Actu musique

12 avril 2017

La Super Pool Party #4 fait le plein de nouvelles têtes

Jae Tyler à droite (extrait de son clip), Otzeki en haut à droite ( Keira Cullinane) et WWWater en bas à droite (DR)

Après trois première soirées qui ont fait salle comble, la Super Pool Party est de retour le 20 avril prochain de 20h à minuit dans la salle mythique des Bains Paris. Pour y assister, rien de plus simple, il suffit de retirer votre invitation en ligne. Au programme ce mois-ci, trois jeunes espoirs et le désormais traditionnel DJ inRocKs Steady Crew.

Otzeki
Ce duo originaire de Londres est formé de deux cousins partageant un amour fou pour les coupes de cheveux extravagantes de David Beckham ou encore le DJ Ricardo Villalobos. Distingués comme une des promesses les plus excitantes de 2016  par la radio BBC 1, leur premier ep Following Out se démarque par une rythmique minimaliste, des synthés rêveurs et un sens du groove qui risque de vous faire onduler du bassin toute la nuit.

Jae Tyler
Abandonnant sa fidèle guitare pour un séquenceur Ableton, l’Américain Jae Tyler s’apprête à sortir son premier disque It’s Jae Tyler, composé entre l’Islande (où il réside) et Berlin. C’est avec l’aide de son fidèle producteur Michael Lindsay (Tunng) qu’il y met en boite toutes ses joies, névroses et perversions. Sa pop barrée et travestie se dévoile dans un premier clip génial Life as a wall.

WWWater
Elle s’appelle Charlotte Adigery et c’est la nouvelle petite protégée du label Deewee, fondé par les frères Dewaele de Soulwax. Après un premier ep entre expérimentations cosmiques et voix soul, la Gantoise vient de dévoiler un premier single sous le pseudo rêveur WWWater. Un tube éponyme et quasi vaudou, qui ne renie pas ses aînés : Solange Knowles ou encore Devonté Hynes (Blood Orange). Cerise sur la gâteau, la belle vient d’être sacrée meilleure révélation féminine en 2016 par le prix Red Bull Elektropedia.

Inrocks Les Bains #4 — Super Pool Party
Le jeudi 20 avril aux Bains Paris (7 rue du Bourg l’Abbé, 75003 Paris)
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Label à suivre : Inner Ear Records, une Olympe pop

Logo du label Inner Ear Records

Au nord de la péninsule du Péloponnèse, la ville de Patras abrite l’un des plus excitants foyers de la musique pop mondiale. Pour avoir récemment succombé aux sirènes du Half A Century Sun de The Man From Managra, on avait très envie de s’intéresser de plus près au label qui l’héberge : Inner Ear Records. Active depuis 2007, la structure s’est prise dans ses jeunes années de plein fouet la crise qui a ébranlé l’économie grecque.

“Notre seule arme est la créativité. Les gens ont plus que jamais besoin d’art et de divertissement”

“Dieu merci cette crise n’a retiré aux artistes ni créativité ni productivité” répond d’une seule voix l’équipe soudée d’Inner Ear. Sous la houlette du fondateur Periklis Pilavas, ancien disquaire de Patras, quatre fidèles occupent les différents postes allant de l’artistique au marketing. Mais tous confirment que “chacun fait un peu de tout”. Une façon de faire bloc bien utile en pleine tempête : “essayer de ne pas s’effondrer quand tout s’écroule est une forme de résistance. Notre seule arme est la créativité. Les gens ont plus que jamais besoin d’art et de divertissement, et c’est gratifiant de jouer un rôle ici. Nous ne sommes pas romantiques au point de penser que la musique va sauver l’humanité, mais suffisamment optimistes pour croire que ça peut l’aider.”

Avec ce mix de passion et de réalisme, le label parvient à mener sa barque : “on ne peut pas se permettre de superproductions, mais on fait un tri énorme avec un seul critère : adorer ce qu’on va signer”. Inner Ear arrive à tirer parti d’une situation difficile où “les gros labels restent focalisés sur la musique commerciale chantée en grec – le plus souvent sans sens esthétique ni originalité – quand les rares labels indé locaux s’apparentent de plus en plus à une espèce menacée. Nous comblons malgré tout un vide en signant certains des groupes grecs les plus intéressants du moment.” Affirmation bravache, mais vérifiable par une simple plongée dans la rubrique catalogue du site du label.

Des entrelacs post-Radiohead de Ku ou LogOut au génial piano-punk pour cabaret interlope de Mary And The Boy, la palette impressionne par sa variété. Mais aussi par sa cohérence, qui prend racine dans les années 90 : “une grande part de ce qui m’a amené à travailler dans la musique vient de labels indé grecs des 90s qui n’existent plus”, explique Periklis. Dimitris (responsable de la promo locale) surenchérit : “s’il y a un groupe dont l’œuvre m’a transformé, c’est bien Sonic Youth… nous sommes des enfants des 90s”. Entre l’adorateur de Pearl Jam (Stratos, promo internationale) et la fan des Smiths (Maria, responsable numérique), la petite équipe se montre fière d’une aventure qui fête sa première décennie. “Jamais nous n’aurions pensé aller aussi loin,” expliquent-ils, “mais dix ans, ce n’est pas un symbole, juste un joli nombre. Nous avons lancé le projet A Distant Victory Singles Club : douze singles inédits que nous sortons mensuellement en édition vinyle limitée, par souscription. Il y aura des événements sur lesquels nous ne pouvons encore rien révéler, pour ménager la surprise…”

La plupart chante en anglais, une poignée ose la difficile langue grecque.

En attendant, on continue de fouiller une histoire déjà riche, depuis sa première signature, le beau 2 d’Abbie Gale (“Ce disque m’a amené ici : je n’arrivais pas à croire qu’un groupe local sur un label local pouvait être aussi bon – je devais en être !”, s’emballe Christos, responsable des ventes), jusqu’au rock psyché de A Victim of Society dont le Freaktown sort fin avril. On rêve sur les plages élégiaques d’Electric Litany et sur les nappes viciées de Gioumourtzina tout en tombant sous le charme de Daphne & The Fuzz. Il reste beaucoup à dénicher derrière les noms qui s’exportent le mieux, Baby Guru, Σtella et Tango With Lions bénéficiant d’une belle audience internationale. La plupart chante en anglais, une poignée ose la difficile -selon les standards pop- langue grecque. D’autres alternent comme The Boy, responsable de quelques-unes des plus incroyables chansons du catalogue.

“Inner Ear est un havre fantastique pour la scène grecque et Periklis Pilavas compte énormément pour nous tous. Il arrive parfois qu’on se plaigne ou qu’on peste sur le label, mais la vérité c’est que ce type est un authentique héros“, affirme sans hésiter l’artiste Jef Maarawi alias Egg Hell qui prépare son deuxième album. En s’attaquant aux dix bougies du label, on ne va pas laisser quelques contingences bassement économiques souffler cette belle flamme.

Un immense merci à toute l’équipe chez Inner Ear Records : Periklis Pilavas, Maria Paroussi, Dimitris Bouras, Stratos Psilos, Christos Sotiropoulos.

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Weyes Blood démontre l’étendue de son génie au Point Éphémère

Weyes Blood dans le clip de "Seven Words" (Capture d'écran)

Weyes Blood est un génie. Voilà, c’est dit, tout simplement. On pourrait s’arrêter là, s’il n’y avait le plaisir de chercher à le capter. De lui donner une couleur, un contour, une forme. De se l’approprier à l’aide de mots. Weyes Blood fait partie de ces artistes protéiformes, mouvants, presque insaisissables, naviguant dans des eaux troubles où se mêlent premier et second degrés, références multiples, passé, présent, futur.

Sur la scène du Point Éphémère ce mardi 11 avril, faite de chair et de sang, Natalie Mering dégage pourtant quelque chose de féerique, comme tout droit sortie de la pochette de son troisième album, le magistral Front Row Seat To Earth, dont on vous a déjà beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé. Son visage délicat, presque adolescent, est encadré de bandeaux de cheveux châtains, qu’elle dégage régulièrement, dévoilant d’éclatantes boucles d’oreille dorées. Elle porte ce même costume en satin vert, inclassable. Sa voix est grave, presque rauque. Elle avale ses mots, si bien qu’on peine à comprendre les vannes qu’elle distille tout au long de son concert, entre deux chansons qui arracheraient des larmes au plus insensible d’entre nous.

La voix incroyable de @WeyesBlood qui ne perd rien de sa puissance en live @PointEphemere pic.twitter.com/TMwyjIVhRG

— Carole Boinet (@CaroleBoinet) 12 avril 2017

De la cuvette des toilettes à Kate Bush 

Weyes Blood est un vaste paradoxe. Bourrée d’autodérision, capable de se laver les cheveux dans une cuvette de toilette pour une story Instagram de Pitchfork et d’être super pote avec Ariel Pink et Drugdealer – deux artistes dont la zinzinerie n’est plus à démontrer– elle conserve une gravité, un sérieux, un lyrisme déstabilisants lorsqu’il s’agit de délivrer ses morceaux à la symphonie si moderne et pourtant si surannée.

Résultat: les yeux sont humides, les visages émus, les poings serrés. Le silence est d’or. Le concert prend des allures de messe, avec Weyes Blood en prêtresse à la Joan Baez, encadrée de ses fidèles musiciens tapis dans l’ombre pour mieux la laisser briller, guitare acoustique en bandoulière, ou mains sur le synthé.

Weyes Blood ce génie ❤ @PointEphemere pic.twitter.com/G2d9ttn2ss

— Carole Boinet (@CaroleBoinet) 12 avril 2017

Des reprises comme autant de renaissances 

Chaque fin de morceau est ponctuée d’un tonnerre d’applaudissements. La Californienne offre deux rappels et deux reprises : le Moonlight Shadow de Mike Oldfield, interprété dans sa version originale (1983) par l’Ecossaise Maggie Reilly. Et, surtout, l’incroyable Vitamin C de CAN, qui explose ici d’une émotion si forte qu’on pourrait presque tendre la main et la toucher du bout des doigts. Le public se détend un peu, reprend les paroles, pousse quelques cris d’approbation. C’est le climax de ce concert magistral.

Weyes Blood n’a jamais caché son amour des reprises. Son EP avec Ariel Pink, Myths 002, sorti fin janvier, en contenait lui aussi deux : l’incestueuse Daddy, Please Give A Little Time to Me des Sisters (introuvable sur Youtube, on vous laisse commander le vinyle) et la délicieuse On Another Day des Anglais post-punk Sad Lovers and Giants.

Loin d’utiliser la cover comme cache-misère, la jeune femme s’en sert pour faire exploser sa créativité. Pas de copier-coller ici mais une volonté de relecture, de réappropriation, de renaissance. La digestion du passé pour mieux créer un présent toujours évanescent, friable, le tissage d’un lien entre l’avant et l’après. Or, le plaisir de reconnaître le squelette d’une mélodie derrière une nouvelle parure, de discerner le familier derrière ce qui nous semblait étranger est tout simplement jouissif.

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Her, le groupe français qui rénove la soul

Victor (chant, claviers) et Simon (basse, chant) du groupe Her, à Rennes, mars 2017 © Eric Bouttier pour Les Inrockuptibles

La “clause Molière” ne passera pas par Her. Sur ses lieux de travail – le studio, la scène –, le groupe breton refuse farouchement le français. Il pense, écoute, lit strictement en anglais, au nom d’un apprentissage forcené, en immersion dans la langue et la culture. “La langue anglaise et la culture américaine ont forgé notre façon de réfléchir”, affirme Victor, chanteur et clavier. A tel point que Simon, bassiste et chanteur, a passé une partie de sa scolarité dans un lycée d’un bled entre Chicago et Detroit pour non seulement parler l’anglais, mais surtout parler l’Amérique.

“Des Etats-Unis, on a appris cette notion de compétition, d’excellence, même dans des domaines aussi dérisoires que la fanfare du lycée, dit-il. J’étais au conservatoire à Rennes avant de rejoindre la fanfare du lycée du Michigan. La motivation, le nivellement par le haut sont sans commune mesure. Ça m’a poussé à tout donner. C’est cruel, impitoyable, mais ça explique pourquoi cette culture domine le monde.”

C’est pourtant l’anglais qu’ils parlèrent d’abord, avec un fort accent quasi mancunien, au sein d’un premier groupe mal peigné et agité du bocal, The Popopopops, qui empocha en 2009 le prix inRocKs lab. A l’époque, les ados Victor et Simon ne perdent pas une miette de ces expériences de scène, de studio, de chaos. Le groupe s’effilochant, ils s’accrochent l’un à l’autre, se poussant au surpassement dans une vie qui brûla tous les ponts pour que ne reste que la possibilité de la musique. Ils s’éduquent l’un l’autre au rythme de leurs trouvailles, mélangent leurs influences comme un couple ses humidités. “Ça dépasse l’amitié”, affirme sobrement Victor.

“L’anglais, ça laisse plus de place à l’inconscient dans la création”

Depuis la fin des Popopopops, Victor et Simon ont pris un accent nettement plus américain, calqué sur les disques de soul, de gospel ou de hip-hop qui font vibrer ces Français.

“Non, non, non, coupe Simon. On n’est pas dans le déni, dans le refus de notre propre culture. J’adore Murat, Bashung ou Nekfeu, par exemple… Mais il y a un tel poids de notre langue, de la tradition, qu’on se sent incapables d’écrire en français. L’anglais nous donne plus de libertés, y compris celle de faire des erreurs, d’utiliser une sorte de licence poétique… Ça laisse plus de place à l’inconscient dans la création. Alors, bien sûr, faire un genre de soul-music ici, il y a forcément une part de rêve, de besoin de s’évader… Les Etats-Unis, c’était un fantasme. Mais plus on tourne à l’étranger, plus je me rends compte que la France est un pays formidable, un motif de fierté. Mais il faut la voir de loin pour réaliser ça.”

Nostalgique d’une période qu’il n’a pas connue et qui n’a sans doute jamais existé, Simon regrette un temps où les musiciens n’étaient que musiciens, et pas communicants.

“Je suis musicien, pas publiciste. Cela prend beaucoup de temps, et demande beaucoup de concentration, d’explorer une idée. On ne crée pas pareil quand on est relié en permanence aux statistiques de likes, de followers… Est-ce que ça sert la musique ? Est-ce que ça influence la composition ?”

Pour fuir cette frénésie et ces tentations, le groupe a trouvé une parade : une maison à Dinard, où il se réfugie, vit et enregistre en autarcie, au rythme des petits plats cuisinés par Victor.

Alors que sort le copieux Tape #2, on retrouve Her dans son autre studio : l’appartement de Simon à Rennes. Au mur, des vinyles empruntés à son père témoignent d’une belle éducation en zigzags : 3 Mustaphas 3, Thelonious Monk ou Magma. “A l’adolescence, on se construit avec ou contre ses parents. Avec les parents cultivés qu’on a eus, on s’est construit avec”, se souvient Simon.

Ici et là, des instruments vintage – un piano Hohner, une superbe guitare Italia Mondial aux allures de cheesecake – côtoient un studio digital de pointe : un assez bon résumé de la musique de Her, qui refuse ce kitsch de carte postale que l’époque réserve à la soul-music depuis des années. Simon :

“La différence entre la collection de disques de mon père et la mienne, c’est le rap. Même si on joue de la soul, elle est largement informée par le hip-hop, ses outils et méthodes de production.” Victor complète : “On a grandi avec l’electro et la techno minimale, on ne pourrait pas faire de la soul classique. On est très vigilants, il faut que cela vienne vraiment de nous, de notre parcours. Quand on chante A Change Is Gonna Come de Sam Cooke, on s’approprie son texte, il résonne selon nos expériences, nous évoque Marine Le Pen.” 

Un défi brillamment relevé : une heure pour composer une chanson

C’est cette production en couches infinies qui fait la force et le mystère de ces Five Minutes (que vous connaissez forcément en BO d’un spot Apple) ou du plus récent et complexe Blossom Roses, merveille de soul-music ronde et chaude, véritable poison des cœurs avec son rythme insaisissable. A Rennes, en travaux pratiques de son discours sur la production, le groupe s’est fixé un défi : une heure pour composer devant nos yeux une nouvelle chanson.

“Tu fais la drum et je commence la ligne de basse” sera le premier commandement de ce titre qui démarre sur le synthé Prophet 6 de Victor. “Choisis un tempo pour nous”, lance Simon. On opte pour 120 bpm, à leur stupeur. “On n’a jamais joué si rapide.” Du coup, ils composeront en 60, un beat sur deux. Victor déniche rapidement une ligne de séquence épaisse et poisseuse, montée en boucle. Un accord suspendu, à la Robert Wyatt, vient pacifier la rythmique implacable du métronome.

“Il nous manque juste Snoop Dogg”

Au bout de dix minutes, dès que Victor commence à psalmodier, le morceau prend des allures de James Blake en T-shirt à Memphis. Des notes tournent, fluctuent, se tordent sur un morceau de plus en plus languide, pendant que Simon se charge d’une ligne de basse dégingandée, qui ressemble à un yo-yo au fond d’une caverne : elle sonne comme le plaisir.

En souvenir d’un épisode déplorable de l’après-midi, quand des pigeons en rase-mottes ont sauvagement bombardé les costumes du show Las Vegas des deux garçons, Simon improvise un texte en crooner effondré : “Today a bird shat on me…”  Dans une frénésie de jeu, il passe à la guitare, une Stratocaster qui a connu plusieurs guerres (l’Irak, le Vietnam…). Il en extrait un petit riff acide, étroit et raide comme son pantalon de costard. “Vas-y, vas-y, joue”, l’implore Victor qui, de son côté, ajoute percussions et parasites aux rythmiques encore en chantier. “Il nous manque juste Snoop Dogg pour tenir un morceau”, ricane-t-il, avant de tenter des chœurs soul navrés, en dépression nerveuse.

On parle logiquement de feu Child Of Lov, inventeur originel de cette soul macabre, translucide. Plus que dix minutes, il est temps de faire les voix. Simon prend le micro. “Libère le Nick Cave en toi”, lui conseille Victor. Retour sur le traumatisme du jour : “I took a walk in the park and then came bad luck”, chanté ou susurré sur tous les tons, de Michael Jackson à Curtis Mayfield. Le morceau est fini, Victor se sent obligé d’ajouter un chœur gospel possédé (le groupe semble peu doué pour les deadlines strictes) : “Shit all over me”. On réécoute, on tient un tube. Au moins sur Alouette FM.

“On aime s’imposer des contraintes”

On en a la confirmation : le studio, avec ses possibilités infinies, ses terrains de jeux illimités est un membre actif du groupe. Au même niveau que les trois fidèles musiciens (guitare, basse et batterie) qui viennent donner corps, muscles, nerfs et tripes aux expérimentations du duo. “On aime s’imposer des contraintes, explique Simon. C’est le seul moyen de développer une vraie direction artistique. Alors, nous éliminons impitoyablement parmi les centaines de titres en gestation. On aura toujours le temps de déconstruire notre son. Mais pour l’instant, on adore le canaliser, devoir faire des choix. Même si c’est agréable aussi de se perdre dans l’aléatoire, l’anarchie.” 

Fidèles aux principes d’un de leurs maîtres – Kanye West –, ils revendiquent le fait qu’une chanson n’est jamais finie, figée. “J’aime découvrir de nouveaux albums qui viennent bouleverser mes habitudes, repousser mes limites, confirme Victor. Des artistes comme Kanye, Solange ou James Blake réussissent ça. Ça m’inspire.” “On est de plus en plus sensibles au discours radical, politique, enchaîne Simon. C’est un mélange de notre âge, de la situation en France et aux Etats-Unis, mais des gens comme Kendrick Lamar redonnent du sens à la création. Tant de gens font de la musique sans savoir pourquoi. On ne peut pas être dans la seule joliesse en 2017.”

“On devient Her grâce à nos costumes de scène”

Her a trouvé sa cause : la femme et par extension le féminisme. Mère ou amante, l’amour de la femme est au cœur de chacune des chansons du duo. Simon : “Même si on est deux Blancs de Bretagne, on vient du blues, du jazz, de la soul, des musiques dans lesquelles on se met à nu, on ne triche pas. On sait la chance qu’on a de vivre de notre musique. Ça donne des responsabilités.”

Avant de nous quitter, Simon et Victor emportent au pressing leurs costumes souillés par l’aviation rennaise. Vu leurs mines dépitées, voire anxieuses, on mesure quel petit drame intime s’est vécu dans l’après-midi. “Nos costumes, ça nous permet d’incarner quelque chose de plus grand que nous, confirme Victor. On devient Her grâce à eux. Cela m’autorise à être beaucoup plus sensuel, sexuel sur scène. En T-shirt, je me trouverais ridicule. Cela me permet d’assumer qu’on me regarde. Le Victor en costume sur scène, si à l’aise, si charismatique, c’est celui que je rêverais d’être au quotidien.”  

ep Tape #2 (Barclay/Universal)

concert le 20 avril au Printemps de Bourges, avec Paradis, Parcels, Agar Agar, le 21 mai à Reims (festival La Magnifique Society), le 7 juillet à Hérouville-Saint-Clair (festival Beauregard)

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Mac DeMarco ralentit la cadence avec le génial “On The Level”

Crédit photo : Mário Macedo/ CC/ Flickr.

Patience, Mac DeMarc revient dans un peu moins d’un mois. Le 5 mai prochain, son nouveau disque (sûrement l’un des plus attendus du printemps) verra le jour, trois ans après le très salué Salad Days. En attendant, l’extrait On The Level vient officiellement de paraître et il est assez génial pour calmer notre impatience. D’ailleurs, vous l’avez peut-être déjà découvert sur la compilation Printemps Volume 2 encartée dans le magazine InRocKuptibles le 5 avril dernier – dont il faisait la couverture.

Troisième single du prochain l’album My Old Dog, le titre On The Level respire la douce euphorie et la tranquillité heureuse. Ce nouveau morceau reste dans la même veine que les précédents extraits, This Old Dog et My Old Man, parus en février dernier. Et à les écouter, force est de constater que le musicien canadien n’a rien perdu de son esprit détendu mais revendique un aspect moins fou de sa personnalité. Une nouvelle philosophie de vie qui transparaît sur ce nouveau single, à découvrir et écouter ci-dessus.

>>> A lire : L’album du printemps est signé Mac DeMarco : interview fleuve d’un héros normal

En concert à Saint-Malo pour La Route du Rock le dimanche 20 août, à Saint-Cloud à Rock En Seine le 27 août et à Lille le 11 novembre.

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