Actu musique

21 mai 2017

The Great Escape, suite et fin

(© Capture d'écran Youtube)

On dit souvent que les groupes français jouant en Angleterre ne concernent que la diaspora française. C’est particulièrement faux au Great Escape où, à l’heure du petit déjeuner des festivaliers (12:45), Las Aves fait salle comble, excitée, jeune et principalement britannique. Il faut dire que le rock puissant, dopé à l’électro des Français a été adoubé par des sites et blogs influents du Royaume-Uni, surexcités par cette collision de chansons tendres et de mécaniques dures. Un peu comme une version largement modernisée de Garbage, qui était déjà en soi une version modernisée de Blondie. Soit de la pop-music rose fluo à l’écoute attentive de la technologie et de la nuit.

Exactement ce que font les Australiens délurés de Confidence Man, que l’on retrouve pour un concert à la joie et l’énergie aussi communicative que celui, fabuleux, du premier jour de ce Great Escape 2017. Mais le groupe a, en élargissant sa scène, encore gagné en puissance, en folie dans cette salle plantée en plein milieu de la fête foraine du Pier. Il s’empare littéralement du public, le fait danser jusqu’à perdre le souffle, le fait sourire jusqu’à la douleur. On n’avait pas vécu pareille euphories depuis certains concerts des B-52’s, des Scissor Sisters. Ce nom sera bientôt sur toutes les lèvres : celles qui fredonnent comme celles qui annoncent le futur. Et si The Great Escape durait un mois, on viendrait chaque jour danser et rigoler avec ce garçon en slip, cette fille en shorts. Et pendant ce temps, on ne penserait à rien d’autre qu’au bonheur. Et il n’y aurait plus de guerre. Et il n’y aurait plus de lapidations homophobes à la télé (etc etc).

Day 3 #TGE17 #thegreatescape

Une publication partagée par Niall Mac Suain (@niallwswan) le 20 Mai 2017 à 17h19 PDT

On a aimé la pop-folk de la presque régionale de l’étape Jerry Williams, surtout quand ses chansons s’accélèrent en rondes furibardes, totalement libérées et électriques. C’est mignon tout plein, le folk, quand ça s’énerve.

L’an passé , ce sont les garçons de Shame qui, du haut de leurs 17 ans, nous parlaient mi fascinés mi embarrassés de leur passion pour un groupe de leur quartier du sud de Londres : Honey Hahs. Trois filles, trois sœurs, jouant un folk divin, sous influence Syd Barrett et Joni Mitchell, sonnant avec la candeur et la maladresse charmante des Marine Girls. Ce qui les gênait un peu alors, c’est que les trois Honey Hahs avaient alors entre 9 et 13 ans. Mais papa, lui-même musicien de cette scène Brixton/Peckham, veillait au grain et après une foire d’empoigne entre les labels, c’est finalement Rough Trade qui les a signées. Plusieurs labels ont abandonné l’affaire en cours de route, mesurant la difficulté qu’il y aurait à faire tourner des enfants de cet âge, notamment à l’étranger. Ça n’empêche pas Shame de les embarquer sur quelques dates à venir. Elles trouveront bien le temps de réviser entre les balances.

Après la lubricité des danses de Confidence Man, les mines sages et la présence gênée des Honey Hahs proposent un contraste saisissant. Mais si les Londoniennes jouent avec des instruments nettement trop grands pour elles, même si leurs guitares ressemblent dans leurs petits bras à des contrebasses, leurs harmonies vocales et mélodies pourraient rendre jaloux beaucoup d’adultes, de vieux barbons pop, de vieux barbus folk. Sur la fin du concert, elles sont rejointes par une quatrième jeune fille – sœur ? cousine ? – qui joue de la trompette. Mais faut surtout retenir que ce groupe là, ce n’est pas du pipeau. Loin du gadget, du gimmick, les Londoniennes composent des chansons avec leurs âges, leurs hormones, leurs préoccupations. Pour les livrer, avec cet empressement d’ados (ou pré-ados), elles auraient pu choisir le grime ou le hip-hop : elles ont choisi le folk. Mais sans négliger l’urgence, l’agitation. Leur folk est ainsi une musique urbaine, un dialecte de plus pour raconter le désordre et l’exaltation de Londres 2017. L’anglais est une langue vivante.

Les Inrocks - musique

Dix albums pour réenchanter l’Europe

Djé Balèti (© Roxane Petitier)

Lolomis, Boukane

Il est dangereux de s’aventurer sur le chemin des sorcières, non seulement parce qu’en fait de sorcellerie, le monde moderne ne sait plus rien, mais aussi parce que, du hard rock au new age en passant par l’electro, trop de shamans fantoches ont passé dans des transes factices. Revenir sous la tête de bouc demande donc du cran, mais les quatre allumés de Lolomis n’en manquent pas. La finesse de la musique, de flûte et de harpe, de percussions et de vocalises mêlées, l’étrangeté joyeuse de l’atmosphère, d’emblée, évacue le cliché. La ronde païenne, brutale et libre, s’instaure et déploie ses mille langues élémentaires, divagatrices, coulant du russe à l’allemand, du turc au bosnien jusqu’à un charabia incantatoire qui prolonge encore l’enchantement.

Lalala Napoli, Disperato

Toute ville est multiple, paysage et imaginaire, architecture et littérature, couleurs changeantes et vagues sonores, mais Naples est encore à part, parce que ses rues et ses marchés, sans parler du Teatro San Carlo, ont toujours chanté. Lalala Napoli recrée ces dédales bruissant de vie gaie et dure, de refrains languissants, de trilles de flûte et de nostalgies d’accordéon, et il le fait à sa manière, picaresque, rugueuse, viscérale. Tout cela sent le vécu et déborde du studio pour s’étaler au grand soleil, sans joliesses, dans le trop-plein d’un cœur immense.

Bertolino & Le Gac, Lumes

Deux ans après la sortie de Sòrga, splendeur poétique irisée de reflets méditerranéens et celtiques, il semble que Dupain soit de nouveau en rade. Heureusement, deux de ses membres, le flûtiste Gurvant le Gac et le joueur de vielle à roue Pierre-Laurent Bertolino n’ont pas renoncé à vibrer de concert, merci pour nous. Les retrouver, c’est repartir à l’instant dans cet espace de légende, de lumière et de recueillement solitaire, loin des simulacres de l’époque, pour se ressourcer au foyer d’une musique sans âge, d’une pureté exceptionnelle. Aussi difficile serait-il à trouver, ne passez pas à côté de cet album : il est indispensable.

Vicente Amigo, Memoria de los sentidos

D’abord apparu comme un espoir très prometteur pour la guitare flamenca, Vicente Amigo n’aura finalement sorti que deux albums solos gorgés de soniquete moderne et impétueux (De mi corazón al aire et Vivencias imaginadas) avant de succomber aux sirènes commerciales et à leur lot de mièvreries. A 50 ans, le voici qui revient enfin à une inspiration plus profondément flamenca dans un album centré sur la guitare où plane l’ombre de Paco de Lucía, l’idole défunte. Entouré de vieux complices (El Pelé, Potito, Miguel Poveda…), Vicente s’y montre méditatif, grave et nerveux, soucieux de de son art comme on n’espérait plus l’entendre.

Erwan Keravec, Sonneurs

Le joueur de cornemuse écossaise se nomme sonneur, mot noble et beau qui donne son titre à cet album aux allures d’astre noir, incomparable à rien de ce qui se produit ordinairement. Si on pense parfois au gagaku japonais pour les micro-tons, à Ascension de Coltrane et à l’avant-garde russe pour l’élévation des stridences et la fureur d’idéal, aucune de ces réminiscences ne parvient à rattacher à la terre cette œuvre irrémédiablement solitaire par la puissance et la singularité. Quand, à l’appel d’Erwan Keravec, cornemuse, biniou, bombarde et trélombarde sonnent, les murs s’effondrent et les âmes frémissent, sentant l’approche si exaltante, si rare, de l’inconnu.

Djé Balèti, Moko

Drôles de zèbres, les trois musiciens de Djé Balèti : ils viennent de Toulouse mais réhabilitent l’espina (luth niçois), ils chantent en occitan ou dans un français simpliste mais pratiquent des transes qui rappellent le tsapiky malgache ou le Congo de Konono, ils jouent rock enfin et mêlent leurs dénonciations désabusées à un humour carnavalesque. L’esprit est animiste, écolo, fraternel, il en appelle au dieu cornu et fume le drapeau tricolore, préconise les jeux de l’enfance plutôt que ceux de la finance. A déconseiller donc aux conformistes, aux fillonistes – s’il en reste – et aux guindés réactionnaires, mais tous les autres peuvent y aller : ils seront bien reçus.

Hamon Martin Quintet & Basel Zayed, Kharoub

La Bretagne en Palestine, la Palestine en Bretagne, l’idée ne va pas de soi, on cherche la route, la jonction. Elle existe pourtant, plus évidente qu’on ne le croirait. Après Keyvan Chemirani, la Kreiz Breizh Akademi et Kazut de Tyr, le Hamon Martin Quintet dévoile à son tour d’étonnantes affinités entre la côte atlantique et l’Est méditerranéen en s’associant aux musiciens palestiniens Basel et Youssef Zayed. Les airs de Fairouz et Oum Kalthoum y gagnent dorures et ferrures médiévales, tandis que certaines tournures bretonnes épousent les luttes contemporaines des habitants de Cisjordanie. C’est plus que réussi, pertinent, engagé et très beau.

Building Instrument, Kem Som Kan Å Leve

De Norvège nous vient une fois de plus un album sans identité précise, à croire que ce pays qui ne compte qu’un peu plus de 5 millions d’habitants ne sait produire que des musiciens libres et aventureux. Flottant entre jazz, pop et electro, psychédélique puisque c’est ainsi qu’il faut désigner cette musique qui ne fixe que le ciel, Kem Som Kan Å Leve (“savoir profiter de la vie” en français) se goûte comme une expérience insolite mais à laquelle on s’abandonne aisément tant le trio Building Instrument sait évacuer toute violence, toute âpreté, pour ne garder que fluidité et clarté.

Roberto Michelangelo Giordi, Les Amants de Magritte

La France n’a pas encore découvert Roberto Michelangelo Giordi, chanteur et songwriter qui jouit d’une solide réputation en Italie. Pour réparer ce retard, le Napolitain ressort Gli Amanti di Magritte, son deuxième album, initialement paru en 2013, dans une version retravaillée. L’opération de séduction s’avère soignée : une voix caressante et enjôleuse, un ton distingué, des références “artistes” et même une reprise en français de Barbara, tout y est, plus convaincant quand l’habillage est jazz que lorsqu’il lorgne vers une world music plus convenue. Sortie le 2 juin, à retrouver en concert le 20 juin, au Sunset.

Chet Nuneta, Agora

Ici encore, si l’Europe vit, c’est à travers les langues, le japonais, le marocain, le créole et le kurde croisant l’anglais, le bulgare et l’espagnol dans une sorte de Babel où migrer, échanger, métisser, bâtir. Avec Chet Nuneta, contrairement à ce qui se passe dans les débats technocratiques d’une Europe supposée plus réelle, on s’entend, chants et percussions garantissant l’harmonie avant même la compréhension. Inutile d’aller plus loin d’ailleurs : le groupe s’arrête là, à la voix et au rythme, élémentaires, vitaux, comme pour nous ramener au bon sens, les pieds sur terre et le visage au vent, dans une agora mythique, plus nécessaire que jamais.

Les Inrocks - musique

La tournée Joshua Tree de U2 s'ouvre avec une nouvelle technologie de PRG

La tournée de promotion du 30e anniversaire de la sortie de l'album The Joshua Tree de U2 a débuté le 12 mai avec un design conçu par Willie Williams.

par Marian Sandberg

JPEG - 56.5 ko

La tournée The Joshua Tree de la formation rock irlandaise U2, conçue par le designer Willie Williams (son régisseur créatif), est partie sur la route vendredi dernier à Vancouver, au Canada, avec une scénographie dessinée par Stufish Entertainment Architects et érigée par Tait Towers, et un gigantesque écran vidéo fourni par PRG. Le contenu est personnalisé par Anton Corbijn et l'artiste JR, avec un contenu additionnel de Empirical. Jetez donc un œil aux images du concert d'ouverture au BC Place.

Production Resource Group LLC, (PRG) a conçu un nouveau produit et une application pour cette tournée avec SpaceFrame, et également un système de diffusion par camera 4K, intégré directement au design de la scène, à sa production et à ses opérations.

Les cadres carbone ont été créés à partir d'un prototype pour arriver au produit final en 17 semaines, faisant de U2 le premier à profiter de cette nouvelle technologie pour soutenir un écran de 200 pouces de large, customisé et peint en argent et or pour reproduire l'œuvre original de l'album de 1987, The Joshua Tree.

La tournée de U2 marque aussi l'arrivée d'un système de diffusion par camera en 4K en UHD (ultra haute définition) par PRG une première dans l'industrie des tournées. Ce système développé et intégré en plus de trois mois est la combinaison de produits qui opèrent en 4K (UHD) et en 3G SMPTE.

Ce système de diffusion permet à la production d'opérer au plus haut niveau des standards de diffusion, avec 60 images à la seconde (fps) et une résolution Ultra Haute Définition de 3,840x2,160 pixels.

Ce système de concert tournée interagit entre cameras et processeurs de murs LED par fibre en raison de l'énorme quantité de données et de la longueur des distances du signal. L'intégralité de ce système de diffusion tournant peut être installée en une heure et est conçu pour être manœuvré par un seul ingénieur vidéo, éliminant le besoin de 4 ou 5 postes d'ingénieurs sur site.

Toutes les photos ici

Voir en ligne : Live Design

U2 France