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16 mars 2017

“Pour écrire ‘Trompe-la mort’, j’ai dû faire une synthèse monstrueuse de Balzac”, Luca Francesconi, compositeur

Fasciné par Balzac, le compositeur italien Luca Francesconi, signe le livret et la musique de “Trompe-la-mort”, commande de l'Opéra de Paris, en création ce jeudi 16 mars au Palais Garnier.

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Entre la France, le post-rock et le Liban, le nouvel album de Oiseaux-Tempête est un beau voyage politique

© As Human Pattern

L’histoire d’Oiseaux-Tempête s’écrit par le voyage. Les deux précédents albums de ce groupe mené par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul s’inscrivaient dans le cadre de périples méditerranéens. Oiseaux-Tempête était sorti en 2013, après un séjour dans une Grèce en pleine crise, tandis que Ütopiya? (2015) suivait un voyage dans la Turquie mouvementée d’Erdogan.

Fin février, Oberland et Pigneul sont partis au Liban rencontrer des musiciens de la scène underground locale, avec lesquels ils se sont lancés dans de longues séances d’improvisations, en studio comme en live. Ce sont de ces moments d’épiphanies qu’est né AL-‘AN!, troisième album qui sortira le 14 avril prochain chez Sub Rosa. Comme à son habitude, Oiseaux-Tempête y mêle avec brio post-rock, électronique, free jazz et – addition – musique traditionnelle. L’occasion pour nous de discuter de voyages en Méditerranée, de politique, de leur quête perpétuelle d’épiphanies et de piafs.

Pour commencer, on va parler du nom du groupe. C’était les idées de voyage et de tourmente qui vous plaisaient ?

Stéphane Pigneul – L’association des deux mots nous plaisait, mais c’est aussi le nom d’oiseaux qui existent vraiment qu’on appelle les storm petrels en anglais et qu’on ne voit qu’en haute mer. Les marins les connaissent bien, car ce sont des oiseaux dont la présence annonce la tempête.

Frédéric D. Oberland – On cherchait une sorte de nom totémique et on est tombés là-dessus.

Vos précédents albums parlaient de la Turquie d’Erdogan et de la crise grecque. Vous considérez-vous comme un groupe politisé ?

F.O – Nous ne sommes pas encartés et nous ne faisons pas de meetings, mais de la musique. Cela dit, je pense que c’est un peu notre devoir en 2017 dans l’environnement où nous vivons d’investir le réel et de ne pas couper l’art du politique.

S.O – Nous n’avons jamais voulu être trop politiques, mais force est de constater qu’on ne peut pas faire autrement. Avec la musique qu’on défend, on ne peut pas laisser de message, on glisse seulement des choses – parfois par la musique, parfois les poèmes, les textes ou les photos de Fred – mais on ne veut pas asséner un discours.

F.O – Comment tu fais ta vie ? Avec qui tu décides de faire des trucs ? Qu’est-ce que tu acceptes ? Qu’est-ce que tu n’acceptes pas ? Le politique démarre chez toi au quotidien. Quand tu fais de la musique DIY, il y a un choix intrinsèque qui est déjà fait. Mais, l’idée de départ, c’était de faire de la musique, de rencontrer des gens et d’échanger. On assume notre côté politique, mais on n’a pas la prétention de vouloir changer le monde avec un disque. Ta vie peut être changée par plein de petites choses au quotidien. Si nos disques opèrent pour une seule personne, c’est déjà un bon point de départ. Pour notre dernier album, aller au Liban et essayer de faire des choses avec la scène locale, c’est sûr qu’on s’inscrit dans quelque chose.

Justement, pourquoi vous êtes-vous tournés vers le Liban cette fois-ci ?

S.O – On voulait continuer le voyage autour de la Méditerranée. Après la Grèce, la Turquie et la Sicile, on a choisi le Liban. On avait déjà quelques attaches là-bas. On a rencontré ces deux figures de la scène underground libanaise, Sharif Sehnaoui et Charbel Haber, qui nous ont aidés à rencontrer d’autres musiciens. Au total nous sommes une douzaine sur cet album. C’était un bon point de départ pour rentrer dans quelque chose de musical et de se faire une autre image du Liban que d’un pays en guerre.

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête en studio (© Frédéric D. Oberland)

Ça vous a donné quelle image ?

S.O – Une fois là-bas, on a été emportés par la vague de générosité. Ce n’est pas un pays facile à cerner. Il y a 17 communautés culturelles et religieuses. Il faut compter tous les points de vue, ne jamais fâcher les gens…

F.O – L’art du compromis…

S.O – C’est ça ! On a appris à se faire à l’art du compromis, mais en se laissant aller aussi un petit peu. D’un côté il y a un chaos, mais de l’autre, il y a une générosité incroyable. Si tu acceptes, tu te laisses aller à cette vague humaine d’entraide, il peut se passer beaucoup de choses… ou pas ! C’est le fameux “Inch’allah”.

F.O – En plus de la générosité, les gens qu’on a rencontrés là-bas avaient une nécessité de faire de la musique. Ils ne se demandent pas s’ils vont pouvoir choper le statut d’intermittent, ni à qui ils veulent vendre leur musique. La vraie nécessité pour eux est dans ta musique et dans ce qu’ils vont essayer de faire au quotidien pour donner de la lumière et espérer. Ça, c’est très fort.

Vous mélangez beaucoup de genres : post-rock, free-jazz, punk, musique traditionnelle… À tout cela vous rajoutez des poèmes et des visuels à travers lesquels vous revendiquez des influences littéraires et cinématographiques. Quels sont les artistes qui vous influencent le plus aujourd’hui  ?

F.O – Je pense que nous avons tous les deux des influences – parfois communes, parfois pas. On n’a jamais pensé ce groupe comme s’inscrivant dans la lignée de quelque chose, même si on peut se sentir proches d’une scène qui n’a parfois pas grand-chose à voir avec nous.

S.O – Peut-être que quand tu as vingt ans tu as envie de t’inscrire dans quelque chose. Mais au bout d’un moment, tu finis par vieillir. Nous aussi, même si on est un groupe jeune. On ne réfléchit plus trop à ça. Heureusement, il y a certaines influences qui ont été un peu digérées. Nous, on improvise beaucoup, ce qui ne nous donne pas le temps de penser de cette manière. Au final, ça sort, et c’est comme c’est. Notre musique est collective, car on fait appel à plein de gens et l’échange joue un rôle important. Au niveau du cinéma, c’est forcément marqué, car Frédéric a fait la FÉMIS et nous avons plein d’amis cinéastes.

F.O – On nous dit souvent que notre musique est cinématographique. Ça non plus, ce n’est pas une volonté. On ne se dit pas qu’on va faire une bande-son pour un film sans image. Au départ, on sait simplement qu’on va aller en studio, improviser, essayer des choses et espérer créer un peu de magie. Peut-être, effectivement, que sur AL-‘AN!, on a intégré les field recordings de manière encore plus solide qu’avant. C’est-à-dire qu’il y a certains morceaux qui ne peuvent pas tenir sans et dans lesquels ils sont presque aussi importants que le chant ou qu’une ligne de guitare ou de basse. En fait, l’idée c’était de retranscrire notre expérience de vie.

Musicalement, on sent que vous êtes libres sur AL-‘AN!. Vous parliez d’improvisation tout à l’heure. Comment fonctionnez-vous par rapport au processus de création ? Comment choisissez-vous les musiciens qui vont vous accompagner ?

S.P – Tout se fait au feeling. On a toujours été au studio sans avoir rien préconçu. Pour le premier disque, Stéphane Charpentier qui collabore avec nous, avait projeté des films. Cette fois-ci, on est carrément partis avec deux cinéastes, Grégoire Oriot et Grégoire Couvert (As Human Pattern), pas dans l’idée de documenter mais pour faire quelque chose qui servira de base au live qu’on démarrera au printemps.

C’est également arrivé qu’on soit en studio avec des gens avec qui on avait moins d’une heure pour jouer. Sans oublier les moments où les gens ne viennent pas ou les coupures d’électricité. À un moment, il faut se lancer. Nous, on enregistre beaucoup comme ça. On repart ensuite avec toutes ces bandes et on voit ce qu’on a. On choisit les meilleurs passages et on donne de la cohérence à toutes ces improvisations. Avec AL-‘AN!, on a essayé de pousser au maximum cette façon de travailler. Ça nous laisse le temps d’oublier ce qu’on a fait, puis de le redécouvrir. Avant de partir en tournée on réapprend à jouer.

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête en studio (© Frédéric D. Oberland)

F.O – On prend des risques en essayant de sortir de notre zone de confort. Ce qu’on cherche en réalité, ce sont des épiphanies : des moments réels, vécus avec d’autres gens et qui te dépassent. Parfois tu te casses la gueule, mais tu ne peux y arriver que si tu sors de ta zone de confort. Avant d’aller en studio, on a une idée du son qu’on veut avoir, mais en soi, la construction se fait sur le moment. Ça repose un peu sur la confiance. Il y a peut-être une sorte d’alchimie récurrente que nous avons avec Stéphane depuis le début, mais on essaye de faire en sorte qu’elle ne tourne pas à vide. C’est comme une matrice qui permet à d’autres choses de pouvoir exister. Avant de partir, on avait une idée de certaines choses qu’on voulait essayer, des instruments comme le bouzouki ou l’oud ; du chant en arabe ; un peu d’électronique. On ne voulait pas refaire un disque exactement comme Ütopiya?.

Il y a un titre extrêmement puissant dans cet album, Through The Speech of Stars, un morceau de 17 minutes sur lequel est récité un poème de Mahmoud Darwich.

F.O – Sur ce morceau, c’est Jos (G. W. Sok – chanteur de The Ex), qui narre le poème de Darwich. On a fait le morceau en session d’improvisation au Liban. En revenant à Paris, on s’est mis à le jouer quand Jos était avec nous. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il s’agit d’un morceau qui nous a pris énormément de temps à mixer et Jos a réussi à le réinvestir en une seule prise. En fait, ce morceau est à l’image de l’album : beaucoup de choses se sont faites en une seule prise.

AL-‘AN! Sortira le 14 avril. Oiseaux-Tempête sera en tournée dans toute la France à partir du 27 avril.

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Cabourg Mon Amour dévoile une programmation de plus en plus cool

Photo facebook du festival

Pour sa cinquième édition, le festival normand promet d’ores et déjà de belles surprises. En février, on apprenait les premiers noms de l’édition 2017 du festival Cabourg Mon Amour.

LA SUITE: @Polo_and_Pan —@paradisfm —@LoyleCarner —@CigsAfterSexx —@niluferyanya —@Renarttt —@YannIchon —@Tim_Dup —@ParadoxeClub ⚓️ #CMA2017 pic.twitter.com/yBdIwovY4D

— Cabourg Mon Amour (@CabMonAmour) 16 mars 2017

Une seconde vague d’annonces parfaites

Ce matin, neuf nouveaux artistes ont été annoncés pour rejoindre la coquette station balnéaire : le duo de Polo & Pan (live), Paradis (live), la figure montante du rap britannique Loyle Carner (également programmé à la soirée Inrocks du 23 mars), la pop mélancolique de Cigarettes After Sex, le maestro de l’électronique Renart, le rappeur du moment Ichon, Tim Dup ou encore Paradoxe Club. Unique fille de cette seconde vague, la londonienne Nilüfer Yanya.

Ces nouveaux noms s’ajoutent aux premiers, très cools également : Princess Nokia, Shame, les australiens de Parcels, le r&b de SÔNGE, Lescop, Basile di Manski, le duo électro-synthé Agar Agar ou encore le producteur zinzin Jacques.

Et en attendant d’avoir les pieds dans l’eau et de bronzer sur les galets, vous pouvez profiter d’un concentré de bonheur filmé lors de l’édition 2015 :

Les pass 3 jours sont déjà disponibles à la vente juste ici, au tarif “Nouvelle Vague” (60€).

Festival Cabour Mon amour
Du 28 au 30 juillet 2017 sur la plage de Cabourg
Evènement facebook

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Après 10 heures de live sur Facebook, Jacques lâche gratuitement un nouvel album

Ce grand zinzin de Jacques (capture d'écran de la vidéo de présentation de son projet publiée sur sa page Facebook le 7 mars 2017)

Il y a huit jours, Jacques improvisait un live de 10 heures en direct sur Facebook pour la webradio new-yorkaise A Lot Radio. Huit jours plus tard, le voici qui en tire un album-performance, le bien-nommé A Lot of Jacques, neuf morceaux sélectionnés parmi une tonne de productions.

Il y a du bon, du moins bon, du répétitif, du bruitiste (Limbo, Limbo), du sample de radio américaine (Bushwack on the Dancefloor), des sonorités étranges, de l’hypnotique. Bref, du Jacques. Le meilleur morceau est très certainement celui d’ouverture, Emerging Mission. Une transe club qui nous fait un peu l’effet d’un marteau piqueur dans le cœur.

En plein rush d’editing/mixage/mastering, Jacques postait un petit message de remerciements sur Facebook. Juste avant son live, il avait invité ses fans à lui proposer des artworks pour la pochette de son album.

L’heureux gagnant s’appelle Bruno Baraona, auteur de cette belle photo de mèches de cheveux sur carrelage. Clin d’œil à la fameuse tonsure de Jacques. Bravo et merci pour tout.

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Morrissey a complètement craqué avec un T-shirt raciste

Plutôt se balader torse-poil que de porter ses t-shirts racistes. (Capture d'écran du clip "Certain People I Know")

Qui a bien pu valider un tel produit promotionnel ? Une nouvelle pièce du vient de voir le jour sur la boutique en ligne officielle de l’ancien chanteur des Smiths : un T-shirt, blanc avec le visage de l’écrivain engagé américain et noir, James Baldwin.

Une fringue qui serait assez stylée si la phrase imprimée dessus n’en faisait pas un objet totalement raciste. On vous laisse juger : “I wear Black on the outside ’cause Black is how I feel on the inside” (“Je porte du noir, parce que je me sens noir à l’intérieur”)

Morrissey is selling a James Baldwin "Black Is How I Feel on the Inside" t-shirt: https://t.co/xb8Pl4ZsJs pic.twitter.com/3EJj1HUcjc

— Consequence of Sound (@coslive) March 15, 2017

Il s’agit d’un extrait de la chanson Unloveable des Smiths (1987) : “black is how I feel on the inside”. Pour de nombreuses personnes, ces paroles reflètent la mélancolie et le mal-être interne du chanteur torturé, et n’ont rien à voir avec la couleur de peau. Mais dans ce contexte très particulier, ce T-shirt, vendu durant la tournée américaine de Moz, est très gênant et relève clairement du racisme ordinaire.

Un hommage foireux 

Plus inquiétant encore, cet objet se veut comme à un hommage au romancier et activiste pour la cause noire James Baldwin. L’artiste anglais lui avait exprimé son admiration dans son autobiographie et avait déjà diffusé des vidéos de Baldwin, pendant ses concerts, mentionne Pitchfork.

Morrissey fait une vraie fixation sur la couleur de peau. Pour lui, il serait même question d’un état d’esprit : comme le rappelle Consequence Of Sound, il avait déjà reproché à Barack Obama d’être “trop blanc en lui” (?). Une nouvelle absurdité effarante à ajouter au palmarès de l’auteur-compositeur britannique, sans doute perché au millième degré sur l’échelle du mauvais goût.

Les Inrocks - musique

Donald Trump tente de clasher Snoop Dogg…. mais se prend une insulte d’anthologie en retour

Catpure d'écran du clip "Lavender", dans lequel Snoop Dogg tire avec un faux pistolet dsur une caricature de Trump.

On pensait qu’occuper le poste politique le plus important du monde aurait calmé les pouces acerbes des petites mains de Donald Trump. Mais le président américain continue de lancer des piques quotidiennes sur Twitter et cette semaine, c’est Snoop Dogg qui a été visé.

Lundi 13 mars, le clip du morceau Lavender de Kaytranada, revisité par Snoop Dogg a suscité le courroux dirigeant des Etats-Unis. On voit le rappeur pointer un pistolet de farces et attrapes sur un clown clairement déguisé en Donald Trump (il est d’ailleurs surnommé Ronald  Klump) Vexé, outré même, il s’est empressé de poster ce message :

Can you imagine what the outcry would be if @SnoopDogg, failing career and all, had aimed and fired the gun at President Obama? Jail time!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) March 15, 2017

“Pouvez-vous imaginer le scandale que ce serait si Snoop Dogg, échouant sa carrière, avait braqué une arme et tirer sur le Président Obama ? Case prison !”

Si Snoop n’a pas encore réagi (sûrement parce qu’on répond aux idiots par le silence), des artistes et personnalités publiques s’en sont chargés eux-même. Parmi eux, le rappeur T.I. qui a partagé une publication sur Instagram hier. Attention, ceci est une insulte d’anthologie :

@snoopdogg is a Fuckin Legend u Fucking Tangerine Tanned Muskrat scrotum skin, Lacefront Possum fur Wig wearing, Alternative fact,Atomic Dog diarrhea face ass man!!!! Leave our legends names out ya fuckin old ass puppy piss smelling ass mouth & continue to focus on dividing minorities,building barriers, alienating immigrants, &fuckin this country up like u been doin…. #UWannaBeDictator #PresidentialLevelFuckBoy

A post shared by TIP (@troubleman31) on Mar 15, 2017 at 9:41am PDT

“Snoop Dogg est une putain de légende, toi, espèce de rat musqué couleur mandarine à peau de scrotum, qui porte un postiche en poils de putois, tête de cul de chien à diarrhée atomique de faits alternatifs ! Laisse le nom de nos légendes en dehors de ta sale vieille bouche de cul de chiot qui pue la pisse et continue de diviser les minorités, de construire des barrières, d’aliéner les immigrés et de foutre en l’air ce pays comme tu le fais…”

Un pistolet en plastique

Donald Trump a sensiblement oublié la notion de liberté d’expression, un peu comme son avocat, Michael Cohen. D’après Billboard, il a déclaré au tabloïds TmZ.com, lors d’un appel vidéo, que “Snoop Dogg devait des excuses au président” pour avoir pointé un pistolet à confetti sur un clown orange qui porte une cravate rouge trop longue.

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Dany Synthé, le démon caché du dance-floor

Il est derrière “Sapés comme jamais” de Maître Gims, les tubes de MHD ou des rois de l'afro-pop. Mais ce faiseur de beats prodige de 25 ans, qui bricole depuis sa cave de Montreuil, a déjà élargi sa palette à la pop et la variété. Plus rien ne peut l'arrêter.

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Après 6 ans de silence, Feist fait son grand retour avec un album

Capture d'écran de la photo postée par l'artiste sur son compte instagram

Après plusieurs années de silence, six au total, la Canadienne Leslie Feist est enfin de retour. Ce mardi 14 mars, elle annonçait sur les réseaux sociaux un nouvel album prévu pour le mois d’avril : Pleasure. 

Après nous avoir ravi avec Metals (2011), un disque sauvage et nocturne, Feist compte donc explorer un tout autre domaine, plus sensuel et intime, avec ce titre qui évoque mille délices.

Much to my surprise, I woke up this morning to see the word is out for ????P l e a s u r e???? But as Leonard Cohen once said “the devil laughs at those who make plans.” I’ve been so inward facing during the making of this record that I hadn’t quite prepared myself to face it, and myself, outward again. So here’s what I can tell you…. I made this record last winter with 2 of my closest friends, Mocky and Renaud Letang. I was raw and so were the takes. Our desire was to record that state without guile or go-to’s and to pin the songs down with conviction and our straight up human bodies. I titled the album Pleasure like I was planting a seed or prophecizing some brightness. The experience of pleasure is mild or deep, sometimes temporal, sometimes a sort of low grade lasting, usually a motivator. If the way you look at things is how they look then my motivation is to look with a brighter eye. So there it is, in a nutshell. I’m grateful for your curiosity, the music is en route. Best and soon, Leslie ????. ????:@cassblackbird

Une publication partagée par feist (@feistmusic) le 14 Mars 2017 à 13h34 PDT


Dans son post instagram, Leslie évoque des collaborateurs (arrangeurs et producteurs) du disque :

Voilà ce que je peux vous dire sur l’album. Je l’ai enregistré durant l’hiver dernier avec deux de mes amis les plus proches : Mocky [membre du collectif Puppetmastaz et arrangeur pour Jane Birkin] et Renaud Letang [producteur pour Mathieu Boogaerts ou Gonzales]. Notre souhait était de l’enregistrer sans ruser, directement d’après nos convictions et nos corps.

Elle poursuit en nous confiant sa vision de Pleasure :

J’ai appelé l’album Pleasure comme si je plantais une graine qui allait augurer ce qu’il deviendrait. Telle une prophétie. L’expérience du plaisir peut être douce ou profonde, parfois rapide ou parfois progressive, mais elle est souvent une motivation. (…) Je vous suis reconnaissante de votre curiosité. La musique est en route.

Si l’on ne possède encore que peu d’infos sur l’album, on sait déjà qu’il sera composé de 11 titres. La tracklist complète juste ici :

1. Pleasure
2. I Wish I Didn’t Miss You
3. Get Not High, Get Not Low
4. Lost Dreams
5. Any Party
6. A Man Is Not His Song
7. The Wind
8. Century
9. Baby Be Simple
10. I’m Not Running Away
11. Young Up

Et en attendant la sortie, rien ne nous empêche d’aller danser sous le soleil avec son tube de platine 1234 :

L’album Pleasure sortira le 28 avril.

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Marina Foïs, Juliette Armanet, Cécile de France… réunies pour une soirée de concerts et de lectures

Logo de la soirée (source : Facebook)

L’idée de départ est aussi excitante que le line-up. Les soirées “Rien ne s’oppose à la nuit” – du nom d’un roman de Delphine de Vigan- offrent de surprenantes cartes blanches à des artistes femmes au petit théâtre de la Loge (Paris, 11e). Objectif : “vivre des expériences inédites au milieu d’artistes en liberté” explique Melissa Phulpin, attachée presse à l’initiative de ce beau projet aux côtés de la comédienne Candy Nguyen.

Comme ses prédecesseuses, la troisième édition de Rien ne s’oppose à la nuit claque. En partenariat avec le festival féminin et féministe Les Femmes s’en mêlent, elle invite musiciennes, actrices, écrivaines, plasticiennes, à interpréter une oeuvre de son choix en solo ou à plusieurs. Au programme : Marina Foïs, Cécile de France, Barbara Carlotti, Juliette Armanet, Delphine de Vigan & La Grande Sophie, Sônge et bien d’autres.

L’après-midi, le collectif féministe 52, qui se présente comme un réseau de femmes dénonçant les inégalités femmes-hommes, présentera son action. Suivra une table ronde animée par Géraldine Sarratia (journaliste aux Inrocks et à Nova) et Valérie Lehoux (Télérama) sur la thématique du genre et de la création, en compagnie d’artistes qui viendront témoigner. A vos agendas !

Rien ne s’oppose à la nuit #3 “Constellation”, le samedi 25 mars au théâtre de La Loge (Paris, 11e). Plus d’informations ici. 

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Exclu : French 79 revisite “The Way They Do” de Blow

Blow a invité des copains pou remixer leur dernier EP "Fall In Deep." (Crédits : Emma Burlet)

L’EP de Remix des petits français de Blow se profile à l’horizon. Jeudi dernier, on vous a fait découvrir le titre Fall In Deep, revu par le collectif de DJs lyonnais, Moi Je. Cette semaine, c’est le remix de The Way We Do par French 79 qui est à écouter en exclusivité ci-dessous :

La version de French 79, projet solo du musicien et DJ marseillais Simon Henner, n’est pas si différente que l’original. The Way They Do s’impose comme le titre le plus sombre de l’EP du quatuor parisien. French 79 a choisi de respecter cet esprit à condition d’y glisser une invitation à la fête et à la danse. La compilation de remix du dernier EP de Blow, Fall In Deep est attendue pour le 24 mars prochain.

Concert, Blow sera au Point Ephémère le 21 mars prochain pour a Release Party de Fall In Deep Remixes et le 28 avril en première partie de Kid Francescoli à Orléans.

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Rencontre avec Claude Violante et écoute en avant-première de “Road Race”

Photo Beto Cabrera

Après avoir posé en moto sur ton dernier EP, tu as mis cette fois-ci en couverture une Formule 1. Quelle relation entretiens-tu avec la route ?
Il y a quelque chose des machines, de la mécanique, qui me plait beaucoup. Ça fait écho à ma passion des synthés, qui doit être la même qu’ont les mécaniciens pour les voitures, ce côté un peu psychopathe et fasciné par l’outil. L’automobile est une métaphore : je voulais que cet EP soit plus direct que les autres, qu’il ne prenne pas les chemins de traverse. J’aimais beaucoup utiliser cette idée d’une profession masculine et de la mettre à ma sauce. Le pilote de course est seul au volant et doit gérer ses moments de solitude, un peu comme quand tu as un projet et que tu essaies de le mener à bien alors que tu fais face à tes doutes, tes faiblesses… Il faut faire comme les sportifs et trouver en toi la force.

Ton rapport à la masculinité s’affiche aussi dans ton pseudo finalement…
Moi ça me plaisait que ce soit un prénom mixte, et que quand on le lise, on se pose la question : est-ce une fille ou un garçon ?.

Ton présent EP semblait plus énervé : en quoi penses-tu que Road Race est plus direct, alors qu’il peut être perçu comme plus romanesque ?
L’amour est présent dans tous les morceaux que je fais, et je l’utilise aussi comme métaphore. Pour Road Race, j’évoque différents sujets, ce que ça fait d’être un homme et ce que ça fait d’être une femme, je parle des gens qui ont du mal à accepter les autres. Cela peut sembler un peu bateau mais je pense que c’est important de le répéter, encore et encore. Après, quand on parle de ça, cela peut évoquer autre chose. Il est vrai que le dernier EP était plus énervé dans l’attitude, mais en même temps, sur Road Race, la rythmique est plus agressive, et je pense que l’idée d’être un peu plus directe dans l’écriture des morceaux c’est être aussi plus énervée, à mon niveau.

Il se dégage aussi quelque chose d’assez triste…
Je trouve ça très intéressant, quand on fait face à un morceau très énervé et qu’ensuite apparait une petite voix, il se dégage une certaine ironie qui fonctionne très bien.

Tu es à l’intersection entre house et r’n’b, un carrefour rarement exploité en France…Comment expliques-tu ton intérêt pour ces genre musicaux ?
En France, les gens sont assez frileux pour mélanger les choses de manière générale, même au niveau politique. Moi je me reconnais beaucoup plus dans les ambitions anglo-saxonnes. Les Anglais savent utiliser une musique de club et faire de la même manière un r’n’b très chanté avec beaucoup de technique dans la voix. Ca me parle. Après, cela a ses limites, mais ce sont en tous cas des genres musicaux que j’aime : le club, le r’n’b, même la folk. J’essaie à mon niveau de les réunir dans ce que je fais.

Tu parlais de limites en termes mélange de genres : quelles sont-elles pour toi ?
Quand tu fais de la musique, tu évolues toujours, et je pense aujourd’hui que je pourrais faire mieux. Mes limites sont celles de ma connaissance, de ce que j’ai essayé et d’où je peux encore aller.

Dans la conception d’un morceau, quel est le moment qui t’obnubile le plus ? La composition ? La production ou l’écriture des paroles ?
Le plus important pour moi, c’est qu’il y ait une ambiance qui se dégage, un niveau qui ne soit pas forcément flagrant au premier abord. Je m’échine sur les paroles, mais j’essaie vraiment que ça me touche de deux manières différentes : soit de manière un peu mélancolique, soit que cela me donne de la force. C’est important que la musique puisse procurer ces sentiments. Un morceau qui puisse dire “vas-y, tu peux y aller“. J’adore écouter de la musique et me laisser aller à être triste pour de faux.

Est-ce que cet EP est fait pour les clubs ou pour danser tout seul chez soi ?
Je ne le vois pas comme de la musique de club. Je suis contente néanmoins si les gens entendent la référence, c’est un paramètre important dans ma vie. Après, il fallait que ça soit plus uptempo, parce que j’avais envie de jouer ces morceaux en live et d’avoir cette force qui un sentiment que j’ai quand je les joue. Plus rapide et “bourrin”. C’est bien qu’il y ait des choses plus rapides et bourrines dans mon répertoire. J’aime bien avoir cette possibilité, de pouvoir montrer une autre facette de moi, un peu plus violente.

Les titres de cet EP ont une thématique très “soumission” : «  Control », « You’re The Man »…Il y a cette idée de contrôle, mais celui qu’on peut avoir sur soi-même : rester sur la route, ne pas déborder, rester cadrée. Ce n’est pas mon trait de caractère que de rester dans la route pavée. C’était un exercice intéressant. Je ne savais pas si je pouvais arriver à un résultat qui me satisfasse en essayant d’être épurée, plus efficace. Le précédent EP avait un peu plus de fioritures et j’ai beaucoup d’affection pour lui, mais je pense qu’il n’a pas grand-chose en commun avec ce que je fais aujourd’hui. Dans Road Race, la voix est aussi beaucoup devant, et j’ai l’impression que je fais un peu plus “chanteuse”. La voix n’est moins trafficotée, sans effets, et du coup je ne chante pas pareil. Je me devais d’aller droit au but.

Ta voix nue t’a dérangée ?
Oui, évidemment, mais dans le bon sens du terme, comme un sportif qui fait face à sa performance. Une mise à nue plutôt sympa.

Ta mixtape sortie cet été a eu un impact sur l’EP ?
J’ai fait la mixtape très peu de temps avant l’EP. Du coup j’étais un peu épuisée. Je me suis beaucoup impliquée dans la mixtape, j’ai été très ambitieuse et j’ai beaucoup donné de ma personne. C’était un vrai challenge, qui m’a permis d’essayer des choses que je n’aurais pas tenté auparavant : des morceaux beaucoup plus longs, essayer d’exprimer des choses avec la musique plutôt qu’avec la voix… L’EP d’après se devait d’être plus spontané : nous n’avions plus beaucoup de temps, et je voulais prendre le contrepied de la mixtape. J’ai aussi voulu tester les beats à l’anglaise, un peu breakbeat, qui existaient sur d’autres démos que je n’avais pas utilisé.

On te parle souvent des années 90, et je n’arrive pas à voir cette nostalgie dans tes morceaux…Tu l’expliques comment ?
C’est sûr, il y a des références, nous sommes tous victimes de ce qu’on a écouté dans la vie mais ce ne sont pas non plus les fondations de ma musique. Je n’en ai pas honte. Mais les gens qui disent ça ne vont pas forcément chercher trop loin… Après ce n’est pas grave, c’est un univers que j’apprécie.

Je vois vraiment un lien avec le r’n’b anglais, comme celui de Katy B…
C’est vrai qu’ils ont cette tradition de voix en avant et de rythmique très saccadée. Les anglais sont beaucoup plus libres que nous en France, où le r’n’b se doit être très urbain. C’est difficile d’avoir une place autre que ce cliché là et c’est dommage.

Tu t’inscris un peu en marge de ce qui se fait actuellement en France, ou on privilégie pas mal la pop en français. 
Je parlais anglais et français chez moi. Ce n’est donc pas non plus une langue vraiment étrangère . Le français est peut-être moins vecteur d’émotions car mes références finalement sont très peu françaises, du coup je me reconnais moins. Après j’adore Michel Berger et Daniel Balavoine, ça me parle énormément, ce sont des gens qui avaient des ambitions à l’américaine. Le fait de chanter en français ne m’a pas encore sauté dessus : j’y pense, mais je ne suis pas encore prête.

Ton projet Haussmann existe encore ?
Oui, mais ce que je fais seule prend du temps, mon partenaire, Beau Travail, a lui aussi des trucs à faire à côté, mais nous n’avons pas laissé tomber.

Etait-ce important d’avoir un projet que tu maitrises de A à Z ?
J’avais des trucs à me prouver. Gloria, du label Tsunami Addictions, qui nous avait signé à l’époque avec Haussmann, a écouté ce que je faisais toute seule, et m’encourageait à faire cet EP. J’avais du coup quelqu’un qui croyait en moi, et qui m’a poussé.

Ton projet tient sur toi seule : est-ce qu’on cherche encore le garçon derrière Claude Violante ?
Bien sûr ! Quand nous étions deux en live, et bien à chaque fois que j’arrivais dans une salle, on parle à mon musicien des problèmes techniques On ne me demande jamais ce que je fais, où est ce que je me place…On pense souvent que c’est lui qui fait la musique et que c’est moi qui chante. C’est pour cela que c’est intéressant de produire autre chose, que les gens se rendent compte que c’est possible.

Tu te vois produire pour d’autres personnes ?
Ca me plairait beaucoup. Quand je fais des remixes, je me vois un peu comme un producteur. J’essaie à chaque fois de ne garder que la voix, tout le reste part, et j’essaie de voir comment amener les artistes ailleurs. Je trouve ça très interessant comme job. Ca me plairait de le faire pour un projet.

Si tu devais choisir les remixeurs de ton EP, tu demanderais à qui ?
J’aimerais bien Arca. J’aimerais bien faire un morceau avec lui pour voir. Il ne m’amènerait pas forcément là ou je m’y attends. Je pourrais être surprise. Même Burial, dont je suis super fan.

Des remixes prévus ?
Je me suis vraiment ménagé du temps pour finir mon album (prévu pour l’automne), du coup je n’ai pas pris des remixes à faire. J’essaie de rester concentrée.

Avant d’écouter cet EP, que doivent savoir les gens ?
Que j’ai essayé de donner le meilleur de moi-même. Et que c’est bien de l’écouter dans une voiture, sur l’autoroute.

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Oxmo Puccino: “En Afrique, j’ai assisté à des miracles”

Oxmo Puccino au Niger lors d'une mission Unicef. © Vincent Tremeau / UNICEF France

Quels enseignements tires-tu de ton voyage au Niger avec l’Unicef ?

Oxmo Puccino – J’ai assisté à des miracles. Comme dans les films où les héros sont sauvés au dernier moment, des familles dans des situations désespérantes ont reçu de l’aide, et se sont accrochées à cette corde pour sortir du trou. Les enfants que j’ai vu ont moins que rien, leur avenir est plus qu’incertain, mais ils continuent à aller à l’école. C’est un miracle d’avoir encore le désir d’apprendre, après avoir fui la guerre et perdu ses parents. Chaque rencontre que j’ai faite cache une immense tragédie.

Avec @UNICEF_France et @unicef_niger à la rencontre des enfants de Diffa ou… Quand les rires d'enfants sont des leçons #UNICEF #childrens #love

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Qu’est-ce qui te donne envie de t’impliquer en Afrique aujourd’hui ?

Je ne me suis pas posé la question. Il y a quelques années, j’ai rencontré des gens extraordinaires qui m’ont donné envie de m’engager avec eux, dans des évènements caritatifs lors de mes différents spectacles. Je suis arrivé à Paris à l’âge d’un an, donc je connais assez peu l’Afrique. Je n’y ai jamais vécu longtemps.

Crois-tu à un réveil du continent ?

Je n’ai aucun espoir. Je ne fais que constater depuis des années que l’évolution de l’Afrique qui enthousiasme quelques économistes ne profite pas à tous les Africains.

Beaucoup d’artistes, dans le rap, ont une volonté de retour aux origines dans leurs choix instrumentaux… 

C’est une recherche identitaire, un échange de fierté. En Afrique, sous une tente au milieu de nulle part, j’ai rencontré des jeunes qui écoutaient MHD. Pour eux, c’est un modèle de jeune africain qui a réussi à obtenir un succès international. Les artistes qui utilisent des sonorités afro sont aimés en Afrique, et cela renforce leur identité, les conforte dans leur histoire personnelle. Là-bas, leurs origines sont reconnues, alors qu’en France elles ont toujours posé problème.

Pourquoi être ambassadeur Unicef ?

Tout mon discours m’amène à ce genre d’actions, c’est naturel pour moi de collaborer avec l’Unicef. Très tôt dans mes textes, je me suis intéressé à l’éducation et l’enfance, donc c’est presque un mariage de raison avec l’Unicef.

Dans quel état d’esprit étais-tu avant de te rendre au Niger ?

J’appréhendais ce voyage, comme tous les voyages Unicef. Je savais que je ne partais pas en vacances, mais que j’allais vivre des moments émotionnellement lourds. Maintenant, ces moments font partie de moi. Je ne peux pas oublier mes rencontres avec les survivants des attaques de Boko Haram.

Comment sensibiliser la France et la communauté internationale, pour qu’ils s’engagent contre les ravages de Boko Haram  ?

J’ai écrit un morceau appelé “dix mille”, où je dis qu’“on pleure pour un mort mais plus pour 10 000”. Avec la distance, je peux comprendre que les Français ne soient pas touchés par ce qui arrive en Afrique.

Dans beaucoup de textes de rappeurs, il y a une forme de colère contre la France, contre un mal colonial. Contastes-tu ce sentiment ? 

C’est un sentiment bien français. Nous avons un problème avec notre histoire. Il y a des conversations essentielles qui n’ont jamais été entamées, qui ont été niées. Pendant un moment, je ne savais pas ce que je faisais en France. A l’école, personne ne t’explique que le Mali et l’Algérie ont été colonisés par la France pendant plus d’une cinquantaine d’années.

Booba disait dans son morceau “Ma définition” que l’école ne parle que “de la Joconde et des Allemands”.

C’est vrai. Le manque de réponse vis-à-vis de l’héritage colonial cause des frustrations que le pays finit par payer. Le terrorisme est l’une de ces conséquences. Les jeunes Français fils d’immigrés sont vus en Afrique comme des étrangers, et en France comme des éléments perturbateurs. En France, nous ne leur avons pas dit qu’ils étaient chez eux, et ils sont devenus des faux orphelins dans leur propre pays.

As-tu été victime de racisme ?

Oui, pour moi c’est devenu normal, je ne le relève même plus. Dans les années 1990, je m’embrouillais tout le temps à la douane pour aller faire mes visas. A chaque fois, les douaniers me prenaient pour un clandestin.

Penses-tu que le combat anti-racisme du CRAN ou de SOS racisme n’était pas efficace ? 

Je ne les ai jamais vu dans aucune cité. Dans les années 1990, SOS racisme ne voulait rien dire pour moi, ils n’ont jamais rien fait pour mes proches. Ils ont récupéré une cause et ont fait un nom avec. C’est de l’instrumentalisaton politique.

Depuis le mirage de la génération Black-Blanc-Beur après 1998, penses-tu que la France arrivera à atteindre l’idéal du “vivre ensemble” ?

Les choses vont se faire lentement. De toute façon, les gens sont amenés à se mélanger. J’ai des métis dans ma famille, et c’est une richesse. Mais beaucoup de personnes ont encore peur de perdre leur identité en se métissant, alors que leur identité est à construire tous les jours.

Pendant longtemps, le rap a été engagé. Regrettes-tu que le rap conscient ne soit plus dominant aujourd’hui ? 

Pour moi, le rôle de l’artiste, ce n’est pas de s’engager. Si les rappeurs ont longtemps été décrits comme conscients, c’est parce que les médias et les politiciens leur ont attribué ce rôle, faute de prêter attention à la profondeur de leur discours, et jusqu’à confondre la dénonciation et l’incitation. Un artiste n’est que le fruit de son environnement. Forcément, s’il est assez talentueux, il va relater son environnement d’une manière touchante, voire gênante s’il parle de la misère de sa cité. Si personne ne sait qu’on y écoule un kilo d’héroïne et deux kilos de cocaïne par jour, son morceau va devenir quelque chose de conscient, un vecteur de dénonciation.

Penses-tu que beaucoup de rappeurs parlent politique, même s’il ne le revendiquent pas ?

Bien sûr. C’est dangereux, nous ne sommes pas faits pour ça. Nous n’avons pas les armes pour aller à la télé, nous n’avons pas été préparés. Nous sommes des chanteurs de rue – mais je ne ne me considère plus comme ça, car j’ai énormément travaillé pour passer ce cap. Même les artistes n’ont pas de conscience réelle de leur impact sur la société. Bien qu’ils aient des modèles qui peuvent leur donner des indications, les erreurs se répètent, et moi je suis mort de rire.

Propos recueillis par David Doucet 

Les Inrocks - musique

Ryuichi Sakamoto sortira son nouvel album en avril

Ryuichi Sakamoto en concert en 2013 - Capture d'écran Youtube

Ryuichi Sakamoto est de retour. Comme il l’avait annoncé au mois de janvier, le pianiste japonais sortira bien un nouvel album en 2017 et il vient de livrer quelques détails sur cette première sortie en huit ans.

The Revenant

Comme le rapporte le site de Fact Magazine, le disque s’intitule async et il sera disponible dès le 28 avril prochain sur Milan Records. Enregistré à New York, l’album a été conçu comme “la B.O d’un film d’Andreï Tarkovski qui n’existe pas.” C’est en tout cas se que promet le communiqué de presse qui précise également que le musicien s’est inspiré d’objets de la vie de tous les jours, de sculptures et de la nature.

En 2015, Sakamoto avait composé la bande originale de The Revenant en ompagnie de Bryce Dessner de The National et du musicien allemand Alva Noto.

YMO

Né à Tokyo en 1952, Ryuichi Sakamoto s’est fait connaître à la fin des années 70 pour son travail au sein du Yellow Magic Orchestra en compagnie d’Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi.

De Merry Christmas, Mr. Lawrence à Little Budha, on lui doit également certaines des plus grandes B.O des années 80 et des années 90.

Async sera diffusé en exclusivité lors du Big Ears Festival qui se tiendra du 23 au 26 mars à Knoxville, dans le Tennesse. Il s’agit de son premier album depuis qu’il a remporté sa bataille contre son cancer de la gorge il y a deux ans.

La tracklist de async

01 andata
02 disintegration
03 solari
04 ZURE
05 walker
06 stakra
07 ubi
08 fullmoon
09 async
10 tri
11 Life, Life
12 honj
13 ff
14 garden
15 water state 2 [vinyl-only bonus track]

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