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1 mai 2017

Qui est Kekra, l’ovni masqué du rap français ?

Capture d'écran du clip "Pas Joli" de Kekra

“Je suis né le jour où mes sons sont sortis sur YouTube.” Kekra n’est pas compliqué. Il suit les modes, ne parle pas ou peu, reste fidèle à son concept de rappeur masqué. Un Zorro rap du 92 qui ne venge personne, qui roule pour lui. Quoique. Celui qui cartonne avec son second album, Vréel 2, est plus altruiste qu’il n’y paraît. Si il ne se dévoile pas, c’est parce qu’il a découvert qu’en Asie, beaucoup de gens portent un masque non pas pour se protéger des virus ou de la pollution, mais aussi pour ne pas contaminer les autres. Que peut-il bien y avoir chez Kekra de si contagieux ? Mystère, comme pour sa véritable identité, qui se limitera à un type talentueux originaire de Courbevoie. Certains lui prêtent des racines marocaines, on ne se risquera pas à l’affirmer. On sait à quoi ressemblent Kalash Criminel ou Siboy sous leur cagoule. Mais rien sous le masque l’interprète de Vréel 2.

“C’est ma musique qu’il faut écouter”

Kekra a l’air de sortir de nulle part. D’autant qu’il a démarré le rap il y a peu, dans des freestyles entre potes, sans réellement penser en faire quoi que ce soit. Sauf que deux mixtapes plus tard, Free Base (2015) et Freebase 2 (2016), forcé de constater qu’il y a quelque chose à tirer de ces prédispositions au flow et de ce concept d’anonymat. Et ce qu’il y a à tirer, c’est avant tout de l’argent. “C’est moins risqué qu’un autre business”, nous avouait-il en 2016 lors de la sortie de son premier album, Vréel. Il le dit d’ailleurs sur Laissez Moi : “J’écris couplet pharmaceutique / Tout ça pour faire de la maille / Tout ce qui compte c’est faire la maille / J’veux pas finir sur la paille”. Vu le succès actuel de Vréel 2, c’est peu probable en effet.

Kekra ne donne pas d’interview en 2017. Il était déjà compliqué de lui tirer les vers du nez, là, le concept va plus loin. L’an dernier, il nous confiait tout de même : “Je ne veux pas qu’on s’attarde sur moi, c’est ma musique qu’il faut écouter.” Ce que l’on sait par contre, c’est que Kekra est un voyageur. La Thaïlande est sa résidence secondaire, il y va au moins une fois par an, tourne ses clips là-bas (Pas Payé) mais aussi au Japon (Envoie la monnaie) ou plus récemment au Togo et aux Philippines (Sans Visage). Même ses textes semblent rédigés durant de longs trajets, comme celui de Styliste : “J’écris ce qui pue le vécu sur un coup de tête […] Pendant que je roule dans le wagon de ma couchette”. Toujours masqué, bien sûr, voir capuché.

Booba et Young Thug

Vréel avait des allures de panorama. Le concept entre le “vrai” et le “réel” était raccord avec l’ambiguïté entre le rappeur et le personnage. Mais le rap français a changé en un an, Kekra aussi logiquement. Cette fois, si le concept reste, le parti pris mélodique est plus fort, et ce dès les premiers beats de Vréel 2. L’excellent Walou ouvre un album aux basses drones (Family), aux beats parfois très électroniques (9 Milli), à l’autotune plus subtil, plus généralisé aussi que sur ses précédents projets. Le titre Sans Visage est envoyé au front comme single pour à la fois asseoir le concept du bonhomme et pour scander : “Sans visage, m’écarter de la hess, j’envisage / Ces bâtards d’rageux voudraient pouvoir me stopper / Pendant que la famille elle voudrait me voir exploser”.

Il doit aussi le succès de Vréel 2 à son titre 9 Milli, banger chelou teinté de grime, au clip le mettant en scène dans la capitale nippone, à cavaler entre les néons, les gigantesques passages cloutés bondés et les stations de métro sans âme. Plus ça va, plus les références à l’Asie sont nombreuses. Normal pour un féru de mangas. Il y a Young Thug aussi, qu’il cite régulièrement, et puis Booba, du 92 comme lui, qui lui a filé un sacré coup de pouce en postant certaines de ses actus sur ses réseaux l’an dernier.

Le 20 mai à la Gaité Lyrique

Sur Vréel 2, Kekra et son masque de chirurgien ne font pas dans la dentelle. Il sort le scalpel, sans anesthésie, comme sur P.P.R. : “La compét’ j’la connais ap, elle voudrait m’voir flancher / Walking Dead, l’objectif c’est leurs crânes tranchés”. Sans tomber dans la métagore, dans l’odieux jouissif ou dans l’obsénité. Kekra reste relativement sage, mais terriblement chirurgical. Assagi ? Pas forcément, mais le spleen qui construit actuellement bon nombre de carrières dans le rap est sous-jacent : “Ma cité qui brûle vue d’l’hélico’ / Je vois souvent ça quand je songe la nuit / Regard glaçant comme eskimo / Jamais je m’endors sans les rideaux / Cause de ma mort dans l’édito / Je n’veux pas lire de bouquin sur ma vie / J’préfère la monnaie au punani / J’me rappelle des grosses journées sous qualif’ / Récupération d’lovés sous canif”, sur Trop Loin.

Prochaine étape, les lives. A Paris à la Gaité Lyrique le 20 mai, mais aussi à Roubaix deux jours plus tôt, à la Cave aux Poètes. Pas sûr que le bonhomme se targue de faire de la poésie, mais il faut aller voir l’énergumène sur scène pour mieux le comprendre. Sans espérer y voir son visage, évidemment.

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Les 20 concerts immanquables du mois de mai dans toute la France

Capture d'écran Youtube du clip "Tomboy"

Møme. et Mai Lan en tournée pour Le Ricard Live Tour, du 2 au 12 mai 

Le DJ niçois et la chanteuse française sont les têtes d’affiche de la tournée du Ricard S.A Live Music cette année. Ils seront le 2 mai à Caen, le 3 à Rennes, le 4 à la Rochelle, le 9 à Lyon, le 10 à Montpellier, le 11 à Toulouse, le 12 à Clermont-Ferrand. Tous les concerts à travers la France sont totalement gratuits.

The Wytches à Paris, le 2 mai au Supersonic 

Si les Arctic Monkeys s’étaient transformés en zombie, ils auraient joué comme The Wytches. Ces sorciers anglais du rock-garage complètement perchés chantent leurs incantations à coups de guitares nerveuses, et en feront la démonstration à Paris, au Supersonic lors d’une soirée baptisée le Club Psychedelia, consacrée au genre psyché. Ils seront supportés en première partie par un jeune groupe d’Angers, The Mirrors.

Rocky à Paris, le 3 mai à la Gaité Lyrique

Formés entre Lille et Paris, les membres groupe Rocky commencent tout juste à se faire connaître du grand public, malgré plusieurs années d’activité et de concerts derrière eux. Leur pop empreinte de disco, de reggae et de house fonctionne aussi bien sur album que sur scène.

Ana Zimmer à Paris, le 4 mai au Pop Up du Label 

Son nom ne vous dit peut-être rien (pour l’instant !), sa voix ne devrait pas vous être inconnue. La jeune Ana Zimmer figurait en featuring sur la chanson Fog du trio d’électronique français Jabberwocky, en 2015. Depuis, elle a sorti son premier single et un album pourrait bien être en préparation. Raison de plus pour découvrir une des artistes françaises qu’il faut surveiller de près, cette année. Vimala, Portland et Royaume en DJ set sont aussi à l’affiche de la soirée.

Bootchy Temple à Paris, le 5 mai à La Mécanique Ondulatoire

Signé chez l’excellent label rock et indépendant Howlin Banana, le groupe bordelais Bootchy Temple réserve de bonnes surprises cette année avec une série de concerts et la sortie d’un second disque, Childish Bazar. Ils le dévoilent en avant-première début mai à Paris, à l’occasion d’une release party rythmée par les concerts de Th Da Freak et Chiens de Faïence. Ambiance rock-psyché et bière tiède assurée.

Columbine à Rennes, le 12 mai à L’étage

Le collectif de jeunes rappeurs rennais se lance dans une tournée française à partir de mai, sauf que toutes les dates sont déjà complètes : Sannois, Paris, Marseille… Toutes sauf celle de leur passage à Rennes à la salle de l’Etage. Si vous souhaitez découvrir la nouvelle sensation rap français sur scène, ne tardez pas trop, il n’y en aura pas pour tout le monde.

Roméo Elvis à Paris le 13 mai à la Maroquinerie

L’autre rappeur qui n’a pas 30 ans et qui possède tout le potentiel pour percer dans le game du rap francophone c’est Roméo Elvis. Débarqué de Belgique, le jeune garçon a su convaincre une communauté de fans qui ne cesse de croître grâce à ses punchlines bien placées et un flow agressif mais jamais lourdaud.

Thee Oh Sees à Paris, le 14 mai au Trabendo

Doit-on encore prendre la peine de présenter John Dwyer ? Leader des Thee Oh Sees, c’est lui qu’il faut remercier pour avoir fait découvrir au monde entier le prolifique et fougueux Ty Segall, car ci-dernier est le maître du rock garage californien, John Dwyer et sa bande de San Francisco en sont les rois.

Clara Luciani à Paris le 16 mai au Point Epehemère

Lauréate du tremplin des InRocKs Lab en 2016, Clara Luciani vient tout juste de sortir son premier EP, Monstre d’Amour, qu’elle aura le plaisir de présenter au public du Point Ephémère. Amateurs de chanson française moderne et de pop obscure, Clara Luciani va vous séduire.

Peter Von Poehl à Toulouse, le 17 mai au Connexion Live

L’artiste suédois est de retour avec un nouveau disque (seulement son troisième long-format), baptisé Sympathetic Magic, où se mêlent orchestrations, symphonies et poésie mélodieuses. Une sensibilité qui n’a pas pris une ride, 11 ans après la sortie de son premier enregistrement. A saisir en live.

Agnes Obel à Bordeaux, le 17 mai au Krakatoa

Son album Philharmonics, paru en 2010, avait bouleversé la chanson anglophone avec des titres dignes du talent de Jeff Buckley. En 2016, l’auteure-compositrice-interprète danoise signe un nouvel album, Citizen Of Glass, d’une mélancolie profonde et repart à la rencontre de son public français, ce mois-ci.

Peter Peter et Requin Chagrin à Tourcoing le 19 mai au Grand Mix 

Le premier est un chanteur et compositeur de variété évoluée originaire de Québec. Il a fait ses preuves sur trois disques dont le dernier en date, Noir Eden paru l’été dernier en France. Le second groupe est un quatuor français, issu de la nouvelle génération de la chanson française. Dans la veine de Paradis et Fischach, Requin Chagrin suggère une musique sautillante, parée de textes qui plongeraient n’importe qui dans un doux spleen.

Jeff Mills à Strasbourg, le 24 mai à la Laiterie 

Grand papa de la techno de Détroit, Jeff Mills s’impose comme l’avant-gardiste de la musique électronique et une de ses figures contemporaines les plus influentes aujourd’hui. Unis avec les forces des DJ Vril et Spencer Parker, le DJ a monté le projet Echo et offre une expérience inédite aux amateurs du genre. C’est aussi l’occasion de découvrir celui qui, en 2006, avait transformé le site du Pont du Gard de Montpellier en incroyable dancefloor avec l’aide de l’Orchestre philharmonique de la ville.

Les Nuits Sonores à Lyon, du 24 au 28 mai

Le festival des Nuits Sonores fête ses 15 ans et le fait avec panache ! Au programme, des journées et des nuits mouvementées, rythmées par des artistes reconnus ou des talents à découvrir. Parmi eux, la sibérienne Nina Kraviz, la DJ native de Chicago The Black Madonna, le duo anglais The Chemical Brothers, Vitalic, mais aussi Stormzy a.k.a le roi du grime, ou encore les français d’Agar Agar.

L’Afterwork des InRocks Lab #3 Bleu Toucan + Collectif Petrole le 25 mai 

A chaque mois, sa soirée organisée par les InRocKs Lab. Après avoir présenté Jordan Lee à Montpellier, il est temps de vous faire découvrir les mélodies tropicales de Bleu Toucan, et le Collectif Petrole qui, s’il s’adonne autant à la musique qu’aux arts visuels, promet de réchauffer la soirée à base de productions hip hop instrumentale, mêlée de house.

Villette Sonique à Paris, du 25 au 31 mai 

La Villette se mesure à la vitesse du son pour la onzième édition de son festival. La Villette Sonique propose une semaine de concerts, avec une multitude d’artistes venus des quatre coins du monde, afin de fêter le printemps. Au programme : la rappeuse féministe qui monte Princess Nokia, la formation française de rock expérimental Cheveu en compagnie du groupe Doueh, le DJ français Flavien Berger et bien d’autres.

Actress à Paris, le 26 mai aux Nuits Fauves 

Avec son album AZD, paru en avril, l’OVNI de la musique électronique a pondu un album bien plus accessible qui ravira les squatteurs de club. Un set à découvrir au bord des quais d’Austerlitz, pour une soirée qui nous rappelle que l’été n’est plus très loin.

Morgan Delt à Bordeaux, le 29 mai à l’Iboat 

Encore méconnu du grand public, le musicien californien a toutes les raisons de trouver sa place sous le feu des projecteurs. Avec un premier album sorti en 2014, qui n’a pas vraiment défrayer la chronique, il est de retour cette fois chez la label Sub Pop, avec le disque Phase Zero qui plane entre les compos de Beck et l’univers de Flaming Lips.

Pond à Paris, le 30 mai à la Gaité Lyrique

Les australiens n’en sont pas à leur coup d’essai et pour cause : plusieurs de ses membres officient déjà dans des groupes dont Jay Watson, batteur de Tame Impala  par exemple. La formation psychédélique, née à Perth, délivre le 5 mai un nouveau disque, The Weather, à tester sur scène.

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