Actu musique

23 avril 2017

Les hymnes de campagne: quand la musique devient un argument politique

Benoît Hamon, mercredi 19 avril, pour son dernier grand rassemblement avant le 1er tour de l'élection présidentielle (AFP / Martin Bureau)

Dans la course à la présidence, rien n’est laissé au hasard. Du discours à la couleur du costume, l’aspect sonore aussi constitue un enjeu primordial à l’affirmation de l’identité d’une femme et d’un homme politique

Benoît Hamon, par exemple. a choisi des tubes FM comme Can’t Hold Us de Macklemore ou Prayer In C de Lilly Wood & The Prick. et ça n’a rien d’anodin. Ces morceaux entêtants et efficaces expriment un panel de sentiments et d’émotions auprès d’un large public. D’autant plus qu’en 2017, on n’a jamais été aussi sollicité par la musique : les titres utilisés dans les pubs peuvent devenir des cartons commerciaux, les plateformes de streaming facilitent l’accès à la musique en illimité, et les smartphones quittent rarement leurs écouteurs sur les trajets. La musique est tellement omniprésente qu’elle ne laisse plus personne indifférent, et endosse un rôle prépondérant dans l’identité des groupes, des personnes et des institutions.

Cette sensibilité, les équipes de campagnes politiques ont appris à s’en servir, et ça ne date pas de 2017.

Le funk de Chirac face à Giscard D’Estaing

En 1974, Valéry Giscard D’Estaing fait du Chant de Départ, son hymne officiel. Surnommé le petit frère de la Marseillaise, il sera chanté par Charles Aznavour lors d’un de ses derniers meetings à Paris, Porte de Versailles, le 16 mai, lit-on dans une biographie intitulée Les ambitions déçues. Des mots comme “liberté”, “victoire”, entonnés par la voix du chanteur de Je m’voyais déjà, constituaient une véritable opération de séduction auprès du grand public. Ses rivaux, Jacques Chirac et François Mitterrand, ne sauront répondre.

1981 marque le début des chansons officielles composées sur-mesure pour les candidats. Le but : se montrer original et moderne. François Mitterrand, candidat du PS, ne garde que le titre de l’hymne de son parti, Changer la vie, qu’il emploie comme un slogan. Sûrement trop vieillot, ce chant écrit en 1977 par le chanteur et parolier Herbert Pagani restera dans l’ombre de la chanson de campagne Mitterrand président, (l’aubaine, ça rime !) qui a largement abusé des synthés et des effets sur la guitare. Jacques Chirac, adversaire encore discret, joue dans la même cour musicalement avec un hymne du même acabit, composé par son équipe : des paroles fortes, un refrain entêtant, et une guitare un peu funky, qui a très mal vieilli.

Sept ans plus tard, Jacques Chirac et François Mitterrand se présentent de nouveau et passent au second tour. Le président sortant de gauche possède une arme musicale de taille : Charles Trenet et son classique Douce France qu’il chante tout sourire au début de son meeting à Lille, fin avril 1988. Par ce morceau, le candidat déclare son amour à son pays et à ses citoyens.

De son côté, Jacques Chirac adhère au groupe suédois Europe et utilise leur succès commercial The Final Countdown, pour ses fins de meetings. Un choix judicieux puisqu’il est souvent diffusé pour motiver les stades lors d’événements sportifs, et qui aurait pu remplacer la bande-son d’un des films Rocky, sans problème. A l’instar de Balboa, le candidat du RPR (Rassemblement pour la République) perdra, mais prendra sa revanche ensuite.

1995 : de la gauche Goldman au zouk de Le Pen

A l’époque, le rap français tombe dans toutes les jeunes oreilles du pays, notamment grâce à IAM et NTM. Mais le candidat du RPR laisse de côté la tendance et préfère, cette fois, un hymne conquérant et sans paroles dans laquelle s’époumone une chanteuse d’opéra, qui fait étrangement penser à la Diva Dance du Cinquième Élément de Luc Besson, sorti pourtant deux ans plus tard.

Son rival au second tour, Lionel Jospin, succède à François Mitterrand pour porter les couleurs du PS. Musicalement moins offensif que Jacques Chirac, l’homme de gauche compte sur un choix très consensuel : Jean-Jacques Goldman. L’auteur-compositeur-interprète lui cédera son soutien et le droit d’employer sa chanson Il changeait la vie. Un façon de dire que le candidat “y mettait du temps, du talent et du cœur”, dans sa campagne.

En 2002, le quinquennat de Jacques Chirac s’achève et Jospin se présente de nouveau dans le but de mener la gauche au pouvoir, toujours avec l’aide de Jean-Jacques Goldman qui lui offre carrément un morceau : Ensemble. Mais au second tour, un certain Jean-Marie Le Pen joue les troubles-fêtes. On ne trouve pas ou peu de trace des musiques qu’il employait pour animer ses meetings en 2002, mais en 2007, le fondateur du Front National bénéficiait (ou pas) de la créativité d’une chanteuse Malgache, nommée Isabella Imperatori. Le titre ? Avec Jean Marie, zouk d’apparence inoffensive où l’artiste dénonçait l’échange “de pot-de-vin” et la dictatures “des coquins”. Cette collaboration étonnante avait sans doute pour mission de dédiaboliser un candidat extrémiste bruyant et virulent dans ses discours.

Merci les militants mélomanes de Sarkozy

Le deuxième tour de la présidentielle de 2007 voit s’affronter Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. La première femme politique à accéder au second tour s’inspire de l’exemple de François Mitterrand avec un morceau aux des paroles claires, chantées par un chœur enthousiaste. Evidemment, si on pioche dans le passé, il faut aussi se tourner vers l’avenir et la modernité : c’est le seul argument qui justifie ce beat aux airs d’Eurodance déjà vieilli à l’époque.

Pour son hymne, Nicolas Sarkozy a voulu, lui, tout miser sur variété bien franchouillarde, avec un titre qui reprend son slogan: “Ensemble, tout devient possible”:

Notre préférence va quand même à “Sarko oh oh” de Nicolas Luciani, qui a sans doute joué un rôle prépondérant de Nicolas Sarkozy:

Cinq ans passent, la crise de 2008 a chamboulé l’économie française, le taux du chômage augmente: le mandat de Sarkozy est loin de faire l’unanimité auprès des Français. Il se doit donc de sélectionner une musique de campagne puissante à l’image de son slogan : “La France Forte”. Il fait appel à Laurent Ferlet, compositeur de musique de téléfilm et de séries françaises. Il lui concocte un hymne officiel sévère et combatif, qui doit illustrer sa percée dans la foule jusqu’à l’estrade lors de ses meetings.

Son opposant, François Hollande, époux de Ségolène Royal, prend un tout autre parti : le socialiste aspire à rassembler les citoyens et les rassurer derrière un hymne plus chaleureux ponctué de “Le changement c’est maintenant”.

La chanson reprend les codes des tubes français FM qui squattent toutes les radios depuis les années 2010. Seul OVNI musical de cette campagne de 2012 : l’écologiste Eva Joly. Son remix du thème du fameux jeu vidéo Final Fantasy X était-il une manière de séduire les gamers avertis ? Pas sûr que ça ait fonctionné.

2017 : draguer la jeunesse ou retourner aux sources

Cette année, ce sont encore les “favoris” des sondages qui semblent s’être attardés sur leur habillage musical de campagne. La tendance serait à l’instrumental : par exemple François Fillon, candidat des Républicains, a préféré une chanson électronique aux airs conquérants.

Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise, lui, se contente d’une chanson orchestrale sans paroles, mais inspirante composée par un membre de Youtube néo-zélandais baptisé Terrence Blyth totalement inconnu.

Quant à Emmanuel Macron, il mise sur la modernité grâce au morceau Closer d’un groupe norvégien Lemaitre, utilisé par la start-up Google, dans la pub du Google Pixel Phone. Il a demandé à un membre de son équipe, DJ à ses heures perdues apparemment, de créer un remix de ce titre, renommé Walk In (traduction anglaise de son mouvement En Marche), difficile à dénicher sur le web.

Benoît Hamon est l’un des seuls à avoir eu recours à des succès commerciaux pour accompagner ses débuts et fin de meetings. Le candidat PS s’est beaucoup épanché sur ses goûts musicaux, notamment dans les colonnes du Rolling Stone français. Du rap avec NTM au rock avec The Cure et Joy Division, il a su saisir la force et les symboles des musiques comme celle de Lilly Wood & the Pricks et de Macklemore.

Seuls Jean Lassalle et Marine Lepen se sont tournés vers les traditions, qu’ils mettent en avant dans leurs programmes (chacun d’une façon très différente). Si la fille de Jean-Marie Le Pen réutilise, comme en 2012, l’hymne officiel de son parti, L’Odyssée Bleu Marine, le candidat béarnais a choisi le Chant des Partisans et un chant traditionnel de sa région qu’il entonnait face à Sarkozy en 2013, au milieu de l’Assemblée Nationale.

Les Inrocks - musique

Benjamin Britten et l'air pur du Suffolk

De belles maisons de pêcheurs, des plages désertes, des histoires de marins sadiques… Aldeburgh, un port de la mer du Nord, a inspiré Benjamin Britten. Si bien qu'il finit par s'y installer.

Télérama.fr - Musiques