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3 octobre 2017

Comment Tom Petty a marqué l'histoire du rock

Au milieu des années 70, alors que le sol se dérobait sous les bottines à l’italienne des amateurs de rock millésimé, Tom Petty a fait parti de ceux, rares, qui redonnèrent un semblant de stabilité à l’édifice vacillant et surent restaurer la turbulente saga dans une perspective historique. Même s’il ne possédait pas l’aura littéraire d’une Patti Smith- n’y prétendait pas d’ailleurs- ne cherchait pas à tout prix la crédibilité romantique post West Side Story d’un Springsteen ou d’un Willy Deville, deux congénères avec lesquels il entra de fait en concurrence, il s’imposa sur ce terrain instable qu’on appelait « new wave » avec le culot du jeune effronté et l’assurance du gars à l’ancienne. Et surtout, avec la classe et l’élégance d’un prince de sang.

Méconnu de ce côté de l'Atlantique

De ce quatuor néo classique faisant le pont entre l’ancien et le nouveau monde, entre musiciens à cheveux longs et ceux à coupes au rabot, entre les guitares cathédrales à la Byrds et les coups de griffes du punk, Petty reste toutefois le moins connu du public français. La faute à un probable manque d’ambition qui, mêlé à ce pli casanier que prennent immanquablement ceux qui « ont déroulé du câble » pendant trop longtemps en faisant l’essentiel de leur pelote à la maison, aura fini par le détourner totalement, ou presque, du vieux continent. On sera en conséquence peu surpris de constater combien sa mort, à 66 ans chez lui à Los Angeles, risque de susciter auprès de ceux qui ont adoré sa présence, usé ses disques jusqu’à la corde, une immense émotion. Mais une émotion limitée à un cercle relativement restreint de ce côté ci de l’Atlantique, et forcément noyée dans un océan d’indifférence.

Possible consolation : que des profanes, peut être intrigués par le lien un peu ironique entre les causes de son décès- une crise cardiaque- et le nom de son groupe, The Heartbreakers, s’aperçoivent qu’au final Tom Petty a quand même vendu près de 80 millions d’albums en 40 ans de carrière, dont plusieurs (Damn The Torpedoes, You’re Gonna Get It, Southern Accents…) sont indispensables à toute discothèque en construction, qu’il a décroché un certain nombre de tubes (American Girl réapparait régulièrement dans les BO de films ou de séries) et qu’aux Etats Unis, sa popularité est équivalente à celle d’un certain… Bruce Springsteen.

Petty n’a jamais été catégorique sur l’origine du nom Heartbreakers même si le clin d’œil à la chanson d’Elvis Presley, Heartbreak Hotel, parait évident. Et comment ne le serait il pas venant de quelqu’un qui, âgé de 11 ans, avait eu l’honneur de serrer la main du Roi du rock alors que celui ci tournait l’un de ces nombreux (et affligeants) navets (en l’occurrence Le Sheriff de ces Dames) en Floride, région natale de Petty. Sauf que sa Floride à lui n’avait rien de glamour, ne ressemblait pas du tout à celle des dépliants touristiques. Pas de plages de sable blanc que longent de larges avenues bordées de palmiers à Gainsville, sa ville, mais des marécages envahis de moustiques et d’alligators. Nulle jet set sirotant des daïquiris près de la piscine mais des gens de la classe moyenne laborieuse et des « blue collars » à l’alcool mauvais, à la gâchette sensible. Son père change de petit boulot presque toutes les semaines. Mais il écoute de la country, musique de ploucs par excellence qui pourtant engendre régulièrement des chevaliers en costumes de lumière tel Hank Williams. Petty comme un autre gamin du sud, Gram Parsons, ne souhaitera retenir que cette partie de l’histoire. Et d’Elvis, il préfèrera ne conserver en mémoire que les éclairs de génie et les moues suggestives de l’époque Sun.

Le véritable accélérateur de particules reste quand même pour lui, et sa génération, l’avènement des Beatles et des Stones. Ce déferlement de pure magie sonore, de féérie visuelle, le renvoyant cruellement à son environnement poisseux et blafard, le pousse à s’emparer de ses premières guitares. Puis à s’entourer d’autres fils de rien aux aspirations aussi vertigineuses qu’abyssal est le puits d’ennui dans lequel ils croupissent. Toute l’histoire du rock’n’roll en somme. De concerts donnés dans les cours de collèges aux premiers engagements dans des honky tonks, Petty et ceux qui resteront ses deux plus fidèles lieutenants, le guitariste Mike Campbell et le clavier Benmont Tench, finissent par monter un vrai groupe baptisé Mudcrutch (garde boue).

Mais comme de juste, la formation s’enlise dans la gadoue du circuit des clubs sudistes. Mudcrutch ne va enregistrer que deux singles entre 1973 et 1975 avant de se dissoudre. En 2007, Petty se fera plaisir revanchard en reformant son groupe de jeunesse avec lequel il va reprendre la route et même enregistrer deux albums. Geste qui en dit long sur ce qui restera une constante chez lui : une incapacité à renier quoique ce soit de son passé. Loin de se détourner de ses racines, il viendra s’y ressourcer systématiquement, méthodiquement.

Il y a ensuite comme pour Elvis, sorti lui aussi d’un trou perdu de campagne, la montée vers Hollywood. Mais à la différence du King, l’ascension est rapidement contrariée. Après avoir fondé avec Tench et Campbell les Heartbreakers, et sorti deux albums précurseurs du genre « americana » qui lui ouvriront les portes du succès et de la gentry rock, Petty entre en conflit avec son label MCA. De cette sombre période qui va durer près de deux ans, dont il sortira essoré après 4 procès et une tournée baptisée ironiquement Law Suit Tour parce qu’elle lui permet de payer ses avocats, va naître l’album de la revanche, le splendide Damn The Torpedoes, l’un des sommets de sa carrière avec ses deux tubes, Refugee et Don’t Do Me Like That.

Tant qu’à décrire la subtilité musicale du son Petty, autant chercher la métaphore du côté de cet autre art de la distillation qu’est la fabrication du bourbon dans les alambics du vieux sud. Même couleur ambrée, même saveur raffinée derrière laquelle se révèle l’arôme du bois de chêne ainsi que d’autres fumets- blues, country, Dylan, Byrds, les Beatles, Stones etc..- la liqueur musicale que répand Petty et les ‘Breakers sollicite tous les sens. C’est un art divin travesti en plaisir plébéien. Du grand rock’n’roll.

Lorsqu’en 1988 on lui proposa de rejoindre les Travelling Willburys, improbable assemblage étoilé réunissant Dylan, George Harrison, Roy Orbison et Jeff Lynn, et ce à la faveur d’une étourderie de Harrison (qui avait oublié sa guitare), il parvint sans mal à y trouver sa place parce qu’il était le chaînon manquant évident, naturel, entre tous les autres. Et que dans le jardin de chacun d’entre eux, il avait pris racine. On peut même dire que si il n’a pas été dégagé de la scène comme un vulgaire fétu de paille à la suite de cette pénible histoire avec MCA, c’est en raison de cet enracinement musical. A cause de ça et aux certitudes qui n’appartiennent qu’aux gens ayant vécu près du sol. Petty reviendra régulièrement, patiemment, à ses racines.

Jamais loin des fondamentaux

Mais à sa manière, élégante, suggestive. Pas à la façon heavy des groupes sudistes de l’époque, Lynyrd Skynyrd ou 38 Special. Aucun de ses albums ne s’écarte des fondamentaux, mais sans pour autant devenir la réplique ou la parodie de ce qui a précédé. Peut être parce que s’y glisse à chaque fois une histoire très intime, son histoire. Celle d’un type devenu un peu mélancolique avec le temps, dont la noblesse d’âme se voit sans cesse mise à l’épreuve d’une époque de chien.

Je l’entends encore chanter dans le studio 2 du Record Plant à Los Angeles où il enregistrait au début des années 80 ces paroles de Keepin Me Alive "They say Love is a thing of the past/ But these days nothing everlast/ This old world is moving too fast".  Et c’était chouette d’être juste là, à le regarder chanter avec sa voix un peu nasillarde entouré de ses guitares (une Rickenbaker 12 cordes, une Flying V, une Fender Telecaster bleue pétrole avec des micros jaunes boutons d’or). Précieux souvenirs où le rock était encore le Roi et dont il était l’un des princes, affable, courtois, avec sa beauté un peu reptilienne.

Pendant ces quelques jours passés en sa compagnie, je le voyais débarquer au studio chaque matin chaussé d’une paire de bottes de couleur différente, toutes achetées (très chers) chez Nudies, la boutique des stars sur Hollywood. Celle où Elvis avait fait tailler le costume en lamé or de la pochette 50 000 Fans Can’t Be Wrong. Le premier jour elles étaient gris clair avec un demi talon en bois laqué et un bout très effilé. Le second jour, elles étaient couleur buffle. Le troisième, il s’est pointé avec une paire à la couleur indéfinie, comme s’il venait de sauter à pied joint dans une bouse de vache. "Encore un retour aux sources", m’étais-je dit alors.

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L'aéroport d'Orly refait son festival

Le Paris Aéroport Festival se déroulera à Orly le 14 octobre pendant toute une journée, et s’installera sur deux spots de l’aéroport : les zones publiques des terminaux Sud et Ouest. Ce moment sera rythmé par une série de concerts gratuits et assurés par la jeune garde française.

Pour en arriver là, ces chanteurs et chanteuses ont dû se plier aux sélections du concours Gate Up, lancé au début de l’année. Sur 700 participants, quinze ont été choisis, et deux (Cléa Vincent et Lomeboy) ont même pu bénéficier des Paris Aéroport Music Workshops – un programme de deux semaines de résidence au sein de l’aéroport.

Sont attendus…

Sur la scène principale du Terminal Sud, se succéderont dès 13h15, Lucien & The Kimono Orchestra, la gagnante du prix du public du concours Gate Up, Lise, l’ancien batteur de Las Aves, Ryder The Eagle et Dani Terreur, lui, vainqueur du prix du jury de ce même concours Gate Up.

Même principe dans le Terminal Ouest, qui accueillera lui aussi 4 concerts d’une heure. C’est la pop de Silver Louzy qui ouvrira le bal, suivi par le duo Alligator. La fin de la programmation sera à la charge de la chanteuse Théa, et du jeune rappeur Odjee.

Concert de clôture

Pour terminer cette journée, le Terminal Sud vibrera encore quelques heures. Avant le show très attendu de la tête d’affiche du festival, Talisco, qui aura lieu à 21h30, deux artistes supplémentaires feront office de première partie ; une tâche confiée à la formation internationale Lomeboy, et à Cléa Vincent, dont on vous donnait déjà cinq bonnes raisons d’écouter son album, Retiens mon Désir, l’année passée.

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Ibeyi: "Nos albums sont liés à nos vies"

Le 24 juillet, à la veille de partir en vacances dans leur maison familiale à Cuba, Lisa et Naomi Díaz travaillaient dans un studio parisien pour préparer leurs futurs concerts de rentrée. Quelques jours plus tôt, elles étaient sur le continent américain pour de la promo. Entre elles deux, c’est souvent l’entre-deux : entre deux pays, entre deux concerts, entre deux projets, entre un succès plutôt fulgurant et la volonté de durer.

Pour l’heure, les sœurs sont entre deux morceaux. Il y en a une douzaine à mettre en place, ce n’est que le début, le quatrième jour de leur première session de répétitions. Ambiance laborieuse, concentrée et tâtonnante. Comme face à un puzzle de 5 000 pièces, dont une bonne partie sont des sons ou des effets cachés dans des ordinateurs. Loop ou pas loop ? Les percus, jouées à la main ou programmées ? Les voix, en avant ou plongées dans les chœurs ? Ce morceau, comme ça ou plus vite ? Tout fait débat, rien n’est simple. Maya, leur mère et manageuse, met son grain de sel de temps en temps, sans s’imposer. Elles finiront toujours par y arriver, mais prennent le temps de tomber d’accord.

Voir les sœurs au travail est assez rigolo et confirme ce qu’elles nous avaient dit il y a deux ans, au moment de leur premier album : “Quand l’une va à gauche, l’autre veut aller à droite.” Jumelles mais différentes, elles avancent en s’opposant. Quand l’une propose, l’autre rechigne. On comprend pourquoi, depuis le début, Lisa et Naomi préfèrent qu’Ibeyi reste un duo. Peut-être que ça se passait comme ça, aux débuts d’Ibeyi. Une complicité et des chamailleries de sœurs, des fous rires et de l’impatience. Si ça se passait comme ça, c’était avec moins d’instruments, de machines, d’effets et de basse (puisque là, pendant la répète, Naomi commence tout juste à apprendre la basse pour en jouer sur le morceau Transmission).

Des tas de choses peuvent changer une vie. D’abord la mort. Quand Lisa et Naomi ont commencé à jouer ensemble, c’était pour entretenir la flamme du souvenir de leur père, le musicien cubain Miguel “Angá” Díaz, disparu alors qu’elles avaient 11 ans. Et puis la flamme a allumé une mèche. Dans le tas de choses qui peuvent changer une vie, il y a aussi les rencontres.

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Nekfeu avec de la drogue dure ou Manset sous autotune : Hyacinthe nous parle de son album dingue

Quand on l'avait interviewé pour la première fois il y a quelques années, Hyacinthe était un rappeur à peine sorti gouffre, principalement connu dans les sphères parisiennes underground. Aujourd'hui, le musicien de 24 ans a carrément changé de statut et les affiches de son premier vrai album hantent les rues de sa ville-muse, Paris. Rap ? Chanson française ? Pop ? Impossible de ranger Sarah dans un registre distinct même si l'album s'est finalement retrouvé à côté de celui des rappeurs. D'une beauté noire et urbaine, les chansons ne pouvaient que retenir notre attention. On est allé à sa rencontre dans les locaux de sa maison de disque, juste avant la sortie de l'un des gros albums de la rentrée.

Tu décris ta musique comme "belle et vulgaire". Ca veut dire quoi pour toi ?

C’est compliqué mais en gros, j’essaie de trouver du beau dans "le mauvais goût". Le gabber par exemple, ce n’est pas quelque chose de spécialement fin ou agréable à écouter. Sauf qu’il y a quelque chose de beau dans la puissance qui s’en dégage. Je vais autant être touché par le dernier album d’Arca que par des chansons de Jul. Pareil pour les meufs.

C’est à dire ?

Bah c’est un peu comme quand je dis "musique belle et vulgaire, un peu comme ma meuf". Je pense que tu peux trouver un charme fou à une fille vulgaire, enfin que certaines personnes vont considérer comme vulgaire.

Ce mix de beauté et de mauvais goût donne un accent très pop à Sarah.

Oui, en fait ça fait un moment que je m’essaie un peu à la pop, que je chantonne dans certains morceaux. Comme dans Strip Club avec LOAS. Et là, c’est la première fois que je trouve des formules qui me plaisent. Pour en revenir à "belle et vulgaire", j’essaie de prendre certains codes du rap et de les mixer avec d’autres choses, de l’électro, de la chanson… C’est ça qui me plait, mélanger les styles. Un peu comme Clark, qui fait de l’électro assez pointue, en décalant complètement ses rythmes mais en te disant "t’inquiète, ça va bien se passer" grâce à une belle mélodie. Avant de te re-dégommer les oreilles juste après (sourire). C’est ça qui m’intéresse.

Toujours sur le plan de la pop, il y a beaucoup de refrains dans ton disque. C’est assez nouveau pour toi non ?

Ouais, ça me rappelle une discussion que j’avais eue avec Krampf. Il me disait tout le temps de mettre des refrains, mais j’en étais jamais satisfait. Je sais pas, j’arrivais pas à trouver un truc qui marchait, les fameuses deux ou trois phrases qui restent en tête. Et puis là, c’est venu comme ça.

Pareil pour l’autotune, c’est la première fois que tu en mets vraiment dans tes chansons.

J’ai toujours aimé ça. En rap français j’étais fan de l’album de Mala, Himalaya. C’est sorti seulement en 2009 et c’était un des premiers mecs à l’avoir utilisé. Genre avant Future, tu vois. De mon coté, c’est simplement qu’on savait pas hyper bien l’utiliser, avant. Du coup, on en mettait de temps en temps mais pas trop. Au moment d'enregistrer l'album, ça s’est débloqué, notamment avec Nodey, et ça faisait un bail que je voulais qu’on le fasse.

En parlant de Nodey, comment s’est faite la connexion avec lui ? J’ai l’impression qu’il tient une place importante dans le projet.

Ca faisait un moment qu’on se tournait autour. Lui, il vient du rap plutôt classique, vu qu’il a produit pour des mecs comme Youssoupha, et moi j’étais dans mes délires de petit con Tumblr. Puis on a décidé de travailler ensemble, on s’est vus et en 3 heures, on a posé les bases du morceau Sarah. C’est vraiment une cool rencontre, là on vient de passer quelques jours ensemble et de plancher sur la suite.

Et au niveau des autres invités ? Il y a des gens assez surprenants, genre les Pirouettes, Laylow…

Ce sont mes potes, tout simplement ! Les Pirouettes, je les ai rencontrés grâce à Kevin El Amrani, qui fait une bonne partie de nos clips respectifs, et on a sorti une sorte de version actualisée des morceaux R’n B dans les années 2000. Après, Jok’air, LOAS, Ammour, Laylow, tout ça ce sont des gens avec qui je traine, avec qui je sors. Et ce qui me plait c’est qu’on fait tous une musique très différente, mais que tout ce petit monde réussit à coexister.

A lire aussi : Kevin El Amrani réaise vos clips préférés  

Il y avait une volonté de fédérer ?

Pas vraiment, j’avais juste envie de faire de la musique avec tous ces gens. J’ai l’impression que ça ne fait que commencer, que dans cette nouvelle scène, chacun se renifle un peu, observe ce que font les autres. Et je trouve ça vraiment cool.

Tout ça se passe à Paris, et d’ailleurs cette ville fait partie de tes thèmes récurrents. Tu peux m’expliquer ?

J’ai toujours vécu ici, ou presque. Et du coup, je crois que je n’ai jamais été aussi Parisien qu’aujourd’hui. C’est là où je sors, c’est là où il y a mes potes, c’est là où tout se passe… En bref, toute ma vie est ici. Sauf que parfois, et ça se ressent dans mes textes, il y a une part de moi qui ne demande qu’à me barrer loin d’ici. Je sais pas trop où mais dans la la Creuse par exemple, pour faire de la folk (rires).

Ah ouais, pour sortir un projet  à la XXX Tentacion.

C’est ça. Il est franchement hyper bien son album d’ailleurs ! Je vois tout le monde qui lui crache dessus à cause du coté folk justement, mais c’est naïf, il y a de super belles mélodies, enfin c’est un putain d’album.

A ce propos, toute cette vague de mecs qu’on qualifie d’emo-trap, genre XXX Tentacion, Lil Peep, Lil Yachty etc, t’en penses quoi ?

L’emo-trap, c’est qu’une étiquette… Après ce sont des musiciens dont j’adore le travail, même si Lil Peep je connais assez mal. En tout cas, si les gens veulent qualifier ma musique comme ça, me ranger à coté de ces mecs là, qu’ils le fassent. En soi ça me va et j’en ai honnêtement pas grand-chose à faire. Je pense qu’il y a forcément un moment où on va te classifier, il faut bien l’accepter.

Et si on te classait dans la chanson française ? J’ai vu que tu aimais bien Manset.

Ouais, ça fait un an que j’écoute de plus en plus de chanson à textes. Je trouve que La Mort d’Orion, de Manset justement, est un disque magnifique, tant du point de vue des paroles que de celui de la construction d’album. Donc gros bisous à lui, et si jamais on fait un morceau ensemble un jour, ce sera avec plaisir (rires).

D’où ta phrase ‘’Manset avec de l’autotune, Nekfeu avec de la drogue dure’’  sur le morceau Avec Nous?

C’est toujours la même volonté de naviguer entre deux eaux. D’un coté le rap, avec Nekfeu, sauf que je suis moins classique et que je suis un peu le mec chelou sur le coté par rapport à lui. Et de l’autre Manset, sauf que je ne fais pas non plus de la chanson à textes. Dans le même ordre d’idée, j’adore Christophe aussi. J’ai beaucoup écouté son dernier album et je trouve que c’est un exemple en terme de carrière. Quand t’écoutes les Vestiges du Chaos, c’est incroyable à quel point c’est contemporain. Il prend des éléments archi modernes, genre l’autotune, mais c’est pas du jeunisme du tout. On sent qu’il fait ça parce qu’il en a envie, et si je peux arriver à ce niveau de liberté artistique, à toujours oser des choses, je serais hyper heureux.

On en revient à l’envie de pop mixée à l’expérimentation au final.

Totalement, je m’ennuie très vite, donc j’ai toujours besoin de tenter des trucs, d’explorer un peu l’inconnu. Sans compter que j’ai pas envie de faire partie de ces artistes un peu égoïstes, qui font de la musique uniquement pour ceux qui ont les mêmes références qu’eux. Je pense qu’il est vraiment possible de faire des chansons à la fois belles, expérimentales et populaires, et c’est ça mon but. Rester un peu pointu dans les références, mais parler aux gens.

C’est pour ça qu’il y a moins d’insultes et de gros mots ?

Pas du tout, en fait ça m’a vite saoulé, parce que je disais des trucs profonds…bon peut-être pas profonds, mais au moins sincères dans mes textes, et les gens se concentraient juste sur les insultes en me qualifiant de rappeur trash. Par exemple dans le morceau Meurs A La Fin, je parle de trucs personnels en disant ‘’Reprends un peu de liqueur pour que les doutes disparaissent comme mon père’’. C'était quand même très personnel, mais plein de gens sont passés à coté. Il a suffi que je balance une punchline sur ma bite pour que tout le monde s'attarde dessus, et seulement là dessus.

Du coup ça a donné naissance à des chansons comme Sur Mes Paumes, qui est en piano/voix ?

Pour moi la musique ça a toujours été un truc très intime. Donc oui, là j’ai voulu dénuder le truc au maximum. J’ai aimé le champ lexical des insultes mais il était temps de passer à autre chose, les gens voyaient trop la violence de ma musique comme quelque chose de vomitif, de gratuit.

Juste rapidement et sans trop de rapport, pourquoi tu as appelé ton album Sarah ?

Tout simplement parce que c’est un peu la suite de mes différents projets, qui étaient tous dédiés à la même fille. Il se sont appelés "Sur La Route de L’Ammour" 1 et 2 ; et là simplement, c’est la concrétisation du truc. C’était une façon de rendre hommage à cette relation.

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Hamza, L'Or du Commun, Krisy et Isha : la soirée rap immanquable à Paris

Posé au pied de la butte Montmartre, le Folie’s s’apprête à accueillir certains des rappeurs francophones les plus enthousiasmants du moment. Un line-up réuni grâce à la collaboration du collectif Back in the Dayz (actif depuis 2009) et le MaMA Festival - dont on vous annonçait déjà certains noms ici.

Cette soirée spéciale est la deuxième session de concerts qu'a prévue dans sa programmation (très éclectique) le MaMA Festival. Quatre heures de shows sont attendues, entre 19h30 et 23h30, soit une heure pour chaque artiste.

Le rap belge en force

Cela ne vous a pas échappé : tous ces rappeurs viennent de Belgique. Le premier de ces représentants, Hamza, ne cesse de s’infiltrer encore plus dans le game français depuis qu’il a publié ces deux super mixtapes Zombie Life (juin 2016) et Santa Sauce (juin 2017) – sans oublier son album H24 paru en 2015. Dernier coup d’éclat, le clip Destiny's Child, où on le voit en pop star des années 90. Une publication qui laisse songeur et attentif quant à ses prochains mouvements.

Quand on parle cette nouvelle armada belge, on est obligé de mentionner le trio L’Or du Commun. Auteurs d’un très bon album, Zeppelin, en mai 2017, les trois compères ont imposé un style plus planant – un goût spécial pour le g-funk ? - que leurs homologues. On les a aussi beaucoup vu s’afficher en la compagnie d’un autre belge qui compte, Roméo Elvis, notamment sur cette petite bombe, Appollo (à voir ci-dessous).

Banger et chant

Moins planants et plus énervés, Isha et ses bangers distribués titre par titre dans son premier album (La vie augmente vol. 1) s’ajoutent au line-up de cette soirée. C’est Krisy qui ferme la marche. Repéré lorsqu’il a produit le tube de Damso, Paris c’est loin, en featuring avec Booba, le rappeur s’est émancipé en lâchant Paradis d’amour, un EP très onirique.

Si vous kiffez le hip-hop francophone, c’est au Folie’s Pigalle qu’il faudra être le soir du 19 octobre. Pour vous procurer des places, on vous invite à ouvrir cette page, et pour avoir la programmation complète du MaMA festival, c’est ici.

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Les Breeders reviennent avec deux minutes de plaisir dans la voiture

Bon comme un café très serré, deux minutes de plaisir, une douche glacée ou les deux doigts dans la prise : c'est le "Good Morning !" des Breeders, dont le groupe vient de mettre la vidéo en ligne (parce qu'en Amérique, c'est encore le matin), En vrai le morceau s'appelle Wait In The Car, et il sonne très garage.  Le groupe des soeurs Deal, apôtresses du cool dans les années 90 (et au-delà) n'a pas sorti d'album depuis une dizaine d'années, mais cette nouvelle chanson laisse augurer du meilleur pour la suite. A vérifier le 27 octobre lors de leur passage à Paris (La Gaité Lyrique). Deal ?

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Paramore transmet ses bonnes vibes dans une session live très cool

Les rockers de Nashville ont bien changé et ne sont plus les emos rois de MySpace qu'on a connu. Dans un live très cool dans les bureaux de la radio américaine NPR, le groupe, porté par sa chanteuse Hayley Williams, transmet ses bonnes vibes en interprétant trois morceaux de leur dernier album sorti au mois de mai, After Laughter. Le trio, qui n'a jamais paru aussi joyeux, propose un album étonnamment pop, aux influences 80's. La session démarre par le single pétillant Hard Times, une balade sur 26 avec Hayley Williams en duo avec le guitariste Taylor York, avant de terminer par Fake Happy.

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Inrocks Les Bains #8 : La Super Pool Party invite Joe Fox, Starcrawler et Vallis Alps

Le concept n'a pas changé : trois espoirs de la scène internationale joueront dans la salle mythique des Bains, c'est toujours gratuit, et les invitations sont à retirer juste ici. Comme toujours, la soirée se finira par un DJ Set concocté par l'équipe des Inrocks.

Joe Fox

Artiste londonien, plus connu pour sa collaboration avec A$ap Rocky sur son album At. Long. Last. ASAP, qu'il rencontre à 4h du mat alors que Joe chante dans la rue, Rocky l'invite directement dans son studio. Le chanteur et guitariste à la voix teintée de blues et de soul propose de douce mélodies folk. Il enregistre un ep en octobre dernier en acoustique accompagné par sa guitare, Acoustic Alley Sessions. Son titre What's The World a été repris la semaine dernière par NAS qui a accepté de lâcher un flow sur un de ces couplets.

Starcrawler

"We will kill you" annonce le groupe sur sa page Facebook. On n'en attend pas moins de la part de leur live plein d'énergie rappelant les Cramps ou les Yeah Yeah Yeahs. Signé sur Rough Trade, le quator de rockeurs de Los Angeles emmené par la magnétique Arrow de Wilde s'est formé il y a un an, alors que cette dernière rencontre Henri Cash au lycée puis leurs deux acolytes. Let Her Be est leur premier single, extrait d’un premier album attendu pour début 2018.

Vallis Alps :

Le duo de Vallis Alps commence sa collaboration à distance, Parissa est à Canberra en Australie, et David à Seattle aux Etats-Unis, ils se rencontrent au cour d'une année sabbatique, en Israël. Alors que leur premier single, sorti en 2015 et titré Young, connait un bon succès, le duo décide de s'installer à Sydney. En mars dernier ils sortaient leur ep Fable, une douce rêverie pop et downtempo, entre London Grammer et The XX, portée par la voix délicate de la chanteuse australienne.

Inrocks Les Bains - Super Pool Party #8 
Jeudi 26 octobre de 20h à minuit Aux Bains Paris (7 Rue du Bourg l'Abbé, 75003 Paris).

Plus d'infos sur l'événement Facebook.

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En écoute: un premier album “Fatale“ pour Dear Criminals

Déjà en 2015, on vous parlait de l’association de Vincent Legault, Charles Lavoie et Frannie Holder, lorsqu’ils sortaient leur ep Strip : un mini album qui oscillait entre de l'"electro-porn" et de la "haunted-folk", comme ils nous l’expliquaient.

Deux années plus tard et, après avoir composé la bande son de la série Fatale-Station, réalisée par Rafaël Ouellet, Dear Criminals revient avec un premier long format, Fatale, que vous pouvez écouter en avant-première dans le lecteur ci-dessous :

La confection de ce premier album

Pour la réalisation de cet album, les Montréalais se sont tourné vers le producteur Radwan Ghazi Moumneh, notamment remarqué pour son travail en tant que Jerusalem In My Heart. Autre contributeur de choix, le batteur des Suuns, Liam O’Neill.

Fatale raconte l’histoire de deux témoins de l’apocalypse, et se veut donc beaucoup plus sombre que leurs précédents projets. Long de huit pistes, cette véritable odyssée lugubre - qui s’ouvre par Starless, un numéro de soliste de Frannie Holder - nous saisi tant par le minimalisme de certaines chansons, que par l’harmonie que proposent d’autres morceaux.

Quelques dates

Pour démarrer leur tournée, les Dear Criminals proposeront un spectacle visuel inédit. Labélisé stereoscopic et projeté en 3D, les Montréalais donneront leur première représentation le jour de la sortie de leur album, le 6 octobre, avec un concert dans leur ville, au très cool Club Soda. Ils exporteront ce show visuel en France pour de nouvelles dates.

Ils se produiront également dans plusieurs villes de France pour des concerts plus traditionnels, notamment dans les villes d’Angers, de Nancy, ou encore à Paris le 24 octobre prochain, dans un lieu tenu encore secret. Toutes les dates sont accessibles via la page Facebook du groupe, ici.

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