Actu musique

20 février 2017

Le morceau du jour c’est “Gris Métallisé” et la pop insoumise de Wellbird

“Faux super-groupe” réunissant Sammy Decoster (repéré en 2009 avec son projet solo), Jim Paillard (Ex Erevan Tusk) et Nicolas Puaux (Narrow Terence), Wellbird nous offre – en exclusivité – un extrait de leur tout premier ep Menu :

L’ep Menu sortira le 28 avril en vinyle 33 tours chez Sound Like Yeah! Records (dont un des fondateurs n’est autre que Laurent Garnier).

On retrouve chez Wellbird cette fougue et cette précipitation qui en font aussi leurs plus jolis atouts. Ainsi, les défaut de live, et l’énergie de leurs répétitions ont été conservées lors de l’enregistrement de l’ep qui a  permis d’enregistrer 8 titres en seulement 5 jours.

Très 90’s, la musique de Wellbird se revendique ainsi “simple et rapide, à l’image de ces groupes que l’on montait en une nuit à l’adolescence”. On attend la suite avec impatience…

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Vidéo : une session acoustique pour The Limiñanas et un moment de grâce pour vos oreilles

Capture d'écran Youtube

En septembre dernier, The Limiñanas livrait une session acoustique intimiste au studio Luna Rossa, dans le IIIe arrondissement de Paris. Le groupe nous la dévoile en exclusivité :

Soutenu par Fender, ce court showcase a de quoi convaincre les irréductibles du talent du groupe originaire de Perpignan. Pour le co-fondateur et guitariste, Lionel Limiñana, jouer les versions acoustiques de Cold Was The Ground et Russian Roulette relèverait presque du défi, et il nous explique pourquoi :

On a enregistré cette session Fender le lendemain de notre concert à la Cigale, fin septembre. C’était le matin et je ne crois pas qu’on avait dormi plus de trois ou quatre heures. Il s’agissait d’un set acoustique. C’est un exercice que l’on a très peu pratiqué en dehors des sessions live de Ouï FM. On a pas travaillé d’arrangements particuliers et on n’a pas répété non plus. On voulait essayer de chopper le truc brut à la première ou deuxième prise. J’espère que ça vous plaira. On remercie Alex chez Fender et Maxime chez Because qui sont des amis et des alliés précieux.

Avec un son pur et sans fioritures, on retrouve là l’esprit bricoleur mais perfectionniste des Limiñanas, qui s’est si bien exporté chez nos voisins anglo-saxons.

En concert, vendredi 24 février à Marseille, le 25 à la Collection Hiver de la Route du Rock, à Saint-Malo, le 8 avril au festival Mythos à Rennes et le 6 mai à Strasbourg.

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Roger Waters de Pink Floyd veut jouer “The Wall” à la frontière américano-mexicaine

Source : compte twitter de Kevin Sullivan

Après avoir été joué devant les vestiges du mur de Berlin en juillet 1990 – célébrant ainsi la chute du mur allemand (huit ans plus tôt), l’album The Wall du Floyd pourrait à nouveau être interprété pour défendre une cause toute aussi importante mais située à plus de 9000 km de là.

En effet, Roger Waters, un des fondateurs des Pink Floyd, envisage de rejouer cet album mythique devant la frontière séparant le sud des Etats-Unis avec le Mexique, en signe de protestation au plan de construction d’un mur annoncé le plus sérieusement du monde par Donald Trump.

Dans un communiqué relayé par l’AFP, Roger Waters a ainsi expliqué que The Wall était “vraiment d’actualité maintenant que Mr Trump envisageait de construire un mur et ainsi de créer des hostilités entre les races et religions”. Il a aussi ajouté que l’album du Floyd (sorti en novembre 1979) racontait “à quel point construire un mur pouvait porter préjudice à l’individu, mais aussi à une plus grande échelle.”

Le songwriter de 73 ans compte donc bel et bien organiser un concert exceptionnel pour jouer l’album The Wall afin d’alarmer l’opinion publique – comme il le précise dans ce même communiqué AFP :

“Il y a un besoin urgent d’être informé contre ses politiques d’extrême droite. Les égouts sont engorgés de personnes avides de pouvoir à l’heure où je vous parle.”

Waters a conclu sa déclaration en rappelant l’importance de s’engager en tant qu’artiste :

“La musique est une place légitime pour exprimer son désaccord, les musiciens ont le droit absolu et le devoir de prendre la parole pour exprimer leur opinion.”

Et ce n’est pas la première prise de position de l’Anglais face à Trump. Dans une précédente interview pour WTF, Waters comparait la candidature de Donald Trump à la montée d’Adolphe Hitler au pouvoir dans les années 30. Considérant le magnat de l’immobilier comme “aussi dangereux” que le fascisme, Roger Waters ne s’est pas non plus gêné pour se moquer très ouvertement du nouveau président des Etats-Unis d’Amérique lors de ses récents concerts, notamment via des projections vidéos :

Roger Waters makes a political statement as he closes out night 3 of #DesertTrip #rogerwaters #oldchella #SCNG #Trump pic.twitter.com/Ydxiu2jQCa

— Kevin Sullivan (@sullikevphoto) October 10, 2016

#RogerWaters #PinkFloyd #DesertTripIndio #DesertTrip

A post shared by G (@cadillac.g) on Oct 10, 2016 at 12:37pm PDT

Roger Waters prépare actuellement un album solo, le premier en 22 ans. Ce disque est décrit par son auteur comme “un trip sur un tapis volant, une diatribe politique mais aussi un peu angoissé” . Il sera en tournée cet été en Amérique du Nord pour défendre sa sortie. Quant à la reformation du Floyd, Waters ne serait pas contre à en croire une récente interview donnée pour le Telegraph.

>> A lire aussi : Pink Floyd annonce la réédition vinyle des albums “The Final Cut” et “A Momentary Lapse of Reason

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Depuis l’espace, Thomas Pesquet continue à écouter de la musique bien fraîche

crédit : compte Twitter de Thomas Pesquet

Depuis plus de trois mois, Thomas Pesquet régale la toile, notamment grâce aux photos qu’il poste via son compte Twitter. Pris à 400 km d’altitude et depuis la station spatiale internationale (ISS), des clichés de Bordeaux, de la fête des lumières à Lyon, ou encore de la Mer Morte ont ainsi été partagées par l’astronaute, à la grande joie de ses followers. En phase de devenir la personnalité préférée des français, Thomas a tout d’un spationaute 2.0 : champion de communication, drôle, sportif (et bon supporter) accessible et souriant !

Mais ce n’est pas tout, l’astronaute de l’ESA (European Space Agency) se distingue également par ses goûts musicaux. Avant même de décoller à bord de sa fusée (en novembre dernier), il annonçait déjà la couleur avec une playlist “top 14 pour le décollage”.

Un peu de musique avant le grand départ: voici mon top 14 pour le décollage, la suite dans la @Space_station https://t.co/0z1KNAqnId

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) November 17, 2016

Et depuis sa mise en orbite, il nous offre très régulièrement ses morceaux préférés (double postés en français et en anglais). En phase avec son époque : ses chansons illustrent non sans humour des expériences scientifiques ou les paysages qu’il survole. Pour le plaisir, nous vous avons sélectionné des extraits de la playlist presque parfaite de Thomas – qui au passage doit être un fidèle abonné à Deezer, puisque tous ses players font un bon coup de pub à la plateforme de streaming en ligne française…

Un pays survolé, un morceau partagé

L’astronaute a le chic d’adapter sa playlist aux pays qu’il survole avec la navette spatiale. Ainsi, au dessus de la ville de Berlin, il nous offre l’écoute d’un titre phare du producteur allemand Paul Kalkbrenner :

Another @paulkalkbrenner#songs4space from the Berlin Calling soundtrack – Square1 https://t.co/AAqNTnBdY7

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 9, 2017

De passage par la Floride, Pesquet en a profité pour nous offrir un extrait ensoleillé du premier album de Talisco, The Keys :

Survol des Keys en Floride… J’y ai de bons souvenirs du stage @NASA_NEEMO! @taliscomusic-The Keys #songs4space #tbt https://t.co/Nqundps4SP

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 16, 2017

Survolant l’île de Beauté, Thomas a une pensée émue pour la nature sauvage et en profite pour vous faire découvrir un groupe iné bien connu des Inrocks : Pégase.

De magnifiques paysages et une nature sauvage à préserver @raphaelpegase – Be Wild #songs4space https://t.co/SrlZue9CBA

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) January 27, 2017

Thomas, au secours de la scène indie française ?

Et pourquoi pas, un peu plus tôt en janvier, il vibrait déjà sur les Parisiens de Natas Loves You, puis Pony Pony Run Run, ou encore la dream pop d’Isaac Delusion et le producteur electro Mome. Un brin romantique c’est vrai, il a même dédié un morceau des Chromatics à la lune avant de faire de la prose avec le bleu de l’océan sur Kindness.

Ambiance lunaire dans la playlist… Chromatics – Night Drive #songs4space https://t.co/lUD3jLPejU

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) January 20, 2017

Et comme si un coucher de soleil n’était pas assez romantique, Thomas nous rappelle qu’il peut vous en offrir 16 dans la même journée… et quoi de meilleur que le tubesque Nightcall de Kavinsky pour flamber :

Une chanson parfaite pour entrer dans la nuit (toutes les 45 min sur l’#ISS!) @iamKAVINSKY – Nightcall #songs4space https://t.co/RouGMmLY0G

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) December 22, 2016

Fan de judo, le cosmonaute s’est mis en scène dans un duel en apesanteur (sans oublier de citer les hashtags et comptes officiels de la fédération de judo, décidément un vrai geek), et a partagé le single You & Me des frérots anglais de Disclosure – remixé par Flume :

#Songs4space: in judo when the contest starts its all down to "You & Me" – @Disclosure https://t.co/1R99i4tm1V

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 11, 2017

Avant la compétition sportive la plus attendue aux USA, le superbowl, Thomas envoie un message d’encouragement aux équipes des Falcons et des Patriots avec Good Luck du duo de Brixton Basement Jaxx :

Time for the #SuperBowl tonight – @AtlantaFalcons v @Patriots! @TheBasementJaxx – Good Luck #songs4space https://t.co/pPFK3kHSj4

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 5, 2017

Des expériences scientifiques orchestrées en musique

Sur la station de l’ISS, les jours se suivent, les expériences aussi, mais la musique elle ne se ressemble jamais. Un peu de soul pour se donner du baume au cœur ? Pas de panique, Thomas a la solution : il dégaine le groove de l’anglais Jamie Lidell :

Another day, another experiment… most of our time on @Space_Station = science! @JamieLidell-Another Day #songs4space https://t.co/VovGjO37OB

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 10, 2017

En pleine expérience sur la matière liquide, Thomas fait un clin d’oeil à la french touch et au titre Genesis de Justice :

L’eau – source de vie et source intarissable de découvertes semble-t-il… Justice – Genesis #songs4space https://t.co/u6yrU7arIX

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 7, 2017

Plutôt ennuyant de communiquer sur tous les sujets scientifiques de la navette ? Impossible n’est pas Thomas ! Quand il s’agit de mettre en scène Haptics2, un dispositif complexe permettant de recréer les sensations de toucher à distance, il nous fait vibrer sur le morceau Coursthip Dates de Crystal Castles.

#Haptics2 permet même de serrer la main à quelqu’un resté sur Terre @CRYSTALCASTLESS–Courtship dating #songs4space https://t.co/25iAiVyhCc

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 2, 2017

Chaque épreuve ou ouvrage à bord de la navette s’accompagne ainsi d’un jingle sélectionné avec précaution par Thomas. Difficile de tous vous les citer, mais on vous recommande chaudement ses tweets sur Metronomy, C2C, Feist, les sud-africains Die Antwoord… ou encore quand il fait passer des messages sur le changement climatique grâce à Simian Mobile Disco !

Dans le dernier clip de Yuksek

Thomas Pesquet ne se contente pas seulement d’écouter de la bonne musique, il tourne également des clips pour son ami Yuksek, à bord de la station spatiale. Le français signe ainsi des images pour son dernier titre Live Alone, extrait du prochain album du producteur rémois (sortie prévue le 24 février).

La vie est toujours plus belle en musique! Merci à @yuksek pour cette collaboration #songs4space https://t.co/3lD92T241l

— Thomas Pesquet (@Thom_astro) February 3, 2017

Un astronaute 2.0 qui commence à être critiqué

Enfin si certains l’encensent avec des “Pesquet Président“, Thomas ne se fait pas que des fans. A force de poster des contenus aussi ludiques que réguliers, certains commencent à remettre en question la légitimité de sa mission scientifique à bord de l’ISS… Pourtant les médias et l’opinion publique française ne se sont jamais autant intéressés à cette navette que depuis son arrivée à bord. On termine en lui recommandant un morceau pour continuer à nous partager sa musique bien fraîche.

Les Inrocks - musique

Rodolphe Burger : “A Sainte-Marie-aux-Mines, j’écoutais la même chose qu’un Portoricain du Bronx”

Artiste prolifique, toujours en mouvement, à la croisée du rock, du blues, du jazz et de la poésie, celui qui fut le leader du groupe Kat Onoma publie son cinquième album solo, “Good”. Il revient sur les chansons et les artistes qui l'ont marqué.

Télérama.fr - Musiques

Maurice Vander, Mister Swing, n'est plus

La pianiste et arrangeur Maurice Vander était l'indispensable complice musical de Claude Nougaro. Mais son sens du swing en fit l’un des meilleurs jazzmen français, que les plus grand s'arrachaient. La mort l’a cueilli, à 87 ans, dans sa ferme retraite poitevine.

Télérama.fr - Musiques

“Inutile de Fuir” : voici le manifeste du gabber français

Capture d'écran "Inutile de Fuir", par Kevin El Amrani

Depuis quelques années, le Gabber s’infiltre un peu partout. Koudlam, LUH ou LOAS, pour ne citer qu’eux, se sont déjà inspirés du mouvement, une expo avait pris place en 2014 à Paris ; et on attendait avec impatience que l’expression française du Gabber continue à prendre de l’ampleur. Du coup, vous imaginez notre joie lorsque Casual Gabberz a annoncé la sortie d’Inutile de Fuir, une compilation/manifeste de 51 morceaux emballés dans une pochette d’une subtilité nucléaire. Sans parler du moment où les algorithmes de Facebook nous ont appris que Kevin El Amrani s’était attelé à illustrer le disque avec une longue (et belle) vidéo :

L’hybridation, et un hommage tourné vers le futur

On a contacté Paul Seul, l’un des instigateurs du projet, afin qu’il nous décrive l’ambition du geste :

“On ne cherche pas à se positionner en tant que label de gabber stricto-senso. L’idée est d’affirmer des influences hard dans une production club contemporaine. C’est une sorte de travail de recherche et d’hybridation.”

En résulte un objet aussi agressif qu’intéressant. Inutile de Fuir ne cherche clairement pas à plaire à tout le monde, mais à proposer quelque chose de neuf. Une forme d’hommage, sans doute, mais “tourné vers le futur, sans idée de nostalgie“. Et la mission est clairement réussie : les BPM s’enchainent, force de frappe imparable, et s’offrent même parfois des moments étonnamment gracieux. Comme par exemple sur le titre R3fl3ction, d’AAMOUROCEAN, à la fois ultra dansant – ce qui reste quand même le but de la compilation – et rempli d’une mélancolie irrésistible. Avec ses éléments gabber, le titre réussit le tour de force de rendre l’eurodance agréable :

Aux cotés de musiciens directement issus de la scène française, on retrouve aussi des noms plus surprenants. D’abord Butter Bullets, les démons du rap – mention spéciale à leur titre Alexander Shulgin, L.O.A.S., avec un remis du morceau VLV par RER E, ou encore Panteros 666. Mais également Krampf, le DJ/producteur dont on croise le nom un peu partout aujourd’hui. Celui-ci nous déclare :

“De base c’est une influence pour mes prods, de manière assez directe par le sample. Quand j’ai évolué vers une musique moins samplée, l’influence s’est plus ressentie sur le travail de recherches et de textures, de qualité et de variété dans les saturations.”

Un genre bien contemporain

Si la musique gabber, vue par beaucoup comme un truc de russes ivres ou défoncés, a souffert de pas mal de clichés depuis son apparition, elle vient donc de s’offrir un habillage aussi neuf que bienvenu. La brutalité de l’ensemble peut aux premiers abords rebuter – ou attirer, c’est selon – mais se focaliser uniquement sur sa puissance de feu serait une erreur. Beaucoup de morceaux frisent par moment la virtuosité musicale, et dépassent la simple volonté de frapper le plus fort possible. Comme en témoigne par exemple le morceau de Voiron :

Evidemment, tout ça ne vient pas de nulle part. Le crew tourne depuis un moment et s’est très vite taillé une place de choix dans la sphère underground du genre. Paul Seul explique :

“Sans tomber dans la psychologie de comptoir, je pense que le gabber peut être vu en 2017 comme un exutoire ultime, à la hauteur du chaos de ce monde.”

On ne pourra qu’être d’accord avec lui. Et finalement, la seule chose qu’on puisse éventuellement reprocher à Casual Gabberz, ce sont sans doute les visuels de leurs soirées. Mais à vrai dire, on s’en fout un peu et tout ça reste bien subjectif ; ça n’empêchera pas Inutile de Fuir de tourner encore un bon moment dans nos discmans.

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Sofiane : rappeur avant d’être exemple et porte-parole

(capture d'écran)

Sofiane le répète : “C’est un alignement de planètes”. Le fait que le rappeur du Blanc-Mesnil sorte son album #JeSuisPasséChezSo, qu’il se retrouve porté en héros sur les réseaux sociaux après avoir calmé manifestants et policiers à Bobigny, et que le tournage d’un de ses clips ait défrayé la chronique, ayant soi-disant déclenché une émeute aux Mureaux, le tout en moins d’un mois, n’est que pur hasard. Peu importe, l’actualité est chargée. Même la grippe n’aura pas raison de son agenda de ministre. Après plus de dix ans passés à tenter de percer, le voilà qui touche un public plus large, en tête des ventes. Ça n’est vraiment pas le moment de rester au lit.

“La vérité, c’est le charbon, et la patience”

On a tendance à l’oublier, mais Sofiane, aussi appelé Fianso, a de la bouteille. “Ceux qui émergent en six mois, bien souvent, ils disparaissent en six mois. Espérons que ceux qui émergent en dix disparaissent dans dix ans. On ne va pas se mentir, la vérité, c’est le charbon, et la patience.” A 30 ans, il a fait le choix du rap dur, “celui de la rue”, qu’il a perfectionné notamment grâce à ses freestyles. “J’ai toujours trouvé bizarre ces artistes qui subissent le live. Ils kiffent rapper, mais dans un studio avec des meufs et de la vodka. Dès que tu les envoies au feu, ils sont pressés que ça se termine. Que ce soit à la radio ou sur scène. Je crois que j’ai cet avantage : le freestyle, la scène, la pression, je kiffe. C’est ma came.”

“Le bougnoule de service, c’est pas moi”

La pression, justement, l’amène parfois à se mettre en avant. Le 11 février à Bobigny, la situation est tendue lors du rassemblement pacifique contre les violences policières.

“Je me suis retrouvé avec une meute de gens en face d’une meute de schmitts. J’ai fait comme si j’étais dans ma cité avec mes propres petits. C’est aussi simple que ça. Quand je les ai vu pointer les canon, j’ai dit à tout le monde de lever les bras. J’ai regardé les policiers, il y en avait des très jeunes, l’ambiance était très crispée. Quand ils ont vu que je tenais plus ou moins les gars, il y a un gradé qui m’a pointé du doigt en me demandant de venir le voir. Il m’a dit : ‘T’as l’air d’être le leader.’ J’ai répondu : ‘Moi, je suis le leader de rien du tout. Mais si je peux éviter qu’un gamin se fasse blesser aujourd’hui, ça serait pas plus mal.’ Et il m’a dit : ‘Il faut qu’il y ait dix mètres entre vous et nous, sinon il faut que j’allume. Et j’allumerai. Aujourd’hui, j’ai envie de tirer sur personne.’ J’ai tenu les gars, il a tenu les siens. Ils ont reculé, on a calmé les gens, et c’est là que la fameuse vidéo a été filmée.”

Depuis, son téléphone n’arrête plus de sonner. Tous les médias veulent parler au pacificateur, au médiateur, au porte-parole, au représentant des quartiers. Mais Sofiane, malgré son tempérament de leader assumé, ne rentre pas dans ce jeu perfide. “Je ne fais pas France Inter ou BFM TV parce qu’ils veulent juste un rebeu qui sait aligner plus de trois syllabes. Le bougnoule de service, c’est pas moi. Et puis je veux aussi parler de musique. T’imagines causer de mon album sur BFM Grand Angle ? J’ai très peur de la récupération politique, d’un milliard de trucs. Il y a des pièges devant moi.”

Le réseau de la rue

Il laisse faire ceux qui, dans le rap, ont endossé ce rôle difficile, parfois ambigu et risqué de porte-parole, tels Kery James et Youssoupha. Ces derniers ont largement contribué au succès du concert “Justice pour Adama Traoré” le 2 février à Paris, qui réunissait une volée de grands noms du rap français. Sofiane était de la partie. “Je ne suis pas Kery James, je n’ai pas sa carrière. Je lève les mains avec humilité, ne me prenez pas pour ce que je ne suis pas. Si je veux jouer à l’exemple, on aurait vite fait de vérifier que je n’en suis pas un.”

Vérifions. Sofiane Zermani a vécu à Stains jusqu’à ses 13 ans, puis au Blanc-Mesnil. Un pur produit du 93, marié depuis ses 19 ans, deux enfants, passé quelques fois par la case prison. Pas un exemple, mais un type profondément tourné vers les autres. Quand il s’adresse à vous, il est corps et âme dans la discussion. Son attachement aux cités, qu’il considère comme les fondations d’une ville, lui vaut d’avoir un réseau dans les quartiers un peu partout en France. Tous les Franciliens ne peuvent pas se permettre d’aller tourner un clip à La Castellane de Marseille. Comment ?

“Grâce au réseau rue. Et rien d’autre. Il n’y a aucun label, aucun producteur, aucun manager qui peut te permettre de faire ce que j’ai fait dans le rue. Ce sont mes gens, mon équipe, mes acolytes, mes associés. Les maisons de disque ne peuvent pas t’emmener dans les endroits où je suis allé. C’est la rue qui a parlé. C’est aussi pour ça que je ne peux pas dire aux petits noirs et aux petits arabes qu’il faut aller à l’école pour avoir des diplômes et devenir avocat. La vie, c’est pas comme ça. Il y a des réalités beaucoup plus sombres. C’est facile d’aller à BFM TV, de mettre une belle chemise et de dire qu’on va sortir nos petits frères de la galère. Mais la vérité, ce sont des gamins qui sont obligés d’aller à l’usine ou de faire du sale parce que les parents n’arrivent pas à payer le loyer. Quand on en parle à la télé, on nous traite de démagos. Ce sont des mecs de 22 ans qui se prennent des matraques dans le cul à Aulnay-sous-Bois et qui ont des flics qui portent plainte contre eux ensuite. C’est l’IGPN qui dit que c’est un accident. Le foutage de gueule, on le connaît.”

“On est juste nous”

Un discours habité qui l’a poussé à accepter un nouveau rôle : celui d’ambassadeur du club de foot historique du 93, le Red Star, remonté en Ligue 2 en 2015. “Tu veux le mytho habituel ? Ok. On a des valeurs communes, blablabla. Tu veux la vérité ? C’est le club du 93 et je veux voir tous les mecs de cité dans les gradins supporter leur équipe.” Durant toute la discussion, deux leitmotivs : humilité et vérité.

“Tu vois les gars dans les clips, avec leurs flingues. Dès qu’ils se retrouvent dans une cité sombre avec des gens sombres, ça leur fait tout bizarre. Ils ont oublié ça depuis longtemps. Ils écrivent des bouquins sur le tennis sans jamais avoir tenu une raquette. Certains le font très bien, mais de la fiction à la réalité, il y a un gap. Donc il faut arrêter les conneries. Après, si un type est un parrain de la mafia italienne, il l’est. Si l’autre est de Compton, il l’est. Si ça marche et que ça vend des disques, tant mieux. Mais nous, on est juste nous. Sans triche, sans artifice, sans styliste pour les clips, sans lumière quand il fait sombre, sans maquillage pour cacher les balafres. On est juste nous.”

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