Actu musique

3 mai 2017

“Heart Basel”, le nouveau single de The Drums sent déjà l’été

Crédit : extrait du clip "Blood Under My Belt"

En 2009, The Drums scandaient Let’s Go Surfing et nous donnaient envie de courir vers la plage la plus proche. Huit ans et quelques albums plus tard, les voici de retour avec Heart Basel, un single archi pop issu de leur album Abysmal Thoughts, à paraître le 16 juin prochain. Pile à temps pour l’été, donc.

Un passage prévu à Paris pour la rentrée prochaine

Si les sifflements ont laissé place à un riff de guitare entêtant, le potentiel tubesque lui, est toujours bien présent, bien que désormais teinté d’une délicate mélancolie. Pour avoir la chance de voir Jonny Pierce et sa bande en concert, il faudra patienter jusqu’au 20 septembre prochain, date à laquelle le groupe se produira sur la scène de la Gaité Lyrique à Paris. A vos agendas !

Les Inrocks - Musique

Le fiasco du Fyre Festival continue à repousser les limites de l’absurde

On vous en parlait hier. Le fiasco autour du Fyre Festival continue aujourd’hui et connaît des rebondissements pour le moins étonnants. Pour rappel, l’événement censé faire concurrence à Coachella s’était achevé quelques heures après l’arrivée des premiers festivaliers tant l’organisation laissait à désirer : tentes de réfugiés de guerre en guise de logements, sécurité absente et terrain impraticable, le Fyre Festival ne remplissait pas vraiment les promesses évoquées par les photos paradisiaques de son plan de communication. Le prix des billets avoisinait les quelques milliers de dollars.

#FyreFestival update, photos from the ground! pic.twitter.com/Z7fn9cKaz3

— FyreFestivalFraud (@FyreFraud) 27 avril 2017

Alors que Daniel Jung, l’un des participants, a porté plainte contre le festival au nom de tous les clients, Fyre Media, la compagnie en charge du FF menace aujourd’hui de poursuivre en justice les plaignants. Selon les organisateurs, la protestation notamment sur les réseaux sociaux “incite à la violence et à l’émeute“. Ils demandent donc aux témoins de supprimer leurs posts concernant l’événement. Loin d’obtenir gain de cause, le festival a vu dans la foulée son dossier de presse fuiter, révélant ainsi le manque d’organisation et la superficialité sur lesquels reposait l’événement.

Fyre Festival Pitch Deck by NickBilton on Scribd

Si jusqu’ici l’édition 2018 du festival semblait compromise, elle n’est tout simplement plus envisageable sur les lieux de cette première édition. Les organisateurs ont été bannis par le Ministère du Tourisme des Bahamas, et ne pourrons donc pas y retenter l’expérience l’année prochaine. Clap de fin pour un flop mémorable.

Les Inrocks - Musique

Jeff Mills, pionnier de la techno de Détroit, a été décoré par la France

Jeff Mills dans une interview au Weather festival en 2015 (Capture d'écran/Youtube)

C’est au tour de Jeff Mills de se voir distinguer par la France. Le pionnier de la techno de Détroit a été fait Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par Jack Lang lors d’une cérémonie à l’Institut du Monde arabe vendredi 28 avril.

Officer of France’s Order of Arts and Letters. Thank you France! ???????? Photo by @jacobkhrist #france #decoration #officer #arts

Une publication partagée par Jeff Mills (@jeff_mills_official) le 2 Mai 2017 à 4h46 PDT

“C’est une longue carrière, car elle se déroule de jour comme de nuit. Elle est donc deux fois plus longue que la normale !” a-t-il rappelé lors de son discours rapporte le magazine Trax présent lors de l’événement. “J’ai toujours pensé que la musique devait servir à faire un monde meilleur, à faire que les gens soient meilleurs.” Jeff Mills en a profité pour remercier son grand frère. “C’est lui qui a convaincu mes parents d’être patients alors que j’apprenais la musique, il est celui qui m’a offert ma première table de mixage, et qui a expliqué à mes parents que [ce que je faisais] était… fun.”

Après avoir remercié son premier professeur de musique, Jeff Mills a salué Dimitri Hegemann, fondateur du club le Trésor à Berlin, qui l’y a fait joué à ses débuts.

“Personne ne nous avait fait joués auparavant, nous n’étions pas vraiment prêts, mais il a pensé que le son que nous faisions à l’époque était quelque chose qui pouvait être intéressant. (…) Grâce à lui et son équipe, le groupe Underground Résistance a eu la chance d’être entendu.”

Le sorcier de la techno 

Après avoir commencé en tant que DJ sur des radios locales sous le pseudo “The Wizard” puis officié dans le groupe Final Cut, Jeff Mills fonde en 1990 à Détroit Underground Resistance, un label et collectif de Djs techno politisé. Il le quitte deux ans plus tard, déménage à New York et fonde un nouveau label, Axis, toujours en activité, aujourd’hui basé à Chicago.

Jeff Mills a également remercié le patron du club Lime Light qui la poussé à faire ses valises pour New York, sa famille, son épouse, et Jack Lang, “un si grand allié et un soutien de longue date des musiques électroniques.”

“Légende”, “pionnier”, “icône”, “pape”… les superlatifs débordent lorsque l’on parle de Jeff Mills. Et pour cause, celui qui se faisait surnommer The Wizard – le Magicien- a été l’un des premiers musiciens techno à la toute fin des années 80- début des années 90 à Détroit, au moment même où la house – avec laquelle il a flirté à ses tous débuts – retournait Chicago.  A 53 ans, le vétéran n’a pas rangé les platines et continue de sortir des albums et se produire dans le monde entier.

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Un documentaire et une expo photo sur Leonard Cohen

Leonard Cohen photographié par Claude Gassian (1988)

A l’occasion de la sortie en DVD le 2 mai de Bird on a Wire, documentaire consacré à la tournée européenne de Leonard Cohen en 1972, la A. Galerie et l’éditeur Blaq Out organisent une exposition regroupant une sélection de photographies sur le chanteur de folk canadien par Claude Gassian, célèbre portraitiste des icônes rock.

Des images saisissantes teintées de mélancolie

Bird on a Wire, réalisé par le britannique Tony Palmier, revient sur la tournée européenne du célèbre crooner qui le conduira à Jérusalem. Le documentaire livre des image saisissantes teintées de mélancolie de Leonard Cohen en concert, qui se confesse entre deux avions ou lit des poèmes dans des chambres d’hôtels enfumées. En parallèle du documentaire, une exposition intitulée Leonard Cohen photographié par Claude Gassian est prévue du 3 au 20 mai 2017 à l’A. galerie dans le 16ème arrondissement à Paris (Vernissage le jeudi 4 mai à 19 heures)

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Kevin Garcia, le bassiste de Grandaddy est mort à 41 ans

Kevin Garcia, bassiste depuis toujours au sein de Grandaddy. (Crédits photo : Gia Willow Alexa Annermarken/ CC / Flickr)

Il officiait en tant que bassiste au sein de Grandaddy depuis l’âge de 15 ans. Kevin Garcia, co-fondateur du groupe californien, est mort mercredi 3 mai à 41 ans, après un très sérieux accident cardio-vasculaire. Touché par cette attaque le mardi 2 mai, le musicien s’est éteint à Modesto, en Californie, entouré de ses amis et de sa famille a déclaré le groupe sur Facebook. Un long et émouvant message a été adressé aux fans sur le réseau social, pour annoncer la triste nouvelle :

There are no accurate words to express what we need to.We are absolutely shattered to say that we lost our friend and…

Posted by Grandaddy on Tuesday, May 2, 2017

“Il n’y a pas de mots assez justes pour exprimer ce que nous ressentons. Nous sommes absolument dévasté en vous disant que nous avons perdu notre ami et partenaire de groupe Kevin Garcia, plus tôt dans l’après-midi.”

Les membres de Grandaddy ont tenu à lui rendre hommage, le décrivant comme un “véritable ange” doué “d’une grâce, d’une générosité et une gentillesse qui étaient tout à fait uniques, et contagieuses”. Père de deux enfants, Kevin Garcia laisse derrière lui sa grand-mère, ses deux frères, sa femme et ses parents qui ont autorisé les jeunes Grandaddy de l’époque à jouer dans leur garage jusqu’en 2001, précise le communiqué. “Ce sont les meilleurs,” ajoute en aparté l’ensemble de la bande. Une page de crowndfunding pour soutenir financièrement la famille de Kevin Garcia a été mise en place.

Le groupe californien a commencé sa carrière au début des années 1990 mais leur premier album, Under the Western Freeway, remonte à 1997. Après une séparation en 2006 et quelques concerts exceptionnels, Grandaddy a sorti un nouveau disque intitulé Last Place, en mars 2017.

Actuellement en tournée, Grandaddy devait passer à Bordeaux le 9 juin, et au festival This Is Not A Love Song le samedi 10 juin. On ne sait toujours pas si ces concerts auront lieu. Dans leur communiqué, les membres de Grandaddy concluent aisni : “nous vous en diront plus dans les jours à venir. Pour l’instant, nous quatre faisons notre deuil tous ensemble. Tristement et avec tout notre amour. Grandaddy.”

Les Inrocks - Musique

Idée de génie : quand la musique des Beatles raconte l’épisode 4 de Star Wars

Vous êtes un grand fan de la saga de George Lucas, mais aussi des quatre garçons dans le vent ? Le duo Palette-Swap Ninja vient de réaliser votre mashup idéal. A l’occasion des anniversaires des deux oeuvres cultes, Star Wars IV, Un Nouvel Espoir et Sgt. Pepper Lonely Hearts Club Band (50 et 40 ans au compteur), ces deux mécanos de la musique se sont amusés à reprendre les structures et mélodies des morceaux des Beatles, et à en modifier les paroles pour raconter en musique l’histoire du premier Star Wars. Le tout accompagné de samples extraits du films, bien sûr.

Avec brio et dérision, le duo réunit deux monuments de la culture pop sans jamais basculer dans le ridicule. Mention spéciale pour la pochette de la playlist, parfaite parodie de celle des Beatles réarrangée façon Star Wars. Du grand art.

Les Inrocks - Musique

La Super Pool Party #5 accueillera You Man, Miya Folick et Hazel English

You Man en haut à gauche (@Julien Babigeon), Hazel English à droite (@Brandon Long) et Miya Folick en bas à gauche (@Anika)

La Super Pool Party revient donc pour une cinquième édition, ce jeudi 18 mai dès 20h, avec au programme, que du beau monde : les Calaisiens de You Man, la prochaine it-girl du rock Miya Folick et la dream pop de l’australienne Hazel English. Et pour finir en beauté, un DJ set de l’inRocKs steady crew. Pour y participer, rien de plus simple, il suffit de retirer gratuitement votre invitation en ligne. Alors heureux(se) ?

You Man
La rencontre mystérieuse entre Tepat Huleux, développeur de jeux vidéo, et Giac Di Falco, psychologue, reste encore assez obscure. Tout ce que l’on sait, c’est qu’à l’été 1996, ces deux-là passent leur temps libre dans les bars de leur ville de Calais, quand ils ne sont pas à la discothèque du coin, le Planet Circus, spécialisé dans la house et techno minimale. Apprenant sur le tas, ils accumulent les formations : Dynamo, Klone, Auto, Terminus.. Et puis ça sera finalement You Man en 2013. Cette même année, ils sont propulsés avec leur tubesque Birdcage et son clip assemblant des gifs cinglés; remportant plus de 600 000 vues sur Youtube. Leur premier album Spectrum of Love est paru fin 2016 chez le fameux label Alpage Records.

Miya Folick
Encensée par le Vogue US, la prochaine it-girl du rock pourrait bien être Miya Folick. Cette Californienne grandit sur les bancs d’une église bouddhiste avant de s’émanciper et de prendre un billet d’avion direction la Grande Pomme. Séchant ses cours d’actrice, la belle passera le clair de son temps à gratter sa nouvelle guitare avant de recruter des musiciens… sur Tinder. Après un premier ep paru en 2015 (Strange Darling), Pet Body est son nouvel hymne chargé en électricité et taillé pour la rébellion.

Hazel English
Cette jeune Australienne fraîchement débarquée à Oakland sur la côte ouest américaine, s’est révélée en traversant l’océan. Et si son premier album imminent, Just Give In / Never Going Home, risque de décourager ceux qui l’attendent à la maison, cet ouvrage de dream-pop en est pourtant la preuve indéniable. Elle y souffle un vent chaud sur la scène indie, et nous donne envie de partir illico en road trip, cheveux au vent.

inRocKs les bains – Super Pool Party #5
Jeudi 18 mai @ Les Bains Paris (7 Rue du Bourg l’Abbé, Paris 3e)
Retirez vos invitations gratuitement sur Weezevent
Lien vers l’événement facebook

Les Inrocks - Musique

Jour de Feist: dans un jardin, la Canadienne nous raconte son nouvel album

© Cass Bird

En guise de retrouvailles, après six longues années de séparation, on tend à Feist ce journal avec Chilly Gonzales et Jarvis Cocker en couve. Dans le jardin public parisien où elle a choisi de donner des interviews en préambule à la sortie de Pleasure, son nouvel album, la Canadienne éclate d’un rire à faire déguerpir les pigeons et tourne frénétiquement les pages du magazine pour admirer les photos des deux complices.

“Regardez-moi ces frimeurs ! Est-ce possible que l’on devienne de plus en plus excentrique en vieillissant ?” Après avoir admis que les deux zozos n’avaient pas attendu les années poivre et sel pour cultiver leur excentricité, Leslie Feist s’attarde sur sa relation avec Gonzales, maintenue intacte au fil du temps et malgré la séparation géographique.

“Il y a six ans, quand je travaillais sur Metals et qu’il composait Piano Solo II, on avait instauré ce rituel par Skype. Le matin, il prenait son café et me jouait ses morceaux, et après le déjeuner c’était à mon tour de lui jouer les miens. On a fait la même chose pour le nouvel album, un peu moins souvent, mais son regard sur ma musique est toujours aussi précieux.”

(suite…)

Les Inrocks - Musique

Au Palais de la Porte Dorée, des collégiens interprètent des chansons de migrants

Une fois collectées, ces chants populaires sont mis en musique par le compositeur Pierre-Yves Macé. La troupe se produit au Musée de l’histoire de l’immigration.

Télérama.fr - Musiques

Lior Shoov

A priori, c'était impossible : graver sur disque ce que fait Lior Shoov, artiste israélienne aux spectacles-performances à mi-chemin entre le concert, le numéro de clown et le théâtre improvisé. D'ailleurs, ce premier album ne retranscrit pas grand-chose de ces instants scéniques où elle chante, mime, parle, tout en jouant du ukulélé, des clochettes, du charango, de l'harmonica, de la sanza — et même de la bouteille ou du sac en plastique. Et pourtant, il parvient à transmettre un peu de la poésie immanente de cette jeune femme hors du commun. Les arrangements suspendus de Grégoire Gensse, compositeur du Cirque Plume disparu beaucoup trop tôt, lui font un habit de dentelles. Quant à la voix, aussi mature qu'enfantine, et capable de vibrer comme une scie musicale, elle glisse sur des envolées de cordes ou de cuivres, s'enroule autour de mélodies africaines, habite sans peur un dépouillement orchestral parfois total. En anglais, en hébreu, en français. Art du rythme et de la construction, ce disque est une invitation.

« Come, I'll take your hand, don't be afraid » (« viens, je prendrai ta main, n'aie pas peur »), chante Lior Shoov dès le titre d'ouverture, coup d'envoi d'un périple, décalque de sa propre existence nomade, elle qui a quitté son village près de Tel-Aviv pour promener son art au hasard des rencontres. « Chante de là où tu es, tu sais pas vers où tu vas passer après. […] Chante pour tous ces gens qui ont oublié que, eux aussi, ils peuvent chanter. » Gracile, son premier album n'a rien du disque ordinaire : c'est un viatique, éclairé par une philosophie du partage. En hébreu, lior signifie « lumière ». — Valérie Lehoux

| 1 CD Musique Sauvage/Pias.

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Daphnis & Chloé

Fermez les yeux, imaginez : vous êtes à Paris, au Théâtre du Châtelet, le 8 juin 1912. Depuis quelques années, Serge de Diaghilev et ses Ballets russes font fureur dans la capitale, et l'on crée justement une nouvelle oeuvre, commandée à Maurice Ravel. Bien sûr, il vous manque les décors de Léon Bakst, la chorégraphie de Michel Fokine, la virtuosité des danseurs Vaslav Nijinski (Daphnis) et Tamara Karsavina (Chloé). Mais l'orchestre, lui, n'a changé qu'en appa­rence. L'ensemble Les Siècles joue par vocation sur instruments d'épo­que, et son directeur musical, François-Xavier Roth, en digne remplaçant de Pierre Monteux (le chef char­-gé de la création), a veillé, comme pour son disque Stravinski (Le Sacre du printemps, Petrouchka) enregistré chez Actes Sud, à ce que la facture des cordes et des vents soit la plus proche possible des instruments de la création, tout en revenant aux sources pour chasser les erreurs d'une partition imprimée trop vite. Le résultat ? Un enchantement. La « symphonie chorégraphique en trois parties » voulue par Ravel fait ici valoir le chatoiement de ses timbres, la beauté et la variété de ses nuances, la précision et la vivacité de ses couleurs. Grandes articulations et petits détails sont également soignés. Prenez le lever du jour au début de la troisième partie : cette aurore est un spectacle en Technicolor, tout y est irisé, magique ; l'atmosphère s'y densifie progressivement sans que l'on cesse de respirer…

Et la respiration est importante pour traverser Daphnis & Chloé, oeuvre découpée pour les besoins de la scène, mais pensée musicalement dans un unique élan. « Mon intention en l'écrivant était de composer une vaste fresque musicale, moins soucieuse d'archaïsme que de fidélité à la Grèce de mes rêves, qui s'apparente assez volontiers à celle qu'ont imaginée et dépeinte les artistes français de la fin du xviiie siècle », explique Ravel dans son Esquisse autobiographique (1) . « L'oeuvre est construite symphoniquement selon un plan tonal très rigoureux, au moyen d'un petit nombre de motifs dont les développements assurent l'homogénéité symphonique de l'ouvrage. » Il eut maille à partir avec Diaghilev, qui ne trouva pas utile de garder les choeurs pour la création londonienne du ballet. Interprétés ici par l'ensemble Aedes, ils semblent pourtant indissociables du subtil équilibre élaboré par le compositeur. — Sophie Bourdais

(1) A retrouver dans Ecrits et propos sur la musique et les musiciens, de Maurice Ravel, éd. Ombres.

| 1 CD Harmonia Mundi.

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Damn

On avait à peine épuisé les richesses de To pimp a butterfly, chef-d'oeuvre en vol libre qui propulsait le rap dans une autre dimension (pas très loin du free jazz et du funk contestataire des années 1960), que Kendrick Lamar nous revient avec un album qu'il faudra encore des mois pour digérer.

Comme le Dylan de The Times they are a changin', le versificateur surdoué de Compton est devenu le porte-parole d'une jeunesse engagée (et enragée) : son morceau Alright sert d'hymne dans les manifestations contre le racisme et la violence policière, mais comme le jeune Dylan il rechigne à se laisser enfermer dans son rôle. Plus ramassé (cinquante-cinq minutes) que son prédécesseur, Damn n'aborde plus aussi frontalement les questions sociales, sa puissance de feu propulse tous azimuts une multitude d'éclats taillant le portrait d'un artiste américain en proie au doute et à la peur, à la colère et à l'abattement. Les textes oscillent entre le questionnement intime, l'angoisse face à la gloire, les remontées d'un passé traumatique et l'auscultation poétique de l'Amérique de Trump et de Fox News — ses ennemis jurés.

Musicalement, le ton change. Survolant son art, Kendrick Lamar tire toutes les ficelles de son phrasé virtuose pour se concentrer sur un rap à l'état brut tel que le pratiquait son héros de toujours, Tupac Shakur, ou les électrons libres d'­Outkast. Les invités VIP ne font que de brèves apparitions (Rihanna en forme, U2 qu'on entend à peine) et le recentrage vers un classicisme à la mode des années 1990 est constamment atomisé par une production avant-gardiste qui multiplie les brisures, les sautes rythmiques et les changements de cap.

Kendrick Lamar reste le plus doué dans son genre, le plus complexe, donc le plus précieux : « J'ai de la force, du poison, de la douleur, de la joie dans mon ADN. » — Laurent Rigoulet

| 1 CD Interscope/Universal.

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Humanz

Il y a dix ans, la presse fit ses choux gras du « retour du rock ». A en croire de nombreux articles, la parenthèse électro s'achevait et les gamins revendaient leurs boîtes à rythmes et leurs platines de DJ pour s'acheter à nouveau des guitares. Pourquoi cette obsession à séparer les familles rock et électro ? Trois disques, par des artistes tous issus de la scène rock ou pop des années 1990, nous rappellent combien les bacchanales mêlant beats techno et guitares peuvent être jouissives.

Même s'il convoque une armée de rappeurs et de chanteurs soul au micro (De La Soul, Danny Brown, Anthony Hamilton…), Humanz (1), des Gorillaz, est d'une tonalité générale plutôt rock. Il séduit surtout dans ses recoins les plus sombres, comme sur Charger, où, sur fond de guitare distordue et de synthé crépusculaire, Damon Albarn donne la réplique à la sorcière Grace Jones. Même volonté sur Shake The Shudder (2), des inusables Américains ! ! ! (prononcer « tchic tchic tchic »). Sans atteindre son modèle LCD Soundsystem, dans une veine punk-funk-électro, leur disque remplit néanmoins son contrat : faire danser. Pionniers de la fusion électro-rock sous leurs alias de 2 Many DJ's et de Soulwax, les frères belges Stephen et David Dewaele réussissent, eux, l'exploit de sonner toujours neuf sur From Deewee (3). Multipliant les clins d'oeil au krautrock, Can et Kraftwerk en tête, leur disque est à la fois métronomique et mélodique. Il bénéficie d'une production ouatée et moderne. Son morceau le plus réussi ? Programme transitoire pour percussions et machines… — Erwan Perron

(1) 1 CD Parlophone 3F.

(2) 1 CD Warp 2F.

(3) 1 CD Pias 3F.

Télérama.fr - Disques

L'Heure espagnole

« Qu'ai-je voulu faire en écrivant L'Heure espagnole ? Quelque chose de plutôt ambitieux : redonner vie à l'opéra-bouffe italien », écrit Ravel, en 1911, au Figaro, déconcerté par sa « comédie musicale » en un acte. Celle-ci reprend une pièce à succès de Franc-Nohain, à l'argument gentiment grivois. Qu'on en juge : Conception, ravissante épouse de Torquemada, horloger à Tolède, profite des absences de son mari pour recevoir ses amants, forts décevants, sauf le muletier Ramiro, aux biceps et à l'obligeance également admirables…

On n'aurait pas l'idée d'exiger de cette farce hispanophile la poésie de Daphnis et Chloé, composé peu après. Pourtant, la musique n'y manque ni d'élégance, ni de raffinement. Ravel réussit à faire passer l'ironie « par l'harmonie, le rythme, l'orchestration », traitant le chant sur un mode proche du langage parlé (les épanchements lyriques de Gonzalve mis à part). Enregistrée live au printemps 2016, avec l'Orchestre de la Radio de Munich (dirigé par Asher Fisch), complétée par l'España d'Emmanuel Chabrier, cette version éblouit par la qualité des voix, francophones à 100 % et parfaitement compréhensibles. Et quels timbres ! On mettra en avant le mezzo-soprano exquis de Gaëlle Arquez et le baryton joyeusement bouffon d'Alexandre Duhamel, mais leurs camarades (Mathias Vidal, Julien Behr, Lionel Lhote) sont à l'avenant. — S.Bo.

| 1 CD BR Klassik 3F.

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Bleu

Hermon Mehari a 27 ans. Originaire de Kansas City, il a gagné des concours de trompettistes ; Bleu est son premier disque en leader. Les influences qu'il revendique : Dizzy Gillespie, Miles Davis (celui de Kind of blue), Charlie Parker. Dans sa propre génération, il admire le trompettiste Ambrose Akinmusire, le saxophoniste alto Logan Richardson, rencontré à Paris et qui est son compère sur Bleu, avec le vibraphoniste Peter Schlamb. La rythmique est constituée d'Aaron Parks au piano, Rick Rosato à la contrebasse, Ryan J. Lee à la batterie : des musiciens éprouvés. Le style est résolument contemporain : du jazz acoustique post-bop, techniquement brillant, cherchant autant à creuser la tradition qu'à innover. Ambition légitime, avec une petite chute dans le trop plaisant Cold. Entre Richardson et Mehari l'émulation fonctionne : l'altiste exploite les harmonies par des gammes vertigineuses, le trompettiste joue davantage sur la réflexion, avec une sonorité ample, un phrasé excitant, des écarts surprenants. On comprend vite que voilà un instrumentiste avec qui il va falloir compter : il ne se contente pas de maîtriser la trompette, il développe, en solo plus que dans ses compositions, une vraie pensée musicale. C'est dans le coltranien Moment's Notice et dans la ballade I've grown accustomed to her face que l'on mesure le mieux la profondeur de son inspiration. A suivre, donc. — Michel Contat

| 1 CD Jazz LP.

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Halo

Elle a débuté sa carrière en faisant le clown à la télévision argentine, puis a bifurqué dans la musique en bidouillant des synthés, pour osciller pendant vingt ans entre électro suave et folk ésotérique : à 54 ans, Juana Molina, qui est de Buenos Aires mais pourrait tout aussi bien venir de la planète Mars, continue de tracer sa route visionnaire, avec sa voix adolescente, sa guitare sèche et ses synthés sorciers. Que raconte-t-elle ? Peu importe : Juana Molina ne chante pas, elle murmure, épurant les motifs pour mieux densifier les textures, sophistiquées et particulièrement variées sur ce nouvel opus.

Entre vocalises éthérées et soupirs synthétiques, les mélodies flottent, nimbées de merveilleux, sur des boucles délicatement hypnotiques. Dans cet univers un peu froid, étrangement entêtant, deux titres rendent addict : le sublime Lentísimo Halo, hanté par de lointaines discordances, fascinant par son immobilité ouateuse, et A00 B01, dont la rengaine acidulée se cale sur le beat sonore d'un métronome. — Anne Berthod

| 1 CD Crammed Discs/Wagram.

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Rock'n'roll Consciousness

Pour Thurston Moore, la vie après Sonic Youth serait donc un long riff tranquille. Enfin, presque. Parce que l'Américain leptosome, à l'approche de la soixantaine, a l'air de bien s'occuper depuis sa relocalisation à Londres il y a trois ans, multipliant les projets artistiques. Mais qu'il le veuille ou non, la six cordes demeure l'instrument préféré du noise rocker intello. Et, après l'excellent The Best Day en 2014, Moore, toujours accompagné du fidèle Steve Shelley aux fûts et de la bassiste Debbie Googe, se donne de nouveau, avec le jeune James Sedwards, à coeur joie au plaisir de la joute guitaristique.

Point de distorsions extrêmes ou de déluges dissonants ici (bon, légèrement, en fin d'album, sur Rock'n'roll Consciousness), juste une succession de cinq titres qui prennent leur temps, entre cadence électrique hypnotique, accélération progressive de tempo, quelques carillonnages à la The Edge, un parti pris mélodique et vocal qui n'est pas sans évoquer le Hawkwind de Robert Calvert. Et, tout de même, quelques solos biens sentis (notamment sur Turn on et Smoke of dreams). Le tout rythmé, charpenté, délicatement énervé, élégamment répétitif. Une sorte de bruitisme apaisé. Bel oxymore, bon disque. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Caroline.

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