Actu musique

3 juillet 2017

Spoon, un succès flou

Avec “Hot Thoughts”, son neuvième album, le groupe américain éblouit toujours avec sa pop rêche et son savoir-faire minimaliste. Mais si la critique est conquise, le succès populaire, lui, tarde à se manifester. Explications, avant leur concert parisien.

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De La Soul à Vienne : du hip-hop et tellement plus

Légende du rap, le trio à la séduisante palette musicale écume désormais les grandes scènes jazz. Samedi 1er juillet 2017, Posdnuos, Trugoy et Maseo ont enflammé le théâtre antique de Vienne comme larrons en foire. Funky !

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Les cinq premiers noms des Inrocks Festival 2017 sont tombés!

Capture d'écran du clip "Away Away" d'Ibeyi.

C’est le jour-J ! Après avoir annoncé le retour du festival organisé par les InRocKuptibles, la semaine dernière, l’heure est venue de vous dévoiler les premiers artistes de la programmation !

Parmi les têtes d’affiche, les sœurs jumelles et hyper talentueuses d’Ibeyi, le 24 novembre au Casino de Paris, le groupe de rock anglais Django Django, déniché sur My Space il y a une dizaine d’années (le jeudi 23), ainsi que le crooner fou Alex Cameron (le samedi 25).

Deux autres noms ont été révélés, ce lundi 3 juillet, pas des moindres mais surtout francophones : le crew Bon Gamin (dont le rappeur Ichon fait partie ainsi que les producteurs Myth Syzer et Ikaz Boi) et l’une des grandes promesses du rap français Josman, qui se produiront le vendredi 24 novembre à la Gaité Lyrique.

Entre le lancement de la nouvelle formule à partir du 30 août, et les 30 ans des Inrocks Festival, les raisons sont bonnes pour venir participer à quatre jours de concerts dans la capitale. De prochains artistes seront ajoutés au line-up très bientôt !

La billetterie est ouverte dès maintenant pour le jeudi 23, le vendredi 24 au Casino de Paris et à la Gaité Lyrique et enfin le samedi 25.

Retrouvez toutes les infos sur l’événement Facebook.

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Yann et Romain Pissenem, les frères fêtards d'Ibiza

Originaires de Lorraine, Yann et Romain Pissenem ont construit un véritable empire techno à Ibiza. DJ stars, soirées gigantesques, décors sidérants… Les petits Français voient grand.

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Au Mainsquare, Radiohead garde la tête dans les étoiles

Au festival Mainsquare d’Arras, le groupe emmené par Thom Yorke jouait sa seule date française de l'année. Vingt ans après son classique “OK Computer”, Radiohead conserve son audace et son pouvoir d'émotion.

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Il est comment “4:44”, le nouvel album de Jay-Z ?

Jay-Z avec un beau barreau de chaise en amont des Grammy le 11 février 2017 (ARI PERILSTEIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Cela commence à faire quelques années que Jay-Z s’ennuie – et nous ennuie. Avec sa mégalomanie maladive, sa femme et ses mômes qui ne sont que lumière et ses revenus personnels frisant l’absurde, il est devenu l’ombre d’un rappeur, une superstar people dont on voyait arriver d’ici l’ultime transformation : se faire retirer deux ou trois côtes afin de s’auto-sucer plus aisément, de célébrer de manière plus simple encore sa fabuleuse réussite et sa divine famille à travers des textes si hyperboliques qu’ils en sont devenus plats. Lorsque l’on ne parle que du sommet, on ne voit plus le relief…

La cover de l’album

Depuis The Blueprint (allez, depuis The Blueprint 2…) – ses dernières excellentes livraisons -, Shawn Carter était devenu ce presque-beauf bedonnant passant des vacances convenues dans des ghettos pour riches entre les pages de Voici, s’emmerdant au bord d’une piscine aux dimensions ineptes en se demandant de quoi il allait nourrir son prochain texte – si ce n’est d’une de ces hyperboles devenues fades à force de répétition. De fait, cela fait aussi quelques années que l’ultime parvenu de l’industrie rap, qui donne désormais plus d’interviews à Forbes qu’à XXL, n’a pas livré un bon album. Sa précédente livraison, Magna Carta Holy Grail, illustrait cet état de fait : alors que sortait au même moment Yeezus, de Kanye West (son poulain quelques années plus tôt), un disque risqué, rayé, radical, Jay-Z livrait une collection de platitudes, un disque de vieil éléphant assis sur ses recettes, gérant sa carrière en s’arrogeant les producteurs tendances du moment à la seule force de ses dollars. Depuis combien de temps Jay-Z n’a pas livré quelques chose de personnel sur un disque ?

Un album sincère à l’ère du grandiose 

On en était là de nos réflexions quand est sorti, brusquement, ce vendredi 30 juin 2017, jour où Simone Veil disparaissait, 4:44. Le 13e album de l’ex-meilleur rappeur du monde est un disque sans apparat ni médaille, sans cymbales ajoutées, rempli de névroses et produit d’un bout à l’autre par le même beatmaker, le discret No I.D. Un album réjouissant parce que sans artifice à l’ère du grandiose, posé comme une tuile à l’heure où le grandiloquent fait loi.

4:44 est tout d’abord un disque d’une honnêteté brutale : l’hyperbole de milliardaire y laisse la place au quotidien d’une superstar avouant erreurs, manquements et errances. Carter y évoque notamment ses propres adultères, mais aussi la honte qui le submergerait si sa fille Blue Ivy venait à avoir connaissance de ces méfaits (paradoxalement, c’est tout de même le meilleur moyen de les lui mettre sous les yeux) ou encore l'(homo)sexualité de sa mère.

On ne reprochera jamais à Jay-Z, enfermé depuis longtemps dans une tour d’ivoire, d’être aussi brutalement honnête, au contraire : si l’esbroufe est depuis toujours l’apanage du rap, que les MCs sont tenus d’attraper des “princesses” par dizaines et de se faire sucer en pilotant un jet privé (comprenne qui pourra…), peu savent faire preuve d’autant de verve lorsqu’il s’agit d’évoquer aussi, et avec sincérité, ce qu’ils sont vraiment. Et même si l’on sent bien que Jay-Z n’est plus habitué à cet exercice – la rime est parfois faiblarde lorsqu’elle approche l’intime – le propos est salvateur. Shawn Carter, finalement, demeure un homme qui, quoique que riche à millions, pense parfois qu’il n’est qu’une merde, côtoie l’homosexualité au quotidien (féminine cependant, hein, faut pas déconner quand même…), a déjà trompé sa femme, se fait un sang d’encre pour le futur de sa marmaille dorée et a parfois envie de tout lâcher.

Derrière 4:44 : le beatmaker No I.D. 

4:44 est aussi un disque court (10 titres et moins de 40 minutes), cohérent et superbement produit par No I.D., beatmaker chicagoan qui a longtemps œuvré dans l’ombre de Kanye West ou Common. Seul maître à bord de 4:44, il contribue lourdement au caractère à la fois cohérent, intimiste mais aussi novateur de cette pièce musicale chargée de sens. D’abord parce que le caractère absolument grillé des samples utilisés (de Nina Simone à Stevie Wonder) est sublimé par la manière dont le producteur parvient à les inclure dans une œuvre globale, sous une couleur musicale cohérente chargée de soul, de poussières boom-bap et de brumes, de beats abîmés et de samples justes mais mal ajustés – soit tout l’opposé des livraisons précédentes du rappeur, lisses à souhait. Mais aussi parce qu’il les travaille comme personne: chez No I.D., Nina Simone n’est plus Nina Simone. Elle se tord, se planque off-beat, se dissimule et renaît ; elle devient Nina Simone Veil. Et au-dessus du beat, Jay-Z s’excuse de ses tromperies et du fait que cela semble paradoxalement normal pour un homme. Vendredi 30 juin 2017, voilà.

Même la présence des featurings (Damian Marley, Franck Ocean) se révèle presque inutile (sauvons Ocean tout de même, s’il ne faut en garder qu’un) tant ce disque est concret, cohérent, juste – un Jay-Z de poche, qu’on écoute enfin pour soi-même, planqué sous casque. Reste cependant, au-delà d’un excellent rapping (Jay-Z n’est pas l’ex-meilleur rappeur du monde pour rien…), le caractère un peu pataud d’un rappeur qui livre ses démons en bloc après n’en avoir rien dit pendant des années. On ne le lui reprochera jamais mais on se pose la question : l’adultère ? Beyoncé l’avait déjà évoqué dans Lemonade ; le fait que les propos des rappeurs actuels n’ont plus la densité d’antan, comme il l’explique sur Marcy Me ? On le savait déjà. De quoi 4:44 est-il donc le nom ? Du mea culpa d’une rap-star qui veut redevenir normale? Qui veut être à nouveau ce rappeur lambda qui débitait les meilleures rimes de la planète en 1993 en ouvrant ses tripes ? Il n’en demeure pas moins que, venant de Jay-Z, 4:44 est un très bon disque.

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Sampha reprend “Cranes in The Sky” de Solange et c’est sublime

Cover du premier album de Sampha, "Process".

Sampha a livré un live remarquable au festival Glastonbury en Angleterre, qui s’est tenu du 21 au 25 juin. Il en a profité pour livrer une excellente reprise de Solange : Cranes In The Sky, issu de son dernier album A Seat at the Table (sorti en 2016). La BBC l’a enregistré, et vous pouvez l’écouter sous ce lien, à partir de 7:36 minutes. Ou ci-dessous :

A comparer avec l’originale :

Solange Knowles en larmes

La sœur de Beyoncé a été très émue par l’interprétation du chanteur britannique, et s’est exprimée sur Twitter à ce sujet : “Je pleure. Sampha ta voix et ton âme sont sans égales.”

crying
sampha your voice and soul are unmatched https://t.co/7sa9AfWUAc

— solange knowles (@solangeknowles) 2 juillet 2017

Auparavant, les deux artistes avaient collaboré sur le single de Solange, Don’t Touch My Hair. Sampha a lui sorti un premier LP superbe en début d’année, Process.

Concerts Solange jouera aux Eurockéennes de Belfort le dimanche 9 juillet.
Sampha donnera un live au Worldwide Festival à Sète le même jour.

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Jay-Z: sa carrière résumée en cinq disques

Jay Z dans le clip de "Show Me What You Got" (capture d'écran Youtube)

Reasonable Doubt (1996)

Jay-Z a connu le deal de drogue, le Brooklyn des bas fonds, les embrouilles qui se règlent uniquement armes à la main, et tout cela s’entend fort logiquement sur un premier album qui s’inscrit d’emblée dans la lignée des grands disques new-yorkais publiés au cours des années 1990. Il suffit d’écouter, tout est là : les samples de Nas et de Prodigy, les références à A Tribe Called Quest ou EPMD, le duo avec Biggie, les textes qui trahissent de vraies inclinaisons pour l’univers mafieux, et l’amour des beats, minimalistes et terriblement efficaces. À l’image de Can’t Knock the Hustle, Ain’t No Nigga et Dead President II où Jay-Z, de cette voix aujourd’hui si connue des classements du Billboard, déploie sa science de la narration avec un charisme hors-pair.

Vol.2… Hard Knock Life (1998)

Depuis ses débuts, Jay-Z a toujours prouvé sa capacité à fédérer les énergies autour de lui, que ce soit sur des albums collaboratifs (avec Kanye West, R’Kelly ou Linkin Park) ou en tant que patron de Def Jam. Aucun album, cela dit, ne symbolise mieux cette faculté que ce Vol.2… Hard Knock Life au casting XXL : DJ Premier, Timbaland, Swizz Beatz ou Jermaine Dupri à la prod, DMX, The Lox et Too $hort derrière le mic. Forcément, l’album est un succès (auréolé d’un Grammy Awards, le premier pour Jay-Z). Forcément, il s’écoule par millions. Et, forcément, il contient son lot de classiques (Hard Knock Life (Ghetto Anthem) ou Can I Get A…) sans que jamais ce potentiel grand public ne vienne nuire à sa vision profonde. Deuxième volet d’une trilogie ouverte par In My Lifetime, Vol.1 et refermée avec Vol.3… Life And Times of S. Carter, Vol.2… Hard Knock Life montre en effet un Jay-Z conscient de sa position au sein du paysage rap (surtout, depuis les disparitions de 2Pac et Biggie), capable de se renouveler et de progresser à chaque étape en s’entourant des meilleurs artistes de son temps – ça marche aussi dans les années 2000 et 2010 avec Pharrell et Frank Ocean.

The Blueprint (2001)

Plus encore que Reasonable Doubt, The Blueprint est sans doute le chef-d’œuvre de Jay-Z. Son album le plus personnel également : plutôt que s’entourer d’une armée de guests prestigieux, le rappeur new-yorkais assure presque tous les morceaux en solo – seuls Q-Tip, Slick Rick ou Eminem font une apparition, tandis que Kanye West, Bink! et Just Blaze assurent l’essentiel de la production. En résulte un album parfait de bout en bout, où Jay-Z hausse les épaules avec humour (“I’m too sexy for jail”), s’en prend à Nas et Prodigy (Takeover) et règle ses comptes avec ses détracteurs à coup de rimes qui transpirent l’egotrip : “Motherfuckers say that I’m foolish I only talk about jewels / Do you fools listen to music or do you just skim through it ?”. Mais The Blueprint doit également beaucoup à ses mélodies, souvent novatrices, toujours inspirées. À l’image de The Ruler’s Back, Izzo (H.O.V.A.), Jigga That Nigga, Song Cry… on arrête là car, au final, c’est chacun des morceaux qu’il faudrait citer pour honorer ce disque qui entérine le règne d’un artiste au sommet.

The Black Album (2003)

Businessman dans l’âme, Jay-Z annonce d’emblée que The Black Album sera son dernier album. Comme il l’avait déjà fait pour Reasonable Doubt ? En quelque sorte. Sauf que là, Jigga semble prêt à privilégier ses autres activités, que ce soit son label, sa ligne de streetwear ou sa marque de vodka. Pour fêter cela, et permettre par la même occasion à son huitième album en huit ans d’atteindre des sommets, Jay-Z réunit ainsi tous ses proches, un peu comme s’il souhaitait faire l’inventaire d’un catalogue avant fermeture. Sur The Black Album, qui fait suite au regrettable The Best Of Both Worlds, enregistré aux côtés de R’Kelly, on retrouve ainsi toutes les facettes du bonhomme : le goût de l’outrance (Big Pimpin), le savoir-faire mélodique (Dirt Off Your Shoulder), une évidente sensibilité (December 4th’), de rares moments de sincérité (Moment Of Clarity, dédié à son père, récemment décédé) et des instants de pure démonstration technique (Threat). Ça pourrait paraître bancal, voire incohérent. Ça permet au contraire à Jay-Z de rappeler à tout le monde qu’il peut kicker sur n’importe quel beat, aborder n’importe quel thème et que The Black Album soutien la comparaison avec ses meilleures productions.

4:44 (2017)

Après avoir publié un album en demi-teinte et lancé une plateforme de streaming qui peine à éclipser ses concurrents, Hov s’offre une cure de jouvence avec 4:44. Ici, Jay-Z semble en effet avoir entendu les réserves avancées lors de la sortie de Magna Carta…Holy Grail, à qui il était notamment reproché un manque de prise de risque, surtout au cœur d’une année 2013 où, de Kanye West à Justin Timberlake, les poids lourds semblaient tout tenter. On pourrait certes émettre les mêmes critiques à l’égard de 4:44 et ses samples chopés au sein de la Great Black Music (Nina Simone, Stevie Wonder, The Fugees) plutôt que dans une scène avant-gardiste, mais ce treizième album solo, composé dans une logique que l’on imagine aussi entrepreneuriale qu’artistique, vaut pour ses grands moments, intimes ou conscients, mais toujours bien ficelés. Le temps dira s’il est au-dessus d’American Gangster ou même de Watch The Throne, mais 4:44 a le mérite de ne pas en faire trop, de ne jamais jouer la carte du jeunisme et de présenter Jay-Z dans un domaine où il excelle : un rap brut, direct et sans chichis.

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