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U2, 23 juin, Roger Center, Toronto, Ontario, Canada

Première partie : The Lumineers

Setlist

1 - Sunday Bloody Sunday

2 - New Year's Day

3 - Bad / Suzanne (snippet) / Hallelujah (snippet)

4 - Pride (In The Name Of Love)

5 - Where The Streets Have No Name

6 - I Still Haven't Found What I'm Looking For

7 - With Or Without You

8 - Bullet The Blue Sky / Black Dog (snippet) / America (West Side Story) (snippet)

9 - Running To Stand Still

10 - Red Hill Mining Town

11 - In God's Country

12 - Trip Through Your Wires

13 - One Tree Hill

14 - Exit / Wise Blood (snippet) / Eeny Meeny Miny Moe (snippet)

15 - Mothers Of The Disappeared

Rappel(s) :

16 - Miss Sarajevo

17 - Beautiful Day / O Canada (snippet)

18 - Elevation

19 - Vertigo / It's Only Rock 'n' Roll (But I Like It) (snippet)

20 - Ultra Violet (Light My Way)

21 - One / Hear Us Coming (snippet)

22 - I Will Follow

Source des commentaires : U2Gigs

Ce soir, U2 joue à Toronto. Nos diables d'Irlandais ont visité cette ville à chacune de leur tournée nord-américaine, sauf pour Octoberqui ne comprenait aucune date canadiennes malgré que cette tournée soit passée deux fois sur ce continent et qu'elle ait eu 55 concerts aux Etats-Unis.

Bono dédicace Bad et One Tree Hill a Leonard Cohen. Pour Bad, il chante un long extrait du tube de Cohen, Suzanne, suivi par des hallelujahs de la chanson éponyme de Cohen. Avant One Tree Hill, Bono fait remarquer qu'il a passé presque toute la journée à penser a Cohen, même s'il n'était pas de Toronto, et à se remémorer le 79e anniversaire de Cohen passe avec lui.

L'approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada n'a pas été oubliée par Bono qui s'est fendu d'un extrait de l'hymne national, O Canada, durant Beautiful Day. Avant Trip Through Your Wires, il a traité le Canada de "bébé" comparé à "notre ancienne île" l'Irlande, mais "une vieille âme" comparée à ses "voisins adolescents", les Etats-Unis. Il a également souligné qu'il serait au Canada avec Edge pour ces célébrations, le 1er juillet, même si le groupe a un concert à Cleveland, ce soir-là.

Red Hill Mining Town est jouee ce soir pour la 17e fois, ce qui la met à égalité avec la face B la plus jouée du Joshua Tree, Spanish Eyes. Bien sûr, Sweetest Thing a été jouée bien plus souvent que ces deux titres, mais cela ne s'est fait qu'après qu'elle ait été enregistrée et qu'elle soit sortie en single, en 1998. Lorsqu'elle n'était qu'une face B, Bono en avait chanté un extrait une ou deux fois en 1989.

Ce soir, le groupe change l'ordre des rappels. Vertigo, qui avait clos les cinq derniers concerts, remonte un peu dans cet ordre. Ultra Violet reste sur la set et il semblait que One allait conclure la soirée. Mais la Gibson Explorer de Edge a été apportée sur scène et U2 a entamé I Will Follow pour la 1re fois depuis le 3 juin, comblant un fossé de huit concerts. Ce qui signifie que la set de ce soir comprend 22 morceaux ; la dernière fois que U2 avait joué plus de 21 titres pour un concert de cette tournée remonte à plus d'un mois, le 20 mai dernier.

Prochain concert demain, dimanche 25 juin au Gilette Stadium de Boston dans le Massasuchetts.

U2 France

9 bonnes raisons de se rendre au Festival Loud & Proud cette année

© Sébastien Dolidon

Comme chaque année, les festivals viennent fleurir les agendas en occupant une bonne partie des week-ends estivaux. C’est le cas du Festival Loud & Proud qui, pour sa deuxième édition, est de retour avec une programmation ponctuant deux années d’attente avec brio. Un point sur les neuf bonnes raisons de se rendre à la Gaité Lyrique à Paris, du jeudi 6 au dimanche 9 juillet.

La soirée voguing

Oui, on aurait pu simplement commencer par parler de la programmation musicale du festival. Mais vous en connaissez beaucoup vous, des événements qui troquent une potentielle soirée de concerts contre un gigantesque Ball voguing ? Au programme : 17 “houses” qui danseront devant un jury, présidé par Jean-Paul Gaultier himself, rien que ça. A noter que la soirée est aussi participative, alors chaussez vos plus beaux talons afin de danser toute la soirée du vendredi.

La programmation musicale 

Bien que le vendredi soit consacré à la danse, les mélomanes ne seront évidemment pas en reste. Du rappeur Mykki Blanco à la chanteuse/DJ/moitié de Sexy Sushi et Mansfield T.Y.A Rebeka Warrior, en passant par le duo déjanté Easter, les Norvégiennes de Smerz, le jeune Français Kiddy Smile ou encore la DJ tunisienne Deena Abdelwahed (et bien d’autres), les soirées du jeudi et du samedi visiteront tous les univers musicaux provenant de multiples pays : éclectisme assuré.

Les découvertes cinématographiques

La visibilité des personnalités queer ne passe pas uniquement par la musique ou la danse : elle s’illustre également à travers le 7e art, et l’événement est là pour nous le rappeler. Entre avant-premières de choix (Tom Of Finland de Dome Karukoski, Aria d’Emilie Jouvet), sélection de courts métrages (dont les prometteurs films d’Alexis Langlois) ou encore documentaires (Donna Haraway : Story Telling for Earthly Survival de Fabrizzio Terranova), les choix cinématographiques seront nombreux tout au long du week-end. Il n’y a plus qu’à se laisser transporter.

Les rencontres 

Qu’il s’agisse d’un échange avec Elisabeth Lebovici, auteure de Ce que le sida m’a fait, Art et activisme à la fin du XXe siècle, d’une rencontre avec l’historien américain Todd Shepard, ou de débats autour des représentations des trans dans les séries et les médias, et de conférences dansées (“Décoloniser le dancefloor”), s’instruire n’a jamais été aussi fun qu’au Loud & Proud. L’occasion de comprendre, d’apprendre et de découvrir plus en détail les thématiques importantes des cultures queer, grâce à des invités de marque.

Les ateliers participatifs 

L’avantage du Loud & Proud, c’est que le public n’est pas seulement spectateur : il est également acteur, à travers une multitude d’ateliers proposés tout au long du festival. Qu’il s’agisse de créer sa propre sérigraphie féministe, de participer à l’atelier d’écriture/de dessin utopiste “Qu’à cela ne tienne !” ou encore de créer son clitoris à l’aide d’une imprimante en 3D dans l’Hackerspace Queer et féministe, chacun/e aura son mot à dire, ou sa création à réaliser.

La place aux enfants 

Certes, il n’est pas évident d’intéresser un enfant à un film de plus d’une heure qui ne contiendrait ni Winnie, ni “libéréeeee, délivrééééeee“, et embaucher une nounou pendant tout un week-end risque d’amaigrir considérablement vos économies pré-vacances. Heureusement, Loud & Proud a tout prévu : le dimanche par exemple, rendez-vous avec le collectif les Paillettes pour une lecture de contes par trois drag queens. Idéal pour s’éloigner en famille quelques instants des normes binaires.

Le message 

Souvenez-vous : en 2015, les programmateurs de Loud & Proud font, parmi d’autres, monter sur scène Perfume Genius. Grand habitué du haut des tops Pitchfork et autres classements, le chanteur n’est pourtant que rarement présent sur les line-ups des festivals. “Est-ce que le fait que ce soit un mec super efféminé qui arrive en robe, avec du rouge à lèvres et les ongles peints sur scène, ça fait peur au programmateur moustachu ?”, nous confiait à l’époque Benoît Rousseau, l’un des responsables du festival. Là se trouve l’enjeu du Loud & Proud : rendre visible les “invisibilisés”, donner une voix aux minorités muselées. Que chacun puisse être bruyant et fier, en somme.

L’héritage

De la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 à l’autorisation du mariage pour tous en 2013, la tolérance et la visibilité naissent de petites victoires qu’il est essentiel d’archiver, pour que l’Histoire soit documentée. En plus d’y contribuer, le festival mettra à disposition un cabinet de témoignages pour recueillir les avis, les anecdotes et les souvenirs des participants de cette deuxième édition, afin que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Indispensable.

La gratuité 

Pour les plus fauchés d’entre nous, pas de panique : pas forcément besoin de débourser le moindre centime pour profiter d’une bonne partie du festival, puisque la journée du dimanche, les ateliers, les conférences et les rencontres seront gratuites, en accès libre ou sur inscription. Idéal pour ceux qui, en un jour, auraient dépensé la totalité de leurs APL (si, si, c’est possible).

via GIPHY

Toutes les informations sur le festival se trouvent juste ici, et là.

Les Inrocks - Musique

Can hors compétition

Rétrospective en triple album des 45 tours de la grande époque de Can, légendaires éclaireurs du Krautrock. Vingt-trois morceaux pour redécouvrir ces maîtres de l’hypnose, l’année où leur batteur de génie, Jaki Liebezeit, a tiré sa révérence.

Télérama.fr - Musiques

Les 8 clips qu’il ne fallait pas rater cette semaine

capture d'écran Youtube/LOSTOFFICIELVEVO

Arcade Fire Creature Comfort

La semaine dernière, Arcade Fire publiait un clip pour Creature Comfort. Un plan fixe épileptique qui se retrouve augmenté, désormais, d’une version bis dans un genre inconnu au bataillon. C’est la même vidéo mais avec plein de pop-ups qui racontent le clip, expliquent les influences du morceaux, balancent des anecdotes sur l’histoire du groupe, etc. Un exercice meta pile au niveau de folie et de créativité du groupe.

Odesza Line Of Sight feat. Wynne & Mansionair

Grosse prod sci-fi pour ce clip réalisé par Daniel Brown sur le nouveau Odesza. Si rien ne vous branche au ciné en ce moment, vous pouvez toujours mater ça.

LOST Big Party

Camélia Jordana est décidément pleine de surprises. Avec son nouveau projet, LOST, monté avec Laurent Bardainne de Poni Hoax, elle se lance dans un délire assez pop et assez arty, un peu à la MIA, et le résultat est : carrément cool. Exemple avec Big Party et son clip (que Camélia Jordana réalise elle-même), pensés l’un et l’autre comme une ode à la liberté, au style, à la fête, tout ça.

Poni Hoax The Wild

Des emojis qui tournicotent, des montages à la con, des split screens sans aucun sens, un peu de live action bien kitsch (avec des fondus) : il y a tout ce qu’on adore dans ce clip réalisé par Vincent Taeger pour Poni Hoax (encore eux, oui). Un bon produit de saison.

Depeche Mode Going Backwards (360 Version)

C’est juste un clip live, certes, mais il est en 360 et c’est Depeche Mode, alors okay.

2 Chainz Trap Check/Blue Cheese feat. Migos/Sleep When U Die

On termine avec 2 Chainz, qui a publié trois clips cette semaine. Oui, trois clips, parce que pourquoi pas? Celui de Trap Check vaut le détour (c’est réalisé par Howard Ross), les autres un peu moins, mais ça fait une jolie perf quand même.

Les Inrocks - Musique

10 albums d’Amérique latine pour fêter l’été

L’enjôleuse et virtuose pianiste cubaine Marialy Pacheco

Arto Lindsay, Cuidado Madame

Il n’avait pas publié de nouvelles chansons depuis 13 ans, ce qui ne signifie pas qu’il soit resté inactif ni qu’on ait fini par l’oublier ou le remplacer. A 64 ans, Arto Lindsay peuple toujours de machines étranges, tenant de la mécanique pure et de l’Eve future, l’espace qu’il a su créer entre no wave et musique brésilienne. Et c’est le même froid enivrement qui vient nous mordre, l’admiration pour l’intelligence des déstructurations se mêlant de surprises et de contentements familiers devant les incurables audaces d’Arto.

Marialy Pacheco, Duets

Elle cultive une image chic et quelque peu enjôleuse, mais l’essentiel est ailleurs, dans ce piano qui, au bout de ses doigts, caracole, piaffe et se cabre avec toute la droiture d’un hidalgo créole. S’approcher de Marialy Pacheco, c’est se voir entraîné dans une danse de caractère dont on risque de ne pas sortir indemne à moins d’en devancer les impétueuses ruades. Pour les six musiciens qui ont accepté de valser en duo avec l’élégante Cubaine, l’aventure paraît avoir été des plus stimulantes. Particulièrement impressionnante, la joute avec Hamilton de Holanda ravive le souvenir de celles que pouvaient échanger Paco de Lucía et Chick Corea – et ce serait déjà suffisant pour s’attacher à ce disque.

Battle of Santiago, La Migra

Mâtiner son rock de rythmes et refrains empruntés à la salsa, l’idée n’est pas neuve. Après tout, à la fin des années 60, Carlos Santana s’y employait déjà. Mais Battle of Santiago, combo de Toronto où évoluent des musiciens d’origine sud-américaine, donne une tournure différente à la rencontre, ajoutant des cuivres afro-jazz, des phrases rappées et des effets de toute sorte pour donner à sa musique l’ampleur d’une fresque psychédélique lézardée de longs râles de guitare et de saxophone, furieusement battue de rythmes obstinés et trempée aux alcools mortels de la nuit latine.

Ian Lasserre, Sonoridade Pólvora

A Bahia les talents ne manquent pas mais, depuis quelques années, c’est souvent dans l’entourage de Tiganá Santana qu’on les repère. Avant même d’apprendre que les deux hommes ont le même producteur (Sebastian Notini), le folk languissant et secret de Ian Lasserre ne laisse d’ailleurs aucun doute sur la parenté, encore que ce jeune chanteur possède déjà une manière à lui, moins souffrante peut-être, cultivant une mélancolie onctueuse et bercée de demi-teintes charmantes. Sonoridade Pólvora creuse joliment cette veine, atteignant sa pleine intensité à mi-parcours, dans un enchevêtrement de traits rêveurs et de murmures ensorcelants.

Gaby Hernandez, Spirit Reflection

Aucun disque ne pourrait mieux convenir à nos après-midis trop chauds, quelle que soit la façon dont on les occupe. Voix suave et cordes sinueuses, rythmes éparpillés comme une fine pluie d’été, basses humides et refrains de bluettes ensoleillées, c’est un précis de sensualité latine et californienne embuée d’embruns et de psychédélisme lascif que nous livre Gaby Hernandez. Par-delà cette providentielle adéquation, la chanteuse angelena d’origine chilienne réussit, dans Spirit Reflection, à allier légèreté et inventivité, complexité orchestrale et impressionnisme vaporeux. Addictif, il se pourrait bien que ce disque berce encore nos longs soirs d’hiver.

Rio Mira, Marimba del Pacifico

Le marimba n’est pas que ce xylophone à lamelles de bois dont des Africains embarqués comme esclaves pour les Amériques ont apparemment réussi à transmettre le secret de fabrication et de jeu à leurs descendants. C’est devenu le nom d’une tradition musicale partagée par les Noirs vivant sur la côte pacifique de la Colombie et de l’Équateur. Regroupant des musiciens de ces deux pays, Rio Mira en restitue à merveille les polyphonies euphorisantes, le roulement paisible et la nostalgie légère. A paraître le 7 juillet.

Dona Onete, Banzeiro

La vieille dame trop mimi qui se déhanche sur une musique de paradis, vous direz qu’on vous a déjà fait le coup. Voire… Spécialiste des cultures indiennes du Brésil venue sur le tard au chant, Dona Onete connaît ses traditions sur le bout des doigts et les transmet de sa voix rauque, à l’aide d’une instrumentation sans artifices – et sans Manu Chao, Dieu merci –, privilégiant les percussions et des cuivres comme échappés de quelque bastringue amazonien. Il en résulte une effervescence rudimentaire qui distribue la belle humeur et ne peut que donner envie de se déhancher à son tour.

Kumbia Boruka, La vida se vive

Être le digne disciple de Celso Piña suppose trois choses au moins : maîtriser son accordéon, savoir exprimer ce mélange de bringue démente et de sentimentalité propre à la cumbia mexicaine, enfin se montrer innovant, ne pas hésiter à métisser toujours plus sa musique. Tout cela, Hernan Cortés ne l’a pas découvert à la façon brutale de son homonyme, il s’en est imprégné naturellement, à Monterrey même. Avec le Français Bob Sikou, ils ont fondé la Kumbia Boruka pour cultiver sur notre sol une guinche très épicée en la coupant d’un zest de dub. A voir sur scène évidemment (à l’Entrepôt le 29 juillet), mais l’album, frais et bien frappé fera aussi l’affaire.

Gal Costa, Índia

D’abord, la pochette, forcément. Montrant au recto le ventre et le maillot ficelle de Gal, au verso la jeune femme en pagne et plumes, les seins nus, elle fut censurée par le régime militaire brésilien dès sa parution en 1973. La chanteuse y gagna ses galons d’insoumise et d’icône sexy du tropicalisme, statut qu’elle n’a jamais déshonoré par la suite. Quant à la musique, elle emprunte à la soul comme aux rythmes brésiliens, au jazz et à la pop, mettant en valeur une voix limpide, intrépide, prête à tout soumettre à son impériale féminité. Un classique, à acquérir dès le 7 juillet.

Introducing… Rubén González

C’est un manuel de vida salsera que cet album originellement paru en 1997. Rubén González était loin d’être un jeune homme alors, mais il disposait d’une aura légendaire : mambo, cha cha cha, jazz, salsa, le pianiste avait participé à toutes les évolutions de la musique cubaine au cours des 40 dernières années. Profitant de la médiatisation du Buena Vista Social Club, il décidait d’enregistrer ce disque soliste à l’ancienne, en deux jours de prises directes, sans obverdubs. World Circuit le réédite avec un inédit en supplément. Aussi moite, malicieux et intensément savoureux qu’au premier jour, c’est un indispensable.

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Michel Reis : “Il n'existe pas un style de jazz luxembourgeois”

Qui l'eût cru ? Le Luxembourg n’est pas seulement friand de l'argent des autres, il aime aussi le jazz. Et l'exporte même, grâce à un trio talentueux, adoubé par le grand saxophoniste Joshua Redman.

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“Ordre et Progrès”, l’aventure francophone d’Orval Carlos Sibelius

“Tu te sens moins seul un pistolet sur la tempe”, chantonne joyeusement Axel Monneau, alias Orval Carlos Sibelius, dans Cœur de verre. C’est avec cette remarquable acidité que s’exprime l’artiste français dans Ordre et progrès, un cinquième album chanté cette fois dans sa langue maternelle. S’il a mis de côté l’anglais, il poursuit ses expérimentations psychédéliques et s’essaie de plus en plus à l’électronique.

Désormais épaulé par Domotic, Orval Carlos Sibelius apprend à se perdre dans les sons des synthétiseurs (Locus Solus, comme un héritage de Mort Garson) pour finalement les manier avec délicatesse (Monument, aux allures plaisantes d’un Flavien Berger futuriste). Projectionniste de son métier, Orval Carlos Sibelius semble vivre au cœur d’un film : de combats épiques (Dopamine) en paysages exotiques (Antipodes), l’artiste construit son disque comme un récit, le ponctue de punchlines corrosives (“Le bonheur se répand comme un cancer sur le cerveau des gens”, raconte-t-il dans Les Oubliés). Peu de détours et beaucoup de classe, cet ovni de la nouvelle scène francophone prouve à nouveau que l’on n’arrête pas le progrès.

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“Eleven Songs”, le premier recueil d’Aliocha

(c) Jules Faure

Adoubé par les festivals prescripteurs (Bars en Trans, Printemps de Bourges, MaMa), le Franco-Canadien Aliocha Schneider se prépare à entrer dans la cour des grands avec un premier album aussi incandescent et sincère que son précédent ep, et à l’image de son personnage. Avec Eleven Songs, il signe à la fois une œuvre de jeunesse – certains titres ayant plus de six ans –, mais tourne également une page, celle des premières fois et des révérences à ses héros, les intemporels Bob Dylan et John Lennon. Il y délivre une musique fidèle à celle de son cœur : “Je ne l’ai pas écrit comme un hommage. Quand tu fais de la musique, tu joues ce que tu as envie d’entendre.”

Entre Elliott Smith et Nick Drake

Aliocha y salue aussi avec brio la beat generation, dans des chansons d’une simplicité désarmante, courtes et laissant place aux imperfections. “Enregistrées parfois en une seule prise”, on y entend la voix qui se dérobe ou une piste qui craque comme un vinyle poussiéreux. Sans filtre et en prenant soin de conserver ses fêlures.

Pour retranscrire cette atmosphère un brin vintage qui lui est si chère, Aliocha a fait appel au producteur Samy Osta (Feu! Chatterton, La Femme, Rover). Ensemble, ils s’envolent pour un studio de Göteborg, en Suède. Samy capte avec soin les influences sixties du songwriter, mais aussi un folk déchirant à la Elliott Smith ou Nick Drake. En binôme, ils enregistrent la majorité des instruments sur bandes, y invitent un clavier (Sarah) et une vieille douze cordes, le tout “parfois en une seule prise et utilisant la console sur laquelle David Bowie a enregistré Heroes !”

Fils d’un professeur de théâtre et d’une mannequin, Aliocha Schneider commence sa carrière vers 10 ans, dans un feuilleton québécois pour ados. Il suit les pas de ses frères Volodia, Vassili, Niels et Vadim (tragiquement disparu dans un accident), et enchaîne des rôles sur grand et petit écran, même sur les planches, avant de se découvrir une passion pour la musique.

Elégant et hors du temps

A 17 ans, cet autodidacte est rapidement adopté par l’artiste québécois Jean Leloup, une rencontre clé qui va lui permettre d’enregistrer des maquettes dans un vrai studio et en compagnie d’un groupe confirmé, les Last Assassins, un souvenir “hyper intimidant” mais formateur.

Gagnant en caractère au fil des ans et des tournées, Aliocha dévoile un ouvrage folk élégant et hors du temps, avec quelques sursauts plus rocailleux (Crystal Plane). Et si ses mélodies mélo évitent à tout prix une noirceur spleenante, il n’hésite pas non plus à mettre son message, parfois engagé, au premier plan grâce à une voix délicieusement chancelante. En réaction à un monde qui ne tourne plus bien rond, il signe ainsi la mélodie poignante Mr. Gardner, inspiré du décès d’un homme noir sous les coups des policiers à New York en 2014.

Il s’engage également contre la montée des extrêmes avec Virtue, qu’il dédie fréquemment à Donald Trump ou Marine Le Pen – tout dépend de quel côté de l’Atlantique le concert a lieu. Plus intime, il évoque la dépression d’un de ses amis sur Jamie, quand As Good as You et Milky Way sont des lettres à peine voilées à son défunt frère aîné : “C’est vrai que j’ai fait exprès de les déguiser, par pudeur.” Et histoire de confirmer le talent de la famille Schneider, c’est son grand frère Volodia qui l’accompagne désormais sur ses tournées, un batteur émérite passé par le Cirque du Soleil. Une histoire de famille qui n’a pas fini de nous éblouir.

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“Don’t Give Up on Love”, soul étincelante de Don Bryant

Dans l’histoire de la soul, Hi Records représente un miracle, la prolongation, durant les années 1970, du savoir-faire hérité de Stax, combiné à l’alchimie particulière d’un producteur de génie (Willie Mitchell), d’un groupe de génie (les frères Hodges) et de chanteurs de génie (Ann Peebles, Al Green, O.V. Wright). Don Bryant était quant à lui employé à écrire des chansons, en particulier pour Ann Peebles, qu’il épousa en 1974. C’est pour lui rendre hommage – en 2012, un AVC l’a obligée à prendre sa retraite – que le vétéran a repris le micro en main (son dernier album comme chanteur remontait à… 1969).

D’emblée, il se confronte au monumental A Nicked and a Nail d’O.V. Wright et envoie ses tripes prendre l’air avec un courage ahurissant. Tout pourrait s’arrêter là – on serait déjà ravi –, mais la suite n’est pas moins heureuse. Si Bryant n’a pas le timbre des plus grands, le moindre de ses souffles exhale la soul du Sud, la vraie. Il prête ainsi à ses propres ballades, It Was Jealousy ou Don’t Give up on Love, une majesté dont aucun technicien actuel ne serait capable. Qu’on croie en Lui ou non, il faut louer le Seigneur d’avoir permis à Don Bryant d’enregistrer en 2017 un tel album.

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“Modern Pressure”, les complaintes plaisantes de Daniel Romano

Il faudrait que ça se sache un peu : Daniel Romano est un trésor caché du rock. Peut-être que ça n’en touchera pas une aux fans du businessman Booba ou du produit de synthèse Beyoncé, mais le Canadien de l’Ontario a carrossé parmi les plus beaux album country mélancolico-laidback depuis des lustres du côté de Merle Haggard et de Gram Parsons, dans le plus pur style “ma meuf m’a largué, je chiale dans ma bière et le tabouret du bar est ma maison” (Come Cry with Me), suivi d’une merveille d’exercice de style dylanien miroitant parfois vers Lee Hazlewood et Leonard Cohen (Mosey).

Avec ses divers styles et défroques, un coup Stetson et rouflaques, un coup crinière Blonde on Blonde, on pourrait prendre Romano pour le Laurent Gerra du rock sauf que le gars est trop habité et dégoulinant de talent pour être réduit à un simple membre du gang des pastiches.

L’ennui, c’est qu’on vous fait l’article pour son album le moins accompli. Modern Pressure a le son qui claque, avec guitares qui cisaillent et grandes louches d’orgue Hammond, la voix nasille à souhait, des grumeaux d’arrangements bizarres tranchent dans le classicisme rock, selon une idée générale qui serait “un disque de Dylan joué par les Stones d’Exile et produit par le George Martin de Sgt. Pepper”. Pas mal mais il manque une pièce dans l’équation : les chansons. Loin d’être nazes, elles sont un peu justes question inspiration, mélodies mémorables ou gimmicks saillants. Ramage et plumage restent superbement lustrés mais le fromage manque cette fois un peu de caractère.

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