Actu musique

23 mars 2017

C’est officiel ! Gorillaz a annoncé le titre de son album, et la date de sortie

L'attente touche bientôt à sa fin. (Capture d'écran de l'Instagram de Gorillaz.)

Humanz. Le 28 avril 2017. L’annonce est désormais officielle ! Gorillaz sera de retour dans un mois pour la sortie de son prochain disque, le premier depuis 2012.

Le groupe de Damon Albarn et de Jamie Hewlett a dévoilé la nouvelle sur Instagram, dans une série de post avec le portrait des membres virtuels Noodle, 2-D, Murdoc et Russel Hobbs, mais aussi les lettres du titre de l’album : HUMANZ.

#HUMANZ

A post shared by Gorillaz (@gorillaz) on Mar 23, 2017 at 9:38am PDT

28th April, 2017 #HUMANZ

A post shared by Gorillaz (@gorillaz) on Mar 23, 2017 at 9:37am PDT

Et ce n’est pas tout : Damon Albarn était l’invité de l’animateur anglais MistaJam dans son émission de la BBC Radio 1. Deux morceaux inédits, issus du très attendu Humanz seront diffusés ce soir, jeudi 23 mars, à 19h30 heure anglaise et donc à 20h30 en France métropolitaine :

Tonight, for the first time in the world you're going to hear TWO new tracks from the @gorillaz at : 7:30pm on : @BBCR1 pic.twitter.com/r9mAHzuh2d

— mistajam (@mistajam) March 23, 2017

Vous pouvez avoir accès à l’émission en streaming sur le site de la BBC, juste ici, pour découvrir avant tout le monde deux nouvelles chansons de Gorillaz. Quant à ceux qui risquent de manquer la retransmission en temps réel, rendez-vous-vous demain, vendredi 24 mars, sur les Inrocks.com pour écouter les nouveaux extraits.

Les Inrocks - musique

Rencontre avec 10LEC6, le groupe couvé par Pedro Winter, et exclu de leur clip “Bedjem Mebok”

Photo Camille Vivier. De gauche a droite Nicole (chant), Simon (basse), Jess (batterie) Erwan et Gaëlle (percussions)

Formation menée par Jess et Simon, 10LEC6 évolue depuis plus de 10 ans dans les circuits alternatifs. Punk expérimental, voire tribal, la musique de ce groupe (qui a changé plusieurs fois de chanteuse depuis ses débuts) s’amuse à éviter les étiquettes avec soin. Tête d’affiche de notre soirée mensuelle inRocKs Les Bains, 10LEC6 sort aujourd’hui son EP sur le label de Pedro Winter, Ed Banger, avant un album prévu pour cet été. Rencontre avec Jess, Simon, Gaëlle, Erwan et Nicole, créateurs d’une musique profondément libre et résolument inclassable.

10LEC6 a beaucoup évolué depuis ses débuts en 2004…
Jess (batterie) :
Nous avons toujours eu une composante tribale et dance Au début, nous étions quatre. Erwan a fini par nous rejoindre, et ses percussions renforçaient le côté primitif. Nicole, qui est notre troisième chanteuse, vient du Cameroun, et chante en Boulou : ça a vraiment changé notre projet, mais c’est une évolution lente, qui est passée par plein d’étapes.

Pourquoi n’avoir pas changé de nom  ?
Simon (basse) : On aurait pu, mais c’est pour nous la même manière de travailler : c’est une évolution, pas un changement radical.
Gaëlle (percussions) : Le noyau est le même.
Jess : Les anciens morceaux étaient plus hardcore mais il y avait des breaks funk ou dance. Ils ont pris le dessus et sont devenus la trame des morceaux.

Vous parlez de noyau : quel est celui de 10LEC6 ?
Simon : C’est basse/batterie/percus/voix. Ce n’est pas si commun : il y a d’habitude une guitare, un synthé. Au lieu de prendre un guitariste, on a choisi Erwan qui a mis du coup l’accent sur le côté percussif.
Erwan (percussions) : Nous nous sommes toujours intéressés à la déstructuration, aux collages d’idées.
Jess : Nous travaillons de manière instinctive, et nous sommes bien incapables de dire si une séquence est à 3 ou à 5. On s’en fout. C’est ça qui donne la base rythmique de départ. Mais l’impulsion peut aussi venir de Nicole.
Nicole (chant) : De mon côté je cherche les paroles et les mélodies qui peuvent s’adapter à cette base. Quand on se retrouve, on discute des choses à enlever et à ajouter.

D’où vient cette envie de tout déstructurer ?
Jess : On joue à l’instinct. La structure break/pont/refrain ne marche pas pour nous.
Simon : Nos morceaux deviennent vraiment merdiques quand on commence à structurer (rires). Nous avions essayé avec notre première chanteuse de faire de vraies chansons, et ça nous a fait moins rire.
Erwan : Simon joue des lignes de basse sans connaître les temps et Jess joue en face des choses très ancrées. Du coup, la basse est planante et la batterie très droite, ce qui nous permet en tant que percussionnistes de placer ce que l’on veut dessus.

Du coup, les morceaux tiendraient presque du bœuf, ou du jam ?
Jess : Ce sont des échantillons qui sont ensuite assemblés sans logique ou sans règle. Cela donne ainsi des structures un peu éclatées, des changements de tempo au milieu des morceaux.
Nicole : On peut être en train de jouer et d’un coup, quelqu’un s’inspire de quelque chose, et cette chose nous ramène à une autre, et ça crée un beau mouvement, une belle chanson.
Erwan : Le chant a amené une structure, parfois une idée de couplet/refrain qu’il n’y avait pas auparavant. Cela permet d’écouter ce que l’on fait avec plus de facilité.

Il y a quand même des morceaux très lisibles, très dansants.
Jess : C’est un disque fait pour la danse. Notre intention, c’est vraiment de faire de la musique de club.
Erwan : A la fin des morceaux, on cherche toujours à les amener vers quelque chose de plus dance.
Simon : En live, les fins de morceaux se prolongent, se transforment en transe. Ils s’appuient sur une vraie énergie.

Depuis combien de temps préparez-vous votre album, qui sera disponible cet été ?
Simon : Quatre ans.
Jess : Pendant presque deux ans nous n’avions plus de studio, nous répétions assez peu.
Erwan : Cet album a mis beaucoup de temps à sortir, nous avons passé pas mal de temps à Mains d’œuvres, plusieurs jours par semaine à jouer, rejouer, à réenregistrer.

Les phases de cet album semblent avoir été imaginées à différents moments.
Jess : C’est vrai qu’il y a des moments où on a été plus inspiré par une ambiance ou une autre. Des choses traditionnelles que Nicole a ramené, des sonorités africaines actuelles qu’on écoute beaucoup, plus électroniques. On essaie à chaque fois de garder une énergie brute, quelque soit le style ou le rythme que l’on choisit.

Est-ce qu’il y avait quelqu’un qui posait un regard extérieur sur vos avancées ?
Simon : Nous préférons tout maitriser de A à Z. Avoir quelqu’un comme un manager ou un producteur casserait peut-être tout l’esprit de 10LEC6. Nous ne savons jamais très bien où nous allons au départ, et du coup tout prend un peu de temps.

Il est très difficile de définir votre musique…
Jess : C’est ce qu’on cherche aussi, à être inclassable, de ne pas suivre un mouvement.
Simon : Nous essayons d’aller sur des terrains qui ne sont pas exploités.

Votre programmation à la troisième édition d’inRocKs Les Bains peut-être considérée comme surprenante…
Simon : En effet (rires). Comme être signés sur le label Ed Banger : c’est à la fois bizarre et cool.
Erwan : 10LEC6 est un partage de beaucoup de musiques. C’est mortel de signer sur un label comme Ed Banger, de jouer aux Bains pour les inRocKs : cela permet de montrer qu’il y a autre chose dans le paysage français, une musique hybride, qui existe beaucoup ailleurs.
Jess : Ce n’est pas si improbable que ça qu’on se retrouve à jouer dans des clubs. On pense notre musique ainsi. Cela nous permet de mettre la basse et le kick en avant, et du coup notre musique prend une ampleur qui n’est pas possible sur une scène en extérieur. C’est dans les clubs finalement que 10LEC6 marche le mieux.

Comment vous est venue l’envie de confronter plusieurs genres musicaux ?
Jess :
Je baigne dedans depuis très longtemps. J’ai un label qui est dédié aux musiques africaines urbaines…C’est une sensibilité qu’on a tous dans le groupe.
Erwan : Toute ma carrière de musicien, j’ai fait des percussions traditionnelles, pas mal de world music, du jazz. Quand j’ai entendu la musique de 10LEC6 ça m’a beaucoup plu. Le côté percus, évidemment, mais aussi le fait que ce soit une musique aussi énervée que déstructurée. C’était ce que je cherchais et c’étaient deux univers que je n’avais pas l’habitude de voir confrontés.

Est-ce qu’il faut connaître tous ces courants musicaux pour apprécier au mieux la musique de 10LEC6 ?
Simon :
J’espère que non ! Il y a des morceaux plus accessibles, qui permettent de passer à des morceaux plus tordus.
Jess :
Le fait que nous ayons une dimension dance rend notre musique très accessible.
Nicole : Les gens sont tellement habitués aux rythmes « normaux », que quand ils se rendent compte de sons un peu nouveaux, ils s’interessent plus à la provenance, à la façon dont c’est réalisé… La musique est souvent compartimentée et ça donne des choses assez monotones. 10LEC6 est un mélange de musiques africaines, de rock, c’est différent, et je suis sure qu’on va trouver notre place.

La voix est aussi utilisée chez 10LEC6 comme un instrument rythmique.
Simon :
 Nicole chante en Boulou. Nous ne comprenons pas cette langue, du coup nous nous concentrons sur la rythmique. Nous découpons les morceaux, on nous collons des choses qui n’ont normalement rien à faire ensemble.
Jess : On déstructure ses chansons et elle est ensuite obligée de les rechanter d’une nouvelle manière.
Nicole : Et pourtant il y a des paroles ! Je ne chante pas des bêtises !

C’est embêtant ça quand on est parolières, non ?
Nicole : Au début, ça me dérangeait beaucoup parce que je ne comprenais rien, j’avais une façon bien précise de faire la musique, mais avec 10LEC6 c’est une autre façon de voir les choses. Ils découpent, me présentent de nouvelles sonorités en me disant « ça, c’est mieux », des fois je m’entête, eux aussi. Mais quand on finit par se mettre tous d’accord, c’est super bien.

De quoi parlent d’ailleurs vos chansons ?
Nicole : D’amour, de spiritualité, de mes enfants, du paradis, du fait de se chercher, de la solitude, des popotins, de notre groupe aussi : je dis « si tu aimes la musique, viens vers nous ».

Il y a quelque chose qui revient souvent dans 10LEC6, c’est presque cette dimension sacrée…
Simon : Dans le premier clip cette dimension vient du réalisateur Théodore Fivel. Il a un univers ésotérique et il aime jouer avec ces codes. Nous l’avons laissé faire, le morceau finalement s’y prête assez bien.

Il y a aussi une exploration plastique dans 10LEC6…
Jess : C’est dans l’ADN de 10LEC6 depuis le départ : nous avions rencontré notre première chanteuse aux Beaux-Arts. Nous allons sortir un fanzine en parallèle. Notre pochette, colorée, a été réalisée par le street-artiste Horfée avec qui nous voulions travailler depuis longtemps. Cela a été rendu possible grâce à Ed Banger. La pochette de l’EP, quant à elle, est signée Druillet, parce que Théodore Fivel s’en était inspiré pour la sculpture dans la vidéo d’un de ses dessins. C’était cohérent de lui demander, la boucle était bouclée.

Vous ne voulez pas qu’on voit vos visages ?
Jess : Ce n’est pas trop notre truc.
Erwan : Nous nous demandions si nous n’allions pas faire les prochains concerts avec des masques…

Il y a une appréhension à sortir cet album ?
Simon : Pas du tout, nous sommes plutôt contents. Il y aura surement des remarques sur le fait que nous sortons sur Ed Banger, mais on s’en fout. Nous serons plus exposés, et ça c’est vraiment bien.
Erwan : Ce qui nous manque, c’est de pouvoir jouer. Notre dernier concert date a eu lieu il y a deux ans en Suisse…
Jesse : Nous avons mis du temps à trouver des gens qui souhaitaient bosser avec nous, nous n’avions pas d’argent. Il fallait trouver le bon fonctionnement avec aucune économie.
Erwan : Nous avons de plus tous des projets en parallèle, et le fait de ne plus avoir de studio de répétition, de ne pas avoir de manager pour se focaliser sur les dates, au bout d’un moment donné, on oublie de chercher. Le fait qu’on ait quelqu’un qui s’interesse à l’album, cela tenait presque de l’insolite. Enfin, nous allons pouvoir revenir.

Vous êtes pointilleux ?
(en chœur) : oui. Pour les mixes, nous avons été très exigeants et cela a pris beaucoup de temps. C’est assez compliqué d’expliquer ce que nous souhaitions.
Jess : Aucun de nous n’est ingénieur son mais nous savions ce que nous voulions.
Erwan : Jess a de plus l’oreille très aiguisée de part sa carrière de DJ, alors qu’en concert ce n’est pas forcément le plus important.

Les titres ont des formats chansons…
Simon : A l’origine les morceaux étaient beaucoup plus longs. On les a réduits au fur et à mesure.
Erwan : L’objectif c’est évidemment que ça soit plus long en live. Pour les festivals, les concerts à venir, nous travaillons beaucoup dessus pour prolonger les sets. Et puis la présence de Nicole change tout, c’est quelqu’un de très ouvert, de très positif. Elle est devant, elle est là. Et ça va être drôlement cool.

Vous pouvez nous parler du morceau qui clôture l’album, What dat azz do ?
Jess : C’est une cover d’un morceau de DJ Funk. On a fait une cover de son morceau, et après on lui a demandé de faire un remix de la cover. On aimait bien cette idée de mise en abyme. On ne va pas s’arrêter là, et faire une cover du remix de la cover du morceau de DJ Funk.

Dans toute cette approche un peu déstructurée et insaisissable, est-ce que 10LEC6 ne serait pas à l’image de 2017 ?
Nicole : Je pense que oui. On propose quelque chose de nouveau. Mais 10LEC6 fait vraiment quelque chose qui sort de l’ordinaire, qui n’est pas diffusé, qu’on ne connait pas. Nous sommes convaincus que c’est une musique qui ne ramènera pas l’apocalypse, mais qui fera plutôt des merveilles.
Erwan : Dans notre musique, il y a une vision plutôt positive, alors que quand on voit le monde, ce n’est pas vraiment le cas.
Simon : Le vrai côté punk de notre musique est là. C’est un positionnement en marge. Ce n’est pas une question de musique, mais d’approche. Oizo en a une qui pourrait être comparable à la nôtre. Il prend un plaisir de dingue à déstructurer ses morceaux.
Erwan : Je pense que 10LEC6 s’intéresse beaucoup à la musique nouvelle et hybride. Nous avons toujours eu l’oreille alerte. En France il y a eu des projets qui mélangeaient musique traditionnelle et musique électronique, mais il y avait toujours quelque chose qui me dérangeait dans le son.

Quelles sont donc vos inspirations ?
Jess : il y a des groupes qui nous ont inspiré et qui sont assez récents, qui ont réussi à créer une fusion, entre musique tribale et expérimentale, comme OOIOO, avec la batteuse de Boredoms.
Erwan : Nissenenmondai nous parle aussi beaucoup.

Quel est le meilleur titre pour appréhender 10lec6 ?
Erwan : je pense qu’on aura tous un avis différent. Ayong Yo Yop est le plus taré, après Bone Bame est le plus accessible, aussi traditionnel que groove.
Simon : Etam Enabe a un truc un peu Sly & Robbie qu’on a beaucoup aimé, un peu plus dub au départ.

C’est vrai qu’il y a des sonorités discos, des fois caribéennes avec le steeldrum…
Erwan : C’est une idée de Jess et Simon, qui adorent ses instruments. Nous refusion d’utiliser ses sons là avec Gaëlle et finalement…Le fait de faire venir des musiciens qui ont rajouté leur propre touche marche très bien.

Vous avez été accompagné par de nombreux musiciens ?
Simon : Le steeldrum, c’est Clément Bazin, qui a fait une super session.
Jess : Il y a Antoine Kogut de Syracuse aussi, Quentin Sirjacq, un pianiste plutôt classique qui a fait des synthés, un flutiste égyptien de Tel-Aviv. Mehdi de DVNO aussi, qui nous a permis de signer chez Ed Banger : nous sommes allés rendre visite à Pedro pour parler musique. Nous avions l’album sur une clé. Nous lui avons fait écouter le featuring de DVNO qui est un de ses amis. Il a écouté et nous a dit « je vous le sors direct ».
Simon : Ados, nous avions un groupe de hardcore avec Gaëlle et Mehdi. Nous nous connaissons depuis très longtemps. Du coup, quand il nous a fallu une voix un peu plus hardcore, ce qui n’est pas le truc préféré de Nicole, on a pensé directement à lui.  Quand ils partent tous les deux avec Nicole, c’est fou. C’est vraiment une rencontre.

Un conseil d’écoute ?
Simon : Les versions live et album sont vraiment très différentes. Avec Nicole sur scène, tout prend une autre dimension.
Jess : Il faut aussi se pencher sur les remixes : celui de DJ Bebedera, et celui d’Alexis Le Tan et Joakim. Ils ont un projet de trance Goa, Full Circle, et ils ont fait trois versions. Le fondateur du label Optimo a aussi sa version, sans oublier le remix de DJ Funk.

Les Inrocks - musique

Une “Flûte enchantée” post-apocalyptique à Dijon

David Lescot met en scène à l'Opéra de Dijon et jusqu'au 25 mars la plus populaire des œuvres de Mozart, transposée dans une humanité désolée, dirigée de main de maître par Christophe Rousset et enrichie d'un séduisant plateau vocal.

Télérama.fr - Musiques

20 ans de l’album: quand chaque titre de “Ok Computer” est illustré par un artiste

Saurez-vous deviner quelle chanson se cache derrière cette illustration ? Réponse : Karma Police. (Crédit photo : Maren Karlson/ Pitchfork.)

Cette année, l’album culte de Radiohead Ok Computer célèbre ses 20 ans. Et pour honorer cet anniversaire important dans l’histoire de la musique contemporaine, Pitchfork a fait appel à des artistes dessinateurs, graphistes et designers pour un projet particulier. Chacun a été invité à représenter visuellement les douze chansons du troisième album du groupe anglais, avec son style, son univers et son interprétation.

Ainsi, le morceau d’ouverture Aribag ressemble un profil abstrait sombre et linéaire imaginé par l’artiste new-yorkais Mario Hugo :

New piece to celebrate OK Computer's twentieth anniversary for Pitchfork.

A post shared by Mario Hugo (@mariohugo) on Mar 22, 2017 at 8:34am PDT

Paranoid Android est une image animée d’un globe oculaire multicolore, réalisée par le designer Erik Carter :

Une publication partagée par Erik Carter (@erikinstanet) le 22 Mars 2017 à 8h12 PDT

Plasticienne basée à Brooklyn, Lala Abaddon a interprété à sa façon un des titres les plus puissants de l’album : Exit Music (for a Film) :

Oh cool! @pitchfork just released the commemorative 20 Year Anniversary Zine for Radiohead's OK Computer… they asked me and 11 other artists to reimagine the album art based on each of the songs from the album! Of course the universe provided that they assigned me with my favorite track on the album "Exit Music [For a Film]". Head over to @pitchfork to read the whole feature which includes descriptions from each artist. You can also pick up the Zine for FREE around the country!!

A post shared by LΔLΔ ΔBΔDDON (@lala_abaddon) on Mar 22, 2017 at 7:46am PDT

La dessinatrice Maren Karlson a mis en image le hit Karma Police : 

lil thing i made for @pitchfork

A post shared by Maren K (@maletearz69) on Mar 22, 2017 at 12:57pm PDT

Climbing Up the Walls a été illustré par Jesse Draxler, graphiste :

illustration for @pitchfork's OK Computer week – my rendition of @radiohead's Climbing Up The Walls – full feature on pitchfork.com

A post shared by Jesse Draxler (@jessedraxler) on Mar 22, 2017 at 9:19am PDT

D’autres images sont à découvrir sur le site de Pitchfork, mais aussi en diaporama sur Instagram, visible ci-dessous :

You can pick up a free copy of our limited zine commemorating the 20th-anniversary of Radiohead's OK Computer at these Chicago/NYC places: Soho House, Reckless Records (all locations), and Quimby’s in Chicago, as well as Mast Books, Rough Trade Records, Molasses Books, and Greenlight Bookstores (all locations) in New York City. You can also enter to win a copy of the zine by filling out this quick and painless form → Link in bio (zine cover art by @nonorothco) — This week, we are celebrating Radiohead’s OK Computer with essays, videos, interviews, and more. #Radiohead

A post shared by Pitchfork (@pitchfork) on Mar 22, 2017 at 7:40am PDT

A l’occasion des vingt ans de Ok Computer, le webzine américain, grande référence de la musique indé et actuelle, va compiler ces illustrations dans un album gratuit qui sera distribué dans plusieurs endroits, mais aux Etats-Unis seulement, dont le complexe Soho House et et dans les locaux du label Reckless Rrecords à Chicago, ou encore entre les murs de Rough Trade Records et d’une librairie à New York, la Green Light Book Store. Il est possible aussi de remporter cette édition limitée au tirage au sort en remplissant gratuitement un formulaire sur ce site.

Les Inrocks - musique

Saxback, six jeunes qui ne manquent pas de souffle

Ils jouent du saxophone, de la clarinette, du tuba, de l'euphonium, du saxhorn… Ces six musiciens composent le Saxback Ensemble, une drôle de formation qui ose mélanger les genres. A retrouver en concert ce 25 mars à Paris, aux Archives nationales.

Télérama.fr - Musiques

Geometry of Now : Moscou fait sa révolution électro

Adrian Sherwood, au festival Geometry of Now, Moscou (© Erofeev)

Construite au début du XXe siècle dans le centre historique de Moscou, la centrale électrique GES2 ne produit plus d’énergie. Du moins plus celle permettant aux lampadaires, aux appartements, aux systèmes de chauffage du quartier Octobre rouge de répondre aux conditions infligées par l’hiver russe et son froid pétrifiant.

En cette fin février 2017, à quelques mois du centenaire de la révolution d’Octobre, le guitariste Stephen O’Malley du groupe californien Sunn 0))) et le musicien russe Alexey Tegin inaugurent le festival interdisciplinaire Geometry of Now, premier du genre, dans ce qui fut le cœur de la centrale, un immense bâtiment dont il ne subsiste que les murs, les pylônes, les charpentes métalliques et le toit.

Si en France depuis la conversion de l’ancienne biscuiterie Lu de Nantes en lieu culturel, le devenir des friches industrielles semble acquis, le phénomène est moins courant en Russie, la désindustrialisation s’y révélant moins massive et les projets alternatifs plus rares.

La centrale électrique GES2 (© Robin Roger)

On connaît la musique d’O Malley avec Sunn O))), ce drone metal qui s’éternise comme à l’intérieur d’un trou noir, au point de parvenir à distordre la notion d’espace-temps de l’auditeur sans qu’il ait recours au moindre stupéfiant. Bien moins familière est celle d’Alexey Tegin qui s’inspire des chants diphoniques propre à la religion bön du Tibet. Leur mélange produit un abîme de larsens et de ôms bouddhistes.

Le public russe, très jeune et très discipliné

Dans ce contexte architectural particulier, on ne pouvait guère rêver meilleure illustration sonore à la fantomisation d’un monde ouvrier disparu. Impression renforcée par le spectacle des deux musiciens plongés dans la pénombre, formes obscures assises entre les colonnes d’amplificateurs qui pareils à des Golems à impédance semblent veiller jalousement sur eux.

Pendant ce temps le public russe, très jeune et très discipliné (pas un papier, pas un gobelet, pas une canette par terre !) erre dans cet espace improbable à peine chauffé, tels les membres d’une secte somnambule réfugiés dans une caverne, le visage éclairé par la lueur céruléenne des portables.

Vision quasi universelle et inquiétante d’une génération en voie de fantomisation elle aussi, s’évertuant à s’absenter du lieu où elle se trouve. Voilà qui donnera le ton d’un événement qui au fil de quatre jours de programmation va distiller un certain nombre de performances étranges, radicales, passionnantes, aux processus déroutants où espace et sons se conjugueront l’un l’autre de multiples manières.

Pour autant le musicien et vidéaste anglais Mark Fell, curateur de Geometry of Now, s’élève contre le terme de “musique expérimentale” lui préférant celui (un brin décourageant) de “musique électronique inhabituelle et sans affiliation académique”. Le credo de ce natif de Sheffield au parcours impliqué dans la scène électro de sa ville natale depuis les années 90, c’est de refuser la ségrégation entre les genres.

“Je m’élève contre la division entre musique populaire et musique expérimentale. J’ai toujours milité pour que soient dissoutes ces frontières absurdes. Peut être parce que je crois qu’à la différence de la perception visuelle, qui fait de nous un observateur à l’extérieur du monde, le son est au contraire un élément donnant la possibilité d’effacer la frontière entre nous et le monde.”

Une idée que le philosophe Bernard Sève évoquait déjà: “Si la vision respecte le principe du tiers exclu (…) l’audition le dément à chaque instant (…) La musique est plutôt un milieu qu’un objet, ce pourquoi elle est toujours en danger de devenir musique d’ambiance. Lui redonner sa vigueur, son âpreté, c’est l’écouter hors de toute ambiance, l’écouter dans la seule “ambiance” qu’elle produit. L’écouter non comme on entend mais comme on regarde.”*

(©Ivan Guschin)

Une expérience auditive extrême

Cette manifestation moscovite inédite pour un pays en quête de renaissance culturelle, organisée par la fondation russe V-A-C très impliquée dans de nombreux projets concernant l’art contemporain, donna l’occasion d’éprouver ce préalable au gré de performances et de concerts relevant tantôt de la pure installation, de l’expérience auditive extrême, du happening ou du spectacle de facture plus classique.

Des murs acoustiques de Jacqueline Kiyomi Gordon au dub de Lee Perry et Adrian Sherwood, des collages visuels et musicaux de James Richards à la house planante et sensuelle de RP Boo, la musique comme géométrie de l’instant trouva en ce lieu désaffecté bien plus qu’un refuge, un site fondateur.

Petit inventaire… Certains regrettèrent qu’au sein d’une affiche proposant une soixantaine d’évènements, on ne trouvât qu’une infime représentation d’artistes russes. Reproche auquel Mark Fell répondra en plaidant l’ignorance. La situation relativement excentrée de la Russie, sur le plan géographique et politique, aurait exigé un temps d’exploration des différentes scènes locales dont il ne disposait apparemment pas.

On eut quand même le loisir de découvrir un musicien comme CoH qui bien qu’il ne soit pas un nouveau promu de l’électro reste relativement peu exposé en Occident. Ivan Pavlov de son vrai nom, CoH ( “sommeil” en russe) vit en Suède depuis le milieu des années 90 avec, porté à son crédit, une quinzaine d’albums bien moins soporifiques que ne le laisse supposer son pseudo. Et même assez captivants dans une veine minimaliste fouillée à l’aide de loops, de clics et de grumeaux numériques.

Rencontre avec Edward Artemiev, musicien de Tarkovsky

Son style pourrait se résumer à une formule telle que “dark ambient” si celle-ci ne tendait à négliger des tendances discursives fortes. Malgré ses caractéristiques corpusculaires, les plages, liées entre elles par de subtils enchaînements, parviennent à dégager une manière de “récit” sonore qui accroche l’oreille, selon un itinéraire échappant subrepticement à la répétition comme pris dans une spirale.

Si CoH reste malgré tout dans un registre assez repérable, il n’en est pas tout à fait de même du duo constitué par Luke Fowler et Richard McMaster, deux Ecossais qui à la manière de joueurs d’échecs livreront, l’un au pad l’autre au synthétiseur ANS, une partie très disputée qu’aurait pu arbitrer Pierre Henry et que nous suivîmes tout en regardant un film consacré au musée Ginka de Moscou dédié aux instruments de musique.

Le synthétiseur est d’ailleurs l’une des curiosités, et des raretés, de ce musée. Leur set rendait ainsi indirectement hommage à Edward Artemiev l’un des premiers utilisateurs de l’ANS, père de la musique électronique russe et compositeur de bandes originales dont celles, sublimes, de Solaris et Stalker d’Andreï Tarkovski.

L’après-midi même, Artemiev aujourd’hui âgé de 81 ans était venu s’offrir aux questions d’un parterre d’étudiants, évoquant avec la volubilité d’un homme ayant gardé intacte la passion des débuts, son travail avec Tarkovski et d’autres cinéastes. Fowler et McMaster maîtrisent un langage musical qui invite le Ligeti des années électroniques à rejoindre le Kraftwerk robotique dans une ambiance sombre que l’on qualifiera de lynchienne.

Stalker de Tarkovski, avec la sublime musique d’Edward Artemiev

Comme le soulignera Mark Fell, l’avant-garde d’aujourd’hui reste encore très dépendante des pionniers, qu’il s’agisse de John Cage ou Pierre Schaeffer, deux initiateurs aux approches radicales et toujours fécondes. Nous en eûmes la preuve avec les performances de Ryoko Akama et Boris Shershenkov.

La Japonaise Akama fait partie des créatrices les plus originales dans la lignée d’un Alvin Lucier, moins connu que Cage, mais aussi important. Ecouter la musique “non comme on entend mais comme on regarde” prendra un sens particulier lors de leur prestation où, tels des dompteurs de puces électroniques, ils activèrent un ensemble de modules électromécaniques, donnant lieu à un jeu subtil de péripéties sonores aussi fascinantes à écouter qu’à voir.

D’autres moments forts où seront profondément remises en question nos conceptions et critères d’écoute les plus ancrés traversèrent ces quatre jours de Geometry of Now. Ainsi l’instant choc proposé par l’artiste multimédia Russell Haswell à base de projections lasers et de déflagrations et de stridences (il appelle ça “extreme computer music” et pas pour rien : on en sortit les tympans fêlés).

Russell Haswell (© Ivan Erofeev)

Thaemlitz, franc-tireur transgenre

Ainsi le monumental opus de Terre Thaemlitz Soulessness, œuvre en cinq parties où l’artiste transsexuel américain déploie à l’aide d’un dispositif composé de films amateurs, de textes (en russe, donc imbitable hélas) et d’ambient néo-expressionniste ses thèmes de prédilection : transgenrisme, religion, identité, ethnicité. Son spectacle restera rigoureusement tenu secret, avec interdiction de prendre la moindre photo. Lors d’une précédente performance, la police moscovite avait fait irruption en raison d’images jugées “perturbantes” (celles d’une ablation pénienne en l’occurrence) que l’on trouva pour notre part relativement inoffensives. A l’heure actuelle, Thaemlitz est l’un des francs-tireurs les plus audacieux et l’un des plus farouches pourfendeurs d’une brutalité propre aux modes de productions culturelles.

Soulessness (éditée uniquement sous forme de carte SDHC 16 Go contenant 32 heures de musique, des vidéos et 150 pages de textes et de photos) se place ainsi dans la pensée critique élaborée voici un demi-siècle par Adorno qui dans un célèbre manifeste** avançait à quel point l’industrie culturelle, ayant pour seul objectif d’augmenter le pouvoir des conventions, ne pouvait voir dans l’avant-garde qu’un phénomène hautement indésirable. Au sein d’une sphère artistique russe jadis mère prodigue de l’avant garde, et tenue aujourd’hui de rester dans les clous (cf. les Pussy Riots), un événement comme Geometry of Now rappela que sous la glace du conformisme, le désir d’aventure et d’inouï couve toujours.

“Un merveilleux laboratoire du temps”

Sa plus grande fierté, Mark Fell la tirera de la soirée consacrée à la compositrice française Eliane Radigue, peut-être le secret le mieux gardé de la musique contemporaine. Avec son œuvre méditative en trois parties Naldjorlak pour violoncelle et cor de basset, s’invita ainsi le thème fondamental du rapport entre temps musical et temps de la vie.

Comme l’écrit à nouveau Bernard Sève : “la musique est un merveilleux laboratoire du temps, une expérience où le temps se donne dans un geste de désaliénation”. Conclusion : après ces quatre jours d’étonnement et de “dépaysement”, au sens le plus radical du terme, nous ne pourrons que revenir plus confiant et plus libre pour vivre de nouvelles expériences.

*L’Altération musicale de Bernard Sève(Le Seuil 2002)

**Kulturindustrie de Theodor  Adorno et  Max Horkheimer (Allia 2015)

Les Inrocks - musique

En écoute: Allan Rayman, la nouvelle révélation de Toronto

Crédit : DR

La ville de Toronto abrite sans conteste une des scènes musicales les plus excitantes du moment. Dernière révélation en date, un certain Allan Rayman – qui a fait un passage éclair au Carmen (Paris) il y a quelques semaines. Avec une voix de crooner et des mélodies R&B, mordant autant sur le hip-hop que la Motown, le Canadien compte bien marquer les esprits cette année. Une sorte de Dr Jekyll & Mr Hyde, entre douceur et noirceur, séduction et rudesse.

Plutôt mystérieux, ce vingtenaire vient de sortir son second album Roadhouse 01 chez Communion Music. Très timide sur les réseaux sociaux et avare en interviews, Allan nous offre une vidéo, en avant-première française et sous forme de court métrage, Verona’s Obsession. Sa première partie, clippant le très fameux titre 13, vous permettra de vous plonger illico dans l’univers de ce singulier personnage :

“Sa musique est la bande originale d’un monde qu’il s’est créé, et c’est vraiment unique.”

Il y a un peu plus de deux ans, Allan est encore inconnu de nos radars, et pour cause, il travaille bien sagement dans le secteur de la construction, tout en chérissant depuis sa plus tendre enfance la musique. Ce sont ses proches qui vont l’encourager à sortir de sa zone de confort pour se lancer à corps perdu dans un projet solo, Allan Rayman, comme il le confiait récemment dans sa toute première interview pour Billboard Magazine :

“J’ai un groupe d’amis qui m’a vraiment poussé à prendre ce projet musical au sérieux. Autour de moi, j’ai des gens qui me poussent à persévérer et qui me stimulent en permanence.”

C’est ensuite Ben Lovett du label Communion Records (également claviériste de Mumford and Sons), qui le prend sous son aile, lui-même conquis dès la première écoute :

 “Parfois, on rencontre des artistes qui se contentent d’écrire des chansons pour écrire des chansons, et c’est génial et beau en soi, mais ça va beaucoup plus loin avec Allan. Sa musique est la bande originale d’un monde qu’il s’est créé, et c’est vraiment unique. Quand je l’ai rencontré, j’ai eu ce sentiment de respirer un grand bol d’air frais”

Après la sortie de son premier disque en 2015, Hotel Allan, dont sont extraits les élégants singles Graceland et 27, le Canadien transforme l’essai en février dernier avec un second projet Roadhouse 01, beaucoup moins conventionnel et s’éloignant de plus en plus des codes de la pop bankable. Au programme : une bande originale habitée et introspective, voire carrément flippante par moments.

“Je veux que les gens se sentent presque mal à l’aise quand ils écoutent cette musique, quelque chose qui les fassent ressentir un sentiment jusque-là méconnu.”

Un second disque à la limite de la schizophrénie ?

Pour ce second album Roadhouse 01, Allan Rayman s’est créé un personnage de toute pièce (et le décor qui va avec), en s’inspirant de sa vie et de son amour pour le cinéma. Cette personnalité c’est Mr Roadhouse. Construite en miroir, elle est aussi misogyne qu’Allan est tolérant, et aussi égoïste qu’Allan peut être généreux. En somme, Mr Roadhouse est son alter ego, celui qui lui permet de faire remonter à la surface et exagérer les coins les plus obscurs de sa personnalité.

“L’histoire d’Allan Rayman exprime la difficulté d’une personne essayant d’équilibrer les désirs personnels de sa vie – même si elle veut consacrer tout son temps au travail, elle doit aussi donner de soi-même aux personnes qui l’aiment. C’est donc cet équilibre-là dont il est question, et au final, Allan en est incapable. Il a créé Mr Roadhouse pour pouvoir jouir de ce caractère égoïste. C’est une sombre histoire et je n’en connais pour l’instant pas l’issue, bonne ou mauvaise.”

Si parler de son personnage à la troisième personne peut paraître totalement narcissique, voire prétentieux, on sent bien que c’est plus une arme de défense pour Allan, qui tente ainsi de mettre une distance avec son alter ego. Il y a aussi très certainement de la timidité. Cette peur des médias et des interviews, Allan l’évoque très ouvertement dans sa chanson Shelby Moves :

“Interview, interview, interview please
They wanna know about me
What you wanna know about?”

Un album composé en ermite

C’est dans une cabane enfouie au coeur de la forêt, non loin d’un village perdu du globe, à Lost Springs précisément, qu’Allan choisit de composer Roadhouse 01. En s’exilant dans la nature, il cherche à limiter au maximum ses relations amoureuses, amicales, ou tout simplement humaines. Ultra-sensible, Allan craint de se laisser emporter par ses émotions, ou pire, de se détourner de son travail d’artiste. Il évoque notamment cette ascèse dans la chanson Sweetheart :

“I’m running head down, not listening
Not listening, I don’t see them”

“Music is only for mine, piece of mind”

En vivant en autarcie pendant de longs mois, il va ainsi partir en voyage intérieur. A la recherche de la vérité, ou plutôt de sa vérité, Allan Rayman n’hésite pas non plus à chanter celles qui dérangent en enfilant le costume de Mr Roadhouse. Comme sur le titre December, où il évoque l’histoire d’un couple qui doit renoncer à certains de ses rêves avec l’arrivée impromptue d’un enfant.

“Above money, above fame
Above love, give me truth”
(Wolf)

Toujours plus cruel, Mr Roadhouse confie sa peur panique d’être contaminée par la présence de l’autre, par son amour. Cet amour qu’il associe à la mort, au sens propre comme au sens figuré, sur l’intermède si férocement écrit et pourtant si mélodiquement enjoué Jim’s Story :

I want to tell you a story
It’ll only take a moment, bare with me
It’s about a man, a very selfish man
This man fears death, he believes true love is death
Death of a selfish man
But he is lonely, so he loves sufficiently to keep death away
Until true love finds him and kills him

“Je veux vous raconter une histoire / ça ne prendra pas longtemps, restez avec moi / C’est l’histoire d’un homme, un homme très égoïste / Cet homme redoute la mort, il pense que l’amour véritable c’est la mort / La mort d’un homme égoïste / Mais il vit seul, il aime ainsi juste assez pour maintenir la mort à distance / Enfin jusqu’à ce que le vrai amour vienne à lui et ne le tue.”

(Jim’s Story)

Et plus l’album avance, plus Allan se laisse consumer par Mr Roadhouse, et son isolement. Sur Head over Heals, il se prend même pour un hors-la-loi (I’m a bad boy, I’m an outlaw / I’m a James Dean, she’s a beauty queen). Puis sur 25.22, il confie s’être tenu à distance de son amour de jeunesse pour se dédier à son art (“I ain’t got time no more / I got all the love with no time no more”). Pourtant, on finit par entre apercevoir une facette bien plus sensible de la personnalité d’Allan, qui reprend peu à peu ses esprits sur God Is a Woman :

“God is a woman, can she hear me now?
God is a woman, can she hear me now?
Is there anybody, anybody out there?
Is anybody home?
Or am I all alone?”

(Refrain de God is a Woman)

Mr Roadhouse, un alter ego envahissant ?

Mélodiquement, impossible de ne pas pressentir cette personnalité multiple. Il y a cette intense énergie R&B, même si il est indéniable qu’Allan est aussi profondément marqué par le hip-hop, notamment dans son flow. Sans oublier l’omni-présence de vieux synthétiseurs et des guitares vibrantes, qui ont plus de liens de parenté avec la soul music. Quant à sa voix, tantôt rugissante et parfois beaucoup plus tendre et douce, elle semble entièrement maraboutée par son propre personnage, Mr Roadhouse.

Un envoûtement qui pourrait devenir plus qu’envahissant. Dans une discussion avec son label manager Ben Lovett, Allan Rayman nous rassure cependant et promet (non sans humour) de garder ses distances avec son propre alter ego :

Ben Lovett : “Le jour où tu changera ton nom d’Allan à Roadhouse, je crois que tu vas recevoir plus d”un coup de fil sérieux.”

Allan Rayman : “Oui, ma mère pour commencer. Elle ne cesse de me dire : “Ne deviens pas l’homme dont tu parles dans tes chansons” mais c’est un équilibre n’est-ce pas ? J’essaye de tempérer tout cela, même si cette histoire est sérieuse. Il y a de la vérité là-dedans, mais c’est bien une fiction, donc je ne vais pas me perdre.. enfin je touche du bois.

L’Album Roadhouse 01 (Communion Music / Barclay) est disponible sur Apple Music et en version physique sur le site de son label.

En concert : actuellement en tournée en Amérique du Nord. Une nouvelle date parisienne est prévue pour la rentrée 2017.

Les Inrocks - musique