Actu musique

24 mai 2017

On y était : Stormzy a mis le feu au Trabendo

Capture d'écran Youtube de Stormzy dans son clip "Shut Up"

Bien lancé sur les traces de Skepta et Wiley, Stormzy s’est imposé comme l’un des nouveaux poids lourds du grime  après la sortie d’un premier album magistal. Cé’tait en février dernier, avec le très recommendable Gang Signs & Prayer. Autant dire qu’il était attendu au tournant par ses fans parisiens lors de son passage au Trabendo, le vendredi 19 mai.

Bangers & Prayers

Le concert est sold-out, et sur place la salle est remplie de jeunes arborant des looks streetwear lambdas ou recherchés, tous prêts à en découdre avec le jeune artiste de 23 piges. Après une mise en jambe efficace de Lethal Bizzle, les mecs les plus proches de la scène restent entassés sans pouvoir bouger d’un pouce, en attendant la venue de leur idole.

Trente minutes plus tard, Stormzy déboule sur scène avec un T-shirt #Merky, du nom du label qu’il a créé, et démarre en trombe (et en toute logique) avec First Things First, le premier track de son disque. Il dégaine sa première punchline, “I’m a rebel with a cause”, et passera le reste du show à le prouver : il est là pour mettre le feu.

Le public commence déjà à hurler, et le rappeur enchaîne avec le survolté Cold, qui achève de donner le ton. On s’en doutait à l’écoute du disque : les bangers qui le parsèment sont faits pour cartonner sur scène. Le concert alterne ensuite avec des morceaux plus softs, plus enlevés, qui jalonnent aussi l’album et dont on avait peur qu’ils cassent le rythme du live. C’est tout le contraire qui se passe : la salle est emballée, et on surprend même les  bonhommes les plus virils chantonner en dodelinant sur la mélodie de Cigarettes & Cush. De temps à autre, Stormzy pioche aussi parmi les singles qui lui ont permis de se faire connaître avant même la sortie de son premier disque, comme Know Me From ou Scary.

Entre chaque interprétation, il chauffe son public à bloc, qu’il appelle “my energy crew”, en l’invitant à hurler ou à se préparer pour la nouvelle claque qu’il s’apprête à lui balancer. Mais ses interludes sont systématiques et deviennent lassants à la longue, au point que le show paraisse trop bien préparé et perde un peu en naturel (dommage pour un as du freestyle). Vers la fin, on regarde le rappeur jouer les entertainers avec une seule hâte : qu’il déverse à nouveau son flow brutal, rapide et sec, articulé à l’extrême.

#Merci

C’est chose faite lorsqu’arrive Big For Your Boots, qui signe l’acmé du concert. Torse-poil, son buste large et luisant de sueur, l’artiste aux allures de colosse transcende la salle et ses centaines de kids entassés, qui semblent réunis en un seul corps, hurlant et sautant dans tous les sens.

Puis le live s’achève en beauté avec Shut Up, que le rappeur rebaptise pour l’occasion “Fire In Paris”, qui embrase une dernière fois la salle. L’interprétation terminée, l’arrière du Trabendo se vide, alors que l’artiste londonien s’attarde pour serrer les mains des jeunes au premier rang. Il longe la bordure de la scène dans toute sa longueur, accepte de figurer sur quelques selfies, et échange quelques mots avec ses fans… comme pour faire durer le plaisir. Une vraie tempête : Stormzy porte bien son nom.

Les Inrocks - Musique

Que s’est-il passé sur le tournage du clip de Booba et Lacrim ?

Pochette de "Force et Honneur" de Lacrim et capture d'écran Youtube du clip "OKLM" de Booba.

Fin de tournage forcée pour Booba et Lacrim, venus à Aulnay-Sous-Bois en Seine-Saint-Denis pour illustrer le morceau Oh Bah Oui, extrait du nouvel album de Lacrim, Force et Honneur. Les équipes vidéos se sont installés dans le quartier de la cité des Etangs, mais n’ont pas eu le temps de terminer leur travail en raison des caméras de sécurités qui ont filmé leur activité, avertissant les service de police. Selon Le Parisien, le tournage avait attiré 150 curieux, venus voir les deux rappeurs français. Certains d’entre-eux seraient apparemment monté sur le toit d’un centre commercial pour y tirer des fumigènes. Sur Youtube, des vidéos amateures donnent un aperçu de l’ambiance générale à Aulnay pendant le tournage.

Selon Le Parisien, qui cite une source policière, c’est la bac départementale qui est intervenue et qui aurait reçu des “projectiles” avant de répondre avec des grenades lacrymogènes. Une fois la foule dispersée, Lacrim, Booba et leurs caméras ont été obligés de rentrer et d’annuler la journée de tournage.

Une histoire qui se répète

Cet incident rappelle celui survenu dans la même ville il y a un mois de cela, en avril dernier. Le rappeur Fianso tentait de tourner un clip, lui aussi sans autorisation de la municipalité, avant d’être interrompu par les autorités, rappelle Le Figaro. 

Ni Booba, ni Lacrim, ni leurs labels ne sont exprimés à ce sujet depuis les événements. Quant à la sortie du clip, on ne sait si elle a été reportée, ou annulée. En attendant, vous pouvez écouter le titre ci-dessous ou l’album Force et Honneur de Lacrim paru en mars dernier.

Lacrim sera en tournée la France à partir du 27 septembre, et passera entre autes, à Rennes le 7 octobre, le 13 à Lille, le 18 à Paris et le 22 à Marseille.

Les Inrocks - Musique

La playlist idéale de Virginie Despentes

Virginie Despentes © Jean-François Paga

Cette semaine, l’écrivaine Virginie Despentes passait dans les locaux des InRocKuptibles pour discuter du nouveau numéro dont elle est la rédactrice en chef. En couverture du dernier magazine, en kiosque ce mercredi 24 mai, l’auteur sort le troisième volet de Vernon Subutex aux Editions Grasset. Avec la rédaction, elle a partagé ses idées et ses coups de cœur du moment. Pour les InRocKs, Virignie Despentes a sélectionné 12 morceaux pour établir une playlist étonnamment éclectique, de la foudroyante Kate Tempest à la romantique Lana Del Rey, en passant par des classiques comme Neil Young.

>> A lire, l’édito de Virginie Despentes : “J’adore la presse écrite”

Kate Tempest – Ketamine For Breakfast

Kate Tempest – Europe Is Lost

Beth Ditto – Fire

Mary J. Blidge – Glow Up

Timber Timbre – Sewer Blues

Paolo Nutini – Iron Sky

Bruno Mars – 24K Magic

Erykam Badu – Phone Down

Missy Eliott – I’m Better

The Rolling Stones – Just Your Fool

Neil Young – Can’t Stop Working

Lana Del Rey – Love

Kendrick Lamar – Humble

Le dernier numéro des InRocKuptibles du 24 au 30 mai, est disponible en kiosque ou sur Internet.

Les Inrocks - Musique

Il était une fois le “Summer of Love” de 1967

“Monterey Pop” Official Trailer/Capture d'écran YouTube)

De toutes les compagnies aériennes, c’est à celle-ci que revient à la fin des années 1960 la palme des passagers les plus béats. En juin 1967, Eric Burdon étrenne une chanson qui, deux mois plus tard, concourra sous forme de single à ringardiser la Pan Am ou Air France. Tirant un trait sur ces vénérables entreprises, San Franciscan Nights suggère d’avoir recours aux services d’une nouvelle venue sur le marché du transport aérien, Trans Love Airways, pour, toutes affaires cessantes, s’offrir un vol vers une ville où “les murs bougent et les esprits aussi”.

Que l’amour puisse donner des ailes – y compris à de lourdes carlingues d’acier –, l’idée n’est pas nouvelle. Dès le mois d’août précédent, Donovan vantait dans l’un des titres de l’album Sunshine Superman les mérites d’un modèle de ponctualité aéroportée :“Fly Trans-Love Airways, gets you there on time.” Mais c’est grâce au triomphe d’une paire de hits estivaux – le San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) de Scott McKenzie et le San Franciscan Nights des Animals – qu’une génération d’ados va fendre les airs en direction de la capitale mondiale des bons et beaux sentiments.

Les prémices dès 1965

Dès 1965, la jeunesse des campus s’insurge contre la guerre du Vietnam. En novembre de cette année, Allen Ginsberg théorise dans Demonstration or Spectacle As Example, As Communication or How to Make a March/Spectacle la capacité des fleurs à désamorcer la violence. Le 14 janvier 1967, ce même Ginsberg participe à un rassemblement destiné à fédérer les tribus contestataires de San Francisco : lors du Human Be-In, les vétérans de la scène beat de North Beach fraternisent dans le Golden Gate Park avec les activistes de Berkeley et les hippies établis dans le quartier voisin de Haight-Ashbury.

A l’affiche, les plus intrépides aérostiers de l’acid rock – Country Joe & the Fish, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Big Brother & The Holding Company, Quicksilver Messenger Service – et tous les poètes désireux de “palabrer, célébrer et prophétiser l’ère de la libération, de l’amour, de la paix, de la compassion et de l’unité du genre humain”. Vaste programme, dont la conjonction d’un cadre verdoyant, d’un soleil quasi printanier et de la consommation généralisée de substances psychotropes assure le succès.

Invité au micro, l’apôtre du LSD Timothy Leary énonce un précepte qui va faire recette : “Turn on, tune in, drop out”. Se brancher, capter la bonne fréquence et larguer les amarres, les 20 000 participants au Be-In y sont tous disposés. Cette fréquence magique, c’est sur les ondes FM qu’on la trouve. En diffusant les premiers albums de Country Joe & the Fish et du Jefferson Airplane de Grace Slick – Electric Music for the Mind and Body et Surrealistic Pillow –, les DJ de la Bay Area popularisent le psychédélisme dans sa forme la plus avenante et aventureuse. Six cents kilomètres plus au sud, les producteurs tendent l’oreille.

La crème de la crème

Aux yeux des musiciens de San Francisco, Los Angeles a toujours fait figure de “plastic city”. C’est pourtant dans cette capitale de l’artificialité que s’organise l’événement phare du Summer of Love. Du 16 au 18 juin, le Monterey Pop Festival attire dans un charmant port de pêche (otaries et loutres de mer y ont leurs habitudes) plusieurs dizaines de milliers d’amateurs de bonnes vibrations, lesquelles sont dispensées par la fine fleur du rock sixties. Du folk, de la soul et du sitar aussi, Simon & Garfunkel, Otis Redding et Ravi Shankar étant de la fête.

Jimmy Hendrix (Monterey Pop Official Trailer/Capture d’écran YouTube)

Qu’ils viennent d’Angleterre (les Animals et les Who), de la planète Mars (le Jimi Hendrix Experience), de Los Angeles (les Association, les Byrds et les Mama’s & The Papa’s, dont le leader John Phillips a en grande partie coordonné l’entreprise) ou de San Francisco (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Country Joe & the Fish, Big Brother & the Holding Company, Moby Grape, Steve Miller Band et Quicksilver Messenger Service), les groupes se succédant sur la scène du festival ont pour la plupart conscience de faire l’histoire. Et, miracle de l’émulation, s’élèvent à la hauteur de l’enjeu : en offrant au Ball and Chain de Big Mama Thornton un séjour au royaume des spoutniks, Janis Joplin élargit au cosmos le domaine du blues.

150 000 orchidées

Rien n’a été laissé au hasard. Importées de Hawaii, 150 000 orchidées fleurissent la scène et les chaises des spectateurs ; au bout de deux jours, elles décorent également les casques et les guidons de motos des policiers comme des Hell’s Angels. Quand, au terme de sets pyromanes, les Who et Jimi Hendrix fracassent leurs guitares devant les caméras du documentariste D.A. Pennebaker, c’est à un monde ancien qu’ils entendent porter le coup de grâce. Euphorie collective aidant, le chanteur des Byrds peut paraphraser au micro une déclaration de Paul McCartney – “Si on faisait prendre du LSD aux hommes politiques, la paix aurait enfin une chance de régner sur le monde” – sans trop faire ricaner les bataillons de journalistes conviés à couvrir le festival.

Pourtant, même en Californie, la colombe a du plomb dans l’aile. A San Francisco, le manager de Grateful Dead, Rock Scully, dénonce une braderie de l’éthique communautaire : “De toutes les arnaques et de toutes les formes d’exploitation et d’opportunisme, le festival de Monterey est ce qui se fait de plus infâme.” D’autres (au premier rang desquels figure le collectif anarchisant des Diggers) décident d’épargner au ridicule le soin d’achever l’utopie ; le 6 octobre, ils organisent sur Haight-Ashbury un défilé baptisé Death of Hippie.

Les bad trips se multiplient

L’avis d’obsèques mettra un temps fou à parvenir à destination : quand une floraison de drug songs – White Rabbit, Purple Haze, Hole in My Shoe, My Friend Jack et Here Come the Nice, respectivement signés Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, Traffic, The Smoke et Small Faces – fait planer les transistors, nul retour sur terre n’est à l’ordre du jour. Tandis que les bad trips se multiplient dans le Golden Gate Park envahi de junkies, des pros du songwriting marient psychédélisme et bubblegum.

Enregistré par des musiciens de studio, le Let’s Go to San Francisco des Flower Pot Men prolonge l’été anglais jusqu’à la fin de l’automne. A New York, la comédie musicale Hair promet en octobre qu’à l’ère du Verseau “la paix guidera les planètes et l’amour dirigera les étoiles”. Le même mois, à Paris, Johnny Hallyday court les plateaux de télévision déguisé en hippie de San Francisco. L’année suivante, il y deviendra le gangster Clyde Barrow, roi du hold-up et de la mitraillette.

A retrouver dans le hors-série “1967, psychédélisme et contestation”

Les Inrocks - Musique

L’art et le rock réconciliés à Saint-Brieuc

The Kills, sur la Grande Scène d'Art Rock, vendredi 2 juin, à 23h

Si l’art et le rock ont toujours fait bon ménage, d’Andy Wahrol à Doug Aitken, de Christian Marclay à Xavier Veilhan…, les festivals de rock et les musées, galeries ou biennales restent le plus souvent attachés à leurs espaces propres, claquemurés derrière leurs barrières identitaires. Qu’il soit musical ou artistique, un événement festif s’attache à maintenir fermées ses frontières, comme si la porosité des champs disciplinaires n’avait pas lieu d’être. C’est précisément à rebours de cette tradition séparatiste que le festival Art Rock, créé il y a 34 ans à Saint-Brieuc par Jean-Michel Boinet, défend la possibilité d’élargir sa curiosité au champ de la création artistique.

Si le principe des cartes blanches confiées à des créateurs (Olivier Assayas, invitant par exemple Sonic Youth,  pour un concert marquant les annales du festival…) a longtemps été de mise, Jean-Michel Boinet a décidé depuis quelques années de se concentrer sur une thématique précise. Après la mode, les robots ou la peinture, les éléments naturels -feu, eau, terre, air – sans oublier un cinquième – le pixel, vieux tropisme d’Art Rock qui depuis ses débuts s’intéresse aux arts numériques – ont été mis au centre de la programmation. De Bill Viola, avec sa magistrale installation vidéo “Three Women“ – où l’eau est le symbole d’un passage entre deux mondes, celui des vivants et de l’au-delà – aux arches en parpaings de Vincent Ganivet, de l’installation de l’artiste allemand Julius Popp, “Bitt.Fall“ – un rideau d’eau qui donne naissance à une cascade de mots – à la pièce du Canadien Don Ritter, “Wet“, des photographies de l’Américaine Lynn Davis – des glaciers en formes de sculptures architecturales – aux grandes sculptures de l’Allemand Nils Völker, toutes les œuvres exposées s’attachent à déconstruire le système des éléments naturels pour lui conférer une sorte de magie surnaturelle.

Bill Viola, Three Women

Cette nouvelle édition 2017, “Fantastic elements“, confirme ainsi cette volonté d’associer, dans un même espace-temps, le plaisir de l’écoute musicale et la joie de la vision de l’art. Dégagés de tout esprit hiérarchique entre pratiques artistiques, curieux tout autant des prestations scéniques des groupes de rock les plus stimulants du moment que des installations et vidéos d’artistes plasticiens, les programmateurs d’Art Rock défendent cette idée d’une attraction commune. On peut évidemment supposer que la majorité des festivaliers viendront à Saint-Brieuc pour voir d’abord La Femme, Metronomy, The Kills, Cassius, Julien Doré, Archive, Jagwar Ma, Cléa Vincent, Parcels ou Bretrand Belin ; pour autant, le pari fait par Jean-Michel Boinet et sa fille, Alice, directrice artistique du festival, repose sur l’hypothèse d’une aspiration réciproque et d’une contamination de l’un par l’autre. “On ne sépare les genres“, s’explique Alice Boinet ; “on construit la programmation en partant de l’idée que Bill Viola et Julien Doré valent autant l’un que l’autre ; on ne sépare pas les genres ; on essaie de créer des rencontres, de mélanger les artistes et le public, d’ouvrir chacun à des horizons inédits“.

Naive New Beaters, vendredi 2 juin, Grande Scène à 18h30

C’est cette dualité, devenant fusion, qui fait le prix, sans égal, de ce festival, dont l’échelle humaine (tout se passe en centre-ville) crée la possibilité d’une curiosité élargie. D’une scène à un théâtre, de la rue au musée, tous les gestes se mêlent, sans s’annuler. “C’est vrai qu’une part du public ne va jamais voir d’expositions“ souligne Alice Boinet ; “mais, à cette occasion, il s’ouvre précisément à l’art, mais aussi aux spectacles de rues, comme cette année avec “l’installation de feu de la compagnie Carabosse qui proposera au Parc des Promenades une création de feu, mais aussi au spectacle vivant, avec Pixel de la compagnie Käfig au Grand Théâtre, une œuvre vertigineuse du pionnier du hip hop Mourad Merzouki“.

Vincent Ganivet, C3

Pendant que l’artiste Xavier Veilhan, installé à la Biennale de Venise, invite jour après jour des groupes de rock à venir jouer dans son studio idoine, le festival Art Rock invite jusqu’au 11 juin, de manière quasi symétrique, des artistes plasticiens dans l’antre de la musique live. Une célébration heureuse et audacieuse de deux mondes que rien ne sépare plus que l’indifférence paresseuse.

Jean-Marie Durand

Art Rock, “Fantastic Elements“, 34ème édition, 2/3/4 juin à Saint-Brieuc

Les Inrocks - Musique

U2 interprète “I Still Haven't Found What I'm Looking For” chez Kimmel...

La formation rock irlandaise U2 a également abordé la tragique attaque de Manchester, déclarant, "Ils détestent la musique ; Ils détestent les femmes. Ils détestent même les petites filles."

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par BEN KAYE

Nos 4 caddies sont au beau milieu de leur tournée colossale Joshua Tree 30th anniversary. Ce qui ne les a nullement empêchés de mettre à profit quelques petits jours de repos (entre leur 2nd concert de Los Angeles et celui de ce soir à Houston) pour passer une tête sur le plateau de l'ami Jimmy Kimmel à Hollywood pour leur seuel apparition en direct à la télévision américaine pour promouvoir cette tournée épique.

Malheureusement, cette participation n'a pas été teinté de nostalgie et de rires de fin de soirée. Dublin était la maison de nos diables d'Irlandais, à une heure à vol d'oiseau de Manchester, de l'autre côté de la mer d'Irlande, en Angleterre, Kimmel n'a pas eu d'autre choix que de leur demander ce qu'ils pensaient de la récente attaque terroriste à l'Arena de Manchester. Et Bono de rétorquer : “Ils détestent la musique, les femmes et même les petites filles. Ils haïssent tout ce que nous aimons. Et, le pire de l'humanité nous a été exposé à Manchester, hier soir. Mais, il en a été de même pour le meilleur quand on voit que les gens ont pris chez eux de parfaits inconnus et ont fait la queue pour donner leur sang. Manchester a un esprit indéfectible, ça je peux vous l'assurer.”

Vers la fin de cette interview, alors que le groupe discutait des visuels mythiques du Joshua Tree, une ligne est soudainement apparue et le groupe s'est lancé dans une interprétation impromptu de “I Still Haven't Found What I'm Looking For”.

“Nous voulons vous jouer un titre gospel dès à présent avec un esprit tourmenté”, d'expliquer Bono en présentant ce morceau qui s'est fait avec un chœur au beau milieu du public.

Si ça ce n'est pas de la musique qui apaise, (NDLT : guérit), je me demande bien ce que ça peut être d'autre !

Voir en ligne : Conséquence of sound

U2 France

L’ambitieux projet de Yann Tiersen sur l’île de Ouessant

Yann Tiersen habite Ouessant depuis 4 ans maintenant. (Capture d'écran du clip "Porz Goret"/ Youtube.)

Yann Tiersen se lance dans un projet inédit sur l’île de Ouessant en Bretagne, qu’il habite depuis quatre ans. Le musicien envisage de créer un lieu uniquement consacré à la musique, à l’enregistrement et au spectacle, rapporte Le Télégramme. Le quotidien breton a rencontré l’artiste pour en apprendre un peu plus sur ce nouvel espace culturel.

L’Eskal

Il naîtra entre les murs de l’ancienne discothèque de l’île, L’Escale, fondée en 1965 et restée inactives depuis 1995. Yann Tiersen a racheté le bâtiment sur Le Bon Coin et l’a renommé L’Eskal. Il souhaite le transformer en salle de spectacle pouvant accueillir 200 personnes et y installer trois studios d’enregistrements.

“Initialement, je voulais aménager mon propre studio sur l’île,” raconte-il au Télégramme. “Ensuite, je me suis dit qu’on pourrait recevoir des groupes en résidence. Des formations en devenir qu’on peut accompagner.”

Aussi passionnant soit-il, le projet est loin de voir le jour. Les travaux ont commencé depuis peu et leur achèvement est annoncé pour l’hiver, espère Émilie Quinquis la femme de Yann Tiersen. Elle rappelle au Télégramme que c’est dans ce club qu’ils avaient fêté leur mariage il y a plusieurs années.

Les Inrocks - Musique

Les attaques nauséabondes de Morrissey au lendemain de l’attentat de Manchester…

Capture d'écran Youtube.

Le chanteur des Smiths a pris la parole sur le dramatique événement survenu en Angleterre, lors du concert d’Ariana Grande à la Manchester Arena lundi 22 mai. L’attentat suicide à la bombe revendiqué par Etat Islamique a fait au moins 22 morts et plus de 50 blessés dont plusieurs enfants et ados venus admirer l’idole de la pop. En réaction à cette tragédie, Morrissey a écrit une lettre ouverte partagée sur Facebook afin de dénoncer le crime tout en pointant du doigt certains responsables politiques, dont l’impopulaire Première Ministre du Royaume-Uni, Theresa May.

“Theresa May vit dans une bulle blindée”

Il commence son texte en déplorant l’attaque survenue la veille de ses 58 ans : “la colère est monumentale” déclare-t-il avant de se demander : “Pour quelle raison tout ceci ne s’arrêtera jamais ?”

Il enchaîne immédiatement avec une attaque contre la cheffe du parti conservateur qui a succédé à David Cameron en juillet 2016 :

“Theresa May déclare qu’une telle attaque “ne nous brisera pas”, mais elle vit sa propre vie dans une bulle blindée, et n’a évidemment pas besoin d’identifier des jeunes personnes à la morgue de Manchester aujourd’hui. Quand elle dit “ne nous brisera pas”, cela signifie que cette tragédie ne la brisera pas elle, et sa politique d’immigration. Les jeunes gens de Manchester sont déjà brisés – merci, Theresa.”

Des allusions nauséabondes…

Après la dirigeante du Royaume-Uni, l’artiste et icône de Manchester s’en est pris au maire de Londres, Sadiq Khan en fonction depuis 2016 et qui a fait part du soutien des Londoniens au lendemain de l’attentat. Il lui reproche de ne pas avoir condamné les actes de Etat Islamique, bien que l’attentat ait été revendiqué par l’organisation terroriste. Cette dénonciation de Morrissey peut résonner comme une sordide théorie du complot, quand on sait que Sadiq Khan est le premier maire musulman de Londres.

“Sadiq Khan dit que Londres est uni avec Manchester mais il ne condamne pas l’Etat Islamique.”

De là, il ne s’arrête plus. Morrissey finit par casser du sucre sur le dos de la Reine Elizabeth, qui aurait dû, selon lui, annuler une fête organisée dans les jardins de Buckingham : “La Reine reçoit des éloges ridicules pour ses mots “si forts” contre l’attaque mais elle n’annule pas la garden party prévue dans les jardins de Buckingham Palace aujourd’hui. Aucune critique sur ce point n’est autorisée dans la Grande-Bretagne de la liberté de la presse.”

Il également critiqué le maire de la métropole de Manchester, Andy Burnham, qui semble ne pas aller assez loin dans ses mots au goût de Morrissey :

“Andy Burnham affirme que l’attaque a été perpétrée par un extrémiste. Un extrémiste de quoi ? Un lapin extrémiste ? Aujourd’hui en Grande-Bretagne, tout le monde semble pétrifié à l’idée d’exprimer en public tout ce que l’on dit en privé. “

Aussitôt publiée, la déclaration de l’ex chanteur des Smiths a été critiquée sur les réseaux sociaux et dans les médias britanniques. Des journaux comme The Guardian l’ont recadré en rappelant qu’en Grande-Bretagne les élus peuvent aussi être tués lâchement. En juin dernier, Jo Cox, députée du parti travailliste du pays et pro-européenne, était froidement assassinée en pleine campagne sur le référendum du Brexit.

Vous pouvez lire en anglais la lettre intégrale de Morrissey ci-dessous : 

Celebrating my birthday in Manchester as news of the Manchester Arena bomb broke. The anger is monumental. For what…

Posted by Morrissey Official on Tuesday, May 23, 2017

Les Inrocks - Musique

U2 perform “I Still Haven't Found What I'm Looking For” on Kimmel...

The band also addresses the tragic attack in Manchester, saying, "They hate music. They hate women. They even hate little girls."

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BY BEN KAYE

U2 are in the midst of their massive Joshua Tree 30th anniversary tour. With a couple days off between their recent Los Angeles gig and Wednesday night's performance in Houston, the iconic band stopped by Jimmy Kimmel Live! for their only US television appearance supporting the tour.

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View online : Conséquence of sound

U2 France

“Ipséité”, du rappeur Damso : un examen de conscience sans filtre qui fait mouche

Adoubé par Booba, le rappeur installé à Bruxelles confirme l'essai avec son deuxième album aux paroles crues.

Télérama.fr - Musiques

Nick Cave s’invite sur la B.O. du film “War Machine”

Capture d'écran Youtube.

L’acteur américain Brad Pitt est à l’affiche d’un nouveau long-métrage War Machine qui sortira sur Netflix le 26 mai prochain, réalisé par un certain David Michôd.

L’histoire se déroule à notre époque, au sein d’un escadron militaire américain qui part faire la guerre en Afghanistan. Pour illustrer les péripéties satiriques du général Glen McMahon (incarné par Brad Pitt) et ses soldats, Nick Cave et Warren Ellis ont été sollicités pour composer la bande-originale. Aujourd’hui, mardi 3 mai, un premier aperçu a été partagé sur Soundcloud : il s’agit d’une chanson également baptisée War Machine.

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Le site Stereogum a publié la tracklist de l’ensemble de la B.O., sur laquelle apparaît aussi le compositeur allemand Hans-Joachim Roedelius, figure du kautrock et cofondateur du groupe d’électronique Cluster en 1971 et d’Harmonia, que Brian Eno a rejoint entre 1975 et 1976.

Nick Cave et Warren Ellis ont commenté leur composition dans un communiqué, relayé par Pitchfork, où ils décrivent le morceau comme à la fois “sombre et plein d’espoir”.

Découvrez la bande-annonce de War Machine attendu sur Netflix le 26 juin 2017  :

Les Inrocks - Musique

Future balance le remix dingue de “Mask Off” en feat avec Kendrick Lamar

Pochette du remix de "Mask Off de Future.

Quand deux artistes aussi talentueux que Future et Kendrick Lamar décident de travailler ensemble, ça ne peut produire que des étincelles. Avec le remix de Mask Off, extrait de l’album éponyme Future paru en février 2017, le duo revisite le titre pour en faire une nouvelle version. Le sample est le même : il s’agit de la chanson Prison Song de Tommy Butler datant de 1976. La différence ici : Kendrick Lamar qui y pose un couplet de sa voix et son flow reconnaissable d’entre tous. Jugez plutôt :

Les deux rappeurs n’ont pas chômé cette année : Future a sorti pas moins de deux disques en deux semaines qui ont rencontré autant de succès l’un que l’autre. Quant à Kendrick Lamar, il a confirmé son retour deux ans après son dernier album avec DAMN. consacré triple disque de platine en seulement trois semaines après sa sortie en avril dernier.

Ecoutez la version originale de Mask Off ci-dessous :

Les Inrocks - Musique

End of chapter

Depuis sa création en 2009, le petit label Les Acteurs de l'ombre sonde l'obscurité pour dégoter des perles black metal. En produisant des groupes de haute qualité comme The Great Old Ones (passé chez Season of mist l'année dernière), DELUGE, Regarde les hommes tomber ou Moonreich, il s'est affirmé en explorateur averti d'une scène française effervescente. Une position confirmée par la sortie de deux albums post-black metal à ne pas manquer. Le premier, End of chapter (1) , des Lituaniens d'Au-Dessus, se révèle des plus enthousiasmants. La base est clairement black (le titre VII est d'une noirceur absolue), mais se mâtine de sludge, de moments atmosphériques ou d'une énergie parfois hardcore. Les gars d'Au-Dessus semblent avoir mille idées à la minute, et ne s'interdisent rien, dans ce disque hétéroclite, gorgé de riffs accrocheurs et de rythmes obsédants. Leur univers pesant, traversé par la menace et le malaise, excelle pourtant dans les envolées, quand les guitares et les cris éperdus décollent, et libèrent la tornade émotionnelle essentielle à tout bon post-metal.

Time Lurker (2) , projet solo français, est beaucoup plus atmosphérique. Mick, son mystérieux créateur strasbourgeois, est un peintre qui donne corps aux ténèbres. Dans ce black metal marécageux, les paroles sont indiscernables : peu importe, les cris inhumains des vocalistes finissent par se fondre aux instruments pour étayer leur partition tragique. Grâce à sa polyphonie cauchemardesque (quels êtres font jaillir ces chants démoniaques dans Judgment et Whispering from space ?) et sa puissance picturale, Time Lurker brosse une toile mentale épique dans le plus sombre des camaïeux. Un déluge d'images à encaisser les yeux fermés. — Marie-Hélène Soenen

(1) 1 CD Les Acteurs de l'ombre 4F.

(2) 1 CD Les Acteurs de l'ombre 3F.

Télérama.fr - Disques

L'Enfant prodigue. L'Enfant et les sortilèges

Luxueuse pour Claude Debussy (1862-1918), paradisiaque chez Maurice Ravel (1875-1937), la distribution vocale justifie à elle seule l'acquisition de ce double album, enregistré live en avril 2016 à l'Auditorium de Radio France. Avec, d'abord, une cantate de jeunesse peu connue, L'Enfant prodigue, qui valut à Debussy le prix de Rome en 1884. Mais si l'interprétation qu'en donnent Karina Gauvin, Roberto Alagna et Jean-François Lapointe en fait plus qu'une curiosité bien tournée, c'est surtout L'Enfant et les sortilèges qui enchante.

Conçue par un compositeur parvenu au sommet de son art, sur un livret écrit par Colette, cette « fantaisie lyrique » fut créée en 1925, et maintes fois jouée et enregistrée. Elle est ici bien servie par les formations (l'Orchestre philharmonique, le Choeur et la Maîtrise) de Radio France, dirigées par un Mikko Franck soucieux de rendre les détails et la subtilité de l'orchestration, comme de valoriser les interventions solistes et chorales (« c'est le chant qui domine ici. L'orchestre, sans faire fi de la virtuosité instrumentale, reste au second plan », notait Ravel (1) ). Jouant du mélange des styles (avec des emprunts au jazz, à l'opérette américaine, au folklore populaire), l'orchestre s'y fait créateur d'images et d'atmosphères. On se régale de l'Enfant frondeur de Chloé Briot, du Fauteuil de Nicolas Courjal, du Feu pétulant et de la Princesse de Sabine Devieilhe, de la Chauve-souris de Jodie Devos… Impossible de les citer tous, et c'est bien injuste, tant leurs prestations se rejoignent dans une même excellence. — Sophie Bourdais

(1) Dans Ecrits et propos sur la musique et les musiciens, coll. Bibliothèque Ombres, éd. Ombres.

| 2 CD Erato.

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Ascensions

Il y a quatre ans, son album s'appelait Drones personnels. Celui-ci aurait pu porter le même titre. C'est un objet volant, et même planant, pas vraiment identifiable, assez expérimental et très personnel. Une sorte de chant funèbre porté par le piano, une marche lente sur les traces de celles et ceux qui sont tombés sur le front de l'intolérance, de ceux qui hélas l'entretiennent, de ceux qui ont le cran d'y résister. Un disque post-traumatique, post-13 novembre, qui célèbre la vie en dépit de ses noirceurs. Il est nourri de free jazz — avec la participation d'Archie Shepp —, sans concession. De la part de Babx, on ne s'en étonnera pas. En rompant avec l'industrie du disque pour produire lui-même ses projets, anti-commerciaux à souhait, il nous avait alors prévenus : « Plus de compromis : quitte à être super chiant, je veux aller au bout de ce que j'aime. Je ne suis pas un entertainer. » Pari réussi. Quand il adresse une plainte lancinante à l'un des assassins du Bataclan (Le Déserteur), il lui redonne une humanité. Et quand il fait chanter quelques mots d'une vieille rengaine française à un jeune réfugié soudanais (Tango), il célèbre l'accueil de la plus jolie des manières. — Valérie Lehoux

| 1 CD Bisonbison/L'Autre Distribution.

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Let's Bash

L'ambition de Jowee Omicil, jeune souffleur multi-instrumentiste d'origine haïtienne né à Montréal et ayant vécu à New York, est de restituer au jazz sa vocation de musique populaire. Let's bash, son troisième disque et le premier à bénéficier d'une bonne distribution, fait un pas encourageant dans cette direction. Le jazz d'Omicil est un cocktail convaincant de groove, de soul, de souvenirs créoles, de musique d'église. Plaçant la mélodie au premier plan, créant des atmosphères chaleureuses, il donne envie de bouger. Avec des acolytes qui sont des militants du groove, il propose douze compositions propres à animer un bal euphorique. La plupart du temps, Omicil joue du saxophone, soprano, alto ou ténor, mais il a aussi un joli son à la clarinette et à la trompette. Il est le seul soliste du disque, ou presque, et ce n'est pas par là qu'il brille — bien que sa maîtrise de l'espace donne des espoirs pour la suite —, mais par sa façon de bâtir des ambiances avec des couleurs, des parfums, des lumières. D'où le sentiment d'accomplir un périple dans des contrées où la musique vous embrasse fraternellement. Il salue au passage Miles Davis, Wayne Shorter, Ornette Coleman, Jay Z, prouvant que sa culture jazz est vivante et subtile. Il a su insuffler à ses musiciens en studio, surtout rythmiciens, un esprit festif, et aussi une discrète mélancolie. Let's bash est une invitation à danser amoureusement. — Michel Contat

| 1 CD Jazz Village/Harmonia Mundi.

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Mako

La grande famille métissée de l'afrobeat compte un nouveau membre en Rhône-Alpes, où le Togolais Peter Solo avait recruté les musiciens lyonnais de son excitant Vaudou Game. Les frères Black, eux, sont des petits Blancs de la Drôme, tout aussi fondus du funk vintage d'Afrique de l'Ouest. Avec leur King Tao Orchestra, ils ont mis en place une machine fringante, faite de rythmiques ultra syncopées, qui articulent cuivres toniques et claviers joyeusement seventies, et de punch-lines mélodiques. Wake up, Alep, Unity, Pacific Revolution, enchaînent les deux chanteurs préposés à l'éveil des consciences autrefois cher à Fela, sans la rage du Black President, mais non sans verve. L'une, française, Sophie Charbit, a un petit accent qui n'est pas sans rappeler l'hybride pidgin nigérian. L'autre, le Franco-Béninois Joe Pilgrim, vient du dub (dernièrement avec The Ligerians) et sa voix joue de beaux effets soul, voire reggae sur Tambourine. Ici et là, des phrasés de saxo new orleans et des réverbérations suaves viennent pimenter le son clair. Le tout invite moins à la transe qu'à la fête, mais le groove n'en est pas moins efficace. — Anne Berthod

| 1 CD King Tao/Inouïe Distribution.

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Ipséité

A la première écoute, on est écartelé entre deux sentiments ; touché par l'ample voix de gorge, mâle et triste, parcimonieusement humidifiée par les effets correcteurs de l'Auto-Tune, et choqué par l'enfilade de scènes de sexe explicites, les mots crus débités comme des uppercuts. Mais passé ce choc, sur fond de musique douce, avec piano pop en mode mineur et emprunts à l'électro, reste une évidence : de la tristesse ou de la pornographie, on retiendra la tristesse, de belles figures de style, des ambiances inédites et une intensité dramatique à laquelle le rap francophone ne nous avait guère habitués.

« Un jour je suis congolais, un jour je suis zaïrois », chante William Kalubi, alias Damso, sur Kiétu — comprendre « Qui es-tu ? ». Né il y a vingt-cinq ans à Kinshasa, il a quitté enfant son pays en proie à la guerre civile pour s'établir avec sa famille à Bruxelles. « Africain sans gouvernement, sale nègre dans la grande ville », il construit ses chansons coups-de-poing autour du même thème : les autres et moi. A qui faire confiance ? Comment se comporter ? A l'ego-trip, il préfère l'examen de conscience, sans fard et sans filtre, et fait mouche. Comme dans Une âme pour deux (+ 18), qui clôture l'album, où il est un moraliste à sa façon, anxieux et dérangeant : cette prostituée qu'il baise salement, après avoir cassé la gueule à son souteneur, pourrait… être sa mère. — Erwan Perron

| 1 CD Universal.

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