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19 août 2017

Le bal masqué de Juniore et Foxygen à Plage de Rock

Foxygen

“Je suis crevé, mec. On était à Los Angeles hier, je suis un peu déphasé”, nous confie Jonathan Rado à l’ombre d’un cocotier. Le producteur du génial album des Lemon Twigs et co-leader de Foxygen aux côtés de Sam France a débarqué dans le sud de la France dans la nuit, trimballant avec lui pas moins de onze personnes. C’est ici, à Grimaud, que les californiens doivent débuter leur tournée européenne, avant de filer directement après le concert à la Route du Rock (Saint-Malo), puis d’enquiller avec le Portugal, l’Allemagne, le Pays-Bas et l’Angleterre. De quoi faire stresser Jeroen, le tour manager. “Je crois que c’est la logistique la plus importante que j’ai eu à gérer”, dira-t-il.

Le Rado de la méduse

A post shared by François Moreau Martinez (@francois_mmartinez) on Aug 18, 2017 at 11:43pm PDT

Tu te rappelles du concert de Amazing Snakeheads ?

Parmi tout ce petit monde, Cameron Ralston et Pinson Chanselle, respectivement à la basse et à la batterie. Foxygen a eu la bonne idée de s’entourer des meilleurs musiciens pour cette tournée, en allant piocher dans la filière Spacebomb records, label fondé par Matthew E. White et basé à Richmond, Virginie (Etats-Unis).

Entre deux bouchées de pastèque, les deux compères se remémorent un certain 7 novembre 2013, à Paris. La soirée avait commencé à la Cigale avec le concert de Matthew E. White, dans le cadre du festival des Inrocks et s’était terminée au Silencio avec une fête organisée par le label Domino Records. “Pinson passait des disques dans ce club”, se souvient Sergio, ingénieur son de Foxygen, avant de nous livrer une réflexion semble-t-il empirique sur les différences culturelles de la pratique du topless sur les plages espagnoles et sud-américaines. Cameron, lui, se rappelle surtout des coups de boutoir des écossais de Amazing Snakeheads, alors tête d’affiche de soir-là.

“Eteignez vos clopes !”

Quelques heures avant de monter sur scène, on surprend Sam France un bouquin à la main. Il s’agit de l’autobiographie de Miles Davis, écrite avec son ami journaliste et écrivain Quincy Troupe. Une lecture qui en dit long sur les ambitions de Foxygen. Le groupe s’est agrandi et compte maintenant un trio de cuivre, qui faisait ses débuts ce jeudi sur la scène du Long Bar. La veille, Sam et Jonathan lâchaient le clip de Avalon – nouveau single issu de Hang, leur dernier album -, dans lequel Rado joue le rôle d’un réalisateur complètement égocentrique, extraverti et control freak. Presque tout le contraire de qu’il est sur scène, à ce détail près qu’il reste le chef d’orchestre incontesté et discret de l’énorme bordel qui s’y passe.

Il laisse à Sam France le rôle de torche humaine au visage pailleté et gesticulante. Dans un show complètement glam’, France passe ainsi en revue l’histoire du rock et la joue un coup crooner, un coup punk, un coup Bowie à l’époque où il faisait s’écrouler sur scène Ziggy Stardust, le tout avec une sorte de dramatisation carrément burlesque. Entre les morceaux, il s’épanche sur ce que lui inspire l’amour, la vie et les clopes, demandant au public d’arrêter de fumer pour le bien-être de ses poumons et donnant au concert des allures de performance jazz parlée et improvisée quand, accompagné par les cuivres, il se laisse aller à ce genre de digressions. De son côté Rado reste planqué derrière son clavier et sa guitare, tandis que Jackie, aux choeurs, bouge comme une Ronnette en faisant mieux au tambourin que Liam Gallagher et Joel Gion réunis.

Même si les frangins D’Addario de Lemon Twigs semble maitriser davantage le genre, on tient sans doute ici la meilleure formule live jamais montée par Foxygen.

Pour un slow à Grimaud

Plus tôt dans la soirée, Juniore a fait danser Grimaud, façon American Graffiti cette fois. Anna Jean débarque avec sa clique comme dans une scène de Faster, Pussycat! Kill! Kill! et balance Ouh là là, titre instrumental en forme de cavalcade surf qui ouvre l’album du même nom. Fringuées en noir dans un style southern gothic, les Juniore ressemblent à ce girl-band qui a pris à contre-pied une époque dans laquelle on cite plus volontiers Elli & Jacno que Françoise Hardy et Nancy Sinatra.

Des sixties les Juniore n’ont pas gardé que le style, elles ont aussi conservé ses usages. En invitant le public à monter sur scène pour un slow sur Je fais le mort, elles transforment la plage du Long Bar en bal rétro sans boule à facettes, tandis que Panique fait bouger la foule comme un vieux rock un peu badass, un peu romantique. Mais les deux vont souvent ensemble. Pourtant, si les ressorts de la nostalgie sont à chercher quelque part, c’est plutôt du côté du jeu de guitare d’Anna Jean qu’il faudra lorgner ; comme quand, sur Tu vas tu viens, sa main dégringole le long du manche de sa Guild Starfire rouge, dans une suite d’accords reproduisant les “tu verras bien demain” de la chanson. Une belle façon de terminer les vacances.

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Weezer annonce la sortie d’un nouvel album, avec un deuxième extrait en écoute

Weezer avait teasé son nouvel album il y a quelques jours (capture d'écran)

C’est par un joli texte, classique du taoïsme, que Weezer a annoncé sur Facebook ce 17 août la sortie prochaine d’un nouvel album, Pacific Daydream (Crush Music/Atlantic Records). Il s’agit d’une fable du penseur chinois Tchouang-tseu, aussi appelé Zhuangzi, baptisée “Le Rêve du papillon” :

“Zhuangzi rêva une fois qu’il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu’il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s’il était Zhuangzi qui avait rêvé qu’il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu’il était Zhuangzi”

En bas à droite de la pochette de l’album, des sinogrammes font le lien avec cette référence inattendue.

Un deuxième extrait toujours aussi estival

Pour accompagner cette annonce, les Californiens ont dévoilé un deuxième extrait de l’album, Mexican Fender (référence à la gamme de guitares Fender la plus économique, fabriquée au Mexique), en écoute ci-dessous :

A la mi-mars, ils avaient anticipé l’été avec un premier extrait de circonstance : Feels Like Summer.


Pacific Daydream, de Weezer, le 27 octobre, en pré-commande ici.

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Les 10 albums de jazz qu’il faut écouter avant la rentrée

Le pianiste Gerald Clayton (© Keith Major)

Hermon Mehari, Bleu

Depuis son plus jeune âge, Hermon Mehari collectionne les distinctions grâce à sa trompette véloce, qu’il maîtrise avec une technique exemplaire. D’un musicien on attend cependant des qualités autres qu’athlétiques. Ce disque enregistré en sextet (avec Logan Richardson à l’alto et Aaron Parks au piano) balaie toute inquiétude à ce sujet. Sur une rythmique gonflée à la testostérone – péché de jeunesse de nombreux jazzmen américains –, Mehari déroule thèmes mélodieux et solos ingénieux, osant même une certaine nonchalance. Ce contraste entre la sophistication extrême d’un swing calé au micro-temps près et la décontraction assurée du leader fait tout l’attrait de Bleu.

Gerald Clayton, Tributary Tales

Dans le livret de son nouvel album, le pianiste Gerald Clayton s’empare de la métaphore du ruisseau devenu rivière, puis fleuve afin d’évoquer son parcours d’homme et de musicien. Derrière le cliché, nulle naïveté : le tumulte océanique du premier titre (Unforeseen) se prolonge en houles furieuses soulevées par le batteur Justin Brown et une solide armada de saxophonistes, Logan Richardson, Ben Wendel et Dayna Stephens. Quand le calme revient, les voix de quelques poètes tombent sur l’onde et, par instants, on pense à Mingus (Wakeful) après avoir songé à McCoy Tyner. Tant de capacités si bien employées, dans les mains d’un homme de 33 ans, ne peuvent que laisser admiratif.

Manuel Valera Trio, The Seasons

Les Quatre saisons, on l’oublie parfois à force de subir leur introduction en boucle sur les répondeurs de dentistes, contiennent des splendeurs impérissables, distribuées en quatre concertos pour violon. Pour son nouvel album, le pianiste cubain Manuel Valera a puisé son inspiration en elles sans chercher à en reproduire les thèmes si célèbres, sensible davantage à la poésie des évocations de Vivaldi qu’à leur traduction littérale. Frôlant les abîmes à force de vitesse, son trio adopte les foulées nerveuses du hard bop plutôt que celles, plus souples, des leçons latines. Mais au bout de la course, c’est l’apaisement qui triomphe, dans un Hallelujah de toute beauté.

Oregon, Lantern

De la formation originale ne restent que Ralph Towner et Paul McCandless (Mark Walker est arrivé en 1996 et le contrebassiste Paolino Dalla Porta signe ici son premier enregistrement avec le groupe), mais Oregon n’a en rien renoncé à sa mission, fixée dès 1971 : vagabonder à travers les musiques du monde et le folk pour enrichir toujours plus son jazz de sons, modes et rythmes rares. L’exotisme n’est pas de mise à la lumière de cette Lantern : au hautbois et au cor anglais, au soprano comme à la clarinette basse, McCandless affiche une distinction quasi élisabéthaine, tandis que Towner, à la guitare et aux claviers prête du nylon au swing et au blues, quand ce n’est pas un soupçon de surréalisme psychédélique (ainsi dans le superbe morceau-titre). C’est le trentième album d’Oregon et le secret de ses fascinantes limpidités reste entier.

Giovanni Falzone Quintet, Pianeti Affini

Pour traduire les sympathies musicales des « planètes connexes » (Pianeti Affini), Giovanni Falzone a convoqué un orchestre étrange réunissant trombone, accordéon et effets électroniques en plus de la section rythmique et de sa trompette. Cette matière sonore, loin d’être accidentelle, a sûrement influencé l’écriture même, précise et répondant à des plans particuliers pour chaque pièce. L’assaut de l’espace ne se sépare jamais ici d’une truculence et d’un certain grotesque typiquement italiens : parfois chétives, voire manquées, ces ascensions fragiles mènent à de touchants retours à l’humaine condition – et donc au blues, américain, italien, universel.

Roscoe Mitchell, Bells for the South Side

Certains hommes ont la passion de l’expérimentation, aussi radicale et indéterminée pourrait-elle paraître. « J’aime le mystère » déclare simplement Roscoe Mitchell, co-fondateur de l’Art Ensemble of Chicago, saxophoniste de génie et amateur passionné de clochettes. Réunissant ses quatre trios ce double album ressemble à une toile vierge traversée de lézardes étranges, fissures tremblotantes où s’insinuent des fureurs de rythme, des silences qui inquiètent moins que les bruits qu’ils enfantent, des cavalcades d’esprits chuintants, hurlants ou pleurants. La tonalité par instants se précise sans que la terre soit plus ferme sous les pieds, et cette solitude du chaos peu à peu nous dépeuple de toute image, de toute idée-réflexe, livrant l’esprit au vertige interrogateur du neuf.

Eric Schaefer, Kyoto mon amour

Laissant les sublimes fracas de son disque enregistré avec The Shredz propager leurs dernières vibrations, Eric Schaefer définit un espace musical entièrement différent dans cet album inspiré par la cité impériale japonaise. Procédant par touches, silences et traits gracieux, le batteur allemand et ses musiciens (Kazutoki Umezu aux clarinettes, Naoko Kikuchi au koto et John Eckhardt à la basse) cultivent leur art comme un jardin zen, avec la subtilité requise et tout ce qu’il faut de patience, de confiance et d’abandon. Il en résulte un cahier poétique qui évite l’écueil du pittoresque et ne s’attache qu’aux beautés évanescentes de l’esthétique japonaise.

Josiah Woodson, Suite Elemental

Il a longtemps mis ses talents au service des autres sans se fixer de limites (ses compagnonnages vont de Branford Marsalis à Beyoncé et Mos Def), mais c’est au sein d’un quintet “classique” (avec basse, batterie, claviers et saxophone en soutien) et dans un langage apparenté au jazz modal qu’il réalise aujourd’hui cette ambitieuse Suite Elemental. Passant de la guitare à la flûte ou à la trompette, Josiah Woodson peint les quatre éléments comme autant d’états d’âme et de mouvements sensuels. La cohérence entre le concept et ses développements est telle qu’on redécouvre avec enthousiasme l’inépuisable valeur esthétique de ces quatre principes créateurs.

Stephan Micus, Inland See

Fidèle parmi les fidèles au label ECM, Stephan Micus aborde chaque nouvel enregistrement comme un voyageur partant pour une traversée en solitaire. Collectés dans tous les pays, ses instruments, dont il joue seul et avec beaucoup de finesse, instaurent l’espace et le temps qui lui sont propres, entre l’Asie, le Moyen-Orient et Europe, entre traditions immémoriales par où les hommes se liaient à la nature et au divin, et présent rasséréné, dépollué de son infamante laideur. Un rapport nouveau au monde peut se faire là, salutaire, curateur.

John Coltrane, European Tour 1961

Avec Charlie Parker, John Coltrane compte parmi les saxophonistes les plus influents de l’histoire du jazz. Edité pour le cinquantenaire de sa disparition, ce passionnant coffret de sept albums retrace sa tournée européenne de 1961. C’est une époque charnière pour Trane, celle qui le voit trouver en McCoy Tyner, Reggie Workman et Elvin Jones les soutiens nécessaires à l’exploration de nouvelles voies. Au fil des concerts, on retrouve ses thèmes fétiches, Naima, Impressions (neuf fois), My Favorite Things (neuf fois également) ou Blue Train, tous magnifiés par les interactions de ce quartet fabuleux et les libertés folles d’Eric Dolphy (alto, flûte et clarinette basse), génie supplémentaire engagé en renfort pour cette tournée. Un must have.

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