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23 septembre 2017

Niska : "J'ai envie de marquer l'histoire"

T'attendais-tu à devancer "Despacito" cet été, quand tu as sorti "Réseaux" ?

Honnêtement non. Réseaux, c'est un morceau qui est plutôt street, alors dépasser des morceaux aussi commerciaux que Despacito, c'est chaud [rires].

Avec le recul, comment analyses-tu son succès ?

C'est très lié à mes gimmicks. Le "pouloulou", c'est un truc pour les enfants, ça reste en tête. Ce que je raconte dans le refrain, ça touche beaucoup de personnes en fin de compte. Le fait de ne pas se faire "follow back", on connaît tous !

Même chose pour le titre "Snapchat"?

Pareil ! Sauf que Réseaux c'est sur les réseaux sociaux et Snapchat, c'est dans la vie réelle. Tu es directement dans le mouvement, tu demandes son snap à la meuf et elle te le refuse net ! Réseaux c'est un petit peu plus virtuel.

Tu racontes à chaque fois des histoires que tu as directement vécu ?

L'histoire de Réseaux m'est réellement arrivé. Dans Snapchat, c'est l'histoire d'un pote mais ça m'ait bien sûr déjà arrivé qu'une meuf me rembarre sur snap [rires].

Quand tu écris, tu racontes ta vie ou tu cherches à toucher une génération ? Il y a-t-il une part de "stratégie" dans ta manière d'écrire ?

Non, je suis peu stratège dans ma manière d'écrire. J'essaye de raconter ce que je vis et les différents faits et gestes de mon entourage. Les premières personnes que j'essaye de toucher, ce sont mes potes, les mecs d'en bas, de la cité et du quartier. Si les morceaux vont plus loin, et bien tant mieux.

Les rappeurs s'emparent beaucoup du thème de la rupture numérique à l'image de "E. Signaler" de Damso. Comme le symbole d'une génération où les relations sociales se tissent aussi sur ces nouvelles plateformes ?

Nous sommes la génération réseaux sociaux. On est complètement dedans. Aujourd'hui, les enfants de onze ou douze ans ont tous un smartphone avec Snapchat dessus. Les gars voient une fille qui leur plaît : "Ah bon !" Tac, ils enregistrent le nom et ils vont le rechercher sur Instagram : "Salut ! C'est moi le gars de tout à l'heure" [rires].  Il n'y a même plus besoin de demander son numéro.

"Commando" c'est le nom de ton troisième projet. Comment le qualifies-tu dans ta carrière ? Est-ce l'album grâce auquel on va mettre un visage sur le nom de Niska ?

C'est la vérité. Je suis arrivé avec un morceau fort, Matuidi Charo, mais les gens ne l'avaient pas encore relié à Niska. Ensuite, il y a eu le Sapé comme jamais, mais c'était le morceau de Gims. Mes plus proches fans, qui m'ont soutenu depuis le début le savent, pas forcément le grand public. Avec Réseaux, j'étais très exposé. Je suis tout seul, et c'est la deuxième fois qu'on frappe en quelque sorte. Ça marque les gens qui se disent : "Ah ouais, ah c'est lui qui avait fait Matuidi Charo, ah c'est lui qui avait fait Sapé comme jamais." La reconnaissance arrive grâce à ce morceau, et c'est avec cet album-là que les gens vont mettre une image sur mon nom.

Peux-tu nous raconter l'histoire du clip de "Réseaux", qui est devenu l'un des plus populaires du rap français ?

En réalité, ce clip est une vengeance. J'en avais fait un premier dans une ambiance plus "dark", plus esthétique. On avait voulu faire le gros clip télévision, qui va choquer la France. Mais c'était finalement trop sombre pour moi.

C'est-à-dire ?

Tout était beaucoup plus statique. Il y avait un fond noir, beaucoup de décors. On avait tourné en studio, en avance, un mois avant la sortie du single. Mais cinq jours avant, je l'ai revisionné et j'ai eu un déclic. Je me suis dit : "Non je ne peux pas le sortir. Ça ne colle pas avec mon image, c'est trop dans le futur." Il fallait que je revienne vers ma base, avec un clip plus maîtrisé, dans mon style. Voilà pourquoi on a ramené la bando en quelque sorte : quelques jolies femmes, des grosses voitures et du bling bling.

Tu affirmes ne pas être stratège mais tu as bien perçu que ton public ne te suivrait pas forcément si tu ne sortais pas le bon clip…

Je ne vois pas ça comme de la stratégie. Je me suis surtout dit que j'étais à côté de la plaque avec la première version du clip. J'allais décevoir alors que le morceau me plaisait. Ça aurait été du gâchis, surtout que le morceau est relativement joyeux. Avec le premier clip, très clairement, on aurait jamais fait 100 millions de vues.

Tu fais partie d'une génération de rappeurs pour qui les revendications sociales ou politiques ne sont plus aussi prégnantes. Aujourd'hui, le plus important c'est de réussir et de s'en sortir ?

Notre message est clair. On veut monter à nos petits frères ou à ceux qui veulent débuter dans la musique qu'ils peuvent réussir. L'époque d'Iam, de NTM, c'est autre chose, c'est loin. Les confrontations avec la police étaient alors plus brutales je pense. On ne vit pas le même phénomène aujourd'hui. Ce n'est pas le message principal qu'on veut faire passer. Si tu dis à un petit d'aller se confronter à la police, ça va le porter où ? Nulle part. On est plus dans la musicalité et moins dans le message politique. Je ne suis pas venu pour ça.

Est-ce que ces thématiques te travaillent parfois, ou tu te dis que ce sont deux choses dissociées ?

Si je sors d'un contrôle chaud avec la police, il y aura très certainement quelques punchlines qui vont arriver. Je vais en taquiner un ou deux. Mais je ne vais pas m'attarder à faire un morceau ou une thématique d'un album sur ce sujet. Ce n'est pas possible.

Aujourd'hui les rappeurs et les footballeurs sont intimement liés. Les noms des footballeurs ponctuent régulièrement les textes des rappeurs. Comment l'expliques-tu ?

C'est générationnel. Les footballeurs actuels font partie de la génération rap, ils ont grandi avec du Booba, du Rohff, du Mac Tyer, etc. Ce n'est pas téléphoné tout ça, c'est naturel pour eux. Ils kiffent ce style de musique et ça crée automatiquement des liens. Tu vas les croiser dans des événements Nike ou Adidas. Les contacts se font plus naturellement alors qu'avant, les anciennes générations de foot écoutaient moins de rap.

J'en parlais aussi avec un footballeur qui m'a exposé son point de vue. Le rap aujourd'hui a fait son entrée en boîte de nuit, dans les soirées. Ce n'est plus qu'un simple message. Imagine-toi un footballeur dans son bus qui écoute un message la tête collée contre la vitre. C'est fini. Ils ont envie de s'enjailler même dans le vestiaire. Mettre le dernier son de rap qui a pété. Regarde Neymar, il arrive à Paris, il voit les autres joueurs se chauffer sur un morceau dans le vestiaire, il se demande c'est quoi ce morceau et boom il kiffe et fait une vidéo.

Tu as eu des contacts avec Neymar depuis cette fameuse vidéo ?

Non, pas encore.

Tu es d'origine congolaise mais tu ne t'es jamais rendu dans ce pays. L'omniprésence de l'africanité dans ta musique est-elle une façon pour toi de revendiquer tes origines ?

C'est dans mon subconscient tout ça. J'ai grandi entouré de cette culture. Dans les fêtes congolaises, chez moi, c'est un quartier du Congo à part entières à mes yeux [rires]. Les tantes qui viennent, qui ramènent des expressions avec elles, te racontent des histoires de là-bas. Quelque part, j'y suis déjà allé sans y avoir mis les pieds. Au final, quand on se retrouve dehors entre potes, on partage nos cultures. Je vais apprendre des mots de ma langue à des amis sénégalais, maliens, maghrébins, etc. On a beaucoup échangé en grandissant ensemble. Quand j'écris des morceaux maintenant, j'ai toutes ces cultures qui remontent et ça nourrit ma musique.

Ressens-tu une forme d'appréhension à visiter l'Afrique ? 

J'essaye de m'y préparer psychologiquement. De ne jamais y être allé, c'est déjà bizarre. Mais là en plus, avec mon statut… Le Congo-Brazzaville, contrairement à la RDC, c'est très petit. Le bouche-à-oreille va très vite et je pense que c'est un pays où énormément de personnes me connaissent, ils ont entendu parler de moi sans ne m'avoir jamais vu. C'est une épreuve que j'ai envie de vivre. J'attends qu'on m'y invite en concert car y aller comme ça sans un minimum sécurité… J'appréhende un petit peu.

Dans les instrus rap actuelles, on ressent une vraie empreinte de l'Afrique : MHD, Damso, DKR de Booba…

Les gens s'intéressent aujourd'hui à cette musique africaine, à l'image de Drake qui s'inspire de sonorité du Nigéria dans sa collab avec WizKid. D'autant qu'ils sont anglophones, ce qui a permis d'ouvrir pas mal de portes. Le monde entier s'y est intéressé suite à ça. En France, le morceau Sapé comme jamais a fait figure de test en quelque sorte, il a bien pris. Ça a permis d'ouvrir de nouvelles portes et de donner naissance à de nouveaux courants.

Peux-tu nous parler des amis qui constituent aujourd'hui ton cercle musical rapproché ?

La plupart je les connais depuis l'adolescence. Papus, mon manager, habite à 100 mètres de chez moi. Son père est mon voisin du dessous. Nimko, qui s'occupe de ma sécurité, habite aussi en bas de chez moi. Tchétché, c'est mon ami d'enfance, on est allé au même collège. Skaodi, j'ai commencé le rap avec lui et il est présent en featuring sur tous mes projets. On a tous grandi ensemble et c'est important pour moi qu'ils soient là. Ça m'apporte de la stabilité, ils me protègent.

Ils te remettent les pieds sur terre parfois ?

Obligé ! Ils ont la facilité de pouvoir me remettre les pieds sur terre, sans se dire : "Ah mais je suis en train de parler à Niska en fait." C'est ça qui est bien. Ils ne parlent pas à Niska, ils parlent à Stani. Je suis leur ami d'enfance. Ça me fait du bien d'être entouré d'eux quand je sors de concert. Je ne suis pas avec des relations de travail, j'ai besoin d'en sortir.

C'est difficile de gérer la célébrité pour un jeune homme comme toi ? Tu n'as que 23 ans…

Au début, j'étais content d'être pris en photo, etc. J'allais carrément à la rencontre des gens dans la rue. Avec le temps, je ne cache pas qu'il y a certains moments où ça me fait moins plaisir. Quand je viens de me prendre la tête, quand je sors fumer une clope et qu'en bas on me demande prendre une photo, je n'ai pas toujours envie. Je suis un être humain.

N'as-tu pas peur que tes rapports sociaux plus tard soient altérés par le fait que tu sois une célébrité, par rapport à la sincérité ?

C'est bien pour cela qu'il est nécessaire d'avoir son propre cercle de proches et ne se fier qu'à eux. Tu peux parler avec quelqu'un, qu'il soit sincère ou pas, il faut savoir mettre la distance nécessaire.

Tu as grandi à Evry. Qu'est-ce que ça représente à tes yeux d'avoir vécu dans une ville nouvelle, quels souvenirs gardes-tu de ton enfance là-bas ?

Evry c'est la base, c'est tout pour moi. C'est mon enfance, mon adolescence. Chez nous dans le 91, on est réputé pour beaucoup de rixes entre les différents quartiers, Evry, Grigny, Corbeil, etc. Tout ça m'a apporté beaucoup d'expérience, m'a permis de raconter beaucoup d'histoires et d'anecdotes dans mes morceaux.

Beaucoup de rappeurs viennent de l'Essonne, pourtant on n'a jamais senti une vraie revendication du label "rappeurs du 91", pourquoi ?

Quand même un peu. Après, on est réputé ici pour avoir un côté un peu "décalé" dans la musique. Prends Alkapote par exemple, comparé à ce qui se faisait avant à l'époque où il était là, c'est un peu décalé tu vois [rires]. Sinik a vraiment été dans le créneau, son truc a pris au niveau national, c'était un truc de fou. Ol'Kainry il avait son style bien particulier aussi. On n'a pas eu la chance d'avoir pu éclater à l'échelle nationale, que tout le monde soit au courant. Avec le temps, le stream et l'évolution de l'information, des artistes comme PNL, Ninho ou moi vont pouvoir être exposés.

Qu'est ce que tu écoutais plus jeune ?

De tout. A la maison beaucoup de ndombolo, du Koffi Olomidé, du Fally Ipupa du Werrason ou Papa Wemba. Après, je suis arrivé dans le bando et j'ai découvert les derniers albums de Rohff, Booba, de la Mafia K1'fry ! J'ai tout écouté. J'ai mis un peu plus de temps à me mettre à la musique américaine mais aujoud'hui je kiffe.

Tu as cité PNL, groupe du 91, comme toi. Tu les connaissais avant qu'ils explosent ?  

Non pas du tout. Je ne les connaissais pas.

Quand as-tu commencé à vouloir faire du rap, à écrire tes premiers textes ?

C'était à l'époque de Sinik. Dans le 91, on avait cette tête d'affiche, j'aimais bien son côté underground avec les clashs qu'il faisait. Avec mes potes à la récréation, on aimait bien se faire des petites séances. C'était l'époque de la sortie du film d'Eminem, 8 Mile. On faisait ses battles en impro. De là, j'ai commencé à écrire mes premiers textes. On volait deux trois phrases de Sinik, on les remodelait dans nos textes histoire de faire croire qu'on était trop chauds [rires].

Tu es allé à la fac. Tu faisais quoi comme études ?

Après un bac STG marketing, j'ai poursuivi des études en sciences économiques et sociales à la fac d'Evry. Mais ça ne m'a pas plu. Le fait d'être autonome pour aller à l'école, ce n'était pas pour moi [rires]. Je ne suis pas le genre de mec à avoir un parcours programmé depuis tout petit. Je me suis demande ce que je voulais faire et je me suis rendu compte que j'étais assez sociable. J'aime partager avec les gens, apprendre de l'humain, discuter avec les gens et écouter leurs histoires. De là, j'ai démarré des études pour devenir éducateur spécialisé. Le diplôme se passait en trois ans. Mais au bout de deux, la musique est arrivée, il a fallu faire un choix.

Tu avais fait des stages ?

Oui, j'avais fait des stages auprès de personnes handicapés, des autistes, des jeunes en foyers. On devait toucher un peu à tout.

Le rap est une discipline assez individualiste. Toi-même, tu te situes dans un registre très égotrip. A l'inverse, éducateur, c'est un métier conditionné par l'altruisme. Tu devais être indécis au moment d'abandonner, non ?

C'est vrai mais quelque part, la musique est un partage aussi. On est autonome car on a une part de travail seul, faire nos recherches à droite à gauche. Mais au final, quand le CD sort, tu partages de l'émotion avec les gens. Mon choix n'a pas été très difficile à faire en réalité.

Comment ta mère a réagi quand tu lui as annoncé que tu plaquais tes études ?

Je te laisse imagine sa réaction [rires]. Je ne lui ai même pas dit en fait, je lui ai imposé. Elle a vu que je ne pouvais pas continuer les cours, c'était impossible pour moi. Elle savait que je faisais de la musique mais elle pensait que c'était surtout une passion pour tuer le temps. Quand elle a vu elle-même le boomerang revenir sur elle, mes tantes qui l'appelaient de l'Afrique, elle s'est dit : "Ah ouais, c'est sérieux." Ma mère c'est mon premier DA. Elle s'implique à fond. Elle me donne son avis sur chaque clip.

Elle vient sur le tournage des clip ?

Ah ça non ! [rires] Ce serait trop prise de tête, elle va me crier dessus pour un rien. Par contre à la maison, elle est vraiment concernée, elle suit tout à la trace, ça fait plaisir et ça me donne de la force. Quand j'arrive devant un obstacle ou si je traverse une période difficile, je sais que j'ai ma mère qui me soutiens. C'est une source de motivation pour persévérer.

Quel est ton processus d'écriture ?

Je ne fais pas trop de sessions d'écriture. Je note beaucoup d'anecdotes sur mon téléphone, les scènes qui ont pu me marquer dans la journée, les phrases ou les punchlines. Quand j'arrive en studio, il y a une instru, je regarde mes notes et je démarre.

Tu ne composes pas tout d'un seul coup en rassemblant tes différentes notes ?

Je marche à l'impro. J'écris quand même certaines choses pour me souvenir mais tout s'opère au moment où je vais poser en fait. C'est très rare que j'écrive à l'avance.

Où puises-tu le reste de inspirations ? T'appuies-tu sur d'autres références culturelles comme des séries, des films ou des livres ?

Je ne regarde pas beaucoup la télévision. Pas trop de films non plus. Ce qui m'inspire, ce sont les biographies des grandes hommes. J'aime bien étudier leur ascension, leur parcours vers le sommet. La biographie de Mohamed Ali, celle Mike Tyson ou de Ghandi… Des livres de personnalités moins connues aussi par le grand public mais plus dans le bando.  Comme Iceberg Slim, un des premiers mac aux Etats-Unis. Je lis, je me mets à la place du héros, j'essaye de vivre les scènes. Découvrir et comprendre la mentalité de ces personnalités, c'est ce qui me plaît, je m'en inspire beaucoup.

Tu souhaites marquer l'histoire du rap français ?

Toujours. J'ai envie de marquer l'histoire, de la raconter plus tard aux autres. Que les mecs voient et disent : "Il a vraiment fait quelque chose". Pour pouvoir être crédible et que mon message touche le plus de personnes.

Ali, Tyson, t'es amateur de boxe ?

La boxe, je kiffe. Le rap c'est comme la boxe. Du combat de fond tout le temps. Quand tu sors l'album, c'est comme le jour d'un combat. On va savoir si tu vas mettre KO les adversaires ou si tu vas gagner aux points. Toute l'année, je suis en compétition. Quand on ne voit pas les boxeurs, c'est parce qu'ils sont à l'entraînement, nous c'est pareil, nous sommes en studio.

C'est bon t'es au poids pour "Commando" ?

Pour ce combat-là, ça va [rires].

"Tuba Life" marque ta deuxième collaboration avec Booba. Est-ce qu'il t'a donné des conseils particuliers ?

Pour revenir à ce que je te disais sur les livres, Booba c'est pareil. Je l'ai écouté et je l'ai apprécié. Je respecte énormément ce qu'il a accompli dans la musique, c'est un exemple pour nous, les mecs de cité. Il m'a beaucoup apporté en me parlant de son propre vécu en fait. Il m'a raconté des anecdotes sur plusieurs épisodes qu'il a rencontrés au cours de sa carrière dans la musique. Les pièges dans lesquels ne pas tomber, ce à quoi je dois faire attention, les orientations musicales que je devrais prendre. On continue de se parler régulièrement.

Vous avez enregistré le titre ensemble ?

Oui contrairement au titre précédent [M.L.C, ndlr]. Je me suis rendu à Miami dans son propre studio pour l'enregistrer.

Comment as-tu vécu le départ de Matuidi pour la Juventus de Turin ?

Honnêtement, je n'étais pas déçu mais content pour lui. La Juventus est un grand club européen et Matuidi commence à vieillir un peu… Dans le foot, c'est dur de rester au top quand tu vieillis, on te prend moins au sérieux… En plus au PSG avec l'arrivée de Neymar, de Dani Alvès, je pense qu'il a fait le bon choix pour finir sa carrière en beauté.

Qui reprend l'étendard du charo au PSG ?

Je pense que vous l'avez tous vu. Il est venu cet été et il a dansé sur Réseaux. Ensuite il a rendu hommage à Matuidi, donc quelque part, il s'est emparé du flambeau. [Il parle de Neymar, ndlr]

C'est impressionnant la façon dont les rappeurs réussissent à faire entrer des expressions dans le domaine public comme "OKLM", "charo" ou "bando"…

Je ne saurais pas l'expliquer mais je pense que les mecs qui écoutent notre musique se sentent concernés. A tel point qu'ils s'approprient les expressions comme si c'était à eux tout simplement. OKLM au final, quand tu le dis, tu ne penses même plus à Booba. J'en entends parfois dire : "Oh lui c'est un vrai charo". Ce n'est pas pour autant qu'ils pensent à Niska quand ils le disent. [rires]

Propos recueillis par Julien Rebucci et David Doucet

Les Inrocks - musique

Toute l’étendue de la musique électronique d’aujourd’hui était à Toulouse

Porté avec une ferveur indéfectible par l’association Regarts, qui organise divers autres événements tout au long de l’année à Toulouse, le festival Electro Alternativ transforme durant une dizaine de jours la ville rose en vibrante plateforme des musiques électroniques et des cultures numériques. Pour l’occasion sont investis non seulement des clubs/salles de concert, à commencer par l’emblématique Bikini, mais également des lieux plus inattendus (théâtre, musée ou centre culturel). Aux live et DJ-sets s’ajoutent quelques extras – conférences et workshops – à visée pédagogique.

Côté programmation musicale, cette 13e édition s’est montrée fidèle à l’esprit d’ouverture qui fait la spécificité première du festival, les organisateurs ayant à cœur de refléter l’électrosphère contemporaine, si foisonnante, dans toute sa diversité. Un large spectre a ainsi été traversé, de la house à la bass music en passant par la trance, l’électro ou la techno. La zone d’exploration ayant même été étendue jusqu’au post-rock – avec les ébouriffants Oiseaux-Tempête – et à la musique contemporaine – avec le Cabaret Contemporain, ensemble rompu aux hybridations hors catégories.

Electro déstructurée

Singulièrement chamarrée, la deuxième semaine de réjouissances est tout à fait représentative du sens du métissage sonore qui sous-tend Electro Alternativ. Au programme, tout d’abord, une soirée à coloration orientale proposée au Metronum, chouette SMAC récemment ouverte en périphérie de Toulouse. Premier à monter sur scène, le groupe marocain N3rdistan n’emporte pas vraiment l’adhésion avec sa musique (un peu trop) éclectique : si les morceaux les plus lents et planants – lorgnant vers le blues du désert à la Tinariwen – séduisent joliment, les morceaux plus offensifs et revendicatifs – dans un style de fusion bien punchy – fatiguent rapidement… Leur succède Deena Abdelwahed, dont la prestation magistrale fut un grand moment du dernier Sonar. Si elle n’a visiblement rien perdu de sa dextérité, son électro savamment déstructurée (voire fracturée, voire fracassée) ne prend ici pas le même relief, du fait d’un public trop clairsemé – mercredi oblige.

Le lendemain, une belle découverte nous attend au Centre Culturel Bellegarde avec le live audiovisuel de Modgeist, projet mené conjointement par Mikaël Charry (à la musique) et Arnaud Courcelle (à la vidéo). Placés l’un en face de l’autre, de profil par rapport à l’écran, les deux acolytes nous happent tout du long dans leur univers rétro-futuriste, agrémenté de micropointes d’humour, en cultivant le plus possible l’interaction avec les spectateurs, debout en demi-cercle autour d’eux. Entièrement conçue à partir d’un système modulaire, la musique, entre electro et techno, révèle en particulier une belle force d’attraction, qui devient même franchement irrésistible sur certains morceaux.

Villalobos hors jeu

Après une nuit de vendredi au Bikini dédiée à la bass music (avec – forcément – une importante délégation britannique), arrive le samedi, dernier jour de ce 13e Electro Alternativ. La clôture est prévue en deux parties : d’abord en plein air sur le parvis du Musée des Abattoirs, avec Ricardo Villalobos en tête d’affiche, puis au Bikini, avec un plateau techno 100 % féminin (Anetha, Steffi, Paula Temple et Rebekah). La fête est légèrement gâchée par mister Villalobos qui, sans grande surprise (le gaillard étant multirécidiviste en la matière), annule sa venue au dernier moment…

Il est remplacé au pied levé par Anetha et Rebekah, qui prennent toutes deux le parti d’asséner de la techno qui tape sévèrement (sans doute pour punir Ricardo à distance) : ça peut plaire comme ça peut paraître un chouïa déplacé dans le contexte d’un before en plein air et en début de soirée. Les choses se poursuivent ensuite dans un Bikini affichant complet. De cette nuit au(x) rythme(s) soutenu(s), très bien mise en relief par le Vjing de Move Your Fingers, se détache en particulier le set de Paula Temple, à la fois puissant et sophistiqué.

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