Actu musique

4 mai 2017

Blaenavon invite Soko sur son nouveau single “No One Else in Mind” et c’est beau

Blaenavon à gauche (crédit : page facebook du groupe - Scott Witt) et Soko à droite (source : Wikipedia - Michael Lucan)

Après la sortie de leur premier et tant attendu album That’s Your Lot (Transgressive Records) en avril dernier, puis une tournée anglaise à guichets fermés, le trio anglais Blaenavon est de retour avec un morceau composé en étroite collaboration avec Soko.

Le morceau No One Else in Mind est en écoute ci-dessous :

La chanson a été enregistrée à l’hiver 2016, lors d’un passage à Paris de Blaenavon, comme précise son chanteur Ben Gregory :

“Soko et moi avons été présentés par une ami en commun qui est aussi une superbe photographe, Olivia Bee. Je n’avais jamais écrit avec qui que ce soit auparavant, car pour moi c’est un procédé tellement introspectif et immersif. Et pourtant, on a accroché vraiment naturellement et en quelques heures la chanson était terminée. C’est quelque chose que j’aimerais faire à nouveau. C’est comme avoir d’yeux que pour une personne, tout en sachant que ça pourrait ne pas marcher. Une résignation à un échec. Une lente acceptation.”

Blaenavon se dévoile enfin sur un album riche de contradictions

Une tournée estivale en Amérique du Nord… et bientôt en Europe ? 

Le groupe vient tout juste d’annoncer une tournée estivale en Amérique du Nord, notamment en première partie de Circa Waves. Toutes les dates sont disponibles sur leur site internet, et à noter pour nos amis du Québec : un passage à Montréal pour le festival Osheaga le 4 août prochain. Enfin, rassurez-vous, il se pourrait bien que Blaenavon fasse également un petit détour par l’Europe cet été. Patience…

L’album That’s Your Lot est disponible sur Apple Music.

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A l'Opéra, la revanche des mezzos et des contraltos

Qu'est-ce qu'une contralto ? Une mezzo ? Un beau timbre privé d'aigus ? Pas du tout ! De Marie-Nicole Lemieux à Lea Desandre, plongée dans un univers tout en nuances, où chaque voix est unique.

Télérama.fr - Musiques

Rencontre avec Lala&ce : “la meilleure rappeuse française”

Lala&ce par Alexa Beard, stylisme : Koché

Prononcez Lala Ace. “Lala” comme le “nom ivoirien de ma grand-mère” et Ace, “parce que je ace comme Serena sur chaque beat”. Ça a le mérite d’être clair. “C’est la meilleure rappeuse française” assure Doums, membre du collectif de rappeurs L’Entourage et grand pote de Nekfeu, que l’on croise dans le studio parisien où Lala&ce reçoit. Il est arrivé avec une boîte de choux à la crème qu’elle déguste entre deux cigarettes, en sweat rose pâle et slim noir déchiré. Grande, majestueuse, souriante, les cheveux ramassés en chignon sur le haut du crâne, de fines dreads retombant sur le front.

On s’attarde parce que l’esthétique a une place importante chez elle. On l’a compris avec PDL, clip réalisé par le talentueux Kevin El-Amrani, vidéaste parisien aperçu chez les Pirouettes, Gnucci, la MZ, OK Lou, Alkpote et bien d’autres. C’est d’ailleurs lors d’un concert donné pour un aftershow de la marque française Koché en septembre dernier qu’elle l’a rencontré. Kevin El-Amrani embarque sa caméra pour Londres, où elle vit depuis deux ans. Là, sous des néons colorés, Lala&ce prend la pose enveloppée dans un grand manteau en fourrure signé Koché, de discrètes paillettes sous les yeux. Le titre cache l’acronyme de Poussière de Lune, expression qui rythme son refrain. “C’est la drogue, l’amour et ce que je rajoute sur ma musique comme un sel extra-terrestre” avance Lala&ce en guise d’explication.

D’elle émane cette voix grave, piquée d’autotune, presqu’asexuée, cotonneuse comme sous l’effet du lean, le mélange de sprite et de codéine qu’affectionnent certains rappeurs jusqu’à ralentir leur flow. PDL est un morceau de brume, codéiné jusqu’à l’os. Comme tous les titres qu’elle lâche sur Soundcloud et Youtube.

Ses paroles sont difficilement déchiffrables, sortes de hiéroglyphes sonores qu’il faut se passer plusieurs fois pour comprendre. Et encore. Certaines punchlines restent obscures, comme un langage extra-terrestre sur lequel on buterait faute de dictionnaire adéquat. Lala&ce n’articule pas.

“Si tu écoutes vraiment, que tu te concentres, tu comprends. C’est pour ça que j’ai fait un son où je dis “je ne fais pas danser les sourds.” Le truc c’est d’écouter plutôt que d’entendre. Il faut faire un effort” assène-t-elle.

“Ouaaaah c’est frais !”

Quant à l’autotune, elle fait taire les critiques en expliquant qu’elle le considère comme un instrument :

“C’est comme un piano, il faut mettre la bonne tonalité, les bonnes notes. Je kiffe vraiment car ça demande de la précision. Quand j’ai écouté un premier son de T-pain et que j’ai entendu l’autotune, je me suis dit “ouaaaah c’est frais !” Les aigus qui partent, qui vrillent, ça m’a parlé. Je devais avoir 14-15 ans. J’ai mis ça sur audacity, j’ai cherché comment faire sur internet. Je ne vois pas ça comme une facilité mais comme un instrument. C’est aérien et en même temps sous-marin. Tu peux en faire plein de trucs en fait. Tu l’entends dans les refrains mainstream qui font mal à la tête, mais tu peux en faire un bon truc et c’est ça que j’aime bien.”

Chez elle, l’autotune accompagne une douceur, une lenteur, une moiteur dans laquelle il fait bon s’enfoncer. “Ma musique est influencée par le chopped and screwed [technique de remixage popularisé dans le hip-hop nineties consistant à ralentir le rythme des morceaux, ndlr] J’aimais bien écouter des morceaux de Lil Wayne de cette façon. Ça me parlait et m’inspirait. Tu ressens plus les émotions, les sons chantés, wavy, si tu les ralentis.”

Lil Wayne revient toutes les trois phrases. “Je kiffe ce gars. Mes frères écoutaient beaucoup de hip-hop cainri. Et je matais MTV. Je me suis reconnue là-dedans même si je n’avais pas la même vie !” raconte-t-elle. Au lycée à Lyon, cette petite dernière d’une famille de huit enfants écoutait aussi Booba. ”

Mais je ne saurais pas trop citer de rappeurs français qui me font ressentir autant de choses qu’un rappeur cainri comme Lil Wayne” précise-t-elle dans la foulée.

Membre du crew 667

C’est à Lyon que Lala&ce croise la route de Jorrdee et de son crew 667. Le coup de cœur est réciproque. Elle devient la première fille du collectif. “J’ai beaucoup de potes garçon depuis que je suis petite. Je ne veux pas faire la fille clichée “J’aime mieux les mecs”, mais c’est comme ça, c’est une habitude. Et puis j’ai grandi avec mes frères. On a la même mentalité.” Sur le sujet du sexisme dans le rap, Lala&ce ne s’épanche pas, rappelle juste que clips et punchlines ne sont que le reflet de la société, et que le hip-hop est “un truc de frime”, ce qu’elle affectionne d’ailleurs. Côté icônes féminines, elle cite sa mère, Missy Elliott, et embraye sur l’importance de “l’authenticité”:

“Si t’amènes ton univers, si t’es authentique, il n’y a pas de problème. C’est ça la clé. Il y a des gens qui disent aussi que les blancs dans le rap c’est chelou. Alors que non, c’est juste une question d’authenticité. Tant que tu imposes ton identité, il n’y a pas de problème. C’est comme ça que je ressens mon truc. Je fais quelque chose qui me plait sans chercher à jouer le rôle de quelqu’un d’autre.”

“Éparpillés entre Paris et Dakar“, les douze membres de 667 échangent sur les réseaux sociaux. “On s’envoie les trucs dès qu’on les sort. Ça tourne de ouf. C’est important pour moi la validation de l’équipe. Ça donne de la force et tu sais si ce que tu fais fait toujours sens.” estime Lala&ce qui n’hésite pas à multiplier les featurings et ramener les membres de son crew sur scène lors de ses concerts. Tous partagent cette manie de grommeler leurs paroles jusqu’à les rendre difficilement compréhensibles. “C’est brouillé” résume-t-elle dans un sourire.

Outre Jorrdee, la rappeuse est proche de Retro X avec qui elle a signé DJINN, un beau featuring noyé dans la brume. Le clip est 100% stylé, des casquettes colorées aux mouvements des bras chaloupés :

Lorsqu’on l’interroge sur l’avenir, Lala&ce avoue éviter d’y penser. “Je regarde ce que je fais maintenant. Je sais juste que j’ai envie de faire de la musique, d’en vivre. Tous les trucs de com’ ça me fait chier en vrai, mais je sais aussi qu’il faut le faire.” Une meuf cool et sincère qui devrait sortir un premier EP, X/X, dans les semaines à venir.

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Le Champs-Elysées Film Festival inaugure une programmation musicale inédite

Crédit : extrait de l'affiche de Lucille Clerc

Du 16 au 20 juin, l’immeuble Publicis vivra à 100 à l’heure en accueillant la sixième édition du Champs-Elysées Film Festival, un festival de cinéma franco-américain. En plus de sa programmation cinématographique défricheuse, le festival se dote d’une pétulante affiche musicale. Les concerts auront ainsi lieu chaque soir après les projections des films en compétitions et des avant-premières. Une rencontre réjouissante entre cinéma et musique indépendante !

Le “Rooftop du festival” : des concerts en plein air et dans un cadre exceptionnellement ouvert au public

Située au dernier étage et sur la terrasse de l’immeuble Publicis, cette scène intimiste accueillera chaque soir un nouvel espoir de la scène pop française. On commence vendredi 16 juin (22h30) avec la volcanique Camp Claude, qui nous offrait récemment Hero, un ep électrique et énervé. Le lendemain, samedi 17 juin (22h30), la pop géniale de La Féline risque de vous donner le grand frisson. Dimanche 18 juin (18h30), Requin Chagrin se charge de vous transporter dans un road-trip solaire, entre shoegaze, pop et garage. Enfin, la belle Juliette Armanet clôturera le festival mardi 20 juin (22h30) sur un romantique coucher de soleil en nous interprétant des extraits de son tout premier album : Petite Amie, un concentré de variété chic qui fait l’unanimité !

Enfin sachez que les concerts seront précédés par un DJ set signé Piège à Garçon. Attention : l’accès à la terrasse se fera exclusivement pour les porteurs de l’accréditation (35 euros) et de 21h à 1h du matin (sauf le dimanche de 18h à 20h).

Concerts “Rooftop du Festival”
Au dernier étage de l’immeuble Publicis (7ème étage – 133 Avenue des Champs-Élysées 75008)
Ouverture de la billetterie : le 11 mai à 18h00 sur champselyseesfilmfestival.com

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En écoute : “Want You Back”, le nouveau tube pop des soeurs Haim

Crédit : extrait de la vidéo Youtube "Want You Back"

Et de deux ! Quelques jours seulement après avoir dévoilé la vidéo live du single Right Now, les trois soeurs Haim sont de retour avec Want You Back, un très joli titre issu de leur prochain album Something To Tell You, prévu pour le 7 juillet prochain. A écouter ci-dessous :

Un refrain accrocheur, des choeurs oniriques et une mélodie lumineuse, voilà le secret du trio qui semble opérer un retour sans fausse note.

Un second album plein de surprises…

Quatre ans après le très convaincant Days Are Gone, le prochain album des Californiennes s’annonce plein de surprises : si Right Now s’embarquait dans un style déconstruit et déroutant, Want You Back est un retour aux sources pop, idéal pour l’arrivée des beaux jours. Pari réussi.

Le single Want You Back est disponible sur Apple Music.

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Avec son hijab, Mona Haydar devient la nouvelle figure de proue du féminisme musulman

Crédit DR

Mona Haydar est une jeune américano-syrienne de 28 ans, musulmane et voilée. Fraîchement mariés, ses parents sont partis de Damas, en Syrie, pour poser leurs valises dans le Michigan, éduquant leurs huit enfants dans le respect de l’Islam et de sa tradition. Mona porte le hijab, fièrement, comme d’autres ont jadis brûlé leurs soutiens-gorge, mais fait face aux regards, aux incompréhensions voire aux malveillances. Si elle se définit comme “activiste spirituelle et poète”, c’est en rappant qu’elle a réussi à aire entendre sa voix. Hijabi, “mon hijab” en français, le premier titre de son EP à venir, la propulse directement au rang de meuf la plus badass du moment.

Mona Haydar dit ne pas croire au YOLO mais plutôt à la puissance de l’Univers. Pas question de passer sur cette terre sans y laisser sa trace. Une trace qu’elle veut puissante et emplie d’amour. Même si c’est par un rap activiste, à la limite du dérangeant. Parce que c’est bien de cela dont il est question : flirter habilement avec les frontières du politiquement (in)correct. Avec ses “Mipsterz”, à la fois de musulmanes et hipsters, elle apparaît dans un clip à la Beyoncé, enceinte de huit mois mais sublime jusqu’à la pointe des cils, dans une semi-retenue quasiment calculée.

“Le rap, c’est le langage de l’oppressé, celui de la justice, des gens qui se battent pour leurs droits et leurs croyances.”

Avec un flow qui n’a rien à envier à M.I.A. – normal elle a grandi en écoutant Mos Def, A Tribe Called Quest ou encore Rakim – Mona “continue de porter son voile”, comme elle le dit dans le refrain avec la ferme de le rendre “swag”. “Le rap, c’est imposé à moi de manière naturelle”, explique-t-elle, “c’est ma culture et c’est le langage que je parle”. Quand on lui rappelle le sexisme du milieu hip-hop, elle se marre. “L’art, c’est franchir des limites. Je m’en fous complétement d’avoir un corps de vixen dans mon clip : la chanson parle de la possibilité d’être qui on veut et de s’accepter en tant que tel.” Pas question d’en vouloir au hip-hop, donc, c’est bel et bien une partie intégrante de sa vie. “Je me fiche de savoir ce que le hip-hop a fait de mal car il m’a fait beaucoup de bien.” En tant que femme religieuse, elle se dit reconnaissante pour cet outil d’expression. “Le rap, c’est le langage de l’oppressé, celui de la justice, des gens qui se battent pour leurs droits et leurs croyances.”

"What that hair look like. Bet that hair look nice. Don't that make you sweat. Don't that feel too tight." #boybye #hijabixmona #youneedtogetyourlife #wrapmyhijab

A post shared by Mona Haydar (@themostmona) on Apr 18, 2017 at 2:01pm PDT

Pour Mona Haydar, l’oppression se traduit aussi par les questions incessantes qu’on lui pose au sujet de son voile. Dans l’intro de Hijabi, elle en énumère quelques-unes : “À quoi ressemblent tes cheveux ? Je parie que tes cheveux sont jolis. Tu ne transpires pas ? Ce n’est pas trop serré ?” Une liste non-exhaustive des questions curieuses auxquelles elle doit faire face et devant lesquelles elle devrait se justifier. Il n’en est rien, elle préfère prêcher sa bonne parole. Après les attentats de Paris et de San Bernardino, elle et son mari Sebastian avaient mis en place l’initiative Ask Muslim à Cambridge dans le Massachusetts pour contrer l’islamophobie. Un combat cher à ses yeux depuis “que le 11 septembre 2001 a changé l’Amérique”.

Pas de discussion possible : chaque femme devrait être libre de porter le voile si elle le désire.

Dans l’Amérique de Donald Trump, le clip féministe de Mona fait l’effet d’une bombe. “Dans le monde entier, les femmes doivent faire face au patriarcat, c’est la raison pour laquelle cette chanson me semble importante”, explique la rappeuse féministe. Elle voit les femmes voilées comme faisant partie d’une grande famille, presque une “sororité”. Pour elle, le hijab est un symbole qui réunit, dans un monde où les hommes ont décidé que c’était le signe de leur oppression. “Moi, j’ai décidé de brandir mon hijab en signe de ma liberté. J’utilise un instrument du patriarcat pour combattre le patriarcat.” Trump, justement, représente bien l’ennemi public numéro un des américaines. “C’est marrant de se dire que tout le monde parle ce pays comme celui de la liberté quand on voit à quel point les droits des femmes s’affaiblissent”, critique Mona. “On ne peut pas parler de liberté si la moitié de la population n’est pas libre”. La messe est dite.

Crédit : DR

Le single Hijabi de Mona Haydar est disponible sur Apple Music.

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En écoute : “No Shade”, le nouveau single rudement efficace de Wavves

extrait du clip "Million Enemies" de Wavves

Après avoir joué les icônes glam-rock dans leur dernier clip Million Ennemies, les trublions de Wavves sont de retour avec un tout nouveau single baptisé No Shade. Loin de la rythmique façon T. Rex du précédent morceau, les Américains ne font cette fois-ci pas (du tout) dans la dentelle et nous replongent avec brio dans le rock du début des années 2000. Guitares saturées, refrains criés et batterie énervée, Wavves ne passe pas par quatre chemins, et c’est tant mieux.

No Shade, un avant-goût du sixième album de Wavves

Quelques jours avant la sortie de leur nouvel album, You’re Welcome (prévu pour le 19 mai prochain), le groupe nous offre donc le titre idéal pour replonger dans la nostalgie de l’époque MTV Rocks. Et ce n’est pas sans hâte que nous attendons la suite.

Le titre No Shade est extrait de l’album You’re Welcome (Ghost Ramp), disponible en précommande sur Apple Music.

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Le morceau que Radiohead a refusé de sortir pour éviter d’être tué par le succès

Radiohead serait-il devenu un groupe de stade à la Coldplay ? (Crédit photo : whittlz/ CC/ Flickr)

En 1997, quand Thom Yorke et sa bande s’apprêtent à sortir Ok Computer, ils font le choix de retirer un titre qui aurait changé le cours de leur carrière : Lift. Reléguée à une simple face B, cette chanson possède une aura presque mystique liée à son histoire.

Au micro de la radio BBC 6, mercredi 3 mai, le guitariste Ed O’Brien a expliqué pourquoi Lift n’est jamais devenu tube qu’il aurait pu incarner.

“Nous avons joué ce concert avec Alanis Morissette. C’était vraiment une chanson intéressante. Le public, soudainement, s’est levé et tout le monde a commencé à bouger. C’était contagieux.”

D’après lui, Lift avait la force et le potentiel d’un hymne. C’est durant ce show que les membres de Radiohead ont saisi tout l’impact que ce titre pouvait engendrer et en sont venus à le “tuer inconsciemment”. Le musicien anglais poursuit:

“Si cette chanson avait été sur cet album, elle nous aurait emmené ailleurs, et nous aurions probablement vendu bien plus de disques — si nous l’avons fait correctement.”

Il ajoute que si Ok Computer avait pu se comparer à l’album d’Alanis Morissette, Jagged Little Pill (1995), cela aurait été fatal pour Radiohead. Ed O’Brien conclut :

“Lift a ce quelque de chose de magique. Mais quand nous l’avons enregisré en studio, c’était comme avoir un flingue sur la tempe. C’était beaucoup trop de pression.”

Une histoire qui rappelle que Radiohead avait  vécu le succès de Creep, extrait du premier album Pablo Honey, comme une véritable malédiction. Ecrit à la va-vite, composé de peu d’accords et que quelques arpèges, loin de la complexité recherchée par le groupe plus tard, le morceau a été supprimé des setlists des concerts pendant des années.

Finalement, Radiohead compte publier Lift, vingt ans plus tard, pour célébrer l’anniversaire d’Ok Computer sorti en 1997. Le morceau figurera sur la réédition de ce disque culte, intitulée OKNOTOK et à paraître le 23 juin prochain.

Ecoutez l’intervention d’Ed O’Brien au sujet de Lift sur BBC 6 ci dessous :

Concert au Main Squar Festival d’Arras le 2 juillet.

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1967 : Comment Hendrix a mis le feu à l’Angleterre

Dans l’Angleterre des années 1960, à la différence des Etats-Unis, le blues est considéré comme le saint Graal. Le plus célèbre de tous les guitaristes, Eric Clapton, y est appelé God par ses fans. Selon son manager Chas Chandler, Jimi Hendrix ne voulut sérieusement envisager de l’accompagner à Londres qu’à la condition qu’il puisse rencontrer Clapton.

Hendrix a en fait les mêmes aspirations : sortir le blues du ghetto dans lequel les puristes le maintiennent. Hendrix voit certainement en Clapton un surdoué mais aussi un éclaireur sur les terres que lui-même veut explorer. Et l’Angleterre de Cream, de Fleetwood Mac et des Rolling Stones, à défaut d’une Terre promise, lui apparaît comme la rampe de lancement idéale.

L’ironie veut qu’une semaine après son arrivée dans la capitale anglaise Chandler lui propose d’aller voir Cream, le groupe de Clapton, qui joue à la Central London Polytechnic. A la fin du set, Jimi est invité à rejoindre le trio sur scène pour une jam sur Killing Floor de Howlin’ Wolf. Chandler raconte :

“Je n’oublierai jamais la tête qu’a faite Eric quand Jimi s’est mis à jouer. Il était livide. Il est sorti et s’est contenté de regarder en se tenant sur le côté de la scène.”

L’étape suivante voit la constitution d’un groupe autour de Hendrix. Chandler lui présente Noel Redding, guitariste de 21 ans qui tiendra finalement la basse, puis Chandler et lui auditionnent deux batteurs, Mitch Mitchell et Aynsley Dunbar. L’un et l’autre sont si doués techniquement qu’il leur est impossible de choisir. Finalement, Chandler décide de tirer à pile ou face. Le sort est favorable à Mitchell…

Avec Mitchell et Redding, deux musiciens de rock capables de le suivre sur d’autres terrains, Hendrix dispose d’une formule à la fois resserrée et ouverte. The Jimi Hendrix Experience est né. De retour à Londres après une tournée française en première partie de Johnny Hallyday qui a permis à The Jimi Hendrix Experience de se roder, le trio entre en studio pour enregistrer son premier single, Hey Joe.

Musicalement, le morceau montre la rapidité avec laquelle la greffe a pris entre les trois, avec Mitch Mitchell, batteur fougueux et prolifique tenant crânement tête au lyrisme de la guitare, et Noel Redding, assurant stabilité et équilibre à l’ensemble. Jimi, se sentant enfin dans son élément, pouvait faire naître le son qu’il entendait dans sa tête.

Sur Purple Haze, son second single, il utilise pour la première fois une pédale fuzz ainsi que l’Octavia, un appareil qui permet d’augmenter ou d’abaisser le son d’une octave. Si bien que sa guitare est déjà bien plus qu’un instrument, un laboratoire où il expérimente de nouvelles sonorités.

Le moment où tout bascule

Le 13 décembre 1966, l’Experience est programmé à Ready Steady Go!, l’émission musicale la plus regardée de la télévision anglaise. L’effet est immédiat. Hey Joe grimpe dans les charts et la grande presse se trouve dans l’obligation d’ouvrir ses pages au phénomène. Lorsque, à la fin d’un concert donné au Finsbury Park Astoria de Londres, Jimi met le feu à sa guitare avant de la fracasser sur son ampli, les médias s’enflamment.

Un tabloïd titre : “Le sauvage de Bornéo.” “C’est la fin du monde civilisé !”, annonce un autre. Il demeure que le succès de Hey Joe est le moment où tout bascule. Le moment où Polydor consent à financer Track Record, le label de Chris Stamp et Kit Lambert sur lequel Hendrix a signé à son arrivée à Londres.

A l’issue de leur première tournée anglaise entre la fin 1966 et le début 1967, les musiciens ne gagnent pratiquement rien. Du trio, seul Noel Redding s’en plaint à leur business manager Mike Jeffery. De son côté, Jimi semble assez peu concerné par l’argent et ne s’intéresse qu’à une chose : sa musique.

Il vit désormais dans un appartement de l’Ouest londonien avec Kathy Mary Etchingham, avec laquelle il aura une relation suivie mais non sans remous. Il composera ainsi The Wind Cries Mary, le troisième single de l’Experience, à la suite d’une violente dispute avec elle. La chanson figure sur le premier album du groupe, Are You Experienced, qui sort le 12 mai.

Le journaliste américain Dave Marsh écrira que ce disque bouleverse toutes les règles “tout en comblant toutes les attentes”. C’est à la fois un best of et un album concept qui offre une perspective sur les différents aspects de sa musique et propulse le rock dans l’ère supersonique.

On y retrouve les singles Hey Joe et Purple Haze et, dans une veine heavy rock similaire, Fire, Foxy Lady et Manic Depression. De facture plutôt classique, Red House est un blues dans la lignée de ceux d’un Buddy Guy ou d’un Howlin’ Wolf, que Jimi agrémente d’une giclée de notes en fusion. A l’enracinement de ce dernier correspond le voyage spatial de Third Stone from the Sun, avec son feedback contrôlé et cette aptitude à se transporter dans des mondes imaginaires.

Are You Experienced et I Don’t Live Today reflètent de façon criante son inadaptation au monde qui l’entoure. Jusqu’à cette ballade, May This Be Love, à la ligne mélodique d’une grande majesté et aux paroles impressionnistes mais comme vidées de toute réalité.

Ainsi, partout sur ce disque transpire ce sentiment de ne pas avoir de place ici-bas. Or, on peut dire que le succès n’allait pas lui permettre de s’y rétablir, ou d’y trouver la moindre stabilité. Lui qui, la veille encore, était méprisé sur le circuit des clubs miteux du sud des Etats-Unis raciste ou bien faisait l’objet de railleries et de vexations de la part des musiciens qui l’employaient allait subitement être adulé.

En juin 1967, sa prestation au festival de Monterey va constituer un tournant dans sa carrière et le révéler, alors que le public américain n’a encore jamais entendu son nom et qu’il passe même pour le dernier avatar de la British Invasion.

Paul McCartney, qui parraine le festival, a insisté pour qu’il soit à l’affiche, affirmant qu’un tel événement n’aurait aucun sens sans sa présence. Pour Jimi Hendrix, l’enjeu est d’importance car il s’agit d’un retour au pays et, quelque part, d’une revanche à prendre. Son passage va surtout laisser une image : celle d’un démiurge érotique en chemise à jabot et boa, agenouillé devant sa guitare et l’aspergeant d’essence à l’aide d’une burette avant d’y mettre le feu et de la fracasser contre son ampli.

Ce “sacrifice” allait désormais le suivre, voire le précéder. Rares furent ceux qui essayèrent de comprendre la signification de ce rituel comme le fit l’auteur de cet article paru dans le San Francisco Chronicle quelques jours après le concert de Monterey :

“S’il était un artiste superficiel, sans style ni poésie, ce gimmick lui serait sans doute essentiel. (…) Mais Jimi possède style et poésie, et son feu est le plus important de tous : le feu intérieur.”

Deux albums références en un an

Jimi Hendrix en est-il réconforté ? C’est peu probable. Loin de simplifier les choses, son triomphe à Monterey ne fait qu’aggraver le malentendu. Mike Jeffery en profite pour signer une tournée américaine en première partie des… Monkees. Gentils, proprets et rassurants, ils se situent aux antipodes de ce que représente l’Experience.

En apprenant cela, Chas Chandler manque de se trouver mal. Mais Mike Jeffery n’en démord pas. Il veut absolument pénétrer le marché du public teenager. C’est ainsi que Hendrix et l’Experience se retrouvent à jouer vingt minutes en première partie des Monkees dans des salles remplies de gosses accompagnés de leurs parents. Au bout de quelques dates, Jimi, complètement déprimé, décide de jeter l’éponge. Pour sauver la face, les agents de presse du groupe publient un communiqué pour annoncer la défection prétextant qu’une organisation de mères de famille (Daughters of the American Revolution) a fait pression pour que Jimi soit retiré de l’affiche pour obscénité.

Sa première tournée américaine avec l’Experience se solde par un échec doublé d’une humiliation. Avant de retourner à Londres pour enregistrer son second album, Jimi fait étape à New York. L’y attend Ed Chalpin, avec qui il avait signé un contrat d’exclusivité à l’époque où il se produisait sous le nom de Jimmy James & The Blue Flames. Chalpin lui annonce qu’il va intenter un procès à tous ceux qui ont sorti ses disques sans son autorisation.

Pris de court, Jimi tente de calmer le jeu et se propose d’enregistrer avec Curtis Knight quelques morceaux comme musicien de studio, demandant en échange à Chalpin de respecter son anonymat. Bien qu’il accepte le marché, Chalpin reviendra sur sa parole et sortira la version de Like a Rolling Stone de Curtis Knight rebaptisée How Would You Feel, avec le nom de Jimi sur la pochette. Track et Polydor sont contraints de repousser la sortie du nouveau single de l’Experience, Burning of the Midnight Lamp, et se trouvent dans l’obligation de négocier avec Chalpin afin que puissent paraître ses futurs enregistrements.

Lorsqu’il s’enferme aux Olympic Studios de Londres pour réaliser le deuxième album Axis: Bold As Love, Jimi a toutes les raisons de vouloir s’évader du monde réel et de chercher dans la musique une formule magique qui puisse le rendre intouchable. Chas Chandler est suppléé en studio par Eddie Kramer, un ingénieur d’origine sud-africaine dont le rôle se révèle prépondérant. Roger Mayer, l’inventeur de l’Octavia, procure de son côté les effets spéciaux avec lesquels Jimi souhaite enrichir les pistes.

Axis: Bold As Love est du reste un disque kaléidoscopique dans tous les sens du terme, avec cette floraison de dubs, d’overdubs, de bandes passées à l’envers, de réverbérations. Jusqu’à cette pochette conçue par Roger Law (futur Spitting Image) où l’on voit le guitariste en Shiva, ambivalente divinité du panthéon indien de la destruction et de la création, toujours représentée munie de plusieurs mains. Cette image symbolise parfaitement ce mutant que devient Jimi Hendrix, qui essaie de produire un rock total et polychrome.

If  6 Was 9, Spanish Castle Magic et Bold As Love sont peut-être les meilleurs exemples de la musique follement lyrique et parfaitement maîtrisée dont il avait toujours rêvé. Chef-d’œuvre du disque, Little Wing est une pure rêverie révélant la psychologie d’un artiste à la recherche d’un refuge hors du monde.

Quoique l’album se révèle plus satisfaisant que le précédent, Jimi ne peut s’empêcher d’exprimer sa frustration pendant la promotion d’Axis… Il juge le temps passé en studio trop court et se dit frustré par les ressources techniques du lieu. Le disque voit le jour le 1er décembre 1967, concluant ainsi en beauté l’année de référence du rock psychédélique, celle de Sgt. Pepper et du premier album des Doors.

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