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22 février 2017

Cette statue géante en hommage à David Bowie pourrait voir le jour à Londres

Crédits : This Ain't Rock'n'Roll

Cet éclair rouge et bleu, les fans de David Bowie le reconnaîtront forcément. Les plus avisés ajouteront même qu’il s’agit d’un élément essentiel de l’esthétique de l’album Aladin Sane, paru en 1973. Une campagne de crowdfunding, sur Crowndfunder.co.uk, a été lancée pour qu’en Angleterre, à Brixton, soit érigée une statue gigantesque de l’éclair rougeoyant en hommage à l’artiste génial, disparu le 10 janvier 2016.

Please support the #ZiggyZag crowdfund!https://t.co/2ZnslLCxPS pic.twitter.com/WuKg8lvOaF

— David Bowie Memorial (@bowiecommunity) February 22, 2017

Le projet de mémorial, haut de neuf mètres, porte le nom de Ziggy Zag, et pour qu’il aboutisse, les designers de l’agence de publicité This Ain’t Rock’n’Roll doivent récolter quelques 990,000 livres, soit près de 1 170 000 d’euros en 28 jours explique The Guardian.

Le lieu n’a pas été choisi par hasard : Brixton, située dans le Sud de Londres, est la ville de naissance du jeune David Robert Jones (qui prendra son nom de scène définitif en 1967). Si la statue vient à être inaugurée, elle sera placée à deux pas de la rue Stansfield Road, dans le quartier où David Bowie a grandi. 

Découvrez la vidéo de présentation du projet ci-dessous, en anglais :

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Après vingt ans de silence, Ride fait son grand retour avec “Charm Assault”

Source : compte facebook de Ride

Après une tournée de reformation en 2015 (dont un passage ému au festival Primavera – inaugurant du même coup leur compte instagram), le groupe britannique Ride vient de dévoiler un morceau inédit, le premier en 20 ans !

Charm Assault a été diffusé pour la toute première fois sur les ondes de la radio BBC6 hier après-midi, et est désormais disponible sur Youtube via le player ci-dessous :

Depuis quelques semaine, le groupe teasait via les réseaux sociaux la sortie d’un nouvel album, succédant à Tarantula (1996). Produit par  DJ Erol Alkan et mixé par Alan Moulder (qui s’était déjà occupé de leur premier album Nowhere), ce troisième disque sortira à l’été prochain chez Wichita Recordings.

It is with great excitement and huge pride that we would like to confirm that we are releasing the new album from @rideox4 worldwide !!

— wichitarecs (@wichitarecs) February 21, 2017

Et à en croire une récente déclaration du chanteur Andy Bell au magazine Pitchfork, on peut s’attendre à un ouvrage engagé pour ce troisième ouvrage :

“Charm Assault est une expression assez simple et directe de la frustration et du dégoût face aux gens qui dirigent notre pays.

La tournée de 2015 c’était un assez bon moyen de nous rappeler qu’on était légitime et Charm Assault semble être la suite logique de notre carrière. Quand on s’est remis à écrire tous ensemble, on a essayé de faire comme si on avait continué à composer de la musique pendant tout ce temps, et que ce nouveau morceau c’était juste le dernier en date”

Currently in the studio with Ride producing their forthcoming album @rideox4official #rideband

A post shared by Erol Alkan (@erolalkan) on Dec 1, 2016 at 8:00am PST

Le producteur Erol Alkan, s’est également confié sur la réalisation du disque :

“Nowhere et Going Blank Again, ce sont des albums qui ont énormément compté pour moi et mes amis quand on était jeune. Je connaissais vaguement Andy depuis quelques années et via son beau frère, mais je ne l’avais jamais vraiment rencontré. J’ai reçu un email de leur part me demandant de collaborer avec le groupe, et dès que j’ai écouté les démos, j’étais su que j’étais à 100% pour.

Andy est très éclairé en matière de musique électronique, donc on avait ce point commun en plus du genre alternatif.

Leurs nouvelles compositions présentent tous les éléments que vous attendiez de Ride : de supers chansons, des guitares robustes, de belles harmonies et des rythmes puissants.”

Formé en 1988, le groupe britannique Ride se compose de Mark Gardener, Andy Bell, Stephan Queralt et Laurence “Loz” Colbert. Ensemble, ils sont considérés comme des pionniers du mouvement shoegazing.

En concert au festival espagnol de Benicassim le 13 juillet prochain aux côtés de The Weeknd, Bonobo ou encore Tyler, The Creator.

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“French Waves” : 30 ans d'électro racontés par ceux qui l'ont faite

Un film documentaire revient sur trois décennies de techno made in France. De belles images, des témoignages humbles et attachants, à découvrir en avant-première au Grand Rex jeudi 23 février.

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Festival Banlieues Bleues : la prog en écoute

Ils font encore très fort, à Banlieues Bleues, avec une programmation 2017 qui brasse jazz, musique électronique, hip-hop, musiques du monde, et parfois tout mélangé. Avec aussi beaucoup de créations et de découvertes. Nos chouchous sont : la soirée Bitori + Principe Discos le 10 mars, André Minvielle le 11 mars, les Jazz Passengers le 14 mars, A-WA le 18 mars, Hindi Zahra & Fatoumata Diawara le 19 mars, Spoek Mathambo le 24 mars, Noura Mint Seymali + Bargou 08 le 31 mars.

Et vous, qui seront vos chouchous ? Pour vous aider à choisir, la programmation est en écoute ici en 29 titres. Festival du 3 au 31 mars, en Seine-Saint-Denis et à Paris, tous les détails sur le site officiel.

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Future annonce la sortie de “HNDRXX” son second album en une semaine !

Capture d'écran Youtube du clip "Super Trapper"

Certains artistes sortent un album par an, d’autres le font au compte-gouttes. Rares sont ceux qui en enregistrent plusieurs dans la même année. Future a fait encore mieux : voilà qu’il compte dévoiler un nouveau disque cette semaine, le second en sept jours seulement.

La semaine dernière, le 17 février, le rappeur américain balançait un LP inédit baptisé Future. Ce vendredi 24 février, ce sera au tour de HNDRXX, produit par son DJ Esco, d’envahir les bacs, rapporte Pitchfork. Et pour cultiver le suspense, Future garde la tracklist secrète.

Sur Instagram, il a quand même  publié un post pour annoncer la sortie de ce nouvel album en y taguant Rihanna et The Weeknd. Peut-on s’attendre à des collaborations de taille ? Certainement.

The album I always wanted to make, timing is everything & with that being said #HNDRXX link in my bio

A post shared by Future Hendrix (@future) on Feb 21, 2017 at 8:39pm PST

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En écoute : 20 trésors cachés signés Depeche Mode

Extrait du clip Enjoy the Silence(1990) d'Anton Corbijn © @YouTube

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Cette semaine, Depeche Mode est en couverture du magazine pour une interview exclusive réalisée à New York

Depeche Mode – Photographic (Some Bizzare Version) – 1981
Première trace discographique du groupe, Photographic apparaît dans un premier temps sur le Some Bizzare Album, compilation du label éponyme où ils côtoient d’autres espoirs anglais tels que Soft Cell, The The ou Blanmange. Quelque part entre Gary Numan et Orchestral Manœuvres In The Dark, cette Some Bizzare Version a peu à voir avec la ligne de synthé entêtante et la métronomie martiale qui irriguent le Photographic qu’on retrouvera radicalement modifié sur le premier album de Depeche Mode.

Depeche Mode – Ice Machine – 1981
Le 20 février 1981, Depeche Mode publie son premier single, Dreaming of Me qui ne figurera pas sur leur album Speak & Spell. Comme sur la plupart des 45-tours qui paraîtront par la suite, celui propose une face B inédite qui fera le bonheur des futurs collectionneurs. Ice Machine, mid-tempo aux vocaux encore hésitants et à l’habillage naïf, sera exhumée bien des années plus tard par les Norvégiens de Röyksopp dans une version plus organique que cette rareté des premiers jours.

Yazoo – Don’t Go – 1982
Vince Clarke quitte le groupe le 31 novembre 1981 et fonde Yazoo avec une chanteuse à la voix puissante teintée de soul, Alison Moyet. Après la réussite initiale de Only You, le duo remporte un succès massif avec Don’t Go, reprenant les mêmes codes que Just Can’t Get Enough, composé par Clarke l’année précédente : un riff de synthé mélodieusement imparable, un rythme répétitif et irrésistible. Pourtant, tout comme avec son groupe précédent, Vince Clarke abandonnera l’aventure Yazoo au bout d’à peine plus d’un an d’exercice.

Depeche Mode – Everything Counts – 1983
Everything Counts, single avant-coureur de l’album Construction Time Again ne compte pas parmi les trésors les mieux cachés de la discographie du groupe. Il n’en reste pas moins remarquable à double titre. Avec ses “grabbing hands” qui s’emploient à attraper tout ce qu’elles peuvent et ses allusions à l’avidité des élites, Everything Counts est leur premier texte politique, ancré dans l’Angleterre thatcherienne. Mais, surtout, Everything Counts est la première chanson que se partagent les deux chanteurs, Dave Gahan pour les couplets, Martin Gore sur le refrain.

Depeche Mode – Master and Servant (Slavery Whip Mix) – 1984
Le milieu des années 1980 reste l’apogée du maxi 45-tours, cet étrange objet qui en plus de la chanson originale incluait une version edit, ou instrumentale, et une extended version dont le principe était le plus souvent d’étirer artificiellement la durée initiale de l’original en répétant le beat de base, enjolivé de bleeps et d’effets électroniques tronquant et bouclant les vocaux. Un passage obligé qui trouve sa pleine expression avec ce Slavery Whip Mix qui file la métaphore SM du titre.

Depeche Mode – Something to Do (Metal Mix) – 1985
1985 marque la sortie du premier best-of de la bande de Basildon, agrémenté de deux titres inédits It’s Called Heart et Shake the Disease. En face B de ce dernier, une version dépouillé de Something to Do où sont développées les obsessions industrielles de Martin Gore (auxquelles font écho la pochette constructiviste de Some Great Reward qui renfermait l’original). A la voix nue de Dave Gahan sont adjoints des sons métalliques et froids, adoucis de murmures sporadiques. Et de cette guerre du feu et de la glace, nul ne sort vainqueur si ce n’est l’auditeur.

Depeche Mode – Black Celebration (Black Tulip Mix) – 1986
La marche en avant de Depeche Mode se fait à grands pas. Après les ventes impressionnantes de Some Great Reward déboule Black Celebration et une nouvelle salve de singles (Stripped, Question of Lust, Question of Time) et en bonus, des inédits et des remixes, dont celui de Black Celebration où Dave Gahan joue et s’amuse de sa voix sur plusieurs registres pour une vision pour le moins alternative de l’ouverture de l’album.

Erasure – Ship of Fools – 1988
Et pendant ce temps, que devient Vince Clarke ? En 1985, il a créé un nouveau duo avec un chanteur débutant, Andy Bell. Erasure obtiendra presque d’emblée un énorme tube, Sometimes, avant d’enchaîner les albums. Clarke reste fidèle à la synthpop des débuts et de laquelle Depeche Mode se détache de plus en plus au fil du temps. Erasure demeure à ce jour un des derniers groupes des années 1980 encore en activité et à avoir connu une carrière continue.

Depeche Mode – Stjárna – 1988
Les faces B restent un terrain fertile en expérimentations même pour un groupe qui tutoie désormais les sommets. Prolongeant la facture classique aux accents wagnériens de sa face A (Little 15), Stjárna (“étoile” en suédois) est une composition instrumentale de Martin Gore que Alan Wilder interprète seul au piano. Sur une autre version vinyle, elle sera même augmentée selon le même principe d’une variation autour de la Sonate n° 14 pour piano dite “au clair de lune” de Beethoven.

Martin L. Gore – Motherless Child (1989)
Grâce à la trilogie Some Great Reward, Black Celebration, Music for the Masses, Depeche Mode a atteint le toit du monde pop en à peine cinq ans. Après l’immense tournée 101 immortalisée par Anton Corbijn, Martin Gore s’offre un pas de côté en forme de mini album solo, Counterfeict. En fin de course, après des reprises, entre autres, de Tuxedomoon, Sparks ou The Durutti Column, il traduit son amour du gospel et fait de Motherless Child une marche funèbre atonale, et d’une émotion aussi profonde que les interprétations plus “orthodoxes” de Mahalia Jackson ou Louis Armstrong.

Depeche Mode – Personal Jesus (Acoustic Version) – 1990
Violator, un des sommets créatifs de DM, est presque toujours décrit comme “l’album où Depeche Mode s’est mis à utiliser des guitares”. Sans pour autant atteindre une légitimé rock auquel le groupe n’aspire pas nécessairement, Violator reçoit pourtant la bienveillance de critiques jusqu’alors plutôt mitigées. Et qui dit “album à guitares”, dit aussi “version acoustique”, exercice maîtrisé qui enlumine mieux encore le Personal Jesus électrique qui compte parmi les chefs-d’œuvre de Martin Gore.

Depeche Mode – Enjoy the Silence (Harmonium) – 1990
Le mysticisme enfiévré de la paire Gahan/Gore comme les messes noires et/ou gothiques ont longtemps compté parmi les clichés collant aux basques de DM. En cette période faste de la fin des années 1980, la sortie successive de Personal Jesus puis Enjoy the Silence vient conforter cette dimension messianique et fantasme. Surtout lorsque le second est présenté entièrement désossé, avec pour seule vêture

Depeche Mode – Death’s Door – 1993
Après une décennie très inspirée, Depeche Mode commence à se chercher. Après le tournant “guitares” de l’album précédent, ils s’emploient à intégrer le grunge émergent à leur répertoire. C’est aussi l’époque des turbulences : départ d’Alan Wilder, Dave Gahan englué entre addictions multiples et tentative de suicide. Des expériences chaotiques qui résonnent dans ce morceau méconnu et apaisé au titre éloquent quand beaucoup ont vu le groupe “aux portes de la mort” lors de cette période.

Depeche Mode – Useless (Kruder & Dorfmeister Remix) – 1996
Depeche Mode a désormais quinze ans d’existence et, dans cet intervalle, la scène électronique, de la house à la techno en passant par le trip-hop, a envahi le monde. L’influence de Depeche Mode, son caractère pionnier commencent à de faire jour. Ici, le duo autrichien Kruder & Dorfmeister, tenants d’une electro minimale teintée de dub, s’empare de ce single extrait d’Ultra. Useless devient une ballade languide, moite et tapissée d’ouate. Une version qui démontre la malléabilité des compositions de Martin Gore.

Depeche Mode – It’s No Good (Andrea Parker Remix) – 1998
Deux ans après le duo autrichien, c’est au tour de la DJ britannique Andrea Parker de s’emparer d’un autre morceau d’Ultra, It’s No Good pour une relecture complète à la fois bruitiste et alanguie, rêveuse et menaçante. Ainsi Depeche Mode entre-t-il par une porte dérobée dans une dimension parallèle de la hype des nineties finissantes : les célèbres compilations DJ-Kicks du label allemand Studio !K7.

Depeche Mode – Easy Tiger (Bertrand Burgalat & A.S. Dragon Version) – 2001
Traversées les errances et les excès de la décennie précédente, le désormais trio enregistre Exciter fort de quelques morceaux exaltants comme Dream On et I Feel Loved.  Une des curiosités parallèles de cette période demeure cette version de Easy Tiger où Bertrand Burgalat et son groupe, A.S. Dragon, téléportent les banlieusards londoniens au beau milieu du psyché-rock gainsbourgien des seventies.

Martin L. Gore – Loverman (2003)
Lorsque l’un des leaders d’un groupe majeur sort un album solo, on craint toujours pour l’avenir immédiat du dit groupe. Ainsi, Martin Gore retrouve sa marotte de 1989 en mettant en circulation le second volet de Counterfeict. Au générique, des reprises de Led Zeppelin, Nico, Lennon ou du Velvet Underground. De ces onze morceaux dépourvus d’artifice, on retiendra cette relecture retenue du Loverman de Nick Cave.

Dave Gahan – Bitter Apple – 2003
Lorsque les deux leaders d’un groupe majeur sortent un album solo la même année, on craint toujours pour l’avenir immédiat du dit groupe. En 2003, Dave Gahan s’offre les services de Ken Thomas, connu pour son travail avec Sigur Rós. Si Martin Gore, en songwriter chevronné, parvient à s’évader en solitaire de son milieu naturel, Dave Gahan reste assez proche du microcosme DM sur Paper Monsters dont est notamment issue cette pomme amère rehaussées de cordes amples.

Depeche Mode – The Darkest Star (Monolake Remix) – 2011
Après Exciter, le réglement intérieur de Depeche Mode est modifié suite à l’ultimatum lancé par Dave Gahan. Soit Martin Gore accepte que ses acolytes participent à la composition et à l’écriture du prochain album, soit il signe l’arrêt de mort du collectif. Sous ces nouveaux auspices naît Playing the Angel. La prodigalité et la générosité ne sont plus de mise et les différents formats proposés ne sont plus qu’une litanie de remixes sans grand relief avec quelques beaux exercices de style comme celui de Monolake issu d’un coffret collector tardif.

VGMG – Single Blip – 2012
Frémissements de plaisir pour les nostalgiques quand, en 2012, Vince Clarke et Martin Gore annoncent qu’ils vont reprendre une collaboration interrompue plus de trente ans auparavant. En résultera un album à ce jour resté unique, Ssss, à la fois techno et minimal. A quelques encablures de l’univers DM, efficace et agréablement balancé, parfois anecdotique mais recelant de jolies surprises, comme ce Single Blip conçu pour les heures tardives des clubs.

Extra Track – Johnny Cash – Personal Jesus – 2002
Sur la fin de sa vie, un des plus grands songwriters de la musique américain crée avec les American Recordings une sorte de florilège voire un panthéon personnel des plus grands songwriters. En y incluant cette version particulièrement sobre de Personal Jesus, il lui insuffle un mysticisme plus affirmé, en souligne toute la finesse mélodique et adoube, au passage, Martin L. Gore.

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Derrière les musiques de “The Leftovers” et de “Black Mirror”, Max Richter modernise le classique

(c) Yulia Mahr

Ce soir, Max Richter sera applaudi. Comme toutes les fois de la semaine où il se rend au Royal Opera House de Londres, pour une représentation de son ballet, Woolf Works, simultanément retransmis le 8 février dans trente salles de cinéma françaises. En attendant la nuit, c’est à l’Escargot, un mythique restaurant français au cœur de Soho qu’il donne rendez-vous. Détenteur d’une carte de membre, il a réquisitionné la “purple room”, une petite salle en haut des quatre étages de l’établissement avec une petite fenêtre sur la rue. En bas, tout brille, des comptoirs polis aux moustaches bien taillées des serveurs. Là, sous la toiture, des morceaux de papiers peints se détachent discrètement en haut de la porte. Un endroit qui ressemble à Max Richter lui même : l’élégant compositeur, habituellement tout de noir vêtu, des chaussures au col roulé, ici en veste de pluie, vieilles baskets, un sac à dos sur l’épaule.

J’ai l’impression que c’est exactement dans ce genre d’endroits que les gens s’imagineraient l’interview d’un compositeur de musique classique en 2017.

Oui, je m’y reconnais. C’est décati, mais dans le bon sens. J’aime la texture de cet endroit. J’aime aussi le fait que ce soit un lieu historique mais dans une ville moderne. J’aime cette contradiction. Cet endroit a une sorte de magie en lui, on est un peu comme dans un rêve. Je trouve ça amusant. Habituellement, on vit surtout dans des studios, des salles d’opéra. C’est sûrement plutôt là que les gens nous attendent.

Tilda Swinton lit des passages de Kafka sur Blue Notebooks et Gillian Anderson fait de même pour Woolf Works. Elles dégagent une énergie à la fois rassurante et potentiellement un peu menaçante. Comme votre musique. C’est pour cela que vous les avez choisies ?

Blue Notebooks, Kafka, c’est sur le doute. C’est pour ça que je l’ai choisi. J’ai écrit l’album alors qu’on savait que la guerre d’Irak arrivait. Kafka était parfait à ce moment là. Je me disais que c’était le début de la politique de l’irréel, du bullshit. J’avais besoin de quelqu’un pour parler de doute et du sens des choses. Tilda est quelqu’un d’une précision extrême et qui communique un genre d’intelligence très vaste. L’aspect conceptuel de Kafka, elle le communique très bien. Mais en même temps je voulais une interprétation assez froide. C’est un texte rempli d’émotion et je ne voulais pas qu’on en fasse quelque chose de trop romantique. Je voulais quelque chose de très plat. Et elle a fait ça de manière incroyable. J’avais écrit la musique, je voulais ajouter le texte et pour moi la perfection était d’avoir Tilda. J’ai juste appelé son agent. Et vu qu’elle est incroyable elle a dit “bien sûr que je vais le faire ! Bien sûr que je veux lire du Kafka pour ce compositeur totalement inconnu, gratuitement !”

Gillian, c’est le chorégraphe qui la connaît. Mais elle aussi est une grande actrice et elle réussit cet autre texte, la note de suicide de Virginia Woolf, rempli d’émotion mais de manière assez plate. Elle est morte tragiquement, elle s’est tuée mais pour moi ce qui est le plus intéressant chez elle c’est que malgré la dépression, la maladie mentale, elle est parvenue à créer un corpus artistique très beau et très inspirant. Ça, c’est le plus important. Elle avait beaucoup de difficultés et elle en a fait quelque chose de très beau.

Votre musique est solennelle, triste et profonde. De la musique sérieuse. Pensez-vous que les gens sont de nos jours trop axés sur l’amusement et plus assez sur les sentiments ?

La musique est un art du sentiment. Notre époque est une époque très distraite. On vit sur nos écrans. On a peu de temps pour la réflexion. Je pense que la réflexion créatrice, les espaces imaginaires, le temps du rêve sont des éléments très importants pour les êtres humains. Écouter ou exister à travers une pièce de musique fait partie de ça.  Mon album SLEEP visait à créer un espace dans lequel on peut rêver. Ensuite, d’autres artistes ne font pas ça… J’aime savoir que ma musique a une utilité. Même si c’est relaxer. Mais la dance music, par exemple, ça a une utilité différente. C’est juste que mon travail concerne un type d’expériences qui porte plus sur la réflexion

Certains vous reprochent que votre musique soit trop proche de celle de Philip Glass. Qu’en pensez-vous ?

C’est très intéressant. J’imagine qu’il y a une filiation, il y a toujours des lignées chez les compositeurs. Philip parle de Nadia Boulanger comme son professeur. Et son professeur à elle était Fauré. Mon professeur a également enseigné à Steve Reich. Comme Haendel a enseigné à Mozart. Ces relations sont très importantes dans le monde de la musique. Je ne connais pas Glass personnellement, je ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai connu sa musique quand je devais avoir 13 ou 14 ans. C’était formateur, évidemment. Ça a eu une influence sur moi. Mais pas plus que Terry Riley, Steve Reich, John Adam ou même Kraftwerk, Neu ! ou Can. Nous sommes la somme de notre biographie Si on fait écouter du Mozart et du Haendel à quelqu’un qui connaît mal la musique, il ne va pas entendre la différence. Il va dire “c’est pareil”. (Il chuchote) Même si Mozart est meilleur… J’imagine que c’est pareil dans notre cas.

Glass a lui-même composé la musique de The Hours, un film sur Virgina Woolf. Ça vous a gêné ?

La musique de Philip pour The Hours n’était en réalité pas écrite pour le film. C’est des arrangements de ces vieux morceaux de piano. Et ce que j’ai fait sur l’album n’a absolument rien à voir.

En 2016, il y avait du Max Richter dans Arrival et Black Mirror. On va vous retrouver dans The Leftovers en avril. Quelle vision aviez-vous du futur quand vous étiez plus jeune ?

C’était probablement une vision construite par les films de l’époque. Pour moi, le plus important c’était Blade Runner. Que j’adore mais qui est évidemment affreusement déprimant. Puis on avait ces idées naïves, les voitures volantes (il pointe la rue comme un chef d’orchestre). Les visions du future que j’avais enfant tendaient soit vers 1984 d’Orwell ou Brave New World d’Aldous Huxley. On retrouve ce dernier dans le premier épisode de Black Mirror, ce futur étrange, avec ce sentiment bienveillant qui nous pousse à croire que tout le monde est heureux alors que pas vraiment. La réalité s’est assombrie, pour en arriver aux désastres politiques récents qui ont fait du monde une sorte de sombre télé réalité. Le meilleur show qu’il soit.

Vous vous souvenez du moment où le futur s’est assombri ?

Au Royaume-Uni on a eu cette longue et sombre époque de Margaret Thatcher. Cette sorte de droite totalitaire (il rit). Puis il y a eu une sorte d’aube après ça, qui s’est vite assombrie en 2002, 2003, avec ces conneries de guerre en Iraq et de fausses justifications. En ajoutant l’élection de Bush II, on sentait que les choses n’allaient pas dans la bonne direction. Aujourd’hui nous vivons une version extrême de tout ça – du moins espérons que ce soit ça l’extrême. Le Brexit et l’Amérique qui est devenue un reality show. Les faits vont plus loin que la fiction, n’est ce pas ? Mais la Maison Blanche est libre ces temps ci. C’est vide. Enfin c’est pire que vide, parce que c’est occupé par quelqu’un qui est malade mentalement. Avec tous ces gens horribles et terrifiants à ses côtés. On dirait un opéra en fait. J’attends l’opéra de John Adams. Après Nixon in China, j’attends celui sur Trump. Mais Trump va au-delà de la parodie. C’est ça le problème.

The Leftovers ne restera pas comme un grand succès commercial pour HBO. Est-ce qu’on peut se dire que le grand public n’était pas vraiment prêt? Est-ce que c’est la télé du futur ?

Hum. Oui, The Leftovers est très exigeant, intellectuellement parlant. Ce n’est pas de la télé facile. On n’est pas récompensé facilement. Il n’y a pas de réponses rapides, faciles. Ça prend du temps. Ils ne se passent presque rien dans certains épisodes ! Il faut l’avouer ! C’est une longue lutte avec des questions très compliquées, présentée de manière très sophistiquée. Mais c’est très intéressant. Je pense que The Leftovers va marquer la télé de son empreinte. Je vois déjà une certaine influence, des petites thématiques, des manières de penser, de présenter des choses, qui font déjà très Leftovers (petit rire satisfait). Une série comme The OA, c’est assez Leftovers.

Vous avez dit dans une autre interview que vous ne faisiez pas de musique de télé traditionnelle. Qu’entendiez vous par là ?

Ce que je voulais dire c’est que parfois tu regardes une série, il y a de la musique, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi. Ça n’a pas de réel effet. Je n’ai pas d’exemple en tête, simplement parce que, n’étant pas marqué, j’ai oublié ! Mais si tu dois choisir entre de la musique comme ça ou du silence, je vais préfère opter pour le silence.

 Vous avez encore changé la musique du générique pour la saison 3 ?

(Plaçant ses mains derrière la tête, un sourire aux lèvres, les yeux fuyant) Ah, je ne peux parler de ça. Spoiler alert ! Je ne peux vraiment faire aucun commentaire là-dessus ! Mais j’ai finie la saison il y a quelques jours… C’est fou (il appuie sur le mort, ouvre les yeux en grand). Je suis très proche de la série et je n’avais pourtant vraiment pas vu ça venir. J’ai adoré. C’est fantastique. L’écriture est incroyable. Je suis très intéressé par la réaction que les gens vont avoir.

Ça lui plairait à Virgina Woolf, The Leftovers ?

(Il s’esclaffe) Voyons : quels sont les thèmes ? The Leftovers est une spéculation. Sur ce qui peut être. C’est une chasse au sens. Et Virginia Woolf cherchait à vivre, cherchait un sens à sa vie. C’est ce que Kevin Garvey (le personnage principal, joué par Justin Theroux, NDLR) fait.

Le deuil est un des thèmes étudiés dans The Leftovers. Vous avez déjà joué pour un enterrement ?

Non… Enfin oui, en quelque sorte. J’ai joué pour un mémorial. Une bonne amie à moi, qui était réalisatrice. Une femme merveilleuse qui est morte assez jeune. Elle vivait à Berlin et était venue à mon concert pour SLEEP là-bas. Elle avait dormi là, dans l’usine, avec 400 autres personnes, sur un lit de camp prêté par l’armée polonaise. Donc j’ai joué certains passages de Dream qu’elle avait écouté ce soir là. (il marque une pause) C’était approprié, je pense. Sleep traite de données informatiques et de prendre une pause par rapport à la vie moderne. Mais c’est aussi une négociation avec la non-existence. C’était bien.

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Father John Misty annonce trois concerts confidentiels à Paris, Amsterdam et Londres

crédit : Flickr - Levi Manchak

Après avoir agité la toile en confiant récemment au NME être un grand fan du canadien Nickelback et de son tube How You Remind Me, le songwriter Father John Misty vient enfin d’annoncer une poignée de concerts intimes, dont un trio de dates européennes à Paris (20 mars au Café de la Danse), Amsterdam (21 mars au Zonnehuis) et Londres (24 mars au Rio Cinema Dalston). Mais attention, les plus rapides ne seront pas forcément les mieux servis…

En effet, pour tenter d’obtenir votre place de concert, rendez-vous sur le site de l’artiste (scrollez en bas de page), inscrivez-vous en ligne et si vous faîtes partie des heureux tirés au sort, vous aurez la chance de recevoir un code d’accès, dès jeudi 23 février.

Mais ce n’est pas gagné ! Car ce code vous permettra seulement d’accéder au site marchand et de (peut-être) retirer votre place, dès le lendemain, soir le vendredi 24. Un parcours du combattant pour enfin pouvoir découvrir le troisième album de Josh Tillman en live !

Un peu plus tôt cette année, l’Américain nous a ainsi dévoilé trois extraits de son nouvel album Pure Comedy à venir le 31 mars prochain (chez Sub Pop), deux ans après I Love You, Honeybear. Dans ce nouveau disque engagé, Josh Tillman signe notamment une balade en piano voix – qui porte le nom du disque – et y dénonçe l’hypocrisie permanente des religions et des politiques. A écouter également la fabuleuse Ballad Of The Dying Man mais aussi Two Wildly Differently Perspectives.

En novembre dernier, l’Américain s’est également vivement engagé contre la campagne de Donald Trump via les “protest songs” : Holly Hell ou encore dans la plus controversée reprise de Trump’s Private Pilot.

A noter que Father John Misty sera également présent au festival d’été BBK Bilbao en juillet prochain. Plus d’infos sur le site de l’artiste.

>>> L’album “Pure Comedy” est d’ores et déjà disponible en précommande sur Apple Music.

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Harcelée en plein concert, Princess Nokia frappe un spectateur sexiste

Capture d'écran Youtube du clip "Tomboy"

Princess Nokia ne se laisse pas faire, et pour ceux qui en douteraient, ce serait vraiment mal la connaître. En plein concert à l’Université de Cambridge en Angleterre, lors d’une soirée de charité organisée le 15 février dernier, la rappeuse a frappé un étudiant qui lui balançait des propos sexistes. D’après le journal des étudiants, The Cambridge Student, elle aurait interrompu le show après seulement deux morceaux avant de demander au jeune homme frontalement : “Est-ce que tu me manques de respect ?” Elle lui aurait alors balancé un premier verre, avant de lui asséner trois coups de poings, rapporte le journal universitaire. Plusieurs tweets ont également relayé l”incident.

.@princessnokia just punched a white guy in the face for disrespecting at a gig in cambridge and walked offstage i am LIVING YES GIRL

— rosa (@rosamariot) February 15, 2017

Princess Nokia vient juste de frapper un mec blanc au visage pour lui avoir manqué de respect à un concert à Cambridge, avant de quitter la scène, je suis refaite ! Yeah meuf !

Tolérance zéro pour le sexisme

Le média Fly, destiné à l’échange “entre femmes et personnes non-binaires de couleurs” a recueilli le témoignage de Princess Nokia. Elle raconte que le garçon lui hurlait des “horribles obscénités comme montre-moi tes nichons !”. En coulisses, elle a déclaré n’avoir “aucune tolérance en ce qui concerne le sexisme et le harcèlement sexuel”.  Selon Fact Magazine, Princess Nokia aurait justifié son geste sur scène : “Désolée, mais quand un blanc te manque de respect, tu lui colles une droite dans sa putain de gueule.”

De nombreuses personnes ont condamné la réaction de l’artiste d’Harlem suite à la soirée, expliquent les rédactrices de Fly. qui ajoutent que ce genre d’humiliations qu’a vécu Princess Nokia est commune et quotidienne pour les femmes noires de l’Université de Cambridge.

En octobre dernier, Destiny Frasqueri (son vrai nom) exposait aux Inrocks son projet de “botter le cul du patriarcat.” 

Les Inrocks - musique

Larry Coryell, fin d'un jazz-rocker en fusion

Brillant guitariste, il était disciple des grands du jazz et amateur passionné des stars du rock. En fusionnant les deux genres, Larry Coryell a marqué de son empreinte les années 1970, décennie de recherche, et au-delà. Il s'est éteint le 19 février à New York, au lendemain d'un dernier concert.

Télérama.fr - Musiques

Freedom Highway

Et voilà qu'une voix s'élève dans l'Amérique de Trump ! Une voix d'une puissance et d'une pureté peu communes, une voix taillée pour les arias et les fastes d'opéra mais qui s'avance nue, dans un balancement lugubre, tout juste aiguillonnée par une grêle de banjos et de violons, une voix du Sud, trempée dans la boue du blues, polie par l'harmonie des montagnes, une voix noire (par sa mère), une voix blanche (par son père), une voix de femme rude et fière qui s'affirme au moment où celles-ci sont en marche de Washington à San Francisco : le chant magnifique de Rhiannon Giddens qui ne s'imaginait pas qu'au tournant de ses 40 ans elle serait pile au rendez-vous de l'Histoire. Et que des vents agités feraient passer dans les formes anciennes de sa musique le vertige d'un pays en route pour le ­chaos.

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Après des années de succès dans un groupe de folk festif et passionné, les Carolina Chocolate Drops, la jeune femme métisse de Caroline du Nord donne à son deuxième album solo le titre d'un hymne du mouvement des droits civiques, Freedom Highway, composé en 1965 pour la marche de Selma, violemment réprimée par la police. « Marchez tous les jours sur la grand-route de la liberté », disait le chant plein d'espoir d'un peuple en mouvement. Ce peuple, rien ne pouvait l'arrêter, mais sa victoire fut amère, Martin Luther King assassiné et les ghettos d'Amérique ravagés par les flammes pour une éternité qui n'en finit plus. Rhiannon Giddens reprend la chanson des Staple Singers comme si elle avait été composée hier, en écho aux manifestations qui ont suivi les violences ­policières de Ferguson et de Baltimore. Placée en clôture d'un album où la jeune femme signe, pour la première fois, l'essentiel des compositions, son interprétation gorgée de soul a l'auto­rité et la flamme des égéries du passé, Mavis Staple ou Aretha Franklin. Elle fait résonner toutes les fibres de la détresse, de la dignité, de la colère.

Son élan l'emporte plus loin encore. Rhiannon Giddens chante Freedom Highway en duo avec Bhi Bhiman, Américain de Saint Louis, originaire du Sri Lanka, et les images se mélangent. Les cortèges du passé ­rejoignent ceux d'aujourd'hui, la liberté des Noirs est celle des musulmans d'Amérique, les luttes et les douleurs s'additionnent, les forces aussi. Comme dans les années 1960, le folk redevient la promesse d'un bouleversement, le sillon d'un rassemblement qui se creusera dans l'affliction, la résistance, l'harmonie et les larmes : « Je suis une fille du Sud, dit Rhiannon Giddens. La fille des pauvres Blancs et des pauvres Noirs, des démocrates et des républicains, des homos et des hétéros. » Formée dans l'un des plus grands conservatoires d'Amérique pour devenir cantatrice, elle s'est tournée vers le folk pour plonger dans les campagnes obscures de son propre passé et ranimer le souffle de temps oubliés où la musique faisait communiquer les esprits d'un pays divisé, hérissé de haine et de violence. « Il faut connaître son histoire, dit-elle encore, il faut la laisser nous terrifier et nous inspirer pour nous aider à voir l'avenir, car rien de ce que nous vivons ne surgit pour la première fois. » Les chansons de son album plongent loin dans les mémoires. Elles se nourrissent de récits d'esclaves du xviiie siè­cle, de rebelles du Sud et de martyrs du mouvement des droits civiques. La profondeur de la voix, la douleur à fleur de peau, le lyrisme, la virtuosité et la ferveur leur donnent une nature envoûtante, la chair de fantômes très présents. Pendant longtemps, la jeune femme de Greensboro s'est presque excusée de chanter avec exaltation des combats et des blessures qu'elle n'avait pas connus elle-même. Leur actualité l'a rattrapée pendant que son talent s'affirmait.

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Ce sont les frères Coen qui firent éclater le talent de Rhiannon Giddens à la face du monde. Lors d'un concert de célébration de la scène folk donné pour la sortie du film Inside Llewyn ­Davis, elle mit tout le monde à genoux, balaya la présence de Jack White, Gillian Welch ou Elvis Costello et en­registra dans la foulée son premier ­album avec T-Bone Burnett, producteur de la musique du film. Un somptueux disque de reprises, en forme d'hommage à toutes les femmes qu'elle vénère et qui ont tracé sa voie, Nina ­Simone ou Odetta, Patsy Cline ou Sister Rosetta Tharpe. L'album était crânement baptisé Tomorrow is my turn (« Demain, c'est mon tour »). Il n'y avait qu'à attendre. Sur Freedom Highway, Rhiannon Giddens suit encore les aînées (pétrifiante version du Birmingham Sunday de Joan Baez), mais elle s'est émancipée. C'est elle qu'on entend aujourd'hui, elle qui compose les airs de vies meurtries, elle qui écrit, sur un rythme de combattante, « mon corps est fort et sombre, je suis jeune, pas pour longtemps », elle qui tisse les récits tragiques, elle qui signe ses lamentations et les berce d'orchestrations sobres, parfois lentes et funèbres, parfois enlevées comme le son des fanfares de La Nouvelle Orléans. Le banjo, cet instrument auquel elle rend son âme noire, résonne dans un espace majestueux.

Freedom Highway a été enregistré au milieu des bayous de Louisiane, dans une maison du xixe siècle dont les murs suintent la résine de cyprès. Les chansons se sont envolées loin, vers les contrées du passé, mais le temps a filé. En huit jours, l'enregistrement était bouclé. Etat d'urgence. — Laurent Rigoulet

| 1 CD Nonesuch/Warner.


Valerie June, autre voix du Sud

Drôle de coïncidence : deux phénomènes de la musique américaine se manifestent à la même heure. Deux filles du Sud au teint crème qui ramènent le folk afro-américain au goût du jour et s'accompagnent, toutes deux, d'un instrument désuet, le banjo, auquel elles rendent sa noblesse. La ressemblance s'arrête là. Contrairement à Rhiannon Giddens, formée à la grande école du classique, Valerie June est une jeune femme de Jackson qui s'est faite seule et joue avec ses failles et ses limites. Son premier album, écrin dépouillé pour une voix écorchée, était un choc que celui-ci prolonge en douceur. N'écoutant que ses passions, Valerie June s'enfonce dans les contrées électriques d'un blues-rock qui cherche plus la dissonance et la transe que la pureté mélodique. Les chansons manquent parfois de relief, mais, dans une ambiance de Sud profond qui évoque les légendaires productions de Muscle Shoals, la fille du Tennessee affirme un peu plus la singularité de sa voix et de sa signature.

| The Order of time, 1 CD Caroline, sortie le 10 mars 3F.

Télérama.fr - Disques

The Party

Le label Laborie sort simultanément deux albums du pianiste Paul Lay, Prix Django Reinhardt 2016 de l'Académie du Jazz. L'un, The Party, en trio avec le contrebassiste Clemens van der Feen et le batteur Dré Pallemaerts, l'autre en trio aussi, Alcazar Memories, avec la chanteuse Isabel Sörling et le contrebassiste Simon Tallieu. Si les deux sont excellents et neufs, on s'occupe ici de The Party. Dans la formule classique du trio, l'album prouve le talent exceptionnel d'un pianiste que Martial Solal a salué pour sa musicalité et que les amateurs ont remarqué dans le quartet At Work de la saxophoniste Géraldine Laurent. Ce qui frappe chez ce jeune homme est un alliage incomparable de maturité et d'énergie juvénile, un art consommé des contrastes dans les compositions, toutes de lui sauf la tendre ballade I fall in love too easily, rendue mémorable par Chet Baker. Comme tous les anciens élèves du CNSM, Paul Lay a une belle maîtrise de son instrument ; il a aussi l'esprit d'aventure et une vaste culture du jazz. Pourtant, il n'évoque aucun de ses prédécesseurs — Herbie Hancock, McCoy Tyner, Bill Evans, Keith Jarrett, Brad Mehldau — dans l'art du trio. La main gauche solide et promeneuse, la main droite agile et joueuse, dialoguent entre elles avec esprit, s'apaisant dans des ballades émouvantes. Le style de Paul Lay est un bonheur pour l'auditeur. Emporté par un amour de la musique véritablement passionné, sans aucun exhibitionnisme, profondément sincère, voici donc un pianiste de 32 ans en pleine possession de son art, et que l'on se réjouit de suivre au fil de son évolution. — Michel Contat

| 1 CD Laborie/Socadisc.

Télérama.fr - Disques

Transparent Water

Qu'il se frotte à une trompette sarde, au slam ou au flamenco, le mystique Omar Sosa (51 ans), pianiste au groove toujours plus éthéré, ne s'éloigne jamais complètement de ses racines afro-cubaines. Ainsi l'esprit d'Ochun, orisha des rivières et déesse de la beauté dans la santeria cubaine, plane sur cet ­album, dialogue poétique improvisé avec la ­kora de Seckou Keita. Il y a quelques années, ce musicien anglo-sénégalais, ­doté aussi d'une voix de soie, avait déjà trouvé des convergences lumineuses avec la harpe celtique de Catrin Finch. Dans le trio qu'il forme cette fois avec Omar Sosa et le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, chacun transcende sa tradition dans un imaginaire évanescent : Transparent Water est la rencontre aquatique et cristalline du mysticisme yoruba, de la douceur mandingue et du zen extrême-oriental. Plusieurs invités voguent avec eux sur ces eaux sereines. L'addition, notamment, du koto japonais (Mieko Miya­zaki), de l'orgue à bouche chinois sheng et de la cithare coréenne geomungo (Mosin Khan Kawa) est la preuve, ici, que le syncrétisme n'empêche pas l'épure. — Anne Berthod

| 1 CD World Village/Harmonia Mundi.

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Book of changes

Guy Blakeslee est tout sauf un débutant. Et pourtant, ce somptueux Book of changes apparaît comme le lumineux premier essai d'un inconnu. Il s'agit en fait, pour le natif de Baltimore, d'une remarquable renaissance. ­Entrance, le nom du groupe derrière lequel il officie, a publié plusieurs ­albums au début des années 2000. Des disques, enregistrés dans sa base d'adoption de Chicago, sur lesquels le jeune homme se présentait en néo-bluesman hanté avant de se muer en psyché rockeur habité… Dix ans plus tard, il émerge, autre, volontairement changé, en Californie. Sur la pochette, il pose en précieux dandy tenant une orchidée. Manière d'affirmer que l'apprenti Jeffrey Lee Pierce se serait métamorphosé en Morrissey US ? Il y a un peu de ça. Mais tellement plus. Blakeslee s'est rendu à l'évidence de la force supérieure de la pure chanson pour exprimer ses émotions, et les transmettre au plus grand nombre. Et quelles chansons ! La rencontre inouïe d'une sensibilité pop britannique (Always the right time) avec la force d'évocation, tant mélodique que lyrique, de la country d'orfèvre d'un Townes Van Zandt (Summer's Child). Des orchestrations tout en finesse dignes du Forever changes de Love, et une voix expressive, à peine maniérée, sans retenue, dénuée de niaiserie, d'une grâce brute. Autrement dit, une de ces découvertes aux allures de révélation qui redonnent foi en une pop majeure d'auteur… I'd be a fool comme la plupart des autres titres peuvent tourner en boucle, sans lasser, pour devenir d'inusables ritournelles aussi entêtantes que déchirantes. — Hugo Cassavetti

| 1 CD Thrill Jockey/Differ-Ant.

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Nord

Métamorphose : il y a cinq ans, on l'avait aperçue le temps d'une chansonnette ludique, Mon loup, qui rappelait fort le Oui j'l'adore de Pauline Ester… La voilà qui revient aux antipodes, très onirique, faisant désormais songer à Raphaële Lannadère (alias L) par sa diction et son timbre. Si les mots se ­perdent souvent dans les limbes des ­réverbes, c'est cette voix, feutrée, qui porte l'essentiel du disque. Elle se déroule le long de mélodies plaisantes qui frôlent la mélopée, dont l'unité de couleur évite la répétition. L'écriture, avant tout sonore et sensorielle (« la mer éponge, ronge/amers mes bras »), nous embarque en douceur dans ses brumes lyriques. Sans qu'on sache bien où la chanteuse nous emmène, on se plaît à la suivre. Car ce disque est un voyage ; il ne parle quasiment que de départs, de fuites, de transhumances. Périple organique, où il est beaucoup question d'air, de feu et d'eau. Si la terre en est absente, c'est que tout décolle justement, et d'abord les ­oiseaux, acteurs majeurs de plusieurs textes — notamment de Froid, entraînant single à l'ambiance western. A croire que Laura Cahen s'échappe en chantant : l'envol final, un long outro vocalisé, sonne comme le point d'orgue d'un premier album qui aura mis longtemps à venir, mais qui ­arrive à point. — Valérie Lehoux

| 1 CD Bellevue Music.

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Unplugged

Revisiter un répertoire metal en version acoustique, c'est un peu quitte ou double et risquer de dénaturer les compositions. Klone réussit haut la main. Loin d'être une altération de leur metal progressif planant, cet Unplugged est un vrai retour à la source, les Poitevins composant depuis toujours sur guitare sèche. Yann Ligner (chant), Guillaume Bernard et Aldrick Guadagnino (guitares), accompagnés par Armelle Dousset (accordéon, synthé, percussions), ont enregistré dans les conditions du live, au Théâtre de Rochefort, neuf titres issus de leurs deux derniers ­albums, ainsi qu'en studio une reprise assombrie du People are people de ­Depeche Mode et un inédit.

Klone réussit le pari de l'acoustique sans perdre en intensité. Le son brut, épuré propulse même au premier plan la voix rock de Yann Ligner, capable ­autant de puissance que de fragilité, autant de se poser avec douceur sur la mélancolie des guitares et de l'accordéon que de s'envoler. Un chant frissonnant, des réarrangements efficaces et quel­ques perles : une version à fleur de peau du cosmique Rocket Smoke, une Grim Dance qui gagne en gravité avec la lourde pulsation d'un tom basse, une Immersion élégamment éthérée… Et surtout les magnifiques Nebulous et The Silent Field of slaves, interprétés à coeur grand ouvert. — Marie-Hélène Soenen

| 1 CD Verycords/Pelagic.

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Three Worlds : music from Woolf works

Avouons-le, on se méfie des musiciens issus de la musique classique qui se mettent en tête de jouer de la techno à grand renfort d'archets et de cymbales. Car à l'arrivée, ces instrumentistes doués brillent généralement par leur absence totale de groove, à l'image du robot Goldorak gesticulant pesamment sur un dancefloor ! La fusion classique-électro est pourtant plus que jamais à la mode. Son artisan le plus en vue et prolixe, le compositeur germano-britannique Max Richter, après une relecture remarquée des Quatre Saisons de Vivaldi, présente Three Worlds : music from Woolf works (1), inspiré de trois textes de l'écrivaine Virginia Woolf. Pas grand-chose à signaler chez ce rejeton de l'école post-minimaliste, qui croise très sagement cordes, piano et synthétiseur modulaire. Bien plus embarrassant, Joy (2), quatrième album du trio « classique » berlinois Brandt Brauer Frick, fait flop, à force de dissonances, de percussions martelées et de voix davantage hurlées que chantées.

Divine surprise, Cabaret contemporain (3), premier album du groupe du même nom, ne lâche, lui, jamais la danse. Entièrement acoustique, le quintet franco-italien s'est rodé en public en adaptant le répertoire de Terry Riley et de Kraftwerk. Il imite de façon troublante le son des synthés et des boîtes à rythmes avec deux contrebasses, un piano, des percussions mais aussi des aiguilles à tricoter et des « trucs » qu'il tient à garder secrets. On se promet d'aller l'entendre sur scène. — Erwan Perron

(1) 1 CD Deutsche Grammophon 2F.

(2) 1 CD K7/Because Music On n'aime pas.

(3) 1 CD m = minimal 3F.

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