Actu musique

2 juin 2017

RTV 95.7 Podcast : Zombi Radio

Avec les groupes locaux : Burn The Flag, 2HeadedDog, Mugslug et Stoned

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Brian Eno au Portugal ? C’est le nouvel album de The Gift

(c) Hans Peter

Désormais, on évoque souvent la nouvelle scène musicale portugaise, et plus précisément l’explosion créative entre Lisbonne et Porto. Mais un groupe d’Alcobaça chante en anglais depuis plus de vingt ans, et a incité plus d’un artiste à se lancer et à croire que les choses étaient possibles hors frontières : The Gift. Et comme pour couronner une carrière aujourd’hui suivie par tout un mouvement, le groupe se paie les services du producteur-maître à penser Brian Eno pour son nouvel album.

Celui-ci s’intitule Altar (ça veut dire “Autel”) et alterne entre morceaux un peu excités, un peu cabossés du casque, et chansons plus introspectives, plus sombres. Avec ce supplément d’âme venu d’Eno, donc, qui insuffle un peu d’ampleur, de fougue et de malice à un disque déjà bien à l’aise dans les horizons toujours riches du rock électronique.

Les Inrocks - Musique

“Goths”, nouveau disque pop et déjanté de The Mountain Goats

(c) Jeremy M. Lange

Vingt-trois ans et une quinzaine de disques séparent le premier album studio des Mountain Goats et ce Goths célébrant la culture qui a façonné John Darnielle. Le songwriter semble pourtant continuer de s’adresser à un cercle de fans amis, mêlant journal intime et références pop-culturelles à la façon d’un Daniel Johnston dont il conserve quelques inflexions. A Johnston, il faudrait joindre Will Sheff d’Okkervil River pour préciser la manière darnellienne, sa sourde fièvre comme son groove discret.

Futées, les meilleures chansons de Goths (Stench of the Unburied et son refrain en peluche, ou For the Portuguese Goth Metal Bands joliment en retrait) se tirent d’une production 80’s et d’arrangements épais – “I’m hardcore but I’m not that hardcore”, entend-on chanter comme un aveu. Les guitares sont remplacées par des cuivres et des claviers. Un pari parfois risqué, mais l’écriture séduit d’emblée. Les Mountain Goats concluent ce LP qui évoque avec une intelligente nostalgie les années habits noirs et coupe Robert Smith par un vibrant hommage aux oubliés Gene Loves Jezebel. Magie de la pop de seconde division.

Les Inrocks - Musique

Perfume Genius est de retour avec le magnifique “No Shape”

(c) Inez & Vinoodh

Depuis quelques mois, Mike Hadreas a quitté Seattle où il résidait depuis de longues années. Avec son compagnon Alan Wyffels, qui joue du piano et chante avec lui sur scène, il a emménagé dans un petit pavillon, dans la paisible petite ville de Tacoma au sud de Seattle. Là, celui qu’on connaît, depuis le début des années 2000, sous le pseudonyme de Perfume Genius a entamé une vie calme, rythmée par de petites habitudes et toujours une intense composition musicale.

“J’ai longtemps pensé que le monde était contre moi”

Un changement de taille pour Mike Hadreas qui a, pendant de longues années, tenté de noyer son instabilité dans l’agitation des grandes villes.

“Ma vie s’est améliorée. Je paye mon loyer, je suis avec la même personne depuis plusieurs années. Je ne suis plus celui que j’avais choisi d’être pendant longtemps : quelqu’un de perdu qui se tient dans les marges et n’a pas grand chose à offrir. J’ai longtemps pensé que le monde était contre moi.”

Pour autant, confie-t-il, cette nouvelle stabilité a été difficile à accepter. Le jeune homme, qui est sobre depuis huit ans, explique s’être senti perturbé, sur la défensive, absent mentalement.

“Je pense que quand tu as eu une enfance telle que la mienne, quand tu as été addict, ta façon même de voir le monde est chaotique. Le sentiment de sécurité ne va pas de soi. Il peut même être flippant. Je pense que ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Cela me pousse aussi à être créatif.”

Une beauté violente

Longtemps, la musique a fait office de catharsis pour l’Américain que l’on a découvert, en 2010, avec Learning, suivi deux ans plus tard de Put Your Back N 2 It. Deux disques inégaux, assez classiques dans leur facture piano-voix, irradiés par quelques titres à la beauté violente, frontale, dans lesquels le jeune homme révélait une voix céleste et racontait les abus, la maltraitance, le refuge dans la drogue et l’alcool. Sorti en 2014, le plus pop et ambitieux Too Bright sonnait l’heure de la rébellion, de l’affirmation de soi, avec la grandiloquence qu’elle comporte parfois. “Aucune famille n’est à l’abri lorsque je marche en me déhanchant”, chantait avec morgue Mike Hadreas perché sur des talons, les ongles peints.

Un tout autre sentiment conduit aujourd’hui No Shape, son nouvel album.

“Je ne chante plus en alpaguant les gens, en essayant de leur prouver quelque chose. Ce disque est pour moi, pour ma famille. Surtout, il parle du présent. Il est ma tentative d’être apaisé et de faire se tenir tranquille toutes ces pensées incessantes dans ma tête.”

Emotionnellement très détaché, Hadreas dit avoir du mal à entretenir un rapport personnel avec les autres, excepté dans sa musique. Celle-ci est étonnamment – ou inversement – intime et donne la sensation de n’avoir été écrite que pour vous.

Bruce Springsteen parmis les inspirations

Sur No Shape, enregistré en un petit mois à Los Angeles, Perfume Genius a encore travaillé ce sentiment de proximité avec son producteur Blake Mills (qui a entre autres travaillé avec Fiona Apple). Ce dernier a densifié et rapproché les voix, joué avec la réverb et poussé le musicien à travailler des instruments et harmonies nouvelles. “On était tous deux assez obsédés par les chœurs de femmes bulgares, raconte Perfume Genius. Je pense que c’est une des grandes influences du disque.” L’autre inspiration avouée, sur des titres tels que Slip Away, est Bruce Springsteen.

“J’ai eu envie de cette grosse chanson pop qu’il aurait pu écrire. Je me suis identifié à la confiance qu’il peut dégager. Je me suis demandé ce que donnerait ma musique si je me mettais dans cette peau-là.”

La réponse est tout bonnement ce qu’il a produit de meilleur et de plus cohérent à ce jour. Le disque, qui commence avec une grandiloquence pop très R.E.M. (Otherside, explosif premier titre qui rappelle Everybody Hurts), opère une relecture très personnelle de l’histoire de la pop américaine, mêlant ballades orchestrales à la Roy Orbison (Just Like Love, tube instantané), titres plus minimalistes et funky très eighties (le downtempo Go Ahead, entre Womack & Womack et Prince) ou encore approches plus expérimentales à la Agnes Obel (la mélancolique et magnifique Choir).

On sort empli de cet album, apaisé comme après un échange véritable et durablement hanté par des titres tels que Die 4 You. Une chanson chantée à deux voix avec son compagnon, inspirée par un fétichisme bien particulier qui consiste à jouer à étouffer son partenaire, à contraindre sa respiration.

“J’aime que les fétichistes sachent précisément ce qui les rend heureux. J’aime aussi l’idée de pouvoir donner toute sa respiration à l’autre, jusqu’à se perdre. C’est une des métaphores de l’amour dans ce qu’il peut avoir de plus absolu et extrême.”

Pourrait-il se livrer ainsi ? Il sourit. “Physiquement oui, si je me sens aimé. Mentalement, c’est une autre histoire.”

concert le 11 juin à Vincennes (festival We Love Green)

Les Inrocks - Musique

Gato Preto, quand l’Afrique continue d’élargir le dance-floor en Europe

Depuis 2013, Gato Preto adapte sa vision de l’afro-futurisme au kuduro, une musique inventée au milieu des années 1990 en Angola, ancienne colonie portugaise. Leur nouvel album est toujours dans cette veine, depuis la pochette cosmique, voire comique, jusqu’au moindre refrain et n’importe quel emballement électronique. En portugais, Gato Preto veut dire “chat noir”. Ça porte donc chance ou la poisse, selon les traditions, mais ici l’ambiance est clairement du côté de l’ombre et de l’énergie qui s’en dégage.

Entre Gata Misteriosa et Lee Bass, les deux membres du groupe, les explosions se font comme ça, dans une esthétique moins lumineuse et expansive que celle de Buraka Som Sistema ou de certains de leurs héritiers, comme Throes + The Shine. Eux sont davantage tournés vers le dancefloor, une forme de psychédélisme et une folie qui leur est propre à eux, pas au kuduro. A moins que Gato Preto contribue à changer la donne.

Les Inrocks - Musique

“Les choses qu’on ne peut dire à personne”, album-confession de Bertrand Burgalat

(c) Serge Leblon

Donc, chanter les choses qu’on ne peut dire à personne (merveilleux texte de Laurent Chalumeau : “Il pousse d’inutiles regrets/Au fond de nos jardins secrets”), et que l’on n’a pas dites en cinq années de silence discographique, se dissimuler un peu moins derrière des portes vitrées et davantage grâce à des musiques de maître-artisan. Poser un chant fragile qui rappelle parfois la voix de l’ami Philippe Katerine. Puis, en brave petit homme-synthèse, développer un catalogue où cohabitent sans barguigner easy-listening, suave electro, pop de velours ou disco arachnéen. Enfin, rappeler en creux ce que confirme – somptueusement, et copieusement, avec ses dix-neuf titres – ce cinquième album studio : sublime faiseur pop, BB reste avant tout créateur d’univers, de ces mondes où on installe commodément de petites pierres pour faciliter les passages à gué.

Ici, ce sont donc six instrumentaux (premier paradoxe pour le chanteur), qui, de Crescendo en décollage d’avion à une conclusive Etude in Black emperlée de cafard, s’autorisent une pause, comme un rendez-vous raté, dans Tombeau pour David Bowie, beau comme du de Falla. Et puis, il y a les mots, confiés par des amis, mais également à trois reprises surgis du cœur et de la tête du patron, et de sa vision (non péremptoire) du monde. A ce titre, l’épatement, c’est bien sûr L’Enfant sur la banquette arrière, stratégiquement situé au mitan de l’album, et dont la puissance évocatrice (“Je suis la pluie de corps sur les maisons d’Ukraine”) évoque le Film de Pierre Vassiliu.

Son et lumière offre un autre sommet modeste sur les affres de la création : “Je voulais être un bâtisseur/Dédier ma vie au bien public/Je fais le DJ pour des winners/Des ouvertures de boutiques.” Et confirme la bonne nouvelle du moment : on tenait en Burgalat un émérite réalisateur et compositeur ; ici, un auteur déploie désormais ses émotions.

Les Inrocks - Musique

“A Kind Revolution”, les multiples facettes de Paul Weller

On imagine mal, de ce côté-ci de la Manche, le statut dont jouit Paul Weller en Angleterre. Telle la figure du commandeur, l’homme incarne là-bas une sorte d’absolu pop, un idéal de constance et d’intégrité auquel aspirent toutes les rock-stars en herbe du pays, qui se placent volontiers sous son parrainage bienveillant.

Quarante ans de carrière, ça en impose, surtout quand, comme l’ex-leader des Jam et du Style Council, on est toujours resté fidèle à ses principes, qu’ils soient esthétiques ou politiques. Pourtant, loin d’être figé dans une quelconque routine – ce dont personne n’oserait d’ailleurs lui tenir rigueur –, Paul Weller s’est régulièrement inscrit dans la rupture, n’hésitant pas, par exemple, à dissoudre The Jam pourtant au sommet de sa gloire. De même, en 2008, avec 22 Dreams, tournait-il le dos aux vieilles recettes britpop qui, depuis ses débuts en solo, lui assuraient une rente dorée dans les charts anglais.

De ce point de vue, avec ses fulgurances sonores et son aspiration au grand large, cet album constituait un incroyable bond en avant auquel fait aujourd’hui écho A Kind Revolution. Au sommet de son art, Paul Weller peut tout se permettre, tant la dimension panoramique de son écriture alliée à sa maestria technique et à sa science du studio lui offrent toute latitude, y compris réveiller la voix moribonde de Boy George pour un exercice de groove aussi substantiel qu’inattendu (One Tear).

Epatant d’audace et de modernité, l’album explore ainsi toutes les facettes de la soul (Long Long Road), du funk (She Moves with the Fayre) ou pourquoi pas du blues (Satellite Kid), sans jamais se départir de cette épaisseur mélodique, de cette exubérance instrumentale, de ce souffle vital, dont seuls peuvent se targuer les vrais chefs-d’œuvre.

Les Inrocks - Musique

“And the Great Unknown Part II”, le retour exaltant de Bror Gunnar Jansson

(c) Johan Ronnow

Le drame du blues (genre musical plus ou moins centenaire) en 2017, c’est d’être joué par des gars qui font comme s’ils étaient des vieux Noirs du sud des Etats-Unis, qui chantent parce qu’ils se sont réveillés ce matin et que leur chérie était partie. Mais heureusement, un autre blues est possible.

La France comme terre d’accueil

On saluait il y a quelques semaines le très bon album de l’Anglais Fink, foncièrement blues mais aussi hypnotique et moderne qu’un album de krautrock ou d’electro. On pouvait compter sur le Suédois Bror Gunnar Jansson pour apporter sa pierre au nouvel étage de l’édifice.

Depuis maintenant plus de trois ans et une paire de disques, il a sillonné la France, sa terre d’accueil, tel un spectre livide, un vampire obsessionnel jamais repu d’histoires gothiques et de chansons de transe. Comme d’autres musiciens de blues adoptés par la France avant lui, il aurait pu continuer comme ça pendant les trente prochaines années, jouant toujours les mêmes morceaux pour le même public. Mais non, en bon hobo mental d’aujourd’hui, Bror Gunnar Jansson rêve déjà d’autre chose, de La Havane, de Tijuana ou de Las Vegas.

Les fantômes de Memphis

Déjà, connu comme one-man band, il a enregistré ce nouvel album, cette aventure, avec tout un tas de musiciens. Sur le premier morceau, il chante comme un crooner américain traqué par la Mafia et planqué au Mexique – et les trompettes mariachi pleurent avec lui. Ensuite, c’est la fête, les fantômes d’Howlin’ Wolf ou d’Elvis – bref, de Memphis – qui déboulent. Puis le lendemain de fête, avec une paire de ballades à hurler en haut d’une colline des Appalaches, ou au fond de son lit avec la fièvre.

Retour à Cuba pour une danse à deux, les corps collés par la sueur, puis l’album s’éteint comme tombe la nuit – violente, rougeoyante – dans le Colorado ou l’Arizona. Bror Gunnar Jansson va se réveiller le lendemain matin, il aura vingt chéries dans son lit.

concerts le 10 juin à Nîmes (festival This Is Not a Love Song), le 11 octobre à Paris (Café de la Danse), le 14 à Rouen, le 19 à Mérignac

Les Inrocks - Musique

Ellen Allien reprend les commandes avec “Nost”, son nouvel album

(c) Crystalmafia

Ala fois productrice, DJ et directrice du label BPitch Control, Ellen Allien, révélée par les albums Stadtkind (2001) et Berlinette (2003), s’est affirmée au début du siècle comme l’une des figures de la scène electro berlinoise, alors en pleine explosion. Ces dernières années, même si elle continue de mixer fréquemment dans les principaux clubs et festivals du monde, elle a vu son aura s’atténuer faute de nouvel album marquant. Succédant à LISm (2013), plage atmosphérique de quarante-cinq minutes adaptée de la bande sonore d’une pièce de danse, et à Dust (2010), son (pâlichon) dernier véritable album studio en date, Nost vient pallier ce manque en beauté. Si “nost” peut s’entendre comme le diminutif de nostalgie, cet album ne vise pourtant pas à rappeler les folles raves d’antan, mais bel et bien à célébrer la techno de l’ici et maintenant.

Dès le tournoyant premier morceau, Mind Journey, qui déploie ses oscillations electro post-Kraftwerk/Cybotron sur près de dix minutes, le constat s’impose : cette musique s’adresse au corps autant qu’à l’esprit et les entraîne irrésistiblement vers la transe (bras en l’air, de préférence). Cela se vérifie sur la plupart des huit morceaux suivants, en particulier les ravageurs Call Me et Jack My Ass.

Les Inrocks - Musique

“Elles & Barbara”, treize voix pour rendre hommage à un monument de la chanson française

(c) Stéphane Manel

Alain Souchon, Yves Simon et désormais Barbara : les albums-hommages se multiplient, offrant à la jeune génération le loisir de s’étalonner sur des chansons aînées. Avec un mélange d’inconscience, de respect tremblant, de passion lointaine ou de toupet bienvenu. Rien n’empeste plus le rance et la naphtaline que ces grands-messes du souvenir où aucun trublion ne vient secouer l’ordre, où les discours s’accaparent la mémoire du disparu sans lui demander l’autorisation.

Plus des emprunts que des reprises

Les chansons de Barbara, ici revisitées par treize voix de femmes de plusieurs générations, n’avaient pas du tout besoin de versions 2.0, d’être rafraîchies, modernisées. Mais la sobriété des arrangements, le respect de cette politique du peu qui frappe juste, en uppercut, sont à mettre au crédit de cette compilation Elles & Barbara. Un titre qui signifie que c’est ce degré d’intimité entre les chansons de Barbara et ces femmes, non celui de l’expertise, qui a été décisif. Si elles ont le courage, la folie de se frotter aux chansons de Barbara, aucune n’a l’outrecuidance de prétendre se mesurer à l’univers trop fort, trop prégnant de la chanteuse. Et ça les libère justement du poids d’un totem, si ce n’est d’une croix.

Toutes les versions présentées ici sont donc plus légères, moins venimeuses, moins habitées que leurs modèles : on ne peut pas chanter L’Aigle noir avec la même terreur, la même horreur. On ne peut juste pas reprendre ces chansons ; on peut au mieux les emprunter. Le seul, finalement, à les avoir incarnées avec justesse dans toute leur brutalité, leur noirceur, leur violence, leur démesure, leur fulgurance, fut récemment Gérard Depardieu, autre personnage vertigineux.

Sublimes subtilités

On pourra toujours, et on aura raison, regretter la présence ou l’absence de certaines voix. Des hommes notamment – on aurait adoré savoir ce qu’auraient fait Dominique A, JoeyStarr ou Babx. Mais ça compliquerait le titre de la compilation. Et ça n’ajouterait que peu au constat étonnant de cet assemblage disparate : le miracle reste que les chansons de Barbara survivent à Barbara. On craignait que sa musicalité, prodigieuse mais qui ne tenait qu’à elle, cède le pas à la surenchère, à la virtuosité. Ce n’est pas le cas : la musique reste solennelle mais ne vire jamais au pathos, au théâtral, grâce à la production attentive d’Edith Fambuena. Des voix soulagées peuvent ainsi chanter l’indicible sans s’effondrer, murmurer tous ces mots que Barbara hurlait doucement, avec sa gouaille étranglée : “Il ne faut jamais revenir/Aux temps cachés des souvenirs/Du temps béni de son enfance/Car parmi tous les souvenirs/Ceux de l’enfance sont les pires/Ceux de l’enfance nous déchirent.”

Le crime aurait été ici de confier ces sublimes subtilités à des chanteuses à amygdales, à des athlètes du chant pénible. On y retrouve des partisanes, des artisanes de la retenue, du mot suspendu aux lèvres, comme Jeanne Cherhal, Juliette Armanet ou une Dani parfaite sur Si la photo est bonne, cantate rock qu’elle s’accapare. On ne connaît pas les chansons de Zazie, Nolwenn Leroy ou Louane, et leur présence ici semble affoler les puristes pour qui elles auraient peut-être dû pleurer et endosser une robe noire obligatoire, afin d’incarner dignement ces textes.

Tout ce qu’on peut faire, c’est remarquer leur pudeur, admirer leurs petits souliers face à ces grosses pointures à remplir. De La Solitude à Dis, quand reviendras-tu ?, elles n’ont pas choisi les circonscriptions les plus aisées à remporter, et s’en sortent avec dignité, notamment en restant hors mythe de celle qui, en 1993, écrivait avec sa malice mordante : “Je ne suis pas une intellectuelle/Je ne suis pas une héroïne/Je suis une femme qui chante.” Amincies du fardeau du vécu, débarrassées du carnage de l’expérience, ces Mon enfance, ces Nantes réussissent ce miracle : elles deviennent chansons. Et quelles chansons.

Les Inrocks - Musique

Calvi On The Rocks se délocalise à la Cité de la Mode à Paris ce vendredi

L'une des affiches du festival Calvi on the Rocks, avec le DJ Marcos Dos Santos (© Alice Moitié et Thomas Lélu)

Déjà à l’origine de Calvi on the Rocks, qui fêtera sa 15ème édition cette année, l’agence UZIK gère aussi deux jeunes clubs parisiens qui ont ouvert en mai dernier : Communion (ex Nüba), et Garage (ancien Grand Rivage). L’occasion de créer des synergies : c’est d’ailleurs ce qu’elle a prévu pour ce soir, avec une double-soirée en guise de launching party du festival corse, qui se déroulera dans les deux boîtes de nuit situées en bord de Seine.

Un beau line-up

Pour se mettre en jambe avant Calvi, qui se déroulera lui du 30 juin au 5 juillet prochain, la soirée de ce vendredi 2 juin conviera le DJ et producteur espagnol Martin Buttrich, Pat Mahoney (du groupe LCD Soundsystem), JC-303, Andreas Tome, ou encore Marco Dos Santos, qui sera aussi présent au festoch’. Autant prévenir : ça va suer à grosses gouttes.

Timetable : 

Communion
18h-20h : Johnny Saucepiquante
20h-22h : Marco Dos Santos
22h-01h : Marvin & Guy
01h-03h : Pat Mahoney (LCD Soundsystem)
03h-06h : JC-303

Garage
19h -21h : Citadella
21h – 23h : Phil Dark
23h – 01h : Anja Sugar
01h – 03h : Martin Buttrich (official)
03h – 05h : Andreas Tome

Les Inrocks - Musique

On était au concert surprise d’Arcade Fire à Primavera

Entrée du Primavera Sound Festival (photo Garbine Irizar)

Surplombée de soleil, la scène a tout d’un cliché de l’Espagne contemporaine. D’un coté, des tours de verre et de métal, de l’autre, l’immensité marine ; et entre ces deux opposés, une foule scintillante de sueur. Bière à la main, lunettes de soleil sur le nez, chacun se fraie un chemin entre les palmiers de Barcelone pour se se presser autour des multiples scènes du Primavera Sound festival.

Double batteries 

“On est très content de débuter notre tournée européenne ici, à Primavera”, nous confiait hier Stu Mackenzie. Le chef de file de la bouillonnante scène psyché australienne devait, quelques heures plus tard, présenter au Primavera Sound Festival une poignée de titres du nouvel album de King Gizzard & The Lizard Wizard. Murder of The Universe ne sortira qu’à la fin du mois, mais Barcelone aura eu droit à un aperçu de la force de frappe de l’enchaînement des titres Alter Me et Altered Beast, qui forment le mantra de ce disque dont on aura l’occasion de parler. On retiendra que Rattlesnake, sorti il y a moins d’un an, est déjà un classique acclamé par le public et que, de Thee Oh Sees à King Gizzard, la formule deux batteries sur scène s’est clairement imposée comme une nouvelle norme.

En début de soirée, sur la même scène, Charles Hayward (à la batterie) et Charles Bullen (à la guitare) prolongeaient leur exploration du champ des possibles scénique avec This Is Not This Heat. Reformé l’année dernière dans une nouvelle et avec un nouveau projet, – plus de trente ans après sa dissolution -, This Heat avait suscité l’excitation des fans de la première heure et la curiosité des autres. Moins solennelle et crépusculaire que lors de son passage au festival Sonic Protest en mars à Paris, la prestation de la formation culte du post-punk n’en demeurait pas moins radicale et brutale, comme épurée de ces phases les plus contemplatives.

Contemplatif, un mot que ne connait pas Slayer. La bande de Tom Araya a lancé la chevauchée des Walkyries sur le Parc du Forum avec une violence rare, qui tranchait néanmoins avec les “muchas gracias” mignons de ce bon vieux Tom à la fin de chaque morceau.

La grâce

Du côté de la scène Pitchfork, sous l’immense plaque photovoltaïque, les canadiens de Badbadnotgood ont joué un jazz fusion du futur, dans un show à la fois virtuose et loufoque. Les envolées merveilleuses du saxophone, soutenues par les rythmes hybrides de la coalition batterie-basse-clavier, ont donné hier soir au public de Primavera de nouveaux motifs enchevêtrés sur lesquels danser et vibrer. Au sens propre du terme, tant la musique de BBNG, dans toute sa complexité, arrive pourtant à toucher nos sens les plus primaires.

Un peu comme la beauté sidérante du show de Solange, qui a ressuscité hier les racines du groove de la musique noire américaine. Accompagnée sur scène par des choristes, des cuivres, une batterie et un combo basse-synthé-guitare, S. Knowles déroule ses titres avec une grâce emprunte de gravité, notamment lors de l’interprétation de Don’t Touch My Hair. Losing You et Bad Girls morceaux écrits en collaboration avec Devonté Hynes-, rappellent la grande proximité entre Freetown Sound, de Blood Orange et A Seat at the Table, de Solange, deux albums sortis l’année dernière, qui portent en eux un même message de fierté. Fierté qui pouvait se lire sur les visages de la foule, filmés en gros plan par les caméras du festival.

F.M. 

Pop givrante et ballades velvetiennes

Si l’affiche comporte son lot de noms bien connus du public (et de nos modestes services), nous ne sommes pas à l’abri de quelques bonnes surprises. Ainsi, Soledad Velez, chilienne âgée de 29 ans, accueille les spectateurs avec une pop givrante et mélodieuse. Nimbée d’écho, la voix grave de la jeune femme se mêle à des rythmiques froides et des notes de guitares cristallines, parfois distoïfiées. La foule clairsemée et abrutie de chaleur reste un peu sur sa faim après ce set trop court (une demi-heure à peine), mais pas le temps de se plaindre : à quelques dizaines de mètres de là, Kevin Morby vient d’entrer en scène. Bien entendu, on se jette.

L’Américain arbore une mine blasée et un costume blanc taillé sur mesure, et balance les titres de son dernier album en date, City Music. Les ballades du songwriter font mouche et plongent le public en plein coeur d’un New York fantasmé, aux forts relents velvetiens. Influence revendiquée, puisque le musicien et son groupe nous gratifieront d’une reprise du célèbre Rock’n Roll, en hommage à Lou Reed.

La claque Death Grips

Gros, très gros changement d’ambiance une heure plus tard. Après quelques errances suantes, une ou deux bières et un passage chez les excellents This Is Not This Heat, on décide d’aller écouter Miguel et son R’n B matiné de soul électronique. Devant une très belle scène aux allures cosmiques, le musicien exécute un show parfait. La voix, la danse, les musiciens : tout est en place, rien ne dépasse et c’est justement un peu là le souci. On laissera donc la foule à ses trémoussements, et reprendrons nos divagations. Après l’esthétisme très (trop?) poussé de Solange, la nuit tombe sur la mélancolie salvatrice et vocodée de Bon Iver. Et la prochaine claque de la soirée portera le doux nom de Death Grips.

Rarement on se sera pris un telle décharge de rage et d’électricité en pleine face. Pas le temps de dire bonjour ni merci, les trois musiciens n’en ont rien à foutre et sont là pour suer, hurler et fracasser leurs instruments. C’est ce qu’ils feront pendant une heure, avant de partir sans un mot sous un déluge de larsens et d’écho, laissant des spectateurs médusés par une telle violence. Sauf que ces derniers ne sont pas au bout de leurs peines, puisqu’une ombre se dessine sur la plus grande scène du festival. Aphex Twin, véritable légende vivante de la musique électronique, se tient là, et s’apprête à délivrer…quelque chose qu’on aurait du mal à décrire.

Le chaos Aphex Twin

Les adjectifs manquent. Le musicien fait de son concert une véritable oeuvre d’art, monstrueuse, distordue, chaotique, et tout ce qui entre dans le champ lexical de l’horreur. Soutenues par une tempête de néons qui transpercent la nuit, les frappes électroniques de morceaux tels que Come To Daddy tabassent les oreilles du public et mettent les esthètes au bord de la crise de nerfs. Ici, pas de place laissée à la mélodie, puisque pratiquement aucune note n’est jouée. Seuls demeurent les rythmes, les rythmes arythmiques et torturés, et la décomposition de la musique telle qu’on la connait. L’homme remercie ses auditeurs en massacrant leurs visages sur les écrans qui encadrent la scène, et s’en va au bout de deux heures de furie, sans lâcher une parole. Il est trois heures du matin, quelques spectateurs s’en vont se rafraichir les tympans au son de l’ambient de Tycho, mais la plupart, abasourdis, rejoignent la foule d’ombres parties reprendre des forces pour le lendemain.

About last night…. ⚡️⚡️⚡️ @AphexTwin @WarpRecords @Primavera_Sound @GoodmachinePr #AphexTwin pic.twitter.com/HjBLhchjpo

— Tracy Kawalik (@TracyKawalik) June 2, 2017

X.R.

La surprise du chef 

Chaque année, le Primavera Sound festival charrie son lot de surprises et autres happening. Hier, à la faveur d’un track intitulé Everything Now lâché dans une vidéo mystérieuse tournée chez un disquaire de Barcelone, c’est Arcade Fire qui a monopolisé toutes les attentions. Programmé en tête d’affiche demain soir, le groupe a néanmoins joué hier dans le plus grand secret, dévoilant un deuxième titre : Creature Comfort. Chez Discos Paradiso, le fameux disquaire qui fut le premier a faire tourner le vinyle du nouveau single des canadiens, on nous confirme qu’il demeure introuvable chez lui : « des types sont venus et ont proposé de mettre le disque, mais ils sont repartis avec”.  Mercredi, Jarvis Cocker et Steve Mackey avait déjà fait une apparition surprise sur cette même scène, pour présenter un projet de musique méditative.

Les Inrocks - Musique

L'éternel retour de Totó la Momposina, reine de la cumbia

Cheffe de file de la musique afro-indienne, Totó la Momposina revient toujours à Paris. Comme aimantée par la cité qui l’a accueillie et révélée.

Télérama.fr - Musiques

Radiohead révèle “I Promise”, un morceau composé il y a 20 ans et encore jamais sorti

Thom Yorke sur scène (Crédit photo : whittlz/ CC/ Flickr)

Radiohead a dévoilé son morceau I Promise hier soir lors de l’émission “6 Music Recommends“, sur la BBC, avant de le lâcher sur les plateformes de streaming :

Le single fait partie des trois nouveaux tracks qui seront inclus dans la réédition de OK Computer, OKNOTOK, qui sortira le 23 juin prochain pour fêter le 20ème anniversaire de l’album. Man of War et Lift restent encore à découvrir, et le disque comprendra aussi huit faces B.

Joué en live en 1996

La version studio de I Promise n’avait jamais été révélée avant hier soir, mais le morceau avait été interprété en live par Radiohead en 1996, à Mansfield en Angleterre, un an avant la sortie de OK Computer :

Le groupe sera à nouveau en tournée cet été, et un passage en France est prévu, au Main Square festival à Arras (Hauts-de-France), le dimanche 2 juillet prochain.

Les Inrocks - Musique

Todd Terje de retour avec un morceau parfait pour la fête : “Maskindans”

Trois ans après l’excellent It’s Album Time, l’artiste norvégien semble amorcer son retour, puisqu’il vient de dévoiler Maskindans, un tout nouveau titre aussi enflammé que ses prédécesseurs. Accompagné d’un remix réalisé par Erol Alkan, et de sa version radio edit, le morceau apparaît comme un appel à la fête, et coïncide parfaitement avec l’arrivée des nuits d’été.

Det Gylne Triangel

Mais en fait, Maskindans est un morceau datant des années 80, composé par le groupe norvégien Det Gylne Triangel. Comme à son habitude, Todd Terje n’a pas fait que reprendre le titre, mais a invité le groupe à ré-enregistrer les voix pour finalement le reconstruire. Moins industriel, moins sombre, moins post-punk, Todd Terje s’est réapproprié le morceau, en compagnie de ses auteurs, comme il l’avait fait auparavant avec Bryan Ferry et sa reprise de Johnny & Mary. Avec talent, toujours.

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Un mix fiévreux d’Usain Bolt pour l’exposition Jamaica Jamaica à la Philharmonie de Paris

Photo Luis Acosta / AFP

A invoquer le tonnerre, l’éclair et la foudre à tout bout de chant dans d’innombrables morceaux de reggae (tenez au hasard : Revolution de Bob Marley dans l’album Natty Dread) la Jamaïque a fini par engendrer un Frankenstein aux dispositions athlétiques surhumaines : Usain Bolt, recordman mondial des 100 et 200m, 8 fois champion olympique, 11 fois champions du monde. Qu’on n’appelle pas Lightning Bolt (Bolt l’éclair) pour rien. Mais là, une fois n’est pas coutume, il a décidé de mettre à profit son couloir sur la piste (d’enregistrement) non pour un sprint mais pour une course de fond avec le dossard « disc jockey » et une heure de mixed tape avec changement de rythmes (reggae, lover rock, dancehall…), accélérations et démarrage au quart de tour.

Cette sélection haut de gamme, conçue spécialement pour l’exposition Jamaica Jamaica  que propose La Philarmonie jusqu’au 13 Août, commence en douceur avec (what else ?) le One Love de Marley, se poursuit avec le lascif Night Nurse de Gregory Isaacs puis accélère la cadence au fil de morceaux signés Sizzla, Bounty Killer, Buju Banton et autres yardies, pour franchir une plus tard la ligne d’arrivée en mode cool avec le Redemption Song de…Bob Marley, histoire de faire un tour de piste complet.

Exposition Jamaica Jamaica !
du 04/04/2017 au 13/08/2017, espace dʼexposition de la Philharmonie

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Regardez en replay le concert de Jeff Buckley à Chicago

Voilà déjà vingt ans qu'une noyade stupide nous a privés de la grâce de Jeff Buckley. Ce concert immortalise l'intensité magnétique et les multiples facettes de l'interprète définitif du “Hallelujah” de Leonard Cohen. Emotion garantie. En replay sur Arte+7 jusqu'au 2 juin.

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