Actu musique

3 juin 2017

Djubaka, programmateur à France Inter : “Je construis une architecture sonore”

Avec trois comparses, Djubaka programme la musique sur Inter. Et rythme ou accompagne le ton d’une émission en suivant un seul cap, l’esprit maison. Mais au fait, comment on fabrique sa ligne sonore ? Explications.

Télérama.fr - Musiques

Exclu : le rappeur Manast LL’ sort une superbe mixtape qui annonce l’été

Artwork de la mixtape "Shawty Lov' Samples Vol.1" (recoupée)

Inspiré par les rappeurs du sud des Etats-Unis, de Lil Wayne à Pretty Ricky en passant par Three 6 Mafia, Manast LL’ vient de livrer sa nouvelle mixtape Shawties Lov’ Samples Vol.1. Elle succède aux EP Forty Two Stories et Known as Sookah, tous deux sortis chez Kitsuné, et tombe à pic pour le retour des beaux jours avec des morceaux frais et lumineux comme Hop On Me, Shawties Lov’ Samples, ou encore Wake Up, qu’on vous dévoile ici en exclu :

Toutes les prods sont signées Blasé (aussi moitié du groupe Haute), un pote de Manast avec lequel il avait déjà sorti plusieurs morceaux. Leur nouveau projet est parti d’un coup de tête, comme nous le raconte le rappeur, au téléphone :

On a écouté Turn on Me de Future, et sur le refrain de ce son là il y a des trompettes. Elles m’ont vraiment marqué, et du coup j’ai dit à Blasé : “Je connais un morceau d’Ibrahim Maalouf où il y a des trompettes un peu semblables“.

Il enjoint alors le producteur à en extraire un sample pour composer le morceau Smoking Professional, puis le duo enchaîne sur d’autres tracks. Avec toujours le même concept : avoir au moins une boucle et un skit par single. “J’aime bien créer une petite histoire dans mes projets avec des interludes parlés, confie le rappeur parisien. Il y a huit morceaux dans la mixtape, mais si tu l’écoutes d’un trait t’as l’impression que c’est juste un seul morceau qui change.”

Une collaboration totale

Bien que le style plutôt lumineux de la tape varie parfois avec des morceaux assez mélancoliques comme Pussy So Lovely, elle conserve son harmonie grâce au flow nonchalant mais toujours entraînant de Manast LL’, dont les textes sont centrés sur les femmes et les plaisirs de la fumette. Dans l’ensemble, l’œuvre dégage un sentiment de légèreté enivrant, qui reflète son processus de création : “Tout c’est vraiment fait spontanément et très simplement : on a fait beaucoup de sons en one-take, alors que d’habitude je suis le genre de gars qui va faire au moins vingt prises avant d’être satisfait, explique Manast. ”

Pour la concevoir, l’artiste a d’ailleurs changé sa méthode de travail habituelle, sous l’impulsion de Blazé :

D’habitude les producteurs m’envoyaient des sons et je les bossais de mon côté – à part quand je collaborais avec Astrolab Music. C’est la première fois que je compose un projet 8 titres avec le beatmaker juste à côté ; les idées viennent ensemble, j’ai entendu l’instru juste avec des kicks et des snares, et ça aide à créer une harmonie dans la composition. Ça fait plus sens de bosser comme ça.

Shawties Lov’ Samples n’a pas de “Volume 2” de prévu pour l’instant, mais les deux comparses traînent souvent ensemble, et il suffirait d’une étincelle pour que la machine s’emballe à nouveau. On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.

Tracklist (avec les samples et skits des morceaux) :

1/ Shawties Lov’ Samples
Sample : Seaside Lovers – Evening Shadows
Skit : Scarface

2/ Hop On Me
Sample : Sukiyaki – A Taste Of Honey
Skits : The Handmaiden et Baby Boy

3/ Pussy So Lovely
Sample : Stelvio Cipriani – Mary’s Theme
Skits : Baby Boy et Poetic Justice

4/ Interlude
Sample : Cortex – Prelude A Go Round
Skits : Poetic Justice et Friday

5/ Smoking Professional
Sample : Ibrahim Maalouf – True Sorry
Skit : Friday

6/ Thank You Apple Juice God
Sample : Isley Brothers – Love Put Me On The Corner
Skit : The Wire

7/ Sunday Sunrise
Stefano Torrossi – Walking In The Dark
Skit : City Of God

8/ Wake Up
Sample : John Cameron – Liquid Sunshine
Skit : Moonlight

Les Inrocks - Musique

Le sample magique derrière le dernier single d’Arcade Fire

Capture d'écran du clip "Everything Now"

On vous en parlait hier, Arcade Fire vient d’amorcer un retour très attendu en dévoilant le premier clip de leur prochain album. Le morceau s’appelle Everything Now, et il est aussi cool que déjanté. De passage ce week-end au festival Primavera (on vous en parle juste là), le groupe continue de convaincre avec ce titre à la production irréprochable. Mais il emprunte également quelques notes à un autre artiste, voyez plutôt…

Subtilement intégré au morceau, ce gimmick à la flûte provient en fait d’un titre de Francis Bebey sorti en 1982, The Coffee Cola Song. Venant ajouter un effet entêtant à Everything Now, le sample vient comme un clin d’oeil agrémenter le tube d’Arcade Fire avec finesse. La classe, encore et toujours.

Les Inrocks - Musique

Twin Peaks, la musique en apesanteur de Badalamenti

Réédition de la fameuse BO de la série dont on célèbre la résurrection 2017. Et retour sur une rencontre avec son compositeur, Angelo Badalamenti, qui devint l’oreille et les doigts de David Lynch, le musicien qui prolongeait ses rêves les plus délirants.

Télérama.fr - Musiques

De 1991 à 2016 : les 100 mixtapes les plus marquantes de l’histoire du rap

La mixtape "50 Cent is the future", sortie en 2002, permet au rappeur de retrouver le chemin des maisons de disques. © Capture d'écran Youtube

Sylvain Bertot est spécialiste de rap et de hip-hop, webmaster du blog Fake for Real et chroniqueur pour le webzine POPnews. Son troisième livre, Mixtapes – Un format musical au cœur du rap, sorti le 18 mai 2017 aux éditions Le Mot et le Reste, fait l’apologie d’un format en constante mutation. Après une explication précise de l’histoire étonnante de la mixtape, il propose une sélection de 100 sorties marquantes de 1991 à 2016. Des plus emblématiques telles que 52 Beats de Kid Capri aux productions méconnues de Bones, chaque mixtape est racontée et illustrée en une double page. Retour sur les évolutions d’un genre fondateur de la culture rap.

Comment les mixtapes ont-elle participé à l’émergence du rap ?

Sylvain Bertot – Le premier support enregistré du rap est la cassette. C’est un format qui a accompagné son histoire comme celle d’aucun autre mouvement musical. À ses débuts, le rap était underground, détaché des labels, et n’existait pas sur disque. Il consistait simplement en passer des disques dans la rue et parler – rapper – par-dessus. C’est ce que l’on appelle les block parties. Dès l’année 1973, considérée comme l’année de naissance du rap, des personnes ont enregistré ces prestations sur des cassettes pour en faire profiter un public plus large. Par la suite, ils ont enregistré des battles, des affrontements entre rappeurs, des émissions de radio… La circulation de ces copies a permis à des DJ de devenir de véritables stars du hip-hop, chose qu’ils n’auraient pas pu faire en payant les droits d’exploitation des chansons qu’ils utilisent et détournent.

Quelle est leur importance aujourd’hui ?

De nos jours, il ne s’agit plus de compilations, ni de cassettes. On appelle “mixtape” de la musique distribuée gratuitement sur le net, via des plateformes comme Datpiff. La mixtape a tellement triomphé qu’elle n’existe plus : on ne sait plus véritablement faire la différence avec les “véritables” albums, qui sortent de moins en moins en CD et de plus en plus en ligne. Le format est devenu le contraire de ce qu’il était, mais demeure au cœur du rap tant qu’il véhicule l’idée du “vrai son de la rue”. Les CD sont pour le grand public alors que les rappeurs mettent leurs tripes sur les mixtapes, sans limites, pour les vrais fans. C’est par ce biais que de nombreux artistes se font connaître. Il en sort chaque jour plus qu’on ne pourrait en écouter pendant un an !

Vous dites que ce format est “en avance sur son temps”. Comment a-t-il évolué depuis les premiers enregistrements de block parties pour devenir un genre à part ?

À la fin des années 1980, les mixtapes deviennent un véritable format, identifié et distribué selon des réseaux parallèles aux Etats-Unis. Certains DJ intervenant dans des discothèques new-yorkaises cultes se mettent à immortaliser leurs soirées pour les vendre. Petit à petit, ces cassettes rencontrent un grand succès et fidélisent une audience. Le DJ Kid Capri fait de ses enregistrements des œuvres en tant que telles, en travaillant les introductions et les transitions. À ce moment, on dépasse la simple copie, même s’il s’agit toujours de compilations de morceaux.

Dans les années 1990, les DJ rivalisent de virtuosité. Certains font des blends, d’autres s’orientent vers les exclusive : ils cherchent à être les premiers à sortir les morceaux, quitte à les voler comme cela est arrivé à Nas. Toute une pléiade d’artistes  – dont le plus emblématique est sans doute DJ Clue – vont construire leur notoriété sur la mixtape, qui passe du format cassette à celui de CD ou CD-R.

Comment 50 Cent a-t-il marqué le passage de l’ère des DJ à celle des rappeurs ?

Au début des années 2000, un basculement s’opère : les mixtapes ne mettent plus en avant un DJ avec plusieurs rappeurs, mais un rappeur, parfois sans DJ. 50 Cent est emblématique cette nouvelle donne. Il avait déjà entamé une carrière de rappeur, mais souffrait d’une image très sulfureuse, depuis qu’il avait été impliqué dans une fusillade. Les maisons de disques ne voulaient plus le produire. Associé au DJ Whoo Kid, il reprend les morceaux d’autres artistes pour rapper dessus. La mixtape 50 Cent is the Future connaît un grand succès et lui rouvre les portes des labels pour ses albums officiels. Sa réputation s’est construite dans la rue, le public s’est souvenu de son nom et a acheté ses disques par la suite. Tous les rappeurs, connus ou non, ont alors voulu se construire une réputation de la même façon.

Quel a été l’impact de la crise du disque sur les mixtapes ?

La crise de l’industrie musicale a accéléré la production de mixtapes. Les maisons de disques ont fermé les vannes et bloqué les investissements. Dans la mesure où les CD se vendaient moins, il s’agissait de rentabiliser toutes les sorties en ne produisant que des “blockbusters”, bien conçus et bien produits, avec des singles, des ballades, des morceaux pour faire la fête…  Les rappeurs les moins connus ne parviennent plus être signés. D’autres, extrêmement prolifiques comme Lil Wayne, se sentent bridés dans leur créativité. Ils se mettent à sortir des mixtapes qui ressemblent à de véritables albums. Ils enregistrent d’abord beaucoup de freestyles et d’improvisations, puis des inédits et parfois la première version de leurs tubes à venir.

La digitalisation n’a pas freiné le développement des mixtapes, au contraire.

Jusqu’en 2007, Internet était surtout un moyen de vendre et d’échanger des mixtapes physiques. Le réseau de distribution était devenu une industrie presque concurrente des labels. Cela posait problème aux autorités qui ne percevaient alors pas de taxes sur les chansons, illégalement diffusées. Le grand DJ à mixtapes du moment, DJ Drama, s’est fait confisquer sa collection de disques lors d’une descente du FBI chez lui. Cela a eu un impact considérable et précipité la digitalisation des mixtapes, tout en augmentant le nombre de morceaux inédits que l’on pouvait trouver sur chacune. Vers la fin des années 2000, il y a eu une multitude de mixtapes distribuées gratuitement sur Internet. Pour le critique de rap américain David Drake, 2009 serait même l’année des mixtapes : tous les rappeurs importants du nouveau millénaire en ont sorti une d’envergure : Lil Wayne, Nicki Minaj, Drake…

Comment l’industrie du disque a-t-elle rattrapé son retard ?

Au début de leur histoire, les labels étaient vent debout contre les mixtapes : il s’agissait d’un circuit parallèle qui ne rapportait rien, voire diminuait leurs marges. Or, lorsqu’elle a vu l’impact que les mixtapes pouvaient avoir sur une carrière, toute l’industrie s’est engouffrée dans le créneau et les a intégrées à sa stratégie d’investissement. Avec la crise du disque et le téléchargement illégal, la musique ne rapporte plus d’argent. Ce qui est important pour un artiste, c’est alors d’avoir une image de marque qu’il puisse vendre en faisant des concerts, du merchandising, en participant à des événements… La musique est le moyen de se faire connaître. La distribuer gratuitement et de façon authentique permet de s’assurer une promotion et relève de la stratégie de marketing.

Cela dénature-t-il l’idée initiale du “vrai son de la rue” ?

Il y a en effet une certaine hypocrisie dans l’intervention cachée des labels, qui se sont mis à distribuer eux-mêmes leurs morceaux aux DJ de mixtapes dès les années 1990, et à encourager leurs artistes à en produire. Cela peut poser problème aux fans de rap, car ceux-ci accordent énormément d’importance à l’authenticité.En fait, les mixtapes et les albums visent deux publics différents : le premier sert à maintenir sa base de fans, à offrir un aperçu de ce que l’on est en train de créer de façon très régulière sans contrainte de longueur et de contenu. Le second doit toucher un grand public à la mémoire courte, qui pioche des singles au gré des modes.

Mixtapes – Un format musical au cœur du rap, de Sylvain Sylvain Bertot (Le Mot et le Reste)

Les Inrocks - Musique

Dustin Payseur de Beach Fossils : “J’ai sorti l’album que j’ai toujours rêvé de faire”

Après le départ du batteur Tommy Davidson, Beach Fossils est composé de Dustin Payseur (au milieu), Jack Doyle Smith (à droite) et Tommy Davidson (à gauche).

Dustin Payseur leader des Beach Fossils est un artiste torturé, adorateur de la musique et en phase avec son époque. Installé à Brooklyn depuis près de dix ans, le musicien, accompagné de sa bande, a mis pas moins de trois années pour sortir un nouvel album, Somersault. C’est la première fois qu’ils attendent si longtemps entre deux enregistrements : en 2010 et en 2012, ils avaient enchaîné EP et LP à quelques mois d’écart.

Et si Somersault aborde l’amère sensation du passage à l’âge adulte, le disque confirme une nouvelle ère pour le groupe de dream pop et de rock aéré, qui existe depuis huit ans. Plus posé et réfléchi et toujours aussi talentueux, Dustin Payseur a raconté comment la liberté inédite dont il joui avec son groupe a permis de faire de Somersault un album unique.

Auparavant, vous sortiez plusieurs EP et albums par an. Somersault arrive trois ans après Clash the Truth, dernier disque en date. Pourquoi avoir pris plus de temps cette fois-ci ?

Dustin Payseur – Je me sentais juste disponible et j’appréciais l’idée que je pouvais prendre mon temps. C’est le premier enregistrement de Beach Fossils que j’ai signé sur mon propre label (ndlr : Bayonnet Records fondé en 2014), alors je n’avais pas de pression de la part d’une maison de disques, ou d’un contrat. J’ai juste composé et enregistré l’album que je voulais créer dans une plus grand liberté.

T’es-tu senti plus libre musicalement, aussi ?

Ouais, peut-être bien. Je me suis occupé de beaucoup d’aspects sur la préparation de l’album. Je l’ai presque intégralement produit moi-même, si ce n’est quelque détails que j’ai travaillés avec d’autres personnes. Tout faire soi-même, juste mon groupe et moi, nous a offert une liberté temporelle. Nous n’avons pas été obligés de nous précipiter et cela nous a donné la possibilité de nous concentrer plus longuement et plus attentivement sur un tas de choses, par exemple sur des instruments que nous n’avions pas l’habitude d’utiliser. C’était plus facile de faire venir d’autres musiciens dans le studio pour enregistrer. Ainsi la flûte traversière qu’on entend sur le disque, ou un trio à cordes qui pourrait jouer avec nous, etc. Donc oui, avoir ce temps nous a donné la liberté d’explorer d’autres possibilités, d’autres instruments.

Quels genres d’instruments ?

On s’est assuré de pouvoir enregistrer tous ceux qu’on souhaitait utiliser sur le disque. Ça nous a demandé de trouver des studios qui possédaient ces instruments, et des personnes capables d’en jouer. On entend de la flûte, de la harpe, du saxophone, il y aussi une partie avec des cordes, et une pedal steel guitar.

On entend effectivement un solo de flûte sur Saint Ivy…

La flûte traversière est un de mes instruments préférés ! Je pense qu’elle possède un son exceptionnel, avec de nombreuses textures très intéressantes qui se marient à merveille. On a le bruit du souffle qui accompagne le son, et le fait de pouvoir contrôler cet aspect avec sa respiration c’est comme donner vie à la la musique qui s’en dégage. L’utiliser dans le titre Saint Ivy, c’était une façon d’apporter un peu de calme et de ralentir la cadence, histoire de souffler.

On sent que vous vous êtes autorisé des expérimentations que vous n’aviez jamais osées auparavant.

Pour moi, c’est un peu le disque que j’ai toujours rêvé de réaliser. Mais, je n’ai jamais su comment le faire. Je crois que j’ai réussi à le terminer quand j’ai senti que je pouvais prendre mon temps et que je n’avais pas à me mettre la pression. Je pouvais composer des chansons, les mettre de côté pour y revenir plus tard et prendre du recul sur certains choix. Je n’avais jamais eu l’occasion de travailler de la sorte avant. D’habitude je m’assois et j’écris des chansons d’une seule traite. Cette fois, nous pouvons passer des mois sur un seul et unique morceau, c’était très agréable.

Tu vis à Brooklyn depuis neuf ans maintenant. Te sens-tu connecté à cette ville ?

C’est un peu difficile à expliquer. J’ai grandi dans une plus petite ville et à mes yeux c’était un endroit terriblement excitant qui soutient l’art dans toute sa grandeur, qui renferme une telle histoire, nourrie de nations vivantes et une multitude d’artistes si différents. J’ai toujours voulu être entouré de cette énergie si créative, et sentir que je pouvais m’exprimer totalement. Dès que j’en ai eu l’occasion, j’ai déménagé et j’ai tout simplement adoré la ville. C’est un lieu qui m’inspire constamment.

Tu as affirmé que Massive Attack influait beaucoup sur ta musique. Ils sont revenus l’an dernier. Qu’est-ce que tu penses que ces vieux groupes qui resurgissent, comme Gorillaz récemment par exemple ?

J’adore quand un artiste que j’ai aimé revient avec de nouvelles choses. Pour moi, ça signifie qu’ils croient en quelque chose, qu’ils se sentent concernés par le monde qui les entoure. Souvent, quand un artiste revient, c’est qu’il a passé des années à réfléchir et préparer son retour secrètement. C’est génial parce qu’il ne souffre d’aucune pression, Les gens n’attendent rien de lui, s’ils n’attendent pas d’albums. En fait, ces groupes travaillent sur ces projets parce qu’ils le veulent.

Tu as l’air de craindre la pression. En as-tu déjà fait l’expérience au cours de ta carrière ?

Je pense que la seule source de pression que j’ai ressentie vient de moi. Je me pousse vraiment à travailler dur. le plus important selon moi, c’est continuer à créer des choses qui me rendent fier. Je me fiche du temps que cela pourra prendre, ou de savoir si les gens aimeront ou pas. J’espère juste que le résultat me plaira.

Beach Fossils a participé au projet Our 100 Days, qui vise à protester contre l’élection de Donald Trump. Est-ce que tu ressens le besoin de t’engager davantage depuis que des gens dangereux comme lui se rapprochent du pouvoir ?

La musique protestataire et engagée est plus ou moins populaire selon les  périodes, avec plus ou moins d’intensité. Les gens vivent un moment difficile actuellement, où la protestation a toute sa place. Somersault est quelque chose d’engagé, pas forcément politiquement mais cela compte malgré tout. On a tenu à créer davantage qu’un simple objet culturel et artistique. Comme une peinture doit être plus qu’une image, une bonne chanson ne peut pas se résumer à une musicalité agréable à écouter. Elle doit mener les gens à réfléchir, à ressentir des émotions et à se poser des questions.

Our First 100 Days by Beach FossilsSomersault est disponible à partir du 2 juin, sur Apple Music.

Concerts à Rock en Seine le 25 août à Paris, le 15 septembre au Hog Hog à Saint-Amans-des-Côts (Aveyron), et à Roubaix le 19 septembre.

Les Inrocks - Musique

Les 7 clips qu’il ne fallait pas rater cette semaine

capture d'écran Youtube/ArcadeFireVEVO

Maud Geffray Forever Blind

Kevin Elamrani-Lince n’arrête jamais. Cette semaine, il pose son style sur le Forever Blind de Maud Geffray, dont on vous raconte les aventures en Laponie juste ici.

Arcade Fire Everything Now

Ça commence comme un clip-road trip un peu chiant, et puis en fait : non. Pour son nouveau single, Everything Now, Arcade Fire a appelé The Sacred Egg à la réal de cette jolie chose dans le désert, avec des mises en scène surréalistes et une esthétisation à la Jeff Nichols. Un genre de SF toute en retenue, donc, qui travaille sur le sentiment d’étrangeté face au monde, toussa. Le nouvel album du groupe sortira fin juillet. On l’espère au niveau de cet avant-goût.

Mike WiLL Made-It Perfect Pint feat. Kendrick Lamar, Gucci Mane, Rae Sremmurd

Okay c’est la semaine du gros nimp dans le désert.

Prophets of Rage Unfuck The World

Trump, les Kardashian, des drones, des guerres, les violences policières, des images historiques : il y a tout ça dans le nouveau clip de Prophets of Rage (supergroupe monté avec des membres de Rage Against the Machine, Public Enemy et Cypress Hill) réalisé par le célèbre documentariste Michael Moore. Un bon résumé de l’époque en attendant le premier album de ce projet engagé.

Zimmer Lost Your Mind feat. Fhin

Des cool news de l’écurie Roche Musique, avec Jeremi Durand à la réal.

Travis Scott Way Back

Bon level d’idées folles et de déconstruction formelle dans le nouveau clip de Travis Scott, qu’il réalise lui-même avec, en guest, le basketteur James Harden. A noter que les clips stylés, c’est désormais une habitude pour le garçon.

Courage Latinman

Le réal Felix Brady se tape un petit délire à la Fenêtre sur cour en suivant, en mode voyeur, une série de personnages et d’histoires dans les rues de Londres. Une idée originale et bien exploitée. Un bon clip, quoi.

Les Inrocks - Musique