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3 mars 2017

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Dans les archives de Lou Reed

La New York Public Library a fait l'acquisition des archives de Lou Reed auprès de sa veuve Laurie Anderson. On y trouve de nombreux documents écrits, audio, photo… dont quelques surprises.

Télérama.fr - Musiques

Après le cultissime “Où est Charlie?”, c’est au tour de Beyoncé d’avoir son livre illustré

source : sugoibooks.bigcartel.com

Qui n’a pas déjà cherché à retrouver l’emblématique personnage à bonnet rayé et aux lunettes rondes dans un album d’Où est Charlie ? (Where’s Wally? en anglais) Crée par le britannique Martin Handford, cette série de livres-jeux a en effet connu un succès fou depuis sa création en 1987.

La plantureuse Queen B pique la vedette au binoclard Charlie

Et c’est désormais au tour de Beyoncé d’avoir son propre album : Finding Beyoncé. Réalisée par la maison d’édition anglaise Sugoi Books, la bande dessinée reprend exactement le même principe, sauf qu’il vous faudra retrouver les courbes de Queen B à la place du binoclard !

Finding Beyoncé: a new 40-page illustrated book that gives readers the opportunity to find out where’s she’s hidden. https://t.co/t5UeHHR1t5 pic.twitter.com/A2R2y6zFBw

— BEYONCÉ LEGION (@Bey_Legion) 1 mars 2017

Entre un musée fantasmé de Beyoncé, une répétition de fanfare ou des planches un peu plus abstraites, l’ouvrage dévoile 40 pages de jeux, réalisées par des artistes aux styles variés. Et on vous met au défi de retrouver Beyoncé dans les extraits ci-dessous :

Sugai Books : la maison d’édition trop cool

Et ce n’est pas la première fois que la maison d’édition Sugoi Books se lance ce genre de défi pop. Après avoir dévoilé un livre jeux “relier point à point” dédié à Bill Murray, elle publiait en janvier dernier un album de coloriage de 32 pages rendant hommage à Drake… retraçant sa carrière de sa période Degrassi (une série canadienne dans laquelle Aubrey à joué) jusqu’à Hotline Bling.

L’album Finding Beyonce est disponible au prix de 10£ juste ici.

Les Inrocks - Musique

Psych Fest : trois groupes de rock (trop méconnus) à voir, ce week-end à Paris

Le festival consacré au rock psychédélique débute ce vendredi 3 mars dans la capitale. Avec en tête de gondole, Gong ou les Dandy Warhols. Mais aussi beaucoup de groupes méconnus. Nous en avons sélectionné trois, qui méritent l'attention.

Télérama.fr - Musiques

Alexia Gredy : “J'ai fait ces chansons parce que je les aime. Si d'autres les aiment, tant mieux”

Avec “L'Habitude”, la jeune artiste propose cinq ritournelles pop entêtantes et racées, produites par Aline et Baxter Dury. Une première mise à nu en attendant l'arrivée d'un album qu'elle prend le temps d'élaborer patiemment.

Télérama.fr - Musiques

Interview-fleuve avec Boys Noize : “il faut être soi-même excité pour exciter les autres”

Boys Noize avec Skrillex au festival de Coachella en 2013 (MARK DAVIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

C’était il y a dix ans. Une époque où Myspace était le lieu cool pour draguer, où le violet avait envahi les rayons H&M, où l’on se tatouait YOLO sur le poignet et où Skins parlait de cul entre jeunes défoncés. En septembre 2007, un remix de My Moon, My Man de Feist retentissait dans toutes les soirées. La ritournelle pop originale se retrouvait violentée par une voix robotique scandant, pleine d’agressivité, “my moon, my man“.

Ce coup de génie nous venait tout droit de Berlin, d’un certain Boys Noize auteur d’un premier album dévastateur, le bien nommé Oi Oi Oi. Le producteur y invitait le punk dans l’électro, le rock dans les clubs, les beats dans les basses, notre cœur dans nos jambes. Claque géante qui nous mis KO et devint la BO électro de cette année 2007 où l’on croyait encore au génie d’internet. Normal, le truc s’ouvrait sur un “hello” aguicheur suivi d’un “dance dance dance” scandé comme un mantra hypnotique sur un beat quasi-putassier. Boys Noize ne faisait pas dans la dentelle, et c’était tant mieux.

Dix ans, quelques albums, collab’, remix plus tard, qu’est devenu Boys Noize ? Son dernier né, Mayday, est sorti l’année dernière sans faire beaucoup de vagues. Dommage, il est vraiment bien. De passage à Berlin, on en a profité pour rencontrer celui qui fut le héros d’une génération, autour d’un thé 100% détox dans le quartier de Reinickendorf, au nord de la capitale allemande, où Alexander Ridha – de son vrai nom – promène son chien lorsqu’il n’est pas en tournée. Spoiler : il a remisé son éternelle casquette, mais pas sa motivation.

En 2007 tu sortais le morceau Don’t Believe The Hype. Ce message est-il toujours pertinent ?

Boys Noize – La hype est cool et nécessaire pour un artiste. À la fois, à peine arrivée et déjà repartie. Je pense qu’il faut juste faire ce que tu souhaites faire, quelque chose qui te ressemble, ce que tu ressens, et pas suivre la mode. Si tu suis la tendance, tu es déjà en retard. C’est à toi de faire la tendance. Surtout si tu te prétends artiste ! Tu ne crées rien si tu suis la mode.

C’était une référence au Don’t Believe the Hype de Public Enemy ?

Combien de chansons s’appellent I Love You ? Non j’ai choisi ce titre comme ça, au hasard. Je sentais à cette époque qu’il y avait une hype autour de moi. C’est pourquoi j’ai voulu dire aux gens “ne suivez pas la hype car dès que vous la suivez, elle part. Or je ne veux pas partir, je suis intemporel !”

Tu es originaire de Hambourg. Comment as-tu atterri à Berlin ?

J’ai déménagé à Berlin à l’âge de 20 ans parce que je suis tombé amoureux ! A cette époque, Berlin était encore assez brut. Hambourg a de toute façon toujours été une ville plus riche.

Est-ce que Hambourg avait déjà une grosse scène électro quand tu étais ado ?

Surtout house et deep house. Il y avait une cool scène punk aussi autour du club de foot, le Sankt Pauli. C’est mon cœur ça. Le président du club m’a d’ailleurs appelé pour me rencontrer. Il voudrait qu’on collabore. Je suis un grand fan de ce club depuis des années. Quand j’avais 14-15 ans, je me rasais la tête et j’allais au stade. J’allais aussi à Berlin pour la Love Parade. J’étais un raver qui dansait derrière les chars.

Comment es-tu venu à la house ?

J’ai un grand frère qui a dix ans de plus que moi et qui écoutait de la house, des trucs du label Trax, DJ Pierre [pionnier de l’acid house, ndlr.]… Quand j’ai eu 16 ans, j’ai commencé à m’acheter mes propres vinyles. Je cumulais deux petits boulots pour pouvoir les payer. Je suis devenu accro.

Comment as-tu commencé à faire toi-même de la musique électro ?

Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant  “ok je vais être DJ“. C’est un processus. Au départ je jouais de la batterie dans un groupe, et un peu de piano. J’ai toujours adoré la musique. J’avais 16 ans quand j’ai fait mon premier set dans un club. J’étais le plus jeune DJ en Allemagne ! Je bossais chez un disquaire spécialisé dans la house et la techno. Il m’a proposé un warm up dans un club de Hambourg. Je l’ai fait et tout le monde est devenu dingue. J’étais le kid maigrichon qui retournait un club. Des gens m’ont programmé. Un jour un mec est entré dans la boutique et m’a proposé de faire un album. J’ai directement accepté, et je me suis retrouvé dans un studio professionnel. Ensuite, en arrivant à Berlin, j’ai continué à faire mes propres tracks à l’aide de mon ordi et d’une machine. Je suis totalement autodidacte. Je continue toujours d’apprendre d’ailleurs ! Je me fie à mon oreille. C’est elle qui me dit comment je dois sonner. Quand je regarde mon premier album, ça me parait fou. C’est vraiment chiant ! Voire ridicule ! (Il rit) Mais ça a marché à cette époque. C’est comme les punks qui ne savaient pas jouer, ou qui faisaient exprès de jouer comme de la merde.

Tu m’es toujours apparu comme le mec punk de l’électro, tu es d’accord ?

Je n’écoute plus trop de punk aujourd’hui. C’est une musique pour la jeunesse. Mais oui je porterai toujours l’esprit DIY du punk, le fait d’être contre le système, contre la norme. C’est pour ça que j’ai créé mon label, Boys Noize Records, pour sortir tout ce que je voulais sortir.

Ta musique parle de rébellion ?

Je pense que c’est un bon message. Surtout aujourd’hui où tout est conforme, où tout se ressemble aux quatre coins du monde. Internet a créé un monde unique. Or, tu ne peux pas sentir la culture derrière ton écran. Je crois que c’est important de rappeler aux gens comment sentir la musique, de leur transmettre un message, de leur dire qu’ils peuvent être fous s’ils le souhaitent, que nous sommes tous des individus et que nous pouvons être aussi différents que nous le souhaitons. J’ai toujours été l’outsider. Même à l’école, où il y avait le gang des gothiques, celui des punk, celui des rappeurs. J’étais au milieu. J’étais le seul à faire DJ. Mes amis pensaient que la house était de la musique gay, ce qui était une insulte pour eux…. Moi j’adorais avoir ce truc qui n’était qu’à moi. C’est quelque chose qui manque aujourd’hui et je trouve ça bien de le dire. Mon dernier album parle de ça. C’est un appel à l’individualité !

Pourquoi la house te plaisait ?

Quand j’étais très jeune, j’adorais danser. Je cherchais toujours à me différencier. J’allais vers ce qui intéressait peu de gens. Mais je ne sais pas vraiment pourquoi la house m’a attiré. J’écoutais aussi du punk et du rap. J’adorais traîner chez le disquaire. Je sentais que je faisais partie d’une communauté. C’est un truc que recherchent les jeunes : faire partie de quelque chose. Comme tout se ressemble, appartenir à un clan est un bon moyen de s’exprimer.

Tu faisais la fête à 17 ans ?

J’étais résident dans un club gay tous les dimanche soirs à Hambourg, La Cage aux Folles, où il y avait effectivement des cages. Je jouais de 2h à 6h ou de 1h30 à 5h, puis je rentrais me coucher et le matin je traçais à l’école.

Tes parents étaient d’accord ?

Ils me laissaient faire ce que je voulais. Mon grand frère a ouvert les portes pour moi ! Avec lui, ils avaient été très stricts. Moi j’étais libre. Mon père voulait que je fasse ce que je voulais, que je devienne qui je voulais, pour être heureux. Heureusement, je suis resté sain et sauf ! Mais parce que j’étais très jeune, la presse locale s’est immédiatement intéressée à moi. Mes profs ont donc su que je faisais DJ la nuit, et n’ont pas apprécié. J’ai dû changer d’école. Et j’ai fini par quitter le lycée un an avant la fin officielle. Je n’avais pas envie d’étudier. Je voulais être musicien et producteur.

Tu appartenais à une scène spécifique à Berlin ?

Pas vraiment. Plus à Hambourg. J’ai toujours été un peu à part. Mais j’ai de super amis dans la musique électronique berlinoise, comme Modeselektor.

Comment vois-tu la scène électronique actuelle ?

Rien n’a vraiment changé depuis Homework de Daft Punk pour être honnête ! Bien sûr, certaines choses ont changé ici et là en raison des avancées technologiques. Mais tout n’est qu’un grand cycle. L’électro des nineties revient en force actuellement. Les jeunes générations sortent des choses nouvelles, avec de nouvelles inspirations bien entendu, mais il n’y a pas vraiment de révolution. Je n’ai pas l’air enjoué quand je dis ça, alors qu’en vérité j’écoute des nouveautés tous les jours ! La musique industrielle et la new wave reviennent à fond aussi. Je crois que c’est une réaction à la dance commerciale. Les gens font tout le contraire. Ils essayent de retrouver un son authentique, voire un son un peu merdique comme dans le punk.

Tu écoutes quoi actuellement ?

J’écoute majoritairement des vieux trucs. Des trucs récents aussi bien entendu, notamment parce que j’ai un label ! Mais j’ai commencé à ne plus me rappeler le nom des nouveaux artistes que j’écoute. En tant que DJ j’ai toujours voulu impressionner mes pairs en ramenant des nouveaux trucs qu’ils ne connaissent pas.

Pourquoi avoir créé ton label ?

J’avais entendu plein de mauvaises histoires sur des groupes qui avaient eu le malheur de signer chez des majors. Ma musique est faite pour le club. Elle n’a pas besoin de promotion ou de marketing. Mon premier album est sorti chez Gigolo Records, mon deuxième chez Data Punk. A cette époque, je faisais tellement de musique, et ça prenait tellement de temps pour sortir les tracks, que je me suis dit qu’il valait mieux que je m’en charge, que ça irait plus vite. J’avais tort ! Ça n’allait pas du tout plus vite. Mais au moins je pressais mes vinyles. J’adore le fait que dans la techno on ne montre pas trop le visage de l’artiste. Tu n’as pas à te mettre en avant pour promouvoir ta musique. Quand mon premier album est sorti je cherchais à me cacher. Mais Youtube est arrivé et les gens ont commencé à me filmer en concert… J’ai donc abandonné !

Tu as déjà pensé au masque ?

Je crois qu’après Daft Punk c’est impossible. Dès que je vois un artiste avec un masque ou un casque je me dis “mec, c’est pas bon du tout là“.

Daft Punk ont été importants pour toi ?

Énormes ! Je crois que le premier album d’électro que j’ai acheté c’était Homework. Je devais avoir 14 ou 15 ans quand il est sorti. Je l’ai trouvé étrange mais j’aimais bien certaines tracks. Ce qui me fascinait c’était la production. Leur façon de produire leurs albums m’a vraiment formé. Ça dépasse la musique. C’était dingue le jour où je les ai rencontrés.

Quel était le contexte ?

Je les ai rencontrés plusieurs fois. Mon souvenir préféré c’est quand Thomas [Bangalter] m’a invité dans son studio à Paris pour me complimenter. Ils étaient en train de bosser sur leur dernier album, ou ils l’avaient fini je ne sais plus. Et il m’a dit qu’il avait écouté l’album que j’avais sorti avec Chilly Gonzales, Ivory Tower, chaque jour en se rendant au studio. Énorme compliment.

Comment s’est fait la collaboration avec Gonzales ?

Nous avons fait deux albums ensemble. Pour le premier, Ivory Tower qui était son album, il avait toutes les idées de base et m’envoyait ses mélodies au piano. Moi je me chargeais de créer de la musique autour. Pour le second album, on a construit les morceaux ensemble, en partant de zéro. Comme le procédé était différent, nous avons décidé de nous renommer Octave Minds. Nous nous sommes rencontrés via Feist. Il avait écrit My Moon, My Man, que j’avais remixé. Il avait adoré et m’avait demandé de remixer un de ses morceaux. J’aime travailler avec des gens qui ont un parcours différent, des méthodes de travail différentes. Ça te permet d’évoluer, ce qui est toujours excitant. Le premier artiste avec lequel j’ai collaboré était Erol Alkan et il m’a ouvert l’esprit. Avant lui, j’étais beaucoup plus fermé. Je collabore avec des gens que j’admire. Je suis un grand fan de Gonzales et Mr Oizo. De Poliça aussi, qui chante sur mon dernier album, Mayday.

Et elle, comment l’as-tu rencontrée ?

Elle est de Minneapolis, d’où est aussi originaire tout le crew Bon Iver, qui est fan de ma musique depuis des années. Justin Vernon a produit les premières chansons de Poliça. Il m’avait fait écouter une démo il y a quelques années et j’avais trouvé ça incroyable. J’ai donc demandé à la rencontrer. Je l’ai vu dans un studio à L.A. C’était une sorte de rencontre à l’aveugle. J’ai créé des beats pendant qu’elle écrivait. Starchild est né en 30 minutes. Après ça, nous sommes restés amis. Nous échangeons beaucoup.

Comment as-tu bossé sur Mayday ?

Ça m’a pris quelques années car des trucs dingues me sont arrivés. J’ai donc fait une petite pause dans ma carrière. Même si je continuais à collecter des idées. Ensuite, il m’a suffi de les regrouper sur un album.

Tu crées tous les sons sur tes albums ?

Oui, tout. Je ne sample jamais. Quoique, j’ai piqué deux voix sur des morceaux de Spank Rock que j’avais produits. Notamment le “one am, two am” que l’on entend sur Midnight. Il y a aussi Remy Banks qui fait les voix sur Euphoria.

Tu as beaucoup tourné avec cet album ?

J’ai fait une tournée de dingue l’année dernière, et là je reprends juste. J’ai pris une pause car je suis désormais papa d’une petite fille.

Tu n’es jamais lassé par la musique ?

J’essaie toujours de découvrir des nouveautés, de surprendre le public et les autres DJ. Donc tant que je ne me répète pas, je ne suis pas fatigué. Il faut être soi-même excité pour exciter les autres.

Quelle est ta principale motivation ?

Il y a tellement de musique que je veux sortir que je n’aurai jamais assez d’une vie. Je n’aurais jamais assez de temps pour tout faire ! Chaque semaine je vois un nouvel instrument que je veux acheter. J’ai plein de projets, plein de pseudos différents. C’est la musique ma motivation !

Ta femme est dans la musique électro aussi ?

Non pas du tout. Enfin, elle a joué du piano durant la moitié de sa vie. Mais si tu lui enlèves les partitions, elle ne peut pas jouer. Moi c’est l’inverse, si je vois les notes, je ne sais plus rien. Si tu les enlèves, là je me sens à l’aise et je crée.

Y a-t-il un artiste avec lequel tu aimerais collaborer ?

Je ne pense à personne en particulier. J’aurais adoré faire de la musique avec Prince ! Mais je me laisse porter. Ce qui arrive arrive. Si j’ai l’opportunité de faire un truc avec quelqu’un de cool alors je le ferai. Parfois tu rencontres un musicien qui s’avère être un vrai connard ! La dimension humaine est importante pour moi. Si tu payes 100 000 dollars pour avoir Future sur ta track, tu perds toute l’excitation du truc. Même si j’adorerais faire un beat pour Future !

En 2011, tu as sorti une nouvelle version du Avalanche de Léonard Cohen avec Erol Alkan et Jarvis Cocker, pourquoi ?

On avait ce morceau avec Erol Alkan, Avalanche. Il avait demandé à Jarvis de chanter dessus. C’est Jarvis qui a décidé de reprendre les paroles du Avalanche de Cohen. Surement en raison du titre qui était le même. Une pure coïncidence. C’était son idée. Jarvis est génial.

Tu aimes Léonard Cohen ?

J’y suis venu sur le tard. Ce n’est pas une musique que t’écoutes à 14 ans ! Je l’ai découvert à l’âge adulte et j’ai beaucoup aimé. Mais c’est plus de la poésie selon moi.

Et au rayon des artistes disparus, quelle place occupe Bowie dans ta vie ?

Une énorme place ! Je crois que la plupart des disques que je possède sont des disques de Bowie, à égalité avec Prince. Pareil sur mon iPod. J’adore sa période berlinoise bien entendu, grâce à la production de Brian Eno. Tu savais qu’il habitait avec Iggy ? On m’avait raconté qu’Iggy ne pouvait pas payer le loyer et avait donc filé China Girl gratuitement à Bowie, qui l’hébergeait à l’époque. Je n’ai jamais su si c’était vrai. Ils habitaient Kreuzberg, comme la plupart des artistes. C’était dans Berlin-Ouest mais assez proche de Berlin-Est. A cette époque, Berlin était une zone démilitarisée. Normalement, à l’âge de 20 ans, vous deviez faire votre service militaire. Mais pas si vous habitiez Berlin-Ouest ! Donc les artistes s’y installaient pour fuir l’armée. Kraftwerk a été très important pour moi aussi. Comme Liaisons Dangereuses ou D.A.F, qui viennent d’ailleurs de me demander un remix. J’ai samplé Can aussi pour Energy de Spank Rock. Enfin, j’ai tout rejoué à l’identique histoire d’éviter tou les trucs administratifs. Si tu samples un morceau tu dois t’adresser au label, payer, signer plein de papiers. Je préfère tout rejouer même si obtenir le même son que Can était très compliqué. Leur batteur était bien meilleur que le nôtre !

“Be My Wife” 1977 from David Bowie on Vimeo.

Pourquoi aimes-tu autant les remix ? C’est une façon de donner une autre vie à un morceau ?

Je suppose. Dès le départ, j’aimais passer d’autres styles de musiques dans les clubs house et techno que je fréquentais. C’était quelque chose de nouveau en 2006-2007. Il y avait peu de remixes de groupes faits pour les clubs. J’ai donc remixé Kaiser Chief, Block Party, Feist… Passer Feist en club était super excitant à l’époque ! Aujourd’hui c’est un truc banal. C’est super facile de remixer un morceau sur ton ordinateur. Tu as ton mp3, tu le passes dans un des super logiciels qui te permettent de tout faire et voilà. Je n’en fais plus trop, sauf pour D.A.F, parce que je suis un grand fan.

Qui te demande les remix ?

C’est 50% le label, 50% l’artiste je dirais. Justice sont des amis donc ils m’ont demandé de remixer Randy directement. Je viens de le finir. En général, c’est un échange : je te fais un remix et tu m’en fais un. C’est comme ça que ça s’est passé avec Chemical Brothers. Ils m’ont contacté, je leur ai dit ok mais vous m’en faites un aussi !

J’ai l’impression qu’on assiste vraiment à un revival du hip-hop, tu en penses quoi ?

Je crois qu’il y a aussi un retour de la new wave et de la musique industrielle. Mais oui le rap est énorme. Ça s’explique en partie par le développement de logiciels facilitant la production. Les clubs ont désormais de meilleurs systèmes de son mieux adaptés à ce type de musique aussi. Ce qui fait que produire des trucs devient très facile.

Comment gardes-tu la santé après tant d’années dans les clubs ?

Là je suis malade donc bon… Autrement j’essaie de me presser des oranges le matin ! (il se marre). Je ne prends pas de drogues mais je bois un peu ici et là. J’ai beaucoup d’amis qui sont devenus fucked up après des années à boire et à prendre de la drogue. Ça m’a donné envie de conserver un équilibre. Mais quand je fais un live, je ne suis jamais clean. Je ne peux pas trouver de connexion avec le public si je bois de l’eau !

Berlin a-t-elle une influence importante sur toi ?

Totalement. Son côté brut. Sa musique aussi. Il y a plein de labels et de soirées qui m’ont influencé. Berlin s’en fout de ce qui se passe à l’extérieur, même si elle est devenue une métropole ces dernières années. Toutes mes premières productions étaient vraiment influencées par le punk et ce côté revêche.

Tu penses à quoi en produisant tes morceaux ?

Je ne pense pas du tout ! Je joue et un son m’amène vers un autre son. Je ne pense pas à ce que ça devrait être. Souvent, quand j’ai une idée, elle disparaît le temps d’arriver au studio. Je crée dans l’instant sans projet en tête, sans idée préconçue.

La musique est-elle politique selon toi ?

Pour moi, la musique doit surtout créer une émotion simple et forte : la joie, la tristesse, la danse… Un message limpide. John Lennon et Public Enemy ont fait de supers chansons politiques. Le punk était politique avec son idéologie anti-système. Mais s’il s’agit d’écrire des chansons politiques, ce n’est pas fun à mes yeux. Je fais de la musique principalement instrumentale. Ce qui m’intéresse c’est la culture, l’esprit, la vibe que crée la musique. La mienne a toujours été un peu punk dans l’esprit, donc un peu politique. Il s’agit d’être contre la masse. Aujourd’hui, vu la merde dans laquelle on est, je crois que de plus en plus de musique contestataire va sortir. Les gens vont réagir. On est dans un monde de fou qui appelle à la rébellion.

Qu’est-ce qui te parait fou ?

Les élections en France ? Aux Etats-Unis ? Internet ? Nous sommes tous déconnectés et en même temps trop connectés. Je ne suis pas contre la communication mais Facebook est à chier avec son algorithme qui ne te montre que ce que tu aimes déjà. C’est le truc le plus fou qu’on puisse imaginer. Tu ne sors jamais de ton monde, de ta façon de penser.

Un club préféré actuellement à Berlin ?

Le Sissyphos, qui a une grande partie en extérieur. C’est un endroit un peu hippie mais cool quand même.

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