Actu musique

16 septembre 2017

Le tour du monde de la rentrée en 10 albums

Trio Da Kali & Kronos Quartet, Ladilikan

Le Trio Da Kali rassemble, autour de Hawa Kassé Mady Diabaté, fille du griot Kassé Mady Diabaté (une des plus belles, des plus élégantes voix du Mali), Mamadou Kouyaté (membre du N'Goni Ba de son père Bassekou) et Lassana Diabaté, excellent joueur de balafon. Autant dire qu'un groupe pareil se suffit largement à lui-même et que l'entendre seul ferait déjà notre bonheur. L'immense mérite du Kronos Quartet, dans ce disque de rencontre, est de n'avoir rien ôté, rien abîmé de l'art déployé par le trio, même lorsqu'il l'entraîne sur des sentiers neufs. L'approche est d'une sensibilité si remarquable, l'échange si délicat, qu'on voudrait ne jamais toucher à la fin de Ladilikan. A ne pas manquer, le 19 octobre aux Bouffes du Nord, dans le cadre du Worldstock Festival.

Gasandji, Le Sacré

Autant l'avouer : si on avait apprécié son premier album et ce qu'on avait entendu d'elle sur scène, on n'attendait pas de Gasandji un disque aussi fort et singulier. Auprès des Pygmées Aka de la forêt congolaise, la jeune femme, dont la voix atteint une pureté exceptionnelle, semble avoir trouvé bien plus qu'une inspiration, un ressourcement complet. Fruit de longs mois de construction, Le Sacré, à paraître le 29 septembre, tient ainsi de l'expérience hallucinatoire tour à tour apaisante et déroutante. Tout y est en recherche plutôt qu'asséné. En une seule piste, les polyphonies nues s'y mêlent aux bruits naturels, avant d'être revêtues d'instrumentations pop et de dériver vers un point où il ne reste qu'écoute, partage, invisibilité murmurante, mystère impalpable. Ce qui laisse présager un très beau concert, le 10 novembre au Pan Piper.

Lekhfa, Lekhfa

En rock, on parlerait de power trio : Tamer Abu-Ghazaleh, songwriter surdoué et showman charismatique, Maryam Saleh, jeune chanteuse aimant à flirter avec l'electro et Maurice Louca, compositeur et producteur avide d'expérimentation. A eux trois, ils incarnent une voix libre, moderne, créative, insoucieuse des clichés par lesquels la plupart des médias occidentaux s'obstinent à manquer le monde arabe. L'album, à paraître le 22 septembre, est percutant, foisonnant d'idées – on n'en attendait pas moins de Tamer –, débordant de force juvénile, revigorant comme pas un. Avec de telles forces en présence, le live promet d'être bouillant : à vérifier le 2 novembre au Hasard Ludique.

Kamilya Jubran & Sarah Murcia, Habka

C’est un disque qui ignore la facilité, ce qui n’étonne pas venant d’une haute artiste comme Kamilya Jubran. Douloureuse sans larmes ni sécheresse, la chanteuse et oudiste palestinienne charge la moindre inflexion, le moindre vocable, d’une tension dramatique si forte que la rupture paraît toujours proche. C’est que la poésie porte ici une colère, un dénuement, la brûlure d’une injustice trop criante. Eprouvant mais d’une grande beauté, Habka, à paraître le 22 septembre, bénéficie du soutien de Sarah Murcia, complice de Kamilya Jubran depuis plus de 15 ans, et d'un trio de cordes échappé du Quatuor IXI. A retrouver le 4 octobre au Studio de l’Ermitage.

Saeid Shanbehzadeh, Pour-Afrigha

Il est des pays où jouer de la cornemuse peut coûter très cher : pour avoir mêlé des éléments de la liturgie afro-iranienne à un spectacle profane, Saeid Shanbehzadeh a été condamné par le gouvernement iranien à 2 ans de prison et 200 coups de fouet. Il a choisi l'exil sans renoncer à faire vivre l'héritage des Africains déportés en Perse, soit en chantant, soit en soufflant dans son neyanbânn (cornemuse iranienne) ou son saxophone. Epaulé par Manu Codjia à la guitare, son fils Naguib aux percussions et le chanteur Rostam Mirlashari, Shanbehzadeh livre un album à la grâce toute mélancolique qui, sans polir certaines rudesses de la tradition, en tire de très belles inventions mélodiques.

Farida Parveen, Chants de Lalon Shah

Poète, philosophe et saint Bâul, Lalon Shah (mort en 1890 à l’âge présumé de 118 ans !) demeure une source d’inspiration très importante dans les milieux cultivés du Bengale comme parmi les poètes épris de mysticisme (Allen Ginsberg lui a rendu hommage en 1992 avec After Lalon). Attachée depuis 40 ans à la diffusion de son humanisme universaliste, Farida Parveen interprète ses chants avec autant de ferveur que de grâce, donnant corps et vie à la moindre de ses paroles. Cette captation par le label Ocora Radio France d'un concert donné en 2006 au Théâtre de la Ville constitue un album précieux, car plein de ravissement.

Warsaw Village Band, Sun Celebration

Pour acharné qu'il se soit toujours montré à parer de barbarie futuriste ses airs de tradition polonaise, le Warsaw Village Band n'avait jamais convié autant de musiciens à sa table : le maître du kamânche Kayhan Kalhor, la chanteuse espagnole Mercedes Peón, le joueur de sarangi indien Liaquat Ali Khan et les Dhoad Gypsies du Rajasthan, tous l'ont rejoint ici pour une grande célébration solaire et lunaire aux réminiscences païennes. Si la plupart des thèmes demeurent d'inspiration traditionnelle, le traitement, lui, mêle savamment brutalité et sophistication, voix blanches et volutes de vièle, perles de cymbalum et titubations balkaniques, composant une fresque tradi-moderniste dense et envoûtante.

Hasa-Mazzotta, Novilunio

C'est un petit bout de femme qu'on remarquait à peine au sein du Canzoniere Grecanico Salentino. Du moins tant qu'elle ne chantait pas. Parce qu'alors, ils pouvaient bien être dix sur scène, on ne voyait, on n'entendait plus qu'elle. Par la voix, par la présence et l'intensité dramatique, Maria Mazzotta est de la trempe des plus grandes chanteuses populaires. Ce second album avec le violoncelliste Redi Hasa enregistre une nouvelle montée en puissance, le duo se risquant par deux fois au français, comme pour mieux nous toucher au cœur, et à des arrangements plus amples qui magnifient son répertoire. Novilunio paraîtra le 13 octobre et il est vivement conseillé de se ruer le 27 novembre au Comedy Club pour le concert de sortie.

Meridian Brothers, ¿Dónde estás María?

A l’abord, ce nouvel album des Meridian Brothers inquiète un peu. Non pas tant pour sa musique, d’une beauté étrange, imprévisible, que pour les Brothers eux-mêmes, qu’on a connus plus furieux (Los Suicidas, leur ovni de 2015, donnait le cauchemar à force de brutaliser les synapses). Eblis Alvarez, ce diable de zinzin, serait-il revenu à la raison ? Heureusement non, simplement il a revu ses dosages, et moins de synthés malsains et plus de violoncelle n’enlèvent rien à la sorcellerie de ce bricolage tribal de danses indiennes et de psychédélisme cheap. Finalement, ne pas être traumatisé par leur musique n’attache que plus fortement à ces allumés colombiens illogiques et fascinants, toujours surprenants. A retrouver le 24 septembre au Quai Branly.

La Chiva Gantiva, Despegue

Réputée pour ses prestations scéniques, la Chiva Gantiva n’a peut-être pas encore obtenu la reconnaissance qu’elle mérite pour ses albums emplis de sauvagerie festive et d’hédonisme sexy. Son troisième effort en studio pourrait enfin remettre les pendules à l’heure. En mariant cumbia et rock latino, beats agressifs et guitares humides, orgues aphrodisiaques et refrains furax, la famille établie en Belgique, mais toujours sous influence colombienne, réussit à maintenir sa force d’impact en goûtant à des nuances plus subtiles. A retrouver le 22 septembre à la Bellevilloise pour fêter la sortie de l’album le même jour.

Les Inrocks - musique

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