Actu musique

1 septembre 2017

Le A$AP Mob en mode XXL pour sa nouvelle mixtape “Cozy Tapes, Vol.2 : Too Cozy”

Lors de notre première rencontre avec A$AP Rocky, le rappeur new-yorkais avait menacé de quitter l’interview au moment de la question qui fâche : peut-on ambitionner de révolutionner le rap en excitant l’admiration de fashionistas avides de Purple Swag ? La réponse était évidemment oui. Mais Rakim Mayers avait préféré serrer les poings et hausser le ton : “Je suis un putain de rappeur et ce mec est en train d’insinuer que je ne rappe que pour les connards de la fashion week !?”

Six années ont passé et A$AP Rocky est toujours aussi bien habillé. Depuis la sortie de la mixtape classique (LiveLoveA$AP) qui a révélé le héros de Harlem, l’exercice de style implique une équipe de producteurs, de designers et de rappeurs de plus en plus probantes. Avec Ferg, Nast ou Twelvyy, Rocky peut compter sur de fidèles généraux capables de s’affirmer en solo malgré l’absence de Yams, cofondateur et directeur artistique du collectif, décédé en 2015.

Un casting de rappeurs hallucinant

Les survivants de cette jeunesse codéinée animent Cozy Tapes, Vol.2: Too Cozy, la mixtape indispensable de la rentrée. L’écoute commence à l’intérieur d’un bus scolaire qui largue un casting de rappeurs hallucinant : RZA, Chief Keef, Frank Ocean, Quavo, Playboi Carti, Big Sean, Schoolboy Q, Lil Uzi Vert, Joey Bada$$… Des génies réunis pour exploser ce volume 2 marqué par des intentions et des formules de rap éclatées. On avait adoré les outrances de Raf et de son clip en forme de défilé à la gloire du couturier Raf Simons. Sur Perry Aye, Rocky se rappelle au bon souvenir des productions sombres de l’époque Peso, avant de laisser tomber l’effet chopped and screwed pour convoler avec Gucci Mane sur l’aéré Please Shut up.

Mais c’est Bahamas le joyau de la tape, où Lil Yachty, Ferg, Rocky et Smooky MarGiellaa enchaînent les flow syncopés dans un geste de révérence (et de déférence) à la culture grime. On se croirait en 2003 dans une soirée open-mic animée par Wiley dans l’Est de Londres.

“Vous êtes des adultes maintenant. Aimez-vous les uns les autres. Entraidez-vous… Je déconne les mecs !“

Tournée vers l’Europe, cette mixtape reste parsemée de quelques skits très US plutôt bien sentis. Dans ces minisketchs, popularisés par De La Soul, la A$AP Mob file la métaphore de l’école et fait intervenir la voix d’un faux principal bienveillant. Sa conclusion sur Last Day of Skool :

“Vous êtes des adultes maintenant. Aimez-vous les uns les autres. Entraidez-vous… Je déconne les mecs ! Faites tout ce qui vous passe par la tête. Mais vous ne pourrez pas changer ce monde complètement baisé si vous êtes morts. Alors restez en vie.”

Les Inrocks - musique

The National réunit pour “Sleep Well Beast“, quatre après leur dernier album

The National ©Graham MacIndoe

Sleep Well Beast commence par la phrase “You said we’re not so tied together, what did you mean?” (“Tu m’as dit que nous n’étions pas tellement liés, qu’est-ce que tu entendais par là ?”), et s’achève sur “I’ll still destroy you someday, sleep well beast” (“Je te détruirai un jour, dors bien, la bête”). Un paradoxe qui résume à la perfection cet album de The National : tenter de comprendre, en vain, puis tomber dans un désir de vengeance. Entre les deux, tout un processus de déconstruction dont nous sommes spectateurs, un peu comme si l’on pouvait retracer le vécu du groupe à qui il a fallu quatre ans pour exorciser ses démons.

En six albums et bientôt vingt années de carrière, The National a eu le temps de se faire un nom dans le paysage du rock alternatif, et plus particulièrement du côté des éternels mélancoliques friands de sonorités épiques. Sur Trouble Will Find Me, leur précédent album, souffle un vent de légèreté : les morceaux y sont toujours aussi poignants mais considérablement plus apaisés. Changement de registre pour Sleep Well Beast, puisqu’en douze titres, la pression ne redescendra pas. On est tenu en haleine de bout en bout par une impressionnante cohérence.

“Sleep Well Beast“, dans le détail

Durant les six premiers morceaux, une étrange danse se met en place. Nobody Else Will Be There résonne comme une complainte d’une tristesse absolue, puis Day I Die s’agite avec frénésie radieuse, pour finalement retomber dans la pure mélancolie avec Walk It Back, et ainsi de suite. Comme pour dépeindre la folie ressentie face à une incompréhension, la première moitié de l’album se construit sur une instabilité évidente qui confère à Sleep Well Beast l’urgence et la sincérité d’un cri du cœur.

À partir d’Empire Line, un certain équilibre s’installe : exit les rythmiques lancinantes ou énervées, le chant chuchoté ou exclamé et les mélodies bouleversantes ou héroïques. Pendant trois morceaux (I’ll Still Destroy You et Guilty Party inclus), The National semble faire le point sur la frénésie passée et s’offre un moment de répit pour mieux rebondir sur la fin de l’album. En effet, avec Carin at the Liquor Store, Dark Side of the Gym et Sleep Well Beast – sur lequel la voix délicatement menaçante de Matt Berninger nous fait frissonner –, l’album s’achève sur un revers un peu taré dépeint par les paroles ambigües de Sleep Well Beast.

Un album “complet“

En quatre ans, les cinq membres de The National se sont illustrés dans d’autres projets : pendant que Bryce Dessner s’investissait dans l’album Planetarium aux côtés de Sufjan Stevens, Aaron Dessner devenait producteur pour divers artistes et Matt Berninger récoltait des fonds pour le Planning familial américain. Sleep Well Beast est donc né d’une longue réflexion, puis de sessions d’écritures espacées de parfois plusieurs mois – à New York, Los Angeles et Berlin –, et c’est justement ce qui lui confère cette puissance narrative. “Cet album est complet à mes yeux”, raconte le guitariste Aaron Dessner dans le communiqué qui accompagne l’album. On ne peut que partager son avis.

Les Inrocks - musique

Mount Kimbie revient (enfin) avec “Love What Survives”, leur troisième long format

Mount Kimbie ©Franck Lebon

La ligne grésille un peu, ça saute. Et puis on finit par entendre leurs voix, très semblables, à l’autre bout du fil. Dominic Maker and Kai Campos ont passé une partie de leur été à parler aux journalistes pour la promo de leur troisième album, le premier en quatre ans. Ils ont pris leur temps après le succès de Cold Spring Fault Less Youth, en 2013, et les tournées allant de pair. Ils ont respiré, se sont reposés, puis ont repris le chemin de la composition entre Londres et Los Angeles – toujours en prenant leur temps. Au final, ce nouvel album de Mount Kimbie leur a demandé trois ans de travail. Les deux garçons l’ont titré Love What Survives et le sortent une nouvelle fois chez Warp.

Ils se disent excités mais sereins. Car mine de rien, à 30 ans chacun, ils en ont déjà dix de carrière, ou pas loin. “On a évidemment eu des périodes de creux, où le besoin de prendre du recul se faisait ressentir, raconte Dominic. Mais on n’a jamais eu autant d’appétit que maintenant.” Ça tombe bien, la hype qu’ils ont connue est à peine retombée et Love What Survives, avec ses featuring et ses morceaux presque pop, devrait justifier quatre années de silence discographique.

Et Mount Kimbie apparu 

Un public conquis au tournant de la décennie, alors qu’un vent de minimalisme souffle sur l’Angleterre. Un peu partout autour, à l’époque, l’EDM étend son vacarme et prend le contrôle des radios. C’est là qu’apparaît Mount Kimbie dans la musique électronique, tandis que The xx adoucit les mœurs dans le rock, et que James Blake en fait autant dans la soul. Ce dernier est devenu un pote de Kai et Dominic, qui l’invitent ici sur deux morceaux.

On retrouve également, plus haut dans la tracklist, les voix si particulières de King Krule, Micachu et Andrea Balency. Encore des potes. “Faire appel à eux était quelque chose de très simple et naturel, balaye Dominic. Ce sont des personnes qu’on fréquente. On a un respect total pour eux, professionnellement et personnellement.” Sur Facebook, en partageant le morceau issu de leur collaboration, King Krule parle en effet d’“échanges très honnêtes” avec Mount Kimbie. L’air foncedé même à l’écrit, il ajoute : “Enregistré l’année dernière, en quelques jours seulement, j’étais au fond d’une solide insomnie, j’ai été invité à travailler avec la montagne.” OK.

Un album à “partager“

Kai et Dominic sont clairement partis dans l’idée de “partager un album”. Leurs invités n’ont pas seulement posé leurs voix sur des prods, mais bel et bien accompagné le processus de chaque morceau en question. Au final, la moitié de l’album est en collab, ce qui lui confère cette ouverture et ces sonorités nouvelles. “On essaie toujours de rester curieux, de se comporter comme des débutants, explique Kai. Bien qu’on ne soit pas du tout nostalgiques de nos débuts… On a vécu des choses géniales, mais notre travail est plus intéressant aujourd’hui.” Dominic va dans le même sens quand on lui parle du chemin parcouru.

“On a voulu explorer de nouvelles zones musicales, dit-il. Nos méthodes de travail ont changé. En fait, on a tout repris à zéro pour cet album. Il a fallu se concentrer sur ce qu’on avait vraiment envie de faire, et pas seulement sur ce qu’on attendait de nous.”

Pendant un temps, avec quelques autres, Mount Kimbie a incarné cette microchose qu’on a appelée le post-dubstep. Une musique électronique au ralenti, sans structures ni BPM spécifiés à l’avance. Les hype partent parfois comme ça, avec l’invention d’un mot. Mais cette époque semble déjà loin pour Dominic et Kai, et la validité du vocable depuis longtemps expirée. Ils ne veulent plus être définis par un mot, ni appartenir à quoi que ce soit de trop précis. La suite de leur carrière s’envole d’ailleurs dans ce sens : Dominic a produit une partie de 4:44, le dernier Jay Z, et les deux bossent actuellement sur des projets dont ils n’ont pas le droit de parler. “On a encore beaucoup de choses à dire”, laisse planer Dominic.

Les Inrocks - musique

Taylor Swift dans tous ses états pour le clip “Look What You Made Me Do“

Capture d'écran clip "Look What You Made Me Do - Taylor Swift"

On vous entend d’ici chouiner parce que l’on s’apprête à parler de Taylor Swift et pas du dernier single de Godspeed You! (près de huit minutes tout de même !). Soyons clairs, notre fascination n’est pas liée à sa virtuosité musicale mais à son immense succès. Il n’y a qu’à voir les réactions hystériques suite à l’annonce de la date de parution de son album, Reputation (le 10 novembre), la question “T’es plutôt Katy Perry ou Taylor Swift ?” (les deux se livrent une guerre sans merci) devenant carrément existentielle. L’annonce fut assortie d’une pochette d’album – qui rappelle la une du New York Times – et d’un clip, Look What You Made Me Do, s’ouvrant sur un clin d’œil au Thriller de Michael Jackson. Voici Taylor Swift en morte-vivante creusant sa tombe dans un décor de cimetière complètement fake. Un détail voulu puisque l’objectif du clip est de mettre le doigt sur le processus vampirique de la pop, celui qui la conduit à citer MJ comme les chorés de Beyoncé, certaine de partager les mêmes références que ses fans dans ce vaste monde du spectacle auquel plus personne n’échappe (Debord likes this).

La chanteuse poursuit sa réflexion sur la célébrité et son métier en changeant de costume et multipliant les persona, allant jusqu’à moquer les anciennes Taylor histoire de faire table rase de ce passé que nous, médias, spectateurs ne cessons de lui jeter à la face (voir le titre du morceau). TS cherche à se muer en Bowie, en Britney Spears (période Toxic), en phoenix. Une pop-star se devant d’accéder à l’immortalité par le suicide médiatique et l’autodérision, seul stade susceptible de la séparer du commun des mortels. Le clip se conclut sur la Taylor des Video Music Awards réclamant d’“être exclue de ce récit”. Référence au clip et à ses clashs avec Kanye West, qui ne lui lâche pas les basques. Une histoire de mise en abyme aussi maligne que le succès qui s’offre à elle.

Les Inrocks - musique

Tony Allen fait grâce de “The Source”, un véritable chef d’oeuvre

Ce douzième album de l’ex-batteur de Fela, co-inventeur de l’afro-beat, a été enregistré (à Paris), mixé (à Londres) et gravé (en Allemagne) en analogique intégral, sans qu’aucune technologie numérique n’interfère à un quelconque échelon du processus de création.

Les contributeurs de ce projet (Vincent Taurelle et Bertrand Fresel) ont poussé le perfectionnisme (à ce stade, c’est même du vice) jusqu’à se rendre en Angleterre par ferry afin de préserver les bandes magnétiques 3 pouces des possibles dommages causés par les scanners d’aéroport !

Ceci pour dire que The Source est d’abord une prouesse technique justifiée par la volonté de hisser à son max le niveau de plaisir auditif. Et quel plaisir ! Après avoir rendu hommage à son maître, Art Blakey, avec un ep, Tony s’offre ici, à 77 ans, le disque de ses rêves. Un voyage à rebours de l’histoire du jazz moderne puisqu’à la différence de nombreux musiciens américains – dont Blakey – partis à la rencontre de l’Afrique, lui l’Africain prend la direction inverse, celle de cette Amérique qui a forgé sa vocation alors qu’il était batteur de highlife à Lagos.

Tony Allen très bien entouré

Cette “consécration” est due en partie à la bande de frenchies avec laquelle il fricote depuis plusieurs années, le saxophoniste Yann Jankielewicz en tête, cocompositeur et arrangeur des onze morceaux. Si les noms de Charlie Mingus ou de Gil Evans vous traversent l’esprit, c’est que Yann et Tony les ont beaucoup écoutés dans le repaire de ce dernier en banlieue parisienne.
The Source est-il pour autant une réplique, au sens sismique du terme, du jazz en Cinémascope de l’époque ? Oui et non. L’apport d’un ensemble de onze musiciens, tous des pointures, permet d’exploiter cette veine à la fois orchestrale et instrumentale, apanage d’une méthode où la diversité des timbres chamarre des thèmes aussi solides que solaires.

Là où la comparaison trouve ses limites, c’est avec la présence du guitariste camerounais Indy Dibong à l’idiome typiquement afro-beat ; et avec l’onction spéciale, tout en grâce et souplesse, qu’applique à l’ensemble l’inépuisable batterie de Tony. Si bien qu’on se retrouve non plus avec un disque de genre mais avec une œuvre de jazz esperanto resplendissante du bonheur d’un aïeul redevenu enfant.

Les Inrocks - musique

OMD, The Dream Syndicate, Iron & Wine en accéléré

Collusion des calendriers : en même temps que le nouveau LCD Soundsystem sort le treizième album de OMD, antédiluvien duo synth-pop de Liverpool souvent cité en madeleine par James Murphy. Presque quarante années se sont écoulées depuis les premières prises d’Electricity (1979), et Orchestral Manoeuvres In The Dark fonctionne toujours en courant alternatif, balançant entre ses impassibles héros Kraftwerk (Robot Man, Art Eats Art) et une espèce de pop plaintive qui s’émeut éternellement de la laideur du monde. Le titre de l’album, The Punishment of Luxury (“La Punition de l’opulence”), renvoie à l’égoïsme occidental et à la violence des propagandes, commerciales et politiques. Et, à travers ces chansons parfois agréablement datées, on devine une envie d’apporter du sentiment et un peu de morale dans l’architecture angulaire de cette electro premier âge, en écho au sujet.

L’autre come-back est plus intrigant, puisque les Californiens de The Dream Syndicate n’avaient pas publié d’album depuis trente ans, se contentant d’entretenir leur (maigre) légende en concert. Fer de lance du revival néopsychédélique des années 1980, le groupe conduit par l’ombrageux Steve Wynn revient en pleine recrudescence de chemises paisley et de chambres d’écho sur la West Coast. How Do I Find Myself Here? questionne le titre de ce cinquième album, et leur beau son vibrant hérité autant des Doors que du Velvet en apporte brillamment la réponse. Perfides, à l’heure des tracks qui se consomment sur le pouce, ils s’offrent avec la chanson-titre une longue dérive de onze minutes qui file des papillons dans la tête.

A l’heure des fake news, le Canadien Chad VanGaalen balance Light Information, sixième album où il s’interroge lui aussi sur les ravages de la communication moderne, notamment sur ses enfants. En regard, il pose donc une musique aux repères rassurants, entre pop barbe-à-papa distordue en s’amusant et rétrofuturisme appuyé par des synthés d’un autre siècle. Comme n’est pas Neil Young qui veut, ça tourne un peu à vide.

Pour fêter dignement les quinze ans de son projet Iron & Wine, l’Américain Sam Beam s’est prêté à un exercice d’anthropomorphisme avec Beast Epic, album d’une rare beauté qui prête à un bestiaire choisi des sentiments et des sensations humaines. La forme, elle, ne bouge pas, avec cette majesté acoustique qui sent l’ouvrage d’orfèvre mais qui n’a aucune chance de convaincre hors du cercle des fidèles, ceux qui croient dur comme fer au pouvoir d’enivrement de ces chansons hors du temps.

Après plusieurs années passées à L. A., l’Américaine Nika Roza Danilova, alias Zola Jesus, a décidé de se replier dans le Wisconsin qui l’a vue grandir pour mettre au monde les chansons martiales et surréelles d’Okovi, son sixième album. Un disque hanté par la mort (comme bande-son de l’été indien, faudra choisir autre chose) et la perte en général – de confiance, de sensation – avec l’ambition de servir d’antidote. Bref, c’est du Zola et du Jésus, de la misère et de la miséricorde, et c’est d’une beauté (noire) à pleurer, avec des cordes pour se pendre et un chant d’une amplitude cosmique. On ne se demande plus pourquoi David Lynch aime cette fille.

Le maître de Twin Peaks devrait se pencher aussi sur le cas de Will Samson, Anglais désormais Bruxellois qui publie le luminescent Welcome Oxygen, quatrième album composé sur le vif de retour d’un séjour à l’hôpital. Chaque titre a pris un seul jour de mise en forme, et c’est cette impulsion quasi vitale qui leur confère une dimension amniotique, notamment sur le splendide Find a Little Light, qui trouve effectivement la lumière et nous en fait largement profiter.

Les Inrocks - musique

Daho dévoile un nouveau single : “Les Flocons de l’été”

Cover “Les flocons de l'été - Étienne Daho“

L’été n’est pas tout à fait terminé mais Etienne Daho a décidé de lui porter un coup fatal en ce premier jour de septembre, avec un nouveau titre intitulé Les Flocons de l’été, en prélude à son nouvel album intitulé Blitz, à paraître en novembre. La chanson, une ballade qui peut rappeler certains classiques de Daho comme Heures Hindoues ou Les Voyages immobiles, évoque le séjour à l’hôpital du chanteur français au cours de l’été 2013 – « Tout est blanc, tout givré, innocent. Tout figé, c’est l’hiver en été » – et la production toute en évanescence colle à merveille au sujet. « On pense que c’est une chanson où je me suis fait largué, alors qu’il n’est pas du tout question de ça, nous a confié Daho. J’ai vraiment ressenti ça à l’époque, cette sensation que je ne pourrais plus jamais sortir, que j’allais rester un légume sous morphine, intubé de partout. Qu’il n’y aurait plus jamais d’été. »

Hospitalisé il quatre ans pour une simple crise d’appendicite qui s’est transformée en péritonite aigüe, l’auteur de Tombé pour la France a effet vu pendant quelques jours son pronostic vital engagé. Les Flocons de l’été ne dévoile toutefois pas vraiment la couleur dominante de l’album, qui se veut une version contemporaine des premiers Pink Floyd, avec en filigrane l’ombre de Syd Barrett et l’influence du psychédélisme qui plane sur une bonne moitié des douze titres. Barrett est notamment évoqué sur le titre Chambre 23, écrit dans la propre chambre que Barrett occupait à la fin des sixties dans le quartier de Earls Court à Londres, et où furent prises les photos de la pochette de The Madcap Laughs, son premier disque solo.

Co-composé et co-réalisé avec Fabien Waltmann, déjà à l’œuvre il y a plus de vingt ans sur Eden, ce nouvel album a également mobilisé Jean-Louis Piérot sur trois chansons – dont Après le Blitz, sur lequel on entend la voix de Flavien Berger – mais également le groupe Unloved, trio Californien dont Daho est tombé littéralement amoureux après avoir entendu leur premier album, Guilty of love paru l’an dernier. Devrait suivre bientôt un second titre, Le Jardin, beaucoup plus représentatif de l’album. Celui-ci évoque un autre épisode douloureux survenu dans la vie de Daho ces dernières années, la disparition de sa sœur, sans larmoiements mais au contraire à travers une célébration effervescente du souvenir et de la vie.

Les Inrocks - musique

« Les dernières news

Septembre 2017
LMMJVSD
3
10