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2 avril 2017

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Portrait de William Thomas, le génie derrière les clips de MHD, Niska et Gradur

crédit : Brice Miclet

On reconnaît tout de suite William Thomas lorsqu’il arrive. Style soigné, veste bordeaux, casquette assortie, tresses apparentes… Plutôt disponible ces jours-ci, il était à Miami la semaine précédente pour y tourner un clip de Gradur. Il vient de fêter son anniversaire, ses 19 ans :

“En ce moment, je fais une petite pause artistique. Je cherche l’inspiration, je voyage un peu… J’ai envie de prendre du recul, de regarder ce qu’il se passe à droite à gauche. Je regarde beaucoup de séries par exemple, Netflix notamment, même des mangas. Ça m’ouvre l’esprit sur comment dynamiser une scène, par exemple. Dans les clips, on se base beaucoup sur le morceau. Là, c’est sans instru, avec l’action”

Très vite dans la cour des grands

Avec déjà quatre-cent clips au compteur, l’élève de terminale lève un tout petit peu le pied, mais pour repartir de plus belle dans quelques jours. Il y a la sortie du clip de Niska avec Kalash, et puis d’autres qui l’appelleront certainement, comme d’habitude. L’agenda se fait au mois, pas de pression. C’est comme ça que ça marche, surtout depuis qu’il a commencé à travailler avec Niska, fin 2014 :

“Il faisait 400 000 vues maximum à l’époque. C’est un petit de sa cité qui lui avait parlé de moi et il m’a juste contacté sur Facebook deux mois après. On s’est vus à Saint Lazare et on a planifié le clip de Allô Maître Simonard. Je venais d’acheter un drone, forcément, je teste le truc sur le clip. Les gens ont adoré, kiffé les plans aériens, ils pensaient que c’était fait avec un hélicoptère. Ca soulève des questions, ça fait parler… Là, les millions de vues se sont enchaînés, et on a fait Freestyle PSG.”

C’est là que William Thomas entre véritablement dans la cour des grands, après avoir démarré la photo à 15 ans : “Juste après avoir acheté mon premier réflexe, j’ai rencontré un photographe qui m’a appris pleins de choses. Et puis j’avais pas mal de potes qui faisaient de la musique. J’avais un petit home studio, j’enregistrais leurs projets. Au bout d’un moment, ils m’ont demandé pourquoi je ne me lançait pas dans les clips. Pourquoi ne pas essayer ? J’ai économisé, investi et je me suis rendu compte que je préférait filmer les gens plutôt que de les enregistrer. C’est comme ça qu’est venue la passion. Je regardais énormément de clips. Je suis Antillais, je scrute beaucoup de ce qu’il se passe du côté des Antilles, des USA et de la Jamaïque. Vybz Kartel, Busy Signal, Buju Banton, Capleton, Sizzla… C’est ce qui a donné la couleur de mes clips aujourd’hui”.

“J’ai du mal à aller en cours”

Son premier clip est pour un Américain, Sean360x et son titre The Meaning Of Rain. Si les moyens ont clairement évolué depuis, William ne regrette pas grand chose de ses premiers essais. Aujourd’hui, les quatre-cent clips et l’expérience accumulée lui permettent de gérer des tournages balèzes, comme celui de Niska et Keblack qu’il vient de mettre en boîte : “C’était ambiance boîte de nuit, avec beaucoup de monde sur le tournage, genre trois cents personnes : une centaine de figurants, l’équipe technique de Niska, celle de Keblack… Moi, j’arrive avec mon équipe. J’envoie un gars s’occuper de la figuration avec mes directives, il lui fallait un micro tellement il y avait de monde. On met les choses en place avec les artistes et le producteurs exécutif avec qui je travaille, la maquilleuse a son espace à elle… Ce sont des tournages où il faut s’imposer, sinon, les gens ne te respectent pas”. Le clip Maman j’ai mal de MHD est aussi un souvenir important, tant les enjeux sont importants. Mais il sait gérer les situations complexes. Comme ce jour de tournage du clip de Pwoblem où il apprend au dernier moment que Kalash est à l’hôpital et qu’il faut tout remettre à un autre jour.

Le lycée n’est clairement pas sa priorité. Parce qu’il bosse à côté et que ça marche pour lui, certes, mais aussi parce que le décalage entre le système scolaire et ce qu’il vit est énorme. La Bac ? On verra : “C’est difficile. Je pense que je vais le passer en candidat libre. Le lycée et les clips, ce sont deux mondes différents. J’ai du mal à aller en cours. J’aime être actif, rester assis une journée entière, c’est pas mon délire. Au fil des années, la manière dont les autres élèves me voient au lycée est devenue assez dérangeante. C’est difficile de se concentrer. La musique et les tournages reviennent sans arrêt dans les discussions. Je suis toujours rattrapé par le boulot. Mais tant mieux si ça marche en même temps”. A la terrasse du café, quatre ados passent devant nous et le reconnaissent de suite : “Yes, William Thomas ! T’es un bon !” Si ça se passe comme ça dans le rue, on imagine effectivement ce que ça doit être dans son propre lycée.

La touche française

Lorsqu’on débarque très jeune dans le game, on n’est pas toujours pris au sérieux. A ses débuts, William choisit même de ne pas dire son âge. Mais l’info sort, il ne sait plus où, et depuis, il tourne la chose à son avantage : “Je pense que mon âge m’a finalement aidé dans mon parcours, et ma touche aussi, mon style. On me reconnaît facilement. Et puis le nombre de clips évidemment, à force de voir mon nom circuler, ça intrigue pas mal de personnes”. Il ne va jamais chercher les artistes, se sont eux qui viennent à lui. Une réputation, ça se construit, mais pour ça, il faut un style, un patte. Wiiliam Thomas a du mal à la décrire, mais se rappelle tout de même quelques petits tricks qu’il affectionne particulièrement : “Dans le clip de Gomu Bang de XVBarbar, j’ai inséré des passages du manga One Piece, notamment de l’attaque de Luffy. Et je faisais grossir les poignets des rappeurs. Sur un autre clip, Captain Cook de Pso Thug, on lui a fait grossir sa tête un peu à la Young Thug. Ca raconte en partie une enquête, donc on a mis des photos de son quartier… Je change les couleurs, je déforme un peu les sujets”

S’il a beaucoup regardé les clips US et jamaïcains, il est assez peu bluffé par ce qui se fait en France actuellement : “Parce que la musique tourne un peu en rond je trouve. Beaucoup d’afro, de sons de boîte…” Mais ce qu’il l’a réellement impressionné, ce sont les clips de Migos : Bad and Boujee, What The Price, Bad Intentions de Niykee Heaton où ils assurent le featuring… Il commente : “L’univers qu’ils apportent est dingue, il y a peu d’effets, mais les ralentis respectent leur image et leur musique. C’est fort”. Ça le change des montages très dynamiques que l’on peut voir en France, calés sur la prédominance des instrus ambiancées. Mais lui aussi fait dans le dynamisme. En même temps, il fait un peu partie de ceux qui font le style de réalisation français actuellement. Sauf qu’il est encore au lycée.

Les Inrocks - Musique