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25 avril 2017

Départ pour les étoiles avec le nouveau Surfjan Stevens avec Bryce Dessner, Nico Muhly et James McAlister

La pochette de l'album "Planetarium", le projet musical de Surfjan Stevens inspiré par le système solaire.

Aujourd’hui, mardi 25 avril, sort le titre Mercury, second extrait inédit du projet Planetarium, mené entre autres par Surfjan Stevens et à écouter ci-dessous :

Comme son nom l’indique, cet album aborde la thématique du cosmos, des planètes et du système solaire. Si Surfjan Stevens s’est chargé l’écriture des paroles et de poser sa voix sur les chansons, il a fait appel un tas d’artistes plus talentueux les uns que les autres pour la production de ce disque : Bryce Dessner s’est occupé de la guitare, le batteur et multi-instrumentiste s’est consacré aux rythmes, quand Nico Muhly a composé les mélodies.

Ce projet ambitieux, attendu le 9 juin prochain, plonge l’auditeur dans une méditation musicale et expérimentale, autour de l’univers dans lequel nous baignons mais qu’il est quasiment impossible de comprendre tant il est gigantesque et en constante évolution.

Plus tôt dans le mois, Surfjan Stevens et ses acolytes avaient mis en ligne un premier single de Planetarium, baptisé Saturn. Moins obscur et plus futuriste, il est à découvrir ci-dessous :

Surfjan Stevens sera en concert avec tous les collaborateurs qui ont participé à Planetarium, en France, accompagné d’un ensemble de cuivres et de cordes. Ce sera à l’occasion du Festival Days Off, le lundi 10 juillet à la Philarmonie de Paris.

Les Inrocks - musique

Comment le rappeur Vîrus a sauvé de l’oubli le poète anarchiste Jehan-Rictus

Vîrus à Paris le 22 avril 2017 (photo : Vincent Gerbet pour Les Inrockuptibles)

Ils auraient pu tomber dans l’oubli. Trop subversifs sur le fond, trop orduriers sur la forme. Pourtant, cent-vingt ans après leur publication (en 1897), Les Soliloques du pauvre de Jehan-Rictus connaissent une nouvelle jeunesse grâce à l’adaptation qu’en a fait le rappeur Vîrus, 34 ans, dans un livre-album édité au Diable Vauvert avec son label indépendant, Rayon du fond. La rencontre entre les textes vibrants de rage du poète, qui a vécu lui-même dans la misère, contre toutes les institutions, l’univers sombre du rappeur originaire de Vernon (Eure), près de Rouen, et les sons du beat-maker Banane est stupéfiante. Vîrus et Rictus ne font plus qu’un, dans une oeuvre qui n’a rien perdu de son tranchant. Entretien.

Comment as-tu découvert Jehan-Rictus ?

Vîrus – Je suis tombé dessus par hasard, par le biais du livre d’Oxmo Puccino, Mines de cristal, publié au Diable Vauvert. Dès qu’un rappeur va titiller d’autres environnements, je vais voir ce que ça donne. A la fin du livre, j’ai vu qu’ils éditaient aussi ce poète, Jehan-Rictus. J’ai lu un extrait en PDF, et je me suis dit que c’était un sacré délire, mais je ne suis pas allé plus loin. Chemin faisant, un gars de l’ENS qui m’avait invité au séminaire la Plume et le bitume m’a demandé si je lisais de la poésie. Je lui ai dit que non, puis je me suis souvenu de Jehan-Rictus. Je lui en ai parlé, et il m’a dit qu’il ne connaissait pas, alors que le mec est au département littéraire de l’ENS ! J’ai pensé que c’était bon signe.

J’ai commandé le recueil, puis j’en ai voulu d’autres, avec un lexique car il y a de l’argot et des mots anciens aujourd’hui incompréhensibles. Pour ne pas payer trop cher, car je ne suis pas un grand littéraire, j’ai acheté deux livres pour vingt balles sur Le Bon Coin. Et le jour de la transaction, je me suis rendu compte que celui qui me les vendait était le grand spécialiste de Jehan-Rictus en France, Christian Tanguy, qui avait édité ses poésies complètes. Je lui ai parlé de mon projet d’adaptation en rap, et il a été intéressé. J’ai tout lu, je lui ai posé des questions sur le lexique, et il a été content de voir que quelqu’un aille au fond des choses, surtout qu’il n’a pas dû en vendre beaucoup.

Qu’est-ce qui t’a séduit dans les Soliloques du pauvre ?

Quand je prends un livre, je lis parfois la première et la dernière phrase. Dans Les Soliloques du pauvre, le premier mot c’est “Merdre”, et la dernière phrase c’est “Le goût d’un têton dans les dents”. Ça ne correspondait pas du tout à l’image que j’avais de la poésie. La langue, très proche de l’oral, m’a touché. Il y a des élisions dans tous les sens, de l’apostrophe… Il est parti loin. En plus, il utilise le langage d’une frange de la population de son époque, les miséreux, dont certains mots ont traversé les époques, comme “daron”, “daronne”, “frangin”, etc. Quand c’est des mots de ton quotidien, tu te sens forcément invité. C’est comme ça que j’ai découvert ce gars vraiment fâché, et ses textes qui transpirent le réel. Jehan-Rictus a vécu dans une grande précarité, il a été retrouvé mourant dans la rue. Il raconte cette époque de pauvreté extrême. C’est ce qui fait la différence entre lui et Aristide Bruand ou Jean Richepin, qui ont utilisé ce langage avant lui. Chez lui, ça pue le vrai. C’est en partie ce qui fait qu’il est au placard aujourd’hui.

Tu souhaitais le sauver de l’oubli ?

Oui, c’était un projet basé sur une injustice à mes yeux. J’estime qu’il est injuste que cette œuvre et cette personne soient aussi méconnues. A mon échelle, j’espère que des dizaines ou des centaines de personnes vont les découvrir. Même si ce n’était qu’une personne, ce serait déjà bien, car ce recueil est passé complètement à la trappe. Comment valoriser quelque chose dans le temps ? En prenant symboliquement le nom des rues, ou en apparaissant dans les programmes scolaires. Or Jehan-Rictus est inexistant dans le patrimoine. Ça peut se comprendre : il est entré dans la littérature en mode clash contre Victor Hugo, celui dont personne ne parle mal. Dès le premier texte il l’allume. [Dans L’Hiver : “Ainsi, t’nez, en littérature / Nous avons not’ Victor Hugo / Qui a tiré des mendigots / D’ quoi caser sa progéniture !”, ndlr]

Il parle beaucoup en effet des artistes qui évoquent la pauvreté sans la connaître…

Bien sûr. L’Hiver commence comme ça :

“Et v’là l’ temps ousque dans la Presse / Entre un ou deux lanc’ments d’ putains / On va r’découvrir la Détresse / La Purée et les Purotains ! / Les jornaux, mêm’ ceuss’ qu’a d’ la guigne / À côté d’artiqu’s festoyants / Vont êt’ pleins d’appels larmoyants / Pleins d’ sanglots… à trois sous la ligne !”

Il souligne qu’en plus c’est mal écrit ! Et il ajoute encore :

“C’ qui va s’en évader des larmes ! / C’ qui va en couler d’ la pitié ! / Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes / C’est un vrai commerce, un métier !”

Vîrus le 22 avril 2017 à Paris (Photo : Vincent Gerbet)

Est-ce la raison pour laquelle il est occulté aujourd’hui ? Trop subversif ?

Il a eu une reconnaissance forte par des écrivains de son époque : Clémenceau le kiffait, Mallarmé était à fond. Mais aujourd’hui il a 300 likes sur Facebook, parce que la langue qu’il utilise est une entorse à la règle. On ne peut pas faire d’une entorse une règle, en lui donnant de la reconnaissance. On peut faire le parallèle avec le rap : la reconnaissance médiatique du rap ne concerne que ceux dont le langage passe, ou ce qui est populaire, inévitable, comme PNL. Que restera-t-il du rap dans 100 ans ? Je me suis demandé ça pour le rap ricain, et je pense qu’il restera Public Enemy.

Il arrive que les rappeurs citent des poètes, il est plus rare qu’ils adaptent un recueil entier ou presque. Le fait que des chanteurs comme Léo Ferré ou Jean Ferrat l’aient fait t’a-t-il aidé ?

Oui, le fait qu’ils aient mis en musique des textes existants m’a permis de me dire que c’était autorisé. Et qu’en plus on peut kiffer une œuvre dont le texte n’est pas de l’interprète ! ça m’est arrivé avec la chanson Il n’y a pas d’amour heureux : je l’ai entendue par Barbara, puis par Brassens, et j’ai découvert que c’était un texte d’Aragon ! Ferré a fait ça avec Rimbaud et Verlaine. C’est d’ailleurs là que sa carrière a commencé à grimper. Je me suis donc dit que des connexions étaient possibles entre des œuvres écrites à plat, des musiciens, des interprètes, etc.

J’ai trouvé des interprètes spécialisés dans les textes des autres, dont ceux de Jehan-Rictus. Je m’en suis bouffé un maximum. Monique Morelli notamment, qui est ma préférée je pense. Elle a chanté Rictus, Aragon, Villon, un paquet de poésie avec du style et du goût. Marc Ogeret est plus dans les chansons contestataires. Il y a aussi Hélène Martin. Eux aussi dont discret dans le patrimoine, alors que ce qu’ils ont fait est terrible !

La différence c’est que la chanson te permet de conserver le texte tel quel, alors qu’en rap c’est plus chaud. L’arbitrage a été compliqué. Je devais forcément toucher au texte original, couper des vers. C’est en me penchant sur le bonhomme que je me suis dit que je pouvais le faire, parce que Jehan-Rictus a éclaté toutes les normes du monde. Il a fait une entorse à la règle. J’ai fait une entorse à l’entorse.

Par exemple, sur Songe-Mensonge, tu dis : “Les vl’à les viveurs fastueux de la trois, quatre, cinquième république”… C’est un ajout ?

Oui, il y a quelques endroits où j’ai voulu ramener au présent. Il ne parlait que de la troisième dans le texte original, mais le cycle se perpétue. Dans un morceau live, j’ai aussi remplacé “tram” par “trom” [verlan contracté de “métro”, ndlr], pour actualiser : “Lui qu’a pris la Bastille, il prend plus que l’tram du même nom, il prend plus que d’nombreux canons, qu’chez l’bistrot ou qui croustille”. Mais c’est seulement des petits passages où je trouvais que ça valait le coup.

Ton album sort en plein contexte électoral, si bien que certaines paroles sont encore plus percutantes, comme cette strophe de L’Hiver à propos des députés : “Moi, je m’ dirai : ‘Quiens, gn’a du bon !’ / L’ jour où j’ verrai les Socialistes / Avec leurs z’amis Royalistes / Tomber d’ faim dans l’ Palais-Bourbon”…

Je suis dégoûté parce que rythmiquement je n’ai pas pu placer “avec leurs z’amis”. C’est un de mes gros regrets. Ça ne rentrait pas, j’ai donc remplacé par “Socialistes et royalistes”. Dans les moments politiques il y a aussi ça : “Et faut ben qu’ ceux d’ la Politique Y s’ gagn’nt eun’ popularité ! Or, pour ça, l’ moyen l’ pus pratique C’est d’ chialer su’ la Pauvreté”. C’est toujours actuel. Que font les candidats à la présidentielle ? C’est un sujet d’élections, la pauvreté, si t’en parles pas t’es inhumain, t’as aucune chance. Jehan-Rictus est un résigné, un nihiliste. Dans ce qu’il dit, il n’a pas grand espoir dans la politique et ses “pratiques” [synonyme de “magouilles” dans la langue de Jehan-Rictus, ndlr].

Qui sont les gens qui t’inspirent dans le paysage du rap français à l’heure actuelle ?

Mon heure actuelle n’est pas toujours liée à l’actualité. A mon sens, celui pour qui l’injustice est la plus grande c’est Lalcko. Il a un morceau qui s’appelle Lumumba, qui est peut-être son plus connu, qui a le plus tourné en tout cas. Il a une écriture de folie. C’est celui qui me pousse encore à avoir de la rigueur. Je ne crois pas aux éclairs de génie. Là où d’autres simplifient, ou n’ont plus d’inspi, lui a persévéré. Il ressort dans mes références, et je le connais, il était sur Rouen.

Es-tu stressé par l’élection présidentielle ? [L’entretien a été réalisé la veille du premier tour, ndlr]

(Long silence) Je ne me suis jamais intéressé autant à une élection. C’est peut-être l’âge. Mais je regarde ça comme un spectacle. Entre un débat des candidats et un sketch d’humoristes, je ne fais presque pas de différences. Je ne sais pas qui va gagner, ni ce que ça va changer. Ils prennent tous une photo ensemble, c’est quelque chose que je ne comprends pas. Mais ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas ce qu’ils disent, ce sont les gens qui acquiescent derrière. Ma position est proche de celle de Rictus : j’ai peu d’espoir collectif. Les Soliloques du pauvre, c’est un projet qui a une couleur, d’engagement ou de désengagement, on appelle ça comme on veut, mais ça en parle. A un moment Jehan-Rictus dit : “C’est du suffrage universel, qui passe et qu’est content de son sort”. On se rejoint sur ce sentiment que les gens sont contents, ou s’en contentent.

On ne sent pas chez lui d’aspiration révolutionnaire non plus…

Je le rejoins. Je considère qu’on est dans un pays révolutionnaire, il évoque d’ailleurs la Commune, Fourmies, etc. Comment ça s’est réglé ? [Il mime le bruit d’une mitraillette, ndlr] Ils ont tiré dans le tas. Malgré ces soulèvements, et les acquis qu’ils ont apportés, le rapport fort/faible, oppresseur/opprimé, continue. Et le camp d’en face est désormais préparé. On t’envoie les CRS, le GIGN, l’armée s’il le faut. En plus, dans la vie courante, des anesthésiants existent : les minima sociaux, les pleines pages de pub pour de l’alcool, le jeu, le divertissement… Rappelons-nous de ce qu’il s’est passé à la fin de Nuit debout : tout d’un coup, l’Euro est arrivé, et c’était fini. Je ne suis ni Nuit debout, ni l’Euro. Je regarde et je réfléchis. Il n’y a pas de meilleur message que ce qu’on fait de sa vie. Ensuite, il suffit de le répandre en faisant l’escargot. [Il décrit des cercles concentriques avec ses doigts, ndlr]

Te considères-tu comme un artiste engagé ?

Nuit debout m’a proposé de venir jouer deux trois morceaux. J’ai dit non. Je ne suis pas trop manif, je n’y crois pas trop. Tu peux être engagé dans tes propos, tes adhésions, mais aussi dans ton positionnement d’indépendance. Pour nos albums, tu peux regarder les logos, on ne demande rien à personne, on est cohérents dans ce qu’on fait. A mon avis, il n’y a pas plus engagé qu’un résigné. Rictus te raconte les méandres d’un mec à la rue, et pourtant il a une gamberge de malade.

J’ai taffé dans le social. On faisait des ateliers d’écriture, j’en fais encore, j’ai l’impression d’être engagé dans ces moments-là, d’agir dans des zones en demande, donc en manque. J’avais une cheffe qui m’avait proposé un CDI. J’ai refusé. Elle est venue à un concert après, où un vieux monsieur était venu me remercier simplement, mais d’une manière que je ne peux même pas décrire. Mon ancienne cheffe m’a dit : “T’as pas arrêté de faire du social en fait”.

L’action pour moi peut passer par la musique, mais pas à l’échelle d’un stade de France. C’est ça ma vision. J’ai toujours l’impression que le groupe rend con. Je crois beaucoup au travail local, aux petites associations que personne ne calcule, qui agissent et qui crèvent. Le politicien, quand il vient et qu’il dit “je”, je me demande pour qui il se prend. Qu’il dise “nous”, qu’il montre qu’il a une équipe, que ce n’est pas son enjeu perso ! Moi ça me donne envie de faire pousser des tomates. Et je te jure qu’on est de plus en plus à y penser, et de plus en plus à le faire.

Propos recueillis par Mathieu Dejean

Les Soliloques du pauvre, Vîrus x Jehan-Rictus, Rayon du fond / Au Diable Vauvert, 20 €

Les Inrocks - musique

Kendrick Lamar vs Drake : le clash inavoué

Capture d'écran Youtube du clip "Humble".

Historiquement, impossible de raconter l’évolution du hip-hop sans évoquer ses clashs les plus emblématiques. Parfois, ceux-ci naissent d’une course au style le plus affirmé, comme c’était le cas entre Kool Moe Dee et LL Cool J dans les années 1980. D’autres fois, tout part d’une rivalité géographique (East Coast vs West Coast) ou de querelles personnelles (No Vaseline d’Ice Cube s’attaquant à ses ex-compagnons de N.W.A). Mais c’est bien souvent le trône du rap qui incite les rappeurs à entrer dans un conflit, plus ou moins calculé, plus ou moins médiatique, avec leurs contemporains. Certains ont marqué à jamais la pop culture (2Pac vs Biggie), d’autres ont laissé certains MC’s sur le carreau (cf la disparition de 50 Cent après sa guerre d’ego avec Kanye en 2007), tandis que d’autres encore se sont révélés terriblement inéquitables (50 Cent vs Ja Rule).

Ex-amis devenus rivaux

Si leur rivalité n’a encore rien de foncièrement virulente, ni de réellement médiatique, Kendrick Lamar et Drake pourraient bien être les personnages principaux du plus grand clash des années 2010 – loin devant Booba et Rohff, et très loin devant Batman et Superman. L’affaire trotte dans les esprits d’un certain nombre de fans depuis 2013 et la publication de Control, où Kendrick Lamar interpelle onze rappeurs en leur demandant de “placer la barre plus haut”. Parmi eux, Drake, pourtant pote du MC de Los Angeles, avec qui il a déjà enregistré plusieurs morceaux : Buried Alive Interlude sur Take Care, Poetic Justice sur good kid, m.A.A.d City et même Fuckin’ Problems aux côtés d’A$AP Rocky.

Un temps, Drake fait mine de ne pas comprendre, du moins de ne craindre personne : “Je connais très bien Kendrick et je sais qu’il ne me met à l’amende dans aucun domaine”, a-t-il déclaré au Billboard en 2013. Puis, crise d’égo aidant, il répond avec The Language, au sein duquel il balance : “Fuck any nigga that’s talking shit just to get a reaction / Fuck going platinum, I looked at my wrist and it’s already platinum / I am the kid with the motor mouth.”

La puissance de frappe de Kendrick

Pris à partie, Kendrick Lamar réagit vite et avec force. Mais là où la plupart des MC’s se répandent en explications foireuses pour justifier leurs diss, l’Angeleno, lui, a l’intelligence de ne jamais prendre Drake directement pour cible. Que ce soit sur King Kunta, Deep Water ou Darkside/Gone, deux titres extraits de Compton, le dernier album en date de Dr. Dre, K.Dot utilise des références que seuls les initiés peuvent déceler. Ainsi, quand il rappe “Motherfucker know I started from the bottom”, c’est bien au célèbre morceau de Drake qu’il fait référence ; quand il mentionne “six”, c’est bien une allusion au surnom de la ville de Toronto et au disque de Drizzy ; quand il prétend qu’il ne supporte pas les rappeurs qui n’écrivent pas leurs textes, c’est là encore un clin d’œil à ce que Meek Mill évoquait déjà quelques années plus tôt au sujet de Drake.

Autant dire que les pics sont nombreux que ce n’est visiblement pas près de s’arrêter. Il suffit d’écouter The Heart Part. 4 pour s’en convaincre. Quelques mois seulement après que Drake ait déclaré sur Summer Sixteen être devenu au moins aussi important que Jay Z, Kendrick Lamar a visiblement cherché à le remettre à sa place :

“Salope, Jay Z est au Hall of Fame, pose ton cul de bouffon (pose-le)/ Ça veut dire que tu n’es pas plus grand que le Rap (quoi d’autres ?)/Ça veut dire que je ne joue plus les attentistes (quoi d’autres ?)/D’après moi, ma position est consolidée (quoi d’autres ?) /On me reconnait sous l’appellation “ce roi”

Encore une fois, rien n’est totalement explicite dans la démarche de Kendrick Lamar, mais le fait qu’il publie ce single à peine une semaine après la publication de More Life ne laisse que peu de doutes. Oui, le rappeur est entré dans une guerre ouverte, bardé de sous-entendus, avec Drake.

On est bien sûr en droit de regretter l’attitude des deux artistes, au sommet ces dernières années. Il est également compréhensible d’espérer de leur part qu’ils élèvent le hip-hop plutôt que de se tirer dans les pieds. Mais l’on peut aussi se réjouir d’au moins deux éléments : d’une part, l’exigence créative que cela implique d’un côté comme de l’autre ; d’autre part, le fait d’avoir affaire au clash le plus passionnant depuis Jay Z et Nas au début des années 2000, avec deux rappeurs que finalement tout oppose : les méthodes de production, la vision du hip-hop et son mode de commercialisation. Quitte à ce qu’un jour, l’un finisse sur le label de l’autre ?

Les Inrocks - musique

Le concert de Radiohead en Israël fait polémique

Thom Yorke en concert à Nîmes avec Radiohead. en 2012 crédit : Wikimedia (anyonlinyr)

Le concert de Radiohead en Israël ne fait pas l’unanimité. Attendue le 19 juillet, à Tel Aviv, la bande de Thom Yorke se voit critiquée par plusieurs artistes. Selon Pitchfork, Thurston Moore, ancien chanteur et guitariste de Sonic Youth, Roger Waters des Pink Floyd, le groupe de hip-hop écossais Young Fathers, Robert Wyatt co-fondateur de Soft Machine, le réalisateur anglais Ken Loach et beaucoup d’autres (plus ou moins célèbres), ont appelé Thom Yorke, Jonny Greenwood et le reste du groupe à annuler leur concert.

Une lettre ouverte adressée au groupe d’Oxford a été publiée sur le site Artistsforpalestine.org.uk (en français : artistes pour la Palestine) tentant de les convaincre de rejoindre un boycott culturel, rapporte le site américain. Les auteurs de la tribune invitent Radiohead à réfléchir à leur concert qui aura lieu, selon eux, dans un Etat “où un système d’apartheid a été imposé au Palestiniens.” Ils poursuivent :

“En vous demandant de ne pas jouer en Israël, les Palestiniens vous implorent de faire un petit pas de plus pour pousser Israël à cesser les violations des droits basiques et de la loi internationale.

Les signataires de la déclaration s’étonnent des positions de Radiohead en faveur des droits pour le Tibet, mais du maintien de leur performance à Tel Aviv cet été :

“Nous nous demandons pourquoi vous rejeter une requête à vous soulever en faveur d’un autre peuple qui subit l’occupation étrangère. Il n’y a pas le moindre doute que si s’insurger contre les politiques de division, de discrimination et de haine signifie vraiment quelque chose, cela veut dire qu’il faut s’insurger partout, et cela doit inclure ce qui se passe aux Palestiniens tous les jours.”

Selon The Guardian, un porte-parole de Radiohead a assuré que le groupe n’avait aucun commentaire à faire.

Ce n’est pas le premier boycott culturel contre I’état d’Israël…

Et ce n’est pas la première fois que des artistes appellent d’autres groupes à annuler leur passage en Israël. Le conflit qui oppose la Palestine et l’Israël pose des questions morales et diplomatiques, difficiles à échelle internationale, même dans le monde culturel. Comme le rappelle le quotidien The Guardian, il y a plus de six mois, les deux membres de Chemical Brothers ont eux aussi fait l’objet d’une pétition, signée par 7 000 personnes, qui leur demandait d’annuler leur concert en novembre 2016 à Tel Aviv. Malgré tout, le concert avait eu lieu.

En 2015, 700 artistes, dont à nouveau le réalisateur primé à Cannes, Ken Loach, et le fameux producteur et musicien Brian Eno, ont appelé à boycotter le pays pour lutter contre “l’oppression coloniale sur le peuple palestinien”.

Les Inrocks - musique

En 1967, quand la guerre des singles faisait rage

Scott McKenzie “San Francisco” (capture d'écran)

La bagarre, sans cesse relancée, fait rage depuis deux mois et sur trois continents. D’un côté, un amour de conte de fées signé Neil Diamond et confié aux Monkees. De l’autre, les exploits aériens d’un chien de BD, qu’interprètent avec un jovial allant cinq anglophiles de Floride, les Royal Guardsmen.

De part et d’autre, des mélodies Super Glue, des harmonies en cascade, une science consommée de la confiserie musicale. Longtemps maintenu à la seconde place du Billboard par I’m a Believer, Snoopy vs. the Red Baron tient en février 1967 sa revanche – numéro 1 en Australie, où kangourous et koalas en pincent pour le beagle de Charles M. Schulz. Dès la fin du mois, rebelote, le duel opposant cette fois le Penny Lane des Beatles au Happy Together des Turtles.

Pilules roses et rondelles de vinyle

En 1967, année faste pour les miniatures pop, il existe en effet deux sortes d’addiction. L’une passe par de petites pilules, auxquelles le White Rabbit de Jefferson Airplane prête la faculté d’ouvrir en grand les portes de la perception. L’autre, infiniment plus répandue, repose sur la consommation en chaîne de rondelles de vinyle.

Poser sur un électrophone un single des Beatles, des Kinks, des Small Faces, des Monkees, des Bee Gees ou de Scott McKenzie, c’est s’embarquer pour un fabuleux trip en 45 tours. Destinations ? Une ruelle de Liverpool (Penny Lane), les rives de la Tamise (Waterloo Sunset), un espace vert du nord de Londres (Itchycoo Park), une banlieue chic du New Jersey (Pleasant Valley Sunday), la verte Nouvelle-Angleterre (Massachussets) ou une Californie qui rime avec utopie (San Francisco).

Orchestrant cette valse des univers, les deejays font tourner la planète aux rythmes d’un manège enchanté. Vu de l’Hexagone, même pas besoin de se brancher sur la lointaine Radio Caroline. Entre 19 h 25 et 19 h 55, le Hit Parade de France Inter propose chaque soir un Top 10 sélectionné par les membres d’une Maison des Jeunes et de la Culture.

Yéyé, pop et hippies

A lui seul, l’indicatif a valeur de manifeste : en optant pour le Days of Pearly Spencer de David McWilliams – soit un tourbillon de surréalisme psyché –, les programmateurs du service public ouvrent à l’imaginaire un univers sans frontières : Jean-Sébastien Bach et Procol Harum cosignent le slow de l’été (A Whiter Shade of Pale), le swamp rock de Bobbie Gentry fait couler le Mississippi à la porte des chaumières (Ode to Billie Joe), les Beatles alignent les hymnes lysergiques (Strawberry Fields Forever, I Am the Walrus), les usines à tubes croisent le fer avec les one-hit wonders (entre The Letter des Box Tops et Friday on My Mind des Easybeats, les cœurs balancent), la pop se frotte au prog (Nights in White Satin, des Moody Blues), se découvre des ambitions heavy (Sunshine of Your Love, de Cream) ou anticipe les bisbilles de Mai 68 (For What It’s Worth, de Buffalo Springfield).

De la France yéyé à l’Angeterre pop art et aux Etats-Unis hippie, la féerie a partout droit de cité. Bien que les Beatles en fassent en novembre le titre d’un double EP, ce Magical Mystery Tour ne durera guère. A l’ère de la croyance – que prônaient avec un égal entrain le Do You Believe in Magic des Lovin’ Spoonful et le I’m a Believer des Monkees – succède celle de son ennemie jurée, l’analyse.

Avec l’avènement de la presse rock (qui, d’emblée, rêve d’avoir pour sujet un art adulte), le single fait figure de relique infantile. Voire contre-révolutionnaire. Dépassées, les mélodies du bonheur : à partir de 1968, le rock progressif se pique de déconstruire la maison de poupée pop. Au risque, en jouant les bûcherons, de faire paraître plus merveilleuse encore la niche volante de Snoopy.

Notre play-list

Turtles – Happy Together

Brigitte Bardot – Harley Davidson

https://www.youtube.com/watch?v=Cwv7CxO8rs8

Jefferson Airplane – White Rabbit

Scott McKenzie – San Francisco

The Bee Gees – Massachussetts

Bobbie Gentry – Ode to Billie Joe

Jacques Dutronc – Les Cactus

The Rolling Stones – Let’s Spend The Night Together

The Box Tops – The Letter

Procol Harum – A Whiter Shade of Pale

The Kinks – Waterloo Sunset

Serge Gainsbourg – Comic Strip

The Monkees – Pleasant Valley Sunday

Small Faces – Itchycoo Park

The Who – I Can See For Miles

Les Inrocks - musique

Le nouvel album de Damso leaké, et Internet a craqué

Capture d'écran Youtube du clip "Débrouillard" de Damso.

Jeuxvideo.com, Youtube, Dailymotion, Reddit… et même un forum sur la grossesse et la maternité ! C’est entre autres sur ces plateformes que le nouvel album de Damso, le tant attendu Ipséité, initialement prévu pour le vendredi 28 avril, a leaké. Ce second album, qui succède à Batterie Faible paru en juillet 2016, a été diffusé sans autorisation, lundi 24 avril tard dans la soirée.

Celui qui a été repéré par Booba l’année dernière a rapidement réagi sur les réseaux sociaux et a préféré l’autodérision à la rancoeur :

La tête que je fais quand j apprends que l album a leaké. "J vais écrire un troisième qui va sortir le même jour ils vont voir flou" ✍

A post shared by DAMSO (@thedamso) on Apr 24, 2017 at 3:12am PDT

disque d'or en leak

— DAMSO (@THEDAMSO) April 24, 2017

Comme souvent dans ce genre d’incident il est difficile de retrouver l’origine de la fuite. Et si cette situation a de quoi effrayer l’industrie musicale, elle ravit une grande partie des fans. Pour la plupart, ils ont découvert Ipséité ce matin, et la joie était au rendez-vous :

L'album de Damso au réveil, c'est la vie que j'aime

— Ipséité (@DjazairiFCB) April 25, 2017

Le problème c’est qu’aujourd’hui, il y a cours :

Enfin l'album de Damso jvais écouter ça après le cours

— Le Prince (@marvyn_972) April 25, 2017

Damso + cours = enlever les ecouteurs = retour a la réalitée = cours chiant + fatigue = triste vie.

— Yeah (@MickaSB) April 25, 2017

On a pas tout compris, mais en gros, les cours c’est relou. 

D’autres ont eu un peu de mal à mettre la main sur le disque tant convoité :

vous l'avez eu ou l'album de Damso ?

— ️️ (@DamienSmp) April 25, 2017

Mais comment ça y'a deja lalbim de damso

— Shinichi (@ValentinZetn) April 25, 2017

Sérieux, il est où “l’albim” ?

Parmi les fans, il y a quand même deux écoles. Ceux qui se sont jetés sur le lien de téléchargement, et ceux qui ont voulu “respecter” le rappeur belge en attendant la sortie officielle de l’album, prévue vendredi.

Je respecte tp @THEDAMSO pr écouter son album j'écouterai le jour de sa sortie ..

— (@original_HD) April 25, 2017

Ptin j'ai le lien de l'album de damso mais jsu sur tel jpeux pas l'écouter
Pas grave j'ai dit que j'attendais le 28 hein

— Kelcha (@Kelcha_) April 25, 2017

Bonjour a tous sauf à ceux qui vont écouter l'album de Damso avant sa sortie officielle

— D. Ace (@SamakeD_Ace) April 25, 2017

D’autres ont trouvé le compromis idéal, comme cet internaute.

J'ai dl leak de Damso mais vendredi jvais le fume sur Apple Music c'est là moindre des choses

— Hwoarang (@SamyAbdmla) April 25, 2017

Comme d’habitude, on a eu droit à des critiques musicales express sur en 140 caractères ou moins. Bonne nouvelle pour Damso, les fans ont l’air très contents :

l'album de damso il est nwaaaaar ⚫️

— (@HamzaRcm) April 24, 2017

jvien d'écouter l'album de damso putain mais c'est un génie il a réussis a me faire penser a une vie que j'avais même pas

— ㅤ‏Zkussi ️ (@zkussi) April 25, 2017

L'album de damso pas mal

— M10 (@Faz_M10) April 25, 2017

>>> A lire : Qui est Damso, le nouveau poulain de Booba ?

Les Inrocks - musique

Son & Lumière : DJ Pone

9''39' - Thomas Parent, alias Pone, a mis ses talents de DJ et producteur sonore au sein de moult formations hip-hop, dont les Birdy Nam Nam. Il y a quelques mois, il sortait “Radiant”, son premier ­album solo. Pour nos sessions Son & Lumière, il revisite avec platine et machines “Physical element”, puis invite Sage (Ambroise Willaume) à le rejoindre sur “Slow Motion”.

Télérama.fr - Musiques

La playlist du label Antinote, parfait avant-goût de la soirée Sciences Frictions

Jeudi, à l’occasion de la première édition de Sciences Frictions, la soirée organisée à la Cité des Sciences et de l’Industrie en partenariat avec les inRocKuptibles, le label Antinote prend ses quartiers à la Cité des Enfants pour une carte blanche un peu spéciale.

Ce triple DJ set, qui sera mené par le boss du label Zaltan, mais aussi Epsilove et D.K., sera disponible seulement par le prisme d’un casque audio, distribué pour l’occasion. Une fête silencieuse à l’extérieure et vibrante à l’intérieur des écouteurs.

Comment être sûr néanmoins que cette carte blanche sera aussi brillante que les sorties du label parisien ? En écoutant la playlist concoctée spécialement pour l’occasion par les trois poulains d’Antinote, annonçant quelques semaines avant la date officielle, un été déjà caniculaire.

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