Actu musique

26 avril 2017

PNL repousse sa tournée

Capture d'écran du clip "La vie est belle" de PNL

PNL a annoncé ce mercredi 26 avril sur Facebook le report de sa tournée, au motif qu’ils ne seraient pas encore assez satisfaits de leur live pour le présenter à leurs fans :

“On a besoin d’aller au bout de nos idées pour que ce spectacle soit à la hauteur de ce qu’on veut faire, cela nous demande donc plus de temps que prévu. Nous voulons vraiment faire des spectacles dignes de vous et de nous-mêmes : on n’arrivera pas sur scène sans faire des concerts de fou !”

Un argument qui se tient au vu du concert très bancal qu’avaient délivré NOS et Ademo au festival We Love Green, à Paris, en juin dernier.

Comme ils l’expliquent ci-dessus, les dates ne sont pas annulées mais bien reportées au mois de novembre. Les billets achetés sont donc toujours valables. En cas d’indisponibilité, les spectateurs ont jusqu’au 13 juillet pour se faire rembourser.

Une date supplémentaire pour se faire pardonner 

PNL en profite pour annoncer une date supplémentaire à l’AccorHotels Arena de Paris le 21 novembre 2017. Des préventes auront lieu le 3 mai à 10h. La billetterie ouvrira quant à elle le 5 à 10h.

Le duo des Tarterêts n’avait déjà pas pu assurer ses deux dates au festival Coachella les dimanche 16 et 23 avril. Le motif était cette fois bien différent: Ademo n’avait pas reçu de VISA lui permettant d’entrer sur le territoire américain.

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Kas Product : “Avec la maturité, nous sommes devenus plus sauvages, plus punk”

A l'aube des années 80, ils ont marqué la France de leurs morceaux new wave sous haute tension. Le label Soul Jazz réédite quelques albums et le duo se reforme pour une série de dates internationales, faisant mentir “Never Come Back”, leur titre emblématique de 1982. La “prêtresse noire” américaine Mona Soyoc et le clavier lorrain à la mèche légendaire Spatsz se prêtent au jeu des questions post-it.

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Les sales gosses du dancehall, enfant terrible du reggae

Sean Paul à New York en mars 2017 (© Scott Gries / Getty Images North America / AFP)

Buju Banton
Se faisant d’abord connaître comme maître du slackness, hypermacho à tendance homophobe, il se convertit au rastafarisme au milieu des années 1990 pour devenir un ambassadeur du spiritual dancehall.

Beenie Man
Reconnaissable à son allure de dandy caribéen, l’éternel rival de Bounty Killer fut d’abord un enfant prodige du dancehall, qui commença à toaster dès l’âge de 5 ans et se retrouva adoubé par plusieurs DJ avant sa majorité. La consécration internationale arriva un peu plus tard, au début des années 1990, avec la sortie de l’album Blessed. Après avoir obtenu quantité de hits en Jamaïque, Beenie Man a su se diversifier avec intelligence, élargissant sa palette vocale du toast au chant et allant jusqu’à enregistrer de la country à Nashville.

Vybz Kartel
Né en 1976, Vybz Kartel ne s’impose vraiment qu’avec la sortie en 2003 de son premier album Up 2 di Time. Il surclasse rapidement la concurrence en cultivant à l’excès tous les clichés du gangsta et en jouant au businessman dévergondé (création d’une marque de capotes à son nom, passage dans une émission de télé-réalité, etc.). En 2013, le réel rattrape la frime et contraint le mauvais garçon à purger une peine à perpétuité pour meurtre. Ce qui ne l’empêche pas de sortir de nouveaux disques largement plébiscités par le public et d’accumuler les millions de vues sur YouTube.

Bounty Killer
Sorti du ghetto de Trenchtown, où il avait connu la pauvreté, les guerres de gangs et ramassé une balle à l’âge de 14 ans, Bounty Killer règne sur le dancehall des années 1990 et 2000 à la manière d’un seigneur de la guerre (il ne rechigne pas à se faire appeler Warlord), imposant ses vociférations gutturales, ses rimes ultraviolentes et ses affinités avec le hip-hop. Resté connecté à la source, il n’a jamais cessé d’inspirer le respect des toasters hardcore.

Yellowman
Albinos, il retourne à son avantage son infirmité pour en faire un gimmick infaillible. Ses textes le dépeignent comme sexy et irrésistible auprès des filles. En lui, au début des années 1980, le dancehall trouve à la fois son roi et son bouffon.

Shabba Ranks
Premier artiste à avoir conquis le marché américain avec une fusion reggae-hip-hop. Il est l’équivalent jamaïcain d’un 2Pac du dancehall.

Shaggy
Né en Jamaïque, Shaggy a grandi à Brooklyn. Il a définitivement introduit le style dancehall dans le paysage musical américain, notamment à la suite de son duo avec le rappeur Grand Puba, Why You Treat Me So Bad, en 1995.

Sean Paul
La star jamaïcaine la plus en vue ces dernières années. Il a réussi à imposer un genre de dancehall mainstream, notamment aux Etats-Unis.

Capleton
Parmi les furieux rimeurs apparus au début des années 1990, Capleton a réussi à se tailler une place de roi en gardant un pied dans le dancehall et l’autre dans le reggae. Son attachement au rastafarisme et ses manières prophétiques parfois un peu assommantes se conjuguent ainsi avec une science précise du phrasé rugueux du dancehall, dont il ne néglige aucun aspect, pas même le slackness, a priori très éloigné de l’austérité rasta. Cette ambiguïté lui a permis de collaborer avec des pointures du rap américain et de garder sa renommée intacte.

Busy Signal
Repéré à l’âge de 20 ans par Bounty Killer, Busy Signal intègre d’abord le collectif The Alliance, avant de voler de ses propres ailes en enregistrant en 2005 un énorme tube, Step Out. Dès lors, on ne cesse plus de le voir et de l’entendre, l’homme affichant une discipline de guerrier et se montrant capable d’aborder les registres les plus variés (latin, hip-hop, reggae…). Malgré un petit séjour en prison pour une histoire de cocaïne en 2012, il continue de siéger parmi les aristocrates incontestables du dancehall.

Sizzla
Fer de lance du mouvement conscious dancehall. Avec Capleton et Buju Banton, il est l’un des artisans, à la fin des années 1990, d’un retour vers des textes empreints de spiritualité après une ère profondément marquée par le slackness et les gun lyrics.


Hors série Une histoire du reggae, en kiosque et sur notre Inrocks store

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Rotana, la voix pop féministe venue d'Arabie saoudite

A 28 ans, la chanteuse saoudienne installée à Los Angeles ose afficher son corps et défend la cause des femmes avec des chansons où les attaques envers certaines traditions du Moyen-Orient sont à peine voilées…

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Une prog dingue pour le concert des 50 ans du Velvet Underground

The Velvet Underground. Crédit : Wilson Bilkovich, Flikr.

Le 12 mars 1967, le premier album du Velvet Underground voyait le jour : The Velvet Underground & Nico. Produit par Andy Warhol et leadé par Lou Reed et John Cale (rien que ça), l’album connaîtra un échec à sa sortie, jugé trop en décalage de la tendance du flower power. Il est aujourd’hui classé 13ème meilleur album de tous les temps selon Rolling Stone Magazine.

Après la Philarmonie de Paris, les docks de Liverpool 

Il y a deux John Cale s’installait à Paris le temps d’une soirée afin de fêter (en avance) les cinquante ans de l’album à la Philarmonie, notamment accompagné d’Animal Collective et des Libertines. “Je savais qu’un jour ou l’autre il me faudrait affronter ces fantômes, alors autant le faire avec élégance” avait-il déclaré aux Inrocks quelques semaines avant ce concert historique.

50th Anniversary Celebration of VU & Nico album –#LouReed #JohnCale #SterlingMorrison #MoeTucker #Nico pic.twitter.com/y9Ma8fAC1z

— John Cale (@therealjohncale) 24 octobre 2016

Et il semble visiblement prêt à les affronter de nouveau. En octobre dernier, l’artiste annonçait en effet une seconde soirée européenne célébrant l’anniversaire de l’album à la pochette iconique.
Sur Pitchfork, on peut lire un extrait d’une de ces déclarations à ce propos :

“Je suis souvent réticent à passer trop de temps sur les choses du passé, mais le temps a fait que The Velvet Underground & Nico a eu 50 ans ! Comme beaucoup de groupes peuvent l’attester, c’est le rêve ultime de fêter ça pour son premier album (…) Lou et moi n’avons jamais douté que nous pouvions créer et travailler quelque chose qui était inexploré dans le rock de l’époque. L’alliance étrange de quatre musiciens et d’une reine de la beauté résument parfaitement ce que signifie être le Velvet.”

Les 50 ans de l’album “Velvet Underground & Nico” Ça se fête ! pic.twitter.com/unLQdT0H3B

— Nicolas Pinault (@Nicolas_Pinault) 12 mars 2017

The Kills, Fat White Family, Wild Beasts… 

Prévu pour le 26 mai, cette fois-ci à Liverpool, le concert verra défiler les invités de marque. On retrouvera le duo de The Kills, les natifs de Liverpool Clinic, le rock indépendant de Wild Beasts, le musicien gallois Gruff Rhys, la chant troublant de Nadine Shah, ainsi que Fat White Family.

Toujours sur Pitchfork, John Cale termine :

“C’est un tel privilège d’avoir des artistes de ce calibre avec moi. Ce n’est pas forcément qu’ils font partie de la légende, c’est plutôt que la légende fait partie de chacun d’eux.”

Si le concert est déjà complet, les plus chanceux pourront peut-être dénicher des tickets à la revente…

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Damon Albarn et Noel Gallagher se paient Liam Gallagher…

(Crédit photos : Toni Rosado/bSides/Ben Houdijk/ Flickr)

La gué-guerre entre les frères Gallagher, fondateurs de feu Oasis, continue. Sauf que cette fois-ci, un tiers inattendu a rejoint la cause de Noel : Damon Albarn. Personne n’aurait imaginé qu’un jour, un membre de Blur et un autre d’Oasis finiraient par s’entendre et enregistrer un morceau ensemble. C’est pourtant ce qui est arrivé sur le titre We Got The Power, qui figure sur le nouvel album de Gorillaz. 

Tous deux en promo pour la sortie imminente de Humanz, à paraître le 28 avril, Damon Albarn et Noel Gallagher sont revenus sur l’histoire de leur collaboration et en ont profité pour lancer quelques piques à l’ex-chanteur d’Oasis. Dans une interview pour le magazine New York, Damon raconte :

 “Assez joyeusement, j’ai promis à Noel qu’il pourrait être sur ce disque. Il était genre : ‘Je veux être sur le prochain Gorillaz’, et j’étais là : ‘Bien sûr’. J’ai pensé que ce serait mignon, l’idée qu’on chante ensemble sur le pouvoir de s’aimer les uns les autres”

L’artiste londonien poursuit, un peu narquois : “Evidemment, personne n’a demandé à Liam ce qu’il pensait de la chanson, pour le moment.”

Et si le journaliste rappelle à Damon Albarn que Liam avait beaucoup aimé The Magic Whip, le dernier album en date de Blur, il répond que, sur ce disque, il n’y a pas de collaboration entre lui-même et Noel Gallagher.

Après avoir assuré que Damon Albarn aurait du jouer sur l’album qu’il finit de préparer, Noel Gallagher balance au journaliste, au sujet de son petit frère :

“Ecoutez, tout le monde s’en contre-fout de savoir ce que pense Liam.”

Ce n’est pas demain qu’on peut s’attendre à une réunion d’Oasis…

Quand Noel souhaitait que Damon attrape le SIDA

La fratrie Gallagher n’est jamais parvenue à s’entendre correctement à un tel point que leurs conflits répétitifs ont mené à la séparation d’Oasis en 2009. Encore aujourd’hui, Liam dépense beaucoup d’énergie à commenter et insulter son frère su Twitter, bien qu’il soit largement ignoré par son frère. Cette querelle  fraternelle aurait contribué à la réconciliation entre Noel et Damon, autrefois meilleurs ennemis.

POTATO pic.twitter.com/yPPwh3BwNx

— Liam Gallagher (@liamgallagher) July 9, 2016

Lors de l’âge d’or de la brit-pop, dans les années 1990, Oasis et Blur apparaissait dans les médias culturels comme les deux groupes rivaux, les premiers représentaient Manchester, les seconds Londres. En 1995, a eu lieu la bataille des singles puis la guerre des albums. Si Blur remporta la première grâce à Country House face à Roll With It, Oasis sortira vainqueur grâce aux ventes de leur second album, (What’s The Story) Morning Glory ?. Si a l’époque, Blur et ses membres faisaient preuve de subtilité dans ce duel médiatique, Noel Gallagher n’avait pas hésité à souhaiter publiquement que Damon Albarn choppe un jour le SIDA. Apparemment, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis.

Lors de notre dernière interview avec Damon Albarn pour la sortie du nouveau Gorillaz, il nous disait :

“Au départ, j’avais aussi demandé à Graham de nous accompagner sur ce morceau. Mais je me suis dit que ça faisait peut-être un peu too much, non ? Il me tarde de savoir ce que Liam pense de cette chanson en tout cas… Je pense qu’il réagira sur Twitter.”

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Découvrez les photos de “Wu Lab” : la première expo consacrée au Wu-Tang

Extrait de l'affiche du Wu Lab Expo

A l’occasion des 25 ans de carrière d’un des groupes mythiques du rap américain, une exposition inédite baptisée WU LAB Exhibition, se tiendra en avant-première mondiale du 5 au 18 mai à La Place, centre culturel hip-hop parisien.

“L’idée c’est de permettre au grand public de se plonger dans l’imaginaire ultra prolifique du groupe”

A cette occasion, une collection d’objets uniques seront dévoilés : peintures, disques et pochettes d’albums, vêtements en série limitée, photographies inédites, objets d’art.. Un vrai bonheur pour tous les fans.

Cette rétrospective a été imaginée par John Mook Gibbons (cousin de RZA et PDG de Wu Tang Management) et Olivier Annet N’Guessan (journaliste). Ce dernier revient sur cet événement sans précédent :

“L’idée c’est de permettre au grand public de se plonger dans l’imaginaire ultra prolifique du groupe, dont le logo et plus largement l’esthétique ont inspiré des dizaines d’artistes en tout genre : stylistes, designers…”

Pour vous faire patienter, en voici déjà quelques extraits :

crédit photo Arash Khaksari

Black and Yellow Dunk Gas Mask

Wu Tang x Nike : Dunk Hi Lego Replica

Swarovski by Lala Van der Vecken

crédit : Method Man

Wu Tears It Up par Gaijin

Les temps forts de l’exposition

Vendredi 5 mai dès 18H
*Projection du documentaire Wu, The Story of The Wu Tang Clan de Gerald Barclay
*Vernissage public en présence de DJs officiels du Wu Tang

Mercredi 10 mai – après-midi
* Kids’N Play spécial Wu-Tang : visite de l’exposition et ateliers pour enfants

Jeudi 11 mai – en soirée
*Présentation du livre WU LAB d’Olivier Annet N’Guessan (Serious Publishing). Il vous est possible de contribuer à l’édition de ce livre grâce à une campagne de crowdfunding.

Crédit: Pascal Sacleux

Une exposition itinérante

Après avoir été présentée en avant-première à La Place, l’exposition WU LAB prendra la route pour une tournée mondiale en 2018. La prochaine étape étant prévue à Londres.

Le groupe Wu Tang est leadé par le producteur RZA et composé de neuf membres. Leur discographie a marqué définitivement l’histoire du rap mondial, avec un premier disque paru en 1996 Enter the Wu Tang (36 chambers) considéré comme un des meilleurs albums publiés, mais aussi 5 millions d’exemplaires écoulés pour Wu-Tang Forever (1997). Leur dernier album a quant à lui été vendu aux enchères à un seul et unique exemplaire, pour deux millions de dollars (ce qui fait de lui le disque le plus cher jamais acheté).

WU LAB Exhibition, du 5 au 18 mai
La Place, centre culturel hip-hop (10 passage de la Canopée, 75001 Paris)
Plus d’infos sur l’événement facebook

Les Inrocks - musique

Le Printemps de Bourges 2017 : un cru d’exception

Camille est de retour (© Antoine Monégier du Sorbier)

La 41e édition du Printemps de Bourges restera dans les annales. D’abord par le nombre de spectateurs recensés. Avec 79 312 billets vendus, ce rendez-vous annuel, coup d’envoi de la saison des festivals, établit un nouveau record de fréquentation. Autre singularité, l’imperturbable beau temps qui s’est maintenu tout au long de la semaine sur la cité berruyère.

Sous un ciel insolent d’azur, cette version 2017 aurait pu même compter parmi les plus agréables à vivre si le soir venu ne se propageait un froid piquant fort. De quoi enrhumer ceux qui à la manière des cochons truffiers voulaient flairer le fond de l’air dans l’espoir d’y repérer le concert à ne pas rater. Mais l’offre étant riche, et variée, et on s’est quand même au final retrouvé à ne plus savoir où donner du groin.

La cold soul d’Otzeki

Le duo londonien d’Otzeki se situe aux confins des genres, sur une frontière virtuelle et perméable où s’interpénètrent la pop morose de The XX, la soul boréale de James Blake et le dub granulaire à la Pole. Avec parfois, ici ou là, une touche bluesy apportant cet indispensable supplément d’âme sans lequel tout serait vain ici bas. Les pieds nus, les deux cousins Joel et Mike ont proposé au Théâtre Jacques Cœur un set d’une trentaine de minutes fort séduisant, et ce malgré un public assez amorphe en cette fin d’après-midi. Une léthargie qui par contraste a fait ressortir l’insidieuse chaleur d’une musique pourtant réduite au strict minimalisme (synthé + guitare). On a aimé le potentiel dansant des morceaux, cette manière de rendre sexy ces petites bombes de pathos post-adolescent que les deux garçons font exploser avec une évidente et contagieuse jubilation.

Le retour gagnant de Camille

Cela faisait presque cinq ans que la chanteuse n’avait pas mit le bout de son nez dehors. Aussi ce concert à l’Auditorium était il l’un des plus guettés de la programmation. D’autant plus attendu qu’il s’agissait de la mise à feu d’une tournée dont le premier combustible est un nouvel album, Ouï, à paraître en juin. Dans une mise en scène à la symbolique incertaine – que l’on a pu parfois interpréter comme un hommage subliminal rendu à Yemayah, déesse de l’Océan et de la maternité dans le panthéon yoruba – Camille est revenu au monde (du moins à celui du spectacle) sous un drap de lin bleu auquel, par la suite, elle a donné tour à tour un rôle de burqa, de voile monial, de paravent et même de robe flamenca.

C’est qu’il y a plusieurs femmes sous la Camille, toutes servies par cette voix qui joue à la perfection de sa souple tessiture. On sait depuis Le Fil qu’elle accorde tant d’importance à la voix humaine qu’elle en a fait, avec les percussions, la source exclusive de son univers musical. Une démarche reconduite et amplifiée sur scène où elle déflore quelques joyaux de son nouveau recueil comme Fille à papa ou Nuit debout et propose un raccourci de ses œuvres passées, de Paris au désormais classique Ilo Veyou.

Et quand elle trouve que d’avoir trois choristes au renfort de ses vertigineuses vocalises ne suffit plus, elle invite des personnes du public à venir la rejoindre afin de transformer une chanson à boire du XVe siècle en canon (forcément). Et c’est ainsi qu’un simple concert se change en master class. Après deux heures de prestation haut de gamme, elle se lancera en toute fin dans une bouleversante version de Cucurrucucu Paloma, célèbre chanson d’amour du mexicain Thomas Mendez, à laquelle elle donnera la valeur d’un message de paix (le titre évoque le roucoulement caractéristique de la colombe à la saison des amours). Bref, un retour gagnant pour une artiste dont l’immense talent, le sens esthétique et l’humanité ont su trouver leur unité devant un public comblé.

Pause déjeuner avec Ash Kidd

Il est 14 h dans les salles jumelles du 22 où quelques nouveaux champions du rap français entrent en piste et se passent le relais comme pour un 4X100 mètres olympiques. Le plus en jambe est Ash Kidd et son lover rap qui rameute des gamines dont beaucoup portent appareils aux dents et des piercings aux narines. Ce qui donne à leurs cris d’adoration pour le bogosse de Strasbourg une sonorité presque métallique.

Ash Kidd (© Christophe Crénel)

D’après le programme, Ash Kidd plonge “dans l’interstice entre trillwave et mainstream rap”. Une niche à l’évidence féconde vu l’émoi suscité. Ses textes parlent essentiellement d’amour et de sexe sous l’angle de l’addiction. Les références à la cocaïne, au crack, à la fumette y sont d’ailleurs légion. Les jeunes filles redoublent de cris quand il entonne son tube Nostalgie (avec citation du groupe Indochine s’il vous plaît). Et comme elles connaissent les paroles mieux que leurs identités remarquables en maths, le bogosse ne se donne même plus la peine de chanter.

C’est alors une forêt de portables qui s’élève pour immortaliser cet instant sublimissime. Il y en a tant qui aimeraient lui transmettre leur 06 que certaines, à force de vouloir l’approcher, iront jusqu’à s’évanouir. Imperturbable, d’une voix de mâle alpha s’adressant à sa fan base, Ash demande alors : “ça va Bourges ou quoi ?” Ben oui quoi, ça peut aller.

Cameron Avery, le dernier romantique

Les torch songs de Cameron Avery (© Antoine Monégier du Sorbier)

Autre bogosse de la sélection 2017, mais doté d’une sensibilité plus old school, cet Australien aura livré l’un des plus beaux moments de la semaine. Ancien membre du groupe néo-psychédélique Pond et bassiste temporaire au sein de Tame Impala, il décoche d’une voix de velours des torch songs à l’ancienne comme autant de flèches cupidoniennes dans des cœurs délaissés, ou à prendre. Mais là, foin de jeunes filles en fleurs ou en chaleur, ce sont les milfs dans la salle qui se montrent les plus troublées par ce lointain parent de Sinatra, proche cousin de Richard Hawley et Rufus Wainwright, qui confère à ses déboires amoureux une dimension théâtrale grâce à des arrangements d’une rare élégance. Incontestablement l’une des révélations de cette édition.

Aquaserge, la charge des tuniques noires

Faut-il que ce groupe soit pestiféré pour mériter de se retrouver ainsi, au seuil de la nuit sous une structure ouverte à tous les vents et sur une scène, la Pression Live, située dans la partie la plus foraine du festival au milieu des baraques à gaufres et des odeurs de hot dog. A cette heure, et à cet endroit, c’était à parier que même gratuit leur concert n’allait attirer que quelques avertis et une poignée de badauds de passage.

Mais Julien Gasc et sa bande semblent faire fi de ses conditions un peu particulières comme s’ils étaient réfugiés à l’intérieur d’une bulle. Ce qui tombe bien vu que leur musique ressemble un peu à du prog rock de bande dessinée, comme si les aventures musicales de l’école de Canterbury (Soft Machine, Caravan…) se retrouvaient mise au format ligne claire (un titre de leur dernier album s’intitule d’ailleurs Tintin on est bien mon loulou). Ils sont arrivés vêtus de longues tuniques noires brodées digne du festival d’Amougies en 1971 et ont délivré un set endiablé avec des moments complètement free où les deux nénettes du groupe, Audrey Ginestet à la basse et Manon Glibert, à la clarinette contribuèrent à de folles envolées rappelant les grandes heures d’un certain rock aussi désinhibé qu’utopiste.

The Sonics, l’improbable come-back des parrains du punk

Pour célébrer les 40 ans du mouvement punk étaient organisées sur le site une exposition photo et quelques causeries autour de thèmes tels que le do it yourself ou les Clash. Mais finalement le moment punk du festival fut le passage au 22 des Sonics, ces légendes du garage rock américain qui après plusieurs décennies d’extinction ont repris du service et pas pour rire.

The Sonics, punk not dead (© Jean-Philippe Robin)

La formation n’est pas l’originale puisque le chanteur Gerry Roslie et le guitariste Larry Parypa ont pris leur retraite. Mais autour du saxophoniste Rob Lind, dernier membre de la première heure, s’est reconstitué un noyau dur perpétuant l’esprit sauvage du groupe de Tacoma (Etat de Washington) et surtout ce son brut, abrasif, tout en riffs saturés et break saignants qui a établi leur réputation. En Freddie Dennis, ils ont aussi trouvé un screamer digne de reproduire les égosillements pénétrants de Roslie.

Ainsi les pierres de touche de leur répertoire comme Cinderella, Psycho, The Witch ou Strychnine retrouvent leurs vertus d’antan, à savoir cette méchanceté maniaque, cramée qui a inspiré plusieurs générations des Cramps à Nirvana et des White Stripes à Ty Segall. Ils usèrent aussi (voire abusèrent) de reprises de classiques du rock comme Keep A Knockin ou Louie Louie retrouvant par la même cette fonction de “party band” qui était la leur dès le début. Ils puisèrent aussi sans compter dans la track list de leur dernier album This is The Sonics paru en 2015 sur lequel figurent quelques moments grandioses comme Bad Betty, chanson qui ranime leur thème de prédilection, les femmes mauvaises, et un poilant Save The Planet avec ces sublimes paroles signées Roslie : “Sauvons cette planète, c’est la seule où l’on vous serve de la bière !”

Les Inrocks - musique

Nick Cave : “The problem most songwriters have in rock music is writing honest songs”

Eight months after the release of his acclaimed heart-wrenching album “Skeleton Tree”, and as a box set celebrates thirty years of The Bad Seeds, Nick Cave speaks at last. Confessions of a changed man who remains true to his art and emotions.

Télérama.fr - Musiques

Rostropovitch, Cellist of the century < Mstislav Rostropovitch

Il y a dix ans, le 27 avril 2007, la planète entière pleurait la disparition de Msti­slav « Slava » Rostropovitch, prodigieux violoncelliste devenu citoyen du monde par nécessité autant que par conscience morale. Né à Bakou, en Azerbaïdjan (à l'époque en URSS), le 27 mars 1927, le musicien n'avait pris sa retraite de soliste, vers 2005, que pour se consacrer à la direction d'orchestre et à la transmission tous azimuts. Mstislav Rostropovitch avait des mains extraordinaires, aux doigts longs et plats, qui se posaient sur les cordes avec agilité et fermeté. Plus que sa virtuosité, sans faille, c'est la puissance, la générosité et l'homogénéité du son produit, du registre le plus grave au plus aigu (où le violoncelle se faisait chanteur lyrique), qui a marqué ses auditeurs. Son jeu lui ressemblait : chaleureux, rayonnant, énergique, avec cette façon inimitable d'aller chercher ce qu'il y avait derrière les notes, d'absorber complètement les oeuvres et de les restituer en y laissant chaque fois un peu de lui-même. Warner Classics et Deutsche Grammophon lui rendent hommage avec deux coffrets consistants et complémentaires, qui balaient près d'un demi-siècle d'histoire déchirée et de musique fédératrice.

Le luxueux coffret Warner (40 CD, 3 DVD, un beau livre illustré retraçant le parcours de l'homme et du musicien) rassemble les enregistrements publiés par EMI, Teldec et Erato, et se concentre sur le violoncelliste. Evacuons tout de suite l'unique regret suscité par ce parti pris : l'absence de Lady Macbeth de Mzensk, opéra maudit de Chostakovitch, ressuscité en 1979 par Slava (à la direction) et sa charismatique épouse, la soprano Galina Vichnevskaïa (dans le rôle-titre). Pour le reste, que de trésors ! A côté des grands concertos romantiques qu'il défendait avec ferveur (comme celui de Dvorák, présent dans trois versions, dont celle, magnétique, dirigée par Seiji Ozawa), c'est le Rostropovitch créateur qui est mis à l'honneur, tôt soucieux d'agrandir son répertoire (il créa plus de deux cent trente oeuvres). « Chostakovitch fut mon professeur de composition. C'est lui qui me communiqua cette curiosité pour la musique contemporaine. Un compositeur qui n'est pas joué reste comme un photographe dont on ne développerait pas les pellicules. Comment pourrait-il juger la qualité de ses épreuves ? Aussi, je ne refusais jamais une oeuvre, même médiocre. Au pis, je la défendais avec une scrupuleuse honnêteté », expliquait-il en 1997 à Télérama. De fait, tout ne se vaut pas, mais aucun violoncelliste ne fait aujourd'hui l'impasse sur les concertos de Penderecki, Dutilleux ou Lutoslawski.

Autres morceaux de choix, malgré les scories techniques, les treize CD remplis de concerts pris sur le vif en Russie entre 1950 et 1970, sauvés de la destruction par des archivistes lucides, après la disgrâce et l'exil, de 1974 à 1990, du couple Rostropovitch, coupable d'avoir hébergé et soutenu l'écrivain Soljenitsyne (leur punition allant, en 1978, jusqu'à la déchéance de nationalité). Validés par Slava à son retour en Russie, ces enregistrements recèlent des joyaux, comme la création du deuxième concerto de Chostakovitch, les superbes et méconnus concertos de Nikolaï Miaskovski et Mieczyslaw Weinberg, le romanesque Concerto-Rhapsodie d'Aram Khatchatourian… et ce poignant Triple Concerto de Beethoven, avec Sviatoslav Richter et David Oïstrakh, capté de justesse à Moscou juste avant que Rostropovitch devienne un paria. Dernier cadeau, les Suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach. Deux CD pour l'écoute pure, deux DVD pour profiter de la captation vidéo, augmentée d'une extraordinaire leçon de musique prodiguée par l'artiste, expliquant et justifiant sa « vénération » pour cette oeuvre abordée dès ses 15 ans et enregistrée quand il se sentit enfin prêt… à l'âge de 63 ans.

Moins spectaculaire mais passionnant, le coffret-cube (37 CD) de Deut­sche Grammophon se veut plus éclectique : Rostropovitch y est violoncel­-liste, chef et pianiste — son premier instrument, qu'il se plaisait à utiliser pour accompagner Galina Vichnevskaïa dans ses récitals de chant. Le violoncelliste apparaît dans toute sa gloire, que ce soit dans les Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven (une cathédrale construite pierre par pierre avec Richter), les somptueux enregistrements Decca réalisés avec Benjamin Britten (dont deux des trois Suites pour violoncelle composées par le Britannique à l'intention de Rostropovitch, et une mythique Sonate pour arpeggione et piano, de Schubert), le concerto de Dvorák sous la direction de Karajan, la camaraderie chambriste avec Martha Argerich, Chopin et Schumann, le Concert à quatre composé par Olivier Messiaen… La présence du Rostropovitch chef d'orchestre intéresse surtout à titre documentaire, car le directeur musical, en dépit d'une évidente passion pour cet autre métier, n'eut pas le génie du soliste (en témoigne une décevante Cinquième Symphonie de Chostakovitch enregistrée avec le National Symphony Orchestra). Qu'importe, ce n'est pas l'image de Slava à la baguette que retiendra la postérité, mais celle, devenue une icône, qui le montre à Berlin au lendemain de la chute du Mur : un homme juché sur une mauvaise chaise, jouant du Bach les yeux fermés, en mémoire des morts et en action de grâce pour la réconciliation, enfin envisageable, de toutes ses vies. — Sophie Bourdais

| Rostropovitch, Cellist of the century, 40 CD, 3 DVD, un livre, Warner Classics, et Mstislav Rostropovitch, Complete Recordings on Deutsche Grammophon, 37 CD, Deutsche Grammophon.


Divin Évian

En France, qui fut l'une de ses terres d'accueil après l'exil, Mstislav Rostropovitch dirigea pendant plus de dix ans le festival de musique d'Evian. Son ami Antoine Riboud, pdg du groupe BSN (futur Danone), lui en confia la présidence en 1988 et commanda pour lui à l'architecte Patrick Bouchain une salle tout en bois, aux allures de datcha et à l'acoustique splendide : la Grange au lac. En perte de vitesse après le départ de Slava, les Rencontres musicales d'Evian ont ressuscité en 2014, sous la direction du Quatuor Modigliani. Consacrées cet été aux romantiques allemands, elles fêteront le 4 juillet le double anniversaire Rostropovitch en réunissant le jeune violoncelliste Edgar Moreau et le Mahler Chamber Orchestra, dirigé par Gustavo Dudamel, autour du Concerto pour violoncelle no 1 de Chostakovitch et de la Septième Symphonie de Beethoven (en direct sur Radio Classique).

| Du 1er au 9 juillet à Evian (74). www.rencontres-musicales-evian.fr

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Fail-Lure

En dix ans, les Allemands de Farsot ont fait évoluer leur black metal ultra dépressif vers un brillant amalgame de black, de post et de prog. Ce troisième album reste une tempête pleine de noirceur, où la guitare palpite, la batterie tonne, et le chant guttural se rapproche de temps en temps du râle démoniaque d'Attila Csihar, de Mayhem. Mais les ténèbres se dissipent aussi, parfois, traversées de séduisants moments de groove et de poésie. Le morceau With obsidian hands, sa pièce maîtresse, concentre en neuf minutes les qualités d'un disque riche et contrasté. Lancé par un hurlement lancinant qui prend aux tripes, il nous ballotte de flâneries en fureurs, pour finir par figurer un véritable tableau nocturne baigné de clair de lune.

Avec cet exaltant Fail-Lure, Farsot propulse son metal rugueux et souterrain dans une dimension plus lumineuse. Les chuchotements possédés y côtoient les notes claires, le matraquage des percussions, la douceur de nappes planantes. Le quintette allemand s'amuse toujours autant à semer un trouble singulier, mais explore cette fois des nuances bien plus intéressantes. — Marie-Hélène Soenen

| 1 CD Prophecy Productions/Lupus Lounge.

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Monmon

La figure de proue du maloya réunionnais Danyèl Waro, artiste de live et de cérémonies (les servis kabar), amenant régulièrement son public au bord de la transe, est finalement retourné en studio : sept ans après Aou Amwin, double album de l'ouverture (avec A Filetta et le Sud-Africain Tumi Molekane), il rend aujourd'hui un hommage plus modeste à toutes les mamans. Ce « Monmon », il le crie comme un enfant, le scande aussi avec une belle frénésie, de façon quasi percussive, en se calant sur le lancinant rythme ternaire insulaire. Il salue également son père, sa grand-mère, fière de ses racines malgaches, ou le défunt ami Gabriyélé, gardien de boeufs rebelle au système : autant de personnages de son quotidien, où les ancêtres prennent traditionnellement autant de place que les vivants.

Son fils, le multi-instrumentiste Sami Pageaux-Waro, est encore de l'aventure, ainsi que sa femme, Florans Féliks-Waro, qui récite avec lui une ode de carême syncrétique et passionnément charnelle : chez Waro, le maloya reste une affaire de famille autant que de spiritualité. Dans cet univers intimiste, les hochets kayambe rencontrent le verbe de Brassens (une relecture de La Mauvaise Réputation) ou le lamento étrangement éthéré de Jean-Claude Acquaviva (A Filetta), qui se joint à lui sur un hymne corso-réunionnais. Moins galvanisante que sur scène, la magie du sorcier blanc opère toujours, simple et tranquille. — Anne Berthod

| 1 CD Buda Musique.

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Volume 1

BNQT, quèsaco ? Sacrifiant à l'horripilante mode des noms de groupes orthographiés sans voyelles, il se prononcerait Banquet. Un banquet anglo-américain plutôt alléchant d'ailleurs, auquel Eric Pulido (leader de Midlake depuis le départ regretté de Tim Smith) a convié Alex Kapranos (Franz Ferdinand), Fran Healy (Travis), Jason Lytle (Grandaddy) et Ben Bridwell (Band of Horses). Peut-être parce que la plupart des intéressés n'arrivaient plus à (s')enthousiasmer dans leurs formations respectives, ils semblent avoir sauté sur cette aubaine pour s'aérer en beauté.

La commande de Pulido était simple : deux chansons par auteur, chacune destinée à être interprétée avec les musiciens de Midlake. D'où l'heureuse cohérence mais aussi variété du projet, où l'expertise instrumentale mélodique du groupe texan, au savoureux parfum soft rock 70's, épouse admirablement les chansons de Kapranos, libérées de la musculature de son groupe (la pop quasi floydienne de Hey Banana, la ballade orchestrée Fighting the world), et plus encore les enchanteresses volutes vocales du Mind of a man de Fran Healy. Ben Bridwell sort de la zone de confort de son americana bien rodée (le joyeux country rock de Tara), et Jason Lytle se coule harmonieusement dans un moule psyché-folk (100 Million Miles). Quant au chef de projet, Pulido, outre l'entraînant boogie bubblegum de Restart, il sert un épatant Real Love au parfum Macca inspiré des 70's. Un super-groupe qui tiendrait les promesses de son affiche, c'est donc possible. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Bella Union/Coop.

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Santa Maria

On aurait aimé être ému. Et sans doute était-on censé l'être. L'histoire qui court au fil de ce disque porte son poids de larmes : celle, authentique, de Carmen Maria Vega, née au Guatemala dans les années 80, adoptée via une association belge, élevée en France, victime en fait d'un vaste trafic d'enfants qui a été depuis condamné par les Etats-Unis et le Canada — mais pas l'Europe. De quoi bâtir un magnifique storytelling, et on sait à quel point les médias en raffolent. Et pourtant : non, on n'est pas submergé. Si la chanteuse a demandé à douze auteurs (dont Mathias Malzieu, Zaza Fournier, ou Jean Felzine du groupe Mustang) de plancher sur le thème délicat et très intime de l'identité, le résultat final est curieusement lisse. Plombé peut-être par des orchestrations poussives et une interprétation trop linéaire, souvent en force.

La jeune femme — dont le principal fait d'armes est d'avoir endossé deux ans le rôle de Mistinguett dans une comédie musicale — est dotée d'une voix volcanique peu banale, à la justesse parfaite, mais qui a tendance à écraser la nuance. Assez proche, finalement des chanteuses réalistes de l'avant-guerre. Après trois disques, et même s'il émerge ici quelques jolis morceaux (Le Grand Secret, Amériques latrines) qui conviennent bien à sa fougue, Carmen Maria Vega cherche encore un répertoire à sa mesure. — Valérie Lehoux

| 1 CD AT(h)OME.

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