Actu musique

19 avril 2017

Barbara vue par “ses hommes”… Albin de la Simone, Tim Dup et les autres

Pour sa 41e édition, le Printemps de Bourges, rend hommage jeudi 20 avril à Barbara avec la création spéciale de “Mes hommes”, un spectacle réalisé sous l’égide du grand pianiste classique Alexandre Tharaud. Pour l’occasion, nous avons demandé aux participants, tous des hommes, de nous parler de “leur” Barbara.

Télérama.fr - Musiques

Disquaire Day : les disques qui font envie aux disquaires

visuel du coffret The Stuff That Dreams Are Made Of, par Robert Crumb.

Florian Schall, de La Face Cachée à Metz

Jessica93/Bras Mort split 7′

J’aime bien les disques en forme de bras (mort) d’honneur. Celui-ci signe la (bras) mort de la Triple Grande Alliance. Ah oui, Bras Mort. Encore un excellent groupe de Metz que la mauvaise scène rock parisienne n’aura jamais. Et vive Noir Boy George.

Richard Pinhas Inter

JJ Arnould, le tenancier du magasin de disques Bam Balam, s’impose tranquillement dans le paysage discographique français, entre regard tourné vers le Japon, risque portugais et soutien à son ami Richard Pinhas. Ses disques ne font jamais long feu dans nos bacs et je suis sûr que cette belle compilation ne fera pas exception à la règle.

Cléa Vincent Les Sessions Du Soleil

Victor du label Midnight Special entretient la même obsession que moi pour les voix féminines. Laure Briard, Michelle Blades, Cléa Vincent : une sainte Trinité sensuelle et féministe de premier choix. Entre érudition et fantaisie, ces versions tropicales sont parfaites pour accompagner l’été qui approche doucement.

Emmanuelle Parrenin Maison Rose + Pérélandra

Emmanuelle Parrenin est un trésor national. Une Joanna Newsom avant l’heure. Bernard et Théo du disquaire er label Le Souffle Continu l’ont bien compris et nous offrent, en plus d’une réédition en bonne et due forme de son classique Maison Rose, l’occasion d’écouter un enregistrement inédit de premier choix. Incontournable.

Popol Vuh Cobra Verde LP

Je respecte profondément la passion et le travail de Sebastian, l’éminence grise du label One Way Static. Popol Vuh + Werner Herzog + Klaus Kinski = l’une des plus belles sorties du meilleur label de réédition de bandes originales en Europe.

Damien Lapeyre, de Prao Boutique à La Rochelle

Dennis Wilson Bambu (The Caribou Sessions)

Le meilleur des sessions enregistrées pour le second album… Fin 70’s alors que ses frangins des Beach Boys déraillent totalement, Dennis Wilson, sous forte influence nilssonienne, enregistre ces titres dans la lignée  de son chef d’œuvre Pacific Ocean Blue… Indispensable !

Follakzoid ft. J. Spaceman London Sessions

La rencontre  du trio psyché chilien Follakzoid avec Jason Pierce a.k.a. J. Spaceman (Spacemen 3, Spiritualized) fait des étincelles sur ce 12″ avec deux superbes versions inédites d’Electric et Earth.

Allen Toussaint The Allen Toussaint Collection

Compilation double LP essentielle des enregistrements de l’orfèvre du son New Orleans pour les labels Nonesuch & Reprise. Introduction parfaite à l’œuvre de ce génie à l’influence capitale (il était entre autre derrière Lee Dorsey, Dr. John ou les Meters).

The War On Drugs Thinking of a Place

Silencieux depuis 2014 et l’excellent Lost In the Dream, Adam Granduciel et sa bande s’apprêtent à livrer un nouvel opus et nous font le coup du teaser en nous proposant ce 12″ alléchant pour le Disquaire Day !

David Bowie Cracked Actor

Los Angeles, 5 septembre 1974, le Philly Dogs tour, une set list démente et un Bowie au meilleur de sa forme… Triple album et live inédit en vinyle, le tout réuni et mixé par Tony Visconti himself…

Pierre-Olivier Leclercq, de Sofa à Lyon

Moondog Moondog

Iconoclaste, outsider, pratiquant la musique de rue, savante, populaire ou tout à la fois, je ne sais pas. Son chef d’œuvre est réédité. Merci.

Baba Coulibaly with Ali Farka Touré

Je l’ai sélectionné sans même avoir écouté. Mais comment faire autrement avec Ali Farka Touré ?

Emmanuelle Parrenin Maison Rose

II aura fallu attendre 40 ans pour voir resurgir ce bijou de folk français. Nous avons été patients, et récompensés.

Marijata This is Marijata

Parfaite fusion de highlife ghanéen et de funk, cet album est au sommet. A ranger à côté de Fela.

Ethiopiques Box 7 

Il y a 15 ans, la découverte de la musique éthiopienne fut un choc musical pour moi (et la planète toute entière). Mais le disque vinyle c’est aussi une pochette, une esthétique. Nous voilà donc largement comblés avec cette magnifique box qui reproduit six 45t originaux.

Pierre Garnier, de Penny Lane Records Store à Paris

The Black Angels Death Song

Retour des Texans sur ce cinquième album, baigné comme toujours de sonorités tout droit sorties des  années 60/70. Un nouvel opus puissant et riche. Death Song, le titre de l’album est un clin d’œil au Velvet Underground et plus particulièrement au titre The Black Angel’s Death Song. La boucle est bouclée.

Skip James Devil Got My Woman

Nouvelle production du label Night Records, ce Devil Got My Woman est une version dont l’artwork est  spécialement signé par le tatoueur et artiste Jean-Luc Navette. Skip James ou l’une des incontournables légendes du blues. Pour les amateurs de Robert Johnson, Charley Patton et Memphis Minnie, dont Night Records propose également des versions LP illustrées par Navette, et qui seront disponibles chez Penny Lane pour le Dday.

Santana Live at Woodstock & Art Fair-1969

On pensait avoir tout exhumé, tout vu et tout entendu du mythique festival… Raté ! Un live inédit de Santana enregistré pendant le concert de Woodstock.  Un show psychédélique et un morceau de l’histoire contemporaine du rock.

David Crosby Edition spéciale RSD

Une exclusivité Penny Lane Records Store, ce quatre titres de David Crosby, sorti spécialement pour les dix ans du Disquaire day, et enregistré en compagnie de Michael League, Becca Stevens et Michelle Willis. On y retrouve des titres comme Guinnevere ou Woodstock, en versions live pour l’occasion.

David Bowie Cracked Actor Live 74

Parce que ce live est un triple LP. Parce qu’il est inédit. Parce que Bowie était un musicien à part et un showman hors-normes. Parce que…

Michel Pampelune, Fargo Vinyl Store éphémère chez Co à Paris

The Distillers Coral Fang 

J’ai beaucoup écouté cet album des Distillers, ainsi que leur tout premier, à l’époque. Dans la vague néo punk-rock des années 90, c’était une vraie bonne pioche. Brody Dalle a ensuite épousé Josh Homme et semble ne plus faire de musique. Dommage… Coral Fang ressort ici dans un beau vinyle rouge.

Robert Johnson The Complete Recordings: The Centennial Collection

Ces enregistrements sont loin d’être inédits. Un coffret avait déjà été fait par le label italien un peu bootlegger Doxy mais cette version a l’air vachement bien. Que dire si ce n’est qu’on a là un peu les tables de la loi du rock… Une de mes sorties que je prends pour ma collec’!

The Music Machine (Turn On) Music Machine

Longtemps indisponible en vinyle, un album garage très important, fondateur. Avec le titre proto punk Talk Talk. Un must…

The War On Drugs Thinking Of A Place

J’ai tellement usé leur dernier album Lost In The Dream que je suis très impatient de découvrir ce qu’ils vont pouvoir proposer maintenant.

John Trudell AKA Graffiti Man 

Le tout premier disque du poète, activiste amérindien John Trudell. Il a été soutenu à ses débuts par Dylan, Kristofferson ou Jackson Browne. Sur cet album, il est accompagné par l’énorme guitariste Jesse Ed Davis, un indien kiowa. Trudell nous a quittés en décembre 2015. C’était un homme incroyable que j’ai eu la chance de connaître.

Toutes les infos sur le Disquaire Day ici, et dans le supplément offert avec le numéro des InRocks en kiosque cette semaine (une sélection de 50 albums, la liste des concerts dans toute la France, les adresses des disquaires participants et des interviews).

Les Inrocks - Musique

Un concert ‘tous à poil’ pour célébrer le mouvement hippie

Pour des raisons de pudeur, cette photo a été stratégiquement coupée et recadrée. (Crédit photo : Ganesha Balunsat/ CC/ Flickr)

Pour ceux qui rêvent de musique et de liberté, il vous sera bientôt possible d’aller danser sans vêtements qui gênent vos mouvement lors d’un concert naturiste exceptionnel. Selon le Huffington Post, il aura lieu au Cap d’Agde, en France donc, au bord de la mer méditerranée, le 12 juillet prochain.

1er CONCERT NATURISTE. Arènes du Cap d'Agde, 12 juillet#1erConcertNaturistehttps://www.weezevent.com/revivez-a-l-identique-le-premier-concert-des-beatles-en-france-olympia-64

Posted by Cavern Beatles in France on Monday, April 17, 2017

Baptisé “Summer of Love 50”, pour rendre hommage à cet été de 1967 qui a vu la naissance du mouvement hippie, cet évènement accueillera près de 4 000 personnes.

Un tribute band des Beatles, The Cavern Beatles, se chargera de faire honneur au flower power et jouera l’album cultissime des Sgt. Pepper and the Lonely Heart Band. Sorti il y a 50 ans, ce disque fait partie d’un des incontournables de la culture hippie, et certains assurent même qu’il a eu un rôle prépondérant dans l’émergence du mouvement.

“C’est l’état d’esprit du Summer Of Love que nous voulons faire revivre”

Interrogé par le Huff Post, l’organisateur de ce concert, Patrice Diaw, déclare : “En ces temps troubles, voir 4000 personnes totalement nues reprendre ‘All You Need is Love‘ va sonner comme un message”. Musicien et ancien punk, Patrice Diaw travaille désormais comme manager d’artistes, dont Doc Gynéco. Il poursuit : “C’est l’état d’esprit du Summer Of Love que nous voulons faire revivre : la nudité, associée à la liberté de cette époque, est ici un symbole”.

Les places sont à réserver juste ici. La tournée du Summer of Love 50 passera par les arènes de Fréjus, St Rémy de Provence, Palavas et Grau du Ro du 9 au 13 juillet. Attention, seul l’événement au Cap d’Agde autorise le naturisme !

Les Inrocks - Musique

Ecrivain ou rappeur ? Gaël Faye a décidé de ne pas choisir

A l’inauguration du salon du livre de Paris 2017, au stand Grasset, Gaël Faye brille par son absence. Il est à Genève pour un des concerts de sa tournée de printemps, qu’il donne à l’occasion de la sortie de son nouvel ep, Rythmes et botanique. A l’heure où le monde de l’édition se retrouve autour de quelques coupes de champagne, lui est en train de rapper devant le public genevois. Il ne sera de passage ici que trois jours plus tard, en star montante du salon, pour une séance de signatures de son roman Petit pays ainsi que quelques tables rondes, dont une sur le thème “Nouvelles voix, nouvelles plumes : quand les artistes deviennent romanciers”. Sont également présents, ce jour-là, d’autres musiciens lancés en littérature. Magyd Cherfi, Marie Modiano, Gaëtan Roussel…

Sur le moment, il nous le racontera plus tard, Gaël Faye se demande un peu ce qu’il fait là, et la raison d’être de ces discussions. Y a-t-il vraiment un lien explicable entre écritures musicale et littéraire ? L’impression de n’avoir rien à dire s’installe, la discussion tourne un peu en rond, on essaie de rationaliser et d’expliquer des dynamiques sans rapport. “On aurait mieux fait d’apporter des guitares et d’improviser quelques morceaux ensemble”, pense-t-il en jouant toutefois le jeu.

Après le salon du livre de Paris, c’est au tour d’un concert au Trianon

Aux autres stands du salon du livre, on récolte quelques railleries en mentionnant Gaël Faye. Beaucoup ne comprennent pas le succès immédiat que fut celui de son premier roman – vendu pour l’heure à 340 000 exemplaires – et s’agacent des idolâtres encouragés par les récompenses de la rentrée littéraire 2016 (prix du roman Fnac, prix Goncourt des lycéens, prix du roman des étudiants France Culture-Télérama…). Pour un primo-écrivain, cette exposition n’est certes pas banale. Et il le sait, alors il en profite. “Gaël a un emploi du temps hallucinant, nous dit une de ses collaboratrices chez Grasset. Il dit oui à tout, et il est toujours de bonne humeur.”

Si Gaël Faye est en France en ce moment, c’est pour la promotion de l’ep et la tournée qui va avec. Sinon, depuis deux ans, il vit au Rwanda. Il n’attend d’ailleurs qu’une chose, c’est d’y retourner pour retrouver sa famille et se remettre au travail. En attendant, il se donne à fond.

Si le style, c’est l’homme, alors le flow peut-être aussi. Début avril, sur la scène d’un Trianon complet, quelques jours après la clôture du salon du livre de Paris, Gaël Faye enchaîne les morceaux avec la technique et la conviction que les années de travail ont forgées. Car sept mois après la sortie de son livre, il s’étonne toujours de son succès et à quel point il touche les gens ; mais la musique, il en fait depuis l’adolescence, il connaît. Il a toujours le trac avant un concert mais une fois sur scène, il est dans son élément. “Si certains sont là à cause du roman, merci à vous d’être venus”, lâche-t-il entre deux morceaux.

Son premier album, tout comme son premier roman, chronique avec distance son parcours entre l’Afrique et la France. Sorti en 2013 dans une relative discrétion, mal bossé, voire saboté par le label selon lui, il a toutefois bien été rodé depuis. Le public connaît certaines paroles par cœur, notamment celle du morceau-titre, Pili pili sur un croissant au beurre, joué en fin de set dans une communion parfaite.

(suite…)

Les Inrocks - Musique

Rien ne s'oppose à l'envie de La Grande Sophie et de Delphine de Vigan

Sur scène côte à côte, la chanteuse et la romancière offrent un concert littéraire bouleversant. Chansons, lectures… Les correspondances entre les univers des deux artistes dessinent une histoire touchante.

Télérama.fr - Musiques

Aliocha nous offre une bouffée d’air frais avec un sublime inédit “Mr Garner”

Photo extraite de la session acoustique de "Mr Garner"

Après nous avoir réchauffé les oreilles cet hiver avec son premier EP flamboyant et dévoilé un clip de toute beauté pour son single Sarah, le franco-québécois est de retour avec un nouvel extrait de son premier album, Eleven Songs, qui sortira le 2 juin prochain chez Audiogram / PIAS.

Le morceau en question, Mr Garner, est sobrement interprété en guitare voix par Aliocha Schneider (petit-frère de l’acteur césarisé Nils). Cette session acoustique, filmée sur les toits de Montréal, lève ainsi le voile sur un titre inédit de son premier disque. A découvrir en avant-première ci-dessous :

“No, I can’t breath in this world anymore”

C’est pourtant l’effet d’une grande bouffée d’air frais que nous apporte ce titre inédit. Difficile de ne pas tomber sous le charme de la voix cristalline du jeune homme et de cette mélodie sincère qui vous coupe du reste du monde (et de son actualité absurde) pendant deux minutes et douze secondes. Un élégant avant-goût de ce qui nous attend sur Eleven Songs!

Ce premier disque a été réalisé par Samy Osta (La Femme, Feu! Chatterton, Juniore) et enregistré en partie sur une console vintage d’un studio suédois (Göteberg). Le résultat oscille entre ambiance sixties feutrée (on pense à John Lennon) et des sonorités pop plus modernes et arrangées. Un compromis qui risque de faire d’Eleven Songs votre prochain album de chevet.

Gagnez des places pour un concert privé et intimiste d’Aliocha

A l’occasion de la prochaine session Fiftyfifty, qui aura lieu le mercredi 26 avril, Aliocha jouera dès 19h sur la scène intimiste d’un hôtel de charme de la capitale belge. Il sera accompagné du compositeur folk Halehan, qui a sorti en février dernier l’ep Temple of Maia. Pour assister à ce showcase privé, il suffit de nous envoyer un mail à concours@inrocks.com, les 20 premiers recevront deux invitations.

Et pour tous ceux qui ne pourraient pas se déplacer à Bruxelles pour ce concert privé, pas de panique, il sera retransmis en direct grâce à un facebook live sur la page facebook des inRocKs. En attendant, vous pouvez revoir les lives précédents.

Egalement en concert le 21 avril au Printemps de Bourges, le 27 avril pour la [PIAS] NITES à la Maroquinerie (Paris) et le 15 mai au festival Nuits Botaniques de Bruxelles.

Album Eleven Songs disponible dès le 2 juin chez Audiogram / Pias. Lien de précommande sur Apple Music.

Les Inrocks - Musique

Mozart-Clementi

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Muzio Clementi (1752-1832). De ces contemporains inégalement traités par la postérité, la pianiste Vanessa Wagner orchestre la rencontre à travers quatre pièces bien choisies. Les mérites du premier n'y perdent rien, le second en sort grandi. A cette discrète et convaincante réhabilitation, Vanessa Wagner ajoute une dimension expérimentale, en interprétant chaque compositeur sur un pianoforte Brodmann de 1814, qui vient du musée de la Musique à Paris, et un très moderne piano de concert Yamaha CFX. Soit une calèche et une Rolls-Royce, que l'on emprunte tour à tour pour un passionnant voyage temporel et sonore. Jouée au pianoforte, dont les touches renvoient un son légèrement feutré, la Fantaisie en ré mineur révèle une émouvante fragilité ; c'est Mozart aux chandelles. Dans la Sonate en si bémol majeur, on rallume les lumières électriques, et les doigts de la pianiste volent comme des papillons. Même décalage chez Clementi, dans l'autre sens : l'exubérante Sonate en fa majeur et ses vertigineux à-pics s'accommode sans effort de la moindre réverbération du pianoforte, tandis que la Sonate en sol mineur « Didon abandonnée (scène tragique) », moins spectaculaire, déploie sur piano moderne des effusions dignes d'un petit opéra. — S.Bo.

| Vanessa Wagner, Mozart/Clementi, 1 CD La Dolce Volta 4F

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Haydn 2032 no 4 - Il Distratto

On a déjà eu l'occasion, dans ces pages, de saluer l'ambition et la qualité du projet Haydn 2032, une entreprise de longue haleine puisqu'il s'agit d'enregistrer les cent sept symphonies de Joseph Haydn (1732-1809) avant le 300e anniversaire du compositeur… que l'on fêtera donc en 2032. Maître d'oeuvre de cette intégrale in progress, le chef d'orchestre Giovanni Antonini met de nouveau à contribution son bel ensemble sur instruments anciens, Il Giardino Armonico. Et conserve le principe d'un fil thématique plutôt que chronologique. Dans ce quatrième volume, place au théâtre, élément capital dans le laboratoire symphonique de Haydn, que ce soit par l'instillation de rebondissements et de surprises dans des oeuvres destinées au concert (comme les Symphonies nos 70 et 12, qui racontent des histoires sans en avoir l'air) ou par des musiques pensées pour la scène. Telle cette Symphonie no 60 « pour la comédie intitulée Le Distrait », en référence à la pièce de Jean-François Regnard, dont elle occupait l'ouverture et les ­entractes. Giovanni Antonini y traite l'orchestre en acteur à part entière, ­faisant de ses instrumentistes (consentants) autant de comédiens. L'ouverture glisse de la douceur émolliente de l'adagio à un allegro tonique et bavard, cors et hautbois jouent les perturbateurs dans un andante par trop sentimental, les violons s'interrompent brutalement pour se réaccorder au ­début du dernier mouvement…

Elégante et nerveuse, la direction musicale fait ressortir une dramaturgie parcourue de traits d'audace et d'humour, qui ont dû faire sursauter bien des auditeurs en 1774. Et l'on apprécie la sonorité chaleureuse peaufinée par chaque pupitre, jusque dans l'irrésistible scène bouffe attribuée à Domenico Cimarosa (1749-1801) sur laquelle se referme ce quatrième volet (Marco Brolli, flûtiste du Giardino Armonico, en a reconstitué l'orchestration à partir de sources diverses). Clin d'oeil aux fonctions de Joseph Haydn, longtemps maître de chapelle chez les princes Esterházy, Il Maestro di cappella met en scène la rencontre entre un chef mégalomane, incarné par l'excellent baryton Riccardo Novaro, et un orchestre velléitaire et capricieux. Une captation vidéo est disponible sur YouTube, mais le plaisir procuré par le jeu de l'un et des autres passe d'abord par les oreilles. — Sophie Bourdais

| 1 CD Alpha Classics. Cet album sort également en vinyle.

Télérama.fr - Disques

The Original Sound of Mali

A elle seule, la photo de la pochette, cliché vintage et stylé signé Malick Sidibé (1936-2016), présage déjà des plaisirs régressifs. Et la promesse est tenue, dès le premier titre de cette compilation de Mr Bongo, qui nous replonge dans les glorieuses décennies 70 et 80 de la musique malienne. Idrissa Soumaoro et l'Eclipse, orchestre de l'Institut des jeunes aveugles où officiaient les futurs Amadou et Mariam, y ouvrent le bal au quart de tour, sur l'irrésistible Nissodia (« joie de l'optimisme » !), florilège électrique de guitares funk et de claviers euphorisants.

La suite ressuscite avec la même jubilation l'effervescence sonore de l'époque, quand les grands orchestres bamakois comme le Rail Band, le Super Djata Band ou Les Ambassadeurs du Motel branchèrent leurs instruments sur ampli pour rejouer Fela, James Brown ou Celia Cruz, mais aussi inventer un nouveau répertoire, brassant allègrement verve griotique et guinche cubain, blues songhai et rock'n'roll, balafons boisés et cuivres suaves. Le mélange est psychédélique, plutôt instrumental sur ce disque, d'où émergent néanmoins quelques voix enjôleuses, comme le majestueux Salif Keita, qui se frotte au son montuno sur l'emblématique Mandjou. Une excellente sélection, dont on peut regretter l'absence d'informations sur les musiciens et un livret documenté mais malheureusement en anglais. — Anne Berthod

| 1 CD Mr Bongo.

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Petite amie

Elle fut honnie par une jeune scène française qui, au nom de la modernité, reniait ce que ses (grands-) parents avaient aimé. Oui mais ça, c'était… avant. Avant que la girouette de la mode ne fasse un tour sur elle-même et que la variété redevienne tendance, avec ses histoires d'amour plus ou moins malheureuses, ses mélodies dansantes ou romantiques, et ses arrangements qui excluent toute rugosité. Juliette Armanet, jeune pousse au buzz prometteur depuis des mois (lire Télérama no 3459), s'inscrit dans cette ligne : celle d'une variété 70 et 80 plutôt chic à la Sheller, relevée d'une pincée de Véronique Sanson (Un samedi soir dans l'histoire), mais aussi de Michel Berger, voire de France Gall (Star triste). La demoiselle n'aurait pas dépareillé sur un plateau des Carpentier. Le piano est chez elle en majesté ; la mélancolie, à l'affût ; les petites guitares sont nerveuses. Quant au chant, fluide et tonique à la fois, il est un peu trop maniéré pour ne pas agacer — à se demander si la chanteuse ne s'auto-caricature pas.

Reste que l'univers est fort de sa cohérence décomplexée et d'une image archi travaillée, signée du plasticien en vogue Théo Mercier. Celle-ci contribue d'ailleurs beaucoup à classer Armanet du côté des branchés — le même disque, sans ses visuels arty, pourrait être taxé de ringard par les mêmes qui l'encensent aujourd'hui. Reste aussi que la jeune femme est douée, incontestablement : elle fait montre, dès ce premier album, d'une personnalité forte, d'une maîtrise sans faille et d'une volonté de bien faire. Presque trop. Un peu de lâcher-prise n'aurait pas nui à l'intensité de son chant. Mais alors Juliette Armanet se serait éloignée de la variété. — Valérie Lehoux

| 1 CD Barclay.

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The Day After

Parmi les saxophonistes alto d'aujourd'hui qui ont spectaculairement assimilé le vocabulaire be-bop, on peut citer l'Américain Will Vinson, le Français Baptiste Herbin. Et le Russe Dmitry Baevsky. Tous trentenaires, ils ont une technique impressionnante, une mémoire saturée de plans hérités de Parker, Stitt, McLean ou Woods. Né à Saint-Pétersbourg, formé au classique, Baevsky a parfait ses études à la New School de New York, ville où il s'est établi et a gagné ses galons de jazzman. The Day after est son sixième album, le premier, Introducing Dmitry Baevsky, ayant été enregistré en 2004, avec les vétérans Cedar Walton et Jimmy Cobb.

Il se présente ici avec son Working Band, un quartet, et joue principalement ses propres compositions, qui relèvent de l'esthétique hard bop des années 1960, avec des accents churchy ou soul (Chant). Son style à l'alto, grâce à une belle sonorité chaude et grave, évoque Cannonball Adderley plus que Charlie Parker — les harmonies qu'il utilise ne doivent pas grand-chose aux classiques du bop. C'est un jazz de confort, qui semble modeste et évident mais qui requiert une grande maîtrise, dont témoigne avec élégance la rythmique formée du pianiste Jeb Patton, du contrebassiste David Wong, du batteur Joe Strass. Du jazz qui ne vous fera pas vieillir et peut-être vous rendra votre jeunesse (avec ce Delilah que jouait Clifford Brown). — Michel Contat

| 1 CD Like a sound/Socadisc.

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Americana

Et un vétéran de plus qui, à 70 ans passés, livre son meilleur disque depuis longtemps. Le leader et compositeur des prodigieux Kinks trace depuis près de vingt ans une carrière solo certes honorable, mais qui ne risquait pas de faire d'ombre à ses merveilles d'antan. Mais Ray Davies a tout de même initié avec brio la mode du concert storyteller, show où un artiste se raconte à travers ses chansons. Avec Americana, justement, le plus britannique des rockers creuse, en une douzaine de titres et quelques interludes parlés, sa drôle de relation, entre amour et désillusion, avec les Etats-Unis : son fantasme adolescent, sa première visite à problèmes dans les 60's avec les Kinks, leur triomphe au début des 80's. Et, pour finir, l'épisode traumatique qui le vit se prendre une balle d'un malfrat à La Nouvelle-Orléans.

Comment ne pas se réjouir de retrouver un Ray Davies, à la fois doux- amer et pétillant, au meilleur de sa forme, en chansons. Sa voix, légèrement voilée, préserve sa grâce, tandis que le sujet, reflet de sa propre évolution affective et personnelle, a clairement stimulé son inspiration. L'accompagnement sobre et classieux des Américains Jayhawks (des fans, assurément) ne gâche rien, mais c'est l'écriture tendrement acerbe qui, tout au long d'Americana, fait écho, plus de quarante ans après, à Muswell Hillbillies et Everybody's in show-biz, les deux classiques des Kinks du début des seventies. Dans le superbe The Deal, Davies croque la découverte éblouie du rêve californien qui se révélera n'être qu'un affreux mirage. Tout l'album pourrait se résumer à ce constat désabusé, mais son auteur a suffisamment de ressources et d'idées pour varier les angles et les situations, enchaînant les vignettes mélodiques d'un rock boisé (Poetry, Wings of fantasy) ou countrysant (Americana, A place in your heart, The Invaders). — Hugo Cassavetti

| 1 CD Legacy/Sony.

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