Actu musique

15 mars 2017

Adélaïde Ferrière, l'étourdissante percussioniste

C'est la “révélation soliste instrumental” aux dernières Victoires de la musique classique. Adélaïde Ferrière, 20 ans, sait manier les baguettes avec une impressionnante agilité. Elle sera en récital solo ce dimanche.

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Le nouvel album de Tops s’annonce doux comme une soirée d’été

En 2012, Tops sortait "Tender Opposites". Cinq ans après, les canadiens s'apprêtent à dévoiler leur troisième album. (Crédit : pochette de "Tender Opposites")

Les revoilà, tout en pop tendre et sautillante. Les quatre Canadiens de TOPS ont dévoilé, la semaine dernière, Petals, un extrait inédit de leur prochain album, baptisé Sugar at the Gate, à écoutez ci-dessous :

Si l’atmosphère groovy et la voix délicate de la chanteuse Jane Penny sur la chanson Petals ont de quoi redonner le sourire aux journées les plus maussades, on peut espérer un album tout aussi feel-good.

Troisième album et retour au Point F

Sans nouvelle du groupe depuis la sortie du single Anything en 2015, le quatuor montréalais rempile avec ce troisième album, trois ans après l’excellent Picture You Staring. Attendu pour le 2 juin, Sugar at the Gate est à paraître chez le label Arbutus.

En tournée européenne au mois de juin, Tops reviendra jouer à Paris le 6 juin 2017 au Point Ephèmere, là où Les Inrocks les avait rencontré il y a deux ans.

Découvrez la tracklist du prochain disque de Tops :

1. Cloudy Skies
2. Further
3. Petals
4. Dayglow Bimbo
5. Marigold & Gray
6. Cutlass Cruiser
7. Hours Between
8. I Just Wanna Make You Real
9. Seconds Erase
10. Toples

Les Inrocks - musique

Le festival Beauregard voit les choses en grand pour sa neuvième édition !

crédit : détail de l'affiche du festival Beauregard 2017

Du 7 au 9 juillet prochain, le festival Beauregard se tiendra en Normandie, non loin de Caen et sur la route de Ouistreham. Et pour sa neuvième édition, le festival prévoit une très belle programmation.

Une première journée qui donne le ton 

Le vendredi 7 juillet, les festivités commencent fort. Au programme : Placebo qui fêtera les vingt ans de son premier album à travers un live inédit, le producteur niçois MØme, les rockeurs australiens de Midnight Oil, les mystiques N3rdistan, le duo soul rennaisHer et le side project du leader belge de Balthazar : Warhaus, mais aussi le chanteur Benjamin Biolay qui nous présentera son prochain album Volveret enfin les génies anglais Metronomy.

Et histoire de terminer la soirée en beauté, le génie de l’electro berlinoise Boys Noize viendra mettre le feu à la scène Beauregard à deux heures du matin.

Un samedi orchestré par Iggy Pop et Phoenix

En tête d’affiche de la seconde journée : celui qu’on ne présente plus, le septuagénaire au torse nu Iggy Pop ainsi que les Versaillais de Phoenix. Paul Langeois, directeur et programmateur du festival, explique son choix :

“Je conçois la programmation de chaque journée de Beauregard en faisant en sorte que chacun puisse avoir ses propres coups de cœur, ses propres têtes d’affiche. Par exemple, si on regarde le dimanche de l’année dernière, certains sont venus pour PJ Harvey et d’autres pour Louise Attaque. Ainsi, on fait découvrir des artistes que le public n’était pas forcément venu voir à la base. L’idée est de garder une grande qualité d’artistes, mais qui parle à des publics différents.”

Une programmation qui n’est apparemment pas du goût de tous, puisqu’on apprenait tristement lundi dernier que le festival perdait une subvention municipale de 50 000€ (offerte par la ville d’Hérouville-Saint-Clair). Une somme qui ne met pas le festival en péril, mais qui représente un important coup dur à surmonter !

Mais rassurez-vous le festival a plus d’un tour dans son sac pour vous divertir. Samedi 8 juillet, on retrouvera aussi le rock britannique d’Editors, le duo electro Aerobrasil, les Californiens de Grandaddy, le trio explosif Yak, mais aussi Airbourne et Synapson, sans oublier le trompettiste Ibrahim Maalouf ainsi que les légendaires Echo & The Bunnymen.

Une soirée de clôture sous le signe de l’éclectisme 

Dimanche 9 juillet, Beauregard accueillera à bras ouverts : le duo déjanté sud-africain Die Antwoord ainsi que le troubadour Hubert-Felix Thiefaine. On retrouvera également Foals, le blues dézingué des suisses Fai Baba, la cool attitude des Australiens Jawgar Ma, un parfum de voyage dans le désert avec Tinariwen, le songwriter prodige Michael Kiwanuka ainsi que les punchlines mythiques de House of Pain. Un sans faute !

La billetterie est d’ores et déjà ouverte et disponible juste ici. Pour rappel, les 3 jours du festival sont gratuits pour les – de 12 ans.

Et pour les plus impatients, sachez qu’une semaine avant le festival (les 28/29/30 juin) aura lieu une mini-édition très intimiste dans la Chapelle de la DRAC à Caen en compagnie de Fishbach, An Pierlé et Mathieu Boogaerts. Plus d’infos.

Les Inrocks - musique

Arrêtez de faire genre, le concert de Drake à Bercy était un immense malaise

Drake sur la scène de Bercy, mardi 14 février - - @ Azzedine Fall

Il est un peu plus de 23h ce mardi soir à Paris, lorsque le troisième doigt de Drake se lève fièrement dans le vertige lumineux de Bercy. Précédé d’une énième homélie sur l’importance de croire en ses rêves en dépit des critiques et des rageux, le geste a le mérite d’incarner le long malaise qui vient de s’écrire en sous-texte d’une performance impressionnante.

La foire du throne

Deux heures durant, et pour la troisième fois en trois jours, le rappeur canadien vient de remplir la plus grosse salle de Paris sur la simple force de son nom. Sous un déluge de ballons multicolores, Drizzy a aligné tous les tubes qui peuplent nos playlists depuis qu’il a transformé le personnage fragile de Degrassi en superstar globale du rap et de la pop. C’était d’ailleurs, en substance, le pitch de la série canadienne avant que sa carrière de rappeur n’explose.

De l’animation fascinante du light-show à l’évidence vocale d’un concert assumé en solo presque de bout en bout, tout s’est déroulé comme prévu. Popcaan a livré la première partie la plus gênante depuis les discours de Nadine Morano dans les meetings de Sarkozy, Nicki Minaj est montée sur scène pour recevoir son habituelle ovation de posts Instagram et Drake a accroché une ville de plus à sa tournée européenne des fêtes foraines.  L’attraction principale de la soirée a même joué les speakers de foire pour ambiancer tout le monde, en français, comme le montre cette vidéo réalisée sans trucages. C’était l’un des rares moments drôles de la soirée, juste après l’imitation de John Legend.

Les 10 meilleures secondes du concert de Drake à #Bercy #ouiouiouimercimerci pic.twitter.com/VFWzqtaEte

— Azzedine Fall (@AzzedineFall) March 14, 2017

Si Drake a un peu chanté, il a surtout énormément parlé… ne manquant pas de rappeler l’époque sordide où il était “obligé de jouer dans les restaurants de Toronto pour un cachet de 200 dollars partagé entre quatre personnes”. En dehors de ce genre de séquences émotion, les messages essentiels rabâchés en boucle dans le commentaire de la soirée peuvent se résumer en cinq motifs : “Cette fête est la vôtre”, “Vous êtes le meilleur public du monde!”, “C’est vraiment la meilleure ambiance des trois soirs”, “Il faut croire en ses rêves pour espérer les concrétiser”, “Toi avec le T-shirt Revenge, sur le côté droit, je te vois”.

Sans surprise, Drake a joué la carte de la proximité avec son public pour cette trilogie de concerts parisiens. Un effort automatisé à usages multiples si l’on considère la logique d’itinérance qui le verra chanter les louanges des publics allemands, anglais et écossais avec autant de vigueur d’ici à la fin du mois de mars.

Drake est une fiction

Alors que l’époque de la série Degrassi n’a jamais semblé aussi éloignée, Drake paraît irrémédiablement figé dans une existence fictive qui fait franchement flipper lorsque l’humain tente de se substituer à l’idole. On est à la saison 17, Jimmy Brooks a enfin pris la mesure de son talent et il est enfin devenu la star de la pop qu’il rêvait d’être.

Le comble du cynisme et de l’ironie arrive en fin de concert, au moment où Drake rappe en courant autour d’un astre rougeoyant planté au milieu de la “middle-section”. Il annonce que la prochaine chanson représente tout ce qu’il ne ressentira jamais à Paris. Et les premières notes de Fake Love résonnent devant une mer d’Iphones et d’Ipads tendus à bout de bras : “They look up to me / I got fake people showin’ fake love to me / Straight up to my face, straight up to my face”.

S’il s’agit d’une allégorie de l’amour factice, le mec restera comme un héros absolu capable d’embarquer 14 000 personnes dans sa démonstration par l’absurde, aussi grandiloquente soit-elle. S’il s’agit de l’acmé d’un concert performatif et maîtrisé, on regrettera simplement que certains génies s’évertuent encore à miser sur le business des hologrammes alors qu’il en existe déjà des dizaines dans l’entertainment américain. Drake est sans doute le plus passionnant d’entre eux, dans ses éblouissements comme dans ses travers.

Les Inrocks - musique

Le jackpot de l’afro-pop

Stars à l’aura planétaire : Wizkid, Davido ou Fally Ipupa. Scènes en ébullition de Lagos à Abidjan. Les labels et artistes occidentaux ont les yeux de Chimène pour l’Afrique subsaharienne. Et chacun y cherche sa part du graal musical.

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Harold López-Nussa, le petit dernier des grands pianistes cubains

Roberto Fonseca a un jeune frère : dans la lignée des pianistes de jazz qu'a produits l'île, Harold López-Nussa est un surdoué virtuose à la joie communicative.

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Salve Festa Dies, L'éclat de la musique sacrée en Pologne au temps de la dynastie Vasa

Excellente surprise que ce coffret édité avec soin, consacré aux joyaux méconnus du baroque polonais. On le doit aux Traversées baroques, jeune et énergique ensemble instrumental et vocal fondé en 2008 par Etienne Meyer (son directeur musical) et Judith Pacquier (sa directrice artistique, présente dans l'orchestre au cornet à bouquin), découvreurs voraces (et avisés) de musiques anciennes oubliées. L'ensemble est en résidence depuis 2013 à l'Opéra de Dijon, où il a donné, cet automne, l'Orfeo de Monteverdi. On trouve des traces du Vénitien dans cette anthologie, notamment dans le deuxième CD, à la fois recueilli et fastueux : la polyphonie vocale (en latin), particulièrement riche et bigarrée, y fut tissée, au XVIIe siècle, par Marcin Mielczewski.

L'Italie imprègne aussi la musique de Mikolaj Zielenski (plus ancrée dans le XVIe siècle), comme celle du très virtuose Kaspar Förster, né à Gdansk en 1616, passé par Rome, Venise, et la Dresde de Schütz. Le quatrième et dernier disque, seul inédit (les trois CD monographiques ont fait l'objet de sorties distinctes), fait feu de tout bois, avec son florilège de pièces aux auteurs aussi divers qu'inspirés. Elles sont ici proposées dans une interprétation techniquement impeccable, pleine de verve et d'éclat. — Sophie Bourdais

| Salve Festa Dies, L'éclat de la musique sacrée en Pologne au temps de la dynastie Vasa, 4 CD K617/Chemins du baroque 4F.

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Die Gesamteinspielung (Box 1)

Pour qui apprécie la musique du ­compositeur Heinrich Schütz (1585-1672), considéré comme le père de la musique allemande, ce coffret est un trésor. Hans-Christoph Rademann et son Dresdner Kammerchor (il l'a fondé en 1985) y rassemblent des enregistrements réalisés, entre 2006 et 2012, dans des églises à l'acoustique idéale pour cette musique essentiellement sacrée (seuls les Madrigaux italiens font exception). Ils inaugurent ainsi une ambitieuse et formidable intégrale Schütz, qu'ils comptent bien ­terminer cette année.

« Historiquement informée, interprétée pour aujourd'hui », telle doit être, pour Hans-Christoph Rademann et ses musiciens, cette musique européenne avant l'heure, où la polychoralité vénitienne s'accorde à merveille avec la tradition luthérienne. Heinrich Schütz passa quatre ans à Venise, de 1609 à 1613, et y retourna en 1628 pour rencontrer Claudio Monteverdi. Elève de Giovanni Gabrieli lors de son premier séjour, il revint vers sa terre natale avec des Madrigaux exubérants et chargés d'émotions, et s'employa par la suite à digérer, réinventer et fusionner ses différents héritages, aboutissant dès 1619 au chef-d'oeuvre que sont les vingt-six Psaumes de David.

Le Dresdner Kammerchor puise ses racines dans la ville même où Heinrich Schütz, maître de chapelle à Dresde dès 1617, construisit presque toute sa carrière. Est-ce cette communauté d'appartenance qui donne aux choristes et à leur chef tant d'autorité sur les Psaumes précités, ainsi que sur les Chants et concerts spirituels, les Musikalische Exequien et autres Cantiones sacrae ? Le chant prime sur l'instrumentation dans l'oeuvre de Schütz, et la netteté de la diction, la beauté de l'intonation, l'éloquence maîtrisée des voix solistes époustouflent, notamment dans les longs récitatifs de la Lukas-Passion, où chaque mot semble ciselé, éclairé, serti comme un bijou précieux. Le flux narratif en perd son austérité de façade…

Bien avant Johann Sebastian Bach, Heinrich Schütz recherchait déjà la communion du texte et de l'harmonie. Elle est ici plus qu'accomplie. En bonus DVD, un film de Jörg Kobel permet de comprendre comment et pourquoi cet Européen innovateur et curieux, cruellement éprouvé par la mort précoce de ses proches et les ravages de la guerre de Trente Ans, écrivit une musique capable d'accompagner, de soutenir et de consoler non seulement ses coreligionnaires, mais, par-delà les siècles, toute l'humanité. — Sophie Bourdais

| Coffret de 11 CD + 1 DVD Carus.

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Everyday seem like murder here

En août 1967, le musicologue Gayle Dean Wardlow arrive à Sumner, Mississippi. Lui-même originaire du Delta, il a pris l'habitude de rechercher partout où il va les vieux 78-tours de blues. Ce jour-là, il aborde un sexagénaire sortant de l'épicerie. Bingo : non seulement Hayes McMullan (1) connaît les disques de Charley Patton, saint patron du genre mort de ses excès, mais il a joué une ou deux fois avec lui. Vers 1930, à 28 ans, il a renoncé à devenir musicien pour se consacrer à l'Eglise. La vingtaine de titres que lui fait enregistrer Wardlow forme donc le seul legs musical de McMullan, disparu en 1986. Vertige, abolition du temps… ces blues rustiques, agrémentés de citations-clins d'oeil à Charley Patton et entrecoupés de souvenirs, bousculent l'ordinaire : chansons quasi centenaires, dont la pérennité n'a tenu qu'à un fil. Roll and tumble est le parfait échantillon, douceur et âpreté, de ce que savait faire ce petit maître ignoré.

Coïncidence heureuse, le prolifique Eric Bibb (2) signe avec Migration Blues son plus bel hommage au genre. Dans une veine épurée, sa voix sans aspérités trouve une résonance nouvelle. Ainsi les images bibliques invoquées dans Refugee Moan télescopent une cruelle actualité. Bibb file le thème de l'exode et enfonce le clou avec le Masters of war de Dylan, le This land is your land de Woody Guthrie. Il est accompagné de Michael Jerome Browne et Jean-Jacques Milteau, avec leurs « petits instruments qu'on peut trimballer partout » (banjo, harmonica). Une perle d'album. — François Gorin

(1) Hayes McMullan, Everyday seem like murder here, Light In The Attic/Pias, 3F.

(2) Eric Bibb, Migration Blues, 1 CD Dixiefrog, 3F.

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Semper Femina

Depuis ses débuts précoces, en 2006, à 16 ans, Laura Marling progresse, évolue constamment. Il y a deux ans, avec le plus électrique Short Movie, son cinquième album, la prodige folk parvenait à emporter la partie haut la main, contrebalançant sa nature intellectuelle et introspective par son sens musical instinctif. Moins immédiatement séduisant que son prédécesseur, Semper Femina se garde bien de réitérer une recette identique. Cette fois, l'Anglaise tente d'épouser par le son ses interrogations sur sa nature même de musicienne dans un univers essentiellement masculin. Empruntant son titre, Semper Femina, à Virgile (« La femme est chose variable et changeante »), citant Lou Andreas-Salomé, Rilke ou L'Origine du monde, de Courbet, Marling sonde l'essence de l'expression artistique au féminin, entre sensibilité spécifique et inter­action — opposition ou soumission — au masculin.

Qui inspire qui ? serait la question centrale tout au long de ses neuf chansons d'un folk riche et atmosphérique, explorant un territoire sonore situé à mi-chemin entre Nick Drake et Kate Bush (période The Sensual World). Tout se fait ici en douceur, ce qui ne signifie pas fadeur, mais exige l'attention complète de l'auditeur. Alors seulement, la magie de Soothing, le titre d'ouverture, se révèle dans toute sa splendeur, avec son groove et ses arrangements entre suspension et tension, suivant la mélodie dictée par les mots et les intonations de la chanteuse. Comme une relation humaine saine, la musique de Laura Marling est un échange, une rencontre entre artiste et auditeur. Et si tout ne possède pas l'intensité de Soothing, l'effort n'en est pas moins largement récompensé. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Kobalt/Pias.

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Spoonful

Pianiste, compositeur, chef d'orchestre, musicologue, professeur à la Sorbonne, Laurent Cugny voue à Gil Evans, l'arrangeur décisif (de Miles Davis notamment), une admiration inconditionnelle. En 1987, il le fit venir en France pour des enregistrements et une série de concerts avec le big band Lumière, qu'il dirigeait. De 1994 à 1997, il fut à la tête de l'Orchestre national de jazz. En 2014, il a créé le Gil Evans Paris Workshop, qui, comme son nom l'indique, est un atelier orchestral dont la vocation est de faire vivre la musique de Gil Evans et de créer des oeuvres qui perpétuent son esprit. Le double album Spoonful résulte de cette recherche amoureuse. L'un des disques reprend des arrangements de Gil Evans, en en changeant parfois l'instrumentation pour les faire apparaître sous des couleurs légèrement différentes. L'autre propose des compositions ou des arrangements de Laurent Cugny. Les deux sont intéressants à divers titres. Le CD Music of Gil Evans reprend des partitions célèbres de Gil Evans comme King Porter Stomp, de Jelly Roll Morton, ou Boogie Stop Shuffle, de Charles Mingus, ou Blues in orbit, de George Russell. Les solistes ne manquent pas de flamme, l'orchestre sonne bien, mais l'énergie rythmique des enregistrements originaux est moins présente. C'est en quelque sorte un Gil Evans francisé qui est ici mis en valeur. Le CD Music of Laurent Cugny révèle l'inspiration d'un disciple plein de révérence et aussi de savoir-faire. Tout cela participe d'une entreprise valeureuse. — Michel Contat

| 2 CD Jazz & People.

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Dread Times

L'album s'ouvre avec des percussions nyabinghi et quelques notes de melodica sur le bien nommé Rootsman. Des signes qui ne trompent pas. Dreadzone se retourne vers ses racines jamaïcaines et, par la même occasion, renoue avec l'inspiration qui lui avait manqué sur Escapades, son précédent album. La formule magi­que de la formation emmenée par les ex-Big Audio Dynamite, Greg Roberts et Leo Williams, consistant à mixer, dans un halo d'écho, reggae et dance music héritée de la culture rave, opère à nouveau. D'une voix qui ondule avec toujours autant de souplesse, Earl 16 guide la troupe, les beats aériens de Roberts et les boucles électro-house de claviers en soutien. Et quand le duo féminin ragga-soul Louchie Lou & Michie One vient mettre son grain de folie sur un très sautillant Area Code, difficile de rester immobile. Dreadzone a beau aborder dans ses chansons des thèmes sérieux (racisme, injustice, perte d'un être cher…), le groupe aime plus que tout danser et faire danser. De façon débridée, ou tout en sensualité lorsque Earl 16 se transforme en Marvin Gaye rasta sur un Where is my friend, titre soul-dub débordant d'émotion. — Frédéric Péguillan

| 1 CD Dubwiser/Modulor.

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Ouh là là

Après l'insistant renouveau du « son 80 », il semble qu'une vague sixties soit en train d'éclabousser la pop française. Dans le sillon de La Femme, voici Juniore, trio de filles dont le premier album s'inscrit de plain-pied dans cette tendance néo-yéyé/surf music. Ritournelles dansantes ou mélancoliques et voix monocorde, rappelant vaguement (et en moins juste) celle de Françoise Hardy. Mais contrairement aux inventifs énergumènes de La Femme, qui savent habilement varier les influences, ce groupe-là affiche pour l'heure un champ musical restreint : c'est bien à une immersion presque totale dans l'esthétique des années 1960 qu'il nous invite… au point qu'on frôle l'indigestion à l'issue de l'écoute. Reste pourtant à son disque une vertu inattendue : des textes qui, contrairement aux apparences musicales, ne sont pas si légers. Plusieurs fois — si tant est qu'on parvienne à les saisir au milieu des réverb —, ils disent même l'angoisse (Panique, En retard) ou se teintent d'autodérision dans Tout (sinon rien). Parés d'une production soignée, ils dégagent du coup un certain pouvoir de séduction. Pour peu qu'on les consomme avec modération. — Valérie Lehoux

| 1 CD A+lso/Sony Music

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République Amazone

D'emblée, il faut préciser à ceux qui ont déjà vu Les Amazones d'Afrique sur scène que le disque n'a quasiment rien à voir avec le live. Quasiment, car il s'agit bien du même collectif de divas ouest-africaines, « all stars » féminin et féministe dont le casting évolue au gré des disponibilités de chacune : Oumou Sangaré s'est ainsi retirée pour se consacrer au lancement de son nouvel album et Mariam Doumbia (la moitié d'Amadou) n'intervient ici que sur un titre, mais on retrouve l'énergique Mamani Keita et la jeune Rokia Koné, omniprésentes, ainsi que la grande Kandia Kouyaté. En studio, et c'est là toute la différence, ces voix magnifiques ont été confiées aux bons soins de Docteur L. (Liam Farrell), qui en fait la matière brute de mixtures plus urbaines.

Ouvrant cette fière République Amazone avec Angélique Kidjo (Dombolo), le producteur démarre très fort, dans une transe électrifiée puissante, similaire à ce qu'il a fait avec les Congolais du Mbongwana Star. Le titre suivant (Mansa Soyari, avec Rokia Koné) est lui aussi boosté par les stridences sales et saturées du likembé (piano à pouces). Puis la fièvre retombe : entre les effets de réverbération, les boucles trip-hop un peu convenues et les échos soul ou dub aux frontières de la lounge, ce retraitement synthétique finit par uniformiser ces voix de caractère. Il manque la puissance roots et sauvage du début. Dommage. — Anne Berthod

| 1 CD Realworld/Pias.

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