Actu musique

31 mai 2017

Les inRocKs s’invitent au festival We Love Green : demandez le programme !

Jorrdee sur la scène Think Tank le 10 juin dès 20h50 © Gaël Turpo

Dans moins de 10 jours, le festival We Love Green s’installera sur les pelouses du Bois de Vincennes pour une nouvelle édition riche en découvertes et en têtes d’affiche. Ce festival pionnier et responsable, enrichit sa programmation musicale de conférences et de projections grâce au programme (et à sa scène dédiée) Think Tank.

A cette occasion, les inRocKs inviteront deux révélations françaises en concert (sur la scène Think Tank et dès 20h50) : le rappeur Jorrdee et le duo electro calaisien You Man. Les deux showcases seront suivis d’un fameux DJ set de l’inRocKs Steady Crew.

Côté conférences, ce sont trois rendez-vous labellisées “coup de coeur” des inRocKs, auxquelles on vous recommande d’assister. Plus d’infos sur la scène Think Tank.

Samedi 10 Juin
> dès 17h55 : Plaidoyer pour une démocratie de la terre avec Vandana Shiva et Lionel Astruc
> dès 18h35 : Le Manuel de Survie Economique avec Sylvain Lapoix, Paul Jorion et Gregory Makles

Dimanche 11 Juin
> dès 15h : Rapport de forces du vivant, demain Tous Vegan avec Theo Ribeton et Brigitte Gothière

Enfin à la librairie du festival, vous pourrez retrouver le magazine inRocKs et ses hors séries.

Une sixième édition haute en couleurs

Si le désistement récent des rappeurs mythiques A Tribe Called Quest (remplacés au pied levé par Justice) a pu en décevoir, le reste de l’affiche risque de vous faire pousser des cris de joie : Jon Hopkins, Parcels, Action Branson, Solange, Damso…

Festival We Love Green
Les 10 et 11 juin 2017 au Bois de Vincennes
Plus d’infos.

Les Inrocks - musique

Julie Byrne, chanteuse folk bio

Coté racines, on songe aux filles sauvages du folk anglais (Anne Briggs) ou américain (Karen Dalton). Mais en plus élusive. Julie Byrne est en concert ce mercredi 31 mai à Paris.

Télérama.fr - Musiques

Le festival Disruption de David Lynch revient avec Bon Iver et Laura Palmer

Capture d'écran Youtube de David Lynch dans le trailer du documentaire "The Art Life"

Après le come-back de Twin Peaks, David Lynch vient d’annoncer le retour de son festival Disruption. Sa deuxième édition se déroulera au même endroit que la précédente, soit à l’Ace Hotel de Los Angeles, du 14 au 15 octobre prochain, et conviera le chanteur folk Bon Iver, le groupe de rock TV On the Radio, Sharon Van Etten, Laura Marling, ou encore Reggie Watts. Moby et l’artiste Shepard Fairey seront eux aussi de passage, pour livrer des DJ sets.

Conférences et projections

Le réalisateur a aussi demandé à la journaliste Kristine McKenna de mener des entretiens avec le peintre Ed Ruscha et certains de ses collaborateurs, dont l’actrice Sheryl Lee (Laura Palmer dans Twin Peaks) et Bill Pullman (qui joue le premier rôle dans Lost Highway).

Le 7ème art ne sera donc pas laissé de côté, d’autant que certains films seront diffusés, comme Lost Highway, en plus de “courts-métrages rares de David Lynch“.

Transcender le stress et les traumas

Des ateliers de méditation seront aussi organisés en présence de Bob Roth, le directeur de la David Lynch Fondation, créée par le réalisateur américain, dont l’objectif est de réduire le stress et les problèmes de trauma chez les victimes de violences domestiques ou les anciens combattants, grâce à la méditation transcendantale – une pratique dont Lynch est lui-même un fervent adepte. Comme pour l’édition de l’an dernier, où Robert Plant, St. Vincent, Sky Ferreira, ou encore Rhye avaient joué en live, les fonds récoltés par le festival contribueront à financer ce projet.

Les Inrocks - musique

Les 10 meilleurs albums inspirés par “Sgt. Pepper”

Pink Floyd : The Piper at the Gates of Dawn (1967)
Le premier des nombreux albums influencés par Sgt. Pepper, et pour cause : il fut enregistré dans un studio voisin à Abbey Road au même moment ! Les fluides ayant sans doute filtré à travers les cloisons, pas forcément à sens unique, on retrouve concentrées sur ces deux albums majeurs toutes les innovations et les fantaisies psychédéliques de l’année 1967. Débutant à l’époque, Pink Floyd prendra naturellement la relève des Beatles pour dominer le son des années 1970.

The Zombies : Odessey and Oracle (1968)
C’est sans nul doute le Sgt. Pepper maudit, l’immense chef-d’œuvre de la pop british de la fin des sixties, supérieur en bien des points à son modèle. Déjà séparé lorsqu’il atterrit dans les bacs, le groupe de Colin Blunstone et Rod Argent justifiait ainsi son patronyme, et c’est sa réapparition tardive dans les classements des albums pivots du psychédélisme doux qui fera de ces Zombies des anges et de cette odyssée un trip inoubliable.

America : Holiday (1974)
Produit par George Martin, le quatrième album de ce trio américain exilé en Angleterre est celui qui s’éloigne le plus de leurs bases folk-rock pour épouser les canons de la pop baroque tels qu’ils furent inventés par les Beatles des années auparavant. Les mélodies et harmonies de voix comme les orchestrations, fluides et distinguées, sont directement empreintes de l’influence Sgt. Pepper, mais dans un décorum plus bucolique que psychédélique.

(suite…)

Les Inrocks - musique

Rock en Seine : 23 nouveaux noms rejoignent l’affiche du festival !

Déjà fort d’une excellente programmation annoncée au compte-goutte tout au long du printemps, le festival parisien vient d’ajouter de nouveaux noms à son line-up. Seront donc présents à la fin du mois d’août Beach Fossils, Girls In Hawaii, Columbine, Black Lips, Vince Staples, Ulrika Spacek, Little Dragon, Sleaford Mods et bien d’autres. Que du beau monde, donc.

En tout ce sont donc 23 nouveaux noms révélés dont 6 jeunes espoirs présentés comme l’avant-seine de RES. Sélectionnés par un jury de professionnels, ces pépites joueront sur la scène de l’industrie du 25 au 27 août. On y attend : Barbagallo, le lauréat Ricard Live S.A. Music Lysistrata, Inuït, Rendez-vous ou encore Gracy Hopkins.

Une application mobile pour ne rien manquer

A trois mois de l’événement, le festival grandit un peu plus et promet un week-end estival à l’éclectisme incontournable. Et, pour ne plus rien manquer, Rock en Seine vient de relancer une application téléchargeable gratuitement juste là. Il ne vous reste donc plus qu’à patienter jusqu’à la fin du mois d’août !

Les Inrocks - musique

Les Jeunes Gens Modernes l’étaient-ils vraiment ?

Extrait de l'affiche de l'exposition Les Jeunes Gens Mödernes, post-punk, cold wave et culture novö en France 1978-1983 © galerie du jour agnès b., 2008.

“Est-ce que j’étais jeune ? Oui. Est-ce que j’étais “gens” ? Pas sûr. Et moderne… ça reste à voir.” Jacno se marre devant la caméra de Jean-François Sanz et Farid Lozès, comme étonné qu’on lui pose encore la question. Depuis la parution du numéro 4 d’Actuel, en février 1980, sa génération est cataloguée comme celle des Jeunes Gens Modernes. Sur la couverture, cinq musiciens d’Artefact, Jacno et Marquis de Sade offrent leurs visages au mouvement en gestation. Contrairement à ceux de leur âge, ils “aiment leurs mamans” (page 82).

Marquis de Sade avec leurs mamans respectives dans Actuel en 1980 (source : La Dépêche)

“Ça avait fait un gros buzz à l’époque, alors que c’est un peu une invention de journaliste”, se rappelle Frank Darcel, ex-guitariste de Marquis de Sade. L’interview est partiellement bidonnée, les trois groupes affichés n’ont pas grand chose à voir entre eux. Qu’importe : le concept est lancé. “Cela correspondait à tous les jeunes musiciens qui avaient subi de plein fouet le mouvement punk. Actuel nous a mis en vrac dans le même magazine, par souci de provocation”. L’accroche médiatique est artificielle, mais touche du doigt les spécificités de la scène artistique de l’époque.

Douche froide post-punk

À la fin des années 70, la variété inonde la radio. Téléphone fait un carton et le rock progressif n’en finit pas de se compliquer. “Le mouvement punk a permis de balayer un peu tout ça”, explique Frank Darcel. Quelques années après le Velvet Underground, la vague New-Yorkaise, Television et Richard Hell et le punk anglais libèrent la créativité. “Notre point commun à tous est que nous n’aurions pas pu faire carrière avant. Nous n’avions pas un bagage technique suffisant pour entrer dans le rock tel qu’il était devenu, admet le Rennais. Le punk nous a liés, une opération journalistique nous a reliés.”

Décomplexée, avide de création, la génération anti-soixante-huitarde s’engouffre dans une scène post-punk rétro futuriste : la cold wave, musique de l’avenir jouée dans des oripeaux du passé. Les Stinky Toys, Suicide Romeo ou Taxi Girl à Paris, Marquis de Sade à Rennes et Marie et les Garçons du côté de Lyon partagent ce même étendard. Cette “armée de romantiques avec une esthétique de la désillusion”, selon les termes d’Etienne Daho, reste marquée par la Guerre Froide et une culture européenne.


“Ce qu’il y avait de spécifique à cette scène, c’était peut-être une certaine forme d’élégance “à la française”, à la fois bancale, nonchalante et érudite, cultivée, littéraire, même si toutes les références invoquées étaient loin d’être maîtrisées”, analyse Jean-François Sanz. Responsable du mécénat chez Agnès B, il a réuni tous les acteurs du mouvement dans un documentaire sorti en 2013. Au titre provocateur mis au point par Actuel, il ajoute un tréma. Placés sous le signe de la culture novö chère à Yves Adrien, ses jeunes gens deviennent “Mödernes” le temps d’un film et d’une exposition.

Vous avez dit moderne ?

Vingt ans avant la fin du siècle, cette modernité est partout. Dans la presse, d’abord, avec “Un regard moderne”, journal que Libération paye au collectif d’artistes Bazooka. “Nous avons été les premiers à remettre le terme au goût du jour”, insiste la dessinatrice et co-fondatrice de Bazooka Olivia Clavel, à l’origine de nombreuses pochettes d’albums de l’époque. Mathématiques Modernes, Modern Guy… Vieillot et désuet, le concept s’invite comme prétexte à l’excentricité.

Une d’Un regard moderne, journal du collectif d’artistes Bazooka © Loulou Picasso

La jeune génération rejette l’esprit hippie comme le nihilisme punk. La presse voit dans leur manque de revendications un symptôme inquiétant. ”Pour eux, on était des individualistes forcenés, constate Frank Darcel. On a juste arrêté l’hypocrisie et les faux-semblants et on s’est mis à parler argent et contrats sans prendre de gants.” Dans la capitale, les dandys hautains passent leurs nuits aux côtés de Pacadis, errant des Bains Douches au Palace.

Olivia Clavel les y a croisés. “À l’époque, on ne les prenait pas trop au sérieux, s’amuse-t-elle. Ils n’étaient pas des rebelles, ils n’avaient pas envie de changer la société. C’était plutôt un état d’esprit : une envie de sortir, de dessiner ou de faire de la musique, de vivre librement.” De l’art pour l’art ? Elle ne réfute pas l’expression.

Génération perdue

“Le mouvement était éclaté. Les gens ont vécu ces années de façons différentes selon leur provenance, leurs parcours, leurs goûts musicaux…”, résume Jean-François Sanz. Chaque ville a gardé sa scène, sa spécificité. “Ce qu’on vivait à Rennes, c’était une forme de postmodernisme : on recyclait des mouvements intellectuels et culturels de l’entre-deux-guerres”, se souvient Frank Darcel. Philippe Pascal, chanteur charismatique de Marquis de Sade, s’inspire de l’expressionnisme allemand dans son jeu de scène saccadé et scande des paroles en plusieurs langues. Les musiciens cultivent la distance et le bizarre. Les uns sont taxés de fascistes, les autres de royalistes. Il n’en est rien.

Par manque de structures, de managers et de labels intéressés, la spontanéité se perd et le mouvement commence à s’auto-parodier. Passé le coup de pub initial, les médias ne comprennent pas tout à ce mouvement protéiforme, qui convoque côte à côte futurisme, dadaïsme et littérature américaine de la Lost Generation. Les groupes se dissolvent, certains jettent l’éponge. Maurice Dantec quitte Artefact pour devenir écrivain.

“À ce moment-là, on laisse tomber les références intellectuelles, sourit Frank Darcel. Beaucoup s’orientent vers des sons plus légers, disco. La cold wave hexagonale finit par accoucher d’une sorte de pop française régénérée”. Etienne Daho, Niagara ou Daniel Darc en sont les enfants.

“Il y a un revival qui n’en finit pas autour de ces sonorités” assure Jean-François Sanz. Le mouvement n’a cessé d’avoir une influence souterraine, qui éclot de temps à autre, comme chez La Femme, Aline ou Benjamin Biolay. “On gardera de cette époque quelques bons albums ainsi que des disques moins indispensables qui conservent une forme de charme bancal”. Et une expression dont les journalistes et fans ne se sont toujours pas lassés.

En concert : Marquis de Sade, le 16 septembre 2017 au Liberté (Rennes) 

Les Inrocks - musique

La Super Pool Party #6 convie Noga Erez, Dream Wife et Leif Vollebek

De dr. à g. : Noga Erez (clip "Dance While You Shoot"), Dream Wife (clip "Somebody"), et Leif Vollebekk (crédit : Joseph Yarmush).

Les InRocKs prennent de nouveau leurs quartiers au club Les Bains à Paris, pour une sixième soirée riche en musique. Dès 20h, on commence doucement avec la sensibilité de Leif Vollebekk, avant de s’échauffer avec les trois effrontées de Dream Wife pour finir en beauté sur le dancefloor avec Noga Erez et un DJ set du crew des inRocKs. Comme d’habitude l’entrée est gratuite (et sur invitation à retirer ici) ! Rendez-vous le 15 juin prochain.

Noga Erez

Son premier single Dance While You Shoot, sorti en 2016, a tout pour devenir un tube et pour cause : la chanteuse et productrice originaire de Tel Aviv mène avec talent et créativité des expérimentations électroniques sur lesquelles elle pose sa voix, indomptable. Artiste engagée derrière une simple table de mixage et un miro, Noga Erez sort son premier album Off The Radar, le 2 juin, pour mettre le feu au dancefloor et aux consciences.

Dream Wife

Après avoir conquis le public anglais, ce trio londonien-islandais féminin va casser la baraque. Avec une leader au charisme envoûtant et une voix insolente supporté par des musiciennes énervés au look décapant, Dream Wife possède la sauvagerie du punk et la hargne de la lutte féministe. Rebelles, assurées les trois rockeuses n’ont sorti qu’un ep et insufflent déjà un air neuf à l’enivrante odeur de révolte.

Leif Vollebekk

Débarqué des terres Montréalaise, le musicien a tout du cliché québécois qui gratte une guitare au coin du feu. Il n’en est rien. Son savoir-faire de multi-instrumentiste font Leif Vollebekk, un songwriter complexe et sensible, tiraillé entre le monde de la pop et l’émotion de la folk. Son troisième disque, Twin Solitude, paru en février 2017, traduit autant d’influences pour Nick Drake que pour Leonard Cohen.

Inrocks les Bains – Super Pool Party #6
avec Noga Erez / Dream Wife / Leif Vollebekk + DJ inRocKs Steady Crew
Jeudi 15 juin de 20h à minuit aux Bains (7 Rue du Bourg l’Abbé, 75003 Paris)
Event facebook
Entrée libre sur invitation à retirer ici.

Les Inrocks - musique

Seu Jorge : “Que Bowie ait pu aimer mes versions, c'est ça le plus important”

En 2005, dans “La Vie aquatique”, de Wes Anderson, le chanteur brésilien reprenait David Bowie en portugais, seul à la guitare. Aujourd'hui, il lui rend hommage avec une tournée de concerts.

Télérama.fr - Musiques

async

async se découvre lentement. Comme son nom le laisse entendre, le nouvel opus de Ryuichi Sakamoto est à contretemps, hors d'une époque où il faut tout de suite saisir l'oreille de l'auditeur pour espérer exister. Raclements, grincements, pas dans l'herbe fraîche, échos lointains d'un port ou d'une usine invisible portés par le vent, cordes pincées, frappées, bribes de piano : d'inspiration bruitiste, l'oeuvre du compositeur japonais n'a, de prime abord, rien d'évident ni de flatteur. A 65 ans, après plusieurs ­années de semi-retraite (il a cosigné la BO de The Revenant en 2015) et un ­cancer de la gorge, Sakamoto a décidé d'écrire uniquement « la musique qu'[il avait] envie d'entendre ». Le résultat a la beauté d'un jardin de pierres zen. Ciselées, épurées à l'extrême, parfaitement ajustées, ces quatorze miniatures invitent au silence et à la contemplation, à suspendre le temps pour mieux l'apprécier.

Avec async, l'artiste nippon s'interroge sur la brièveté de nos existences, la perfection de certains moments, le poids du souvenir, le nombre de baisers qu'il nous reste à donner ou à recevoir… Pas d'effusions, ni de mélodies, mais un tissu sonore tout en profondeur et en transparences, et quelques touches émouvantes comme la voix de Paul Bowles ou les enregistrements d'antiques installations sonores captés à l'Université des arts de Kyoto ou dans un micromusée new-yorkais. Derrière l'apparent flou des formes, Sakamoto témoigne d'une exigence rare tant dans la composition que dans le travail du son. Un album en tout point essentiel. — Stéphane Jarno

| 1 CD Milan Music.

Télérama.fr - Disques

Zaïre 74 The African artists

Le festival Zaïre 74 devait accompagner le « combat du siècle » : la rencontre des boxeurs George Foreman et Muhammad Ali fut finalement repoussée d'un mois. Mais ce Woodstock africain, où James Brown, B.B. King et Miriam Makeba chantèrent devant cinquante mille spectateurs dans le stade de Kinshasa, est resté dans les mémoires comme sa bande-son historique. Le fait qu'il réunissait, pour la première fois sur le continent, des stars afro-américaines et africaines fut occulté - les extraits diffusés dans les documentaires When we were kings et Soul Power privilégièrent les Noirs américains -, au grand dam des organisateurs Stewart Levine et Hugh Masekela, qui comptaient lancer à l'international les musiciens continentaux.

Un double album, qui édite enfin les concerts des artistes africains, rend justice aux performances démentes de Miriam Makeba, mais surtout de Tabu Ley Rochereau, voix iconique de la rumba congolaise, de Franco & Le Tout Puissant OK Jazz, ou encore de l'exubérante Abeti, seule vedette féminine locale : autant d'emblèmes de cet âge d'or musical encore inconnus outre-Atlantique. Mobutu, plusieurs fois, est célébré : l'ambiance politique était optimiste alors et cela s'entend. Ça « soukous » dans tous les sens, et la frénésie des guitares comme les rugissements des cuivres tournent la tête. Deux heures d'exultation qui s'achèvent avec les danseurs survoltés de la Pembe Dance Troupe. Indispensable. — Anne Berthod

| Zaïre 74 The African artists, 2 CD Wrasse Records/Caroline, 4F.

Télérama.fr - Disques

Variations Goldberg

La douceur de l'Aria initial ne doit pas faire illusion ; il s'y mêle une calme assurance qui résonne dès la première variation, en forme de prise de parole joyeuse et résolue. L'élan est donné, il ne faiblira pas. Dans ce fleuron de l'oeuvre de Bach pour clavier, très souvent joué et enregistré, le piano fluide et maîtrisé de Beatrice Rana fait mieux que convaincre, il séduit d'emblée, et sur la durée. Jusqu'au Quodlibet final inspiré de deux chansons populaires, avant la reprise de l'Aria qui boucle parfaitement le cycle, ou rappelle simplement au voyageur d'où il est parti (Bach n'ayant laissé aucune explication, à chaque mélomane son interprétation), la jeune pianiste italienne (24 ans) déroule les trente variations, dansantes ou méditatives, dans un même souffle et un même esprit, évoquant tout un arc-en-ciel d'émotions.

« Le parcours labyrinthique des Goldberg est un cheminement spirituel précisément parce qu'il est conscient de son humanité », suggère l'interprète dans le livret du CD. Sur un instrument à la belle sonorité (on la dirait parfois étrangement veloutée), elle trouve en tout cas le juste milieu entre ces deux dimensions, imprimant à chaque étape (pièces de caractère, toccatas ou canons) un mélange bien dosé de lumière et de sensualité. — Sophie Bourdais

| 1 CD Warner Classics.

Télérama.fr - Disques

New Spring

Le pianiste romain Enrico Pieranunzi, digne héritier de Bill Evans, enregistre le plus souvent en solo ou en trio. Le voici en quartet avec des musiciens américains plus jeunes que lui, parmi les plus excitants de la scène new-yorkaise, dans le prestigieux Village Vanguard où ont été captés tant d'albums décisifs. Le lieu est inspirant. Le saxophoniste ténor Donny McCaslin, qui a compté pour beaucoup dans le succès de l'ultime disque de David Bowie, se montre ici dans une forme olympique, loquace mais jamais bavard, développant une vraie pensée musicale. La paire rythmique que forment Scott Colley (contrebasse) et Clarence Penn (batterie), euphorisés par le jeu tout en clarté de Pieranunzi et l'intérêt de ses compositions (pas faciles et pourtant évidentes), déborde de swing et fait preuve d'une constante écoute.

Comme (presque) toujours au Vanguard, le son est une merveille. C'était la seconde visite du pianiste italien et on sent qu'il ne voulait pas décevoir le public new-yorkais. Sa dette à l'égard de Bill Evans, il ne cesse de la payer de la plus belle façon, en mettant toujours son propre lyrisme à contribution. Ses compositions sont neuves, d'Amsterdam Avenue à The Waver, rigoureuses, et il fait un sort enviable au Out of the void, de Scott Colley, et au standard I hear a rhapsody, introduit par une improvisation échevelée qui rappelle Martial Solal. Du jazz qui a des choses à dire et les dit bien. — Michel Contat

| 1 CD CamJazz/Harmonia Mundi.

Télérama.fr - Disques

Passage

Imaginez une Camille radicale. Qui, plus encore que l'originale, mêlerait les rythmes tribaux et les sonorités électro. Qui jouerait des sons et des voix sans limite. Qui naviguerait entre les chants traditionnels, les incantations proches du jazz, les passages slamés, les percussions corporelles ou classiques, négligeant le sens et l'émotion au profit de l'expérimentation. Dépourvue de visée commerciale. Une petite Camille sans frein, dont on saluerait l'audace, sans avoir envie de l'écouter en boucle.

En 2013, Ottilie [B] avait déjà donné le ton avec un premier album hors normes, aussi crispant qu'intrigant. Celui-ci enfonce le clou — mais nous décrispe un peu. Il se déploie comme une routière ou une carte du Tendre, sur laquelle on se laisse mener au gré d'une voix aventurière — dans laquelle on reconnaît un peu aussi, et logiquement, Claire Diterzi. Deux duos scellent l'originalité métisse de la jeune femme : le premier avec la Réunionnaise Christine Salem (Le La). L'autre avec le chanteur de Lo'Jo (Tout doit disparaître). De quoi jouer joyeusement les trouble-fêtes, dans une industrie musicale archi standardisée. — Valérie Lehoux

| 1 CD L'Autre Distribution.

Télérama.fr - Disques

Is this the life we really want ?

La tendance, pour les vétérans du rock, est à l'apaisement, à la sérénité, au bilan de carrières somme toute bien remplies. Mais pas pour Roger Waters. A 73 ans, pour son premier album solo depuis vingt-cinq ans, le maître à penser du Pink Floyd d'avant la scission demeure un homme en colère. Is this the life we really want ? annonce la couleur d'une oeuvre « de résistance, pas seulement à Trump, mais à tous les despotes, les dictateurs, les voleurs et à tous les incapables de faire le bien sur la planète ». Le dépit qui anime Waters depuis Animals et The Wall n'en est que redoublé. « Si j'étais Dieu, j'aurais fait un meilleur boulot », clame-t-il d'emblée, en toute modestie, avant de dénoncer l'état désastreux dans lequel le monde ne finit pas de s'enfoncer. Le constat est désespéré, et l'on serait tenté d'acquiescer.

Pourtant, on peine à être emballé par la dernière pièce montée de maître Waters, amoureusement produite par Nigel Godrich, artisan des albums de Radiohead et fan avoué du Floyd. Ou bien alors pour les mauvaises raisons. Déjà vu est le titre d'une des chansons, et, à lui seul, il résume le projet. Plus solide et cohérent que les albums solos précédents, il ne parvient jamais à se libérer d'un sentiment d'hommage et de clins d'oeil permanents au passé (gimmicks sonores — mouettes, bruitages radio, tic-tac d'horloge… — ou riffs familiers, du plus flagrant Smell the roses, entre Time et le fameux pont d'Echoes, aux multiples réminiscences d'Animals). Les ballades orchestrées, violemment susurrées, et les locomotives heavy portées par la basse monumentale de Waters s'enchaînent, avec des mélodies, dictées par le flot des mots, qui semblent toutes taillées dans le même moule. L'on cherche un peu d'air, ces envolées qu'apportaient autrefois les chorus de Gilmour. On croit l'entendre sur Smell the roses, Jonathan Wilson s'autorisant à plagier amoureusement son héros. Is this the life we ­really want ?, au lieu d'interpeller, ou d'éblouir par sa nouveauté, se contente de revisiter la face noire de l'astre Floyd. Comme si Waters avait voulu plaire aux plus nostalgiques et conservateurs des insoumis. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Sony.

Télérama.fr - Disques