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26 février 2017

En écoute : Michelle Blades brise la glace avec son essai nocturne “Premature Love Songs”

Descendant d’une famille de musiciens panaméens du côté de son père et du Mexique du côté maternel, Michelle Blades émigre en Floride à l’âge de 7 ans, fuyant le régime de Manuel Noriega. Tenue un peu à distance des studios de son père (qui n’est autre que le producteur émérite Ruben Blades), elle quitte Miami à sa majorité pour s’évader dans les déserts de l’Arizona et vivre pleinement de sa musique.

Il y a quelques années, la songwriteuse débarque à Paris et se fait rapidement fait adouber par le label Midnight Special Records (Laure Briard, Cléa Vincent) et aussi plus récemment par Fishbach (avec qui elle joue en tournée). Sans oublier qu’elle s’est également distinguée comme lauréate inRocKs lab en 2016. Punk rageur, folk champêtre, rock jouissif ou pop synthétique, cette âme nomade en a vu de toutes les couleurs et semble aujourd’hui s’être entichée de l’étiquette indie, sous laquelle elle peut étinceler, expérimenter mais aussi y distiller ses origines latines.

En pleine préparation de son nouvel album (prévu pour 2017), Michelle a quand même trouvé le temps d’enregistrer l’EP Premature Love Songs. Un “petit format” qui gagnerait presque la terminologie d’album (13 pistes), mis en boîte cet hiver dans un temps record (seulement 3 jours).

Et si Premature Love Song est un essai nocturne, comme son précédent EP Polylust, la comparaison s’arrête ici. Adieu la sensualité et la crise de la vingtaine, ici la Panaméenne déchiffre la douceur de la solitude et aborde (enfin) le chapitre de son coeur. Pour la première fois, elle accepte de chanter des chansons d’amour, un sujet qu’elle évitait jusque-là “parce que tout le monde écrit sur l’amour et que je cherchais toujours à détourner et me réinventer dans l’écriture. Et finalement, pourquoi bloquer un sujet simplement parce que c’est déjà fait ? S’il y a de la sincérité, ça suffit. “

Ecoutez l’ep Premature Love Songs via le player ci-dessous :

Avec cette sublime ritournelle introductive “(I like to be alone) Most of the time”, on rentre immédiatement dans le vif du sujet : la solitude et l’amour non réciproque. Michelle vous invite à partager un clair de lune depuis sa fenêtre de Montreuil – au bord de laquelle a été composée la majeure partie du disque. Préparez-vous à passer une nuit blanche, enivrante, folle, passionnée, mais aussi parfois un peu cruelle.

Pour nous confier ses sentiments, Michelle change radicalement de style. Elle qui nous a habitué à des arrangements très fleuris, elle choisit ici d’épurer l’orchestration au maximum. Des chansons extrêmement courtes. Un habillage sonore très simple. Cet ouvrage colle décidément à sa saison hivernale, en s’inspirant notamment d’une artiste allemande des années 70 : Sibylle Baier comme nous confie Michelle “Sibylle Baier a enregistré un album seule en guitare voix. Sa simplicité et sa poésie m’ont bouleversée.” A mieux l’écouter, on peut aussi y croiser aussi un hologramme d’Angel Olsen notamment sur deux titres (Let’s Make a Deal et Montreuil City Windowsill) ou au moins des influences communes : Roy Orbison et Elvis.

Du fait de la sobriété des arrangements, sa voix et son message sont mis en premier plan. Pourtant, Michelle reste assez prude vocalement et utilise toutes sortes d’effets pour dissimuler son organe, comme pour “In the dirty water there is me” où son timbre est doublé “parce que je voulais transmettre l’idée que le personnage est troublé, divisé en deux.”  Ou sur l’intermède 8AM, où les prises voix sont superposées pour former finalement une “chorale de Michelle”. Ou encore via des reverbs sur Most of the time :

“Je voulais rappeler les reverbs de Jefferson Airplane, avec cet effet d’oracle, de prophétique sur la voix”.

Mais quand il s’agit de chanter dans sa langue maternelle, Michelle ne met aucun filtre sur sa voix. En s’inspirant des huapangos mexicains, “ses chansons où la voix monte très très haut” elle ose affronter des notes aiguës. C’était déjà le cas sur sa reprise mexicaine El Pastor (dévoilé il y a quelques mois sur la sessiondu Bateau Rouge) et c’est tout aussi évident sur Premature Love Songs avec sa reprise du chanteur argentin Facundo Cabral : No Soy De Aqui Ni Soy De Alla” (je ne suis ni d’ici ni d’ailleurs). Un artiste influent pour Michelle :

C’est un de mes héros ! J’ai émigré deux fois dans ma vie. Je suis partie de chez moi [Panama] et j’ai dû m’adapter, apprendre l’anglais, cacher mon accent, assimiler. Puis une deuxième fois en France. En accumulant tant d’endroits, de “chez moi”, des langues, des gestes étrangers, des cultures, ça fait très bizarre de rentrer au pays et se rendre compte que tu ne viens pas d’ici, ni de là-bas. C’est quoi mon identité au juste ? C’est une solitude infranchissable. Cabral le dit dans ma langue maternelle avec tellement de poésie, je ne pouvais pas m’empêcher de le reprendre.

De son écriture poétique ressortent des sujets récurrents, notamment l’eau faisant référence à cet océan qui la sépare de ses origines, de sa famille (“I see you between the sea, and you, and the city” sur 8AM) :

“J’aime bien réduire la taille de la mer à celle d’un fleuve, lac, avec la même tragédie de distance. Je joue de la basse pour Fishbach en ce moment et elle aussi parle beaucoup de l’eau, de la mer, (sur Y crois-tu).”

Côté orchestration, Michelle s’est ici bien assagie (fréquent guitare-voix, rares synthés et cordes) mais reste une fidèle adepte au DIY. Elle mélange des textures enregistrées dans le studio de Midnight à Paris avec d’autres capturées lors de ses tournées (comme sur L’Etoilette où elle a mis sur écoute une tuyauterie de salle de bain bien étrange) ou lors de voyages. “Perhaps my perspective is unclean” est ainsi enregistrée sur son téléphone portable lors de vacances au Mexique :

C’était un voyage intense, je regardais les canyons et montagnes, immortelles et je me sentais toute petite. C’est un peu une rêverie, une question. J’étais montée sur le toit pour regarder les étoiles et pour me consoler et finalement je me suis mise à rire car j’ai réalisé que les étoiles au-dessus de ma tête, celles-la même qui me consolaient, étaient probablement mortes, et que ma consolation était donc une illusion.

En suivant les pensées de cette jeune femme qui ne trouve pas le sommeil et qui ressasse un amour obsessionnel, l’EP suit la ligne du temps et nous plonge peu à peu dans une transe sombre et infinie, “où tout bascule” avec l’intermède de 30 secondes à cordes 3AM et se termine sur 8AM. On traverse cette nuit blanche, cette nuit d’ivresse et de fatigue aux côtés de Michelle. On suit avec elle cette épreuve, ses exaspérations (“Fuck Everything” en inauguration de Hot Soup) où “la raison devient la folie, l’amour devient l’obsession ou désespoir. Le cerveau veut dormir mais l’esprit veut rêver debout.”

De cette nuit, naissent pourtant quelques rêves (ou hallucinations d’insomniaque ?). On frôle ainsi la science fiction sur l’intermède L‘Etoilette, où l’on entend résonner une onde venant d’ailleurs.

“Toute les nuits depuis que j’habite Montreuil, je regarde la série originale Star Trek ou Cosmos avec mon colocataire. Ça me nourrit, j’adore la science-fiction.”

La nuit s’achève sur 8AM. Un réveil pas tout à fait bordé de rayons de soleil et d’espoir. Les chœurs sacrés de 8AM étant volontairement énigmatiques comme nous confie Michelle  :

“8AM est plus mystérieux pour moi que 3AM. Je connais très bien la nuit mais très mal le matin. Ce sont des terres inconnues pour moi..”

Le soleil se lève enfin sur sa ville d’adoption avec Montreuil Windowstill – la chanson la plus élaborée du disque empilant en fond basse et guitares. La tête encore dans les étoiles sur Stargazing, Michelle nous berce à la manière d’un élégant Moon River : un clavier scintillant venant refermer ce disque comme une étoile filante. De cette odyssée introspective, on ressort un peu tendu, un peu frustré, pas vraiment certain d’être arrivé à bon port, mais le plus important reste le chemin n’est ce pas ?

Découvrez la pochette et le tracklisting de l’EP ci-dessous :

Les Inrocks - musique

Abd Al Malik : “A 12 ans, je m'imaginais discuter avec Camus en bas de mon immeuble”

A partir du 28 février, le rappeur se produit à la salle Pleyel avec… Albert Camus. Un hommage amical et fraternel à cet écrivain qui permit à un gamin de la cité de Neuhof à Strasbourg de se sortir des embrouilles. 

Télérama.fr - Musiques

Møme et Mai Lan à l’affiche de la tournée de concerts gratuits Ricard Live S.A. Music

Après des mois de suspense, le prix Ricard S.A. Live Music (dont Les Inrocks sont partenaires) annonçait en janvier dernier son grand lauréat 2017 : Lysistrata. Élu par le public parmi les 100 artistes pré-sélectionnés, puis choisi par un jury de professionnels parmi les 10 finalistes, le power trio de Saintes aura la chance de jouer en concert dans toute la France dès le printemps prochain.

Du 25 avril au 12 mai prochain, une tournée sera ainsi organisée aux quatre coins du pays, avec trois artistes de choix programmés : le lauréat 2017, mais également la chillwave de MØME et l’electro-pop furieuse de Mai Lan.

Toutes les dates de concert sont ici :

25 avril – PARIS // Concert Surprise
26 avril – LILLE // L’Aéronef
27 avril – NANCY // L’Autre Canal
2 mai – CAEN // Le Cargö
3 mai – RENNES // L’UBU
4 mai – LA ROCHELLE // La Sirène
9 mai – LYON // Le Transbordeur
10 mai – MONTPELLIER // Le Rockstore
11 mai – TOULOUSE // Le Bikini
12 mai – CLERMONT-FERRAND // La Coopérative de Mai

Attention, les concerts étant gratuits, le nombre de places est limité. Pour avoir toutes vos chances, il ne vous reste plus qu’à vous connecter juste ici pour être avertis dès la mise en ligne de la billetterie (30 mars).

Les Inrocks - musique

Portrait d’Emel Mathlouthi, chanteuse politique malgré elle

(© Julien Bourgeois)

En 2011, Emel Mathlouthi fut l’une des voix du Printemps arabe. On la voit sur YouTube, lors d’un rassemblement rue Habib Bourguiba à Tunis, cheek-tt-width-250-height-151-fill-0-crosilhouette rouge se détachant de la foule, entonner a capella Kelmti Horra (“Ma parole est libre”). Le morceau, écrit par ses soins quelques années plus tôt, deviendra pour toujours associé à la Révolution de jasmin. Et Emel Mathlouthi, l’une de ses figures artistiques les plus engagées.

“Je n’aime pas les injustices”

Récemment, on l’a aussi vue crever l’écran et nous arracher des larmes dans le documentaire No Land’s Song, où elle participait, aux côtés de Jeanne Cherhal, à un concert de femmes à Téhéran, en Iran, les femmes n’ont pas le droit de chanter sans être accompagnées d’un homme, et le documentaire visait à démontrer l’absurdité de cette loi. “Je croyais au départ que les femmes ne pouvaient pas du tout chanter sur scène. Mais en fait, c’est encore plus violent: elles ne peuvent pas chanter toutes seules sur scène. Il faut que leurs voix soient couvertes par celles des hommes”, explique-t-elle dans le salon d’un petit hôtel parisien. Elle qui avait toujours fantasmé l’Iran, notamment à travers les films d’Abbas Kiarostami, Jafar Panahi ou des sœurs Samira et Hana Makhmalbaf, a trouvé “hyper dur”, une fois sur place, de ne pas pouvoir défendre ses idées et son projet avec sa propre voix. Elle est d’ailleurs la plus en colère dans le film, celle dont la frustration d’être censurée transparaît dans toutes les attitudes, celle que l’on sent prête à prendre tous les risques pour transgresser l’interdit.

“Je n’aime pas les injustices, je n’aime pas qu’on me marche sur les pieds.”

À 35 ans, la jeune femme, qui a grandi à Tunis et vit désormais à New York après avoir fait escale à Paris, dit avoir “toujours été révolutionnaire”. “Je n’aime pas les injustices, je n’aime pas qu’on me marche sur les pieds, qu’on enferme la jeunesse dans des stéréotypes”, nous confie-t-elle. La musique de ses premières amours, pourtant, n’a rien de contestataire. Autodidacte, Emel Mathlouthi a commencé à chanter seule à l’adolescence, par-dessus des enregistrements de Céline Dion, Tori Amos ou Alanis Morissette. Gamine, elle connaissait des tas de comptines par cœur, elle était celle qu’on “faisait monter sur l’estrade pour chanter devant la classe.” Elle se rêvait au théâtre mais, dans un élan pragmatique dont la logique nous échappe, a pensé qu’être musicienne serait moins compliqué que d’être comédienne. Ce choix réside sans doute dans le caractère indépendant et indomptable de la jeune artiste, qu’on imagine mal faire reposer sa vie professionnelle sur le bon vouloir d’un.e metteur.se en scène.

“La féministe en moi a tout de suite réagi”

Fondamentalement libre, Emel Mathlouthi a découvert progressivement qu’elle voulait voler de ses propres ailes. D’abord chanteuse d’un groupe de métal à l’université, influencée par Metallica et Nirvana, la jeune femme a délaissé ses études d’ingénieure au profit des répétitions. Puis a bifurqué vers une école de graphisme. Un jour, son guitariste lui fait écouter The Boxer, de Simon & Garfunkel, version Joan Baez: c’est le coup de foudre instantané. “La féministe en moi a tout de suite réagi”, se souvient Emel Mathlouthi.

“J’ai trouvé ça extraordinaire d’être seule sur scène avec ma guitare et de communiquer aux gens l’envie de changer les choses.”

En Tunisie, à l’époque, très peu de groupes de rock sont portés par des voix féminines et, quand c’est le cas, les chanteuses restent souvent en retrait, dans une fonction illustrative. Pas Emel Mathlouthi, qui découvre très vite son “énergie” et son “amour pour la scène”. Contrairement à ses contemporaines, elle ose prendre sa place de leader et, petit à petit, commence à avoir envie de “monter [son] propre cheval”. Pour s’émanciper, Emel Mathlouthi décide d’apprendre la guitare et donne ses premiers concerts en solo: “J’ai trouvé ça extraordinaire d’être seule sur scène avec ma guitare et de communiquer aux gens l’envie de changer les choses”, raconte-t-elle.

Un travail artistique avant tout

Aujourd’hui pourtant, alors qu’elle sort son deuxième album, Ensen, la musicienne ressent le besoin d’ajuster son image. Trop vite cataloguée “chanteuse contestataire”, Mathlouthi veut être reconnue avant tout pour son art et rappelle que son message, s’il est indissociable de sa personnalité, ne doit pas occulter son travail artistique:

“J’assume totalement le fait d’avoir une conscience, je n’ai pas envie de m’excuser d’avoir des idées et des questionnements, et de les dire tout haut. Mais en même temps, j’ai envie d’être considérée en tant qu’artiste, musicienne, compositrice, productrice de son.”

De fait, ce nouvel album est avant tout un trip sonique, une œuvre ambitieuse et stylisée à cheval entre l’orient et l’occident, qui la positionne davantage dans la lignée d’une Björk que dans les traces d’une Joan Baez.

Épaulée par le producteur Amine Metani, l’un des “chefs de file de la nouvelle génération arabe, qui vient de l’électro pure, limite techno”, Emel Mathlouthi a donné vie à Ensen dans un studio en Normandie. Si elle revendique avoir écrit un “album de chansons”, elle passe de longues minutes à nous raconter le processus de recherche sonore qui a présidé à ces sessions, la minutieuse quête d’identité qui l’a conduite a emmagasiner toute une “librairie de beats” conçue de manière organique, avec un percussioniste tunisien. “J’ai toujours été fan de trucs tribaux, je trouve qu’il y a une vraie connexion avec la musique électronique. Je ne voulais pas partir de logiciels, mais de ma propre histoire, j’ai donc aussi remplacé certains claviers par des instruments traditionnels tunisiens.”

L’album, qui contient une dizaine de titres, est chanté presque entièrement en arabe. Un choix qu’elle explique d’abord par une envie artistique, assurant que l’important est avant tout pour elle que “les mots sonnent”. Mais, en creusant un peu, elle finit par confesser son admiration pour les artistes qui tentent de s’exporter tout en conservant leur langue maternelle, comme le groupe islandais Samaris, qui l’a beaucoup inspirée. “C’est très rare de trouver des gens qui réussissent sur la scène internationale sans chanter en anglais. Même Björk chante en anglais. C’est injuste. C’est le capitalisme de la musique.” Emel Mathlouthi ne peut pas s’en empêcher: là où il y a de la musique, il y a de la politique.

Article publié initialement sur Cheek Magazine.

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