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12 avril 2017

La Super Pool Party #4 fait le plein de nouvelles têtes

Jae Tyler à droite (extrait de son clip), Otzeki en haut à droite ( Keira Cullinane) et WWWater en bas à droite (DR)

Après trois première soirées qui ont fait salle comble, la Super Pool Party est de retour le 20 avril prochain de 20h à minuit dans la salle mythique des Bains Paris. Pour y assister, rien de plus simple, il suffit de retirer votre invitation en ligne. Au programme ce mois-ci, trois jeunes espoirs et le désormais traditionnel DJ inRocKs Steady Crew.

Otzeki
Ce duo originaire de Londres est formé de deux cousins partageant un amour fou pour les coupes de cheveux extravagantes de David Beckham ou encore le DJ Ricardo Villalobos. Distingués comme une des promesses les plus excitantes de 2016  par la radio BBC 1, leur premier ep Following Out se démarque par une rythmique minimaliste, des synthés rêveurs et un sens du groove qui risque de vous faire onduler du bassin toute la nuit.

Jae Tyler
Abandonnant sa fidèle guitare pour un séquenceur Ableton, l’Américain Jae Tyler s’apprête à sortir son premier disque It’s Jae Tyler, composé entre l’Islande (où il réside) et Berlin. C’est avec l’aide de son fidèle producteur Michael Lindsay (Tunng) qu’il y met en boite toutes ses joies, névroses et perversions. Sa pop barrée et travestie se dévoile dans un premier clip génial Life as a wall.

WWWater
Elle s’appelle Charlotte Adigery et c’est la nouvelle petite protégée du label Deewee, fondé par les frères Dewaele de Soulwax. Après un premier ep entre expérimentations cosmiques et voix soul, la Gantoise vient de dévoiler un premier single sous le pseudo rêveur WWWater. Un tube éponyme et quasi vaudou, qui ne renie pas ses aînés : Solange Knowles ou encore Devonté Hynes (Blood Orange). Cerise sur la gâteau, la belle vient d’être sacrée meilleure révélation féminine en 2016 par le prix Red Bull Elektropedia.

Inrocks Les Bains #4 — Super Pool Party
Le jeudi 20 avril aux Bains Paris (7 rue du Bourg l’Abbé, 75003 Paris)
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Label à suivre : Inner Ear Records, une Olympe pop

Logo du label Inner Ear Records

Au nord de la péninsule du Péloponnèse, la ville de Patras abrite l’un des plus excitants foyers de la musique pop mondiale. Pour avoir récemment succombé aux sirènes du Half A Century Sun de The Man From Managra, on avait très envie de s’intéresser de plus près au label qui l’héberge : Inner Ear Records. Active depuis 2007, la structure s’est prise dans ses jeunes années de plein fouet la crise qui a ébranlé l’économie grecque.

“Notre seule arme est la créativité. Les gens ont plus que jamais besoin d’art et de divertissement”

“Dieu merci cette crise n’a retiré aux artistes ni créativité ni productivité” répond d’une seule voix l’équipe soudée d’Inner Ear. Sous la houlette du fondateur Periklis Pilavas, ancien disquaire de Patras, quatre fidèles occupent les différents postes allant de l’artistique au marketing. Mais tous confirment que “chacun fait un peu de tout”. Une façon de faire bloc bien utile en pleine tempête : “essayer de ne pas s’effondrer quand tout s’écroule est une forme de résistance. Notre seule arme est la créativité. Les gens ont plus que jamais besoin d’art et de divertissement, et c’est gratifiant de jouer un rôle ici. Nous ne sommes pas romantiques au point de penser que la musique va sauver l’humanité, mais suffisamment optimistes pour croire que ça peut l’aider.”

Avec ce mix de passion et de réalisme, le label parvient à mener sa barque : “on ne peut pas se permettre de superproductions, mais on fait un tri énorme avec un seul critère : adorer ce qu’on va signer”. Inner Ear arrive à tirer parti d’une situation difficile où “les gros labels restent focalisés sur la musique commerciale chantée en grec – le plus souvent sans sens esthétique ni originalité – quand les rares labels indé locaux s’apparentent de plus en plus à une espèce menacée. Nous comblons malgré tout un vide en signant certains des groupes grecs les plus intéressants du moment.” Affirmation bravache, mais vérifiable par une simple plongée dans la rubrique catalogue du site du label.

Des entrelacs post-Radiohead de Ku ou LogOut au génial piano-punk pour cabaret interlope de Mary And The Boy, la palette impressionne par sa variété. Mais aussi par sa cohérence, qui prend racine dans les années 90 : “une grande part de ce qui m’a amené à travailler dans la musique vient de labels indé grecs des 90s qui n’existent plus”, explique Periklis. Dimitris (responsable de la promo locale) surenchérit : “s’il y a un groupe dont l’œuvre m’a transformé, c’est bien Sonic Youth… nous sommes des enfants des 90s”. Entre l’adorateur de Pearl Jam (Stratos, promo internationale) et la fan des Smiths (Maria, responsable numérique), la petite équipe se montre fière d’une aventure qui fête sa première décennie. “Jamais nous n’aurions pensé aller aussi loin,” expliquent-ils, “mais dix ans, ce n’est pas un symbole, juste un joli nombre. Nous avons lancé le projet A Distant Victory Singles Club : douze singles inédits que nous sortons mensuellement en édition vinyle limitée, par souscription. Il y aura des événements sur lesquels nous ne pouvons encore rien révéler, pour ménager la surprise…”

La plupart chante en anglais, une poignée ose la difficile langue grecque.

En attendant, on continue de fouiller une histoire déjà riche, depuis sa première signature, le beau 2 d’Abbie Gale (“Ce disque m’a amené ici : je n’arrivais pas à croire qu’un groupe local sur un label local pouvait être aussi bon – je devais en être !”, s’emballe Christos, responsable des ventes), jusqu’au rock psyché de A Victim of Society dont le Freaktown sort fin avril. On rêve sur les plages élégiaques d’Electric Litany et sur les nappes viciées de Gioumourtzina tout en tombant sous le charme de Daphne & The Fuzz. Il reste beaucoup à dénicher derrière les noms qui s’exportent le mieux, Baby Guru, Σtella et Tango With Lions bénéficiant d’une belle audience internationale. La plupart chante en anglais, une poignée ose la difficile -selon les standards pop- langue grecque. D’autres alternent comme The Boy, responsable de quelques-unes des plus incroyables chansons du catalogue.

“Inner Ear est un havre fantastique pour la scène grecque et Periklis Pilavas compte énormément pour nous tous. Il arrive parfois qu’on se plaigne ou qu’on peste sur le label, mais la vérité c’est que ce type est un authentique héros“, affirme sans hésiter l’artiste Jef Maarawi alias Egg Hell qui prépare son deuxième album. En s’attaquant aux dix bougies du label, on ne va pas laisser quelques contingences bassement économiques souffler cette belle flamme.

Un immense merci à toute l’équipe chez Inner Ear Records : Periklis Pilavas, Maria Paroussi, Dimitris Bouras, Stratos Psilos, Christos Sotiropoulos.

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Weyes Blood démontre l’étendue de son génie au Point Éphémère

Weyes Blood dans le clip de "Seven Words" (Capture d'écran)

Weyes Blood est un génie. Voilà, c’est dit, tout simplement. On pourrait s’arrêter là, s’il n’y avait le plaisir de chercher à le capter. De lui donner une couleur, un contour, une forme. De se l’approprier à l’aide de mots. Weyes Blood fait partie de ces artistes protéiformes, mouvants, presque insaisissables, naviguant dans des eaux troubles où se mêlent premier et second degrés, références multiples, passé, présent, futur.

Sur la scène du Point Éphémère ce mardi 11 avril, faite de chair et de sang, Natalie Mering dégage pourtant quelque chose de féerique, comme tout droit sortie de la pochette de son troisième album, le magistral Front Row Seat To Earth, dont on vous a déjà beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé. Son visage délicat, presque adolescent, est encadré de bandeaux de cheveux châtains, qu’elle dégage régulièrement, dévoilant d’éclatantes boucles d’oreille dorées. Elle porte ce même costume en satin vert, inclassable. Sa voix est grave, presque rauque. Elle avale ses mots, si bien qu’on peine à comprendre les vannes qu’elle distille tout au long de son concert, entre deux chansons qui arracheraient des larmes au plus insensible d’entre nous.

La voix incroyable de @WeyesBlood qui ne perd rien de sa puissance en live @PointEphemere pic.twitter.com/TMwyjIVhRG

— Carole Boinet (@CaroleBoinet) 12 avril 2017

De la cuvette des toilettes à Kate Bush 

Weyes Blood est un vaste paradoxe. Bourrée d’autodérision, capable de se laver les cheveux dans une cuvette de toilette pour une story Instagram de Pitchfork et d’être super pote avec Ariel Pink et Drugdealer – deux artistes dont la zinzinerie n’est plus à démontrer– elle conserve une gravité, un sérieux, un lyrisme déstabilisants lorsqu’il s’agit de délivrer ses morceaux à la symphonie si moderne et pourtant si surannée.

Résultat: les yeux sont humides, les visages émus, les poings serrés. Le silence est d’or. Le concert prend des allures de messe, avec Weyes Blood en prêtresse à la Joan Baez, encadrée de ses fidèles musiciens tapis dans l’ombre pour mieux la laisser briller, guitare acoustique en bandoulière, ou mains sur le synthé.

Weyes Blood ce génie ❤ @PointEphemere pic.twitter.com/G2d9ttn2ss

— Carole Boinet (@CaroleBoinet) 12 avril 2017

Des reprises comme autant de renaissances 

Chaque fin de morceau est ponctuée d’un tonnerre d’applaudissements. La Californienne offre deux rappels et deux reprises : le Moonlight Shadow de Mike Oldfield, interprété dans sa version originale (1983) par l’Ecossaise Maggie Reilly. Et, surtout, l’incroyable Vitamin C de CAN, qui explose ici d’une émotion si forte qu’on pourrait presque tendre la main et la toucher du bout des doigts. Le public se détend un peu, reprend les paroles, pousse quelques cris d’approbation. C’est le climax de ce concert magistral.

Weyes Blood n’a jamais caché son amour des reprises. Son EP avec Ariel Pink, Myths 002, sorti fin janvier, en contenait lui aussi deux : l’incestueuse Daddy, Please Give A Little Time to Me des Sisters (introuvable sur Youtube, on vous laisse commander le vinyle) et la délicieuse On Another Day des Anglais post-punk Sad Lovers and Giants.

Loin d’utiliser la cover comme cache-misère, la jeune femme s’en sert pour faire exploser sa créativité. Pas de copier-coller ici mais une volonté de relecture, de réappropriation, de renaissance. La digestion du passé pour mieux créer un présent toujours évanescent, friable, le tissage d’un lien entre l’avant et l’après. Or, le plaisir de reconnaître le squelette d’une mélodie derrière une nouvelle parure, de discerner le familier derrière ce qui nous semblait étranger est tout simplement jouissif.

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Her, le groupe français qui rénove la soul

Victor (chant, claviers) et Simon (basse, chant) du groupe Her, à Rennes, mars 2017 © Eric Bouttier pour Les Inrockuptibles

La “clause Molière” ne passera pas par Her. Sur ses lieux de travail – le studio, la scène –, le groupe breton refuse farouchement le français. Il pense, écoute, lit strictement en anglais, au nom d’un apprentissage forcené, en immersion dans la langue et la culture. “La langue anglaise et la culture américaine ont forgé notre façon de réfléchir”, affirme Victor, chanteur et clavier. A tel point que Simon, bassiste et chanteur, a passé une partie de sa scolarité dans un lycée d’un bled entre Chicago et Detroit pour non seulement parler l’anglais, mais surtout parler l’Amérique.

“Des Etats-Unis, on a appris cette notion de compétition, d’excellence, même dans des domaines aussi dérisoires que la fanfare du lycée, dit-il. J’étais au conservatoire à Rennes avant de rejoindre la fanfare du lycée du Michigan. La motivation, le nivellement par le haut sont sans commune mesure. Ça m’a poussé à tout donner. C’est cruel, impitoyable, mais ça explique pourquoi cette culture domine le monde.”

C’est pourtant l’anglais qu’ils parlèrent d’abord, avec un fort accent quasi mancunien, au sein d’un premier groupe mal peigné et agité du bocal, The Popopopops, qui empocha en 2009 le prix inRocKs lab. A l’époque, les ados Victor et Simon ne perdent pas une miette de ces expériences de scène, de studio, de chaos. Le groupe s’effilochant, ils s’accrochent l’un à l’autre, se poussant au surpassement dans une vie qui brûla tous les ponts pour que ne reste que la possibilité de la musique. Ils s’éduquent l’un l’autre au rythme de leurs trouvailles, mélangent leurs influences comme un couple ses humidités. “Ça dépasse l’amitié”, affirme sobrement Victor.

“L’anglais, ça laisse plus de place à l’inconscient dans la création”

Depuis la fin des Popopopops, Victor et Simon ont pris un accent nettement plus américain, calqué sur les disques de soul, de gospel ou de hip-hop qui font vibrer ces Français.

“Non, non, non, coupe Simon. On n’est pas dans le déni, dans le refus de notre propre culture. J’adore Murat, Bashung ou Nekfeu, par exemple… Mais il y a un tel poids de notre langue, de la tradition, qu’on se sent incapables d’écrire en français. L’anglais nous donne plus de libertés, y compris celle de faire des erreurs, d’utiliser une sorte de licence poétique… Ça laisse plus de place à l’inconscient dans la création. Alors, bien sûr, faire un genre de soul-music ici, il y a forcément une part de rêve, de besoin de s’évader… Les Etats-Unis, c’était un fantasme. Mais plus on tourne à l’étranger, plus je me rends compte que la France est un pays formidable, un motif de fierté. Mais il faut la voir de loin pour réaliser ça.”

Nostalgique d’une période qu’il n’a pas connue et qui n’a sans doute jamais existé, Simon regrette un temps où les musiciens n’étaient que musiciens, et pas communicants.

“Je suis musicien, pas publiciste. Cela prend beaucoup de temps, et demande beaucoup de concentration, d’explorer une idée. On ne crée pas pareil quand on est relié en permanence aux statistiques de likes, de followers… Est-ce que ça sert la musique ? Est-ce que ça influence la composition ?”

Pour fuir cette frénésie et ces tentations, le groupe a trouvé une parade : une maison à Dinard, où il se réfugie, vit et enregistre en autarcie, au rythme des petits plats cuisinés par Victor.

Alors que sort le copieux Tape #2, on retrouve Her dans son autre studio : l’appartement de Simon à Rennes. Au mur, des vinyles empruntés à son père témoignent d’une belle éducation en zigzags : 3 Mustaphas 3, Thelonious Monk ou Magma. “A l’adolescence, on se construit avec ou contre ses parents. Avec les parents cultivés qu’on a eus, on s’est construit avec”, se souvient Simon.

Ici et là, des instruments vintage – un piano Hohner, une superbe guitare Italia Mondial aux allures de cheesecake – côtoient un studio digital de pointe : un assez bon résumé de la musique de Her, qui refuse ce kitsch de carte postale que l’époque réserve à la soul-music depuis des années. Simon :

“La différence entre la collection de disques de mon père et la mienne, c’est le rap. Même si on joue de la soul, elle est largement informée par le hip-hop, ses outils et méthodes de production.” Victor complète : “On a grandi avec l’electro et la techno minimale, on ne pourrait pas faire de la soul classique. On est très vigilants, il faut que cela vienne vraiment de nous, de notre parcours. Quand on chante A Change Is Gonna Come de Sam Cooke, on s’approprie son texte, il résonne selon nos expériences, nous évoque Marine Le Pen.” 

Un défi brillamment relevé : une heure pour composer une chanson

C’est cette production en couches infinies qui fait la force et le mystère de ces Five Minutes (que vous connaissez forcément en BO d’un spot Apple) ou du plus récent et complexe Blossom Roses, merveille de soul-music ronde et chaude, véritable poison des cœurs avec son rythme insaisissable. A Rennes, en travaux pratiques de son discours sur la production, le groupe s’est fixé un défi : une heure pour composer devant nos yeux une nouvelle chanson.

“Tu fais la drum et je commence la ligne de basse” sera le premier commandement de ce titre qui démarre sur le synthé Prophet 6 de Victor. “Choisis un tempo pour nous”, lance Simon. On opte pour 120 bpm, à leur stupeur. “On n’a jamais joué si rapide.” Du coup, ils composeront en 60, un beat sur deux. Victor déniche rapidement une ligne de séquence épaisse et poisseuse, montée en boucle. Un accord suspendu, à la Robert Wyatt, vient pacifier la rythmique implacable du métronome.

“Il nous manque juste Snoop Dogg”

Au bout de dix minutes, dès que Victor commence à psalmodier, le morceau prend des allures de James Blake en T-shirt à Memphis. Des notes tournent, fluctuent, se tordent sur un morceau de plus en plus languide, pendant que Simon se charge d’une ligne de basse dégingandée, qui ressemble à un yo-yo au fond d’une caverne : elle sonne comme le plaisir.

En souvenir d’un épisode déplorable de l’après-midi, quand des pigeons en rase-mottes ont sauvagement bombardé les costumes du show Las Vegas des deux garçons, Simon improvise un texte en crooner effondré : “Today a bird shat on me…”  Dans une frénésie de jeu, il passe à la guitare, une Stratocaster qui a connu plusieurs guerres (l’Irak, le Vietnam…). Il en extrait un petit riff acide, étroit et raide comme son pantalon de costard. “Vas-y, vas-y, joue”, l’implore Victor qui, de son côté, ajoute percussions et parasites aux rythmiques encore en chantier. “Il nous manque juste Snoop Dogg pour tenir un morceau”, ricane-t-il, avant de tenter des chœurs soul navrés, en dépression nerveuse.

On parle logiquement de feu Child Of Lov, inventeur originel de cette soul macabre, translucide. Plus que dix minutes, il est temps de faire les voix. Simon prend le micro. “Libère le Nick Cave en toi”, lui conseille Victor. Retour sur le traumatisme du jour : “I took a walk in the park and then came bad luck”, chanté ou susurré sur tous les tons, de Michael Jackson à Curtis Mayfield. Le morceau est fini, Victor se sent obligé d’ajouter un chœur gospel possédé (le groupe semble peu doué pour les deadlines strictes) : “Shit all over me”. On réécoute, on tient un tube. Au moins sur Alouette FM.

“On aime s’imposer des contraintes”

On en a la confirmation : le studio, avec ses possibilités infinies, ses terrains de jeux illimités est un membre actif du groupe. Au même niveau que les trois fidèles musiciens (guitare, basse et batterie) qui viennent donner corps, muscles, nerfs et tripes aux expérimentations du duo. “On aime s’imposer des contraintes, explique Simon. C’est le seul moyen de développer une vraie direction artistique. Alors, nous éliminons impitoyablement parmi les centaines de titres en gestation. On aura toujours le temps de déconstruire notre son. Mais pour l’instant, on adore le canaliser, devoir faire des choix. Même si c’est agréable aussi de se perdre dans l’aléatoire, l’anarchie.” 

Fidèles aux principes d’un de leurs maîtres – Kanye West –, ils revendiquent le fait qu’une chanson n’est jamais finie, figée. “J’aime découvrir de nouveaux albums qui viennent bouleverser mes habitudes, repousser mes limites, confirme Victor. Des artistes comme Kanye, Solange ou James Blake réussissent ça. Ça m’inspire.” “On est de plus en plus sensibles au discours radical, politique, enchaîne Simon. C’est un mélange de notre âge, de la situation en France et aux Etats-Unis, mais des gens comme Kendrick Lamar redonnent du sens à la création. Tant de gens font de la musique sans savoir pourquoi. On ne peut pas être dans la seule joliesse en 2017.”

“On devient Her grâce à nos costumes de scène”

Her a trouvé sa cause : la femme et par extension le féminisme. Mère ou amante, l’amour de la femme est au cœur de chacune des chansons du duo. Simon : “Même si on est deux Blancs de Bretagne, on vient du blues, du jazz, de la soul, des musiques dans lesquelles on se met à nu, on ne triche pas. On sait la chance qu’on a de vivre de notre musique. Ça donne des responsabilités.”

Avant de nous quitter, Simon et Victor emportent au pressing leurs costumes souillés par l’aviation rennaise. Vu leurs mines dépitées, voire anxieuses, on mesure quel petit drame intime s’est vécu dans l’après-midi. “Nos costumes, ça nous permet d’incarner quelque chose de plus grand que nous, confirme Victor. On devient Her grâce à eux. Cela m’autorise à être beaucoup plus sensuel, sexuel sur scène. En T-shirt, je me trouverais ridicule. Cela me permet d’assumer qu’on me regarde. Le Victor en costume sur scène, si à l’aise, si charismatique, c’est celui que je rêverais d’être au quotidien.”  

ep Tape #2 (Barclay/Universal)

concert le 20 avril au Printemps de Bourges, avec Paradis, Parcels, Agar Agar, le 21 mai à Reims (festival La Magnifique Society), le 7 juillet à Hérouville-Saint-Clair (festival Beauregard)

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Mac DeMarco ralentit la cadence avec le génial “On The Level”

Crédit photo : Mário Macedo/ CC/ Flickr.

Patience, Mac DeMarc revient dans un peu moins d’un mois. Le 5 mai prochain, son nouveau disque (sûrement l’un des plus attendus du printemps) verra le jour, trois ans après le très salué Salad Days. En attendant, l’extrait On The Level vient officiellement de paraître et il est assez génial pour calmer notre impatience. D’ailleurs, vous l’avez peut-être déjà découvert sur la compilation Printemps Volume 2 encartée dans le magazine InRocKuptibles le 5 avril dernier – dont il faisait la couverture.

Troisième single du prochain l’album My Old Dog, le titre On The Level respire la douce euphorie et la tranquillité heureuse. Ce nouveau morceau reste dans la même veine que les précédents extraits, This Old Dog et My Old Man, parus en février dernier. Et à les écouter, force est de constater que le musicien canadien n’a rien perdu de son esprit détendu mais revendique un aspect moins fou de sa personnalité. Une nouvelle philosophie de vie qui transparaît sur ce nouveau single, à découvrir et écouter ci-dessus.

>>> A lire : L’album du printemps est signé Mac DeMarco : interview fleuve d’un héros normal

En concert à Saint-Malo pour La Route du Rock le dimanche 20 août, à Saint-Cloud à Rock En Seine le 27 août et à Lille le 11 novembre.

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Des vagues et des ruisseaux

On se doutait qu’il finirait par arriver, cet album qui nous la montrerait enfin telle qu’on la devine : une des plus attachantes auteurs, compositrices et interprètes de la scène francophone. Vingt ans tout juste après avoir lâché les beaux-arts de Marseille pour monter à Paris tenter sa chance dans la musique, La Grande Sophie s’envole, loin de ses précédents disques aux sons très « variété » qu’elle ne reniera pas, mais qui l’étouffaient sous des oripeaux orchestraux pas toujours de bon aloi. Des vagues et des ruisseaux est un collier de perles fines, aux mélodies claires, aux arrangements subtils, entièrement écrit par ses soins et réalisé par Edith Fambuena (l’ex-chanteuse des Valentins, réalisatrice attitrée de Daho). La chrysalide a même mué au-delà de ce qu’on espérait. Son cinquième album studio regorge de textes à la gravité pudique sur le pardon, la confusion des sentiments, le trouble des identités et l’irréparable perte des innocences d’enfance.
Le temps a fait son œuvre. A près de 40 ans, La Grande Sophie dévoile des sentiments complexes et se rapproche doucement d’une chanson dépouillée. Ce n’est pas là qu’on l’attendait : quand, au début des années 90, elle s’époumonait dans les bistrots de Paris, une guitare à la main et une grosse caisse au pied, elle s’imposait en apôtre d’une chanson alternative, légère, voire futile. Drôle de fille au rire clair, timide mais téméraire, qui entonnait alors ses morceaux déjantés, un peu de bric et de broc, labélisés « kitchen miousic » en un clin d’œil amusé… Sans se prendre au sérieux, Sophie acquit pourtant dans ces cafés-concerts pas tous homologués, où la police débarquait pour venir couper le son, un sens de l’improvisation et une aisance scénique qui font d’elle la plus douée de nos « performeuses ».
Pour le savoir, il faut la voir. A Mont­réal, sous un déluge de pluie et de vent, faisant danser une foule détrempée sous des parapluies retournés. A l’Olympia, se risquant à un strip-tease derrière un paravent translucide ; au Zénith de Paris, traversant la salle avec une compagnie de majorettes puis se jetant dans le public en hurlant « j’aime le rock’n’roll »… Et dire qu’adolescente elle aurait tout donné pour qu’on ne la remarque pas, complexée par sa taille sur les photos de classe, détestant se promener dans la rue avec une guitare parce qu’elle attirait les regards ! Petite fille de la classe moyenne aux parents militants, qui observait avec un brin de crainte les soubresauts du monde et qui rêvait devant les chansons de Peau d’âne… Depuis, c’est la musique qui l’a consolée de ses peurs d’enfant. Remède toujours de mise. C’est aussi cette nécessité, pas futile du tout, qu’elle accepte d’assumer désormais.
De quoi s’apaiser et se poser. S’il est déjà certain que demain elle commettra encore de douces folies scéniques, on peut aussi parier qu’elle osera d’autres chansons plus intimistes, et plus essentielles. Epanouissement d’une artiste qui se découvre, et qu’on redécouvre : qui aurait parié qu’elle glisserait sur son disque une valse à trois temps pétrie d’un chagrin discret ou une reprise très personnelle du Dis, quand reviendras-tu ? de Barbara ? D’Aubert à Bénabar, d’autres se sont frottés à ce monument du répertoire. Et de tous, c’est elle qui le réinvente le plus et qui le chante le mieux.

Des vagues et des ruisseaux, 1 CD AZ, sortie le 26 janvier. (4F).

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Moi en mieux

Voilà un peu plus de dix ans, elle créait Non ça s’peut pas, l’une des plus belles chansons d’amour qu’on ait jamais entendues. Toute l’inventivité et la modernité de Clarika éclataient dans ces paroles à l’apparente naïveté, chargées d’émotion et de justesse. Mine de rien, pile dans le mille ; de l’art de renouveler un genre très éculé en un refrain et trois couplets. En l’entendant, Vincent Delerm dit en être resté coi, et plein d’autres avec lui. A tel point qu’aujourd’hui des centaines d’amateurs se passent et se repassent ce trésor du répertoire comme un bien très précieux, dont on se demande pourquoi il n’a pas suscité davantage d’intérêt.
De Clarika, on pourrait presque en dire autant. Son précédent album, sorti en 2005, suivi d’une tournée de deux ans (!), avait fini par chatouiller un peu la curiosité des radios et des télés, mais elle reste largement méconnue. Et pourtant ! Avec sa plume émancipée, capable de faire surgir la poésie la plus élégante des mots les plus quotidiens, c’est elle qui a réveillé l’écriture au féminin, dès le milieu des années 90, bien avant que des Anaïs, Jeanne Cherhal ou Camille s’engouffrent dans le chemin ainsi défriché. Trop en avance, peut-être, pour s’imposer d’emblée. « A l’époque, les filles n’étaient pas si nombreuses à écrire leurs propres textes, surtout avec ce style… Mais je n’oserais jamais revendiquer une quelconque primeur. Disons que depuis quelque temps d’autres individualités sont apparues, se démarquant des traditions et des clichés. » On avait oublié : dès qu’elle descend de scène, Clarika est une discrète, qui rechigne toujours à se mettre en avant.
Avec un parcours comme le sien, elle aurait pourtant de quoi en épater plus d’un. Clarika, « petite Claire », en hongrois, est la fille unique d’un réfugié politique qui quitta son pays – à pied – après l’invasion soviétique pour devenir poète, apaisant la douleur de l’exil dans ses cahiers d’écriture. Enfance chargée de lettres et d’histoire. « Tout cela m’a donné le goût des mots, c’est sûr, d’autant que ma mère était prof de français… Chez nous, il n’y avait pas la télé, plutôt des livres. Mais l’écriture ne s’est pas imposée à moi comme un irrépressible besoin. Avant de me lancer, j’ai multiplié les petits boulots, essayé le théâtre, répondu à des annonces du genre “groupe cherche chanteuse”… Finalement, je me suis mise à écrire quand j’ai compris que c’était le meilleur moyen pour moi de monter sur une scène. »
Car il est bien là, le grand plaisir de cette drôle de timide, capable de débuter un concert déguisée en fée, d’inviter à ses côtés l’interprète de la BO de La Boum (l’oublié Richard Sanderson, qu’elle avait retrouvé pour un duo mémorable à La Rochelle), de tenter une reprise de Trust dans une explosion de décibels ou de raconter au public des histoires à mourir de rire… Le tout malicieusement calé entre deux de ses chansons, mélange constant de tendresse et de dérision.
Cette « patte Clarika » a toujours été là : évidente dès le premier album, en 1993, et intacte sur le dernier, le cinquième, coréalisé par Florent Marchet et Jean-Jacques Nyssen, le complice éternel. Au milieu de ce disque contrasté, parfois piquant, mené tambour battant, où pour la première fois elle aborde de front des sujets politiques (Bien mérité, hymne au second degré à la solidarité), Clarika nous glisse au creux de l’oreille un nouveau titre bouleversant. La chanson parle des liens d’une mère avec son enfant ; elle s’in­titule Lâche-moi et elle ne vous lâche plus. Sur ce thème-là, c’est ni plus ni moins l’une des plus belles qu’on ait jamais entendues. Douze ans après Non ça s’peut pas.


1 CD ULM, 4F

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Bleu Venise

Bleu Venise est le troisième album de Daphné, réalisé par l'Américain Larry Klein. Elle y peaufine un univers fantasmagorique et sensuel, assez unique dans la chanson française d'aujourd'hui. Bleu Venise est un coup de cœur de la rédaction. Retrouvez sa critique dans le Télérama du 9 février.

Valérie Lehoux


Découvrez à partir de mercredi 2 février en avant-première 10 des 13 titres de Bleu Venise

Pour écouter la suite de l’album, rendez-vous sur www.daphne.fr

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Misery

Laïka et Elisabeth Kontomanou sortent leurs albums en même temps, on les compare donc. La première publie son deuxième disque, la seconde, couronnée d'une Victoire du jazz méritée, en a une bonne dizaine derrière elle. La généa-logie musicale de Laïka Fatien, chanteuse française à la double origine marocaine et ivoirienne, s'entend dans son art dépouillé et frémissant : Billie Holiday, Nina Simone, Abbey Lincoln, les grandes amoureuses écorchées. Le projet de chanter des airs rendus célèbres par Billie Holiday est audacieux. Il devient carrément gonflé quand la chanteuse attaque avec Strange Fruit, la chanson qui évoque un lynchage dans le Sud, introduite par le piano erratique de Robert Glasper qui déroule d'étranges paysages haletants. Elle s'adjoint aussi un soliste au saxophone, David El Malek, qui lui donne la réplique pour un What's new a capella très émouvant. Le tout, bien conçu dramatiquement, donne un disque prenant, qui n'usurpe pas sa référence à Lady Day.

Pour Elisabeth Kontomanou, la maturité artistique (et probablement existentielle) atteinte lui permet d'aborder l'art difficile du récital avec pianiste seul. En Laurent Courthaliac, elle a trouvé le partenaire idéal : aussi discret et sensible qu'Ellis Larkins avec Ella Fitzgerald, il l'accompagne avec une tendresse et une attention sans égale. Le répertoire inspiré par le blues lui permet de donner de la voix à pleine puissance et aussi avec un recueillement inhabituel (qu'on essaie d'écouter I'm a fool to want you en gardant les yeux secs !). Un disque qui réhabilite enfin le jazz vocal encombré par des chanteuses aussi jolies qu'approximatives.

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Bleu Venise

Elégante, dans le geste et dans le verbe. Voix de cimes et d’abysses qui transforme les mots en notes et dessine en traits vibrants les sensations les plus fortes. Daphné écrit et chante hors des modes, hors du temps, peut-être même parfois un peu hors des humains. Son denier album, sorti l’an passé, est un ovni poétique survolant de très haut cette « nouvelle chanson » enracinée dans la terre ferme. Bleu Venise dégage un onirisme digne des grands auteurs de la chanson. A se demander pourquoi on ne l’entend pas plus souvent.

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Test deborah : type audio britney

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The Moonjellies : You don't have to (sur le EP Jellies making friends under a cloudless sea)
www.myspace.com/themoonjellies

The Pyschologist And His Medicine Band : Fish it with your hands (sur l'album The Unforgettable Trip of The Psychologist and his Medicine Band, 1 CD Un-je-ne-sais-quoi)
www.myspace.com/thepsychologisthismedicineband

The Elderberries : It doesn't really matter (tiré de la compilation du Fair 2009, disponible. Album en mars)
www.myspace.com/theelderberries

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Americana

On a beau savoir que Neil Young a récemment retrouvé Crazy Horse pour la première fois depuis 2003, on a appris avec le temps que le très productif Canadien était rarement là où on l'attendait. A l'annonce d'un nouvel album baptisé Americana et composé de reprises de grands standards du folklore américain, on n'a pu s'empêcher d'imaginer un aimable recueil acoustique (esprit Prairie Wind, 2005), logique contre-pied au radical et bruyant Le Noise (réalisé en 2010 avec Daniel Lanois). Raté. Americana n'a rien d'un disque tranquille dans la veine du Good As I Been to You, de Bob Dylan. S'il s'agit bien d'un retour aux sources de la musique et de l'histoire de l'Amérique à travers des chansons folk (Oh Susanna, Clementine, This Land is Our Land, Gallows Pole.), Young s'en empare avec force pour démontrer leur pertinence intacte, leur toujours brûlante actualité.

Survie et dignité
Avec l'envie d'en découdre comme à l'époque du tonitruant Ragged Glory (1990), le Loner et ses fidèles frères de son, toujours au diapason, leur infligent ce caractéristique traitement électrique dont ils n'ont rien perdu du secret. « It gets into a good groove », entend-t-on Young lancer à ses acolytes à la fin d'Oh Susanna, et il a raison. Telle une miraculeuse jam session improvisée, histoire de fêter leurs retrouvailles, les quatre compères s'en donnent à cœur joie, sans retenue, mais avec une belle rigueur, à faire gronder ces chants d'une Amérique qui souffre et qui lutte pour sa survie et sa dignité. Comme si la notion même d'« americana », dont Harvest fut l'une des matrices il y a quarante ans – et en danger de galvaudage aujourd'hui – avait besoin d'être clairement redéfini. Get A Job renvoie au rock'n'roll qui avait inspiré un récréatif album de rockabilly avec les Shocking Pinks au milieu des eighties, Wayfarin' Stranger offre quelques doux moments de répit. Ailleurs, les guitares rugueuses vibrent à l'unisson et la rythmique cogne avec passion, soutenant le chant éternellement plaintif et puissant d'un Young toujours gaillard à 67 ans. Et lorsque, pour finir, il s'attaque à God Save The Queen, il ne s'agit ni d'un nouveau clin d'œil à Johnny Rotten, ni d'un simple rappel de sa nationalité canadienne, mais d'un solennel devoir de mémoire : jusqu'à 1931, date de l'instauration du Star Spangled Banner comme hymne national américain, celui de l'Angleterre en faisait office, par défaut. Grand archiviste de sa propre œuvre, Neil Young sait mieux que quiconque, que seule la connaissance de l'Histoire permet de toujours avancer.

Ecouter l'album de Neil Young en streaming.

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Earthling

Le problème avec Bowie, c'est qu'il échappe désormais à toute critique. Ou, plutôt, qu'il la rend vaine et dérisoire dès qu'elle s'applique à le cerner. Car l'homme, qui vient de fêter ses 50 ans, a toujours été expert dans l'art de se rendre insaisissable. Que l'on morigène tel ou tel aspect de son oeuvre et hop ! il est déjà passé à autre chose. Qui l'aime le suive. Ainsi, on s'était tout juste habitué à se compter en adversaire ou en partisan de son avant-dernier enregistrement, l'ennuyeux Outside, que notre pétillant quinquagénaire nous pond une suite aussi inattendue que farouchement différente. Un disque énergique et insolent, enregistré à la va-vite et dans l'enthousiasme, avec le groupe qui l'accompagne désormais sur scène. Un disque de rock, donc. Sauf qu'avec Bowie le rock, ça n'est jamais simple.

On sait le personnage à l'affût de tous les courants musicaux. On connaît son immense talent pour les recycler. Ici, c'est du style drum'n'bass, qui fait fureur en Angleterre, qu'il s'est inspiré : des séquences percussives rapides, héritées de la jungle music et habillées de la guitare furieuse de Reeves Gabrels, qui cosigne la plupart des mor- ceaux. Visiblement, Bowie s'est amusé à enregistrer cet opus. Les jeux de mots abondent, l'auteur s'ingénie à revisiter l'histoire de Blanche Neige et des sept nains (Little Wonder), rend hommage au bouddhisme tibétain, qu'il a adopté il y a longtemps (Seven Years in Tibet), évoque sans crainte le vieillissement (Dead Man walking, clin d'oeil à Neil Young), les extraterrestres (Looking for satellites) ou fustige l'impérialisme culturel américain (I'm afraid of Americans).

Résultat, un album à la puissance sonore qu'on peut situer quelque part entre Black Tie white noise et les disques de Tin Machine. Une nouvelle étape dans l'oeuvre du petit blond qu'il faut prendre pour ce qu'elle est : une pièce dans le puzzle géant que David Bowie érige depuis déjà trois décennies.

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Hours

Sur la photo de pochette, un David rajeuni, coiffé comme dans une pub pour shampoing, semble recueillir le dernier soupir d'un Bowie mal rasé et mal en point… Attention, symbole. On connaît la passion du personnage pour les métamorphoses et les réincarnations, son côté Dorian Gray, qui lutte contre le temps, les rides et les tics.

Après les albums Outside et Earthling, expérimentaux et parfois déroutants, ce disque surprend : couplets, refrains, ça alors, mais on dirait des chansons… Le premier titre, Thursday's Child, s'imprime même dans les neurones comme un tube à fredonner sous la douche. Accompagnement musical sobre, voix curieusement nasillarde et parfois très en retrait, Bowie semble s'appliquer à mener à bien son devoir pop, comme un maestro décidé à oeuvrer dans la simplicité. Les nostalgiques humeront çà et là des bribes rappelant l'époque de Hunky Dory ou Heroes. Le morceau Seven a même des relents sympathiques de Space Oddity. Pourtant, l'ensemble dégage une impression de monotonie. On se guette la mesure suivante, on a envie qu'il se passe enfin quelque chose. Et on se retrouve en flagrant délit de mauvaise foi : après être resté perplexe devant les velléités anticonformistes passées, voilà qu'on s'ennuie un peu devant cette leçon de classicisme. Bowie aurait-il encore une nouvelle longueur d'avance ? En musique, on appelle ça l'art du contretemps…

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Dub Camp Festival

Après un carton plein en 2014, la deuxième édition de ce festival consacré au dub s'annonce aussi copieuse que la précédente. Le gratin des sound systems sera rassemblé, trois jours durant, dans trois arènes : Lion Roots, Stand High Patrol, King Shiloh, Blackboard Jungle… Roots ou digital, le dub se déclinera sous toutes ses formes avec une pléiade de MCs et chanteurs (Pupajim, YT, Charlie P, Shanti D, King General…). Sans oublier deux monuments de la scène anglaise : Bush Chemists (le 10) et sa majesté Jah Shaka (le 12). De quoi skanker sur des basses pachydermiques jusqu'à épuisement.

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Histoires d'ONJ - 4e volume

- L'écoute était accessible jusqu'au 26 juin -

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Reality

Il est partout, le vieux Ziggy. A la une des journaux, sur les plateaux de divertissements télévisés, dans les spots de pub, sur Internet, sur scène. Zelig Stardust, tout sourire dehors, n'a jamais été aussi prolixe et omniprésent. A peine quinze mois après Heathen, David le Goliath de la pop revient avec un nouvel opus. Un disque dans la même veine que le précédent - Bowie a toujours aimé les cycles -, c'est-à-dire celle d'un rock rétrofuturiste aux chansons assez habilement troussées pour donner une impression de familiarité tout en ménageant quelques plages de nouveauté. Une sorte de panorama du passé (disons entre Heroes et Scary Monsters), intelligemment revisité et redécoré à la mode du moment.

Tout en n'étant pas dupe, on ne boudera pas notre plaisir, d'autant que l'album renferme une poignée de bonnes chansons : outre la reprise du Pablo Picasso, de Jonathan Richman, et celle du Try some, buy some, de George Harrison, on s'attardera sur New Killer Star, à la mélodie accrocheuse, et sur le caustique Never get old, BO d'une pub pour eau minérale. Bowie semble s'y moquer de lui-même, tout en se cantonnant dans un rôle qui lui sied fort bien : un excellent auteur de chansons de rock quinqua, au savoir-faire toujours aussi élégant à défaut d'être magique. Professionnel et pétillant.

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