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8 juillet 2017

Las Aves, révélation de Calvi on the Rocks

Las Aves © Molisanti

Tous les romantiques vous le diront, il n’est jamais évident de conclure. Encore moins quand on a lourde de tâche d’être programmé à la fin de la XVème édition d’un festival aussi pointu et exigeant que Calvi on the rocks. C’était la mission assignée au trio pop de Las Aves, le mardi 4 juillet dernier sur la scène “Rouge Coco Cub Chanel”, en contrebas de la Citadelle de Calvi. Le défi était de taille en ce soir de pleine Lune. Lors de l’arrivée sur scène du groupe, des blogueuses soignaient leur manucure sur des ateliers dédiés pendant que des festivaliers traînaient leurs espadrilles encore remplies de sable. Durant plus d’une heure, Las Aves a déroulé ses classiques (N.E.M, Antistar, Gasoline…). Et lorsque la voix flûtée et pénétrante de Géraldine Baux retentit pour interpréter “Die in Shanghai”, tout le monde retint son souffle.

Avec son énergie transcendante et un sens inné du groove, la frontwoman de Las Aves a réussi à nous transporter dans un univers musical électro faisant coexister la Trip hop de Portishead et le R’nB façon M.I.A. Pour clôturer leur concert, Las Aves s’est même permis une incursion hip hop avec un nouveau titre exclusif : “BLJ”. Au moment de rendre leurs synthés, des instruments bizarroïdes se sont fait entendre au loin. C’est Jacques (et sa coupe de cheveux à laquelle on ne s’habituera jamais) qui reprenait le flambeau d’un festival qui aura réussi son jubilé.

Vous revenez d’une tournée en Chine. Pas trop dépaysé par le soleil corse ?

Géraldine Baux – Un peu, c’était à la fois hyper étrange et très cool ce séjour là-bas. L’institut français nous avait invités pour une tournée de deux semaines et on a vraiment kiffé.

Jules Cassignol – Au début, on avait un peu peur parce qu’on est des flippés de l’avion mais en fait ça s’est hyper bien passé. C’était vraiment un voyage hallucinant.

Le voyage reste le fil rouge de Las Aves. Comment ce thème s’est imposé dans vos chansons ?

Géraldine – Dans l’album, le thème qui revient le plus c’est effectivement le voyage, mais le voyage rêvé, pas le voyage concret. L’idée d’imaginer un ailleurs, dans une recherche d’idéal et de liberté. D’où les clips itinérants.

Jules – Le fil rouge c’était aussi de suivre des groupes de meufs à travers le monde, dans des villes vraiment éloignées de nous, pour raconter des choses nouvelles et laisser libre court à l’imaginaire.

Comment l’idée de la chanson “Die in Shanghaï ” vous est venue ?

Géraldine – Collectivement.

Jules – C’est tout bête mais une partie du morceau est inspiré de la musique chinoise. Nos voyages nourrissent notre musique, et au moment d’écrire les paroles on a fonctionné par association d’idées. On travaille de façon très instinctive. Donc en s’imprégnant de ces sonorités asiatiques, on a pensé à Shanghaï, aussi pour la rime avec la phrase d’avant (rires). 

Géraldine –  Ca n’aurait pas marché avec Séoul par exemple (rires).

Jules – Mais la ville de Shanghaï a été une vraie inspiration, dans son mélange entre futurisme et tradition.. Ca faisait écho à nos productions et à l’esthétique générale de l’album.

Vous avez récemment rempli la Cigale. C’était un concert important à vos yeux ?

Géraldine – Oui c’était un moment hyper particulier pour nous, c’est notre salle préférée, le lieu où nous avons vécu des concerts qui nous ont profondément marqués. Au moment de choisir une salle parisienne, on a poussé pour être à la Cigale. Et faire la Cigale, en vrai, comme ça, en tant qu’artistes, être à la place de ceux qu’on a admirés, c’était juste fou. C’est à l’heure actuelle notre meilleur souvenir de concert.

Jules –  C’est notre concert où les gens ont le plus gueulé aussi (rires). Ils connaissaient toutes les paroles, étaient vraiment dans La vine tout du long. C’était aussi la première fois qu’il y avait tant de monde juste pour nous. On était aux anges, on n’a même pas réfléchi à une autre salle, c’était le must pour nous, on voudrait faire des Cigales partout dans le monde !

Comment vous écrivez ensemble ?

Géraldine – On commence des choses chacun de notre côté, et on met en commun. Ca donne donc un album assez hétérogène et collaboratif. Un morceau aura été fait en majorité par l’un d’entre nous, un autre aura été vraiment collectif.

On sent que vos liens avec The Dø sont ténues. Dan Levy a produit votre album, Olivia Merilahti a fait une apparition surprise dans votre concert à La Maroquinerie. Comment est né cette collaboration entre vous ?

Géraldine – On a croisé Dan sur un festival il y a assez longtemps, à l’époque de notre premier groupe les Dodoz. On a pensé très fort : “C’est qui ce connard”. De son côté, il s’est dit : “C’est qui ces petits cons ?” (Rires)

Jules – Ouais il y’a eu un rejet mutuel assez étrange, j’en viens à penser que ça doit être bon signe.

Géraldine –  On en était resté sur cette première mauvaise impression commune. Et en commençant Las Aves, on bossait au départ seuls dans notre studio à Toulouse, puis on a eu envie d’aller plus loin, de collaborer avec d’autres artistes. On a repensé à Dan. En écoutant chacun le travail de l’autre, nous nous sommes rendus compte qu’on allait dans la même direction artistique, qu’il y avait une vraie connexion et parenté. On a commencé à faire des aller/retour Toulouse-Normandie pour bosser ensemble, et ça a été au final assez naturel.

Avant Las Aves, vous aviez un groupe de punk furax qui s’appelait The Dodoz. Pourquoi avez-vous décidé de l’abandonner pour donner naissance à Las Aves ?

Jules – Nous étions livrés à nous-mêmes. On n’avait plus d’argent, plus de label, plus d’intermittence.  On etait contraints dans un studio plus petit et nous ne pouvions plus enregistrer en live. On a du enregistrer avec des boites à rythme car on avait même plus le matériel nécessaire pour enregistrer une vraie batterie. Toutes ces contraintes ont finalement créé un nouveau son. Tout ce qui de prime abord nous bloquait est finalement devenu la clé pour l’élaboration d’une toute nouvelle musique. On a construit notre petite cabane de confort sur un océan d’inconfort (rires).

Géraldine – On était vraiment dans l’exploration de choses et de façons de faire inconnues. Ca nous a forcé à composer autrement.

C’est ce revirement musical qui explique l’abandon de votre ancien nom de groupe ?

Géraldine – Exactement. Par respect pour ce qu’on avait fait avant de toute façon, nous étions obligés de changer de nom. On avait envie que The Dodoz reste cette bulle très punk. On a eu envie de construire autre chose à côté.

Jules – La recherche de noms, ce grand trou noir dans lequel tu te débats infiniment… On est tombé sur Las Aves, archipel au large du Venezuela. Je tenais à avoir “Las” dans le nom moi, ce sont trois lettres que j’aime bien, un côté espagnol et tex mex à la fois. On ne voulait pas un nom qui puisse aiguiller vers un style ou une esthétique trop encadrée.

Pourquoi Adrien, le quatrième membre du groupe, a quitté l’aventure ?

Géraldine – Je pense qu’il se retrouvait moins dans le virage musical radical que l’on a pris. Quand on écoute son projet solo “Ryder The Eagle”, on comprend que d’un point de vue artistique il avait besoin de proposer quelque chose de différent, du coup il est parti seul. Mais nous sommes restés très proches, c’est le frère jumeau de Jules.

Jules – Oui, j’ai pas le choix (rires). 

Dans votre album, on passe de la pop rock à des tonalités Rn’B ou hip-hop. Comment êtes-vous parvenu à faire coexister des styles musicaux aussi différents ?

Jules – Il y a effectivement des albums où l’on va d’un point A à un point B, pas chez nous.

Géraldine – Trop de cohérences, ça nous fait un peu peur…

Jules – On s’est jamais dits : “On va faire telle sorte de musique et aucune autre”. Et l’on aime croire que notre truc à nous va être une façon d’amorcer un morceau, un champ lexical particulier au niveau des paroles. On préfère qu’un lien se crée sur des niveaux plus inconscients. Et quand on est en live, je pense que l’on parvient à faire vivre cette cohérence plus large.

Géraldine – Et à dire vrai, ce que l’on produit correspond aussi quelque part à ce qu’on écoute et ce qui nous inspire. Nous sommes trois, on écoute tous des choses différentes. Du punk, du trip hop, du rn’b, du hip hop. On adore Damso en ce moment.

Jules – Mais oui. Damso a une vraie finesse, tu sens qu’il a écouté à fond Drake ou Young Thug, les prods sont très léchées. Kendrick Lamar et Odd Future aussi je ne m’en lasse pas. On aime beaucoup Princess Nokia aussi. Mais entre tous ces trucs hip hop,  on écoute toujours pas mal de trucs 90’s ou 70’s, qui viennent calmer les énormes basses (rires).

Propos recueillis par David Doucet

Les Inrocks - Musique

Gucci Mane aux Eurockéennes, ça donnait quoi ?

Gucci Mane aux Eurockéennes de Belfort le 7 juillet 2017 (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Cette année, le festival des Eurockéennes fait la part belle au rap. Rap québécois, français, américain. Rap de poids lourds ou de jeunes pousses. Rap lol même avec Lorenzo, qui recrée un kebab sur scène avec rôtissoire à döner, un peu lourdingue franchement mais passons.

Concentrons nous sur Bon Gamin, trio de Montreuil composé des rappeurs Ichon, Loveni et du beatmaker Myth Syzer (aperçu lors d’une soirée Pool Party Les Inrocks aux Bains cette année). Trio génial, tout en jeunesse, en fraicheur, baigné de soleil, que l’on mate les pieds dans le sable sur la belle scène de La Plage, face au lac du Malsaucy. Ichon a une classe folle, sapé comme un prince, mec frais, le corps traversé de mouvements chaloupés, évoquant un serpentin, langue tirée et mains sur l’entrejambe, coquin. A ses côtés, Loveni et Myth Syzer sont d’une belle efficacité en ces temps où le rap se savoure plus en enregistré qu’en live (où il pert bien souvent de sa puissance avouons-le). Chez eux la force est là. Elle parle de meufs, de cocaïne, de soirées. Elle parle à une marée de kids qui voient en ces bons gamins leurs héros. On ne peut que leur donner raison.

Sacré Gucci

Plus tard, le rap se fait poids lourd. Mastoc même au vu des heures de muscu’ auxquelles s’est plié Gucci Mane lors de ses trois années passées derrière les barreaux pour détention d’armes et de stupéfiants. Il débarque avec ses éternelles lunettes de soleil, après vingt bonnes minutes de pré-chauffe assurée par son dj. Il est relax, à la cool, pas tellement énervé. Pas assez peut-être. Les morceaux s’enchaînent bien, soutenus par des lights déchaînées. Les paroles sont crues, comme sur I Don’t Love Her qu’on vous laisse le soin de (re)découvrir.

Gucci ????????#guccimane #guwop @laflare1017

Une publication partagée par caroleboinet (@caroleboinet) le 8 Juil. 2017 à 4h42 PDT

Mais c’est là toute l’outrance cathartiquement jouissive de Guwop, roi de la trap d’Atlanta, star du bling, des armes, de la drogue, des meufs dévêtues, des prod’ sombres, taillées pour les clubs (de strip ?) et b.o des fantasmes les plus sales. Il n’y aura pas de guests comme dans nos rêves les plus fous (qui imaginaient ces zinz’ de Migos débarqués en sautant comme des cabris sur Slippery) mais l’essentiel Lemonade, considéré comme le tube de Gucci Mane mais auquel l’on préfère largement Icy Lil Bitch qu’il ne fera pas malheureusement.

Malgré les coeurs qui clignotent dans nos yeux tout au long du concert, on ne peut s’empêcher de regretter le fait que Guwop rappe sur une bande, et qu’on entende même à certains moments davantage la bande enregistrée que sa voix en live, qui d’ailleurs perdu son effet patate chaude. Gucci Mane passe son concert à clamer son propre nom dans un délire égotripique absolument fascinant. Il part comme il est venu : dans le détachement le plus total, mi-méprisant mi-princier. Gucci quoi.

—–>>>> A lire également : Des Idles aux Parcels, une soirée tout en contrastes aux Eurockéennes 

Les Inrocks - Musique

Edith Fambuena, l’ingénieuse de la chanson

En studio, Édith Fambuena est la cheville ouvrière. Qui joue, arrange, produit, suggère ou rassure. Depuis trente ans, l’ex-chanteuse des Valentins a épaulé Daho, Bashung, Higelin, Zazie… Les aidant à “accoucher” de leurs disques.

Télérama.fr - Musiques

Des Idles aux Parcels : une deuxième soirée tout en contrastes aux Eurockéennes

Le guitariste des Idles, Mark Bowen, le 7 juillet à Berlfort (Sebestien Bozon / AFP)

En parlant du concert euphorisant de Shame hier soir, on évoquait le spectre de The Fall. Pas vraiment musicalement, mais pour la scansion heurtée, les éructations saccadées du chanteur Charlie, pour cette façon de bâtir de la grandeur sur des ruines d’Angleterre.

Idles, le chant idéal pour éructer rage et frustration

Cette façon de chanter tout en postillons à 100 000 volts, on la retrouve ce soir chez les Idles, qui partagent avec leurs compatriotes Sleaford Mods ce chant-étendard du rock prolo anglais depuis 1977. Techniquement : tous de vrais nases. Mais expressivement : le chant idéal pour éructer rage et frustration. On le répète : le rock, ce n’est pas du bel canto. Ça peut aussi remonter des tripes et des égouts. Et à ce jeu là, les Idles font très fort, collant cette voix de castagneur de pub miteux sur un rock sonique, explosif. Loin, très loin des langueurs du trip-hop, le groupe de Bristol joue avec ses tripes et avec nos nerfs. C’est un genre de punk-rock, souvent drôle voire comique (ces mimiques), joué en force, en puissance, comme en témoigne leur justement titré Brutalism, album à angles aigus. La tension vite retombée, on retrouve les Anglais radieux en coulisses. Loin des mines mauvaises et des flirts avec le danger qu’ils ont multiplié lors du concert formidable, ce sont des agneaux doux, des gentlemen.

Parcels, plus excessifs que beaucoup de rebelles

Après cette décharge de fiel et d’électricité, après cette brutalité mâle, après ces chansons chaotiques, accidentées, entraînées vers le malheur par des forces invisibles, le contraste avec la pop ultra-raffinée, lustrée, méticuleuse des Australiens Parcels est un de ces régals dont les Eurockéennes sont gourmandes (comme, hier soir, passer de PNL à Iggy). Les Parcels jouent ainsi la musique la plus éloignée du punk-rock. Mais elle est tellement radicale dans sa propreté, tellement extrême dans sa sophistication qu’elle finit, première de la classe, par être finalement plus excessive que beaucoup de rebelles en uniformes pépères, de cancres aux dérapages contrôlés.

Parcels : LE groupe à suivre en ce moment, est sur la scène de La Plage. ️
Pic by @doriancessa pic.twitter.com/E4AcAZBxLC

— Les Eurockéennes (@eurockeennes) July 7, 2017

Car il faut, en plus d’une attention de tous les instants et de répétitions quotidiennes, un courage et un inconscience dingues pour à cet âge des hormones souveraines (ils n’ont pas 20 ans), jouer la musique des forcenés du studio et du son juste, de Christopher Cross à Steely Dan (en passant ce soir, pour la première fois avec une telle force d’évidence, par Chic). Mais loin des cours de musicologie éreintants, les Parcels profitent de ce savoir immense pour se payer joie et liberté, rigolant là où tant d’autres se concentreraient laborieusement sur leurs thèmes voire leurs thèses.

On n’est donc pas étonné du rapprochement avec Daft Punk, autres érudits aux hanches funkys. Au moment du sunset bleu californien, sur notre scène préférée de La Plage, un très joli moment de liesse collective, de béatitude. Le public très vaste – 10 000 sourires recensés – improvise des concours de danses débridées, du genre que les jeunes Américains esquissent dans les campus movies. On admire une chenille géante, on note même un slam, ce qui surexcite les Parcels. “C’est la première fois que je vois du crowdsurfing à un de nos concerts, s’amuses ces surfers patentés. J’ai l’impression de jouer dans un groupe de rock’n’roll. Ce que nous ne sommes pas du tout. Mais alors pas du tout !!!” Mais si, mais si : en creux.

On vous parlera ailleurs de l’événement de ce second soir des Eurockéennes : la très rare venue en Europe de Gucci Mane.

Les Inrocks - Musique

Six groupes qui vont vous faire tomber amoureux de la Colombie

Ghetto Kumbé (capture d'écran)

A l’occasion de la saison culturelle France-Colombie, de nombreux artistes colombiens se produisent partout en France dans les six mois à venir. L’occasion d’explorer une nouvelle scène musicale riche et diverse. Entre salsa old school, techno psychédélique, cumbia rebelle et swing latino, vous ne pourrez pas dire non à un peu de colombienne.

Mitú, la “techno de la jungle”

Entre le guitariste de Bomba Estéreo, Julián Salazar, et le percussionniste caribéen Franklin Tejedor, une sorte d’osmose s’est installée depuis qu’ils ont commencé à travailler ensemble, il y a cinq ans. C’est de cette rencontre qu’est né Mitú, et sa techno tropicale cousine de l’électro de l’Équatorien Nicola Cruz.

“Mitú” ? C’est le nom d’un village colombien reculé, en pleine Amazonie. “On peut faire une analogie entre notre musique et ce lieu isolé, difficilement accessible, où il faut vraiment vouloir se rendre pour le trouver, explique Julian. C’est aussi le nom d’un oiseau qui vit en Amazonie. Ça sonne un peu comme ce qu’on fait.” Le duo puise en effet son inspiration dans la musique traditionnelle de San Basilio de Palenque, village caribéen situé dans le nord de la Colombie, dont est originaire Franklin. “Maintenant, je ne suis pas sûr qu’on puisse encore définir ce qu’on fait comme de la ‘techno de Palenque’, mais peut-être plus comme de la techno de la jungle”, relativise-t-il. Leur nouveau single, Melgar, extrait de l’album Cosmus (à paraître an août) témoigne de ces influences. 

“Ce disque a mis presque deux ans à naître, entre tournée et paternité – ma fille est née il y a un an et quatre mois, révèle Julian. Techniquement, on a changé tous nos appareils, alors que cela faisait cinq ans qu’on utilisait les mêmes. C’est une rénovation. On a cherché à prendre un virage, à changer, à tout refaire à partir de rien”. Le résultat sera à voir en live au 104, à Paris, en décembre. En attendant, on peut aussi écouter cet autre single, qui porte bien son nom, Fiebre. 

-> En concert le 16 décembre au 104 à Paris, pour la clôture de l’année France-Colombie 2017.

Monsieur Periné, le swing latino

Ne vous y trompez pas, derrière le personnage mystérieux de Monsieur Periné se cache bien un groupe colombien, qui a fait du swing manouche sa colonne vertébrale. Ce nom atypique est venu à l’esprit du guitariste et violoniste Santiago Prieto en lisant un livre de… Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires. “Il y avait des scènes de sexe, très bien écrites, et je suis tombé sur le mot ‘périnée’, que j’ai cherché dans le dictionnaire parce que je ne le connaissais pas”, raconte-t-il. “Comme en Colombie les gens qui ont de la culture pensent que tout ce qui est français est synonyme de sophistication et d’élégance, on s’est dit que ce serait un bon nom”, complète Catalina Garcia, la chanteuse du groupe. Celle-ci, originaire de la ville de Cali, a étudié au lycée français, ce qui explique que certains morceaux soient écrits dans la langue de Molière. “Mais le périnée c’est aussi la force de la création, là où se trouve l’origine de la créativité”, finit par lâcher Santiago, avec un sourire espiègle. Dont acte.

Élevés au swing de Django Reinhardt, les musiciens de Monsieur Periné ont fabriqué leur propre cocktail exotique en mêlant jazz manouche et charango. “On appartient à ce côté du globe, pas seulement à la Colombie, mais au continent américain. Notre ADN, c’est la musique latino”, confirme celle qu’on surnomme ici “Madame Periné”. Leur second album, Caja de Musica (2015), a d’ailleurs été produit par un membre du groupe Calle 13, Eduardo Cabra, de Puerto Rico. Il a obtenu le Latin Grammy 2015 du “meilleur artiste émergent”. 

Leur prochain album sera enregistré ce mois d’août, et un premier single devrait voir le jour à la fin de l’année. On y trouvera de nouvelles collaborations, avec la mexicaine Julieta Venegas, et le claviériste Juancho Valencia, membre du groupe Puerto Candelaria, de Medellin.

Puerto Candelaria, les génies de la “cumbia rebelle”

Depuis le début des années 2000, un port onirique habité par des personnages dignes des films de Tim Burton sillonne et envoûte l’Amérique Latine de sa cumbia furieuse et festive. Il a pour nom Puerto Candelaria (référence à la “Villa de la Candelaria”, l’ancien nom de Medellín, où le collectif a été fondé). Plus qu’un groupe, c’est un lieu imaginaire qui prend toute sa dimension en live, et qui trouve sa source conceptuelle dans le “réalisme magique” de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature colombien, auteur de Cent ans de solitude.

“Puerto Candelaria se définit comme un ‘Macondo’ sonore, explique ainsi le bassiste et chanteur du groupe, Eduardo Gonzalez. On conçoit nos concerts comme des shows visuels, comme une pièce de théâtre.” La chanteuse, “Maga la Maga”, y incarne une magicienne malicieuse, le percussionniste, “Diggy”, représente l’insouciance et la jeunesse, le trombone, “Barromán”, est un mercenaire sans foi ni loi, et le bassiste, “El Caballero del Bajo”, un gentleman séducteur. 

Alors que la guerre des cartels et la guérilla marxiste des FARC faisaient encore rage à Medellín, Puerto Candelaria (cinq albums au compteur) a pris le parti de guérir la violence par l’humour, la poésie et une bonne dose de provocation, comme sur le titre Mono Loco, hymne au narcotrafic bourré d’ironie et de jeux de mots.

“Les membres de Puerto Candelaria sont nés dans les années 1980, les plus violentes, celles de l’apogée du narcotrafic, raconte Eduardo, dont les moustaches ont été remplacées par une belle barbe broussailleuse. Mais on est passé de la peur à l’espoir, et le groupe fait partie de ce processus”. “Nous convertissons toute cette violence en joie, en blagues… Les mots et la musique sont nos armes”, complète Magaly Alzate (“Maga la Maga”). En concert partout en France cet été, ces joyeux drilles sortiront un nouvel album à la fin de l’année. On peut déjà danser sur le single Crazy Party – en apprendre les paroles, c’est une autre paire de manches.

-> En concert à L’Ermitage le 8 juillet, et en tournée en France en juillet-août (toutes les infos ici)

Maïte Hontelé, la magie de la salsa old school

Son physique détonne, dans le studio de Merlin Produccion, son label indépendant situé dans le centre de Medellín. Grande blonde aux cheveux courts, Maïte Hontelé aurait du mal à se faire passer pour une colombienne. Mais on oublie complètement ce détail quand elle souffle dans sa trompette. Arrivée dans “la ville au printemps éternel” il y a huit ans, elle ne l’a plus quittée depuis. Par amour pour la musique latino-américaine, et pour le pianiste de Puerto Candelaria, Juancho Valencia, son compagnon. “Je suis arrivée ici : une blonde, hollandaise, qui joue de la salsa… Le public latino-américain aurait pu me rejeter, mais il m’a ouvert les bras !”, raconte-t-elle avec émotion.

Après cinq albums, et une nomination aux Grammy Latino dans la catégorie “meilleur album de salsa” en 2014 pour Déjame Así, elle sortira en octobre Cuba Linda, enregistré à Cuba en collaboration avec le label Egrem. Un accomplissement pour elle :

“C’est le plus grand projet de ma vie. En mai, on a passé onze jours avec l’équipe cubaine et colombienne, pour l’enregistrer. Chaque morceau est fait avec un invité spécial de haut niveau, comme Issac Delgado, Roberto du groupe Los Van Van, Orquesta Aragon, Vicente García qui vient de République dominicaine, Goyo, la rappeuse de ChocQuibTown, le producteur et chanteur cubain Alain Perez, etc. C’est l’album dont je rêvais depuis petite. Dans une carrière, on fait des petits bonds. Là c’est un saut très important.”

Sa prochaine tournée en France est attendue pour 2018.

Ghetto Kumbé, la house psyché des caraïbes

Cette année les Eurockéennes se mettent au diapason de l’année France-Colombie, en présentant le meilleur de la scène alternative colombienne, du 6 au 9 juillet. Parmi les groupes au programme – avec El Freaky, Diamante Eléctrico ou encore Systema Solar -, la techno-house caribéenne de Ghetto Kumbé promet de faire son effet.

Le trio, issu de la côte caribéenne de la Colombie, mêle beats du futur et racines rythmiques traditionnelles des Caraïbes. “Il est important de montrer nos racines, d’où l’on vient, et de continuer à faire exister ces rythmes”, expliquait au Tiempo Edgardo Garcés ‘Guajiro’, un des trois membres du groupe. Pour définir cette musique, il évoque un “mélange du noir, de l’indien, du tambour, des gaitas (flûtes traditionnelles des Caraïbes) et d’autres rythmes”. Les instruments utilisés par le trio témoignent de cet attachement aux racines : le djembé de Chongo, le tambour africain de Keyta, et les beats futuristes de Guajiro forment un ensemble sonore aussi original que planant, comme on peut le constater sur leur premier single sorti en 2015, ChilaKile. A découvrir d’urgence en live.

-> En concert le 8 juillet au Sucre (Lyon) et le 9 juillet aux Eurockéennes.

Meridian Brothers, le laboratoire génial des musiques tropicales 

On avait découvert Meridian Brothers en 2012 avec l’album Desesperanza (leur quatrième, déjà), et on s’était pris une claque. Le groupe du génie Eblis Alvarez (guitariste, chanteur et producteur, membre du groupe Los Pirañas) revient le 8 septembre avec un nouvel album, ¿Dónde Estás María? (Soundway), dont le premier extrait aux sonorités andines promet l’exploration de nouveaux territoires sud-américains :

¿Dónde Estás María? by Meridian Brothers

Comment définir l’ADN du groupe ? Comme un joyeux mélange de musiques traditionnelles poussées et de dadaïsme latino, en constante évolution. En 2012, Eblis Alvarez nous confiait que les Meridian Brothers était son “laboratoire personnel, là où j’exerce mes expériences les plus osées”. Sa recette ne semble toujours pas avoir changé : “C’est comme ça que je sais qu’un morceau est bon : quand je me jette à terre et que je me tords de rire en l’écoutant.” On se marre toujours autant.

-> Le groupe se produira au Théatre de l´Athénée, à Paris, début octobre, pour une représentation spéciale baptisée “Colombia, un cartel contemporáneo“. 

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Et Radiohead prit l'avant-poste du rock

En 1997, Radiohead publie “OK Computer”, réédité aujourd’hui en triple vinyle avec inédits et face B. Immédiatement élevé au rang de classique d’un nouveau rock cosmique, il transforme en stars de l’avant-garde la petite bande de Thom Yorke, que tout le monde pensait destinée à une carrière de série B.

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