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18 juillet 2017

Lollapalooza Paris : un festival pas si rock'n roll

A l'origine festival indé modèle, le mastodonte américain débarque en France dans une version grand public, les 22 et 23 juillet. Alors on y va ou pas ?

Télérama.fr - Musiques

Les concerts qu’il ne fallait pas rater au festival Musilac

Crédit : T. Bianchin / Musilac 2017

Si un festival se jugeait à son panorama, Musilac serait sans conteste le plus prisé de France. Durant quatre jours (au lieu de trois jusqu’alors), le public d’Aix-les-Bains a assisté à une litanie de concerts alliant tête d’affiches (Airbourne, Die Antwoord, Texas, Vitalic, The Strypes….) et jeunes promesses dans un cadre idyllique. Bordé par les montagnes d’un côté et un splendide lac de l’autre, Musilac a quoi de plaire. Comme lors d’un grand prix de Formule 1 à Monaco, de nombreux bateaux se sont mêmes amarrés pour profiter du spectacle en première loge.

Parfois boudé pour sa prog jugée trop commerciale (Cali, Vianney…), le festival qui a pour emblème un chat ressemblant étrangement au Totoro de Miyazaki avait réservé cette année une scène entière aux “paris sur l’avenir en matière d’électro, de pop, de rock ou même de chanson”. On y retrouvait notamment Juliette Armanet, Paradis, The Pirouettes, Deap Vally ou encore Blossoms et Aerobrazil.

Tous les facteurs d’un festival réussi étaient donc présents : une organisation et une sécurité millimétrée, un paysage à couper le souffle, une météo parfaite et une ambiance familiale et décontractée. Retour sur les temps forts du festival.

Day 1

Jeudi 13 juillet, 17H, les barrières s’ouvrent. Dans un mouvement spontané, les premiers festivaliers courent à perdre haleine jusqu’au premier concert. Sur la scène de la Montagne, c’est Lescop qui ouvre le bal sous un soleil de plomb. Accompagné de ses trois musiciens, le chanteur, chemise noire et lunettes noires, débute son live avec Echo, titre issu de son album du même nom. S’ensuivent ensuite David Palmer, son tube La Forêt, ou encore Dérangé et La Nuit Américaine, pour le plus grand bonheur du public aixois. Le tout accompagné de la célèbre danse extatique et hypnotique du natif de La Rochelle.

Lescop lors de son live sur la scène de la Montagne. Crédit : R.Aubert / Musilac 2017

Sur les scènes principales s’enchaînent ensuite le rock puissant des quatre jeunes français de Last Train, le rap engagé de Kery James portant cagoule et gant de combat, les tubes interplanétaires de Two Door Cinema Club ou encore le hard-rock des australiens d’Airbourne. Un peu plus loin, sur la scène du Korner, Lulu Gainsbourg, Juliette Armanet et Paradis apportaient un vent de fraîcheur et de légèreté aux festivaliers installés sur la pelouse.

Phoenix enflamme la scène du Lac. Crédit : Breysse / Musilac 2017

Si les deux concerts de clôture, menés par Die Antwoord et Fritz Kalkbrenner, sont parvenus à enflammer le festival avec brio, Phoenix restera sans conteste le coup de coeur de cette première journée. Quelques jour après leur passage aux Eurockéennes de Belfort, les quatre français ont illuminé Musilac avec une scénographie parfaite. 22H, la scène s’éclaire progressivement, interrompant un groupe de festivaliers en plein chifoumi. Seul un coeur rouge bat dans le noir. Une référence à leur dernier album, Ti Amo. Titre qui ouvrira le live, par la suite alterné entre leurs derniers titres (J-Boy, Tuttifrutti, Telefono…) et les plus mythiques (Lisztomania…). Au cours du show, un miroir géant s’incline et reflète le sol de la scène. Bluffé par ce live, le public aura même la joie de toucher leurs idoles de près. Quelques minutes avant la fin de concert, le chanteur Thomas Mars se lance en slam sur la foule. Il se hissera même debout, tel Moïse marchant sur l’eau, sous le crépitement des smartphones. Une image qui restera dans les mémoires d’Instagram.

Phoenix se hisse sur la foule. Crédit : Breysse / Musilac 2017

Day 2

Vendredi, seconde journée du festival, un public deux fois plus nombreux a fait le déplacement. Ce succès ne déroute pas la bonne organisation de Musilac et les passages toujours relativement aisés entre les scènes.

The Pirouettes font souffler un vent de mignonnerie au Festival Musilac.

Une publication partagée par lesinrocks (@lesinrocks) le 14 Juil. 2017 à 10h39 PDT

Tandis que la soul de Lee Fiels & The Expression inaugure la scène de la Montagne, laissant ensuite place au rock suédois de Royal Republic ou encore au groupe de Sydney Midnight Oil, le duo de The Pirouettes enchante la scène du Korner. “C’est cool, vous faites partie de ceux qui ne sont pas allés voir Vianney” lance Léo aux festivaliers. “On est vraiment contents d’être là, on a pu se baigner et se faire masser aujourd’hui. Baptiste (ndlr : le guitariste) a fait un saut de 15m dans le lac” poursuit l’amoureux de Vicky, seconde moitié du groupe. Elle en crop-top bleu et short violet, lui en noir de la tête aux pieds, le couple dans la vie comme sur scène interprètent les titres de leur album Carrément Carrément : L’Escalier, 2016, Au bord de l’eau… ainsi qu’un nouveau titre inédit : Tu peux compter sur moi. Un titre toujours sur le thème du couple avec une dose nouvelle de noirceur : dispute et jalousie.

Après un passage culinaire par le stand tartiflette (un passage obligé), retour sur la grande scène avec Ibrahim Maalouf puis Sting (puis un featuring d’Ibrahim Maalouf avec Sting!), dans l’attente d’Archive. Minuit résonne, les écrans projettent une succession d’images inspirées de têtes de mort, nouvelles technologies et formes géométriques psychédéliques. Après une longue introduction, peut-être même un peu trop longue, les titres de leur dernier album The False Fondation s’enchaînent jusqu’à l’apogée : le titre Fuck You, repris en choeur par la foule.

Day 3

Pour l’avant dernière journée, au tour de Max Jury d’ouvrir le bal sur la scène de la Montagne. Entouré de ces trois musiciens et d’une choriste, le jeune américain arrive sur scène vêtu d’une chemise jaune à fleur qui fera son succès. “On aime ta veste” hurle désespérément un festivalier durant plusieurs morceaux. “Mais qui porte une veste ici? Ah ma chemise tu veux dire! Merci, j’aime beaucoup la tienne aussi” finira par répondre le chanteur au festivalier… torse nu. Avant de continuer à interpréter les titres qui ont fait son succès : Princess, Home… “J’adore la France, je pourrai rester ici pour toujours” lâche t-il avant de quitter la scène sous les acclamations.

Max Jury enchante la scène de la Montagne. Crédit : Breysse / Musilac 2017

Et tandis que les deux californiennes de Deap Vally occupent le Korner de leur rock puissant, le duo de Cocoon se charge de la scène du lac. De retour sur scène pour présenter leur troisième album, Welcome Home. “On veut que vous chantiez avec nous pour la prochaine, c’est simple” déclare le chanteur Mark Daumail avant de lancer les premières notes du mythique Chupee.

Scénographie réussie pour le duo de Justice. Crédit : T. Bianchin / Musilac 2017

Après un passage mémorable de Texas, Justice est chargé de clôturer la journée. Au programme, un show rythmé par d’impressionnants jeux de lumière et de de gigantesques panneaux lumineux suspendus. “L’idée était de sortir du standard des concerts électro avec deux mecs dont tu vois seulement le buste puisqu’ils sont coincés entre leur console et un écran LED géant”, confiait Xavier De Rosnay juste avant son show. Pari réussi. Tantôt dos à dos tantôt de biais, les deux génies de l’électro française enchaînent le meilleur de leurs trois albums. Au bout d’une heure, Xavier se hisse même sur la foule en guise de conclusion, son célèbre blazer frappé du sceau des Raiders sur le dos. Un peu plus loin, un festivalier parti en slam se fait rattraper par la sécurité et scande “je vais bien je vais bien pas de panique”. Une nouvelle victime de Justice.

Xavier de Rosnay, moitié de Justice, se hisse sur le public. Crédit : T. Bianchin / Musilac 2017

Day 4

Après la grande messe de Justice, nous sommes contraints de mettre les voiles le lendemain, dimanche. Un vrai crève-coeur puisque Petit Biscuit, Jamiroquai ou encore les lads de Blossoms étaient programmés en cette “journée du seigneur”. A défaut d’avoir la patience d’attendre un an, nous prenons d’ores et déjà rendez-vous avec l’édition d’hiver du Mont-Blanc en avril prochain. En effet, pour la première fois, Musilac se délocalisera en bas des pistes des Alpes.

Les Inrocks - Musique

Laurent Garnier et Rone rejoignent l’affiche des Nuits Sonores Bruxelles

Déjà bien implanté dans la ville de Lyon, le festival Nuits Sonores s’installe pour la première fois à Bruxelles, pour la rentrée 2017. Associée à l’équipe du forum European Lab, les deux structures proposeront donc une version post-estivale de l’événement du 14 au 17 septembre prochains. Après une exportation en Colombie, c’est cette fois-ci bien plus près de nos frontières que Nuits Sonores réunira ses festivaliers autour d’une programmation qui ne cesse de s’enrichir. Aujourd’hui, deux noms viennent d’y être ajoutés : Laurent Garnier et Rone. Rien que ça.

En plus d’une programmation week-end déjà très alléchante (The Hacker, Motor City Drum Ensemble, Modeselektor, Leon Vynehall, Haring, Deena Abdelwahed…), Nuits Sonores Bruxelles prendra également vie le jeudi soir à travers Le Circuit : cinq lieux emblématiques de la ville accueilleront de 22h à 6h du matin une poignée d’artistes nationaux et internationaux. De quoi découvrir la ville en musique, sans que jamais la nuit ne s’arrête.

Toutes les infos se trouvent juste ici, ou juste là.

Les Inrocks - Musique

L’ami américain

A l’occasion de l’exposition Annie Leibovitz : les premières années 1970-1983 Archive Project #1 à la fondation LUMA, à Arles, les inRocKuptibles se plongent eux aussi dans leurs archives avec cette interview de 1997 de Bruce Springsteen, réalisé par Serge Kaganski. A lire en écoutant This is Rock and Roll Radio, la webradio que nous avons imaginé pour accompagner musicalement la carrière de la photographe américaine. 

Lors de votre dernière tournée acoustique, on était frappé par votre présence. Comment faites-vous après tant d’années, tant de concerts pour donner l’impression que chaque soir n’est pas qu’un simple show de plus ?
Le concert est une chose vitale pour moi, où j’exprime ce que je suis profondément. J’essaie de bâtir une relation solide et profonde avec mon public. Parfois, je prends ma guitare tard dans la nuit. Pourquoi ? Parce que j’ai une chanson à terminer, qui dit quelque chose que j’ai besoin d’exprimer impérieusement. Ce qui me fait prendre ma guitare aujourd’hui procède fondamentalement du même besoin, du même élan qui m’a fait prendre une guitare pour la première fois : l’idée de parler à quelqu’un, de communiquer une expérience, le désir d’exister, de faire sentir ma présence sur terre (rires)… Ou dans ma ville, ou parmi mon entourage… Ecrire des chansons, jouer de la guitare et chanter sur scène est un ensemble de choses – en dehors de votre vie de famille et de l’amour de vos proches – qui vous aide à vous accrocher à votre part d’humanité. C’est toute l’essence du truc : cette condition humaine qui est notre expérience commune, qui tisse des liens entre des gens différents, qui vous fait partager un territoire avec de parfaits inconnus. Quand un artiste et son public partagent ces instants forts dans une salle de concerts, c’est une métaphore de cette expérience humaine, ça transcende les barrières de langue, les frontières culturelles… Les concerts réussis vous donnent l’aperçu furtif d’un monde parfait, un monde où les gens se comprennent, se respectent et font l’expérience d’une appréhension plus aiguë de leur vie. C’est le rôle de la culture que de faire entrevoir ce monde de possibilités, de donner aux gens l’envie de relever la tête et de regarder devant eux, le désir de transcender leurs propres limites.

Pour beaucoup de musiciens célèbres et établis, ce métier n’est qu’une activité routinière. Alors que vous, vous avez toujours à l’esprit les motivations profondes qui vous ont fait prendre une guitare pour la première fois.
On peut toujours produire des notes, des gestes, des sons, des postures : si la motivation profonde n’est pas là, ça sonne creux. Ne reste alors que du savoir-faire, de la nostalgie : tout ce qui empêche votre travail de demeurer pleinement vivant au présent. Il est essentiel pour moi de produire une musique vivante, de maintenir un contact avec mon public qui se conjugue au présent et qui ne soit pas basé sur les souvenirs, les rituels usés, la nostalgie, le “bon vieux temps”. Pendant cette dernière tournée, je chantais beaucoup de nouvelles chansons, sans le spectacle du E Street Band, dans un contexte acoustique exigeant… Et le public écoutait avec beaucoup d’intensité, dans le silence.

Faire un album acoustique et une tournée solo, c’est-à-dire aller contre certains clichés qui courent sur vous (le gros rock, la surenchère), est-ce un bon moyen d’entretenir ce pacte avec votre public ?
Je me sens très chanceux de pouvoir compter sur ce public qui me permet d’évoluer. Et qui se renouvelle : j’ai vu des gamins de 13 ou 14 ans – ils n’étaient même pas nés au moment de Born in the U.S.A. ! Des gens continuent à venir m’écouter, et moi, je m’intéresse à eux. Je ne veux pas être isolé, j’ai besoin de chercher et de trouver mes frères et sœurs. C’est l’essence de mon boulot. Ensuite, et seulement ensuite, c’est une affaire de disques, de chiffres de ventes, de couvertures de journaux, etc. Vous pouvez avoir du succès ou pas, vendre bien un disque et moins bien le suivant, peu importe : si vous avez établi un lien intense avec le public, vous survivez.

Pensez-vous que dans la configuration solo/acoustique les gens écoutent mieux vos chansons, notamment vos textes ?
Dans le cadre d’un gros show, l’éventail du public est plus disparate : il n’y a pas que des fans purs et durs, il y a aussi des gens qui ont une relation plus légère avec mon travail, mais ça fait aussi partie de l’essence de la musique populaire. Moi aussi, j’ai aimé le rock pour son aspect de distraction du samedi soir, pour son côté futile et léger. Et dans mon travail, j’ai toujours considéré les différents côtés des choses, j’ai toujours essayé d’apporter aux gens du fun, des refrains à fredonner, des chansons pour bouger sans qu’on soit obligé d’écouter les textes en détail. Mais si on veut creuser plus profondément, mes chansons s’y prêtent aussi. Mon travail solo est très précis, très ciblé sur certains thèmes et il oblige l’artiste et le public à se concentrer intensément sur un ensemble de détails très minutieux : le fil d’une histoire, le point de vue d’un personnage, les inflexions de la voix, etc. Tout est dépouillé, dénudé, et ça oblige à se fixer sur la substantifique moelle des chansons. C’est pour cette raison que ma dernière tournée était si longue : j’ai pris énormément de plaisir dans cette intensité et cette vérité. J’avais le sentiment que mes intentions artistiques étaient reçues par le public avec une clarté que je n’avais jamais atteinte à ce point.

Une de vos chansons fétiches s’intitule Growin’ Up. Et quand observe l’ensemble de vos disques, on a le sentiment d’une longue quête vers la simplicité, l’épure de votre expression.
Je crois que quand j’ai débuté j’étais très éclectique, traversé par une somme d’influences hétéroclites. Ensuite, au fur et à mesure des disques, je suis devenu de plus en plus clair et net dans mes intentions, qu’elles soient musicales ou thématiques. Comme une image floue que j’aurais mise au point progressivement. Ce que je désirais avant tout, c’était écrire des textes. Mes premiers albums ont été qualifiés de dylanesques et, d’une certaine façon, ils l’étaient. Mais assez vite, j’ai essayé de me dégager de mes influences pour forger mon propre style d’écriture. De disque en disque, ça a été un travail continuel, une lutte permanente, et je crois que j’ai fini par trouver un style de songwriting qui me correspond profondément : j’écris un peu à la façon dont les gens parlent, dans un style oral. Quand les gens m’entendent lors de mes concerts, c’est comme s’ils écoutaient un type assis à côté d’eux au comptoir d’un bar en train de leur raconter une histoire – c’est par exemple le cas des chansons de Tom Joad. Ou alors, c’est comme s’ils entendaient des pensées à voix haute, les monologues intérieurs d’un type juste avant qu’il ne s’endorme. Straight Time, The Line : ces chansons sont comme des portes d’accès aux paysages mentaux de différents personnages. Et à voix basse, parfois en murmurant, ces personnages racontent leurs histoires de manière très simple, sur le mode d’une conversation ordinaire. Aujourd’hui, j’aime vraiment cette façon d’écrire, je trouve cette méthode très évocatrice. Mais j’aime aussi les styles de mes albums précédents : ils véhiculaient des émotions différentes depuis des points de vue différents. Born to Run représente le type de musique et de texte que j’aimais quand j’avais 25 ans – la pop à la Spector, un certain romantisme échevelé, une croyance et une vitalité liées à l’adolescence –, mais je ne pourrais plus faire un tel album à 48 ans passés.

On perçoit une autre ligne de progression dans votre discographie : de Born to Run à Nebraska ou Tom Joad, c’est comme une longue route depuis New York jusqu’aux bleds les plus reculés d’Amérique, métaphorisé aussi bien par l’évolution de votre son que celle de vos textes.
Avec Greetings from Asbury Park, j’ai vraiment démarré dans le New Jersey, pas loin de New York, mais quand même dans des petites villes. Dans cet album, il y a une atmosphère qui me rappellera toujours le boardwalk, peut-être parce qu’il contient une imagerie très chamarrée, très évocatrice. Ces chansons sont un mélange de fiction et de ma réalité de l’époque, à Freehold et à Asbury Park. Il y est beaucoup question de la vie et de l’atmosphère particulières du boardwalk. Et puis il y a déjà le mouvement vers New York, où je commençais à donner quelques petits gigs solo, notamment dans le Village, à la fin de la période des coffee-shops folk. D’une curieuse façon, cet album se situe à cheval entre le boardwalk d’Asbury Park et New York. Born to Run aussi se partage en différents lieux. Jungleland est justement l’histoire de banlieusards qui entrent dans New York ; Thunder Road se situerait plutôt dans une small town du New Jersey… Backstreets évoque mes quartiers d’adolescence, Tenth Avenue Freeze-Out est très urbain, très new-yorkais… Ça varie, ça bouge encore entre New York et l’environnement ouvrier du New Jersey. Ce mouvement entre la grande ville et la grande banlieue correspondait à ma vraie situation : je venais de Freehold, je vivais essentiellement à Asbury Park et je montais souvent à New York, qui était à une heure de voiture. Ensuite, progressivement, j’ai eu envie que ma musique inclue toute la géographie du pays parce que ce pays était devenu mon sujet : ma vie, mon environnement, l’interaction entre les deux, l’Amérique, l’expérience américaine. Ainsi, dernièrement, je me suis passionné pour l’Ouest et le Sud-Ouest – avant, je n’y avais fait que de brèves incursions, j’avais par exemple écrit The Promised Land à la suite d’une virée dans l’Utah : le “rattlesnake speedway” du premier couplet est vraiment une vieille piste de course poussiéreuse devant laquelle j’étais passé… Bref, une petite partie de mes chansons était déjà ouverte aux grands espaces de l’Ouest. Mais avec Tom Joad, je me suis enfoncé plus longtemps et plus profondément dans ce territoire. J’ai pu faire des chansons sur la Californie du Sud et la frontière mexicaine parce que j’ai vécu dans cette région quelques années et que j’ai pu m’en imprégner.

De Greetings from Asbury Park à Born in the U.S.A., on a le sentiment d’une seule et même histoire qui évolue parallèlement à vous. Puis, à partir de Tunnel of Love, on a l’impression d’un trajet plus erratique, avec des albums plus disparates aussi bien musicalement que thématiquement.
Après le Live 1975-85 qui bouclait une époque, j’ai fait trois disques qui parlaient des relations entre hommes et femmes : Tunnel of Love, Human Touch et Lucky Town. Je traitais simplement un sujet que je n’avais pas beaucoup abordé auparavant, en tout cas pas de manière aussi introspective : ce sont des disques sur le couple, l’idée de la famille, sur les raisons et la manière de fonder une famille. C’est vrai, pendant cette période, j’ai changé d’orientation, je n’ai pas écrit de chansons qui avaient de fortes connotations sociales et je me suis concentré sur des sujets plus intimes. Mais là encore, ces trois disques correspondent à ce qui se passait dans ma vie et à ce qui me passionnait en priorité. Je me disais aussi que les questions que ces disques posaient sur le couple, la fidélité et la paternité pouvaient intéresser, voire aider ceux de mes fans qui en étaient au même stade que moi dans leur vie. Et puis ensuite, Streets of Philadelphia m’a ramené vers des chansons plus… faute de trouver le terme idéal, je dirais des chansons tournées vers le monde extérieur. Et tout ça a abouti à Tom Joad, un disque où l’on retrouve les implications sociales de Born in the U.S.A. ou Nebraska.

Vous sentez-vous plus libre de prendre chaque disque comme il vient, sans penser au grand œuvre ou à la suite de votre carrière ?
Non, je pense toujours à la durée de ma carrière, à construire disque après disque un travail fort et cohérent. Depuis mes tout débuts, mon ambition est de faire de la musique vitale pendant de nombreuses années. Pénétrer dans la vie des gens et y rester le plus longtemps possible. Et au fur et à mesure que les gens changent, que leur vie évolue, vous êtes là avec eux par l’intermédiaire des disques, vous êtes leur compagnon de route. De ce point de vue, je me sens toujours très concerné par la prochaine étape, par des questions comme : “Où vais-je aller ? Sur quoi vais-je écrire ? Comment vais-je rester pertinent pour les gens qui m’écoutent ?” Et quand je pense au prochain disque, je réfléchis toujours au contexte, à mes disques passés, à ce qui se passe au présent en Amérique et dans ma vie.

Vous êtes une icône américaine. Etes-vous conscient de ce statut et vous importe-t-il ?
Je ne sais pas trop quel est exactement mon statut, mon image, je n’ai jamais eu de certitudes là-dessus. Quand on se met à vendre énormément de disques, on sait qu’on est populaire, mais à part ça… En fait, je ne réfléchis pas en termes de statut, je ne pense pas créer quelque chose d’extraordinaire, je me contente de continuer de faire mon boulot. Je me suis toujours vu comme un Américain typique. Comme beaucoup de mes concitoyens, j’ai grandi dans une petite ville provinciale, j’ai des origines très diverses – irlandaise, italienne, néerlandaise… Et j’ai toujours écrit depuis ce point de vue-là, celui d’un Américain moyen. Les vies et les sentiments décrits dans mes chansons sont ordinaires. J’ai toujours pensé que, si je chroniquais cette expérience commune de la vie, beaucoup de gens s’y reconnaîtraient. Et avec un peu de chance, mes chansons illumineraient leur existence parce qu’elles rendraient justice à un certain sens de la dignité, à une forme d’héroïsme quotidien que l’on néglige trop souvent. La lutte permanente des gens ordinaires pour gagner leur croûte, avoir un toit, élever leurs enfants, trimer tous les jours dans un boulot que l’on n’aime pas, payer des factures médicales astronomiques mais nécessaires, etc. : tout cela relève d’une forme d’héroïsme très peu célébrée. C’était l’existence quotidienne de ma famille, c’est celle de nombre de mes amis… Voilà, je voulais chroniquer cette expérience-là parce que la musique populaire ne le faisait pas assez souvent.

Vos premiers héros étaient Dylan, Presley, Roy Orbison. Vous expliquez bien comment, dans un foyer sans livres et sans culture, leurs chansons à la radio vous ont ouvert au monde. Sont-ils toujours aussi importants pour vous ?
Quand des artistes ont ce genre d’impact sur vous, ils restent en vous à jamais. Il se peut que vous n’écoutiez pas leurs disques pendant des années, mais ils font quasiment partie de vos gènes. Vous avez envers ce genre de personnes une dette éternelle parce qu’ils ont été les premiers à vous ouvrir des portes, des portes émotionnelles qui vous ont aidé à savoir qui vous êtes, qui vous ont aidé à vous construire et à faire le point dans votre vie. Ces héros-là ne vous quittent jamais. Je n’ai pas écouté de disque de Dylan ou d’Elvis depuis un moment, mais je sais que je peux être inspiré par eux à tout moment. Tout le monde, à chaque génération, peut citer un disque qui a bouleversé sa vie : ça peut être les Sex Pistols, Nirvana, un disque de rap…

Justement, est-ce que de nouveaux artistes ont eu récemment sur vous le même impact que Presley ou Dylan ?
Non, mais je crois que c’est lié à l’adolescence, cette période de découverte, d’éveil des sens, de construction d’identité… Une fois qu’on a passé cette période, je ne pense pas qu’une musique, quelle qu’elle soit, puisse produire un effet aussi intense, aussi puissant que pendant ces années de formation. Je connais un tas de gens qui aiment la musique qu’ils écoutaient au lycée pour le restant de leur vie. Moi, en vieillissant, j’essaie de garder mes oreilles ouvertes pour toute bonne musique, d’où qu’elle vienne et quel que soit son style. Je trouve que Kurt Cobain était un artiste d’une immense envergure ; j’ai beaucoup aimé le single Gangsta’s Paradise de Coolio, c’était un bel exemple de spiritual contemporain… Ces exemples pour dire qu’il y a toujours de la musique passionnante qui sort, que certains nouveaux disques me font toujours de l’effet. Evidemment, je ne vais plus chez le disquaire chaque semaine comme lorsque j’étais gamin. Et puis maintenant j’ai plein d’influences en dehors de la musique : les films, les romans, les journaux… Aujourd’hui, je me nourris d’un tas de sources variées, même musicalement : j’ai enregistré un disque un peu expérimental – qui n’est jamais sorti –, avec plein de petits beats différents, des essais soniques, un truc pas mal mais jamais terminé. Je suis toujours en état réceptif, je guette la beauté, d’où qu’elle vienne. Récemment, j’ai assisté pour la première fois à une représentation de Don Giovanni : une expérience fabuleuse. Je ne connais pas grand-chose à la musique classique, mais on venait de jouer à Vienne et l’atmosphère de la ville m’a donné envie de ça. J’ai tout de suite désiré un cours de rattrapage express ! Le monde est tellement riche de beautés diverses, vous avez envie d’en capturer le maximum, vous ne voulez pas que ça vous passe sous le nez. Mais je me débrouille bien !

The Ghost of Tom Joad est largement inspiré par Les Raisins de la colère de John Ford. Adolescent, étiez-vous déjà un lecteur de romans et un cinéphile ?
Quand j’étais gamin, j’allais aux séances du samedi après-midi. La plupart du temps, on passait des monster movies pour 35 cents… Pendant la période de mes 25-30 ans, époque de Born to Run à The River, je me suis mis à écouter énormément de country, de folk ou de blues rural, et simultanément je me suis mis à voir beaucoup de films, à lire pas mal de romans : Flannery O’Connor, James Cain, des romans noirs américains… C’est en macérant là-dedans que j’ai écrit l’album Nebraska. Les films que j’aimais étaient des choses comme Badlands (La Balade sauvage) de Terrence Malick, True Confessions (Sanglantes confessions) d’Ulu Grosbard, avec De Niro… ou alors des classiques plus anciens comme La Nuit du chasseur, La Griffe du passé, selon moi l’un des plus beaux films noirs de tous les temps… Ces films avaient en commun un certain rythme narratif plutôt lent, hypnotique. A l’époque, j’ai été très attiré par ce type d’atmosphère et de tempo, mais aussi par les personnages hantés de ces films : je trouve qu’ils avaient quelque chose de fondamentalement américain, peut-être lié à leur solitude, à leur liberté, à leur destinée pleine de promesses et d’échecs – Mitchum dans La Griffe du passé était le symbole ultime de ce genre de personnage. Et je me suis intéressé à ce qui, en moi, ressemblait à ces personnages, à ce qui me connectait si fortement à eux. Je me suis demandé : “Pourquoi j’aime tellement ces films, pourquoi je m’identifie à ce point à ces personnages ?” C’était un long travail d’introspection que je pense avoir commencé dans Darkness on the Edge of Town, que j’ai poursuivi dans The River et que j’ai mené à terme dans Nebraska. Voilà un disque fondamentalement américain, même si cette américanité est parfois difficile à expliquer.

Beaucoup de vos chansons sont comme des petits films. Pratiquez-vous consciemment cette écriture très visuelle, cinématographique ?
Depuis cette période que je viens d’évoquer, les films m’ont influencé très profondément et j’écris volontairement dans un style très cinématographique, notamment en insérant des détails précis dans mes histoires de façon à faciliter la visualisation mentale. Quand quelqu’un écoute une de mes chansons, il apprend beaucoup d’éléments sur l’histoire que je raconte : sa géographie, son paysage, comment ces lieux se relient à la personnalité du personnage, à ce qui va lui arriver… Le personnage, on connaît ses gestes, on le ressent physiquement… Je donne de nombreux détails qui permettent d’entrer à l’intérieur du personnage – par exemple, dans The Line, je précise que le flic “repasse son uniforme”… Ce sont tous ces détails accumulés qui font exister un personnage, qui animent et peuplent une chanson. J’essayais aussi de prolonger un certain langage américain à base d’expressions, de tournures idiomatiques… Mes personnages sont devenus très laconiques, ne parlent pas beaucoup, ne s’auto-analysent pas – contrairement à moi ! Ils prononcent quelques mots, puis un silence. Et ce qu’ils veulent exprimer est essentiellement contenu dans ces silences. Ce genre de personnage est au centre des chansons de Nebraska, de Tom Joad, de quelques-unes de The River. Mais tout cela concerne les textes. Pour ce qui est du son, à partir de The River, j’étais influencé par tous ces disques roots de Leadbelly, Woody Guthrie, Johnny Cash…

L’un de vos films de chevet est La Prisonnière du désert de John Ford. Qu’est-ce qui vous plaît tant dans ce film ?
C’est l’histoire d’un homme qui est capable de transformer la communauté dans laquelle il vit. Le personnage joué par John Wayne essaie de reconstituer la communauté qui a été disloquée le jour du kidnapping de la petite fille par les Indiens. John Wayne peut reconstituer cette famille mais ne peut pas la rejoindre. Voilà ce qui résonne en moi : l’histoire d’un type
qui peut avoir un impact sur sa communauté mais ne peut pas l’intégrer. Le dernier plan du film est fabuleux : le vent du désert souffle, John Wayne est debout dans l’encadrement de la porte ; chacun entre dans la maison, chaque membre de la famille franchit le seuil un par un, sauf John Wayne ! Il n’arrive pas à franchir cette porte et retourne au désert. Ce film a eu un impact énorme sur moi. Je crois que cette fin symbolisait ce que je ressentais par rapport à mon activité et à mon existence pendant longtemps. Je faisais un travail qui touchait et affectait la vie des gens, mais je n’arrivais pas à vivre pour moi – pas de port d’attache, pas de compagne régulière, pas de famille, toujours sur la route, etc. C’est cette sensation qui m’a fait m’identifier si intensément au film. Je continue à le revoir régulièrement. En plus, par rapport à la norme du héros hollywoodien, le personnage de John Wayne était complexe et ambigu : raciste, plein de ressentiment – c’était plutôt un anti-héros. Il n’était pas sympathique mais authentique, plus proche de la réalité que du mythe.

Vous avez grandi pendant les années 50, dans la croyance au rêve américain. Depuis, vous avez écrit des chansons très désenchantées par rapport à cette idée du rêve. Quelle forme doit-il revêtir aujourd’hui et y croyez-vous encore ?
Cette idée du rêve américain a souvent été simplifiée, réduite à des slogans réducteurs, à des images bibliques : la terre promise, la terre des possibilités, le pays du lait et du miel, etc. Ces croyances sont encore très réelles pour beaucoup de monde. Il y a toujours des milliers de gens qui tentent de passer la frontière chaque année en quête d’une vie meilleure, c’est toujours une terre des possibles. Moi, à travers mes chansons, j’essayais d’apporter ma propre vision de ce rêve américain. Je réclamais en quelque sorte mon droit d’apporter ma propre contribution à ce que devrait être ce rêve, j’essayais de contribuer à rendre cette terre habitable. J’ai toujours été opposé à une certaine idée monolithique du rêve américain, à une certaine vision unidimensionnelle de l’Amérique basée essentiellement sur l’argent, la réussite individuelle exclusive, le chauvinisme… Ainsi, j’ai montré différentes facettes de l’Amérique, y compris ses aspects maudits, sa part d’échec. J’ai créé toute une série de personnages qui ne sont pas nécessairement des marginaux, mais simplement des gens ordinaires qui essaient de trouver une société vivable, qui luttent pour s’intégrer dans une communauté, qui cherchent leurs frères et sœurs spirituels, des gens avec qui ils peuvent partager certaines valeurs… Voilà la quête majeure de mes personnages. Alors, souvent, ils butent sur des obstacles insurmontables, ils sont entravés par les pièges de l’existence, ils sont confrontés à l’intolérance, aux conditions économiques, etc. J’ai toujours montré les deux aspects : la beauté de la quête, mais aussi sa dureté. La chanson Born in the U.S.A. résume bien cela : c’est une chanson emplie de fierté et de désenchantement, l’histoire d’un homme qui n’est plus accepté par sa propre communauté, qui n’arrive plus à trouver sa place dans la société.

Vos chansons sont très ancrées dans la réalité américaine, et pourtant elles sont universelles.
Je crois que les problèmes quotidiens rencontrés par mes personnages sont universels : le chômage, la pauvreté, le sentiment d’impasse, les rêves d’une vie meilleure existent dans tous les pays du monde. Quand j’étais à Prague, j’ai lu un essai de Vaclav Havel sur la Tchécoslovaquie, sur une société totalitaire : et pourtant, une grande partie du livre pouvait être transposée aux Etats-Unis. En fait, le livre est tellement fondé sur des valeurs humaines basiques qu’il peut s’appliquer à tous les pays, à toutes les époques. Je ne peux qu’espérer que ma musique possède ces mêmes qualités d’universalité.

Certains voient une contradiction entre vos préoccupations sociales, vos textes sur les exclus et votre situation sociale et financière. Comment prenez-vous ces critiques qui vous accusent, en gros, de prendre la pose ?
Je trouve ce genre de critique médiocre et paresseuse. Les romanciers écrivent sur le monde qui les entoure ; les cinéastes font des films sur le monde qui les entoure… Scorsese vient de faire un film sur le dalaï-lama et il n’a pas grandi au Tibet, il me semble ! Pas plus qu’il n’était membre de la Mafia quand il a fait Mean Streets ou Les Affranchis. Entre parenthèses, il se trouve que moi, je viens de cette classe ouvrière dont je parle dans mes chansons. Mais je crois que là n’est même pas le problème : peu importe d’où vous venez, quel est votre statut social ou votre origine. La seule chose qui compte, c’est de savoir si vous produisez un travail puissant et convaincant. Finalement, le travail d’un artiste finit par avoir une existence autonome, par tenir debout tout seul. Les gens aimeraient croire que les artistes sont absolument identiques aux personnages de leurs œuvres, ils pensent par exemple que Robert De Niro a grandi dans les quartiers populaires de New York. Eh bien non : son père était un artiste, il a vécu dans un environnement intellectuel et cultivé, et ça ne l’a pas empêché d’incarner remarquablement des personnages de la rue. J’écris sur le monde dans lequel je vis, sur mes expériences, sur ce que je vois autour de moi, sur des sujets qui me touchent et dans lesquels je me sens à l’aise. Quand vous écoutez tel disque, quand vous lisez tel livre, quand vous voyez tel film, les questions importantes sont : “Est-ce sincère ? Y a-t-il une vérité là-dedans ?
Est-ce que ça me parle ? Est-ce que c’est fort ? Est-ce que c’est beau ?” Et si les réponses à ces questions sont positives, l’œuvre existe par elle-même.

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Les Smiths annoncent la réédition de leur chef d’œuvre “The Queen Is Dead”

Pochette du cultissime album des Smiths, "The Queen Is Dead"

Actifs de 1982 à 1987, les Smiths possèdent une discographie riche de quatre albums tous relativement réussis. Mais parmi ces sorties, un disque sort du lot : The Queen Is Dead, troisième long-format de leur carrière paru, en 1986.

L’an dernier, le disque culte soufflait sa trentième bougie. L’occasion pour le groupe de Morrissey et Johnny Marr de dévoiler une réédition inédite de l’album. Cette version sera une Super Deluxe Edition rapporte Stereogum qui a déniché la nouvelle sur le forum du site Morrissey-solo.com. Les Smiths préparaient la surprise depuis le mois de juin 2017 en publiant des photos énigmatiques sur Facebook, qui pourraient faire d’excellentes pochettes :

#TQID16.06.17

Posted by The Smiths on Thursday, June 15, 2017

Désormais officiel, ce coffret renferme deux CDs et un CD/DVD. Selon NME, le premier disque s’avère être une réédition de l’album dans son intégralité, avec des titres célèbres tels que Bigmouth Strikes Again et There Is a Light That Never Goes Out. Le second comporte des faces-B, dont Rubber Ring et le sublime Asleep, ainsi que des morceaux rares, des démos et la première prise de There Is a Light That Never Goes Out.

The Queen Is Dead – Super Deluxe Edition est attendue pour le 20 octobre prochain. Découvrez la tracklist complète ci-dessous :

CD 1 : 

1. The Queen Is Dead (2017 Master)
2. Frankly, Mr. Shankly (2017 Master)
3. I Know It’s Over (2017 Master)
4. Never Had No One Ever (2017 Master)
5. Cemetery Gates (2017 Master)
6. Bigmouth Strikes Again (2017 Master)
7. The Boy With The Thorn In His Side (2017 Master)
8. Vicar In a Tutu (2017 Master)
9. There Is A Light That Never Goes Out (2017 Master)
10. Some Girls Are Bigger Than Others (2017 Master)

CD 2 : 

1. The Queen Is Dead (Full Version)
2. Frankly, Mr. Shankly (Demo)
3. I Know It’s Over (Demo)
4. Never Had No One Ever (Demo)
5. Cemetery Gates (Demo)
6. Bigmouth Strikes Again (Demo)
7. Some Girls Are Bigger Than Others (Demo)
8. The Boy With the Thorn In His Side (Demo Mix)
9. There Is A Light That Never Goes Out (Take 1)
10. Rubber Ring” (Single B-Side) [2017 Master]
11. Asleep (Single B-Side) [2017 Remaster]
12. Money Changes Everything (Single B-Side) [2017 Master]
13. Unloveable (Single B-Side) [2017 Master]

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La meilleure façon d’éviter un concert de Coldplay

(c) ginnerobot, Flickr

“Bonjour les amis, je vais au concert de Coldplay au stade de France !”, se réjouissait ce jeune Britannique sur sa page Facebook dans la journée de samedi. Sauf qu’au lieu de ne poster qu’un simple message, il a également ajouté une photo de son billet électronique, code barre inclus. Résultat, lorsqu’il s’est présenté aux portes du stade, la sécurité lui a annoncé que son billet avait déjà été scanné plus tôt dans la soirée.

via GIPHY

Devenue classique au fil des années, cette arnaque a déjà sévi de nombreuses fois, notamment sur le site Le Bon Coin, véritable terreau fertile à ce genre d’escroquerie. Il y a quelques mois, le site Kaspersky Lab mettait en garde les personnes qui postaient leurs billets d’avion sur les réseaux sociaux, expliquant que ce procédé pouvait également être réalisé dans le domaine des transports. Une leçon que le jeune fan devrait retenir, même si au final, le fraudeur a sans doute rendu service aux tympans de sa victime.

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R. Kelly séquestre-t-il des jeunes filles dans des “temples sexuels” ?

R Kelly dans le clip de Cookie - Capture d'écran YouTube

Jim DeRogatis n’en est pas à son premier coup. Par le passé, le journaliste américain avait déjà dénoncé les déviances sexuelles de R. Kelly. Aujourd’hui, dans une longue enquête publiée sur BuzzFeed News, il va encore plus loin, avançant notamment que plusieurs parents n’auraient plus de nouvelles de leurs filles depuis plusieurs mois, retenues contre leur gré dans l’un des “temples sexuels” de l’auteur d’I Believe I Can Fly.

“Il contrôle tous les aspects de leur vie”, assure le journaliste, après neuf mois de recherches. “Ce qu’elles doivent manger, comment s’habiller, quand se laver ou dormir, mais aussi à quels moments elles doivent s’offrir à lui.”

Au total, elles seraient en effet six à avoir abandonné études, métiers, familles et amis pour rejoindre R. Kelly. Parmi elles, il y aurait notamment la fille d’une certaine J. qui, sous couvert d’anonymat, avoue avoir démissionné de son travail pour enquêter et comprendre comment son enfant a pu tomber sous les griffes de la star américaine. “C’est comme si elle avait subi un lavage de cerveau”, dit-elle à BuzzFeed News, regrettant au passage que sa fille ne puisse être considérée comme disparue aux yeux de la loi américaine…

“Kelly est passé maître dans l’art de la manipulation”

Comme les cinq autres femmes, la fille de J. est en effet majeure. Elle dit qu’elle va bien, confesse être dans une relation consentie avec le chanteur et ne blâme à aucun moment le comportement de Robert Sylvester Kelly. Pourtant, trois anciennes proches de la star – Cheryl Mack, Kitti Jones et Asanta McGee – sont venues confirmer les craintes des différentes familles : ces derniers jours, elles ont en effet déclaré que R. Kelly, cinquante ans aujourd’hui, contrôlait tous les aspects de leur vie, qu’il décidait lui-même ce qu’elles devaient manger, comment elles devaient s’habiller et quand elles pouvaient dormir ou non. Le tout, selon des règles très strictes, qu’il est préférable de respecter sous peine de se prendre une méchante raclée. Extraits glaçants :

. N’utiliser que le portable fourni par ses soins
. Accepter d’être filmée pendant l’amour
. Ne s’adresser à lui qu’en l’appelant “papa ”
. Demander à “papa” la permission de sortir
. S’habiller en jogging, afin de ne pas être trop “attrayante”
. Se tourner face au mur lorsque d’autres hommes sont dans la pièce

D’ailleurs, J. n’en démord pas. Lorsqu’elle a vu sa fille pour la dernière fois, le 1er décembre 2016, “elle ressemblait à une prisonnière, c’était horrible. Je n’arrêtais pas de l’embrasser, mais elle continuait de me dire qu’elle était amoureuse et qu’il prenait soin d’elle. Je ne sais pas quoi faire.”

Il faut dire qu’elle a toutes les raisons de s’inquiéter. Surtout à entendre Cheryl Mack, une des anciennes assistantes de celui qui a vendu plus de soixante millions d’albums dans le monde :

“Toutes ces filles pensent sans doute qu’elles vont vivre une vie somptueuse à ses côtés, mais non. Il faut demander la permission pour de la nourriture. Il faut demander la permission pour aller aux toilettes… R. Kelly est passé maître dans l’art de la manipulation. Il a un harem de marionnettes.”

Kitti Jones et Asanta McGee, elles, vont jusqu’à déclarer qu’elles n’avaient pas le droit d’utiliser les réseaux sociaux, ni de prendre en photo R. Kelly ou leurs chambres lorsqu’elles vivaient sous son toit…

Des accusations permanentes

Tous ces soupçons viennent en tout cas viennent tout cas noircir une nouvelle fois le portrait de R. Kelly, dont les mœurs ont perpétuellement été remises en cause depuis les années 1990. La première fois, c’était en 1998. À l’époque, R. Kelly avait dû lâcher 250 000 dollars à une certaine Tiffany Hawkins qui l’avait traîné en justice. Puis, tout s’est enchainé : en 2000, une employée de chez Epic le poursuit pour harcèlement; en 2002, une vidéo le montre en plein ébats avec une fille d’à peine 14 ans, tandis que, quelques mois plus tard, la police trouve une dizaine de photos de la même jeune fille lors d’une perquisition réalisée dans sa maison à Davenport, en Floride. Mais R. Kelly est finalement acquitté en 2008, ce qui permet à son avocate Linda Mensch de répondre ceci à BuzzFeed ce mardi matin :

“Nous ne pouvons que nous demander pourquoi les gens persistent à diffamer un grand artiste qui aime ses fans, travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et s’occupe de toutes les personnes de sa vie (…) Je suppose que c’est le prix de la renommée. Comme nous tous, M. Kelly mérite une vie personnelle. Veuillez respecter cela.”

De son côté, R. Kelly s’est déclaré alarmé et perturbé par de telles accusations. Une des jeunes femmes supposément retenues en captivité, Jocelyn Savage, 21 ans, est elle aussi montée au créneau dans une interview accordée à TMZ, expliquant que tout va bien pour elle, que “je suis heureuse là où je suis” et que “je ne suis pas prise en otage.” Toujours est-il que, selon BuzzFeed, trois familles ont déjà porté plainte et saisi les autorités contre les agissements présumés de l’artiste. Lequel serait “la personne la plus gentille que vous pourrez rencontrer.”, affirme Asanta McGee. Avant de conclure sous la forme d’une contradiction : “Mais Robert est le diable.”

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Juillet 2017
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