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29 mai 2017

Pour affronter ”Dracula”, Le Balcon souffle la tempête

L’orchestre hors norme de Maxime Pascal se rit des codes du concert et chahute le répertoire. Cette jeune troupe turbulente, qui revisite le “Dracula” de Pierre Henry à l'Athénée de Paris, préfigure-t-elle l'avenir ?

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De Stormzy à The Black Madonna : impressionnante édition des Nuits Sonores

The Black Madonna aux Nuits Sonores à Lyon le jeudi 25 mai 2017 (© Marion Bornaz)

Notre expérience des Nuits Sonores ressemble en tout point à un labyrinthe des merveilles. Chaque virage débouchant sur un live fascinant, une belle découverte architecturale, à peu de déceptions près. Car outre son affection déclarée pour les musiques électroniques, Nuits Sonores est aussi un festival de défrichage urbain, qui n’aime rien tant que s’installer dans d’anciennes usines industrielles disséminées dans Lyon et ainsi participer à la re-dynamisation de la ville.

Mercredi soir, nous voici donc dans l’ex-usine FagorBrandt (VIIe arrondissement) liquidée en 2015 après un fiasco industriel retracé ici. Quatre halles de tailles variées idéales pour accueillir de la techno aussi noire que le goudron, brute que le béton. C’est pourtant la soirée hip-hop que l’on est venu couvrir. Et dont on retiendra surtout le live de Kekra, rappeur des Hauts-de-Seine caché derrière un masque de chirurgien, peu bavard mais adoubé sur Instagram par Booba. Soutenu par un mur de lights hyper outrancières, et un backeur radicalement efficace, caché derrière son masque, une capuche et des lunettes noires, Kekra défonce à peu près tout, évitant toujours le mash-up insipide comme le chauffage de salle ringard.

Autant d’écueils dans lesquels tombe la rappeuse de Birmingham Lady Leshurr, que l’on attendait avec impatience mais qui s’avère peu calée (trop stressée ?) préférant reprendre du Rihanna à toute allure que dérouler ses morceaux avec dextérité. Quant à Stormzy, notre espérance était certainement un peu trop grande, son Gang Signs & Prayer nous ayant soigneusement retourné le cerveau à sa sortie en janvier en replaçant le grime au cœur de l’industrie musicale. Le live est un peu pauvre et trop court (35 minutes à tout casser). Le public lyonnais semble quant à lui étranger à la notion de mosh-pit, danse violente popularisée par le punk, le hardcore et le metal pour faire court, consistant à former un cercle avant de tous se rentrer dedans joyeusement dans un énorme pogo frénétique auquel Stormzy invite, sans beaucoup de succès.

The Black Madonna débarquée d’Ibiza 

Nuits Sonores étant un festival d’une intelligence rare, la fête se prolonge ou se commence, c’est selon, dès le début d’après-midi sur l’impressionnant site de La Sucrière, dont le bâtiment des années 1930, une ex-usine de sucre, forme le pilier du quartier Confluence situé face à de verdoyantes collines, en bord de Saône. Pour fêter dignement ses quinze ans, le festival offre une carte blanche diurne à trois grandes figures de l’électronique actuelle : The Black Madonna, Nina Kraviz et Jon Hopkins.

Chargée de la programmation du jeudi, The Black Madonna a notamment invité ESG, groupe culte post-disco et new-wave, que l’on manquera malheureusement pour cause d’interview mais que l’on invite fortement à réécouter en cette période estivale :

Suit un dj-set de The Black Madonna, Américaine anti-Trump et fièrement féministe qui explose depuis quelques années après avoir galéré dans une Amérique peu encline à célébrer une femme DJ. Après avoir officié au Smart Bar de Chicago avec feu Franckie Knuckles, Marea Stamper – pour l’état civil – a immigré sa techno-house au XOYO, un club du quartier gentrifié de Shoreditch, à Londres. Perodyxé et les bras tatoués, The Black Madonna offre un set euphorique et positif, malgré le manque de sommeil imposé par une halte la veille à Ibiza et la chaleur caniculaire qui aide à faire tourner les têtes et lâcher les jambes.

Quelle énergie, The Queen of Chicago clôture, en beauté, 2h30 de B2B avec le duo OPTIMO à coup de Gospel ce week-end, aux Nuits Sonores! ???? THE BLACK MADONNA sera à Peacock le Samedi 8 Juillet ! #needtodance #thepeacocksociety #nuitssonores #theblackmadonna

Une publication partagée par The Peacock Society (@thepeacocksociety) le 29 Mai 2017 à 4h22 PDT

Chez Damier, légende de la house 

Baptisée “Le Circuit”, la soirée du jeudi se fait itinérante, et donc aussi foisonnante que bordélique. Premier stop au Marché Gare, où l’électro laisse la place au rock tendance compile Nuggets des Californiens The Molochs ainsi qu’au garage de Wand, malheureusement un peu assagi. Le détour vaut surtout pour la salle de concerts installée dans d’anciens bâtiments administratifs du Marché de Gros, dont les couloirs rappellent ces bonnes années du lycée se prêtent parfaitement au rock le plus énervé.

Second stop au tout nouveau club le Groom (Ier arrondissement) pour voir Chez Damier, l’une des discrètes légendes de la house qui ouvrit le Music Institute à Detroit dans les années 80 avant de fonder le label Prescription dans sa ville natale de Chicago. Bien nous en pris, ce fut l’un des meilleurs lives des Nuits Sonores. Dans le petit club situé en sous-sol, sous un plafond de ballons colorés s’éclairant en cascade, Anthony Pearson de son vrai nom offre un superbe dance-floor house, en t-shirt noir et avec une placidité déconcertante.

Han ???? #nuitssonores #ns2017

Une publication partagée par caroleboinet (@caroleboinet) le 25 Mai 2017 à 18h09 PDT

Le vendredi, tandis qu’un autre lieu, Subsistances, accueille le forum de réflexions sur la culture et l’Europe de demain European Fab, la Sucrière confie ses clés à la Sibérienne Nina Kraviz. Exit la house, Kraviz nous plonge dans une techno noire, froide, tranchante, violente qui surprend mais met une claque assez agréable alors que les cerveaux commençaient à fondre au soleil.

⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ Nina teaches Yoga classes now. Steamy hot bikram yoga. Who wants to sign up for the next session? ????????‍♂️ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀ ➕Artist: @ninakraviz ➰Location: @nuits_sonores (Lyon ????????) ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀.ılı..ılı..ılı. ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀For your videos to feature on our page: ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀#TaleOfClubs or TaleOfClubs@gmail.com ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀

Une publication partagée par Tale Of Clubs (@taleofclubs) le 27 Mai 2017 à 4h24 PDT

D’Omar Souleyman à Helena Hauff 

De retour aux usines FagorBrandt, la soirée du vendredi offre une belle diversité dans sa programmation. Seul bémol : tous les halls sont bondés et il s’avère difficile de se frayer un chemin pour entrapercevoir les sets. Comme celui du Syrien Omar Souleyman, propulsé star de la Dabkeh électrique (musique traditionnelle de mariages au Proche Orient) depuis sa signature en 2006 sur le label de diggers Sublime Frequencies (relire à ce propos notre article sur les diggers de vinyles).

Helena Hauff, elle, se retrouve en battle avec le vétéran lyonnais Umwelt, fondateur du label Rave or Die sur lequel elle est signée. La rencontre, acid-industrielle, est brûlante et violente comme de la tôle laissée en plein soleil mais l’on regrette de ne pas avoir eu l’occasion de revoir la Hambourgeoise exploser seule aux platines comme lors du festival Villette Sonique, qu’elle avait retourné en 2016 avec son premier album, le cinglant Discreet Desires.

Si Bambounou et François X livrent un B2B aussi classique qu’efficace, c’est King Ghazi qui nous offre une belle surprise. Soit la rencontre de Gilbert Cohen alias Gilb’R, patron du label Versatile (Joakim, Zombie Zombie…) et de Shadi Khries, percussionniste d’Acid Arab (signé sur ledit label). Pour les adeptes de fluidité électronique, de mariage entre musique traditionnelle arabe et électronique. Pour les autres, il y avait toujours les expérimentations du producteur londonien Floating Points, accessoirement chercheur en neurosciences, information qui pourrait expliquer la prise de tête de son live aussi soporifique qu’un cours de maths.

Quant à Marie Davidson, elle eut la malchance d’être programmée en face du grand Fatima Yahama, et de se retrouver à jouer dans un hall pratiquement vide. Dommage car la Québécoise livre un set décousu mais intéressant, mêlant techno sévère et synthwave (elle est la moitié du duo Essaie Pas, l’autre moitié étant son mari Pierre Guerineau). Sa voix fantomatique semble surgir du plus profond des eighties ou d’un monde parallèle, ses bras se saccadant dans les airs en une danse aussi folle qu’hypnotique.

Marie davidson ✌️#ns2017 #nuitssonores

Une publication partagée par caroleboinet (@caroleboinet) le 26 Mai 2017 à 14h09 PDT

L’envie de passer le week-end à Villette Sonique à Paris nous fait manquer la carte blanche au londonien Jon Hopkins, le set de Daniel Avery comme la house tendance chemise à fleurs des Américains géniaux Beautiful Swimmers que l’on vous conseille très fortement. Ce n’est que partie remise.

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Le planning familial américain défendu par The Lemon Twigs, Hinds, Cass McCombs et bien d’autres

Pochette de la compilation "Cover Your Ass Vol.1".

Face à la politique de Donald Trump, la musique contre-attaque. Des artistes se sont alliés pour sortir une compilation, dont l’intégralité des bénéfices seront reversés à l’organisation du planning familial des Etats-Unis, Planned Parenthood.

Parmi les participants, beaucoup de groupes et de musiciens indie comme (Sandy) G. Alex, Porches, Hinds et Speedy Ortiz On notera la présence du sensible américain Cass McCombs, qui interprète Yes We Can Can du trio Pointer Sisters (1974). L’extravagant duo The Lemon Twigs fait également partie du projet et y reprend un morceau de la chanteuse anglaise Dido, White Flag qui remonte à 2003.

La compilation Cover Your Ass Vol 1. est exclusivement constituée de reprises telles que la chanson Boys Keep Swinging de David Bowie, parue en 1979, Girl U Want de Devo datant de 1980 ou encore un classique de Public Ennemy, Fight The Power (1989).

Une réponse aux coupes financières du gouvernement Trump

Résolument anti-Trump, ce disque répond directement à la décision du président américain, prise le le 13 avril dernier, de couper les aides financières aux organisations qui pratiquent l’avortement, dont l’association Planned Parenthood. Bien souvent dans le viseur des Républicain cette ONG distribue des moyens de contraception sur le sol américain ainsi que dans le monde entier. Sans subventions venant de l’Etat Fédéral, elle se retrouve aujourd’hui durement menacée.

Découvrez la tracklist complète de Cover Your Ass Vol 1. :

1. Deerhoof – Fight the Power (Public Enemy cover)
2. Hinds – When It Comes To You (Dead Ghosts cover)
3. Cut Worms – Truly Julie’s Blues (Bob Lind cover)
4. The Lemon Twigs – White Flag (Dido cover)
5. Daddy Issues – Boys of Summer (Don Henley cover)
6. Speedy Ortiz – Young Liars (TV on the Radio cover)
7. Palehound – Miss Independent (Kelly Clarkson cover)
8. The Quilz – Girl U Want (DEVO cover)
9. Cass McCombs Band – Yes We Can Can (Pointer Sisters cover)
10. Porches – Morpha Too (Big Star cover)
11. (Sandy) Alex G – Druglord Landlord (Cold Foamers cover)
12. TEEN – Boys Keep Swinging (David Bowie cover)
13. Luke Temple – Duchess (Scott Walker cover)

La compilation est disponible sur Apple Music.

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James Murphy annonce en public l’achèvement du prochain album de LCD Soundsystem

Capture d'écran Youtube d'un live de LCD Soundsystem

Le leader de LCD Soundsystem a profité d’un show au Sasquatch! Festival le 26 mai dernier, dans l’Etat de Washington aux Etats-Unis, pour révéler que le nouveau disque du groupe était terminé. Une (double) belle surprise, puisqu’il n’était pas censé jouer au festival à l’origine : il a été booké en dernière minute, pour pallier à l’annulation de Frank Ocean “en raison de retard de la production indépendant de sa volonté.”

L’annonce de James Murphy a été reprise par un utilisateur de Reddit, selon qui il aurait ajouté, très satisfait de l’album en question : “J’ai le sentiment qu’on a tout déchiré avec celui-là“. L’un des représentants du Sasquatch!  Festival a ensuite confirmé que le chanteur avait bien tenu ces propos, selon Pitchfork.

“L’un des disques les plus agréables à faire de ma vie”

LCD Soundsystem a donc planché sur la suite de This is Happening (2010) depuis sa reformation en 2016. Son quatrième LP comprendra sans doute les singles Call the Police et American Dream, qui ont été dévoilés durant un live à Brooklyn, avant d’être rejoués lors d’un passage du groupe dans l’émission américaine Saturday Night Live.

Murphy avait accompagné leur sortie d’un post sur la page Facebook de son groupe, dans lequel il revenait sur le processus de création de l’album : “Ça a été l’un des disques les plus agréables à faire de ma vie, voire même le plus fun de tous (je pense pour sûr que je n’ai jamais été aussi heureux de faire un album).” Ni le nom du LP, ni sa date de sortie n’ont pas contre été divulgués à ce jour.

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15 ans après “The Seed”, le génie de la soul Cody Chesnutt revient avec un manifeste de l’amour

Crédit : Sheree R. Swann

Après 4 ans d’absence, le phénomène Cody ChesnuTT est de retour le 2 juin prochain avec My Love Divine Degree (en écoute en avant-première sur NPR), un album engagé dans son époque et répondant à ses nombreux maux par un message d’amour divin. Si ce génie de la soul se fait rare – 10 années s’écoulent entre son premier disque The Headphone Masterpiece (2003) et le second Landing On a Hundred (2012) – il sait soigner ses apparitions sur scène, comme en témoigne un de ses concerts mémorables à la Cigale en 2013.

Avec deux nominations aux MTV Awards notamment grâce au succès de The Seeds (repris peu après par The Roots) et à 48 ans, Cody a désormais troqué son célèbre casque bleu pour un chapeau Panama, mais reste bien notre “guerrier de l’amour”. Il nous reçoit dans un hôtel feutré du 9ème arrondissement de Paris pour évoquer ce troisième opus, sage compromis entre la mouvance lo-fi de The Headphone Masterpiece et l’orchestration (trop) bien léchée de Landing on a Hundred. Entre soul bricolée et soul classique, son cœur balance, mais le notre lui reste fidèle. Interview.

Vous avez publié 3 albums en 15 ans. Chacun semblant correspondre à une étape déterminante de votre vie ?

Cody Chesnutt : En tant qu’artiste, j’ai besoin de vivre ma vie, de me faire mes propres expériences pour que ça nourrisse mon processus de création. Je veux ressentir, sentir, écouter, à un niveau supérieur. Pour que ma musique résonne d’autant plus. Donc je prends mon temps et je m’assure que c’est vraiment cela que je veux partager. C’est très important que l’esprit y soit. Pas de précipitation. Que ça soit 3 ans ou 15 ans, si tu le vis profondément, ça aura sa propre valeur.

“Love a mother and her child and you make a better man
Taste the honey… count the cows – you in a better land”
MAKE A BETTER MAN

 Avec les années,  je deviens plus mature et un bien meilleur communicateur, une personne bien plus à l’écoute, ce qui me permet de transmettre de façon plus claire et évidente mes idées et de mon expérience de la vie. Dans tout mon travail, j’évoque cette condition humaine. Je parle de mon point de vue mais maintenant je crois savoir que nous vivons la même chose et que ça nous permet de nous connecter…

Ce disque évoque un “amour divin”. Est ce que les précédents étaient d’avantage passionnés ? 

Je pense que chacun de mes albums est passionné mais qu’il s’agit d’une évolution. Si vous écoutez les trois disques, on y voit une ligne conductrice, une présence spirituelle, et tout mon travail progresse… en étapes. On y retrouve les différentes âges de l’homme. Et ce troisième disque, va plus loin encore, avec une signification plus profonde.

My Love Divine Degree semble revenir aux expérimentations lo-fi de votre premier disque (enregistré sur un quatre pistes) ?

En effet, avec cet album, on a cherché une combinaison saine entre les deux précédents, The Headphone Masterpiece [enregistré sur un quatre pistes] et Landing on a hundred [réalisé par Patrice dans le très célèbre Royal Studios de Memphis] . En ce moment, il y a ce grand retour vers une musique plus organique. Pas seulement ce mouvement au niveau de notre alimentation [organic signifiant “bio” en anglais], mais aussi de nos choix de vie. C’est à dire revenir aux basics, à la source. Et l’album va dans ce sens là, cette esthétique plus terrestre. Je voulais être imprévisible.

La majorité du disque a été écrite et enregistré chez vous en Floride ?

Oui, la grande partie s’est faite à la maison. Mon studio est installé dans une grange, pas trop loin de notre maison dans la campagne en Floride. J’aime la tranquillité et le côté paisible de la campagne. Notre maison et le studio sont bien séparés. J’ai mon espace personnel. J’ai de l’espace, je peux créer quand je veux. J’y vais tous les matins en marchant. Ma fille vient souvent me rendre visite, elle adore y jouer de la batterie.

Vous avez quasiment joué tous les instrument sur cet album ?

J’aime expérimenter dans mon home studio, avec cette approche très organique, sans respecter une formule précise mais en s’amusant. D’ailleurs c’était la première fois que je me retrouvais seul avec tous les instruments autour de moi depuis le premier album. Le second album avait lui été enregistré avec un groupe complet. Pour ce troisième disque, j’avais envie de mélanger live et musique programmée. Je ne savais pas si tout allait bien se mélanger mais je voulais incorporer tous ces sons différents.

C’est dans une seconde phase de l’enregistrement, au studio de Raphael Saaadiq à L.A., que vous avez ajouté cette “musique programmée” ?

En effet, on a gardé les voix originales, les guitares et prise batteries enregistrées chez moi, et le producteur Anthony Khan y a superposé d’autres éléments, notamment les parties programmées, certains synthés et machines à rythmes.

Vous vous connaissiez depuis longtemps avec Raphael Saadiq ?

On se voyait de temps en temps et on avait un respect mutuel pour nos travaux respectifs. C’est un hôte génial. Il nous laissait accès à tout le matériel qu’on voulait et il se rendait disponible aussi. Il venait de temps en temps prêter une oreille, donner son avis, ou partager une idée ou une opinion. Et quand j’ai eu besoin d’un bassiste sur deux chansons, il l’a fait sans hésitation [Bullets in the Street And Blood et Have You Heard Anything From The Lord Today]

Vous qui avez cette casquette néo-soul, pourquoi avoir choisi le producteur et DJ Anthony Khan (dit “The Twilite Tone”) – qui a notamment co-écrit des chansons pour Kanye West ?

C’est un producteur et DJ très talentueux. Quand on s’est rencontré, le courant est toute suite passé. Il a apporté beaucoup de groove à l’album. En tant que DJ, il sait exactement ce qui fait bouger et danser les gens.

“It’s so sad to see a lost generation dying to its own rhythm”
SO SAD TO SEE

Dans cet album, vous évoquez tour à tour : le rôle du continent africain sur Africa the Future, la paix (Peace, side by side), la famille (Make a better man), mais aussi l’écologie (This green leaf), la violence urbaine (Bullet in the streets and blood)… et enfin le pouvoir de la musique (So sad to see et Shine on the mic ). Quel est le rôle de cette dernière selon toi ?

Aujourd’hui, la musique est très puissante. Ça peut changer toute une vie. Quand je dis “Lost” (perdu) c’est dans un sens artistique et créatif. Pour moi cette génération sort du chemin car elle en a perdu le but et l’essence même. Au lieu d’utiliser la musique de façon positive et productive, elle pénètre dans une sphère plus destructive et négative. 

“Anything can happen, when the music is good… “
[intro de l’album]

“Shine on the mic… hey give a lotta love”
SHINE ON THE MIC

Et il est temps maintenant pour tout ceux qui font de la musique, de l’utiliser pour le bien commun. Par ce que c’est un outil de communication tellement fort, et qui rassemble. Ça éduque et informe les gens. Beaucoup plus que certaines institutions éducatives. J’aimerais que ma génération et les suivantes comprennent le vrai pouvoir de la musique et ce qu’il est possible d’en faire.

Est-ce que vous vous verriez écrire pour d’autres ou produire des artistes ?

Pour ce qui est de l’écriture, je suis ouvert pour le faire mais c’est un peu compliqué car j’aime encourager les artistes à trouver leur propre voix, à exprimer ce qu’ils sont vraiment et qu’ils trouvent leur raison d’être. En ce qui concerne la production et les arrangements, j’aimerais définitivement le faire plus souvent.

L’album My Love Devine Degree sortira le 2 juin prochain chez One Little Indian / Polydor. Lien de pré-commande sur Apple Music. Ecoute en AVP chez NPR.

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