Actu musique

18 février 2017

Dans la routine de Flyman, l'un des derniers distributeurs de flyers

Devant la Bellevilloise ou le New Morning, à PAris, Olivier Espiau, distribue ses tracts aux amateurs de musiques du monde depuis plus de vingt ans. Plus qu'un métier, une véritable vocation.

Télérama.fr - Musiques

Festival Generiq, jour 4 : Shame et HMLTD font sensation

crédit : Vincent Courtois

Pour cette quatrième journée du festival Generiq, on a hésité : tambouille anglaise ou fusion food ? Peu doué pour l’ubiquité, on quitte à regret Audincourt, son Moloco, son absinthe maison et sa programmation mondiale et passionnante. Car ce soir le club présente aussi bien la house parisienne de Paradis, la pop ligérienne de Mesparrow, les joyaux australiens d’Alex Cameron ou l’électronique panoramique des Américains de Survive, responsable de la remarquable BO de la série Stranger Things.

À ce festin, on préférera pourtant l’assiette anglaise. Qui démarre en toute logique par une entrée américaine au Cellier de Clairvaux avec deux frangins de Floride repérés aux côtés du grand Mac DeMarco : Tonstartssbandht. Le blondin en front de scène tient sa guitare comme une hache, chantant des incantations obscures à une déesse sans doute véhiculée en licorne. À moins qu’il ne raconte une forêt enchantée où pousseraient comme du chiendent des champignons magiques. En tout cas, on en mesure les possibles effets secondaires sur une musique sans forme, sans structure, jouée sur une guitare douze cordes, parce que vingt-quatre cordes, ça n’existe pas. Après ce concert de prog-rock carabiné, on rejoint la colonie anglaise installée dans les caves du centre d’art contemporain du Consortium.

Ça commence dans cet étrange mélange de raideur et de félinité propre aux Savages, qui ont délégué leur bassiste Ayse Hassan et son duo privé, Kite Base. Joli concert aux reliefs un peu absents, délavés, il ne faudra pas grand chose pour que ces chansons lyriques jusqu’au hululement (à ne pas confondre avec hurlement, quoique) trouvent un ton percutant et punchy. En tout cas, cette formule rigoureuse à deux basses et boîte à rythmes est déjà un régal,

Dijon a l’accent londonien

Mais Dijon parle surtout ce soir avec un accent londonien mâle et énervé, plus précisément sud-londonien, avec deux des plus brillants espoirs de la scène locale et électrique : les teignes politiques de Shame et les dandys déglingos de HMLTD. Mais si les deux groupes partagent la même volonté de maltraiter l’électricité et d’exploser les coutures de la pop (Shame) ou du glam-rock (HMLTD), les musiciens, amis dans la vie, parviennent à leurs fins par des voies radicalement différentes. Shame s’inscrit dans une veine terriblement british de pop journalistique, racontant la petite vie anglaise à hauteur d’homme. Ils évoquent ainsi la morgue de The Fall, l’urgence de Joy Division, la rage de Clash, le bagout de The Streets ou l’élégance des Smiths.Car derrière les facéties, les discours rageurs et les shows tapageurs de leur chanteur Charlie, grosse star, le groupe joue précis, fougueux, érudit, à la fois punk dans l’esprit et pop dans la lettre.

Chez HMLTD, la notion de filiation est nettement moins évidente, tant ce groupe aux nationalités éparpillées (deux Anglais, trois Français, un Grec) semble échapper à tout arbre de famille – ou alors, un arbre tordu, déchiqueté par la foudre. On y reconnaît peut-être l’esprit tapageur des New York Dolls, la classe lugubre des Cramps ou les cris de crooners maudits, d’Iggy Pop ou Nick Cave. Mais on n’y entend à l’arrivée rien de tout ça, tant le son du groupe, chien fou sans collier, échappe à tout contrôle, toute raison. C’est fascinant à voir autant qu’à entendre, en quelques flashs colorés et déflagrations soniques venues tout droit des hormones encore en lutte dans ces corps efflanqués. London calling ? Pour ces deux groupes, on répond immédiatement présent.

Les Inrocks - musique

10 albums africains à écouter en 2017

Jupiter Okwess, et son “bofenia rock”, forgé dans le chaudron de Kinshasa.

Jupiter, Kin Sonic

Déterminé comme jamais à précipiter les musiques congolaises dans un cocktail Molotov moderniste, voire futuriste, l’indestructible “Général” au profil tout en longueur revient avec l’intention ferme d’instaurer le règne intergalactique de son trépidant “bofenia rock”. En faisant quelques tours du monde, son groupe a gagné en efficacité et dépense sans compter une énergie un peu braque que la production se garde bien d’aseptiser. Plus funk, plus rock que son prédécesseur, Kin Sonic, à paraître le 3 mars, inscrit définitivement Jupiter parmi les leaders musicaux d’Afrique centrale.

Orchestra Baobab, Tribute to Ndiouga Dieng

Ce n’est pas à l’Orchestra Baobab que l’on apprendra à faire se déhancher une rumba, comment l’entremêler de kora indolente et la sous-tendre d’une dignité toute mandingue. La science de cette légende de la musique sénégalaise est telle que tout ici paraît moelleux, suave, inspiré par une sagesse non dogmatique, un laissez-vivre heureux. La formation n’a plus d’âge et elle a subi de nombreux changements de line-up, mais la voix de Balla Sidibé n’a rien perdu de sa splendeur et son entourage sait lui offrir l’écrin qu’elle mérite. Si ce disque ne bouscule donc rien, il n’a pour nous que tendresse – et c’est réciproque. Sortie le 31 mars, en concert le 16 mai au Cabaret Sauvage.

King Ayisoba, 1000 Can Die

Entre revendication et communion, rire et fureur, colère et exultation, la musique de King Ayisoba se déploie depuis les deux cordes rêches violemment fouettées de son luth kologo, son inséparable corne dont il souffle tel un chasseur appelant à la curée, et sa voix, rocailleuse et comme possédée par un démon trop lucide. Les prestations du punk d’Accra tiennent ainsi du happening musical et politique à la démence non feinte. 1000 Can Die en restitue toute l’urgence, même quand il accueille d’autres dingos comme Lee Perry ou Orlando Julius. Sortie le 31 mars.

Awa Poulo, Poulo Warali

Unanimement respecté pour son travail de réédition, le label Awesome Tapes from Africa a depuis peu entrepris de produire directement des artistes et, là encore, on peut compter sur la pertinence de ses choix. Awa Poulo compte ainsi parmi les rares chanteuses peules du Mali, ce qui fait toute la curiosité de ce disque, traditionnel par la forme et l’essentiel de l’instrumentation (flûte peule, n’goni et calebasse, relevés de quelques traits de guitare électrique) comme par sa progression en brèves séquences mélodico-rythmiques répétées indéfiniment jusqu’au jaillissement d’un chant humble et gracieux.

Bargou 08, Front Musical Populaire

Avant de la recevoir de plein fouet le 31 mars à Aubervilliers, lors du concert programmé par Banlieues Bleues, on peut déjà se confronter à la bourrasque soulevée par Bargou 08 en écoutant son album-manifeste, Front Musical Populaire. Menée par son chanteur, le charismatique Nidhal Yahyaoui, la formation restitue les traditions d’une région pauvre du nord-ouest de la Tunisie en accentuant la brutalité des rythmes et en teintant son répertoire de rock. Le résultat est nu, sec, exaltant, porté à incandescence par d’enivrantes volutes de ney et de superbes saillies vocales.

Serendou, Zinder

Serendou scelle la rencontre étincelante entre deux flûtistes venus d’horizons apparemment éloignés, la Bretagne pour Jean-Luc Thomas, le Niger pour Yacouba Moumouni, leader de Mamar Kassey. Soutenus par le chant et la calebasse de Boubacar Souleymane, les deux hommes privilégient le dialogue fraternel et l’ouverture, au jazz avec une invitation à Michel Godard, au Brésil avec des interventions de Carlos Malta et Bernardo Aguiar. Plus richement produit que le précédent, ce deuxième album se déroule en transes libératrices, euphories douces, plaisir constant du rythme et de l’imagination en ébullition. Un bonheur. A retrouver le 16 mars au Studio de l’Ermitage.

Tamikrest, Kidal

La situation au Nord Mali est sans doute difficile à déchiffrer mais inutile de se voiler la face : les grands médias français s’y intéressent peu. Les tensions ne sont pourtant pas apaisées, et Ousmane Ag Mossa entend bien le faire savoir à travers sa musique. Oscillant entre envols bercés de murmures gutturaux, rock fouettés d’électricité orageuse et syncopes reggae brisées de wah-wah, Tamikrest ne change rien à son message de paix, de fierté et d’indignation, mais le pare d’harmonies nouvelles. Le groupe touareg témoigne ainsi d’une capacité à évoluer et à se renouveler, tout en inspirant le même respect pour son engagement. Sortie le 17 mars.

Janka Nabay, Build Music

En cherchant à unir une voix nasillarde et un phrasé lent évoquant les prophètes rastas à des sonorités rétrofuturistes que les synthés actuels se refusent normalement à produire, Janka Nabay a pris un risque : celui de la ringardise. Et pourtant, ça tourne, et même davantage. Miracle des grooves, distillés avec une science toute africaine, miracle aussi des attaches traditionnelles, cette “bubu music” que le Sierra-Léonais a emportée avec lui dans son exil américain et qu’il a su mettre à la portée d’un nouveau public. A paraître le 24 mars, Build Music apparaît finalement comme un album d’afro-electro tout à fait jubilatoire.

Black Flower, Artifacts

Le phénomène est désormais bien identifié : en exhumant dans leurs “Ethiopiques” les trésors du Swingin’ Addis, Francis Falceto et Gilles Fruchaux ont poussé des formations européennes à cultiver leurs propres floraisons dans les étranges jardins nubiens. Black Flower en a tiré un jazz baraqué, baignant dans des nocturnes hantés de menaces qui tantôt ricanent à travers le clavinet et la wah-wah, tantôt s’ébrouent au son du baryton et de la trompette. Ajoutez à cela des tambours de guerre et des sinuosités flûtées, des dorures passées et des flamboyances toutes contemporaines et vous obtenez un second disque passionnant. A retrouver les 9 et 10 mars, au Duc des Lombards.

The Original Sound of Mali

Comme les voies du Seigneur, les profondeurs de la musique malienne sont insondables : au moment où, soit orgueil, soit inconscience, on pense avoir réussi à cerner à peu près le sujet, il survient toujours de nouvelles productions, de nouvelles rééditions, pour nous émerveiller encore. Ainsi The Original Sound of Mali, dernière compilation de Mr. Bongo, explore-t-elle un versant psychédélique plutôt inhabituel, quand le balafon et le n’goni enfumaient les esprits, que les tambours vrillaient les tempes et que la kora chevauchait les astres. Une fois de plus, d’Idrissa Soumaoro au Super Djata Band, de Sorry Bamba au Rail Band, l’extraordinaire valeur des musiciens maliens s’impose à nous. Sortie le 10 mars.

Les Inrocks - musique

Soko revient en forme avec “Sweet Sound of Ignorance”

capture d'écran Youtube/NYLON Video

Soko, Soko, Soko Soko. Son nom revient de temps en temps comme une chansonnette, mais sa nouvelle sortie est plutôt du genre tube trippy, un peu à la Connan Mockasin. Le morceau est titré Sweet Sound of Ignorance et s’accompagne direct d’un clip que Soko a réalisé elle-même à Los Angeles, avec peu de moyens mais beaucoup d’amis et surtout beaucoup d’idées. Le morceau, lui, a été enregistré à New York, là où elle bosse actuellement sur son prochain album avec Patrick Wimberly (moitié de Chairlift et producteur pour le dernier Solange ou encore le prochain MGMT). Le tout est cool, drôle et à découvrir ci-dessous.

Mystère et suspens

“Ce n’est pas vraiment un single, explique-t-elle quand on la rencontre dans le centre de Manhattan. Même pas un single zéro, comme on dit parfois”. En fait, Soko sort ce morceau pour accompagner la couv de Nylon qui lui est consacrée ce mois-ci (numéro de mars). Le clip est d’ailleurs sorti en avant-première sur le Facebook du magazine, en attendant que l’album en préparation se termine. “Je sais un peu de quoi ça va parler, mais j’ai l’impression de le découvrir en ce moment, en le faisant.” Le titre de cet album ? “Je ne peux pas te le dire pour l’instant, j’ai encore trop peur de changer d’avis ! En gros, ça parle du présent, de là où j’en suis.”

Soko connait toutefois un peu le programme musical : “Des chansons assez solaires mais avec des paroles plutôt tristes”. Une tonalité que Sweet Sound of Ignorance laisse déjà entrevoir dans sa volonté de nouveauté, deux ans après My Dreams Dictate My Reality et quelques mois seulement après le film La Danseuse. Et cette nouveauté n’est pas sans lien avec la situation géographique actuelle de Soko, éternelle nomade incapable de se poser. A New York depuis le mois d’août dernier, elle raconte :

“Je suis venue à New York pour sortir de ma zone de confort. Ma vie est à Los Angeles. Ici, je suis déstabilisée. Cette ville me rend un peu folle. Alors je ne fais que travailler. J’avais besoin de de ça, sortir de ma routine, pour me lancer de nouveaux challenges.”

Mais l’album “n’est pas prêt du tout” et ne sortira “pas avant septembre”. Il faudra donc patienter avec Sweet Sound of Ignorance et son clip, ce qui est déjà pas mal.

Les Inrocks - musique

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