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10 juin 2017

Les groupes indé russes vont-ils (enfin) conquérir l’Occident ?

Pochette de la première compilation de Belka Records , "Russiant Tour" (Crédit photo : Alekseї Leonov).

A moins de s’y connaître un tout petit peu, la musique russe ne parle pas à grand monde en Europe de l’Ouest. En techno il y a Nina Kraviz, en rock Motorama, et sur Internet, on pense à deux ou trois vidéos gênantes…
C’est surtout le rock russe qui s’exporte mal, voire pas du tout hors de ses frontières. Pourtant, deux Français et une Suisse, Grégoire, Romain et Céline, passionnés de culture russe, espèrent bien y parvenir un jour. Tous les trois ont fondé le label Belka Records, dans le but d’ouvrir au monde occidental une porte sur la scène indé russe actuelle. Le slogan de leur petite maison de disques : “Bringing Eastern Sound to Western Ears.” En français : “Apporter le son de l’est aux oreilles de l’ouest”.

“Il y a une scène très riche et très active ici”, explique Grégoire Chesnot, co-fondateur de Belka et domicilié à Moscou depuis deux ans. Fasciné par le pays depuis un échange universitaire, ce jeune Français a lancé ce projet avec deux de ses amis, il y a moins d’un an. Son intérêt pour la musique s’est presque imposée à lui, par défaut :

“Moscou n’est pas une étape “classique” des tournées européennes. Comme tu sais que ton groupe californien préféré ne viendra jamais ici, tu t’intéresses aux groupes locaux.”

Grégoire a débuté dans la curation de groupes russes via un blog, tenu à son ami Romain, qu’ils ont nommé Vocododo. Ils y écrivaient des comptes-rendus de concerts, des articles sur des artistes indé ainsi que des chroniques d’albums. Bientôt, ils ont souhaité aller plus loin. “Avec le temps, on a eu envie d’être plus actifs dans la promotion de groupes qui nous tiennent à cœur,” explique Grégoire. Parmi eux, il y a Parks Squares and Alleys, projet presque solo fondé en 2009 aux alentours de Moscou et mené par Serguei Khavro, mais aussi Chernikovskaya Hata, groupe récemment basé à Moscou qui sonne comme du Joy Division, ou encore Tigry, quatuor moscovite de pop sombre et mélancolique. Tous figurent sur la compilation Russian Tour publiée par Belka Records l’an dernier et envoyée chez quelques médias en France.

Le déclic survient lorsque Romain, Grégoire et Céline se rendent compte du silence médiatique autour de la scène indé russe en Europe. Peu de groupes de russes tombent dans les oreilles de l’Occident. En 1980, Bruce Springsteen débutait sa tournée The River Tour en République Fédérale Allemande. Il jouait le plus fort possible afin que les gens qui vivaient en République Démocratique Allemande, de l’autre côté du mur, puisse l’entendre, comme s’ils étaient privés de musique. Du côté du bloc soviétique le rock est parvenu à écrire sa propre histoire. Il possède même un nom : l’Ostrock.

Du rock d’Etat au Kurt Coabin russe

Sous la dictature stalinienne, la musique occidentale se voit totalement rejetée et réprimée. Les groupes acceptés sont locaux, homologués, surveillés et contrôlés, par l’état. Le gouvernement instaure des labels d’états chargés de diffuser la musique de groupes qui doivent respecter une liste de critères pour que soient publiées leurs chansons. Exemple : des paroles inoffensives, l’utilisation d’instruments traditionnels. De cette ère répressive, naissent des groupes de rock clandestins, notamment issus du mouvement hippie. Mais avec le nouveau gouvernement de Mikhail Gorbachev, à partir de 1985, les acteurs musicaux profitent d’une liberté nouvelle : ils acquièrent le droit d’écrire des morceaux contestataires et de se produire sur scène.

Quelques artistes russes sont érigées en icônes de la culture nationale à cette époque. Le meilleur exemple se nomme Viktor Tsoi du groupe Kino, rockeur torturé et romantique, mort subitement dans un accident de voiture, à l’âge d’été 28 ans en 1990. Après la dissolution du bloc soviétique après de la chute du Mur de Berlin en 1989, les groupes de rock prolifèrent comme des pâquerettes et trouve un franc succès à échelle nationale. Une grande maison de disque locale, Moroz Records, publie en 1996 une compilation en 10 volumes devenue culte et baptisée Les Légendes du rock russe. Parmi elles : la formation heavy metal Cruise, les psychédéliques Chizh & Co, Alisa estampillé hard rock… Autant de groupes totalement anonymes en Occident. mais cultes auprès des Russes. D’ailleurs, les groupes de Belka Records l’avouent eux-même : ils puisent leur inspiration dans la musique des années 80 et 90.

L’arrivée d’internet aurait dû tout bouleverser et offrir à l’Ouest, une histoire et une culture complexe autour de l’Ostrock, de ces débuts à aujourd’hui. Pourtant, si les groupes de rock indé pullulent de Moscou à Saint Pétersbourg, et jusqu’en Sibérie, peu ou aucun d’entre eux sont écoutés en dehors de Russie.

Du rock indé russe plein de potentiel

Grégoire Chesnot donne plusieurs raisons à cette faible exportation russe. Selon lui, les groupes seraient peu habiles dans leur communication, avec une grosse appréhension de quitter le pays, ou n’ayant qu’un intérêt très limité pour l’Europe. L’utilisation d’Internet en Russie diffèrent également beaucoup. Bien que certains groupes et internautes russes ont recours à Youtube, Soundcloud ou Spotify, la plupart d’entre eux fréquentent le réseau social VKontakte (Vk). Sorte de Facebook version russe, cette plateforme permet, entre autres, de partager la musique qu’ils écoutent ou composent. Grégoire ajoute d’ailleurs : “la page Facebook des groupes signé chez Belka Records n’ont que très peu de fans, alors que sur Vk, ils sont bien plus populaires.” 

Pourtant ces barrières linguistiques et culturelles sont loin d’être infranchissables. Selon Grégoire, la musique russe a énormément à offrir à l’Europe de l’Ouest, et au monde entier :

“Les thématiques abordées dans les paroles sont assez différentes car les références ne sont pas les mêmes que celles des européens. On parle du prolétariat dans les usines, ou des exploits de bandits, tout comme de l’amour et des amis.”

Si on interroge les groupes ex-même, ces thèmes reviennent, notamment dans les chansons de Seguei Khavro, leader de Parks Squares and Alleys, fondé aux alentours de Moscou en 2009 : ”J’ai d’abord écrits des chansons en russe, j’y parlais d’amour, du bon vieux temps mais aussi d’ados, de drogues et de vie de famille dysfonctionnelle”.

Solitude, séparation, mort parfois… Parks Square Alleys joue la carte de la mélancolie romantique, qu’on retrouve dans plusieurs autres groupes indé russes, dont Chernikovskaya Hata mené par Raïan Chpirtts et né à Oufa, une des villes les plus peuplées de Russie :

“Nos chansons sont destinés à des jeunes qui vivent dans les grandes villes. On parle d’un timide bastion d’humanité et d’amour plongé dans un cynique, vaste et hostile monde.

Après s’être constitué à Saint Pétersbourg, la bande a atterri à Moscou avant de partir en tournée deux fois, en 2015 puis en 2016 : “On est allées à Minsk, et on va aller en Ukraine et dans plusieurs villes bientôt”, raconte Raïan Chpritts qui compose toutes les chansons.

Niveau musique, le co-fondateur décrit le rock russe “plus direct, avec une production plus simple et moins électronisée”. Et d’ajouter “Le son crasseux lo-fi est à la mode”. Raïan semble aller dans cette idée :

“Je n’aime pas les groupes qui sonne en live comme en studio. C’est pourquoi Chernikovskaya Hata balance un son brute et sale. En live, c’est de la musique pour les fous.”

Si Internet n’a pas réussi à ouvrir l’Occident sur la culture russe, le contraire s’est opéré avec une déconcertante facilité. Quand on pose la question des influences musicales majeures, Serguei Khavo donne des noms d’artistes qu’il appelle “ermites musicaux” comme Yung Life, de Knoxville (Tennesse) ou Craft Spells. Les membres de Tigry, eux, listent les derniers albums en date qu’ils ont écoutés : l’un parle du célèbre Fun House des Stooges, l’autre cite le collectif de jazz et hip hop Badbadnotgood, quant au dernier, c’est le nom de Boris Grebenshchikov, qui ressort, un des pionniers du rock russe du nom, actif depuis les années 1970.

“Nous adorons la musique depuis l’enfance,” assure les membres de Tigry avant de poursuivre : “A un certain moment en Russie, il y avait beaucoup de bonne musique, puis elle est devenue rare. Dans les années 80 le rock est mort”. Mais à écouter leur musique, les groupes indé russes le maintiennent bien vivant.

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Ital, le régime rastafari précurseur de l’alimentation vegan et healthy

L'établissement parisien JahJah le Tricycle qui vient d'ouvrir ses portes 11, rue des Petites-Ecuries dans le Xe (© Instagram)

A l’occasion de l’exposition Jamaica Jamaica (jusqu’au 13 août  à la Philharmonie de Paris), la capitale se met au reggae, au rocksteady et au ska… Et peut-être bientôt au régime alimentaire des rastafaris, dit I-tal (ou Ital). Il y a quelques semaines s’ouvrait ainsi l’établissement Ital friendly, Jah Jah le Tricycle, dans Veggie Town (quartier concentrant de nombreuses enseignes veggie entre le 9e et 10e arrondissement de Paris). L’occasion pour nous de revenir sur cet art de vivre caribéen qui prend soin de notre planète et de notre santé. Comme quoi Gwyneth Paltrow n’a rien inventé !

“Ital is vital” une devise adoptée depuis des décennies par les rastas de Jamaïque

Bien avant la mode crudivore, les certifications bio et la vegan-mania, les rastafaris adoptaient le régime dit “Ital”. Né dans les années 30, il est observé principalement en Jamaïque mais aussi chez de nombreux rastas du monde entier. Cette tradition alimentaire et spirituelle cherche à capter l’énergie brute de la terre et ses bienfaits tout en vivant en harmonie avec la nature. Son nom s’inspire du mot anglais “vital” et sa devise “ital is vital” :

“ La nourriture ital est un remède pour nourrir non seulement le corps mais aussi l’esprit, l’élever, et assurer une “livity” [vitalité] sain et pure.” Ras Bobby Morgan

Jah Jah by Le Tricycle opening soon ❤️ ✨✨✨✨ #ital #organic #vital #vegan #nosoda #naturaljuice #morewata #rawfood #glutenfree #seson #Jahjahbyletricycle

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Un régime autant alimentaire que spirituel

Si la culture rastafari s’inspire notamment de préceptes bibliques dont le voœu de Naziréah qui leur interdit de se couper les cheveux – d’où les dreadlocks – (Genèse 6.1-21), le régime ital se fonde lui aussi sur des passages de l’Ancien Testament (1:27-31).

La part spirituelle du régime Ital est d’ailleurs cruciale, comme l’affirme Jah Mikes (propriétaire d’une ferme Ital à Ocho Rios en Jamaïque et aussi producteur du label Kariang Records) : “Le fait de s’abstenir de ces choses désirables en suivant un régime Ital ça vous guide dans votre quête spirituelle. Une vie saine, avec plus d’amour, de vie et de joie !”

Ce régime est censé vous guérir physiquement et spirituellement, comme le précise l’artiste Var (vu récemment dans Inna De Yard) : “Quand votre corps est sain, votre esprit fonctionne beaucoup mieux”.

Une alimentation très proche du régime vegan

Plus concrètement, le régime Ital suit les préceptes d’un régime vegan ou végétalien : pas de viande, pas de poisson, ni d’œufs et de produits laitiers (ni de miel). La définition a cependant de multiples variantes et a forcément évolué avec le temps, se transmettant de génération en génération. Ainsi, certains rastas s’autorisent à manger des poissons mais refusent les coquillages considérés comme des charognards. D’autres préfèrent manger cru, considérant, à juste titre, que les produits cuisinés perdent en nutriments, et donc en “vitality”. Une définition qui plaira à tous les crudivores et fan de raw food !

“Le régime alimentaire dit vegan est à peu près le même que le régime ital, c’est juste une histoire d’étiquette” Jah Mikes

Comme pour la cuisine vegan, les recettes Ital ont souvent recours à bon nombre d’épices et d’herbes : thym, piment, poivre, noix de coco, oignon, échalote. Et font appel à des produits typiquement caribéens comme le tubercule du taro (ou dachine, dont on cuisine les feuilles pour faire le callaloo), l’ackee (ayant l’apparence de l’œuf brouillé une fois cuit), le fruit du jacquier (et son cousin, l’arbre à pain), l’igname, la patate douce, le meringa… Côté protéines : les légumineuses (lentilles, haricots) et les noix sont de rigueur, comme pour tout régime végétalien. Pour plus de recettes, rendez-vous sur la chaine Youtube de Ras Kitchen, un fermier jamaicain qui saura vous enseigner toute sa science.

Une alimentation éthique et naturelle “contre le système imposé par le consumérisme de Babylone”

Pourtant le régime Ital ne se borne pas seulement à une alimentation vegan, il déconseille l’utilisation de sel (les légumes en contenant déjà), de sucre raffiné, et de produits transformés. Ainsi, en théorie : adieu seitan, tofu et tempeh !  Et si l’interdiction de produits industriels est assez évidente côté nutrition, “bourrés d’additifs, de conservateurs et d’ingrédients dénaturant qui n’ont aucune valeur nutritionnelle et souvent cancérigènes”,  elle est aussi un moyen de “se rebeller contre le système imposé par le consumérisme de Babylone” d’après Ras Bobby Morgan qui suit ce régime depuis 36 ans. Quant aux aliments contenant des OGM, pesticides (bien que la Jamaïque ait du mal à s’en passer) et produits testés sur les animaux, ils sont bien évidemment à mettre aux oubliettes.

“C’est moins cher de manger Ital car les produits ne sont pas transformés. Cela permet aussi de réduire les pollutions dues aux fermes industrielles et d’empêcher de tuer des animaux, essentiels pour la survie de l’humanité” Winston Mc Annuf

L’alcool et les drogues (mais pas la marijuana, puisque c’est une herbe ! pas fou) sont aussi bannis du régime strict des rastas, cependant ils adaptent selon leurs goûts comme nous le précise l’artiste Var : “Comme pour tout, la modération c’est la clé, même si il ne s’agit pas non plus de se saouler. Et c’est le même raisonnement pour les herbes”.

Au même titre que le “bio” ou le “sans gluten”, la certification “Ital” fait ses débuts 

Récemment, le régime ital s’est vu dotée d’une timide certification (valable pour l’instant uniquement en Amérique du Nord), au même titre que le régime halal, casher ou bio. Encore très peu répandue, un organisme canadien propose cependant de faire certifier vos produits et en énonce les principales règles en ligne. 

“Un régime qui vous garde plus longtemps en bonne santé et qui permet de préserver la planète, c’est sûr qu’il va gagner en popularité”. Var

La Jamaïque étant un ex-colonie britannique, la culture Ital est beaucoup plus répandue chez nos amis anglais. Le magazine Munchies consacrait récemment un article sur un entrepreneur ayant ouvert une nouvelle enseigne ital au sud de Londres, quand la BBC évoquait elle : Ital Fresh, un restaurant de Liverpool célébrant la cuisine jamaïcaine.

“Je pense que la nouvelle génération est en train de basculer vers un mode de vie plus naturel, qui prend soin de son corps et de son esprit à la fois. Donc peu importe quelle terminologie on donne à son régime, ou celle qu’on nous donne, le plus important c’est d’être connecté et conscient de son être et de s’aimer pour que chacun puisse vivre en harmonie.” Jah Mikes

Nouvelle enseigne ital dans Veggie Town  : Jah Jah le Tricycle

Dans la capitale française, une nouvelle enseigne respectant les codes et la cuisine caribéenne vient tout juste d’ouvrir 11 rue des Petites Écuries (10e) : JayJay par l’équipe du Tricyle. On peut y déguster une cuisine Ital qui change tous les jours, et proposant de traditionnels bowl (cru, chaud ou froid), de fameux hot-dogs (sauce chien), des wings de chou-fleur sauce BBQ, bananes plantains rôties… Mais aussi un fameux carrot cake (option sans gluten).

#afrovegan #jahjahbyletricycle #ital #vegan @gaelrapon

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Merci à David Commeillas pour son aide.

Les Inrocks - Musique

Les 5 clips qu’il ne fallait pas rater cette semaine

Capture d'écran Youtube/asapmobVEVO

Oumou Sangaré Kamelemba

Prendre la pose au milieu d’une cité, c’est presque un genre en soi dans le clip. Un truc bien branché et, en général, bien boring… sauf quand on s’appelle Oumou Sangaré et qu’on fait appel au réal Chris Saunders, à la chorégraphe Carmel Loanga et à la compagnie The Swaggers Dance Crew. Voilà.

Disiz La Peste Ça va aller

Si vous non plus vous n’attendez rien (ou rien de spécial) de Disiz en 2017, jetez quand même une oreille à son 11e album, Pacifique. Il y a des choses très belles dessus, comme La fille de la piscine (on dirait du Rohmer), des trucs trop chelou pour vraiment s’en faire une idée, comme Autre espèce, et des machins plus expansifs, plus dans l’air du temps, mais tout aussi étonnants, comme Ça va aller. C’est le morceau que Disiz a choisi de mettre en avant pour accompagner la sortie de l’album. Il fait l’objet d’un clip sympa tourné en Amérique sous la direction d’Arnaud Ly Van Manh. Un bon aperçu de cet album libre et loin, très loin des normes en vogue dans le rap français actuel.

Declan McKenna Humongous

Une petite dose de nimp signée Taz Tron Delix.

A$AP Mob Wrong feat. A$AP Rocky et A$AP Ferg

Clip cool, ne serait-ce que pour le t-shirt d’A$AP Rocky, le fameux “We should all be feminists” de la dernière collec Dior, inspiré de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie. La classe, parfois, ça tient à ça.

 Twirrl Erase + Rewind

L’axe Mac DeMarco, Ariel Pink, Ty Segall et compagnie fait décidément des ravages dans les cerveaux contemporains. La dernière victime en date est un jeune français étudiant à l’IRCAM. Il signe ses premières chansons sous le blaze Twirrl et son premier clip, réalisé par Cyril Debarge, nous a été présenté comme ceci dans un mail : “La réalisation est grandement inspirée de la page facebook ‘Montages images pour passionnés des dauphins’ même si bizarrement aucun dauphin n’y apparait.” Bravo pour ça.

Les Inrocks - Musique

“Capacity” de Big Thief est sans doute le plus bel album que vous pourrez écouter ce weekend

Crédit : Shervin Lainez

Moins d’un an après avec son premier album Masterpiece, le quartet américain – réunissant la chanteuse Adrianne Lenker, le guitariste Buck Meek, le batteur James Krivchenia et le batteur Max Oleartchik – est de retour avec un second long format, bien plus personnel et tranchant, mais toujours aussi poignant.

Dans l’album Capacity resurgissent des épisodes plutôt douloureux de proches et d’Adrianne Lenker, une songwriteuse émérite sur qui il faudra désormais compter. A seulement 25 ans et s’aiguisant à la fameuse Berklee College of Music, sa plume poétique et voix vibrante ne pourront vous laisser de marbre. Capacity est en écoute sur Apple Music et ci-dessous via le player Youtube :

Après une longue tournée mondiale en 2016, dont trois mois en continu, Big Thief nous offre ce deuxième album, enregistré au début de l’an passé. Soit seulement quelques mois après Masterpiece (mis en boite lui à l’été 2015). Pendant ce cours intervalle de temps qui les sépare, Adrianne s’est lancée dans un intense et fertile atelier d’écriture. Comme si Masterpiece avait ouvert le robinet d’un flot ininterrompu de questionnements, les deux albums se rejoignant ainsi grâce ou malgré eux, comme elle le confie dans une interview pour Stereogum :

“C’est assez flou pour moi, mais je crois bien que certaines chansons sont nées simultanément. Je crois que chacune ou chaque nouveau projet qui démarre, pousse sur les bases du précédent ouvrage. C’est comme plusieurs niveaux d’écritures qui répondent à la même question.”

Si le premier album auquel elle a consacré plus de deux ans de sa vie, lui a permis de se libérer artistiquement et démultiplier sa créativité, Capacity est lui cathartique, et achevé en presque un mois seulement, dans un studio de New-York – où réside le groupe. Elle y continue le travail introspectif amorcé sur Masterpiece, laissant encore plus de place aux paroles, et semble y avoir trouvé une sorte de délivrance :

“J’éprouve sur ce disque un nouveau sentiment, que je n’avais pas sur Masterpiece, c’est celui d’apaisement. Je ne crois pas que ce soit l’apaisement d’avoir trouvé la réponse à quelque chose. Mais plutôt le fait que j’ai trouvé mon rythme de croisière pour continuer à me poser toutes ces questions.”

Une écriture métaphorique et symboliste

Et il n’y a qu’à observer la pochette de Capacity – qui met à nouveau en scène la mère d’Adrianne, cette fois-ci non plus en teenager mais en mère-enfant avec dans ses bras la songwriteuse bébé – pour comprendre que ce disque laisse entr’apercevoir une facette bien plus vulnérable et à fleur de peau de son auteur. Pour Paste Magazine, Adrianne confie que toutes ses chansons sont bien autobiographiques :

“Elles sont toutes vraies. Je n’ai jamais écrit une pièce fictionnelle. Mais parfois j’utilise le symbolisme et la métaphore à la place de l’action littérale. Je crois vraiment que ça peut exprimer l’essence même de mes idées.”

Cette poésie et ce symbolisme, elle en use avec grâce sur le titre Capacity où elle évoque la vie d’un oiseau en cage ou d’une relation un peu trop fusionnelle et étouffante (Do what you want with me / Lost in your captivity / Learning capacity / For make-believing everything / Is really hanging). Ou encore sur Mythological Beauty où Lenker y raconte comment sa jeune mère a réussi à fonder une famille, alors qu’elle n’était encore elle-même qu’une enfant – en y relatant plus précisément un choc brutal à la tête qui aurait pu lui être fatal :

“There is a child inside you who is trying
To raise the child in me

“I was just five and you were twenty-seven
Praying, ‘Don’t let my baby die.’ ”

MYTHOLOGICAL BEAUTY

“There’s a woman inside of me / There’s one inside of you, too”

Et si Adrianne laisse suffisamment de distance entre sa vie personnelle et les paroles de ses chansons, c’est non moins par pudeur que pour que chacun puisse y glisser sa propre expérience, et y faire ses propres recherches, et se poser des questions. On peut cerner plusieurs niveaux de lecture, parfois plusieurs points de vue ou angles d’observation, les rendant attachantes et riches. Dans le titre inaugural Pretty Things, elle évoque ainsi la part de féminité et de masculinité qui est présente en chacun(e) de nous, tout en racontant l’agression sexuelle d’une femme et la difficile relation avec les hommes qui en résulte :

“Don’t take me for a fool
There’s a woman inside of me
There’s one inside of you, too
And she don’t always do
Pretty things”

PRETTY THINGS

Aussi traumatisants, Watering et Coma – orchestrés pourtant en de mesurées et enveloppantes mélodies- retracent successivement des effusions de sang et des lendemains qui ne chantent pas vraiment. Quant à la romance Shark Smile, ne vous fiez pas trop à cette road song entrainante, son destin sera tout aussi funeste. Un coup de foudre sur l’autoroute du Midwest, entre les villes Des Moines et Winona, finissant en coup d’éclat et précipitant les amants et leur van jaune dans le bas côté. De loin, le morceau le plus réussi de l’album.

Enfin c’est sans doute Mary – une balade minimaliste réanimant les souvenirs de l’enfance et dédiée à sa meilleure amie – ses cinq minutes trente, un sobre piano et une prose abondante qui vous feront définitivement rendre les armes. Son refrain révèle un flot harmonieux de souvenirs qui sentent bon la maison des grands-parents, et des vers parfois mystiques (“Monastery Monochrome / Boom balloon machine and oh”) dégringolant comme un gamin dans un escalier, entre soulagement et inquiétude. Comme elle précise pour le magazine NPR :

“D’abord, ça sonne et ensuite ça prend tout son sens. Cette chanson donne envie de pleurer et de rire à la fois. Ca fait toujours du bien de la chanter.”

La délivrance éprouvée sur Mary, comme si le passé était peu à peu digéré et absorbé, semble façonner la personnalité présente d’Adrianne, en ce Black Diamond(s) dont fait écho la dernière piste. Un diamant brut, avec ses fêlures et ses parts d’ombre mais de toute beauté.

L’album Capacity (Saddle Creek) est disponible sur Apple Music.

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Elliott Smith : spleen, chanson et tragédie

Réédition des albums du plus morose des enfants des Beatles. Avant de se suicider à coups de couteau en 2003, le songwriter texan était l’enfant chéri du nouveau folk, porté aux nues grâce à la BO de “Will Hunting”. Ligne claire, harmonies lumineuses et noirceur infinie.

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