Actu musique

25 juin 2017

Début juillet, le festival Astropolis fait escale à Brest pour trois jours de teuf

Le bois de Kéroual, à Brest. Crédit photo : Maxime Chermat

“Astropolis est un transport en commun. La surface de la Terre est un dancefloor géant.” Ces quelques mots de Jacques dans l’édito de l’event résument à eux-seuls l’esprit du plus ancien – et plus cool – festival de musiques électro de France. Astropolis, “Astro” pour les intimes, revient du 30 juin au 2 juillet pour sa 23e édition été à Brest, aka la meilleure ville du monde (eh oui). Avec un line-up toujours aussi pointu : comme d’hab, il mêle artistes mythiques – et fidèles de la première heure, comme le pape de la techno made in Detroit Jeff Mills – petits nouveaux mais aussi djs et producteurs de la région. Être à la fois défricheur et passeur, sans prétention mais toujours avec goût et exigence, voilà l’idée de base de l’équipe qui lança l’évènement, en 1995, dans une clairière à Kernouës (c’est là), avant de s’exporter dans le château de Kériolet, à Concarneau (revoir le super docu produit par Sourdoreille sur Manu le Malin), puis à Brest de façon pérenne.

Tous les ans, c’est la ville entière qui frémit au rythme des différents événements proposés – 15 cette année, regroupés sur 12 lieux – insufflant dans l’air une atmosphère spéciale : quand c’est Astro, il se passe quelque chose d’unique, comme on dit.

Pétanque et astroboum 

Et ça se passera d’abord vendredi 30, avec la soirée Bunker Palace à la Carène qui accueillera notamment le set house de Motor City Drum ensemble, la techno-house de la militante féministe badass The Black Madonna, mais aussi Flabaire, que l’on verra aussi à Calvi on the Rocks. A ne pas manquer sinon, outre l’Astroclub à la Suite, la carte blanche donnée au prometteur label brestois BR|ST. Ca sera au bar le P’tit Minou, sur le port (c’est aussi le nom d’un phare et d’un club de surf, voilà, vous savez tout), et, en plus, c’est gratuit.

Samedi 1er juillet, l’après-midi au jardin du Château, vous pourrez admirer la rade de Brest tout en écoutant les sets des Montréalaises Claire et Deadlift lors de l’event Beau rivage, lui aussi for free. Au même moment, rendez-vous à un tournoi de “pétanque électronique”, place Guérin, lors du désormais légendaire Mix’n’boules – ça ne s’invente pas – animé par le collectif La Station Rose. Si vous avez des gamins mélomanes, Jacques vous attendra place de la Liberté pour une Astroboum où l’artiste du label Pains Surprises présentera un de ses sets où il met à contribution des objets du quotidien. Interdit aux moins de douze ans, sorry.

Une quarantaine d’artistes à Kéroual

Ce ne sera pas le cas le samedi soir, dans le bois de Kéroual, qui sera habillé pour l’occasion, on n’en doute pas une seconde vu les précédentes éditions, d’une scénographie de toute beauté. Point d’orgue du festival avec ses cinq scènes et sa quarantaine d’artistes au programme, la soirée promet avec, en vrac : Jeff Mills donc, Jacques itou, Madben – dj signé sur Astropolis records mais cette année en set à quatre mains avec Yann Lean du label Trunkline – Floating Point, Möd3rn, le protégé de Laurent Garnier Oniris, lui aussi signé chez Astro records, Joy Orbison ou encore Ben Frost. Sans oublier les locaux du Sonic Crew, la drum’n’bass d’Elisa Do Brasil, pilier du festival, tout comme Manu Le Malin, qui investira la – sa – scène Mekanik pour un set hardcore.

Manu Le Malin, que l’on retrouvera non sans satisfaction dans ses habits de The Driver, soit son alter-égo plus techno et house, lors de la soirée de clotûre, dans les sous-sols du Vauban. A ses côtés, l’Allemand T. Raumschmiere, figure emblématique du label Kompakt. Vous voyez, vous avez toujours rêvé de venir à Brest. Rave on!

Toutes les infos ici, sur le site du festival.

Les Inrocks - Musique

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“Purple Rain”: l’histoire secrète d’un album mythique

© Larry Williams

Contrairement à la projection cauchemardesque que lui associait George Orwell, l’année 1984 fut un moment de pure félicité. Certes, la guerre froide entre blocs de l’Est et de l’Ouest connaissait encore quelques coups de chaud, la famine décimait toujours autant d’Africains et la terreur sévissait dans nombre de pays.

Mais hormis les habituelles catastrophes et leur cortège de souffrances qui trament depuis la nuit des temps l’histoire du monde et des humains, l’ambiance générale sur la planète Terre était relativement teintée d’optimisme.

Rien à voir en tout cas avec celle désespérante que dépeint la dystopie d’Orwell. Pour ce qui concerne nos contrées favorisées, on peut même dire qu’en 1984 les choses viraient carrément au festif. Et à l’hédonisme décodé.

Un priapisme funky affiché dès le premier album

En France, pour la première fois, une chaîne de télévision (Canal+) s’apprête à diffuser des films pornographiques (ouh là là !). Et ce n’est donc pas un total hasard si Purple Rain, disque incontestable de cette année-là, se trouvait être l’œuvre d’un petit satyre originaire de Minneapolis aux lèvres gourmandes et aux yeux de biche effarouchée, dont le goût pour les élucubrations érotiques et les dispositions au priapisme funky étaient avérées depuis un certain temps.

Dès son premier album en 1978, Prince semblait en effet s’être donné pour mission artistique d’incarner à lui seul un demi-siècle de musique, noire et blanche, en misant sur la désinhibition sexuelle des genres musicaux. En somme, en mettant dans le même lit la soul, le rock, la pop et l’electro naissante, il allait obtenir la plus grandiose partouze sonore de tous les temps.

Cette option pour le moins originale devait ainsi pousser ce virtuose à adopter des positions, certes assez dingues, mais qui en réalité finiraient par relever du domaine de l’orchestral et du littéral plutôt que du Kama Sutra.

Des fantasmes classés X

Quatre ans avant Purple Rain, Prince avait défié tous les pudibonds et les coincés du cul de l’univers avec le bien nommé Dirty Mind, un troisième album où il prenait un malin plaisir à organiser une série de combinaisons et d’emboîtages proches de l’acrobatie copulatoire pour freak show libidinal.

Déjà, la photo de la pochette, signée Allen Beaulieu, l’expose en prostitué gay, comme au sortir d’une backroom new-yorkaise. Ventre duveteux et moustache portoricaine, notre Priape de la chanson s’exhibe ainsi en mode pervers, couvert d’un minislip de cuir dont l’indécence se voit soulignée à dessein par le port d’un trench-coat largement ouvert sur son corps d’éphèbe.

Toutes les chansons y explorent, avec un zèle confinant à la surenchère provocatrice, une large gamme de fantasmes classés X. La plus spectaculaire du lot étant Head où le protagoniste se voit proposer une fellation par une jeune vierge le jour du mariage de celle-ci. Ce faisant, le titre se conclut par, comme aime à le préciser le site PornHub dans nombre de ses vidéos, “un flot de foutre brûlant” qui inonde la robe immaculée de la promise.

Un beau bizarre à la fois de fausset, obsédé par Dieu et le sexe

Les autres titres poursuivent dans la même veine libertine. Le triolisme (When You Were Mine), l’inceste (Sister), le sexe en groupe (Uptown) y font l’objet d’une approche rock-funk-electro qui pour l’époque reste encore novatrice. Sur le disque suivant, Controversy, Prince complète la livraison de ses obsessions avec Jack U off où il est question de masturbation synchronisée.

Pour autant, et même à la lumière explicite de ces différents exemples, finit par s’esquisser le portrait d’un artiste bien plus prisonnier du désir de trouver coûte que coûte sa place dans le gotha très sélectif de la musique, quitte à le scandaliser, que rongé par l’idée de partager ses fantaisies sexuelles. Or, c’est ce vœu de légitimation musicale qui allait être exaucé avec Purple Rain.

Obsédé, Prince l’était. Par le sexe comme par Dieu (qui d’autre aurait eu l’incroyable culot de Lui dédier une obscénité telle que Dirty Mind !). Mais obsédé, il l’était bien davantage par sa musique qui restera, sa vie durant, son seul véritable moyen de communiquer avec le monde. En 1984, il n’est encore chez nous qu’une curiosité branchée. (suite…)

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