Actu musique

28 août 2017

Les 5 albums à absolument écouter cette semaine

Pochettes des albums de Action Bronson, Widowspeak, Liars, The War On Drugs et Declan McKenna

Action Bronson – Blue Chips 7000

Quatrième album pour l’ogre du Queens, Action Bronson. Cet ancien chef cuisinier nous concocte ici un opus de 13 titres produits par Party Supplies et Harry Fraud. Comment ne pas accrocher sur les tubesques The Chairman’s Intent  et Let it Rain, empruntant respectivement des samples si entêtants à la thaïlandaise Onuma Singsiri et aux nigériens The Funkees. De ses aventures culinaires en Jamaïque pour la chaîne Munchies, Action nous ramène également le très pimenté Hot Pepper – en tandem avec son copain du Queens Meyhem et le rasta Jah Tiger. On salue enfin sa collaboration tressaillante avec Rick Ross pour le titre 9-24-7000 – dévoilée vendredi dernier. A consommer sans modération !

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Liars – TFCF 

Succédant au jouissif et foisonnant Mess (2014), TFCF (signifiant Themes From Crying Fountain) est annoncé comme un disque plus “intime et autobiographique”. Réalisé par Angus Andrew – le seul membre permanent du groupe depuis le départ du multi-instrumentaliste Aaron Hemphill – dans une retraite au fin fond de son Australie natale, ce disque risque de vous surprendre, ne ressemblant en rien aux ouvrages précédents. Cryptique, expérimental voir déroutant. Il y développe des sujets tels que la solitude et cette séparation douloureuse qu’à dû être le départ de son pote Aaron. Il n’y a qu’à regarder la pochette (Angus dans une robe de marié, comme abandonné par son conjoint) ou à tendre l’oreille sur le titre No Help Pamphlet : “I hope that you have a really great break. And I’m thinking of you all the time.” Allez Andrew, ça va aller ! Enfin, si vous voulez réviser leur discographie, c’est par ici.

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The War on Drugs – A Better Understanding

Le groupe américain mené par le chanteur Adam Granduciel présente ici son quatrième album, succédant à Lost in the Dream (2014) et passe la vitesse supérieur en signant chez la Major Atlantic. Difficile de ne pas penser à Bruce Springsteen ou Dire Straits à son écoute, et c’est naturellement un compliment pour ce songwriter talentueux de Philadelphie. Revival des années 80, ce disque ne dévoile honnêtement rien de particulièrement innovant, mais a le mérite d’être assez addictif. Il est donc probable qu’il se retrouve dans le mange disque de votre voiture et que son écoute, en boucle, vous fasse friser autant les idées que les cheveux portés par le vent.

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Declan McKenna – What Do You Think About The Car ?

Interviewé par nos soins au printemps dernier, le jeune prodige de 19 ans venu d’Angleterre sort enfin son premier album ! Révélé grâce au morceau Brazil, une chanson dénonçant la corruption qui enlise la FIFA, Declan est rapidement courtisé par les labels du monde entier et propulsé sur les scènes des plus grands festivals (l’obligeant à stopper ses études). Composé de 11 morceaux produits par James Ford (officiant aussi pour The Last Shadow Puppets et les Klaxons) et Neil Comber (Django Django), son premier disque ne manque pas de dévoiler des textes engagés sur sa vision du monde actuel. Doué d’une maturité certaine, on se laisse bercer en cadence sur les mélodies accrocheuses, de celui qu’on appelle désormais “le porte parole de la génération Z”. Rien que ça !

Widowspeak – Expect the best

Le quartet de Brooklyn, nous offre une rentrée passionnée et rêveuse avec un quatrième disque baptisé Expect the best [Attendez-vous au meilleur]. Et honnêtement, qu’est ce qu’on pourrait vous souhaiter de mieux pour la rentrée ? Enregistré aux côtés du producteur Kevin McMahon (qui a déjà bossé pour Real Estate ou encore The Walkmen), Expect the Best propose un mélange de dream pop très 90’s et d’indie rock, qui offre par moments une tripotée de reverb et de distorsions complétement magiques (When I Tried). Avec une voix qui fait immédiatement penser à celle de Mazzy Star, la chanteuse Molly Hamilton va vous faire fondre comme de la crème glacée au soleil.

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Les Inrocks - musique

Les 200 meilleurs albums des années 60 selon Pitchfork

The Velvet Underground, Facebook officiel

Aretha Franklin, Miles Davis, The Velvet Underground, Bob Dylan, les Beach Boys ou encore John Coltrane, sont autant d’artistes – au style différent – qui figurent dans cet énorme classement dévoilé par Pitchfork. Une liste (que vous pouvez consulter ici), très éclectique, qui vise à mettre en avant la diversité créatrice de cette époque et son influence sur les créations contemporaines, tout en proposant quelques bribes d’histoire et anecdotes sur la confection de ces albums.

Afin d’établir ce classement, 50 contributeurs réguliers du site ont voté. Ils se sont efforcés de garder un objectif en tête : proposer le plus large panel d’artistes et de genres pour ne pas fausser la liste. En plus des tendances qui régnaient à ce moment, on peut retrouver à l’intérieur de celle-ci, de la chanson française, avec Ces Gens-Là (1965) de Jacques Brel ou Initials B.B. (1968) de Serge Gainsbourg, et même de la musique électronique, représenté par le très expérimental New Sounds in Electronic Music (Come Out / Night Music / I of IV) de 1969.

Pour ceux qui n’auraient pas la patience de remonter de la 200e place  aux 10 premières, Pitchfork a pris le soin de publier une petite vidéo regroupant les 10 héros de ce classement. Sur les plus hautes marches du podium, on retrouve – dans l’ordre – The Velvet Underground & Nico (1967) du Velvet Underground, directement suivi par Pet Sounds (1966) des Beach Boys et A Love Supreme (1965) de John Coltrane.

Les Inrocks - musique

Qui est Gustavo Dudamel, le chef d’orchestre star en butte à Maduro ?

Gustavo Dudamel avec l'orchestre symphonique Simon Bolivar à Caracas, avril 2013 ((© Leo Ramirez / AFP)

A 36 ans, Gustavo Dudamel est déjà un des plus célèbres chefs d’orchestre du monde. Après avoir dirigé les plus grands orchestres et avoir été acclamé sur toutes les scènes de la planète, il est actuellement directeur musical de l’orchestre philharmonique de Los Angeles.

Il fait partie de ces rares musiciens classiques qui ont atteint une popularité au-delà de leur domaine. Il doit cette notoriété à son immense talent mais aussi à l’exubérance et à la générosité de sa direction. La fougue et la maestria avec lesquelles il dirige les plus prestigieux orchestres emportent le public et lui ont acquis le soutien des plus grands chefs, comme sir Simon Rattle ou feu Claudio Abbado.

Mais si Dudamel a la chance d’être devenu une icône de son pays, le Venezuela, il a aussi la malchance de l’être au moment où sa patrie est à deux doigts de la guerre civile. Le Venezuela s’enfonce depuis des années dans la crise économique, sociale et politique. Après la mort d’Hugo Chavez en 2013, Nicolas Maduro s’est trouvé à la tête d’un régime qui n’a pas su profiter de la manne pétrolière (le pays possède les premières réserves mondiales) pour diversifier ses activités, et dont l’économie s’est effondrée à la suite de l’effondrement du cours du pétrole.

On connaît la suite : manifestations, plus de 120 morts depuis avril, crise politique et dérive vers un régime autoritaire, avec une Assemblée constituante qui a pris la place de l’Assemblée nationale hostile à Maduro et qui est accusée d’avoir été élue grâce à des fraudes.

“Un nain dans le domaine moral”

Pour Gustavo Dudamel, pas moyen de rester dans le rôle du créateur calfeutré dans sa tour d’ivoire pour échapper au tumulte de l’actualité. Comme nombre d’artistes confrontés à des régimes totalitaires, la politique l’a rattrapé et l’a sommé de choisir son camp.

Ce rappel au réel semble être intervenu quand il a réagi à la mort en mai dernier sous les balles de la police d’Armando Canizales, 18 ans, altiste dans un orchestre de Caracas.Sur son compte Facebook il a publié une tribune dans laquelle il déclarait : 

“J’élève ma voix contre la violence et la répression. Rien ne peut justifier que le sang soit versé. Nous devons cesser d’ignorer le juste cri d’un peuple suffoqué par une crise intolérable”

Il s’en prenait pour la première fois au régime chaviste : “La démocratie ne peut être adaptée à la mesure d’un gouvernement particulier sans se perdre”, ajoutant : “Il est temps d’écouter le peuple : assez, c’est assez.”

De la même façon, il serait intervenu pour obtenir la libération d’un autre musicien symbole de la lutte anti-Maduro, le violoniste Wuilly Arteaga. Surtout, le 19 juillet dernier, il a publié dans El Pais et dans le New York Times une tribune où il rompait ouvertement avec le régime, déclarant notamment :

“J’ai l’obligation, en tant que citoyen vénézuélien, de m’opposer à la décision inconstitutionnelle du gouvernement de convoquer une assemblée constituante nationale, qui aura le pouvoir non seulement de réécrire la Constitution, mais aussi de dissoudre les institutions de l’État. Cette décision ne fait que exacerber le conflit existant et les tensions sociales.”

La réaction a été rapide. Nicolas Maduro a décidé de supprimer une tournée internationale du chef dirigeant l’orchestre Simon Bolivar qui devait traverser quatre villes (Washington, Chicago, Los Angeles et San Francisco) en septembre, et pour laquelle 180 musiciens ont répété pendant trois mois.

Bien que cette décision lui ait “brisé le cœur”, Dudamel affirme qu’il continuera à se battre “pour un Venezuela meilleur et un monde meilleur”.

We will continue to play and to fight for a better Venezuela and a better world. (4/4) #MusicUnites #TocarYLuchar #KeepPlaying #Venezuela

— Gustavo Dudamel (@GustavoDudamel) August 21, 2017

Ces prises de position ont été souvent jugées bien tardives. De nombreux Vénézuéliens ont reproché au musicien son ambiguïté et sa passivité face aux dérives du régime. Le Figaro rapportait que “certains, comme la pianiste Gabriela Montero, le lui avaient sévèrement reproché, le traitant de collaborateur. Quant à Ricardo Hausmann, ancien ministre vénézuélien devenu professeur à Harvard, il avait qualifié Dudamel de ‘géant dans le domaine musical’, mais de ‘nain dans le domaine moral’.”

“El Sistema” un modèle contre l’exclusion et la violence

Pour comprendre sinon excuser cette tiédeur, il convient de rappeler le rôle de la musique classique dans la société vénézuélienne. Dudamel est le rejeton d’une organisation musicale très particulière : “El Sistema”. Fondé en 1978, c’est le nom donné à un programme d’éducation musicale destiné plus particulièrement aux jeunes des “barrios”, les quartiers pauvres, pour les protéger de la violence et de la drogue.

La musique peut donner un statut social et un métier, et l’enseignement musical est vu comme un moyen d’offrir un idéal aux déshérités. Pour les promoteurs de Sistema  l’orchestre, peut être “une arme contre l’échec, l’exclusion et la violence”  et permettre  que “des jeunes en mal d’identité découvrent le goût de la vie, la fierté de soi et leur place dans la société.”

S’il existe de nombreux orchestres issu du Sistema, son fleuron est l’orchestre Simon Bolivar, que dirige Gustavo Dudamel, devenu lui-même, avec sa gloire internationale, le symbole de l’excellence de ce modèle d’enseignement.

Nicolas Maduro et Gustavo Dudamel lors des funérailles de Hugo Chavez en mars 2013 (© Angel Angul / Presidencia/ AFP)

Le chavisme s’est bien évidemment emparé du Sistema, qui existait pourtant avant l’arrivée au pouvoir de Chavez, pour en faire une vitrine de la “révolution bolivarienne”. Pendant longtemps Dudamel, par conviction ou par souci de promouvoir le Sistema, s’est ouvertement affiché en faveur du régime, posant régulièrement avec Chavez. Il a enregistré l’hymne national avec l’orchestre Simon Bolivar, repris en permanence par la propagande.

Ses plus virulents critiques ne se privent ainsi pas de dénoncer ces anciennes compromissions, en rappelant  qu’on l’a vu en larmes dans les bras de Maduro lors du décès de Chavez. Une image qu’il aimerait sûrement faire oublier.

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Frank Ocean lâche un tout nouveau morceau : l’excellent “Provider”

(c) Wikieditor66, Flickr

Absent des radars pendant plusieurs années, puis de retour avec Endless et Blonde l’été dernier, Frank Ocean n’en finit pas de révéler de nouveaux morceaux. Après Chanel, ode à la fluidité sortie en mars dernier, c’est aujourd’hui au tour de Provider de voir le jour. A l’occasion de son passage sur la BBC Radio 1 pour un épisode de blonded radio, l’artiste américain a dévoilé cet inédit pour le plus grand plaisir des auditeurs.

Comme à son habitude, Frank Ocean est en maîtrise parfaite du chant, des chœurs et autres harmonies autotunées, et fait de sa voix l’instrument central de Provider. En quatre minutes, la balade passe par une multitude d’état, du plus serein aux envolées vocales les plus perçantes. Bonus : le titre cache une petite référence à Aphex Twin puisque dans un couplet, l’artiste chante “Stiff smile just like I’m Aphex Twin” (“un sourire figé à la Aphex Twin”). En bref, un titre que l’on espère recroiser sur un album très prochainement. En attendant, Ocean l’a assorti d’une “lyric video” à voir sur son site.

A la fin de l’émission, Frank Ocean s’est également fendu d’un freestyle de quelques minutes sur le morceau de 2 Chainz Rolls Royce Bitch. Une émission immanquable, donc, qu’il est possible de réécouter juste ici. 

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Mireille Darc, actrice mais aussi chanteuse, est décédée

Capture d'écran de la vidéo "Hélicoptère"

On la connaissait pour ses nombreuses apparitions cinématographiques entre 1960 et 1980, notamment dans le culte Le Grand Blond Avec Une Chaussure Noire, l’actrice et réalisatrice Mireille Darc est décédée ce lundi 28 août des suites de problèmes cardiaques. Malade depuis son enfance, elle a été opérée de nombreuses fois du cœur, ce qui l’a poussée à mettre entre parenthèses sa carrière dès le début des années 1980. Aujourd’hui, alors que les hommages se multiplient, de nombreuses facettes de l’artiste refont surface, notamment son passé dans la chanson.

C’est dans les années 1960, et plus particulièrement en 1965 que Mireille Darc ajoute une corde à son arc en débutant une carrière musicale. Après un premier EP réalisé par l’éditeur Denis Bourgeois et le compositeur Alain Goraguer, duquel le morceau Déshonorée se démarquera, l’artiste continue avec un 45 tours l’année suivante. Cette fois-ci, un tout nouveau collaborateur viendra contribuer à la carrière musicale de Mireille Darc.

Déjà largement reconnu dans le paysage de la chanson française, Serge Gainsbourg offre à Darc La Cavaleuse, dont les sonorités et la linguistique ne sont pas sans rappeler La Javanaise, qui sortira deux ans plus tard. Ensemble, ils interpréteront également à la télévision Ouvrez Les Guillemets, un morceau terminé la veille qui ne figurera finalement jamais sur disque.

Plus tard, Mireille Darc interprétera Drapeau Noir, titre encore une fois composé par l’homme à la tête de chou et aux paroles grivoises évoquant la petite culotte de l’actrice. Cette chanson sera d’ailleurs utilisée par la suite pour une publicité mettant en avant la marque Martini, en 1969.

A la fin des années 1990, après être revenue brièvement sur le petit écran cette fois-ci, toutes les œuvres musicales de Mireille Darc sont réunies sur une compilation, Compartiment 23. 19 morceaux, quelques inédits, et surtout de nombreux souvenirs sur la carrière secondaire de l’actrice dans la chanson. On retiendra évidemment le maladroit mais très délicat Hélicoptère, qui a su mettre en valeur la voix fragile et éraillée de l’apprentie chanteuse. Qui parviendra largement à faire ses preuves dans le domaine.

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Les moments forts de Rock En Seine 2017

Orelsan, invité surprise de la création des Shoes, "Formule".

Le joyeux larron Mac Demarco et sa table de “super VIPs” 

Sous un soleil de plomb, Mac Demarco se paye la grande scène et nous gratifie d’un concert décadent (tout à son image), pendant lequel le Canadien a beaucoup échangé avec la foule, blagué, et bu quelques coups. Dès la première chanson, tout lui est permis : deux festivaliers font irruption sur les planches, dansant et chantant avec l’artiste. lIs seront rejoints par un troisième fêtard, que Mac Demarco porte sur ses épaules, clope au bec et micro en main. Tout est normal ! Mac invite ensuite ces jolis zozos à la table de ses amis, “les super VIP“ comme il s’est amusé à les appeler. Posée sur le coin droit de la grande scène, cette table rassemble une drôle de bande de copains, équipée d’une glacière et aussi de quelques bonnes bouteilles : la Cène revue et corrigée par Mac…

Au milieu de ses très bons titres (On A Level, Chamber Of Reflection, Cooking Up Something Good, Ode To Viceroy…), Mac et ses musiciens se sont amusés à reprendre (et bien chahuter) un tube pop qui n’est pas passé inaperçu : A Thousand Miles de Vanessa Carlton. Un moment fort, et surtout comique : Mac ne connaissant absolument pas les paroles, il se contente de répéter pendant plus de 3 minutes la tirade : “Making my way downtown”. Fendart !  Finalement – et comme souvent – l’excentrique chanteur nous a fait passer un moment “bin fun” (comme on dit au Québec), en proposant, son inimitable son rock psyché. J.S.

@macdemarco dans toute sa splendeur Credit @daidix . . . #festival #music #love #dance #art #sun #party #instagood #photography #happy #picoftheday #house #travel #photooftheday #instagram #followme #techno #light #rock #summer #girls #live #friend #funny #chill #smile #goodtime #Rockenseine #RES2017

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Faire le plein d’énergie avec The Lemon Twigs

Les frères D’addario, Brian et Michael, nous ont livré une prestation débordante d’énergie sur la scène de l’Industrie. Intenables au chant, avec une guitare en main, ou surexcités à la batterie à l’arrière, les deux Américains ont tout donné, démontrant l’étendue de leur talent. Oscillant entre pop lascive (impossible de ne pas penser à John Lennon) et rock brut, les D’addario ont proposé un show parfois lunaire, sans rechigner sur la dose d’effort fourni pour satisfaire un public – nombreux et réceptif –, distillant les titres de Do Hollywood, leur premier album très réussi. Au fur et à mesure que le show avance, la débauche d’énergie ne fait que grimper, débouchant sur des solos de Brian et Michael, où les frères n’ont plus aucune retenue, finissant même par des sauts en grand-écart, ou à se rouler par terre, guitare toujours en poigne. Ce concert d’une heure environ, sous le soleil couchant, sera passé d’une traite, très voir trop rapidement.

Une publication partagée par Paoli Koenigs Carbone (@paoli_carbone) le 27 Août 2017 à 23h05 PDT

Ty Segall dans un corps à corps avec sa guitare

Fringués comme les White Stripes époque White Blood Cells, Ty Segall et son band ont remis, dimanche après-midi sur la scène de la Cascade, de l’ordre dans les idées de ceux qui pensaient que les guitares sont bel et bien mortes. Le Californien, à peine 30 piges, s’est déjà réinventé 1000 fois et le prouve encore cette année à Rock en Seine, avec un nouveau show qui donne envie de péter de la porcelaine à coups de marteau, comme au mitan du titre Thank You Mister K, issu de son dernier album. La guitare heavy de The Only One, les digressions progressives de Warm Hands (Freedom Returned), les fuzz de Break a Guitar et la nostalgie qui nous saisit au col lors de l’enchaînement Caesar, Girlfriend et Sad Fuz, tous trois sortis de Melted (troisième album du natif de Laguna Beach et manifeste psych-garage ultime), font du show de Ty Segall une expérience à part dans la vie d’un kid en 2017. Tout va bien, on vit une belle époque. F.M.

Ty Segall @ Festival Rock en Seine, Paris

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L’irlandais Rejjie Snow fait sensation (et provoque un Circle Pit dans le public)

Malgré la défaite par KO technique du boxeur Conor McGregor la nuit d’avant, un drapeau irlandais flottait sur le domaine de Saint-Cloud ce dimanche. Bob léopard enfoncé sur le crâne et dj old school arborant un vieux t-shirt floqué Billionaire Boys Club comme à l’époque du lycée, le rappeur de Dublin débarque dans la jungle de la scène du Bosquet, devant une foule impatiente et curieuse. Celui qui voulait bannir le mot bitch du vocabulaire du rap (comme on vous le rapportait ici l’année dernière), s’est laissé embarqué par l’euphorie du show et l’enthousiasme du public, dépassant même un poil le temps de set qui lui était imparti : Rejjie Snow fait lever les poings sur Keep Your Head Up, provoque un pogo tournoyant (circle pit) comme dans un concert de punk rock, transforme Rock en Seine en club à ciel ouvert et raconte sa vie à Dublin, The Chronic de Dre et la mort de Big L sur 1992. On attend la suite avec impatience. F.M.

#rockenseine #rapenseine #rejjiesnow

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La légende latino-américaine Cypress Hill indémodable et incontrolable

“Eh bien, B-Real! Je pense que tu dois être grave défoncé”, lâche Sen Dog. Les deux MCs règnent en maîtres sur le domaine de Saint-Cloud et se partagent la foule dans une battle géante, avant de rappeler un message d’unité toujours prôné par les rappeurs de South Gate, Los Angeles. Vingt-six ans de carrière, comme le mentionne B-Real, splif à la main, lors d’un speech galvanisant, c’est presque toute l’histoire du hip-hop qui se joue sous nos yeux. Entre medleys, solos de percussions et classiques façon Tequila Sunrise, How I could Just Kill a Man et Insane In The Brain (on aurait préféré la version espagnole et son mythique ido de la mente en guise de traduction), Cypress Hill la joue nostalgique, mais indémodable, et fout une ambiance de malade mental. On aurait aimé entendre Lowrider, histoire que le trip angeleno soit total. F.M.

@cypresshill mets le feu à la Grande Scène Credit @daidix . . . #festival #music #love #dance #art #sun #party #instagood #photography #happy #picoftheday #house #travel #photooftheday #instagram #followme #techno #light #rock #summer #boys #girls #live #friend #funny #chill #smile #goodtime #Rockenseine #RES2017

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The Shoes se paye le rappeur Orelsan en Special Guest de leur création “Formule”

Dilemme ultime pour clôturer le festival, le duo rémois The Shoes et la sensation britannique The XX jouent pile en même temps. Fermement décidé à profiter un peu des deux, on se faufile entre les rangs d’un public en pâmoison à l’écoute des premières notes de la grande messe de Jamie XX et Romy Madley Croft. Les tubes de leur premier album xx nous titillent les oreilles alors qu’on rejoint à grandes foulées la scène de l’industrie. On y retrouve les deux producteurs pour une création visuelle et sonore, Formule, revisitant 30 ans de culture musicale inrocks, et conçue tout spécialement à l’occasion de la sortie de notre nouvelle formule imminente.

Un grand blind test géant se met alors en place dans le public, à chaque nouveau tempo, et nouvelle voix qui sort des amplis. De Jay Z aux Happy Mondays, en passant par la french touch des Daft Punk, la voix suave d’Etienne Daho, ou encore de la gueule d’amour de Damon Albarn et la décapante chanteuse de Gossip , rien ne nous échappe. Quant aux smileys, gifs de pizza, extraits de clips customisés et autres joyeuseries qui défilent sur l’écran géant, ce décor accompagne à merveille les tubes passés à la moulinette de Benjamin Lebeau et Guillaume Brière. Les Rémois l’avaient juré, une surprise nous attend, et elle est de taille. Le rappeur nantais Orelsan fait irruption sur scène pour nous gratifier d’un savoureux Jimmy Punchline. Jouissif ! On se quitte finalement sur le frénétique Time To Dance en medley avec Louxor de Katerine, repu d’une quinzième édition à la hauteur de nos attentes. A.A.

Orelsan & The Shoes #theshoes #orelsan #rockenseine #festival #paris #concert #musique #rap #dj #lesinrocks

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Une quinzième édition riche en émotions…

La quinzième édition du festival Rock En Seine fut riche en émotions et on garde un souvenir ému de la première prestation du groupe rennais Her, depuis la disparition de son co-songwriter Simon Carpentier. Notre coeur bat encore la chamade grâce au papi de la soul Lee Fields & The Expressions, grâce auquel on a pu danser un slow sur son sensuel Special Night. La grande prêtresse du rock PJ HARVEY peut quant à elle se vanter d’avoir signé un des meilleurs shows du festival, une messe sombre et puissante. Difficile également de faire l’impasse sur le show impeccable de Franz Ferdinand (et de la dernière coupe peroxydée de son chanteur Alex Kapranos) : figures acrobatiques et prestation vocale irréprochable. Enfin, c’est un des colosses du rock, The Jesus and Mary Chain qui a ressuscité et soufflé un vent chaud sur nos têtes avec leur mythique Just Like Honey. Alors espérons que notre année soit aussi douce que leurs paroles !

>> A lire aussi : Un concert émouvant et fort pour Her à Rock en Seine

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Les 10 albums de jazz français qu’il faut écouter avant la rentrée

Sandra Nkake (© Jean-Baptiste d’Enquin)

Sandra Nkaké, Tangerine Moon Wishes

Sandra Nkaké n’a pas pour habitude de reculer devant la prise de risques. Ce nouvel album le prouve, qui constitue une mise à nu pleinement assumée. Sincère et d’un timbre voilé désarmant, la voix s’offre librement à l’air ou à la déclamation solitaire, couvée par une étoffe pop discrète et complice et les douceurs rêvées de la flûte de Jî Drû. L’intime le plus secret se confronte ainsi à un espace sans mesure comme pour mieux renaître à soi, rendant ces chansons nécessaires dès la première écoute. A paraître le 15 septembre.

Parisien, Peirani, Schaerer & Wollny, Out of Land

Une association de talents ne suffit pas à faire un beau disque, d’accord – mais enfin, ça aide. La lecture des noms sur la pochette agit ici comme un sésame et, dès l’abord, on a la confirmation que les quatre instrumentistes et compositeurs en présence sont à l’unisson et à leur meilleur. La folie douce de Schaerer semble souvent agir comme fil conducteur, entraînant ou se mêlant aux transes de Parisien, aux grandes respirations marines de Peirani et au romantisme constellé d’hallucinations hoffmanniennes de Wollny, composant des tableaux organiques d’une profondeur toute moderne. Comme prévu, une réussite totale.

Mathias Lévy, Revisiting Grappelli

De Stéphane Grappelli, on se souvient généralement qu’il fut le compagnon de route de Django Reinhardt, moins souvent qu’il continua, après avoir donné ses lettres de noblesse au jazz manouche, à mener le violon soliste où on ne l’attendait pas, du swing au rock, du jazz fusion à la musique de film (Les Valseuses). Le temps de cet enregistrement en quartet à cordes, Mathias Lévy rend un hommage sensible à la curiosité et à la tendresse du maître disparu il y a 20 ans. S’il joue sur son instrument même, il se garde bien de le pasticher, conservant sa sonorité propre, ses attaques et sa respiration. Là réside l’intérêt de ce disque remarquable de délicatesse, dans lequel on découvre Mathias Lévy autant qu’on (re)découvre Grappelli. A paraître le 1er septembre et à retrouver à la Philharmonie de Paris le 29.

Melusine, Melusine

Tout commence par une fugue, cet exercice complexe de la musique baroque dont le nom évoque aussi l’idée de se faire la belle – et c’est exactement ainsi que l’album continuera de se dérouler, par fuites successives, à travers des solos de guitare rock, des vols planés d’accordéon ou les grondements souterrains d’un euphonium saturé. De temps à autres, le bruit prend le dessus, comme un bourdonnement d’électrons libres, et puis une structure s’établit, une mélodie naît et se développe ou se perd dans une nouvelle atmosphère. Le quintet Melusine intrigue ainsi et tient en haleine tout au long de ce premier album singulier et abouti.

House of Echo, Echoïdes

C’est une musique qui se revendique comme particulaire et qui procède par disséminations et éparpillements, montées en ébullition et retours à la dispersion, échos qui courent partout et portent l’air et le rythme en mouvements fugaces. Si l’on se joue ici des canevas habituels, c’est moins pour promouvoir l’absolutisme de la dissonance que pour ériger, dans l’improvisation partagée, des géométries neuves, un temps à soi. Entre Marc-Antoine Perrio (guitare), Enzo Carniel (piano), Simon Tailleu (contrebasse) et Ariel Tessier (batterie), les échos vont et viennent donc, et comme l’esprit est au partage, c’est bien volontiers qu’on suit les progressions imprévues de leur House of Echo. Sortie le 1er septembre.

Bertrand Ravalard, Le Chant des écluses

En marge de ses travaux en trio et au sein du Quartet Polish Jazz, Bertrand Ravalard construit une oeuvre pour piano solo dont la discrétion même apparaît comme un charme supplémentaire. Les 17 pièces rassemblées dans Le Chant des écluses évoquent de ces tableaux que les impressionnistes peignaient dans l’air champêtre par-delà les barrières, on y savoure la même poésie déliée et claire comme une mélodie de printemps, le même enchantement naturel, la lumière. Ce n’est pas rien, de goûter à ces émotions : ne passez pas à côté de cet album.

Atonalist, Atonalist

L’atonalité par des atonalistes, voilà qui devrait avoir le mérite d’être clair – sauf que, bien sûr, on évolue ici dans des schémas tonals et, pied de nez supplémentaire, qui renvoient moins à l’Ecole de Vienne qu’à David Bowie, Massive Attack et Brian Eno. Où demeure l’atonalité, alors ? Peut-être dans cette décoloration permanente, ce travail patient de la matière sonore, élastique, coulante, fondante, tranchante, flottante… Atonalist, soit les multi-instrumentistes Renaud-Gabriel Pion et Arnaud Fournier épaulés par le chanteur Gavin Friday, a défini son propre artisanat avec une méticulosité clinique, mais toute la bizarrerie qui envahit ici l’espace ne se départ jamais d’une chair bien vive touchant les sens avant l’intellect. Il faut choyer un disque aussi maîtrisé et original.

Edmond Bilal Band, Starouarz

On a d’abord cru à un groupe breton (le z en fin de titre) avant de percevoir la référence et de s’en inquiéter un peu – usé, Star Wars, non ? A l’écoute, tout s’est arrangé et on a mieux compris où l’on posait les pieds. Ou plutôt où on ne les posait pas, puisque c’est l’apesanteur qui domine dans cet espace sans cesse agrandi aussi bien par l’emploi du synthétiseur et les fusées de saxophone que par les heurts et silences de la rythmique. L’ensemble est assez fluide et dynamique pour échapper aux clichés auto-complaisants d’un certain jazz-rock et, finalement, c’est bien volontiers qu’on revient à ce Starouarz sans Bretons – le groupe est bordelais – ni Edmond Bilal – aucun musicien ne porte ce nom –, mais assurément situé du bon côté de la Force.

Trio Barolo, Casa Nostra

Casa nostra, “notre maison”, ne désigne pas un terroir, terre ou lieu revendiqué par le Trio Barolo comme étant sien, mais au contraire un espace sans borne, décloisonné et traversé d’influences multiples. L’association entre trombone, accordéon et contrebasse – avec quelques touches de chant et de clarinette – n’allait pas de soi, mais elle s’avère des plus judicieuses. Si la mélodie travaillée à plusieurs ne se défait jamais d’une tristesse qui n’exclut ni la force ni l’intensité – comme dans le tango, dont le souvenir est ici obsédant –, le trio ne cesse de creuser dans l’ombre des timbres de salutaires percées affirmatives. A retrouver le 19 septembre, au Studio de l’Ermitage.

Clax Quartet, Les Poussières

Sans luxe tapageur ni publicité criarde, voici, en toute discrétion, une petite merveille de boîte à musique. La modestie même du titre ne doit pas tromper : s’il y a poussières, elles sont d’étoiles, d’ailleurs la poésie est partout ici, dans les titres comme dans les sons, les mélodies, les silences. Clax Quartet présente une alliance originale entre flûte, vielle électroacoustique, clarinettes et saxophones, timbres qui s’associent en brefs ensorcellements, harmonies qui se nouent et se dénouent et où passent des réminiscences des Balkans, de danses anciennes ou d’un baroque sans fioritures, austère et charmant. C’est une musique aussi subtile qu’immédiate, à goûter le 26 septembre au Studio de l’Ermitage.

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