Actu musique

11 août 2017

Porter Ricks offre un nouveau souffle à la techno avec “Anguilla Electrica”

Impulsé au mitan des années 1990 par Thomas Köner et Andy Mellwig, le duo Porter Ricks a frappé fort d’emblée avec Biokinetics, premier album sorti en 1996 sur le label berlinois Chain Reaction et salué – à juste titre – comme l’un des plus étincelants prototypes de la veine ambient-techno-dub alors si prolifique en terre germanique. Après un deuxième album moins marquant (Porter Ricks, 1997) et un split-album enregistré avec les Anglais de Techno Animal (Symbiotics, 1999), auxquels s’ajoutent divers ep et remixes, les deux acolytes vont suspendre le projet afin que chacun puisse s’adonner séparément à d’autres investigations sonores.

Suite à la réédition de Biokinetics par Type en 2012, Porter Ricks va se reformer et livrer plusieurs performances live, la première ayant lieu en octobre 2013 dans le cadre du très prospectif festival polonais Unsound. Cette reformation va aussi se traduire par une reprise de la production. Après l’impeccable ep Shadow Boat, paru en 2016 chez Tresor, arrive à présent, toujours sur le même label, le très attendu nouvel album du duo. Baptisé Anguilla Electrica, il comprend six morceaux – aucun ne figurant sur le ep de 2016 – et reflète avec éclat toute l’étendue des aptitudes de Köner et Mellwig en matière d’exploration de la sphère électronique.

Du grondant et percutant morceau inaugural, qui donne son titre à l’album et le lance sur un tempo étonnamment soutenu, au flottant et grésillant morceau final (Sandy Ground), le duo fait preuve d’une dextérité remarquable dans l’agencement des rythmes et le cisèlement des textures. L’écoute au casque est ainsi très vivement conseillée pour apprécier toute la sophistication du travail de composition et, d’oscillations troubles en pulsations profondes, vivre cette expérience immersive à son maximum d’intensité.

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Arto Lindsay nous emmène en voyage avec le très beau “Cuidado Madame”

On l’oublierait presque tant il nous paraît familier, jamais loin de nous, modestement occupé, dans quelque recoin nuageux, à mêler musique électronique et samba, à faire du mal à sa guitare et du bien à nos oreilles. Pourtant, c’est bien le premier album studio d’Arto Lindsay depuis treize ans.

Le sexagénaire américain, dont on a souvent dit qu’il était un explorateur cérébral, n’a durant ce temps rien changé à ses manières. Il continue à chanter en anglais et en portugais et à injecter du Brésil dans ses complexions bruitistes, des harmonies inattendues dans sa soul blanche, de la suavité dans ses errances froides, de la désinvolture dans ses rigidités machinales.

Mais ces nouvelles compositions laissent aussi au corps ses hasards, ses éruptions imprévues, et des affleurements de légèreté, d’insouciance, d’abandon. Entre désincarnation distancée et retours aléatoires des sens, Arto demeure toujours aussi passionnant à suivre.

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“Althaea”, nouvelle rêverie planante des Trailer Trash Tracys

Ces dernières années, les vacances d’été sont de moins en moins un désert pour les sorties de disques : c’est pendant la période estivale 2017 qu’on a pu découvrir les nouveaux albums de mastodontes comme Arcade Fire ou Lana Del Rey. Plus confidentiel mais d’une beauté envoûtante, le deuxième album des Trailer Trash Tracys, Althaea, vient illuminer ce mois d’août. Les membres fondateurs nous accueillent dans le quartier du nord-est de Londres, où ils ont élu domicile.

“Une ville qui autorise toutes les excentricités”

Elle, c’est Susanne Aztoria, chanteuse suédoise, héritière de Liz Fraser, regard bleu pétillant et coupe à la garçonne. Lui, c’est Jimmy Lee, guitariste anglais d’origine philippine, tempérament bouillonnant et connaissance encyclopédique de la musique. Susanne a grandi à Göteborg, Jimmy à Leicester. Même si des centaines de kilomètres les séparaient, ils disent avoir ressenti pendant leur adolescence le même ennui, la même désillusion, le même besoin de s’évader d’une vie toute tracée.

“Londres a ses inconvénients et ses frustrations, mais je ne me suis jamais autant sentie chez moi qu’ici, parmi toutes les bizarreries, remarque Susanne, qui porte pour l’occasion une moustache postiche. Je suis arrivée quand j’avais 19 ans, sans forcément avoir l’intention de rester, juste pour m’échapper. C’est une ville qui autorise toutes les excentricités.”

Leurs deux albums ne reflètent pas du tout la capitale anglaise. Ils rêvent d’ailleurs.

“Le commentaire politico-social sur Londres, on le laisse à d’autres groupes qui font ça beaucoup mieux qu’on le ferait, explique Jimmy. On aime créer une musique qui fait voyager, ou qui fait penser à des scènes de cinéma. Ce n’est pas vraiment un choix conscient : c’est juste notre façon de composer.”

Ce songwriting de mirages enivrants, entre ombre et lumière, a nourri leur premier album, le vaporeux Ester (2012) – on le renommerait bien “Ether”, à une lettre près. Tout droit sorti d’un fantasme de David Lynch, le duo n’y cachait pas sa passion pour le shoegaze, la dream-pop, le générique de Twin Peaks, les mélodies pop des fifties et My Bloody Valentine.

Un groupe métamorphosé

Après la tournée d’Ester, ils ont envie d’écrire un nouvel album rapidement. Ils commencent par tâtonner pendant quelques mois.

“C’est tellement un cliché, rit Susanne. Avant, on préférait la simplicité, très peu d’accords, des ambiances dépouillées. On s’est dit qu’on allait essayer l’extrême inverse.” Jimmy : “On s’est mis à faire une sorte de prog-rock dingue avec un peu trop de changements d’accords, mais on a fini par abandonner ce projet. L’idée de la formule guitare-basse-batterie nous ennuyait profondément et on ne voulait pas non plus se répéter avec des chansons de style shoegaze. On a travaillé à droite et à gauche en freelance. Je me suis mis à programmer des soirées concerts, en invitant des musiciens que j’apprécie. C’est là que j’ai rencontré Beibei Wang, une percussionniste chinoise qui joue sur notre nouvel album. En parallèle, j’écoutais beaucoup d’electro japonaise des années 1980, Mariah, les collaborations entre Ryuichi Sakamoto et David Sylvian.”

Plusieurs séjours aux Philippines inspirent également Jimmy. Il y rencontre le réalisateur Raya Martin (souvent décrit comme le David Lynch philippin), qui conçoit un projet avec le groupe. En plus d’être le nouvel album des Trailer Trash Tracys, Althaea est aussi la bande originale d’un film du même nom – seul le trailer est disponible pour l’instant. En attendant le long métrage, les dix chansons montrent un groupe métamorphosé. Ici, les Trailer Trash Tracys tournent le dos aux guitares électriques et s’entourent d’instruments exotiques. Leurs précédentes influences ne s’évaporent pas tout à fait mais cohabitent désormais avec des sonorités asiatiques et latines. Entre minimalisme et luxuriance, Althaea regorge de merveilles, comme le prodigieux Betty’s Cavatina ou le spectral Gong Gardens.

Rares sont les artistes qui parviennent avec autant d’aisance et de grâce à concilier pop accessible et expérimentations d’avant-garde. En ce sens, ils s’inscrivent dans la lignée de Kate Bush, sans les acrobaties vocales. Aussi sensuelle que mélancolique, plus majestueuse que jamais, la voix céleste de Susanne transperce le cœur en un simple murmure tout au long de cet album resplendissant.

concert le 26 septembre à Paris (Point Ephémère)

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Fabrizio Rat dévoile ses convaincants débuts avec “The Pianist”

Partagé entre deux pays, la France où il vit depuis une dizaine d’années et l’Italie où il est né en 1983 (et qui lui manque un peu), Fabrizio Rat est aussi partagé entre deux mondes sonores : la musique contemporaine et la techno. A priori très distants l’un de l’autre, ces deux mondes coïncident parfaitement en lui.

“J’ai toujours vu des similitudes entre la techno et la musique contemporaine. Le travail de recherche sonore, de mise en forme et en espace d’un morceau est le même dans les deux cas. Il s’effectue seulement avec des moyens différents. De toute façon, pour moi, la musique est une entité unique.”

De la musique contemporaine à la techno

Venu au piano à 5 ans, entré au conservatoire de Turin à l’adolescence puis à celui de Paris, il va d’abord œuvrer dans la musique contemporaine (et un peu dans le jazz) comme interprète et comme compositeur, tout en cultivant une passion viscérale pour la techno. A partir des années 2010, il va s’employer à réunir ces deux composantes de son identité. La transition s’opère d’abord via Cabaret Contemporain et Magnetic Ensemble, deux formations atypiques dévolues à des projets transversaux, au confluent de l’électronique et de l’acoustique.

En janvier 2016, Fabrizio Rat impulse un projet solo basé sur la confrontation entre piano et techno avec l’ep La Machina, paru chez Optimo Trax. Plusieurs live intenses, accueillis avec enthousiasme, suivent et l’encouragent à poursuivre l’expérience.

”Je ne prétends surtout pas ajouter à la techno quelque chose qui lui manquerait, précise-t-il, mais je cherche à m’imprégner complètement de l’esprit de cette musique, à en restituer avec mes moyens propres toute la puissance répétitive et hypnotique.”

“De la place pour l’imprévu en live”

Après un (excellent) deuxième ep, sorti en avril chez Involve Records, arrive à présent son (superbe) premier album, The Pianist, qui paraît chez Blackstrobe Records, et résulte d’un long processus de production en dialogue étroit avec Arnaud Rebotini, le créateur du label.

“Arnaud a joué un rôle très important au niveau de la production, en me poussant à épurer les rythmiques et à me focaliser sur le piano, explique Fabrizio Rat. Il a donné au projet une forme plus radicale.”

Elaboré principalement à l’aide d’un piano (“préparé”, en plaçant par exemple de la Patafix ou du scotch brun sur les cordes, pour en modifier la sonorité) et d’une TR-909 (machine mythique de l’ère électronique), l’album comprend huit morceaux ayant chacun pour titre le nom d’un pianiste classique. Si le concept fait référence à la série des ep The Drummer de Jeff Mills, dans laquelle chaque morceau porte en titre le nom d’un batteur de jazz, la musique elle-même – nerveuse et dépouillée à l’extrême – semble jaillir de la source fondatrice de Detroit (on pense aussi beaucoup à Robert Hood, autre maître minimaliste). Vibrante sur disque, cette musique le devient plus encore sur scène.

“Je réserve toujours de la place pour l’imprévu en live, je veux que ça reste le plus ouvert possible. Par ailleurs, je suis très sensible à l’énergie des gens. Je cherche à les faire danser et à les amener vers une forme de transe.”

On ne demande plus qu’à le suivre.

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Steven Wilson confronte avec classe les univers musicaux dans un nouvel album

La formidable carrière de Steven Wilson (près de trente ans dejà !) ne saurait se réduire à la seule étiquette “rock progressif” que lui ont collé nombre de médias depuis trop longtemps. Car dans les veines de l’artiste anglais ont toujours coulé rock, pop symphonique, metal, electro, krautrock et art-rock, autant de courants qui se mêlent joyeusement dans le lit d’un même fleuve.

Avec To the Bone, Wilson fait tomber un peu plus les barrières et convoque tour à tour le Talk Talk de Spirit of Eden (To the Bone), le Peter Gabriel de So (Refuge) ou le Depeche Mode de Violator (Song Of I) pour une ode aux grands disques de pop progressive des années 1980. S’il n’abandonne pas les passages épiques qui lui sont chers (Detonation), Wilson démontre un art de la concision imparable et double-face : Permanating emprunte ainsi à ABBA et à !!! (Chk chk chk) pour plus de trois minutes festives quand Blank Tapes fait dans le Steven Wilson pur jus, délicate et mélancolique caresse, belle à pleurer.

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“The Road part 1”, le voyage cinématographique et musical d’UNKLE

Depuis qu’il veut créer sa propre musique (en même temps qu’en assumant ses fonctions de directeur de label, de DJ et de chasseur de talents), l’Anglais James Lavelle conçoit celle-ci comme une aventure collective. Cette méthode, s’appuyer sur les forces créatrices de musiciens plus expérimentés, permettait au départ de faire oublier ses propres manques. Ce recours incessant au casting est devenu plus qu’une signature : la matrice d’une inspiration transversale où beat hip-hop, guitares stoner, techno, psychédélisme, etc. servent une écriture intensément cinématographique.

Ce cinquième album, après un hiatus de sept ans, voit Lavelle toujours à l’aise dans son rôle de metteur en scène. Ce qu’il imagine avec ses complices sonne de plus en plus sophistiqué et entremêlé, à l’image de Cowboys or Indians qui décolle gospel, transite par le rap londonien (Elliott Power, Mïnk) avant de coller Radiohead. The Road : une invitation au voyage à saisir.

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Lana Del Rey se réinvente dans le flamboyant “Lust for Life”

Au cœur de Lust for Life, son nouvel album, Lana Del Rey a titré une chanson God Bless America – And All the Beautiful Women in It. Plus tôt dans la tracklist, dans les paroles (et le clip) du single-titre, en feat. avec The Weeknd, on la suit en pleine escalade du panneau Hollywood dans un mouvement clair d’empowerment. Un hasard après quelques mois de présidence Trump ?

Lana Del Rey a fait part, dans diverses interviews, de ses craintes vis-à-vis de la nouvelle administration américaine, notamment sur la question du droit des femmes. Sur Twitter, elle s’est même amusée à relayer des tentatives de sorcellerie pour contrer Trump. Et plus sérieusement, elle a récemment annoncé qu’elle arrêtait d’utiliser l’imagerie du drapeau américain sur scène – une tradition depuis Born to Die, qu’elle ne trouve plus appropriée aujourd’hui. Le divorce est donc consommé entre Lana Del Rey et le pays qu’elle a souvent incarné de manière détournée, via l’imaginaire d’un “personnage lynchien” (comme on l’a souvent entendu) hanté par les mélodies du passé et quelques mythes de liberté. Il y a une sorte d’éveil.

Lust for Life commence avec le single Love, et donc ces mots : “Look at you kids with your vintage music/Coming through satellites while cruising/You’re part of the past but now you’re the future”. Lana Del Rey est de moins en moins la pin-up qu’on a pu (cru ?) connaître. Elle s’affirme en diva de son temps et, si icône il y a, c’est celle d’un héritage contre-culturel manié avec une ironie laissant place, doucement, à un ricanement plus provocateur.

Exit les drapeaux, exit les excès de poses. Lana Del Rey met désormais l’esthétisation de son univers au profit d’une musique ayant grandi avec elle, et avec le monde autour. Lust for Life est, à ce titre, son meilleur album : celui, enfin, qui joue le jeu de la pop culture sans exclure un réel trop présent. Et si elle continue d’impressionner avec des morceaux comme Summer Bummer (feat. A$AP Rocky et Playboi Carti) ou encore Get Free, c’est peut-être avec ses prises de position et ses engagements, c’est-à-dire en perçant la bulle de ce personnage avec lequel elle s’est pourtant construite, que Lana Del Rey installera un culte durable dans la mythologie américaine.

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“Rosewood Almanac”, le sixième album hypnotisant de Will Stratton

Si vous aimez les Tim & Tom maudits du songwriting américain (Tom Rush, Tim Hardin, Tim Rose, Tim Buckley, Tom Rapp…), Will Stratton et ses chansons de crépuscules sont pour vous. On se souvient avec un mélange d’effroi et de volupté de son Gray Lodge Wisdom de 2014, sur lequel ce proche de Sufjan Stevens racontait sa victoire sur un cancer, après un inventaire des malheurs. Il y avait donc un happy ending dans cette merveilleuse épopée, que continue à sa façon Rosewood Almanac.

L’ancien musicien classique raconte sa relation amoureuse depuis toujours, avec la guitare – la faute à Nick Drake, dit-il. Et ça s’entend. Il évoque peu, par contre, la responsabilité de Leonard Cohen pour son chant. Plutôt celui des débuts acoustiques, pour sa façon de faire sonner une guitare sèche comme un orchestre de chambre, pour sa manière de caresser et lacérer les mots dans un même souffle. Une influence présente sur ce sixième album. Ce qui offre au Californien de naissance de jolis tuteurs légaux, auxquels il a la bonne idée de désobéir, lors de fugues hippies et de vols planés contemplatifs : le blues des nuages, magnifique.

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The Knife : vers un retour imminent du groupe ?

Capture d'écran du clip "You Take My Breath Away"

Surprise ! Après trois années d’absence (souvenez-vous, en août 2014, le groupe avait annoncé sa séparation), The Knife viennent de poster de nouvelles choses sur leur page Facebook. Tout a commencé par un changement de photo de profil, puis par la publication de deux étranges vidéos. La première, nommée Mother Of Knives Cooking Class met en scène une sorte de créature en pleine séance de cuisine, tandis que la seconde, sans titre cette fois-ci, montre juste un bonbon découpé par un couteau…

Le signe d’un retour ? On ne le sait malheureusement pas encore. Si la chanson utilisée dans la première vidéo, Networking, provient du célèbre album du groupe Shaking The Habitual, le visuel lui est totalement inédit. Définitivement, The Knife sait semer le trouble et nous tenir en haleine.

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