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22 mars 2017

Pourquoi l’album inédit de Thelonious Monk est l’un des événements discographiques de 2017

Monk pendant l'enregistrement

On croyait tout connaître du pianiste aux mille couvre-chefs délirants, génie du clavier au style inimitable et au mental tourmenté, musicien unanimement respecté pour son jeu heurté et atypique mais immédiatement reconnaissable et surtout profondément poétique.

Nouvelle inespérée pour tous les amoureux de Monk, dont on s’apprête à célébrer le centenaire, on annonce la sortie d’un album totalement inédit du maître, la BO des Liaisons dangereuses, film bien oublié d’un second couteau de la Nouvelle Vague, Roger Vadim, plus fameux pour ses conquêtes féminines, Bardot et Fonda parmi bien d’autres, que pour son œuvre filmique.

Le jazz pour les jeunes

A cette heureuse époque où il faisait danser la jeunesse parisienne dans les boîtes de Saint-Germain-des-Près, le jazz était omniprésent dans le cinéma, ce qui donna lieu à nombre de chefs-d’œuvre, dont le plus fameux fut la bande-son d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, en 1959,  improvisé in vivo par Miles Davis.

La BO des “Liaisons dangereuses” par Art Blakey

Vadim à son tour décida d’utiliser quelques pointures du jazz pour illustrer sa relecture du roman libertin de Choderlos de Laclos et fit appel aux combos en vogue, celui du batteur Art Blakey et celui de Monk. Si on entend les deux groupes dans la BO, seuls les morceaux d’Art Blakey et ses Jazz Messengers avaient fait l’objet d’un disque publié chez Fontana.

Les titres de Monk avaient sombré dans l’oubli, ou plus exactement dans les archives d’un producteur fou de jazz, disparu en 2007, Marcel Romano, qui a enregistré tous les grands musiciens de l’époque et était devenu un proche du pianiste.

“Le jazz, raconta-t-il plus tard, faisait partie intégrante de la scène artistique centrée autour de Saint-Germain-des-Prés. Il était donc tout à fait logique que les jeunes réalisateurs de la nouvelle vague utilisent dans leurs films la musique qu’ils entendaient chaque nuit dans les clubs.”

C’est lui qui a dirigé les séances à New York car l’enregistrement prévu initialement en France n’avait pu avoir lieu du fait de l’agenda chargé du pianiste.

Faire renaître les géants

Ce sont dans les trésors archivistiques de ce directeur artistique que deux producteurs français, François Lê Xuân et Frédéric Thomas, eux aussi passionnés et soucieux de faire renaître et connaître les grands maîtres de ce que certains appellent encore la great black music, ont découvert ces séances inédites appelées à devenir mythiques.

Monk avec son saxophoniste Charlie Rouse .

Elles réunissent autour de Monk ses habituels accompagnateurs Sam Jones à la basse et Art Taylor à la batterie et aussi au saxophone ténor son compagnon le plus fidèle : Charlie Rouse, dont Miles Davis lui-même disait qu’il avait été le seul soufflant véritablement capable de s’adapter à son jeu imprévisible et déroutant.

Sur deux titres Rhythm-a-ning et Crepuscule with Nellie, très émouvante ballade écrite par Monk pour sa femme apparaît un autre saxophoniste, lui aussi mythique, le Français Barney Wilen, dandy flamboyant des nuits new-yorkaises et parisiennes, auquel le dessinateur Loustal a consacré un bel album.

Pour une telle musique et des enregistrements d’une qualité artistique et sonore remarquable, il fallait un écrin à la hauteur. Les producteurs proposent des objets véritablement luxueux : un double CD et un double vinyle, accompagnés de livrets très complets et de magnifiques photos des séances d’enregistrement. Le double LP sortira le 22 avril à l’occasion du Disquaire Day. Un hommage vibrant pour un centenaire qui fascine toujours.

Thelonious Monk : les Liaisons dangereuses (Pias)

Les Inrocks - Musique

Pete Shelley, des Buzzcocks : “J'ai toujours aimé la musique qui fait fuir les invités !”

Leader éternel des Buzzcocks, il a écrit entre 1977 et 1980 quelques-uns des meilleurs singles d'une époque bouillonnante, colorant l'énergie punk d'un flair mélodique pop. Alors que le groupe est actuellement en tournée française, Pete Shelley se penche sur un parcours riche en vertiges.

Télérama.fr - Musiques

Les Black Lips sont de retour et balancent un nouveau titre pour fêter ça

Crédit photo : Ben Rayner.

Le groupe d’Atlanta n’est pas prêt de déserter la scène garage, et c’est une plutôt bonne nouvelle  ! The Black Lips viennent tout juste d’annoncer la sortie d’un nouvel album, Satan’s graffiti or God’s art ?, le 5 mai prochain, chez Vice Records. Les sales gosse de Géorgie, qui ont bien grandi depuis les prémices de leur carrière au début des années 2000, ont officialisé la nouvelle sur leur compte Twitter :

Artwork for new album coming out on @VICERECORDS May 5th!#satansgraffitiorgodsart pic.twitter.com/LvUDi8LwY6

— Black Lips (@TheBlackLips) March 22, 2017

Pour célébrer ce huitième album qui arrive trois ans après Underneath the Rainbow, les Black Lips ont lâché sur Internet un premier extrait : Can’t Hold On, qu’ils avaient interprété en live lors de leur passage au SXSW Festival, le 17 mars dernier. Découvrez le titre inédit ci-dessous :

Une production de marque

Les Black Lips n’ont rien laissé au hasard sur cet énième disque : ils se sont entourés des proches de feu John Lennon. Le fils, Sean Lennon, a été demandé à la production, tandis que Yoko Ono, fidèle épouse de l’ex-Beatles disparu, fait partie des collaborations, en compagnie de Saul Adamczewski ancien guitariste de Fat White Family comme le rapporte Pitchfork.

La tracklist de Satan’s graffiti or God’s art ? est déjà disponible en attendant le 5 mai prochain :

1. Overture: Sunday Mourning
2. Occidental Front
3. Can’t Hold On
4. The Last Cul de Sac
5. Interlude: Got Me All Alone
6. Crystal Night
7. Squatting in Heaven
8. Interlude: Bongo’s Baby
9. Rebel Intuition
10. Wayne
11. Interlude: E’lektric Spider Webz
12. We Know
13. In My Mind There’s a Dream
14. Lucid Nightmare
15. Come Ride With Me
16. It Won’t Be Long
17. Loser’s Lament
18. Finale: Sunday Mourning

Concert le 19 août à la Route du Rock à Saint-Malo,

Les Inrocks - Musique

Depuis 10 ans, Born Bad Records défend le rock français avec une farouche indépendance

Jean-Baptiste Guillot, Born Bad Records, HD1, © Blaise Arnold

Le label est intimement lié au magasin de disques Born Bad, aujourd’hui situé en plein cœur de Bastille.

Au moment où j’ai lancé le label, je cherchais une solution pour atténuer les dommages causés par la fameuse crise du disque. En creusant un peu la question, je me suis rendu compte que le modèle disquaire + label avait l’air de mieux résister. J’avais notamment à l’esprit les exemples de New Rose ou de Kompakt. Vu que j’étais par ailleurs ami avec les gens du magasin Born Bad, je leur ai proposé très naturellement de travailler ensemble. Outre le fait de pouvoir utiliser leur nom, cela me permettait de bénéficier d’une vitrine physique dédiée aux sorties du label. Pouvoir disposer d’une telle vitrine me paraît être un avantage primordial. Ça fait clairement la différence.

Tu fais référence à la crise du disque du début des années 2000… Qu’est-ce qui t’a décidé à te lancer dans un pareil contexte ?

Avant de monter le label, j’ai travaillé pendant une dizaine d’années dans une major. Par ailleurs, depuis l’adolescence, j’ai toujours évolué dans les circuits alternatifs et côtoyé les différentes tribus urbaines (mods, punks, skins, psycho…) indissociables du folklore rock. A l’issue de mon expérience en major, j’éprouvais une certaine amertume : j’avais longtemps fantasmé le métier de directeur artistique – poste que j’occupais – mais j’avais découvert une réalité qui m’avait beaucoup déçu… Quand j’ai été licencié, je me suis retrouvé avec de l’amertume et des frustrations, en me demandant ce que j’allais bien pouvoir faire… Même si j’étais un peu paumé, je ne voulais surtout pas terminer mon parcours dans la musique sur un constat aussi négatif. S’est alors imposé le désir d’aller au bout de ma vision de ce que doit être un label. Ayant obtenu des indemnités de licenciement, je disposais d’un petit capital. C’est ce qui m’a permis de créer Born Bad Records – avec un budget de 15 000 €. Ça s’est fait de manière assez irréfléchie. Si j’avais un peu plus pesé le pour et le contre, vu le contexte de l’époque (téléchargement à tout va) et le discours ambiant, je ne l’aurais sans doute pas fait…

La réalité du travail dans une major t’avait beaucoup déçu. Qu’en est-il au sein d’un label indépendant ?

D’abord, au niveau du sens, je comprends ce que je suis en train de faire : ça change pas mal de choses… Ensuite, au-delà du label, le fait d’avoir sa propre entreprise permet de se réaliser. Le label sort un album par mois, ce qui est très lourd en termes de rythme et d’organisation mais aussi très stimulant. Je suis constamment au maximum de moi-même, en cherchant toujours à repousser mes limites. C’est un vrai privilège de pouvoir aller au bout de soi-même tout en donnant un vrai sens à sa vie. Il y a une différence de taille avec mon expérience en major, où j’étais dans une sorte de dépression molle, sans trop saisir le sens de ce que je faisais – l’aspect financier l’emportant souvent sur l’artistique…
La priorité pour une major, c’est de sortir de la musique qui marche. La priorité pour Born Bad, c’est de sortir des bons disques, dans les meilleures conditions possibles. Voilà pourquoi je peux me permettre de signer des artistes aussi singuliers.

Depuis le début, le label s’est nettement positionné du côté d’une certaine scène rock française, en privilégiant des groupes/musiciens bruyants et/ou extravagants (tels que Cheveu, Frustration, JC Satan, Forever Pavot, La Femme, Magnetix, Julien Gasc…), le tout dans un esprit très do-it-yourself.

Il est essentiel à mes yeux d’aider à promouvoir et développer la scène locale, d’avoir le sentiment d’y participer pleinement. Je trouve que la scène française actuelle est particulièrement riche : quel que soit le style, il y a plein de très bons groupes, qui ont parfaitement digéré leurs influences et jouent une musique stimulante, même si elle est parfois bancale. J’ai une nette prédilection pour les gens qui bricolent leur musique, avec les moyens du bord. De manière plus générale, je suis très attaché à la notion de contre-culture, que je défends aussi par le biais des rééditions. En outre, ces rééditions me permettent d’inscrire les groupes d’aujourd’hui dans un cadre plus large. Avec le label, j’ai vraiment à cœur de documenter une scène et de raconter une histoire.

Comment s’opère le choix des groupes que tu signes ? Tu reçois beaucoup de démos, j’imagine ?

J’en reçois une centaine par semaine. C’est impossible de tout écouter, ce serait un boulot à plein temps. Je ne cesse de sortir, d’aller dans des petites salles de concerts, de chercher à découvrir de nouveaux groupes.

Que penses-tu du retour en grâce – et en force – du vinyle ?

Le vinyle a toujours été au centre de ma vie. J’ai une collection de près de 10 000 disques. Dès le début du label, j’ai tenu à faire du vinyle. Après, tout le vernis romanesque dont on l’enrobe aujourd’hui m’agace et me fatigue un peu… Le retour du vinyle, ça se traduit surtout par les éternelles mêmes rééditions, destinées aux pères de familles qui vont se racheter les classiques qu’ils connaissent déjà par cœur et qui vont les ranger sur une étagère… Tout ça, c’est quand même aussi un pauvre truc de hipsters… Du coup, avec tout le marketing qui va avec, les prix ont explosé. Désormais les CD coûtent presque trois fois moins cher. Même moi, partisan acharné du vinyle, je me suis mis à acheter des CD depuis quelques mois, en réaction à ce fétichisme.

Financièrement , comment se porte la petite entreprise Born Bad ?

Le label est maintenant bien connu et reconnu, j’ai un savoir-faire très alternatif et je bénéficie d’un outil de distribution parmi les plus performants de France. J’arrive à exister et à sortir de la mêlée. Après, si on parle d’enrichissement personnel, la route est encore longue… Mieux vaut monter un site de poker en ligne (rires).

Pour finir, tu n’échapperas pas au cruel dilemme du top 5.
Frustration – Relax
Wizzz – French Psychorama 1966-70 vol.1
Cheveu – Mille
JC Satan – JC Satan
Francis Bebey – African Electronic Music 1975-1982

African Electronic Music 1975-1982 by FRANCIS BEBEY

A l’occasion de cet anniversaire, Born Bad édite une monographie du graphiste Elzo Durt, auteur de nombreuses pochettes pour le label, et la Galerie du jour Agnès b. lui consacre une exposition du 27 avril au 10 juin.

Affiche 10 ans Born Bad © Elzo Durt

A venir également une tournée généreuse, avec différents représentants du label selon les dates : 20 avril à Bourges, du 27 au 29 avril à Paris, 5-6 et 25 mai à Lyon, 13 et 19 mai à Marseille, 18 au 20 mai à Nantes, 19 juillet à Bordeaux, 15-16 septembre à Bruxelles, 14 octobre à Metz.

www.bornbadrecords.net

Les Inrocks - Musique

The The fait de retour avec Johnny Marr pour un morceau inédit

Montage - à gauche : Johnny Marr / à droite : Matt Johnson

En 1979, Matt Johnson formait The The, groupe britannique emblématique. A l’occasion du Record Store Day, il s’associe à Johnny Marr pour un nouveau titre inédit, quinze ans après leur première union musicale. En plus de l’ ancien guitariste des Smiths, on y retrouvera d’autres musiciens  : Zeke Manyika (percussions), Meja Kullersten (choeurs), Chris Whitten (batterie), James Eller (basse) et Lain Berryman (claviers). Intitulé You Can’t Stop What’s Coming, le single sera limité à 2000 exemplaires.

Un groupe à géométrie variable

Si la composition du groupe a fortement varié au fil des années, gravitant autour de la figure centrale de Johnson, de beaux noms ont intégré le projet au fur et à mesure. Entre 1989 et 1992, le groupe était formé de Dave Palmer à la batterie, James Eller à la basse et Johnny Marr à la guitare. Leur retour éphémère promet d’ores et déjà un titre de qualité.

Les Inrocks - Musique

Comment Chuck Berry est devenu une légende du rock’n’roll

Le 16 octobre 1986, Chuck Berry fêtait ses 60 ans au Fox Theatre de Saint-Louis. © Globe Photos/Zuma/Dalle

Les moins de 50 ans considéraient-ils Chuck Berry comme une relique poussiéreuse des temps anciens, un artiste muséal, un truc de vieux à classer entre Maurice Chevalier et Yvette Horner, ou avaient-ils conscience que l’homme de Johnny B. Goode était un des quelques authentiques génies de la culture populaire des soixante-dix dernières années ?

Chuck Berry était l’un des piliers fondateurs de la cathédrale du rock, voire même tout simplement le synonyme du rock comme l’avait estimé un connaisseur de la chose, John Lennon. Dans n’importe quelle fête du samedi soir à travers le monde, n’importe quel mariage, n’importe quel bal de village, on entendra immanquablement du Chuck Berry.

Des disciples par milliers

Sans compter la musique de ses milliers de disciples, qu’ils s’appellent Beatles, Rolling Stones, Beach Boys, Creedence Clearwater Revival, Jimi Hendrix, Ramones, Sex Pistols, Bruce Springsteen, Nirvana, White Stripes, Johnny Hallyday, Téléphone ou l’Orchestre à Dudule.

Hey, aux côtés de Mozart ou Bach, c’est Chuck Berry qui représente la musique américaine dans le disque de la sonde Voyager envoyée dans l’espace en 1977 à destination d’éventuels peuples extraterrestres ! Si Elvis était l’enfant Jésus du rock’n’roll, Chuck Berryétait son Moïse, celui qui a rédigé et gravé dans le marbre ses Tables de la Loi. Chuck Berry, c’est le latin-grec du rock, sa pierre de Rosette, son géniteur zénithal. Nous voilà aujourd’hui tous orphelins.

Une intro éjaculatoire, un rythme à deux temps calqué sur du blues le feu aux miches, une mélodie imparable

“Génie”, donc. Ce mot si galvaudé, usé, démonétisé, retrouve tout son éclatant signifié concernant l’ex-coiffeur de Saint-Louis au regard pétillant de malice. Génie de la chanson de trois minutes en tout premier lieu, dont Berry a “designé” le patron définitif : une intro éjaculatoire, un rythme à deux temps calqué sur du blues le feu aux miches, une mélodie imparable n’ayant rien à envier aux plus grands orfèvres de la pop. Demandez donc aux Beatles et aux Beach Boys qui se seraient damnés pour composer Rock’n’Roll Music ou Sweet Little Sixteen (rebaptisé Surfin’ USA par les seconds).

Ajoutez-y le génie de la guitare. Gamin, Chuck avait appris les rudiments du jazz et du blues puis il a juste appuyé un peu fort sur l’accélérateur de sa Gibson carmin demi-caisse et là, shazaaam, a wop bop a loo bop a lop bam boom, thank you mam !!!

Avez-vous tendu une oreille aux textes ?

Désolé, on ne peut pas décrire la foudre avec des mots. A propos de mots, un ingrédient essentiel du génie de Chuck Berry a semble-t-il toujours échappé aux non-anglophones. Sûr que sa musique vous fait lever de votre canapé, vous brûle le bas-ventre et vous lâche une fourmillière dans l’arrière-train, mais avez-vous tendu une oreille aux textes ?

(suite…)

Les Inrocks - Musique

Quelques jours après sa mort, un nouveau Chuck Berry est déjà en écoute…

Crédit photo : Dena Flows/ Flickr/ Creative Commons.

Tout le monde le sait, la mort ça a toujours fait marcher les affaires. D’ailleurs, on dit souvent qu’Elvis Presley n’a jamais été aussi riche qu’une fois dans sa tombe. Pour Chuck Berry, malheureusement, son décès ne fera pas exception. Aujourd’hui, mercredi 22 mars, soit quatre jours après la disparition du roi du rock’n’roll, un nouveau titre posthume vient de sortir. Ecoutez-le ci-dessous :

Intitulé Big Boys, cet extrait figurera sur le disque Chuck, à paraître le 16 juin prochain chez Dualtone. Un album dont la sortie était déjà prévue avant que Chuck Berry ne s’éteigne. Le morceau, qui sonne un peu comme une chute de studio du bluesman américain, commence sensiblement comme la presque totalité de toutes les chansons qu’il a pu interpréter au cours de sa longue et prolifique carrière.

Mais ce n’est pas tant la musique qu’il faut déplorer. Plutôt la hâte des maisons de disques à poursuivre la promo d’un album d’une légende disparue, qui sera vendu en masse par les fans orphelins de leur idole. Une stratégie commerciale qui laisse un goût amer.

1987. Quand Chuck Berry apprenait deux ou trois trucs à Keith Richards des Rolling Stones

Posted by Les Inrockuptibles on Sunday, March 19, 2017

Les Inrocks - Musique

Avec son nouveau clip, Joakim nous emmène danser sur les toits de New York

Le danseur Daniel Baker sur le tournage du clip de "Samurai" (photo Dutty Vanier)

Joakim boit du café dans le salon du Paul O Colliton, un studio perché au 20e et dernier étage d’une tour de la 7e Avenue. Il est 8h du matin et New York, à travers les vitres, a encore ce petit voile brumeux dont aura vite raison le soleil de février. Joakim boit du café et checke les derniers détails du tournage qui approche. Le danseur Daniel Baker répète et peaufine son maquillage. Il s’échauffe devant le miroir pour affronter le froid extérieur – un peu moins de 0°C et un petit vent pas cool – et assurer les pas de danse parfois dénudés de la chorégraphe Blanca Li, également réalisatrice du nouveau clip de Joakim, pour le morceau Samurai.

Une fois sorti du Paul O Colliton Studio par un petit couloir puis une petite échelle, New York s’étend de façon frontale.“Il y a une vraie culture du toit à New York, dit Joakim. Mais celui-ci est particulier parce que c’est un toit sur deux niveaux. A l’image, c’est comme s’il n’y avait pas de bordures. On a l’impression de flotter.” La vue se balade de l’énorme chantier de Penn Station à l’amas de verre et d’acier de Lower Manhattan, d’où s’élève, comme un mirage, le One World Trade Center. Entre les deux, il y a donc la 7e Avenue, et puis les buildings plus modestes de Hoboken, de l’autre côté de l’Hudson.

“Interpréter des idées”

La raison d’être du clip est “d’incarner l’idée de se séparer de sa peau à travers le rêve et l’abandon”, estime Daniel Baker, dont les mouvements mettent en forme cette recherche de transe et de sortie de soi. Une idée inspirée, raconte Joakim, par la scène finale du film Beau Travail de Claire Denis, dans laquelle Denis Lavant se met à danser de façon désordonnée dans un club de Djibouti, une clope à la main et l’esprit ailleurs.

Le reste est le travail de Blanca Li, qui a composé autour de cette vision de lâcher prise.

“La rencontre a été belle et marquante pour moi de par la confiance que Joakim a accordé à ma manière d’interpréter des idées qui étaient déjà claires dans son esprit, raconte-t-elle dans sa note d’intention. J’aime son universalité, son amour du beau, son sens esthétique et artistique qui se ressent si bien dans sa musique. (…) J’adore le fait qu’il puisse y avoir plusieurs lectures de cette vidéo et qu’elle soit porteuse de tant d’émotions.”

La réalisatrice et chorégraphe Blanca Li sur le tournage du clip de “Samurai” (photo Dutty Vanier)

Un samurai à New York

Le morceau Samurai est extrait du sixième album de Joakim, également titré Samurai et disponible depuis le 17 mars via Tigersushi, le label que Joakim a monté il y a quelques années à Paris. A l’époque, le garçon n’habitait pas encore New York. Ça fait cinq ans qu’il vit ici et c’est ici aussi, dans son nouveau studio, qu’il a confectionné ce nouvel album. Dedans, Joakim raconte des histoires d’“exil” et de “sentiment d’étrangeté” sur fond d’esthétisation japonisante. Joakim s’est d’ailleurs plongé dans l’histoire folle et trouble de l’écrivain Yukio Mishima, qui, après avoir bâti une oeuvre devenue culte, a mis en scène sa mort lors d’une tentative ubuesque de coup d’Etat en novembre 1970.

Joakim sur le tournage du clip de “Samurai” (photo Dutty Vanier)

Joakim évoque également “mille autres influences” ayant nourri l’écriture et l’enregistrement de Samurai, mais ça ferait beaucoup à énumérer. Sur le tournage du clip, un petit appareil photo a remplacé le coffee cup entre ses mains. Joakim documente la mise en réel de ses visions. Les moments de flottement alternent avec ceux de gros rush, comme souvent sur un tournage. Le soleil est désormais haut dans le ciel. Le voile recouvrant la ville s’est dissipé mais le vent, lui, s’est levé. Du coup, la machine à fumée de l’équipe de tournage fait n’importe quoi, et la vue sur la ville se brouille. New York aussi se met à danser.

> clip Samurai (Paradoxal/Tigersushi)
> album
Samurai (Tigersushi/Because)
> concert du 30 mars au 1er avril à Paris (Salò)

Les Inrocks - Musique

RED HILL MINING TOWN (2017 MIX)

Le mix 2017 par Steve Lillywhite de Red Hill Mining Town aura droit à une édition limitée qui prendra la forme d'un vinyle maxi 45 tours avec photos pour marquer le jour des disquaires le 2 avril.

Ce maxi comprendra deux photos prises, il y a trente ans, par le maestro néerlandais Anton Corbin, photographe de très grand talent et réalisateur tout aussi talentueux.

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'Red Hill Mining Town', à l'origine est né de la lecture par Bono de l'ouvrage 'Red Hill : A Mining Community' écrit par Tony Parker, et est connu comme le 'the single that never was' (le single qui n'a jamais été ou n'est jamais sorti).

Il était sensé être le second single extrait de The Joshua Tree mais qui, à la dernière minute, a été mis de côté pour laisser la place à 'I Still Haven't Found What I'm Looking For'. Le reste est entré dans la légende…

Ce vinyle sera disponible chez tous les disquaires participant à la journée des disquaires (NDLT : pas en France, évidemment, ça aurait été trop beau !)

Faute de vinyle, régalez-vous avec le clip de sa fabrication figurant dans cette news.

Pour retrouver la liste des disquaires participants, rendez-vous ici

Voir en ligne : U2.com

U2 France

RED HILL MINING TOWN (2017 MIX)

Steve Lillywhite's 2017 mix of Red Hill Mining Town is set for a limited edition release on picture disc to mark Record Store Dayon April 22nd.

The 12" disc features two classic Anton Corbin photos.

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'Red Hill Mining Town', originally inspired by Bono's reading of 'Red Hill: A Mining Community' by Tony Parker, is known as 'the single that never was'.

It was going to be the second single from The Joshua Tree but at the last minute was put to one side in favour of 'I Still Haven't Found What I'm Looking For'. The rest is history…

The vinyl will be available at all participating Record Store Day stores.

View online : U2.com

U2 France

Le Manifeste - Lulu

Il n'a pas toujours été aisé de défendre Saez, avec sa rebelle attitude obstinée, ses rimes crues coups-de-poing, sa diction caricaturale… Mais dès son Jeune et con inaugural, puis son J'accuse enragé ou son triple Messina, on appréciait la fougue et la sincérité de son style qui jetait un pont entre Noir Désir et Brel. Rock militant clashien et chanson française classique et enfiévrée. Avant Noël, il a publié une collection de protest songs post 13 novembre. Ce disque engagé, dont le message désespéré excusait le sentiment de bégaiement qui s'en dégageait, arrivait en préambule à ce nouveau triple album (Saez ne connaît pas la mesure). Hélas, si Saez a toujours l'indignation et le combat justes (pour les petits, les migrants, la culture et l'amour contre les méchants loups du capitalisme, du showbiz, des médias, etc.), son inspiration, elle, est en berne. A l'instar d'un recours aux mêmes mots au détour de tant de refrains (chansons-énumérations truffées de « bistrots », de « cons », de « putains » dans cette « France de Voltaire » en perdition), Saez est devenu prisonnier de ses schémas, tant mélodiques qu'écrits…

Un premier volet énervé (Mon Européenne) commence en espagnol, tel Manu Chao chantant Renaud, avant de sombrer dans une affreuse ode aux rues de la soif (imaginez Patrick Sébastien à la tête des Dropkick Murphys !), le reste répétant à l'infini à peu près la même mélodie. Le deuxième volet (Lulu) bascule dans le registre du romantisme écorché, avec sa suite uniforme de ballades, mi-Barbara mi-Mistral gagnant, qui s'achèvent sur un Pleure pas bébé aux accents du Florent Brunel des Inconnus ! Le troisième (En bords de Seine) est-il le bon ? Pas certain. Saez propose certes un douloureux apaisement, où les mots disparaissent pour laisser le piano, instrumental, emprunter la voie orchestrale du Song for Guy d'Elton John… La neige, blanche, immaculée, et ses derniers mots, en mode Serge Lama (Si), viennent recouvrir le tout à la fin. C'est généreux, sûrement. Mais non moins balourd. Dommage. La colère n'est pas toujours bonne conseillère. — Hugo Cassavetti

| 3 CD 16 Art/Cinq 7.

Télérama.fr - Disques

Récital au Théâtre de la Ville

Née aux derniers soubresauts de la Grande Guerre, elle fut l'une des grandes « diseuses » des années 50 et 60. Celle qui créa Trois Petites Notes de musique, La Complainte de la Butte. Et qui, sans doute, chanta la première Les Feuilles mortes sur scène. « La Dame blanche » de Saint-Germain-des-Prés, disait-on - à l'inverse d'une Gréco, toujours vêtue de noir. Mais il n'y a pas que la couleur du vêtement qui les distinguait : Gréco la théâtrale a toujours imposé sa présence par la force d'un charisme presque viril. Vaucaire la délicate n'a jamais rien imposé : son pouvoir était intérieur. Elle avait le don de faire venir à elle ceux qui l'écoutaient, animée par une grâce qu'elle leur transmettait un peu à la manière de la Barbara des débuts.

La sortie, pour la première fois en vinyle (disponible aussi en CD), de cet enregistrement de 1973, tombe à pic pour jeter à nouveau sur elle une lumière qui n'aurait jamais dû la quitter. Car on y est sidéré par la pointe fine de son chant, dénué d'affectation. L'intensité de sa voix claire traversée de mille nuances, échos de larmes, de colère ou de sourires. Quand Cora Vaucaire chantait, elle semblait nous parler à l'oreille, choyant les textes comme de précieux trésors ; leur conférant, sans démonstration, une forme de majesté. Et si elle savait si bien les servir, elle savait aussi les choisir : les treize titres retenus ici dessinent un merveilleux répertoire, hors mode, où l'on croise Prévert et Kosma (notamment pour une Pêche à la baleine aussi piquante que désopilante), Aragon et Ferrat, Trenet, Xanroff et bien sûr Michel Vaucaire, parolier de Piaf, et qui fut son époux. C'est délicieux de bout en bout ; on regrette juste que plusieurs titres, présents sur la première édition CD des années 80, ne figurent pas sur celle-ci. Mais qu'importe. Si Cora Vaucaire est morte en 2011, à 93 ans, l'écouter aujourd'hui ne convoque pas le passé : la justesse de son art l'a rendue éternelle. — Valérie Lehoux

| Cora Vaucaire, récital au Théâtre de la Ville, 1 vinyle et 1 CD Productions Canetti. En exclusivité pour la Fnac 4F.

Télérama.fr - Disques

The A Cappella Recordings

Choeur de chambre fondé il y a vingt-cinq ans par Laurence Equilbey, Accentus excelle dans l'exercice impitoyable qu'est le chant choral a cappella. A défaut d'être exhaustif, ce coffret offre un bon résumé de la qualité, de l'éclectisme et des audaces du choeur, qui fit dès 2003 un carton avec ses Transcriptions, adaptations pour chant choral d'oeuvres de Barber, Mahler, Bach, Chopin, Ravel… transcrites avec goût, imagination, et la complicité de compositeurs d'aujourd'hui, comme les Français Gérard Pesson et Franck Krawczyk.

Il montre aussi la plasticité linguistique et esthétique de ces chanteurs-chercheurs, qui décortiquent chaque univers avant de s'y installer, rendant ainsi uniques le poignant Soir de neige de Francis Poulenc, le rare et complexe Deutsche Motette de Richard Strauss (avec le Choeur de la radio lettone), les Vêpres de Serge Rachmaninov (avec le Choeur de chambre Eric Ericson)… Non content de poursuivre ses concerts (on l'entendra notamment en mai dans l'auditorium flambant neuf de la Seine musicale) et enregistrements, Accentus vient d'inaugurer - autre beau geste - son Cen (centre de ressources dédié à l'art choral) (1) , pour diffuser et partager gratuitement, auprès des professionnels comme des amateurs, les savoir-faire et le matériel artistique et pédagogique rassemblés depuis sa naissance. — S.Bo.

(1) www.cen-erda.fr

| Accentus, The A Cappella Recordings, coffret 5 CD Naïve 4F.

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Vocello

Comment réagit un violoncelliste féru de chant choral qui veut marier la voix de son instrument à celles des humains, mais constate que le répertoire pour choeur a cappella et violoncelle solo se réduit à presque rien ? Soit il se résigne et passe à autre chose, soit il s'appelle Henri Demarquette et lance en 2013 un programme ambitieux de création musicale baptisé Vocello, en collaboration avec l'ensemble vocal Sequenza 9.3 et sa directrice musicale, Catherine Simonpietri. Conçues sur mesure par des compositeurs choisis « au coup de coeur, à l'amitié, à l'admi­ration », financées sans subventions grâce au mécénat et à un fonds de ­dotation, les oeuvres nouvelles ont ­vocation à circuler et à être reprises par d'autres musiciens. Sur les dix ­déjà ­inscrites au catalogue, cet enregistrement en propose quatre, créées entre 2013 et 2016 : Métamorphoses, de Philippe Hersant, inspiré par les poèmes de détenus de la maison centrale de Clairvaux ; Stabat Mater, d'Eric Tanguy, sur des vers de Philippe Le Guillou ; Plonge, de Juste Janulyte, d'après ­Baudelaire ; et la plus récente, Night's Birds, de Thierry Escaich, qui fait dialoguer deux chansons antagoniques de John Dowland, et dont on a raconté en feuilleton le processus de création sur Télérama.fr (1) . Elles sont ici mises en relation, comme il est d'usage dans les concerts Vocello, avec des piè­ces de musique ancienne (Purcell, Dow­land, Ockeghem…) arrangées pour violoncelle et voix. S'y ajoute la seule oeuvre contemporaine qui ne vienne pas d'une commande : Svyati, de John Tavener (1995).

Du bouleversant lamento de la Didon de Purcell, qui ouvre l'album, à l'ambiance surnaturelle de Plonge, qui le referme, l'enchaînement des pièces se fait très simplement, selon un fil narratif intemporel qui traite de la mort, du deuil, de la reconquête du quotidien, de l'espoir d'un au-delà… Les arrangements sont aussi convaincants et inventifs que les créations, les timbres s'allient tandis que les époques fusionnent, la diversité des modes de jeux surprend et séduit. En harmonie ou en confrontation avec les voix humaines, le violoncelle chaleureux d'Henri Demarquette fournit une matière en constante transformation, dense ou fluide comme du métal en fusion. Déployés en plusieurs configurations, les chanteurs de Sequenza 9.3 jonglent avec maestria entre les mots, les phonèmes et les sons. Plus qu'une expérience, un voyage original et envoûtant. — Sophie Bourdais

(1) Télérama.fr/tag/vocello/

| 1 CD Decca.

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Memoria de los sentidos

C'est un bonheur (et un grand soulagement) d'entendre le virtuose Vicente Amigo renouer avec le flamenco authentique qui l'avait révélé il y a vingt-cinq ans. Après une série de disques en fusion jazz, folk, voire celtique, plus ou moins heureuse, le guitariste de Cordoue retourne donc aux fondamentaux avec un répertoire de palos traditionnels, trois musiciens (percussions, basse et palmas), le danseur Farruquito, dont le zapateado l'accompagne sur une bulería haletante, et une splendide brochette de cantaores. Parmi eux : le majestueux El Pele (La Fragua), à qui il avait consacré trois albums entiers par le passé, le novateur Miguel Poveda sur un tientos lancinant, ou encore Pedro el Granaíno.

Vicente Amigo, 50 ans, n'a peut-être plus la fougue des débuts, mais sa geste diserte et nerveuse reste imparable. Par moments, on croirait même entendre Paco de Lucía, dont il est l'un des héritiers les plus évidents. Les disques de cette qualité sont si rares dans les productions de guitare flamenca qu'on pardonnera la réverbération mièvre du Réquiem final : une chanson à plusieurs voix (Arcángel, Niña Pastori, Pastori) dédiée à Paco, plus mélo latino que cante jondo. — Anne Berthod

| 1 CD Legacy Recordings/Sony.

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Porcupine Meat

Comme nombre de légendes du Delta, auprès desquelles il lui est arrivé de jouer les apprentis (Howlin' Wolf, Willie Dixon, Little Walter…), Bobby Rush aura attendu la dernière ligne droite pour obtenir la consécration. A 82 ans, le crooner lubrique de Jackson, Mississippi, vient de recevoir, pour son Porcupine Meat, le Grammy du Meilleur album de blues traditionnel — drôle de rebondissement dans la vie d'un musicien qui a toujours été regardé de haut par les puristes. Comme il s'est autoproclamé, depuis longtemps, seigneur sur ses terres, il y a fort à parier que cette accolade tardive va lui donner des ailes. Après des décennies à écumer le circuit des clubs et des salles des fêtes plus ou moins bancales de l'Amérique noire, ce disque lui permettra d'aller porter sa couronne dans quelques grands théâtres du pays. Il est prêt. Son blues est toujours alimenté par une énergie et une libido de jeune homme, monté sur un rythme qui doit autant à James Brown qu'à Muddy Waters, concentré sur de juteuses histoires de cul et de tromperies qu'il allume de sa voix rauque, et de quelques étincelles à l'harmonica. Grâce à l'arrivée d'un producteur déterminé, Scott Billington, Porcupine Meat, enregistré à La Nouvelle-Orléans avec une belle section de cuivres et quelques invités de choix (Keb' Mo', Dave Alvin…), met enfin en relief la fièvre singulière d'une des personnalités les plus exubérantes de la musique du Sud. — Laurent Rigoulet

| 1 CD Rounder/Socadisc.

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Sons of love

Thomas de Pourquery, 39 ans, est de ces musiciens, comme Médéric Collignon, que l'on peut dire énergumènes, défiant normes et lois, et surtout le bon goût jazzique. Saxophoniste alto ayant commencé comme sideman assez traditionnel, il s'est progressivement radicalisé et, s'étant donné une allure de Moondog barbu et ventripotent, il a, en 2014, fait acte d'allégeance libertaire, si cet oxymore a un sens, et très certainement allumée, à Sun Ra le magnifique déglingué, avec un groupe qu'il nomme Supersonic (Quark Records). C'était une entreprise valeureuse. Il la reprend dans ce Sons of love, avec quelque chose d'un peu dopé aux anabolisants. Le groupe, formé de six musiciens aguerris, fonctionne la plupart du temps dans l'excès sonore, après un travail de studio qui superpose les pistes et trace des linéaments féroces auxquels se mêlent des voix. Par moments, le disque opère des fascinations poétiques, avec quelque chose de résolument dadaïste qui emporte l'adhésion, comme dans la chopinade Diamond brown ; à d'autres, les facéties musicales semblent des enfantillages. Mais on finit par céder à une sorte de sortilège qui place ce disque hors temps, hors mode, dans un espace aventureux et multiforme. Ce qui manque, ce sont des solistes convaincants plutôt que des instrumentistes intempérants. — Michel Contat

| 1 CD Label Bleu/L'Autre Distribution.

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In mind

Quand on voit Paterson, le film de Jim Jarmusch, on se demande un peu quel genre de groupe rock pourrait sortir de cette petite ville du New Jersey, où le temps — sinon la vie elle-même — semble s'être arrêté. Or voici justement Real Estate. Ils ne sont pas de Paterson mais du bled voisin, Ridgewood. Formation sans visage ouvrageant une pop soignée, où règnent placidement les guitares. Dès leurs débuts en 2009, Martin Courtney et Alex Bleeker se sont fixé comme modèles les Feelies, sensation électrisante à l'aube des années 80 et qui persistent aujourd'hui en modestes artisans (leur dernier album, In between, en est une belle preuve). Mais à l'instar de leurs collègues new-yorkais de Woods, Real Estate se plaît à remonter le temps jusqu'aux arpèges carillonnants qui firent la marque des Californiens Byrds entre 1965 et 1968. Cet héritage assumé, comment lui donner une actualité, éviter la redite ou le simple hommage érudit ? Quatrième album du groupe, In mind relève le défi, avec l'aide du producteur Cole M. Greif-Neill, dont la patte s'est posée sur Ariel Pink ou Beck. Se succèdent ainsi le parfaitement limpide After the moon et le plus hardi Two Arrows, avec son motif obsessionnel répété ad lib. Le style ouaté de Real Estate ne vous saute pas à la figure. Sa patience élégante sollicite celle de l'auditeur et l'accoutumance peut devenir alors addiction. — François Gorin

| 1 CD Domino.

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