que d’audace son art du vagabondage au grand air, dans le galop insensé de la main comme dans le trot paisible de la roulotte et le glissement du canot sur l’eau. C’est cousu de main de maître, joyeux et doux comme l’était Django lui-même. Et comme l’AKBB ne fait pas les choses à moitié, il sort aussi un disque pour les enfants, Monsieur Django & Lady Swing, joli conte de Bernard Villiot dit par Guillaume Galienne, qui permet de goûter dès le plus jeune âge aux arpèges véloces de Django. Sortie le 20 octobre.

Lande, La Caverne

Cette Caverne n'a rien de platonique, ce n'est pas une retraite pour le sage ébloui par l'Idée scintillant au-delà des apparences, mais un repaire de sauvages qui chevauchent la houle terrible, dansent des rondes frénétiques et tourmentent jusqu'au silence. Entre fureur et désespoir, passion et abandon, Quentin Ghomari à la trompette et Julien Soro à l'alto (également auteur, cet automne, d'un album fou, Sweet Dog) confrontent leurs aspirations à l'absolu, soutenus par Alexandre Perrot, contrebassiste et principal compositeur, et le batteur Ariel Tessier. Tous font preuve d'un engagement total, sans retour possible, avec l'obsession du beau geste, de l'éclat de pureté enfin conquis.

Roberto Negro Dadada, Saison 3

C’est le 4e album qui nous parvient cette année avec le nom de Roberto Negro sur la pochette, pourtant aucun ne ressemble au précédent. Diable de pianiste, fantasque comme un personnage d’Hoffmann, iconoclaste qui privilégie le bizarre à la norme et le dérèglement à la prudence. Récemment au tricot, le voici à dadada avec Emile Parisien et le percussionniste Michele Rabbia. Depuis un calme initial qui ne laisse pas d'inquiéter le trio ne tarde pas à déraisonner et s'en donne à cœur joie, multipliant les motifs régressifs, les ritournelles opaques et les tonalités indéfinissables dans une jubilation quasi clownesque. Difficile de faire plus stimulant, dans le registre avant-garde décomplexée. Sortie le 20 octobre, à fêter le 21 novembre au Studio de l'Ermitage.

Simon Goubert, Ablaye Cissoko & African Jazz Roots, Au loin

Aller au loin est une obsession pour Simon Goubert, sa trajectoire en témoigne depuis ses débuts dans l'Offering de Christian Vander jusqu'à cet album avec le griot Ablaye Cissoko où l'on retrouve son goût pour les foisonnements modaux, le grand fracas des mythes ancestraux, toute l'enivrante suggestion des lointains. Il ne s'agit pas à proprement parler de fusion entre jazz et tradition mandingue, mais d'élévation – terme qui colle à ce batteur coltranien –, où chaque membre du quartet (que complètent les excellents Sophia Domancich au piano et Jean-Philippe Viret à la contrebasse) se retrouve à son aise, dans la jouissance des hauteurs, l'exaltation des intensités. L'album étant un live, il nous indique à quelle belle soirée il faut se préparer le 6 novembre, au Pan Piper.

Watchdog, Can of Worms

En teintes bleues et mauves, avec ce curieux chien suspendu dans un vide  bordé de mer ou de montagnes, ce disque suscite d'emblée la rêverie, non pas celle des après-midi d'ennui, mais celle du sang bouillonnant, des émotions qui courent et s'affolent jusqu'à exploser en gerbes passionnées. La claviériste Anne Quillier et le joueur de clarinette basse Pierre Horckmans assourdissent ainsi des orages de sentiment et traquent leur limite nerveuse pour mieux se libérer ensuite dans de larges explorations d'un indécis crépusculaire plein d'effarements. Le geste est épique, mais tient autant du saut de l'enfant dans la marelle, ce qui lui confère un charme supplémentaire. Immanquable le 6 novembre au Comedy Club.

Frank Woeste, Reverso-Suite Ravel

Entre Ravel et le jazz, c'est une longue histoire. Le compositeur français fut parmi les premiers à ne pas négliger les développements harmoniques de cette musique que l'on disait "nègre" et nombreux sont les jazzmen qui le lui ont rendu en s'inspirant à leur tour de son impressionnisme. Frank Woeste a quant à lui conçu ce disque comme "un jeu de miroirs" réfléchissant le Tombeau de Couperin, suite baroque réinventée qui se mue ici en une ample suite jazz. De fugue en menuet, de toccata en rigaudon, Vincent Courtois (violoncelle), Ryan Keberle (trombone), Jeff Ballard (batterie) et Woeste au piano élaborent une musique labyrinthique, dense, aux énigmes persistantes et à la grâce toute ravélienne. A paraître le 20 octobre.

David Bressat, Alive

Musique d'improvisation et donc de communion, le jazz réclame le live comme élément naturel. C'est en partant de ce constat que David Bressat a choisi pour son nouvel album de capter un concert sans recourir ultérieurement à des retouches en studio. Le langage du pianiste, plutôt classique, y trouve une forme d'urgence, de spontanéité dont chaque membre de son quintet profite pleinement. Du plaisir à faire groover un thème d'inspiration New Orleans (Shake Everything) à celui de courir après un motif de basse véloce (5 à 6), de confidences heureuses en jeux d'équilibre, il livre un album empli d'optimisme et de chaleur partagée – ce qui demeure une très belle définition du jazz.

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Le glacial et synthétique “Ken“ : douzième album de Destroyer

Dan Bejar nous parlait récemment des groupes qu’il écoutait plus jeune, tous européens, britanniques pour la plupart. Il citait The Cure, qu’il se repassait en boucle ces derniers temps, et craignait que cette nostalgie latente n’évolue en syndrome régressif plus problématique. Il évoquait également Ken, son douzi…

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Le magicien d'Ooz

Il y a vingt-cinq ans déboulait Beck, un uppercut dans nos certitudes, le premier artiste à énoncer aussi clairement que la musique populaire entrait en force dans le postmodernisme. Fanatique de collages et de dadaïsme, il décidait que la messe était dite et qu’il faudrait tout construire sur des ruines, des souvenirs, des déchets. Ce qui aurait pu être une oraison funèbre sonnait comme un hymne…

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Ryder The Eagle, Chloe, Michael Head en accéléré

Vos chances de tomber sur le label Occultation sont quasi nulles : qui se soucie à ce point, en 2017, de valeurs aussi désuètes que l’excellence musicale, l’artisanat pop tout en dorures ? Vos chances de tomber sur l’un des groupes maison, The Granite Shore, sont donc encore plus faibles : qui compose encore des chansons aussi ambitieuses et adultes, qui entretient avec une telle…

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L'expérimentation (très) réussie de Zombie Zombie pour "Livity"

Dans le livret qui accompagne le deuxième volume de la compilation Cosmic Machine, Etienne Jaumet (l’un des trois morts-vivants) parle des pionniers de l’électronique française en ces termes : “Ils se sont débrouillés pour rester libres et continuer à faire leur musique en créant, avec une énergie folle, leurs propres labels. N’oublions pas qu’à l’époque, ils partaient de rien.” Dix ans après la sortie de leur premier album A Land for Renegades et de l’inoubliable reprise du Nightclubbing de l’Idiot d’Iggy Pop, Jaumet, Cosmic Neman et Dr Schonberg poursuivent leur exploration sonique, aux confins d’une jungle interstellaire que l’introduction de Livity, leur dernier album, nous promet tribale, moite et, au premier abord, inhospitalière.

Dans leur microrepaire du XIe arrondissement de Paris, le vieux skate-board de Neman, posé contre une étagère, empêche la porte du studio de s’ouvrir complètement. Sur tout un pan de mur s’étale une partie infime (à vue d’œil, plusieurs centaines) de la collection de vinyles de I:Cube, le célèbre producteur et DJ de la maison Versatile, non loin de tout son attirail de mixage sur lequel fut finalisé Livity. C’est là que nous retrouvons Zombie Zombie pour une séance de répétitions, à quelques jours d’un concert à la Marbrerie de Montreuil, dans le cadre de la deuxième édition du RBMA Festival : “Je pense que les gens ont suffisamment entendu les anciens morceaux, nous confie Neman, sa mythique casquette Slayer vissée sur la tête. On ne jouera que des titres du nouvel album.”

Quand l’expérimentation prend le pas sur l’écriture

Planqué derrière toute sa machinerie analogique constituée de claviers et de boîtes à rythmes vintage, Etienne Jaumet termine ses réglages manuellement les yeux rivés sur des fiches techniques plastifiées, tandis que Dr Schonberg tripote un dictaphone et que Neman cogne sur son Synare 3, sorte de synthétiseur de percussions aux sonorités space disco, en forme de soucoupe volante. Si la scène était tirée d’un documentaire, la mention “Aucun preset n’a été utilisé lors de cette répétition” clignoterait à l’écran.

Chez Zombie Zombie, tout est live, direct, analogique. C’est d’ailleurs ce rapport humain aux machines, propre à l’ère proto-Terminator, qui confère à leur musique cette intensité et cette chaleur. Un truc de l’ordre du sens inné du rythme, caractéristique du free-jazz et de la transe chamanique qui rend unique et inestimable chaque concert et chaque prestation du groupe, que ce soit en studio ou sur scène. Comme quand, en plein milieu d’une montée frénétique un peu bancale sur le titre Looose, Etienne s’arrête parce qu’il sent son pote Neman à mille années-lumière : “J’ai même pas besoin de te regarder cette fois, je sens que tu veux t’arrêter. Quelque chose ne fonctionne pas, mais je ne sais pas quoi”, lâche-t-il. “Ouais, c’est trop long, répond Neman. Je pense qu’il ne faut pas trop tarder avant d’envoyer le sax.”

Quiconque a déjà vu Zombie Zombie sur scène aura remarqué l’importance des échanges de regards qui convergent très souvent vers Neman. C’est simplement que les parties free constituent l’ADN du groupe et qu’un titre n’a pas de durée définie tant que l’intensité rythmique de la batterie ne faiblit pas. Ce rapport à l’improvisation et aux digressions sonores est plus que jamais présent sur Livity, un album (probablement leur meilleur) enregistré live dans les studios Red Bull et sur lequel l’expérimentation prend le pas sur l’écriture. A l’image de Lune noire, un bonus track évoquant la grande époque de l’avant-garde électronique, où se mêlent notes de saxophone fuyantes et effets sonores synthétiques barrés, donnant ainsi à entendre le véritable son de l’espace intersidéral. Une éthique krautrock qui renvoie à cette phrase de Michael Karoli, guitariste de Can, citée par le critique Simon Reynolds : “Nous ne voulions pas impressionner les gens, seulement les apaiser.”

Une force d’évocation d’autant plus forte que les Zombie Zombie, fidèles à leurs références de science-fiction vintage (on se souvient de leur album de reprises des grands thèmes de John Carpenter), sont allés chercher Philippe Druillet, fondateur du mensuel Métal Hurlant, pour dessiner l’artwork de la pochette du disque. Une façon de rappeler que le futur n’est pas (encore) mort.

En concert : le 25 octobre au Grand Mix (Tourcoing) et le 24 novembre au Tamanoir (Genevilliers).

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“It's Alright Between Us as It Is“, un retour techno et disco signé Lindstrøm

Lindstrøm n’avait plus sorti d’album solo depuis Smalhans, en 2012, et on commençait à sérieusement s’inquiéter. D’autant que l’on n’avait pas été complètement convaincu à l’écoute de son dernier single (Closing Shot) ou de Runddans, dernier projet en date enregistré auprès de Todd Rundgren et Emil Nikolaisen. C’est donc avec un certain enthousiasme que l’on accueille ce

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L'album mythique des Smiths s'offre une seconde jeunesse

Morrissey tirant la langue, goguenard. A l’arrière d’un tour-bus, à la vitre, saluant quelques fans qui le coursaient dans les rues de Middlesbrough. Ça sera la dernière fois que je verrais les Smiths sur scène, en ce 14 octobre 1986. Le groupe sait aussi que la fin est proche : il ne jouera plus ensuite qu’une dizaine de concerts. Et il donne tout, avec une flamboyance et une énergie sidérantes. En concert, les Smiths sont alors le plus magnifique et foudroyant groupe de rock anglais. Ils jouent dur, dru, électrique les chansons de leur album The Queen Is Dead, sorti au milieu du mois de juin de la même année.

We know it's over

La bonne idée de la réédition Deluxe de l’album est justement d’avoir intégré un live de cette époque, enregistré à Boston le 5 août. Un témoignage de la fuite en avant à laquelle le groupe se livre alors, déformant et sublimant des chansons pourtant encore neuves, en rodage. Entre Morrissey et Marr, c’est la lutte larvée – et on sait, des Kinks aux Stones, d’Oasis aux Strokes, à quel point ces bastons d’ego, ces coups d’Etat permanents entre songwriters font la grandeur du rock. Egoïstement, on se moque bien de l’inconfort, de la tension et du malheur qui régissent cette ultime tournée, avant que l’enregistrement de Strangeways Here We Come ne vienne entériner et précipiter la séparation brutale du groupe, largement en avance sur la fin de l’histoire.

De ces frictions, le groupe a tiré une urgence, une violence, une fulgurance qui demeurent aussi fascinantes plus de trente ans plus tard. Comment n’a-t-on pas pu sentir à quel point des chansons comme I Know It’s Over ou la tumultueuse The Queen Is Dead portaient en elles le virus de la mort, de la fin. Johnny Marr est malade, le bassiste Andy Rourke junkie, Morrissey dépressif…

Le groupe avait pourtant trouvé en Stephen Street un producteur du même âge, partageant culture et vision. Il a d’ailleurs toujours fait état d’un chantier studieux mais serein. Johnny Marr parlera lui de la fluidité et de la simplicité des sessions. Et effectivement, malgré tout, il compose quelques moments inouïs de l’histoire de la musique anglaise, tressant comme jamais spleen et exaltation, caressant ou brutalisant les arpèges.

Telle liberté, telle profusion condamnent Morrissey au surpassement : tour à tour bouleversant, cassant, truculent, étincelant, toujours aux frontières de la pitrerie et de la mélancolie, il signe quelques-uns de ses textes les plus denses, de The Boy with the Thorn in His Side à I Know It’s Over. A l’époque, sa grande gueule (Bigmouth Strikes Again, comme le chantait le single) était salutaire : elle était une voix unique pour les laissés-pour-compte, les oubliés malmenés du thatchérisme, les parias en mal de place. Qui aurait pu alors imaginer que cette même grande gueule, trente ans plus tard, apporterait son soutien à la branche la plus dure du Ukip, pour les mêmes raisons ?

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Etienne Daho : la pochette choc et le teaser chic du nouvel album

Tout d’abord diffusée par bribes sous forme d’un puzzle, la pochette du nouvel album d’Etienne Daho, Blitz (sortie le 17 novembre) a fini par apparaître dans son intégralité hier sur la page Facebook et le compte Twitter du chanteur. Signé du photographe turc basé à New York Pari Dukovic, le cliché d’un Daho vêtu de cuir, laissant échapper les volutes d’une cigarette, a immédiatement fait réagir les esthètes, qui en auront reconnu sans mal les sources d’inspiration. La plus évidente est Scorpio Rising, le film expérimental de Kenneth Anger, réalisé en 1963, qui convoquait lui-même l’image de Marlon Brando dans L’Equipée sauvage, autre référence du photographe.

Cette mise en abyme passe chez Daho par un autre clin d'œil à l’une de ses grandes idoles, Lou Reed, qui arborait le même type de tenues à l'époque de Transformer, en 1972. « J'avais également revu Portier de Nuit de Liliana Cavani et j'en ai parlé à Pari Dukovic, nous a confié Etienne Daho*. Ça nous amusait d'aller dans cette direction et le résultat est vraiment parfait pour être la vitrine de Blitz. Ça pourrait presque être une photo de Pierre & Gilles, le pendant sombre de La Notte La Notte. C'est une représentation puissante, même si ce n'est évidemment pas moi. J'ai toujours aimé jouer avec l'image et aussi avec mon image. Illustrer une pochette avec un simple portrait où je suis à mon avantage, n'a pas beaucoup d'intérêt pour moi. Les gens savent bien à quoi je ressemble, alors autant m'amuser à distordre cette image, à jouer avec. Après, les gens plaquent leurs propres fantasmes sur les images, cela ne m'appartient plus.» Outre cette pochette (splendide), on connaît aussi désormais les titres des douze chansons de l’album, révélés également hier :

1 – Les filles du Canyon (Feat. Duggie Fields)
2 – Chambre 29
3 – Le jardin
4 – Les baisers rouges
5 – Les cordages de la nuit
6 – Les flocons de l’été
7 – Voodoo Voodoo
8 – L’étincelle
9 – The Deep End (en duo avec Jade Vincent)
10- Hôtel des infidèles
11- Après le Blitz (Feat. Flavien Berger)
12- Nocturne

Après avoir publié un premier single, Les Flocons de l’été, le 1er septembre dernier, accompagné d’un clip signé Romain Winkler, Daho présente désormais lui-même les autres chansons de l’album dans un très beau teaser qui dévoile de courts extraits et la tonalité très psychédélique de ce Blitz, qui à sa sortie devrait surprendre au moins autant que sa pochette.

*Propos extrait de la biographie Daho, par Christophe Conte, à paraître chez Flammarion le 1er novembre.

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Arnaud Rebotini prolonge “120 battements par minutes“ avec son remix des Bronski Beat

L’un des pères de l’électro à la française, Arnaud Rebotini, vient de publier son dernier clip : un remix du titre Smalltown Boy des Bronski Beat (1984), sur fond d’extraits de 120 battements par minute. Un film qui n’en finit plus de séduire. En plus d’avoir reçu le Grand Prix au Festival de Cannes, la fable militante de Robin Campillo représentera la France lors de la prochaine prestigieuse cérémonie des Oscars.

Avec cette vidéo, qui agit comme un voyage dans le temps, on est replongé dans le Paris des années 90. On se balance de club en club, en passant par les bords de Seine, très bien guidée par sorte de ritournelle électronique, très entêtante - la bande-son parfaite en somme.

>> À lire aussi : “120 battements par minute” : entretien avec Robin Campillo et Philippe Mangeot <<

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MGMT de retour en 2017 ?

Il y a 10 ans (à quelques jours près), sortait Oracular Spectacular. Avec leur pop-psyché, les deux Américains prenaient tout le monde par surprise et mettaient une grande claque à la pop du 21 e siècle. Les hymnes d'un temps que les plus de 20 ans connaissent surement encore par cœur prenaient leurs envol avec Time To Pretend, Electric Feel, ou Kids. Une décennie plus tard, on espère juste que le duo de zinzin n'a rien perdu de sa superbe.

Ce qui est sûr, c'est qu'ils devraient faire parler d'eux dans un futur (très) proche. Hier, le groupe a tweeté le teaser d'une nouvelle production sous le hashtag #LittleDarkAge :

#LittleDarkAge pic.twitter.com/VsK8LqIZhC

— MGMT (@whoisMGMT) 12 octobre 2017

L'audio des dix petites secondes du teaser de Little Dark Age correspond à un titre que le groupe avait déjà joué lors du Beale Street Festival à Memphis en mai dernier. Filmé par un fan dans le public, la vidéo se regarde ci-dessous :

Un retour qui se fait attendre

Depuis leur dernier album MGMT en 2013, le duo n'a rien sorti. Il y a quelques mois ils annonçaient sur leur compte twitter être en studio, et que leur quatrième album était terminé :

???? pic.twitter.com/iGP0qyL9Zd

— MGMT (@whoisMGMT) June 20, 2017

On n'avait pas sorti le champagne tout de suite non plus, on restait encore un peu dubitatif suite aux déclarations que le groupe avait pu lancer auparavant. Au lendemain de Noël 2015, ils avaient déjà promis de revenir nous retourner le cerveau en 2016…

Happy bday jesus . Merry holidays everyone. Happy birthday, everyone: 2016 is the year MGMT re-dominates your mind hole , see you then ????

— MGMT (@whoisMGMT) December 25, 2015

… avant de finalement reporter ses plans à l'année d'après :

Meant to say MGMT re-dominates your mind hole in *2017

— MGMT (@whoisMGMT) September 27, 2016

Après une photo postée dans leur studio en compagnie de Mac De Marco, la rumeur d'un featuring avec le canadien en vogue avait même été annoncée, comme on vous en parlait ici.

Pour l'instant, aucune date de sortie officielle concernant un futur single ou album n'a été divulguée, mais on a bon espoir de le(s) voir atterrir sous le sapin. Pardon, le spn.

10 years later LOL #mgmt #mgmtkittenz #westilltogether

Une publication partagée par MGMT (@whoismgmt) le 2 Oct. 2017 à 7h15 PDT

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Beyoncé sort la vidéo de &quot;Freedom&quot; à l'occasion de la Journée Internationale des filles

Le clip est sorti dans le cadre de la campagne #Freedomforgirls et présente  un casting parfait de fillettes filmé un peu partout dans le monde, dansant et interprétant en playback le titre de la diva. Le rendu est poignant et saisissant de vérité sur ce que vivent les jeunes filles dans le monde, et se regarde ci-dessous :

Une situation encore très inquiétante

Produite avec l’association fondée par Salma Hayek, Chime for Change ainsi que l'ONG The Global Goals, la vidéo tire la sonnette d'alarme sur la situation encore très inquiétante des filles dans le monde, en mettant en avant quelques statistiques :

- 71% des victimes du trafic d'êtres humains sont des femmes

- Une filles sur quatre est marié de force

- Toutes les cinq minutes une fille succombe à la violence

- Les filles ont deux fois plus de chance de contracter le sida

- 63 millions de filles ont subi des mutilations génitales

- 130 millions de filles ne sont pas scolarisés

Raise your voice for #FreedomForGirls on @TheWorldsLesson @Flipgrid here: https://t.co/SMS8yA3f6J #TeachSDGs #IDG2017 pic.twitter.com/qr6KKtbia1

— The Global Goals (@TheGlobalGoals) October 11, 2017

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Django Django, les illuminati de la pop sont de retour

Depuis quelques mois, nos laborantins éméchés (mais préférés) préparent leur grand retour avec un nouveau disque, Marble Skies (Because Music) dont ils nous donneront un avant-goût en live le 23 novembre prochain à la Gaîté lyrique à l'occasion du festival des inRocKs. En attendant leur prestation incendiaire, on en profite pour revenir sur le parcours sans faute de ce groupe aussi funky que bordélique.

Un premier "album underground" qui défraye la chronique

Révélé en 2012 avec un premier disque éponyme, Django Django se classe illico dans les 50 meilleurs albums de l'année du NME (en vendant au passage 250 000 exemplaires). Il faut dire que leurs audacieuses expérimentations bricolées dans un studio miniature de l'Est de Londres sont bluffantes. Ce qui devait être "un album underground vendu à quelques centaines de copies" décroche finalement une nomination au Mercury Prize et un disque de Platine en France.

Cette magie, on la doit à la rencontre entre le batteur et surtout producteur David Maclean et le chanteur et guitariste Vinnie Neff, rapidement rejoints par les claviers fantasques de Tommy Grace et la basse prenante de Jimmy Dixon, tous les quatre issus des Beaux Arts d'Edimbourg. Si il est difficile de classer ce premier ouvrage dans une case tant il mélange avec brio pop ensoleillée, electro planante, rock broussailleux, percussions africaines et rythmiques orientales, c'est qu'il reflète parfaitement la diversité musicale du groupe : "Nous passions notre vie à parler musique et à nous faire des mixtapes. L’album reflète ça : c’est plus une mixtape qu’un album cohérent ". 

Born Under Saturne, un second disque cosmique

Après une tournée démente et des expériences musicales inédites en parallèle (mise en scène musicale au théâtre pour Dave et Tommy, performance avec une plasticienne pour Vincent et Jimmy), les Anglais sont de retour plus motivés que jamais pour pondre une seconde oeuvre collective, désormais habitués à expérimenter en live tous ensemble. " Le premier, c’était essentiellement Dave et Vincent qui essayèrent de traduire leurs idées avec un ordinateur, alors que pour le nouveau, nous avons réellement fonctionné collectivement". Sans être trop gourmand, le quatuor s'installe cette fois dans un vrai studio, et avec plus de moyens, ils synthétisent un voyage cosmique qui se dévoile en treize chapitres : Born Under Saturne (2015).

Toujours friands des envolées solaires et de mélanges des genres assez bordéliques, Django réussit le pari de digérer le travail de ses aînés sans jamais tomber dans le pastiche. Surf music, rockab, dancehall, psyché ou encore percussions africaines, tous ces ingrédients sont sublimés par l'orchestration endiablée de Dave. Et ce n'est pas un pur hasard si ce dernier est à la fois batteur et producteur, il n'y a qu'à écouter sa rythmique démente : on en sort rincé de plaisir et prêt à appuyer sur le bouton replay.

Marble Skies, un nouveau shoot de plaisir en vue pour début 2018

Annoncé l'été dernier, le troisième album de Django Django amorce un virage artistique certain. Si David Maclean tenait d'une main de fer les deux premiers ouvrages, ce sont les trois autres larrons qui entament cette fois-ci les festivités. Jimmy, Tommy et Vinnie s'enferment dans l'Urchin Studio de Tottenham (Londres), cette "tanière" bourrée de matériel et en compagnie de la batteuse de Metronomy (Anna Prior). Privilégiant le fait main, ils retournent aux méthodes DIY de leurs débuts, orchestrant dans ce minuscule studio un patchwork sonore dont eux seuls ont le secret.

Après dix jours d'enregistrement, ils passent le relais à Dave (parti s'isoler dans sa ville natale de Dundee pour quelques temps), lui confiant les maquettes et tout ce matériel brut afin qu'il puisse y ajouter son empreinte, repiquer certaines boutures et faire grandir leurs nouvelles fantaisies. Au final, ce sont donc nos quatre copains qui signent ce nouveau disque qui caresse des "territoires inconnus".

En nous en livrant un premier extrait vidéo, Tic Tac Toe, on prend la mesure de la dinguerie que la bande nous réserve : une chevauchée sauvage et débridée où tout est permis, comme un voyage dans le temps sans transition, du krautrock à la dream pop en passant par le dancehall ou l’electro-pop des années 80… Et si il faudra attendre le 26 janvier prochain pour découvrir le reste de l'album, on sait déjà qu'il sera présenté comme une réflexion sur le passé et le présent "pour trouver une place en paix dans le grand ordre des choses. "

“On parle de ce monde en évolution et en mouvement permanent,” déclare David Maclean, “au beau milieu duquel nous ne sommes que des observateurs, impuissants face au temps qui passe mais en essayant d’y trouver notre place.”

Enfin, deux collaborations de choix illumineront le disque :  la voix vaporeuse de Rebecca Taylor de Slow Club (Surface to Air) et le compositeur prodige de jazz fusion Jan Hammer (Sundials).

L'album Marble Skies est disponible en précommande sur Apple Music. Sortie officielle le 26 janvier en version digitale et physique, dont une édition vinyle limitée pour Rough Trade, avec bonus et remix signés par le producteur roots & reggae Wrongton.

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Regardez le concert de Justice en direct de Bercy

Au beau milieu de leur tournée, Woman World Tour - dont il nous racontait les coulisses, l'été dernier - du même nom que leur dernier album, paru fin 2016, le duo Justice, est ce soir en concert à Paris, sur la large scène de Bercy. Un événement que vous pouvez suivre en direct, grâce à Arte Concert, venu capter le show.

Après cette dernière date française, le duo s’envolera en Allemagne, puis aux Etats-Unis. Toutes les informations sont sur leur page Facebook.

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Découvrez le nouveau single de HAUTE, duo soul r'n'b le plus prometteur du moment

Pour fêter la sortie de leur nouveau single, le duo franco-canadien HAUTE nous offre une session vidéo filmée par Colors Studio. Porté par des claviers aériens et une voix féminine suave, Shut Me Down est la bande son de votre weekend.

Après un premier EP de pop sensuelle et futuriste (Reciprocity, 2015) et un second ouvrage bleu Nuit, Anna Majidson et Romain Hainaut sont de retour avec ce single irrésistiblement groovy et sensuel.  On attend la suite avec impatience !

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Paradise Garage : l'histoire d'un temple du beat

Au milieu des années 70, au coeur d’une Big Apple sclérosée par la pauvreté, les drogues, le crime et les discriminations, Michael Brody et son compagnon Mel Cheren, fondateur du label West End Records, rachètent un vieux parking dans le Downtown Manhattan.Tandis que la jet-set poudrée de New-York se presse à l’entrée du Studio 54, ils veulent faire du Garage un lieu d'exaltation et de rencontres, le théâtre d'une culture hybride et débridée. Malgré une soirée d’ouverture catastrophique en janvier 1978 (deux heures de retard et des premiers fêtards poireautant dehors en plein blizzard), l’équipe du “Gay-rage” parvint à offrir à ses membres - pour la plupart marginaux, homosexuels, noirs, latinos, queer, etc. - un refuge où être soi-même, un lieu où danser et se sentir vivre sous les lumières hachées des projecteurs.

En dix années, le club forgea sa légende. Sa scène vit défiler quelques unes des stars de l’époque, de Taana Gardner, Loleatta Holloway, Withney Houston à Chaka Kan ou New Order. Lieu d'inspiration, Madonna y tourna son premier clip, pour Everybody, à l’occasion de l’une des “Party of Life” organisées annuellement par un Keith Haring recouvrant de ses fresques les murs du club et la peau ébène d’une Grace Jones à la sensualité brutale et androgyne. Lieu d'émulation, Pattie LaBelle, Mick Jagger, Nils Rodgers pouvaient y croiser Diana Ross, Prince, Andy Warhol, Basquiat, Jean-Paul Goude ou Futura 2000 déambulant dans les loges et les différents espaces du club : la Cristal Room, le Roof Top, la salle de projection ou encore le Juice Bar - le Garage ne possédant pas de licence pour la vente d’alcool, on y buvait des jus de fruits, que l’on complétait à sa guise de tout ce que les années 70 et 80 produisirent de paradis artificiels.

Il serait vain toutefois de séparer le mythe du Garage, de l’icône qui y sévit du début à la fin. Maestro derrière ses platines, Larry Levan orchestrait chaque weekend d’interminables odes à l’amour et à la vie. Ce gosse de Brooklyn fit d’abord ses classes aux Continental Baths, aux côtés de Frankie Knuckles, son ami d’enfance, avant d’hériter de ses ainés leurs techniques novatrices. David Mancuso d’abord, fondateur et gardien du Loft, compositeur pionnier de sets aux atmosphères audacieuses et créateur visionnaire des soirées members only et sans alcool. Nicky Siano ensuite, DJ déluré et résident de The Gallery, le premier à mixer en modifiant la vitesse de ses platines.

Perfectionniste à l’excès, Levan conçut avec l’ingénieur Richard Long ce que beaucoup considèrent comme le meilleur sound-system de l’histoire (talonné de près par sa réplique londonienne installée au Ministry of Sound). Une pépite de technologies, qui devint son outil de création fétiche et grâce auqeul il inventa son propre style, la Garage music. Disco bien sûr, mais aussi rock, punk, pop, new-wave, funk ou encore hip-hop et house naissante, Levan les réunissait dans chacun de ses sets, soignant ses transitions et étirant des morceaux agrémentés de choeurs envoûtants et de bass dub. Producteur de quelques tubes dont Heartbeat de Taana Gardner ou Don't Make Me Wait des Peech Boys, mais surtout auteur de remixes fondateurs tels que Love Is The Message (MFSB), Stand On The World (Joubert Singers) ou Love Honey, Love Heartache (Man Friday). On lui attribue ainsi la paternité des longues plages instrumentales, qu’il expérimentait en live sur ses boîtes à rythme, initiant l’ère du maxi et de l’extended version en face B.

Du haut de sa cabine, le premier des DJ-star contrôlait le son mais aussi la lumière, et par là même l’atmosphère d’un club dédié à l’amour immodéré de la danse. Sa contribution à une nouvelle appropriation du dancefloor est immense. Seuls, par grappe ou en cercles ritualisés, les meilleurs danseurs de la ville venaient tester leurs derniers pas. Des heures durant, Levan devenait ainsi le gourou d’une foule compacte, grouillante et qu’il animait à sa guise, entretenant avec ses danseurs une relation quasi télépathique. Des témoins disent même qu’il pouvait pleuvoir au Garage, la ferveur étant telle que la chaleur et l’humidité formaient des gouttes d’eau tombant sur les danseurs depuis les plafonds.

Flamboyante, l’histoire du Paradise Garage est aussi éphémère. Au début de l’année 1987, Prince chante “the big disease with a little name” en ouverture de son morceau Sign ‘O’ The Times. C’est justement lui, le SIDA, qui mettra fin à la fête, terrassant icônes et anonymes, tous acteurs de cette génération fêtarde et prolifique. Le Garage ferma au terme d’une fête mémorable… de 48h. Devenue une figure artistique déjà fondamentale de son vivant, influençant jusqu’à la déferlante house dans les clubs de Chicago, Larry Levan transcenda le Paradis qui le fit éclore. Leur légende tient finalement en une équation, aussi rare qu’élémentaire : le bon club, le bon DJ, le bon moment.

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L'excellent Jerkcurb de retour avec un clip de crooner psychédélique

On l'avait découvert l'an passé, alors que l'on traînait dans la ruche de Peckham, au Sud de Londres, pour les besoins d'un reportage. Tous nos interlocuteurs – journalistes, labels, musiciens – s'accordaient à dire que Jerkcurb était le meilleur d'entre eux. On a depuis appris à aimer sa pop romantique comme ses collaborations desaxées avec l'increvable King Krule. Jerkcurb, localement, est une célébrité, un phare depuis des années, promoteur de soirée et musicien partageur. Fan (comme Daft Punk) des Américains de Ween, l'Anglais porte cependant sa lo-fi bordélique avec ce supplément d'élégance et de minutie qu'ordonne la pop locale. Un mélange de bricolage, de songwriting supérieur et de psychédélisme absurde à l'œuvre sur le clip qu'il vient de poster : Voodoo Saloon.

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