Actu musique

7 juin 2017

Angel Olsen au Trianon, un concert hors du temps

(c) Joffrey Speno

“Il n’y a pas de couvre-feu ce soir, on est d’accord?”, lance Angel Olsen aux responsables de la salle en backstage. Le ton est donné : loin du cliché de l’artiste qui ne fait que le minimum syndical sur scène, la chanteuse est là pour se faire plaisir et faire plaisir à son public, peu importe les conventions.

En septembre dernier, Angel Olsen sortait son troisième album, My Woman. Si le précédent, Burn Your Fire For No Witness, avait charmé une grande part de son public, ce nouveau disque avait fait l’unanimité absolue : avec grâce, Angel Olsen s’imposait alors dans la scène indé comme l’outsider la plus cool du moment. Hier, elle posait ses instruments sur la scène du Trianon le temps d’un concert, et c’est avec une classe folle que la songwriteuse a fait vibrer la salle du 18e arrondissement pendant toute la soirée.

Façon western des années 50

Auparavant seule sur scène, c’est désormais accompagnée de cinq musiciens que l’Américaine débarque sous les lumières du Trianon, un sourire malicieux aux lèvres, comme à son habitude. Tous vêtus façon western des années 50 (et ça rend bien!), Angel Olsen empoigne sa guitare et débute une heure de musique : Shut Up Kiss Me, Sister, Not Gonna Kill You… Tout y est, exécuté à la perfection.

Si les morceaux sont tous menés par la voix irréprochable d’Angel, une grande part du charme de ce concert tient à ses interventions : de dédicaces absurdes (“J’aimerais dédier ce morceau aux personnes qui changent de ville ou de pays, et qui regardent par la fenêtre de leur Uber”), en drague assumée (Quelqu’un crie “I Love You”, Angel répond “Qui a crié cela? Elle est célibataire?”), l’Américaine ne cesse d’interagir avec son public, de manière aussi spontanée que touchante, avec toujours cette sincérité maladroite et incroyablement charmante.

Une publication partagée par Johann Molinari (@__moli__) le 6 Juin 2017 à 15h40 PDT

Une foule conquise

Bien décidée à ne pas respecter le couvre feu, Angel Olsen revient après une heure de concert, pour un premier rappel d’une demi-heure pendant lequel elle interprète seule à la guitare un nouveau morceau, avant que son groupe ne la rejoigne pour une poignée de titres. Puis, après avoir quitté la scène une seconde fois, elle revient pour un deuxième rappel, sous les cris d’une foule décidément conquise. Elle interprète alors Windows, et la magie opère : le silence règne dans la salle, et une multitude de portables commence à filmer.

Quelques minutes plus tard, Angel Olsen confie au public qu’elle “commence à être fatiguée”, et, après avoir crié un “je t’aime !” en français, la chanteuse disparaît en coulisses. C’est la fin d’un moment hors du temps, entre grâce et maladresse, qui risque de nous hanter encore longtemps.

Les Inrocks - musique

Le retour olympien du Concert de la Loge

Sous son intitulé mystérieux, Le Concert de la Loge abrite une tradition d’excellence musicale remontant au XVIIIe. Disparu au XIXe siècle et reformé en 2015 sous la direction du violoniste Julien Chauvin, l’ensemble, ouvert sur la jeunesse, anime aussi des ateliers où slam et danse rejoignent le baroque.

Télérama.fr - Musiques

Noel Gallagher reverse les royalties de “Don’t Look Back In Anger” aux victimes de Manchester

(Crédit photo : Rosana Ayza/ Creative commons/ Flickr)

A défaut de s’être montré lors du concert de charité organisé en hommage aux victimes de l’attentat de Manchester qui a fait 23 morts et plus d’une centaine de blessés, Noel Gallagher a décidé de verser les royalties du célèbre morceau Don’t Look Back In Anger à l’association à Manchester Emergency Fund de la Croix Rouge anglaise.

Un porte-parole a affirmé sur Radio X, le mardi 6 juin, que l’ex-compositeur et guitariste d’Oasis a pris cette décision avant l’annonce du concert de charité, organisé par Ariana Grande. Noel Gallagher avait été ouvertement critiqué par son frère Liam, venu jouer sur scène, et par plusieurs tabloïds anglais pour son absence.

Noels out of the fucking country weren't we all love get on a fucking plane and play your tunes for the kids you sad fuck

— Liam Gallagher (@liamgallagher) June 5, 2017

Dimanche 4 juin, plusieurs stars internationales de la musique ont offert un concert fort et émouvant en hommage aux victimes de l’attaque à la bombe lors du concert d’Ariana Grande à Manchester, le 22 mai 2017. Parmi elles, Justin Bieber, Robbie Williams, Coldplay, Mac Miller ainsi que Liam Gallagher, qui a interprété plusieurs morceaux d’Oasis, écrits par son frangin et éternel rival, tels que Live Forever ou Rock’n’roll Star (1994).

Noel Gallagher avait prévenu bien à l’avance qu’il ne pourrait pas se rendre à Manchester pour cet événement exceptionnel et avait précisé dans un communiqué qu’il témoignait tout son soutien aux victimes et à leur famille.

Chanter pour soutenir

L’artiste mancunien n’est pas le seul à faire dons de ses royalties. Très concernée par le sort des blessés et des victimes de l’attentat terroriste lors de son concert à l’Arena Manchester, Ariana Grande compte sortir sa reprise de la chanson Over The Rainbow, interprétée le 4 juin dernier, et en versera les bénéfices à British Red Cross, qui vient en aide aux personnes touchées par le drame survenu il y a deux semaines.

Les Inrocks - musique

Quand les festivals se font label

Fini le temps où les événements étaient indissociables des lieux qui les accueillaient. Désormais, certains s'exportent partout, leur nom devenant une marque. Une dérive commerciale aux dépens de l'authenticité originelle ?

Télérama.fr - Musiques

Les festivals, des aventures collectives fragiles

Souvent nées d'un pari collectif, nombre de manifestations se créent chaque année. Faute d'équilibre économique ou d'appui politique, certaines peinent à survivre. Et meurent parfois.

Télérama.fr - Musiques

Festivals chanson 2017 : dix scènes pour donner de la voix

A moins d'être ermite, impossible de passer à côté de Juliette Armanet, Fishbach, Gaël Faye et Benjamin Biolay cet été. Ils sont partout : à Paris, La Rochelle, Sète… Catherine Ringer, Arno, Miossec, Katerine et Brigitte Fontaine joueront encore les têtes d'affiche à pleins tubes.

Télérama.fr - Musiques

Festivals musique classique 2017 : où trouver l'harmonie cet été ?

Opéra, baroque, lyrique, romantique, contemporain… Douze festivals célèbrent sans fausse note le classique de Saint-Denis à Aix-en-Provence, Beaune ou Rocamadour.

Télérama.fr - Musiques

Festivals électro 2017 : alors on danse ?

De Marsatac à Astropolis, en passant par le Worldwide, les dancefloors pullulent cet été. Panorama des meilleurs spots pour léviter les bras levés, avec le pionnier de la techno Jeff Mills, l'électro planante de Nicolas Jaar ou le parrain du krautrock Hans-Joachim Roedelius.

Télérama.fr - Musiques

Festivals jazz 2017 : treize lieux pour swinguer en tongues

Buddy Guy, Ahmad Jamal, Archie Shep, Taj Mahal, Herbie Hancock… N'en jetez plus ! Cet été, légendes du jazz, du blues et du funk embrasent les scènes françaises. Sans oublier leurs dignes héritiers : Anne Paceo, Erik Truffaz, Chris Potter, Avishai Cohen…

Télérama.fr - Musiques

Festivals world 2017 : du beau monde !

De l'Afrique à l'Océanie, du Moyen-Orient à l'Asie, une myriade d'artistes converge cet été dans l'Hexagone. En direct de cette sono mondiale : l'écrivain-rappeur Gaël Faye, l'ensemble de musiciens réfugiés Orpheus XXI ou le rocker congolais Jupiter.

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Festivals reggae dub 2017 : les Rastas se mettent au vert

Big up ! Cet été, légendes et jeunes pousses du reggae mondial rebranchent les sound systems partout en France. Tour d'horizon de ces jardins de Babylone avec Lee Scratch Perry, The Skatalites, Panda Dub…

Télérama.fr - Musiques

Festivals rock 2017 : les onze scènes qui électrisent l'été

Des Stranglers à Teenage Fan Club, des Insus à Matmatah, en passant par Renaud ou Iggy Pop, les vétérans sont à l'honneur cet été. Mais les plus jeunes tirent aussi leur épingle du jeu à grands renforts de riffs : Thee Oh Sees, Parquet Courts, Franz Ferdinand, Phoenix…

Télérama.fr - Musiques

Festivals d'été 2017 : la carte de nos 118 choix

Théâtre, musique, danse, films, enfants, littérature… L'été des festivals se découvre chaque année en clin d'œil sur Télérama.fr. Réunies sur une seule carte, toutes les manifestations sélectionnées par la rédaction. L'idéal pour trouver le meilleur de la culture près de chez soi ou sur son lieu de vacances.

Télérama.fr - Musiques

Ouï

Rançon du succès, et surtout de l'excellence : depuis Le Fil, album choc de 2005 qui avait en partie refondé la chanson française, Camille semble condamnée à surprendre. Imposer chaque fois un monde et un langage. Tenir son rang de surdouée. Music Hole, en 2008, en avait fait les frais, écrasé par un postulat d'originalité trop démonstratif. Ilo veyou, trois ans plus tard, réussissait de nouveau à ­allier la recherche à l'émotion. Et aujourd'hui ? Après avoir joué des onomatopées et des percussions cor­po­relles, glissé des notes « bourdons » ou des mini-chansons intermèdes, ­opté pour l'a capella et revisité des chants traditionnels, après avoir même chanté des textes à l'envers, qu'a-t-elle bien pu nous inventer ? A vrai dire, pas grand-chose de nouveau, et c'est très bien comme cela. Camille ne fait plus la révolution : elle affirme sa liberté en installant un style. Sans le surjouer.

Comment qualifier Ouï ? On pourrait dire : du pur Camille. Du pur… et de l'épure. Un tableau musical dépouillé, où le chant et les percussions jouent les rôles principaux et où, dans une pré­cision parfaite, chaque trait s'ajuste au suivant, au millimètre près. Pas de place pour le hasard ou l'approximation. Dès Sous le sable, titre d'ouverture, les mots susurrés s'emboîtent ; les sons, les voyelles, les sifflantes se croisent et rebondissent les uns sur les autres, finissant par nous ensevelir comme autant de… grains de sable. Là où par le passé les audaces textuelles pouvaient sembler vaines, elles dessinent ici un voile poétique où les sens l'emportent sur le sens. On ne cessera plus alors d'avancer en équilibre, entre les battements très terriens des tambours et les envolées aériennes de la voix. Mieux vaudrait d'ailleurs parler « des » voix, car Camille se démul­tiplie : choeurs, vocalises lyriques de soprane, notes soufflées, retenues ou lâchées, syllabes répétées jusqu'à l'épuisement… Ce qu'elle chante là, c'est une polyphonie intime, constellation d'éclats intérieurs tour à tour suspendus comme une rêverie (Nuit debout), pointus comme une colère (Twix), sauvages comme un instinct de survie (Les Loups). Dans ce voyage sensoriel, la danse n'est jamais loin.

Longtemps, on aura présenté Camille comme l'intello de la chanson. La faute à un parcours scolaire plutôt brillant, et à un discours construit — cette fois encore, elle nous gratifie d'une explication de texte sur le titre : « dans Ouï, il y a tout, la rondeur du O, l'ouverture du U, la droiture du I ». Pourtant, plus les années passent, plus perce quelque chose d'éminemment physique chez elle. Une énergie charnelle, bien plus que cérébrale. C'était déjà perceptible sur le précédent ­album — disque de mère et d'amoureuse ; cela tourne désormais à l'évidence, jusqu'à s'incarner dans une chanson profession de foi, Je ne mâche pas mes mots, une parabole anatomi­que où l'impulsion première n'a décidément rien de conceptuel. « Si la cuisine vient du coeur, la musique vient de l'estomac/Et si j'aime autant les tripes, c'est que ces tripes sont à moi. » Et que nous disent-elles ? Elles célèbrent la vie. L'élan. L'échange. Le sauvage. Une forme de pureté humaine, animale et végétale. A l'origine, Camille assure qu'elle voulait faire un disque pro­testataire, et sans doute plus terre à terre. La force poétique de la musi­que l'en aura éloignée, pour la con­duire vers un univers de suggestions, d'allusions, de sensations. On pourra l'aborder dans un état de semi-con­science, portés par la douce harmonie des sons. Mais on pourra aussi prendre le temps de s'ouvrir, d'écouter et de réécouter, et se laisser pénétrer sans effraction par l'esprit souvent engagé des chansons. Car sous ses airs faussement ludiques, Twix n'est autre qu'un plaidoyer — ou un réquisitoire — écologique. De même pour Seeds (« graines »), seul morceau en anglais, dont la magnifique envolée s'enroule comme le lierre autour d'un arbre, sans l'étouffer. Dans cet art du contre-pied, demeure donc bien un souci politique : quand Camille chante Nuit debout, elle ne décrit pas des rassemblements militants, mais nous entraîne dans un songe où l'utopie est à portée de main.

C'est là que se niche l'essentiel. Dans une foi qui résiste. Qui dit oui. Qui dit aussi merci. Quinze ans après ses débuts, Camille sait la gratitude, elle qui signe ici la plus touchante de ses chansons : Fille à papa, lettre ouverte au père adoré, et disparu. Dans cette entreprise sans filet, son écriture, dénuée de tout pathos, se fait soudain plus simple et plus limpide. C'est pourtant, encore et toujours, du pur Camille. Mais sans rien renier de son originalité, ni chercher à épater qui que ce soit, elle prend sa place dans la grande tradition de la chanson confession. — Valérie Lehoux

OUÏ

| 1 CD Because.


Cellule source

En grande partie, Ouï aura pris forme dans une… cellule de moine. A Villeneuve-lès-Avignon, au sein d'une imposante (et très belle) chartreuse, devenue Centre national des écritures du spectacle. Si le lieu accueille d'ordinaire des auteurs dramatiques, Camille y loue un petit espace depuis près de deux ans. Aux côtés son compagnon, Clément Ducol, arrangeur déjà du précédent album, ils auront quasiment tout assuré à deux : les voix pour elle, les programmations, le synthétiseur (Moog) et les percussions pour lui - avec, sur deux titres seulement, le soutien d'un autre musicien. Maxime Le Guil, ingénieur du son et complice sonore de Ducol, sera venu les épauler. Une histoire de famille, pour ainsi dire. Ou d'un tout petit clan de passionnés, qui se connaissent suffisamment bien pour ne pas s'embarrasser de superflu.

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Outside the echo chamber

C'est une rencontre au sommet du mix entre des producteurs qui, chacun à leur manière, ont contribué à révolutionner le son en Angleterre. D'un côté Coldcut, soit Jonathan More et Matt Black, fondateurs du label Ninja Tune, as du sampling et précurseurs de la fusion rap-rave dans les eighties. De l'autre, Adrian Sherwood, grand maître du dub britannique, patron du label On-U Sound, qui a exercé la « mixologie » auprès d'une foultitude d'artistes, de Lee Perry à Depeche Mode, de Nine Inch Nails à Primal Scream. Les uns comme l'autre vouent depuis leur adolescence une passion au reggae, et les premiers avouent que « sans On-U Sound, il n'y aurait pas eu Ninja Tune ». S'appuyant sur la paire Doug Wimbish-Skip McDonald, musiciens fétiches de Sherwood, et invitant des vocalistes aux timbres variés qui font des merveilles (Roots Manuva, Chezidek, Ce'Cile, Junior Reid…), les complices ont réalisé une fusion de très haut niveau où les beats hip-hop subissent les traitement des effets dub, où les textures s'entremêlent — un violoncelle fait même son apparition —, où la scansion rap épouse le skank reggae. Ils s'offrent même un tube avec une délicieuse ballade (Make up your mind) présentée en trois versions radicalement distinctes, résumé parfait de l'inventivité de ces virtuoses de la table de mixage qui jamais ne perdent de vue cet élément essentiel qu'est le groove. Du grand art ! — Frédéric Péguillan

| 1 CD Ahead of our time/Pias.

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Lumes

Après s'être cognés à la tchatche occitane de Sam Karpienia au sein du groupe Dupain, le Marseillais Pierre-Laurent Bertolino et le Breton Gurvant Le Gac fuguent vers des contrées plus celtiques que méditerranéennes : le premier avec sa vielle à roue électro-acoustique, instrument dont les cordes bourdonnantes semblent vouloir imiter tantôt la cornemuse, tantôt la guimbarde ; le second avec ses flûtes traversières en bois, dont les volutes limpides emmènent leur rêverie enveloppante vers des sphères aériennes.

La magie de ce dialogue tient à la richesse des textures, à la tournure polyphonique des mélodies, qui s'abreuvent aussi aux courants minimalistes ; mais surtout à la spontanéité de leurs élans, qui exaltent la griserie des grands espaces et la mélancolie des jours de brume. Entre sonorités médiévales et ondes magnétiques, bourrées nocturnes et bruits d'orage étrangement réconfortants, ces lumières mouvantes irradient telles des aurores boréales, suspendues entre deux époques, entre ciel et terre. — Anne Berthod

| 1 CD Sarband.

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Grateful Dead

Un demi-siècle déjà… Chaque année est désormais l'occasion de fêter les 50 ans d'un événement majeur de l'histoire du rock. 1967 fut, entre autres, l'année de l'éclosion discographique du Grateful Dead, groupe aussi adulé par ses fanatiques - les Deadheads - qu'encore mal identifié, et même moqué, à tort, par les non-initiés. Trois portes d'entrée à son univers musical à la fois touffu et unique s'offrent aujourd'hui.

Pour commencer par le commencement, la réédition enrichie du premier album (1) du sextet de San Francisco, séduisante collision de blues, de country, de folk et de garage, sert de bonne introduction au roots psychédélique d'un groupe qui ne cessera d'élargir sa palette musicale d'année en année. Pour preuve, dix ans plus tard, le live mythique resté inédit de Cornell (2) , enregistré en mai 1977, considéré à raison comme l'une des plus belles prestations de Jerry Garcia et de ses acolytes. Loin de sa réputation (parfois justifiée) de sombrer dans des jams vasouilleuses, le Grateful Dead est ici en pleine forme, alternant originaux et reprises (El Paso, Dancing in the street, Morning Dew…) qu'il fait siennes, en les teintant de ce swing particulier, entre country et jazz, qui fit le sel de performances qui ne se répétaient jamais d'un concert à l'autre. Le tout sans leur habituellement inévitable (et parfois interminable) morceau de bravoure, Dark Star. Celui-là, le fan comme le néophyte le retrouveront (live au Fillmore en 1970) sur la bande originale de Long Strange Trip (3), documentaire qui relate la drôle d'épopée du plus autonome des groupes américains, où quelques grands classiques de son répertoire côtoient une poignée d'inédits en public. — H.C.

(1) Grateful Dead, 2 CD Rhino 3F.

(2) Cornell, Barton Hall, 8 may 1977, 3 CD Rhino 4F.

(3) Long Strange Trip, 2 CD ou 2 vinyles Rhino 3F.

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The Upstate Project

Le jazz, on l'oublie souvent, c'est aussi des chansons. Des chansons originales qui vont creuser loin dans la musique, la poésie, les sentiments. Rebecca Martin est chanteuse et songwriter. Elle a enregistré avec son compagnon, le contrebassiste Larry Grenadier, un merveilleux disque en duo, Twain. Ses chansons sont de petits bijoux de sensibilité. Elle souhaitait depuis longtemps collaborer avec Guillermo Klein, lui aussi chanteur et auteur de chansons, mêlant avec bonheur jazz, musique contemporaine et musique populaire argentine. The Upstate Project propose douze titres neufs composés par Rebecca Martin ou Guillermo Klein, plus quelques autres, avec Larry Grenadier et le batteur Jeff Ballard comme accompagnateurs. Ce sont des chansons aux mélodies prenantes et aux paroles surprenantes de simplicité, réellement poétiques, au meilleur sens du terme. Elles sont chantées tantôt par Rebecca, tantôt par Guillermo, parfois en duo. Les deux artistes parviennent à préserver chacun leur identité et aussi à se renouveler l'un grâce à l'autre.

Il est rare de rencontrer une pareille entente, un pareil goût de la beauté autant dans la mélodie que dans les paroles. Rebecca joue aussi de la guitare, Guillermo est un pianiste accompli, de sorte que c'est vraiment leur musique qui s'épanouit dans cet album conçu en commun sous des couleurs tendres, renouvelant ainsi leur talent. — Michel Contat

| 1 CD Sunnyside/Socadisc.

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Cigarettes After Sex

Un rythme indolent, vaporeux, d'un rock acoustique, atmosphérique. Une voix au sexe indéfini, mais dont on se dit instinctivement qu'elle est féminine. Peut-être parce qu'elle évoque, le trouble en moins, celle de l'ensorcelante Hope Sandoval. Perdu. Le chant est celui d'un homme, un certain Greg Gonzalez, Texan à la barbe finement taillée, relocalisé à Brooklyn. D'où la naissance d'un trouble tout autre. Celui de l'entre-deux, du flou aussi séduisant que déroutant. Tel est le charme de Cigarettes After Sex, formation propulsée par une subtile hype virale depuis plusieurs mois et qui s'apprête à devenir le nouveau must, à la pointe du consensuel, pour accompagner en sourdine les dîners branchés et, probablement, servir de BO à bien des spots de pubs chics et léchés. Tant mieux et tant pis, car on sait l'effet de saturation que ce genre de surexposition peut provoquer (pensez à Angus et Julia Stone, par exemple). Pourtant, Cigarettes After Sex, avec sa succession d'élégantes et langoureuses chansons au tempo ralenti, a tout pour plaire à l'amateur de pop noire éthérée, entre spleen sensuel et dream pop doucement enjôleuse. L'esprit d'un Mazzy Star lounge nourri de brumeuse mais dépouillée girl pop sixties qui n'aurait pour seul défaut, sur la longueur, qu'une monotone uniformité. Ce qui ne constitue nullement pour l'heure une raison de bouder son plaisir, même feutré, seul ou bien accompagné. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Partisan Records/Pias.

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Renaud, le retour… 2. Après sa résurrection, voici que débarque sa copie quasi conforme : look de poulbot casquetté, pointe d'accent parigot, écriture populo-réaliste, textes libertaires ou plus tendres… Même si c'est le grand Allain Leprest que Gauvain Sers cite surtout dans ce premier album, il affiche haut et clair sa parenté avec le « chanteur énervant », au point de lui glisser un clin d'oeil (Dans la bagnole de mon père). D'ailleurs, l'intéressé a dû s'y retrouver : il l'a embarqué en première partie de ses concerts.

S'il n'invente rien (contrairement à Renaud il y a quarante ans), et s'il fait aussi songer à Renan Luce (descendant de la même souche), Gauvain Sers sait incontestablement faire des chansons. Ses mélodies sont simples et ses rimes coulent sans heurt, un peu téléphonées mais parfois malines, quand il incarne, par exemple, la statue de la République (Mon rameau). Aux premiers morceaux, on pourra d'ailleurs sourire, amusés d'entendre une chanson pas trop policée, pas subversive non plus, produite par une multinationale — et promise, sans doute, à un bel avenir commercial. Mais bien vite, on s'en fatiguera. Car Gauvain Sers ne nous épargne rien des thèmes attendus : le réquisitoire anti-FN (Hénin-Beaumont), le coup de gueule contre la pauvreté (Un clodo sur toute la ligne, qu'il déclame…), le plaidoyer républicain (Entre République et Nation, écho au J'ai embrassé un flic de Renaud), le coup de chapeau au brave paysan (Sur ton tracteur), et même la douleur de la contagion islamiste (Mon fils est parti au djihad)… Ça s'appelle un exercice de style, habile, mais qu'on cerne beaucoup trop rapidement. — Valérie Lehoux

| 1 CD Fontana/Mercury.

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