Actu musique

30 mai 2017

“Sgt. Pepper” a 50 ans : détournements de pochette

Avant même la fin de l’enregistrement de Sgt. Pepper, Paul McCartney avait dessiné quelques croquis en vue de la réalisation de la pochette. On y voyait déjà les costumes de parade inspirés de la garde militaire edwardienne, que le groupe portera en versions “popisées” le jour venu, ainsi que diverses propositions d’arrière-plan dont celle d’une foule encore indéterminée.

Le désir de Paul, avide consommateur de disques depuis son plus jeune âge, était que les acquéreurs de l’album puissent passer des mois à observer cette pochette, comme ils passeraient une vie à en détailler la musique qu’elle contient.

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“Sgt. Pepper” a 50 ans : les producteurs Bertrand Burgalat, Stéphane “Alf” Briat et Samy Osta livrent leurs impressions

Les Beatles et George Martin dans les studios d’Abbey Road en 1967 © Apple Corps Ltd.

Bertrand Burgalat, musicien et producteur (dernier album paru : Les choses qu’on ne peut dire à personne, Tricatel)

“Ce qui me fascine le plus dans Sgt. Pepper, comme d’ailleurs dans The Dark Side of the Moon de Pink Floyd, c’est la manière dont les Beatles ont réussi à changer les règles de la production en allant le plus loin possible dans l’avant-garde tout en restant compris par le public. Lorsqu’on fait de la musique, c’est le rêve absolu.

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Safari Boat, le nouveau rendez-vous aquatique de l’été

crédit : photo de couverture de l’événement facebook

Eh non, “croisière” n’est pas forcément synonyme de paquebot gigantesque plein à craquer de familles : le magazine A Nous Paris et la salle de concert du Badaboum sont bien déterminés à nous prouver le contraire en lançant le Safari Boat, un tout nouveau rendez-vous musical avec pour scène… la Seine ! Première voyage prévu le mercredi 28 juin prochain, avec une carte blanche au label Pain Surprises et à l’équipe du festival Pete The Monkey.

Tous les mercredis, le Safari Boat voguera au son des concerts et au rythme des couchers de soleil. Aucune hésitation à embarquer, donc. Toutes les informations se trouvent juste là.

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Rammstein: rencontre avec des légendes vivantes du metal

Crédit : Olaf Heine

Faire la nique aux temporalités frénétiques de la musique moderne est un luxe qui n’est pas à la portée de tout le monde. Le monument  Rammstein, ces chantres teutons du metal indus qui n’ont sorti aucun album dans la décennie actuelle, publie  ces jours-ci un DVD live gargantuesque tourné… en 2012 à Paris. Christoph “Doom” et Richard Z. Kruspe assument, enterrent la course à la visibilité induite par les réseaux sociaux, le tout avec une sérénité de quinquas apaisés qui tranche avec leurs murs de guitares et leurs scénographies blindées de lance-flammes. Le grand spectacle tranquille. Rencontre.

Ce n’est pas bizarre de donner des interviews pour défendre un objet audiovisuel tiré d’un de vos concerts donnés il y a 5 ans ?

Christoph – Forcément, c’est un peu étrange. Mais ce projet, qui nous tient à cœur, a vraiment été porté par le réalisateur Jonas Åkerlund, dont on apprécie le travail depuis longtemps et qui a déjà clippé plusieurs de nos titres. Mais une fois que le concert était en boîte et que nous avons compris que ce DVD ne sortirait pas tout de suite, au final nous sommes rentrés dans une réflexion différente…

Richard – C’est bizarre de le sortir si longtemps après, mais ça ne l’est pas davantage que si nous l’avions sorti en 2015 ou que si nous l’avions sorti en 2019, tu vois ? Parce qu’en tant que groupe, nous avons continué notre route, avec ce truc qui est resté en gestation longue et qui témoigne d’un moment et d’une période qui nous sons chers. Y replonger une fois que les étapes suivantes sont enclenchées est toujours un peu étrange.

Au final, il s’agit davantage d’un témoignage live de Rammstein ou d’un film de Jonas Åkerlund ?

Richard – On a toujours voulu maîtriser ce que nous proposions en tant que groupe, y compris lors de nos concerts et des enregistrements. Pour Volkerball (sorti en 2006, ndlr) nous avions le nez dans le montage, mais là, notre envie de travailler avec Jonas impliquait forcément qu’on le laisse faire. On a vu le résultat, on n’a pas été d’accord avec tout, cela ne correspond pas toujours à ce qu’on aurait imaginé, mais c’est un autre processus de création, qu’on n’avait jamais testé.

Christoph – En fait, on se sent plus “acteurs” d’un film que grand ordonnateurs du projet, tu vois ? On savait bien qu’il y aurait un décalage entre ce qu’on aurait fait nous, et le travail de Jonas. On l’a appris bien après l’avoir connu, mais il joue de la batterie, ce qui explique peut-être le montage…

Richard – Ouais, on sent l’influence de la double pédale (rires). Si tu ne l’as pas vu, prévois des pilules pour le mal de crâne, c’est assez difficile à suivre. Mais cela nous va aussi, parce que cela amène notre travail dans des endroits qu’on n’aurait pas explorés nous-mêmes, et puis ça faisait tellement longtemps qu’on n’avait rien sorti.

De fait, on n’a pas l’impression que Rammstein se sente pressé par quoi que ce soit depuis quelque  temps…

Christoph – Les groupes ressentent le besoin de rentrer en studio dès que la tournée d’avant est finie ? Soit, qu’ils le fassent ! Nous avons été plus jeunes et nous avons ressenti cette urgence, parce que nous étions dans une dynamique et que nous avions l’énergie et les idées pour ça. Aujourd’hui, nous prenons notre temps parce que nous sommes devenus parents, et parce que nous voulons nous poser les bonnes questions.

Richard – C’est un privilège, en fait. Si nous avons envie de prendre une année entière pour nous, à s’occuper de nos proches ou à prendre du recul, on peut. On sait que Rammstein est quelque chose qui compte toujours autant pour nous, et pour maintenir ça il faut que nous nous posions les bonnes questions. Pour quelles raisons a-t-on envie de continuer ce groupe ? Comment mettre un terme à l’histoire le jour où ça arrivera, puisqu’on a aussi envie de faire ça le mieux possible quand le temps sera venu ? C’est à ces conditions que l’on continue.

Pensez-vous honnêtement pouvoir faire mieux que cette tournée de 2012, qui empilait les superlatifs ?

Richard – Tout le monde nous a vus, et ça a augmenté avec les années, comme le groupe de metal qui proposait des lives de dingue. Je pense qu’il faut qu’on arrive à se détacher de l’idée de “faire mieux que la dernière fois”, parce que ça peut être un piège pour nous. On essaie de penser ce qui nous avons envie de faire de manière différente, plutôt. On peut très bien imaginer un live de Rammstein beaucoup plus sobre, par exemple, on ne sait pas.

Christoph – Je pense qu’on peut lui dire maintenant, Richard ? Bon, on planche sur un nouvel album, on a eu besoin de passer beaucoup de temps en groupe à explorer, à ne pas se sentir pressé par une deadline. Je n’aurais pas pensé m’amuser autant avec un groupe dans lequel je joue depuis si longtemps. Mais si on s’était dit “essayons de pousser le truc encore plus loin”, ça nous aurait étouffés. Le cadre qui est celui de Rammstein est déjà assez difficile à faire bouger…

À votre dernier concert en France en 2016, vous avez projeté une annonce avant le début du live, encourageant les spectateurs à ne rien filmer. Comment on gère l’image qu’on propage lorsqu’on fait des concerts pareils ?

Christoph – C’est moins pour le contrôle de l’image que pour dire aux gens “coucou, mettez votre foutu smartphone dans votre poche pour une fois et vivez le truc”.

Richard – Je crois que je déteste les réseaux sociaux. Je les déteste vraiment (rires). La capacité des gens à tout vivre à travers la lentille de leur appareil numérique me fait peur parfois. Pourquoi cette manie de tout enregistrer, de tout archiver ?

Christoph – j’ai vraiment l’impression que c’est moins pour l’idée de tout enregistrer que pour avoir l’occasion d’écrire une histoire de sa propre vie, avec une vidéo de 20 secondes du concert de Sting, de Rammstein ou de n’importe quel autre groupe postée en un instant sur Instagram ou Facebook… On n’y peut rien, et tout ce qu’on peut faire c’est essayer de faire les meilleurs concerts possibles selon ce qu’on a envie de faire, et d’essayer d’interpeller les gens sur ces questions en amont. Et concernant notre image sur ces trucs, je crois qu’on est contents de ne pas avoir à nous occuper de ça nous-mêmes.

Richard – Tu sais quoi ? Si j’avais un bouton devant moi pour éteindre Internet, j’appuierais dessus. Vraiment ! “Désolé les gars, mais vous avez rendu Internet si vide de sens qu’il vaut mieux arrêter ça tout de suite. La fête est finie !” (rires)

DVD Live de Rammstein : Paris (Vertigo/Capitol). Disponible sur Apple Musi

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Le Festival Fnac Live dévoile les premiers noms de sa programmation

A noter dans tous les agendas : le festival Fnac Live fera son grand retour sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris les 6, 7 et 8 juillet prochains. Comme chaque année, l’événement (gratuit !) réunit une poignée d’artistes le temps d’un weekend, et vient d’ailleurs d’annoncer les premiers noms programmés dans un teaser alléchant :

De The Blaze à Benjamin Biolay, en passant par The Horrors, Cassius et le meilleur de la nouvelle scène francophone (Fishbach, The Pirouettes, Frànçois and the Atlas Mountains, Clara Luciani ou encore Juliette Armanet), que du beau monde pour inaugurer l’été à Paris. Patience, il faudra attendre jusqu’au 19 juin prochain pour connaître le reste de l’affiche. En attendant, toutes les informations se trouvent juste ici.

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Voilà ce qui arrive quand des organisateurs coupent l’électricité à Dave Grohl et aux Foo Fighters

Les Foo FIghters au Bottle Rock 2017 (Capture d'écran Youtube du récap du jour 3).

C’est désormais connu. Une fois sur scène, rien n’arrête les Foo Figthers. Dimanche 28 mai dernier, Dave Grohl et sa bande clôturaient le festival BottleRock à Napa Valley en Californie aux Etats-Unis. Tandis que le concert touche tranquillement à sa fin, le leader, chanteur et guitariste du groupe discute avec un public enthousias et incroyablement chaleureux, lui fait chanter “bon anniversaire” pour son épouse et propose même à tout le monde de se joindre à lui après le show, en communiquant l’adresse de leur hôtel. “Je paye ma tournée !” promet-il, enjoué.

C’est l’heure, on ferme !

Sauf que pendant qu’il bavarde le temps passe, et ça ne plaît pas aux organisateurs du BottleRock que le groupe ne respecte pas le couvre-feu. Alors que les Foo Fighters terminent leur set avec Everlong, les techniciens ont été sommés de couper le courant et les lumières en plein milieu de la chanson, à 22h pile, explique le quotidien local San Francisco Chronicle. Mécontent, le public siffle et hue avec ferveur. Qu’à cela ne tienne, le groupe américain n’a pas cessé de jouer, et finira le morceau jusqu’à la dernière note sous des éclairages un peu faibles et avec un son qui s’entend à peine. C’est l’intention qui compte, et l’audience, aux anges, s’est beaucoup amusée de cette fin de concert, entonnant à tue-tête les paroles de ce tube sorti en 1997.

La coupure a été filmée par un fan et postée sur Youtube depuis :

NME rappelle que cet incident est déjà survenu durant ce même festival, il y a quelques années. En 2014, The Cure s’est retrouvé aussi sans électricité pour terminer son concert au BottleRock. Une façon plutôt abrupte de demander à tout le monde de rentrer chez soi. Bande de rabat-joies !

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On y était, on vous raconte: Jazz sous les Pommiers

photo Pierre-Yves Le Meur

Coutances se voit de loin. Perchée sur une colline étroite, la petite ville normande semble comme aspirée par la monumentale cathédrale gothique qui la domine. En ce brûlant week-end de l’ascension, Coutances accueille la 36è édition du festival Jazz Sous les Pommiers. Avertissement : ce n’est pas un festival à Coutances, mais le festival de Coutances, dans Coutances, ou même Coutances offerte à son festival. Ici, pendant une semaine, la musique est partout dans le mouchoir de poche du centre-ville. Dans les « vraies » salles, mais aussi dans les jardins publics, les cours d’école, les squares, au cinéma, dans les églises et les bars. Musique partout, et pour tout le monde : ce qui surprend, et réjouit quand on déambule à Jazz Sous les Pommiers, c’est de croiser « les gens », comme dirait l’autre. Pas seulement la faune habituelle qui fréquente les festivals de musique plutôt pointue (option jazz et world), mais les gens d’ici, les gens du coin, ceux qui viennent en famille ou entre copains pour voir les concerts gratuits ou longer les remparts à la recherche du bon spot où manger.

Taux de remplissage: 96%

Coutances s’écoute de près. Dans la charmante cour du musée Quesnel-Morinière, on a même installé des fauteuils et des matelas pour pouvoir profiter de la musique (et de la vie en général) dans la meilleure position envisageable : allongé. Ce qui surprend et réjouit, aussi, c’est de voir les queues interminables, puis les salles bondées pour les concerts payants (96% de taux de remplissage des salles au final, qui dit mieux ?). On verra une dame faire du tricot pour s’occuper en attendant l’ouverture d’une salle, et c’est vraiment une bonne nouvelle.

A Coutances, les têtes d’affiche sont pourtant des têtes chercheuses, à l’image d’une programmation sans concession, qui fait le point sur le jazz actuel, déborde largement sur les “musiques du monde”, et adore faire se rencontrer les deux, voire inviter les autres à la fête. Par exemple, pour revenir à la cathédrale, elle propose (en plus d’un peu de fraîcheur bienvenue) un duo inédit entre le clarinettiste klezmer (pour faire court) Yom et Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, le titulaire des grandes orgues de l’église Sainte-Eustache à Paris (pour faire long). Création insolite et totalement convaincante entre la petite clarinette et l’immense orgue de la cathédrale, entre musiques sacrées juive et chrétienne. Autre clarinettiste, et le plus souvent saxophoniste, Sylvain Rifflet et son groupe convainquent aussi totalement, avec un musique instrumentale vive, sobre et joyeuse, qui évoque autant les minimalistes américains que le post-rock, et dépassé le pré carré (voire le pré salé, on n’est pas loin du Mont Saint-Michel, du jazz).

Le fantôme de James Brown

Monté juste devant le parvis de la cathédrale, le Magic Mirrors est le lieu idéal pour les concerts qui donnent envie de bouger et de liquider quelques litres de sueur. On y verra deux fois le fantôme très physique de James Brown, en pleine forme. D’abord à travers le funk vaudou caribéen d’Anthony Joseph, puis avec l’afro-funk tout aussi possédé, voire beaucoup plus, des sud-africains BCUC, qui jouent à la fin les morceaux de leur album Our Truth, et auront commencé avec des nouveaux morceaux sombres, agressifs, cathartiques, pour transformer leur concert en maëlstrom de musique rituelle et engagée.

Gymnase réformé en salle de spectacles, la salle Marcel-Hélie n’a certes pas le charme de la cathédrale. Mais elle a l’avantage d’être grande, parfaite pour les « gros » artistes internationaux, comme la chanteuse coréenne Youn Sun Nah (dont la création souffre quand même de lourdeurs instrumentales, ce qui ne l’empêche d’attirer 3 000 spectateurs) ou la Malienne Oumou Sangaré, impériale sur scène, même face à un public assis et très peu africain (sachant qu’Oumou Sangaré, c’est encore mieux debout avec plein d’Africains dans la salle).

Mais c’est au Théâtre de Coutances, le QG du festival, qu’on aura vécu et revécu le grand frisson, avec le concert d’Ala.ni : chanteuse autant que danseuse, Ala.ni a toujours le don de transformer de simples chansons en moments de grâce mutine. Elle était vêtue d’un t-shirt qui disait « unfuck the world” : tout un programme, à méditer.

Et puis c’était dimanche à Coutances, comme chantait Dick Annegarn. Et pour ne pas finir comme dans sa chanson (« avec un sablé et un pain raison comme seule compagnie »), on est retourné voir danser la mer.

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Courtney Love révèle quels sont ses morceaux préférés de Nirvana

Capture d'écran Youtube de Courtney Love

Lors d’un Instagram live le 7 mai dernier, la veuve de Kurt Cobain a répondu aux questions de ses fans, et l’une d’entre elles portait sur ses singles préférés de Nirvana. L’ancienne leader de Hole a alors déclaré qu’elle plaçait Heart Shaped Box sur le haut du podium, selon le site du NME.

Un morceau qui serait dédié à son vagin, selon un tweet (depuis effacé) qu’elle a adressé en 2012 à Lana Del Rey, qui venait de reprendre ce morceau lors d’un concert en Australie : “Tu sais que ce morceau parle de mon vagin, n’est-ce pas ? (…) Donc la prochaine fois que tu le chantes, penses à mon vagin, okay ?”

La chanteuse et actrice a également mentionné deux tracks qu’elle affectionne tout particulièrement, issus de l’album In Utero : Serve The Servants, et Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle. Avant de conclure, en évoquant In Bloom (Nevermind).

>>> A lire aussi : Pourquoi Courtney Love est l’une des plus grandes icônes féministes de notre époque

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Mort de Gregg Allman, pionnier du rock sudiste

“La musique coule dans mes veines aussi sûrement qu’y coule le sang (…)J’adore la musique. J’adore en jouer pour les gens. Le jour de ma mort je suis certain que mon frère sera là haut  et qu’il m’accueillera à bras ouvert en disant : «bien joué frérot ! T’as fais le job !»”

Ce jour où Gregg Allman espérait revoir dans l’au delà son frère aîné Duane, guitariste de génie mort dans un accident de moto en 1971, est arrivé Samedi 27 Mai à Savannah en Géorgie des suites d’un cancer du foie. Agé de 69 ans, Allman  était membre fondateur du Allman Brothers Band qui dans les années 70 étalonna l’ensemble de ce que l’on a appelé le « rock sudiste ». Chanteur exceptionnel, doté d’une voix « noire » au poignant vibrato, il fut également un organiste au style bluesy à la Ray Charles et un compositeur prolixe dont témoignent les albums du groupe comme ses œuvres en solo.

Mais derrière la carrière du musicien faite de sommets et d’inévitables chutes, se cache un destin hors norme où abondent morts violentes, abus en tout genre, mariages et divorces, sans oublier l’obligatoire passage par la case prison sans lequel une vie en rock digne de ce nom s’en trouverait dévaluée. Une vie tellement riche et accidentée qu’elle donna lieu à un projet de film intitulé Midnight Rider (titre de l’une de ses chansons fétiches) et ce avant que l’équipe de tournage ne soit en partie décimée dans un accident en plein repérage. Preuve qu’autour de la famille Allman une certaine malédiction a toujours  dicté sa loi.

Pour Gregory Lenoir Allman tout commence très tôt. Il n’a pas deux ans quand son père Willis Allman, capitaine dans l’armée, est assassiné par un autostoppeur qu’il a eu l’obligeance de prendre dans sa voiture sur une route du Tennessee. Du coup, Gregg et son frère aîné Duane se retrouvent dans une école militaire où ils veillent l’un sur l’autre pour survivre. Leur existence change du tout au tout quand en 1960 ils assistent à un concert réunissant BB King, Jackie Wilson et un prometteur chanteur : Otis Redding. Si Gregg et Duane se mettent ensemble à la guitare, seul l’aîné des frangins s’y maintient lorsque s’enchaînent les premiers groupes, The Misfits, The Shufflers.

Avec Hour Glass se dessinent les premiers contours d’une carrière professionnelle. Entre temps Gregg est passé à l’orgue et s’est trouvé une voix. Il a su également éviter la conscription et un aller au Vietnam sans retour assuré en se tirant, littéralement, une balle dans le pied. Viennent les choses sérieuses avec la constitution d’un groupe à la panoplie inédite où deux guitaristes et deux batteurs tirent une diligence transportant de vieux blues transfigurés en épopées électriques et des originaux sur lesquels souffle une vraie folie sudiste tel The Whipping Post.

L’Allman Brothers Band ne trouvera d’ailleurs sa véritable dimension qu’en version live. D’où le phénoménal succès que remporte leur double Live At Fillmore East en 1971. Mais la consécration s’accompagne d ’effets indésirables. Dont l’addiction aux drogues dures avec laquelle les membres du groupe doivent lutter. Commence alors la série noire : en octobre 71 Duane se tue en moto sur une route de Géorgie. Un an plus tard, et pratiquement au même endroit, le bassiste Berry Oakley trouve la mort également en moto. En 1975, pour éviter la prison, Gregg témoigne à charge contre un roadie impliqué dans un trafic de cocaïne. Si le chanteur s’en tire (momentanément) le roadie en prend pour 75 ans !

Cet épisode signe la fin du groupe, avant d’épisodiques reformations. Gregg connaît alors son moment hollywoodien en épousant la chanteuse Cher, tout juste divorcée de Sonny Bono. Le couple va pendant 2 ans faire le bonheur de la presse people, entre chamailleries épiques et réconciliations. D’autres noces rocambolesques suivront. Le jour où il épouse Danielle Galliano, il aura même le chic de faire une overdose. Sa carrière connaît pourtant quelques retours en grâce dont atteste l’émouvant Slow Country Blues de 2011 produit par Don Was. Produit cette fois par Don Was, on annonce Southern Blood qui lui sortira à titre posthume.

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Colin Newman (Wire) : “Le punk fut une grande boîte avec peu de choses de valeur à l’intérieur”

Chanteur et guitariste des très influents Wire, auteur d’albums solo méconnus et passionnants, Colin Newman frotte depuis quarante ans la pop à l’avant-garde. Du rhythm and blues des Animals à la house music de A Guy Called Gerald, il jette un regard amusé sur son itinéraire musical.

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