Actu musique

25 septembre 2017

À Paris : un "Hasni Day" pour rendre hommage à l'idole assassinée du Raï Love

Le 29 Septembre 1994, le chanteur de raï Cheb Hasni, idole de la jeunesse algérienne, était assassiné au bas de son immeuble à Oran. Vingt trois ans après les faits, son aura demeure intacte dans l’ensemble d’un Maghreb où la liberté d’expression reste sous haute surveillance, surtout en matière de sexualité, thème de prédilection de celui qui se sera fait connaître en tant que Roi du Raï Love. C’est à cette figure de la culture populaire que Mohamed Sqalli a souhaité rendre hommage en organisant le Hasni Day dont la seconde édition se déroule à la Java à Paris à partir du 26 Septembre. Ce franco marocain de 29 ans nous explique les raisons de cette initiative et nous en donne le détail.

Qu’est ce qui a motivé l’organisation de ce Hasni Day ?

Mohamed Sqalli : Vingt trois ans après sa mort sa musique reste d’une brûlante actualité dans un contexte marqué par une montée de l’intolérance dans l’ensemble du Maghreb, où la parole de la jeunesse est globalement muselée. Cheb Hasni ne chantaient pas de textes à proprement parlé politiques mais dans la mesure où il abordait librement des sujets tabous tels que les relations sexuelles, il se mettait forcément à découvert sur un terrain miné par la censure, ou l’auto censure. Pour moi, il ne fait aucun doute qu’il reste en tant que défenseur de la liberté individuelle, une figure éminemment politique.

Est il justement toujours aussi populaire auprès de cette jeunesse née après sa mort ?

Absolument. Personne ne l’a remplacé. Auprès d’une génération qui comme les précédentes ne connaît rien ou si peu de la liberté d’expression, il demeure un symbole. Il endosse à titre posthume un rôle de leader qu’aucune personnalité politique n’est capable d’assumer. Je crois que ce qui le distingue, ce que les jeunes algériens ou marocains reconnaissent en lui, c’est son courage. Lui avait commencé par braver la réprobation de ses parents qui étaient des gens humbles et soumis, pour qui chanter allait à l’encontre de leurs convictions religieuses. Lorsqu’il s’est mis à animer les fêtes de mariage, ce fut contre la volonté de ses parents. Je crois que cet exemple d’un jeune qui décide pour lui même, qui questionne son éducation, en remet en cause les aspects les plus contraignants, est source d’inspiration.

Et sa musique ? Est elle toujours aussi pertinente ?

Hasni est un artiste populaire qui ne mettait pas de frontière à sa création. Qui puisait son inspiration autant dans la variété française que dans le raï traditionnel. Autant dans Adamo que dans Cheikha Rimitti. Aujourd’hui sa musique a quelque chose d’un peu vintage qui plait beaucoup à la jeunesse. Techniquement elle est évidemment en deçà des critères actuels mais c’est justement ce qui lui donne un certain charme. Il reste figé dans une zone affective de notre mémoire collective.

Car si l’on évoque le raï en France, ce sont les noms de Cheb Mami ou de Khaled qui viennent immédiatement à l’esprit. Pas celui de Hasni…

Il commençait à tourner à l’étranger, en Europe, aux Etats Unis. Au moment de sa mort, il était sur le point de passer à l’étape suivante. Il lui a manqué quelques années pour mieux se faire connaître en dehors de l’Afrique du Nord. Il était sur le point de signer un contrat avec une maison de disque française, Barclay en l’occurrence. Il en avait marre du régime auquel il était soumis depuis ses débuts. Quand il est mort à l’âge de 26 ans il avait enregistré plus de 100 cassettes. Pour chacune d’elle, il avait perçu un cachet mais aucune royauté. Il voulait mettre fin à ce système et faire comme Khaled et Mami pouvoir toucher des droits d’auteur.

Est ce que les raisons de son assassinat ont été élucidées ? Est ce que ses agresseurs ont été confondus ?

Non. Même si sa mort porte la marque du F.I.S. (Front Islamique du Salut) C’est en cela aussi qu’il reste aussi une figure à part dans la conscience collective de l’Algérie. Il fait parti de l’histoire récente, celle des années de plomb dont il est l’un des martyrs. Il chantait l’amour de manière si libre, si suggestive qu’il en était devenu une cible. Pourtant il avait décidé de rester vivre à Oran, dans le quartier Gambetta où il était né, où il avait grandi, malgré les menaces qui pesaient sur lui. Sa femme avait préféré fuir en France avec leur jeune fils. Lui continuait à vivre sa vie. Bien que devenu une véritable idole, il n’avait rien changé à ses habitudes, ne s’entourait pas de protection particulière. Il voulait rester proche des gens, de son public. C’est d’ailleurs cette proximité qui lui a été fatale. Il était en bas de son immeuble quand un type est venu le saluer, comme des milliers de fans avant lui. Hasni ne s’est pas méfié. Le type s’est approché pour l’embrasser et puis lui a tiré une balle dans le cou.

De quelle manière va se dérouler cette manifestation qui lui est dédiée ?

Ca va débuter le 26 Septembre par un concert à la Java rassemblant trois artistes qui reprendront son répertoire : Sofiane Saïdi, accompagné notamment de Kenzi Bourras, le clavier d’Acid Arab, Sarah Benabdallah, choriste du groupe La Femme, et Mohamed Lamouri. S’ensuivra un dj set animé par Glitter. Mais comme je tenais à insister sur le potentiel créatif de la figure de Hasni, la manifestation s’ouvre cette année à des peintres, illustrateurs ou designers. On trouvera en autres des œuvres de l’artiste marocaine basée à New York Meriem Bennani qui expose au Moma, de Melek Zertal, illustrateur au New York Time ou Nassim Riad Azarzar de la nouvelle génération des designers marocains.

Toutes les infos sont sur l'event FB

Les Inrocks - musique

Stevie Wonder à genoux "pour l'Amérique" et contre Trump

Le légendaire pianiste aux lunettes noires a déclaré « Ce soir je mets mes deux genoux à terre pour l’Amérique, (…) notre planète, notre futur, nos dirigeants mondiaux et notre globe », avant de s'agenouiller, accompagné par son fils Kwame Morris.

Ce geste d'opposition a été lancé l'année dernière par le sportif américain Colin Rand Kaepernick. Le quaterback des 49ers de San Francisco s'était mis à genoux durant l'hymne national américain, pour protester contre les violences policières faites sur les noirs.

L'acte fait suite aux paroles de Donald Trump prononcées la veille lors d'un match de NFL. Sans le nommer, mais en le visant directement, le président des Etats-Unis s'en était pris violemment aux joueurs de NFL qui refusent de se lever pendant l'hymne national, et avait déclaré : "Est-ce que vous n'aimeriez pas voir un de ces propriétaires (d'équipe) de NFL dire, quand quelqu'un manque de respect à notre drapeau, sortez-moi ce fils de pute du terrain, il est viré, viré!"

Excédé par la politique Trump, le chanteur et pianiste a appelé à défier les discours sexistes et haineux. Il a ensuite exprimé son point de vue concernant les échanges d'insultes entre Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un :  

"Nous pourrions perdre le dernier jeu vidéo, celui de la vie, en oubliant que les armes sont réelles et les discours dangereux, qu'ils viennent d'une superpuissance en Amérique du Nord ou d'une superpuissance en Corée du Nord".

Colin Kaeperbnnick, toujours sans équipe

Le quaterback s'était mis à genoux pour la première fois en août 2016. Le mouvement avait été progressivement suivi par d'autres sportifs, tandis que la polémique allait grandissant. Douze mois plus tard, le joueur est devenu  indésirable. Depuis la fin de son contrat en mars dernier, il n'a pas retrouvé d'équipe, rejeté par les 32 franchises de la NFL, alors que la saison régulière a repris depuis deux semaines.

Lors de sa prestation au Meadows Festival il y a dix jours, JAY-Z a tenu à lui dédicacer sa track  "The Story of O.J" présente sur son album 4:44. La vidéo se regarde ci-dessous :

Les Inrocks - musique

Snoop Dogg balance le clip très bien léché “Toss It“

Presque 25 ans après le clip de son culte Who Am I (What's My Name)? où les chiens occupaient déjà un rôle central, l’inoxydable Snoop, a (encore) remis ça. Dans Toss It (en featuring avec Too $hort), l’un des titres de son énième album Neva Left, paru à la mi-mai, le rappeur de Long Beach se fait voler la vedette par son propre chien, Juelz Broadus, presque 50 mille followers sur Instagram.

Dans cette vidéo dirigée par Henry Behel, on suit les déambulations du canin et de ses dogs : entre un après-midi à la plage en bonne compagnie, et une session club – sur fond de G-funk - entre les bouteilles et les filles. Tel maître, tel chien.

Les Inrocks - musique

Face à Vald, Thierry Ardisson repousse les limites du malaise

Thierry Ardisson et les rappeurs : une vieille histoire déclinée en dizaines d'épisodes tellement gênants que plus personne ne semble s'émouvoir de cette interminable saga de l'angoisse. Alors que le rap est devenu la culture musicale dominante dans la France du 21è siècle, certains présentateurs continuent à recevoir les artistes avec une condescendance et une inculture aussi flippantes qu'assumées. Pire : les stéréotypes identitaires qui parsèment les questions des plus grands génies du "PAF" semblent se multiplier à mesure que les années passent. Magnifique exemple samedi dernier dans "Les Terriens" d'Ardisson.

L'interview s'ouvre sur le générique de X-Files. Genre, "il va se passer un truc dingue les gars : on a un rappeur sur le plateau". Et comme on pouvait s'y attendre, la suite défonce les frontières du réel avec une facilité déconcertante. Des blagues sur les Noirs et les Blancs, une autre sur les rappeurs qui ne savent pas conjuguer, la minute "verlan pour les nuls",  la traditionnelle comparaison avec Eminem…  Habitué à foutre la merde en interview et à tourner en ridicule les questions des journalistes auxquels il est confronté, Vald est cette-fois tombé sur un boss de fin complètement décomplexé. On ne sait toujours pas si l'interview a été ghostwritée par Nicolas Dupont-Aignan, présent juste à côté, mais la fin de la séquence atteint un niveau inédit sur l'échelle du malaise :

"Est-ce que vous enviez votre frère qui est devenu musulman ?"

Surpris, Vald semble vouloir botter en touche "Très peu… Mais je l'aime de tout mon coeur, gros bisous." C'était sans compter sur l'obstination d'Ardission bien décidé à enfoncer le clou du spectacle du jour :  "Mais, il est musulman", assène-t-il sur un ton grave. Finalement, le frère du rappeur n'est plus religieux : le moment idéal pour envoyer une musique de circonstances… Et mettre fin au calvaire sous les applaudissements du public.

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