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Gagnez des places pour le prochain concert de Swing et du duo HAUTE à Bruxelles

Comme chaque mois, c’est bientôt l’heure de faire la fête à Bruxelles, et avec le temps (et le nombre de fois où on vous l’a répété), le concept des soirées Fifty/Fifty doit désormais résonner comme un doux refrain à vos oreilles. Et tout comme une chanson d’Angèle (présente au côté de l’Impératrice lors de la dernière fête en janvier) on ne s’en lasse pas.

Alors on vous le rappelle : le temps d’une soirée, l’équipe de Fifty/Fifty convie deux artistes/groupes, que tout le monde s’arrachera demain, à se produire dans un cadre très intimiste. Le prochain rendez-vous est fixé au 28 février en compagnie de Swing et de HAUTE, dans un lieu jusqu’ici tenu secret, toujours à Bruxelles.

>> Aussi à lire : Entre silence et euphorie, Angèle et L'Impératrice ont fait frissonner Bruxelles <<

Swing et HAUTE

Une Fifty/Fifty ne peut se faire sans un artiste du plat pays. Et pour respecter cet adage, le rappeur Swing sera de la partie. Echappé du trio L’Or du Commun avec lequel il faisait ses débuts, et après avoir rempli son rôle de backeur avec Roméo Elvis lors d’une tournée réussie, le MC officie désormais en solo. Auteur d’un premier album, Marabout, courant janvier 2018, Swing est lui aussi un acteur fort de cette nouvelle scène hip-hop belge, qui a absorbé les codes d’un rap plus classique pour les transformer en une musique plus contemporaine. Un exemple avec Corbeaux, dont le beat porte la signature du producteur de génie, Le Motel.

HAUTE, c’est l’union de Anna Majidson et Romain Hainaut (aka Blasé). Après leur rencontre à Montréal, les deux compères se lancent dans la musique et se distinguent grâce à un premier EP de pop sensuelle et futuriste (Reciprocity, 2015) et un second ouvrage Nuit. En attendant la suite de leurs aventures, le duo nous a gratifiés d’un dernier single groovy et sensuel, Shut Me Down, que les Berlinois de Colors se sont chargés de capter. C’est cool et frais, et en live, ça vaut le détour.

Pour gagner des places

Si vous voulez participer, il vous suffit juste de nous envoyer un gentil mail à concours@inrocks.com. Les 15 participants les plus rapides recevront un mail, à l’intérieur duquel se trouvera une invitation pour deux. À la réception de l’invitation, n’oubliez pas de confirmer votre venue avant le 26 février (vous recevrez tous les détails avec l’invitation). Les concerts sont prévus le 28 février dans un endroit secret de Bruxelles.

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Sade annonce son retour avec un nouveau morceau

Depuis 2010 et son album Soldier of Love, Sade n'a rien sorti. Il n'y avait surement que la réalisatrice américaine Ava DuVernay pour convaincre la chanteuse de composer un nouveau titre qui figurera sur le film de Disney Un raccourci dans le temps (A Wrinkle In Time) qui sortira dans quelques jours. Le titre du morceau, Flower of the Universe, a été révélé par la réalisatrice qui explique son choix sur twitter :  "Mon espoir était de rassembler des artistes féminines dynamiques pour créer une bande-son majestueuse pour le voyage de Meg".

Ava DuVernay a fait l'annonce officielle également via son compte Twitter déclarant :

«Je n'ai jamais pensé qu'elle dirait oui, mais j'ai demandé quand même. Elle était gentille + généreuse. Une déesse. Nous avons commencé un voyage ensemble que je n'oublierai jamais. Je suis fière d'annoncer que Sade a créé une chanson originale pour Un raccourci dans le temps. Elle s'intitule “Flower of the Universe”. Et c'est un rêve devenu réalité.»

I never thought she’d say yes, but asked anyway. She was kind + giving. A goddess. We began a journey together that I’ll never forget. Proud to announce that Sade has created an original song for WRINKLE IN TIME. It’s entitled “Flower of the Universe.” And it’s a dream come true. pic.twitter.com/FdXrZ1MFMO

— Ava DuVernay (@ava) February 20, 2018

L'adaptation cinématographie basé sur le roman de Madeleine L'Engle, sorti en 1962, comprendra un casting d'acteurs de haut vol avec entre autres Oprah Winfrey, Reese Witherspoon ou Mindy Kalin. Même constat pour la bande originale, qui en plus de Sade, fera figurer d'autres pointures dont Dj Khaled, Demi Lovato, Sia, Chloe x Halle et Kehlani. 

Le film sortira en salle en France le 14 mars.

Les Inrocks - musique

Un œuf, une limousine, un inspecteur… Rentrez dans l’univers dingue de “Matahari”

Avant la sortie de son premier disque, Matahari, Sa Majesté nous en montre encore un peu plus, en nous dévoilant aujourd’hui la vidéo du titre album. Dans ce nouvel extrait, plongez dans l’univers clinquant et scintillant de Julia & Vincent (à la manœuvre aussi pour le clip de Myth Syzer, Le Code), pour une danse à trois, menée par des personnages hauts en couleur. Ah, aussi, un mystérieux œuf s’est invité dans l’histoire…

Matahari (microqlima) sera disponible le 2 mars. L’Impératrice sera en concert au Casino de Paris les 3 et 4 (complet) avril, et en tournée dans toute la France (plus d’info).

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Je suis allé écouter du Migos chez Claude Hagège

Il n’est pas loin de 23 heures lorsque le téléphone vibre. Derrière la lumière bleue affichée par l’écran, un message vocal découpé sur un ton sec et péremptoire : "Rappelez-moi, s’il vous plaît, pour confirmer ou infirmer notre rendez-vous prévu demain à propos du groupe Migos. Vous pouvez me joindre jusqu’à deux ou trois heures… Si vous êtes aussi nocturne que moi."

A 82 ans, Claude Hagège n’est pas du genre à se coucher tôt. Officier des Palmes académiques, médaille d’or du CNRS, chevalier de la Légion d’Honneur et de l’ordre des Arts et des Lettres, l’ancien élève du lycée Carnot de Tunis a dédié sa vie à l’étude des langues et de leurs particularités. Vous imaginez facilement la fréquence des pulsations au moment de frapper à la porte de son domicile parisien. Surtout qu’il s’agit aujourd’hui d’évoquer la puissance lexicale de trois champions capables de répéter le vocable VERSACE à peu près 800 fois en moins de deux minutes.

Depuis 2013 et la sortie de son tube tremplin, Migos ne s’est pas contenté d’exister comme la plus grande agence de pub spécialisée dans le placement de produits. Quavo, Offset et Takoff ont signé trois albums (Yung Rich Nation, Culture 1 et Culture 2) suffisamment perchés, libres et inventifs pour bouleverser la forme et l’expression d’un langage rap toujours plus universel. En 2018, l’influence du groupe déborde largement du cadre de la musique. Et il fallait bien toute l’expertise d’un linguiste aussi curieux et passionné que Claude Hagège pour décoder les petites merveilles phonétiques qui éternisent nos soirées à grands coups de "BRR" et de "SKRR SKRR ". Extraordinairement à l’aise dans un combo claquettes-chaussettes des plus actuels, le professeur honoraire au Collège de France reçoit au milieu de son salon, entouré par ses livres et les partitions de violon qui l’accompagnent depuis l’enfance. Alors que les enceintes crachent le troisième acte du Don Carlos de Verdi, c’est un tout autre (space) opéra que l’auteur de Parler, c’est tricoter (2013) s’apprête à découvrir et à éclairer.

Claude Hagège – Permettez-moi simplement de couper ma musique. Si j’ai bien compris, vous avez apporté de quoi écouter ce groupe dont vous m’avez parlé au téléphone. Je dois vous avouer que j’ai pris un peu d’avance : mon fils m’a envoyé un lien pour que je sache à quoi m’en tenir. J’ai l’impression qu’on est assez loin de la musique qui me passionne en temps normal. Je suis violoniste. J’avais une répétition avant-hier. On joue du Schumann, du Mozart, du Brahms… Comme je suis – et c’est bien la seule qualité que j’accepte que l’on me donne – un esprit assez ouvert, je me suis intéressé au rap par le biais de mon fils. C’est peut-être ce qui me différencie des vieux cons. Sinon vous ne seriez pas ici aujourd’hui. Et j’aurais trouvé un prétexte pour ne pas recevoir quelqu’un qui représente Les Inrockuptibles. (rires)

D’un point de vue strictement formel, il y a sans doute des choses qui peuvent vous intéresser chez Migos. Leur culture de l’ad-libbing par exemple. Il me semble que l’expression vient du latin ad libitum et décrit les notions de plaisir et de spontanéité. Migos a progressivement transformé ces éléments de décor pour en faire une signature si familière qu’elle est devenue la structure principale de leurs morceaux.

Ad libitum signifie "selon son désir”. C’est une expression que l’on utilise toujours en français soutenu au sens de “comme on veut”. D’après ce que je constate sur le morceau que l’on vient d’écouter, ils utilisent beaucoup d’onomatopées. En lisant leurs paroles, je n’ai pas l’impression qu’ils transforment réellement l’anglais pour autant. Ils prennent, en revanche, beaucoup de libertés. Ils mettent des articles devant des démonstratifs, transforment la phonie de certains mots… Les langues sont un territoire de libertés et de contraintes. De liberté, car elles permettent à chacun de sortir de son isolement ou de son solipsisme (dans les cas les plus pathologiques) pour rentrer en communication avec le reste du monde. Et de contraintes, car pour parler n’importe quelle langue il faut passer par l’apprentissage d’un certain nombre de règles. Dans le cas des rappeurs, comme dans celui d’innombrables entreprises poétiques, la langue est soumise à des tentatives de rupture de ces contraintes. C’est, selon moi, l’une des définitions de l’art dans la création littéraire. L’observation ne tient évidemment que si l’on élève le rap au rang de poésie. Poésie au sens grec du terme, c’est-à-dire "fabrication de quelque chose de nouveau".

Certaines onomatopées popularisées par Migos se retrouvent aujourd’hui dans le rap du monde entier, de la France à la Russie, sans que personne ne se pose la question de leur sens initial. C’est le cas de SKRR par exemple, qui serait une contraction de "Let’s get it" ou une simple transcription du bruit d’une voiture qui freine. Dans l’histoire des langues, de telles transformations se sont-elles déjà imposées au fil du temps, sans que l’on sache ce qu’elles désignaient réellement ?

Oui, dans le cas où le français a fait de nombreux emprunts à l’argot par exemple. Un certain nombre de formations argotiques sont devenues françaises. Par exemple, le suffixe “-ole” dans “cabriole” est d’origine argotique. Son emprunt remonte très loin, à l’époque de la cour des Miracles, et même plus loin encore. En français, l’emploi de ce suffixe a été consacré par l’usage alors qu’il s’agissait d’une invention accolée à un mot d’origine latine. Pour revenir au cas de Migos, j’ai quand même l’impression que leurs onomatopées sont très spécifiques. Elles ne se sont pas encore introduites dans la langue anglaise, sauf peut-être chez le public auquel vous faites référence. Je n’ai pas l’impression que "Brr" et "Skrr" apparaissent déjà dans l’anglais courant en dehors des gens qui écoutent du rap.

Aux Etats-Unis comme en France, les artistes les plus populaires viennent aujourd’hui du rap. Et leurs expressions transforment l’usage du français ou de l’anglais…

Je n’y vois pas une forme de danger. Souvent, lors de mes conférences, des gens à l’esprit un petit peu conservateurs me demandent si le français n’est pas destiné à s’écrouler à cause du langage SMS ou de ce genre d’abréviations. Je leur réponds que non, pas du tout ! Un garçon qui veut déclarer sa flamme à une fille en lui écrivant "Jtm" reste parfaitement compréhensible. Tout le monde peut le décoder en un instant. Il ne faut pas se laisser prendre à l’artifice des graphies. Les graphies représentent un domaine ouvert à la liberté. On peut écrire de mille façons sans pour autant transformer la phonie d’un mot ou d’une phrase. Qu’il s’agisse du rap ou du langage SMS/Internet, les libertés graphiques n’ont pas eu, jusqu’ici, la moindre incidence sur la façon dont les gens prononcent. Il est assez intéressant de constater que cette écriture libertaire sacrifie très souvent les voyelles. On n’écrit plus que les consonnes, un peu comme dans les langues sémitiques que sont l’arabe ou l’hébreu. La charpente consonantique des mots est ce que l’oreille entend le mieux.

J’ai cru comprendre que le rap français empruntait beaucoup au verlan. A l’origine, le verlan était un langage carcéral mais son point de départ est complètement oblitéré aujourd’hui. Les gens qui utilisent le verlan ne s’intéressent pas une seconde à son histoire. Pour les prisonniers français, dès la fin du XVIIIe siècle, c’était une façon de tromper l’attention des matons. Le verlan obéissait à des règles très précises qui paraissent naturelles aujourd’hui mais qu’il me paraît essentiel de spécifier. La verlanisation suppose un minimum de deux syllabes. Mais le mot mère, par exemple, n’est pas permutable car il est monosyllabique. Il faut donc d’abord en rajouter une pour avoir mè-re. Ensuite il faut permuter mè-re en re-mé. Et enfin, il y a une troisième étape qui est la troncation : rem-é devient reum. Le mot flic subit le même genre de modification pour aboutir à keuf : disyllabisation, permutation, troncation. Donc les gens qui utilisent le verlan font de la linguistique sans s’en apercevoir.

Après avoir écouté quelques extraits, que pensez-vous d’un groupe comme Migos et de ses spécificités ?

D’après ce que vous m’aviez dit au téléphone il s’agit donc de trap-music, c’est bien cela ? S’ils sont aussi influents que vous le dites, on peut sans doute parler d’un genre artistique nouveau dans la mesure où ils obéissent à des règles et des types de décorations spécifiques. Cela dit, je vous dirais que la seule chose qui me semble être une nouveauté ici c’est le rythme. Je ne m’intéresse pas du tout au rap, mais j’avais plutôt le souvenir d’une musique où les mots étaient débités à toute vitesse…

Quel regard portez-vous sur l’existence du rap comme une valeur culturelle stable en France ?

Pour le peu que j’en connais, le rap s’inscrit dans le sillage de la poésie car il modifie et bouleverse la langue. Personne ne choisit sa langue maternelle. On l’apprend parce que notre milieu familial ou scolaire nous l’impose. On ne l’invente pas, elle nous précède et elle nous survivra. A l’intérieur de ce cadre rigide, la tentation et les tentatives d’imposer de nouveaux codes sont immenses. J’ai l’impression qu’au début il y avait une envie chez les rappeurs de rester confidentiels par rapport au monde qui les entourait. Et qu’ils plaçaient la subversion moins dans les transformations formelles que dans le rythme. L’extrême rapidité de l’élocution rendait cette expression difficile à comprendre pour ceux qui n’étaient pas initiés. Un jour, j’ai d’ailleurs tenté une expérience avec l’un de mes étudiants qui faisait du rap. Il a débité un texte presque impossible à comprendre. Je lui ai alors demandé de prononcer tout ce qu’il venait de dire sur un rythme plus lent. D’un seul coup, tout était transparent.

C’est un peu ce qu’il se passe aujourd’hui avec la domination de la trap dans l’expression rap internationale. Le tempo est ralenti et il y a beaucoup plus de place et de respiration entre les textes. Grâce aux ad-libs, les rappeurs ont aussi de nouveaux instruments pour éclairer ou au contraire brouiller leur propos à volonté.

Considérer les mots comme des lumières autonomes et choisir d’intensifier ou de diminuer leur éclairage… Alors là c’est intéressant ! J’ai aussi cru comprendre que le rap français faisait beaucoup d’emprunts au verlan. Je me suis beaucoup intéressé à ce phénomène en allant enquêter dans les cités. Il y a un lien évident entre les usagers du verlan et les problèmes socio-économiques qui touchent les habitants de ces quartiers. Quand ils sont Noirs ou Arabes, ils ont rejetés par le racisme que certains osent appeler “ordinaire” et beaucoup sont marginalisés par le chômage ou l’insalubrité. Comme très souvent dans l’histoire des langues, la marginalisation des individus sécrète une langue particulière. C’est-à-dire une forme d’expression qui revêt l’aspect d’une langue secrète, impossible à comprendre pour les autres. Ce type de langue répond à trois urgences. La solidarité entre les membres du groupe. L’exclusion de ceux qui n’en sont pas. Et, troisièmement, un élément dont on n’a pas parlé mais qui me paraît être une définition essentielle du rap (et apparemment typique de celui de Migos vous venez de me faire écouter) : c’est l’aspect ludique. Je pense qu’il y a toujours eu une place importante dévolue au jeu dans le rap. Le jeu avec les mots, avec la langue que l’on manipule et qu’on transforme. Mais surtout le jeu par rapport au public du rap, qui est un public d’initiés et qui sait que d’autres ne comprendront pas. Cette attitude ludique entre les niveaux de lecture n’est pas agressive, mais c’est selon moi l’une des définitions principales de ce que vous venez de me faire écouter.

Des groupes comme Migos ont aidé à populariser un geste qu’on appelle le dab et qui vient suivre la parole pour renforcer la puissance d’une punchline. Existe-t-il des langues dans lesquelles la gestuelle peut revêtir une valeur sémantique, au même titre qu’un mot ou qu’une phrase ?

Le dab, vous dites ? S’agit-il d’une manière de souligner un bon mot que l’on vient de faire ? Les langues, en tant qu’instrument, visent avant tout à la clarté de la communication. Si des comportements y font obstacle, ils ne peuvent pas être consacrés sur le plan linguistique. Donc je ne connais pas d’exemple de ce type. A l’exception du recours aux onomatopées, je ne vois pas de réelle révolution dans les textes de Migos. L’omniprésence des contractions comme Call’em à la place de Call them est quelque chose qui appartient à l’anglais parlé. C’est absolument courant dans la culture populaire aux Etats-Unis. Tout comme l’emploi des mots fuckin’ ou nigga que je vois également beaucoup revenir dans leurs chansons. Aujourd’hui, le mot nègre est considéré comme très péjoratif. Mais en créole martiniquais, on peut dire neg pour désigner un homme. En français, on dit “noir” mais ce mot reste chargé pour certaines personnes qui ne sont pas à l’aise avec son emploi. Des gens préfèrent dire “black”, alors qu’ils ne parlent pas du tout anglais. J’en fais une analyse purement linguistique. Selon moi, c’est une façon de se réfugier dans l’inconnaissable : certaines personnes n’osent pas dire (ou admettre) une réalité dans la langue qui leur est propre.

Avec la puissance d’Internet, les langues se transforment à une échelle inédite. Connaissez-vous d’autres exemples historiques qui ont accéléré ou même déclenché des modifications dans l’usage des langues ?

Oui, bien avant l’invention d’Internet ou même celle de l’électricité et sous un nom bien connu : l’emprunt. Il est arrivé que des langues en envahissent d’autres jusqu’à se substituer à elles-mêmes. C’est par exemple souvent le cas lors des conquêtes militaires, des colonisations… Il y a aussi des emprunts “pacifiques” comme c’est le cas aujourd’hui avec l’anglais qui s’invite dans le français. Peut-être aussi sous l’influence du rap américain d’ailleurs. J’ai écrit un livre qui s’intitule Contre la pensée unique, dans lequel je m’en prends aux emprunts excessifs de l’anglais. Mais il y a deux types de fréquences à distinguer : la fréquence lexicale et la fréquence dans l’usage. La récurrence de certains mots dans l’usage peut donner l’impression d’une invasion de l’anglais dans le français. Pourtant, si on fait le décompte lexical, on se rend compte qu’il n’y pas vraiment de danger car ce sont généralement les mêmes mots qui reviennent tout le temps.

L’art et la culture peuvent-il transformer une langue durablement ?

Oui mais seulement les formes orales. L’oral est un domaine d’ouverture extrêmement souple alors que l’écrit est un domaine de fermeture. La forme écrite reste un domaine très conservateur.

J’ai l’impression que vous dites ça comme un regret…

Je suis un linguiste. Je n’ai donc pas d’états d’âme lorsque j’étudie les langues. Je les considère telles qu’elles sont. J’ai traîné mes guêtres un peu partout et comme j’ai une bonne santé, je continue encore à voyager. Je suis allé au Cameroun, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Canada, aux Etats-Unis, en Assam (dans le nord-est de l’Inde) ou à Mindanao dans le sud des Philippines… Dans toutes ces régions, j’ai constaté que les innovations de la langue orale n’affectent jamais l’écrit. Ces deux mondes sont comme cloisonnés. Sauf, peut-être, quand il s’agit d’un dialogue ou de propos rapportés. Dans votre journal, j’imagine que vous n’écrivez pas comme Migos sauf quand vous les citez. L’écrit conservera toujours une solennité particulière qui existe beaucoup moins à l’oral.

Comme Migos avec le clip de Versace sorti en 2013, vous avez connu une médiatisation assez subite qui a changé la suite de votre carrière. C’était en 1985, sur le plateau de l'émission Apostrophes de Bernard Pivot. Comment avez-vous vécu ce moment à l’époque ?

Un an après, une étudiante est venue me voir avec son directeur de thèse. Elle écrivait sur l’impact de la télévision sur la vie des gens et voulait savoir si cette émission, qui m’avait projeté d’un relatif anonymat vers la notoriété, avait changé ma vie. A l’époque, cette histoire me traumatisait. Je n’ai pas voulu lui répondre. A distance, je vous dirais que cette émission fait que vous êtes là aujourd’hui. Elle m’a fait connaître, de médias notamment. Mais, et je vous en fais la confidence bien que vous ne soyez pas un ami intime, elle n’a pas transformé ma vie professionnelle de linguiste. Elle a changé ma relation avec le public, j’ai pu écrire des livres qui ont bénéficié d’un écho particulier.

Quand vous étiez enfant, pourquoi avez-vous décidé d'apprendre autant de langues et à vous passionner pour les histoires qu’elles renferment ?

J’ai toujours été intéressé par les langues, au point que mes parents s’inquiétaient parfois de me voir aborder des étrangers qui s’exprimaient dans des langues auxquelles je ne comprenais rien. Souvent, les journalistes qui m’interrogent s’intéressent au côté sensationnel. Je suis polyglotte et les gens sont parfois fascinés par ce côté singe savant. J’ai toujours été habité par l’amour des langues. Je ne les compte pas. Un homme habité peut être un footballer, un plombier ou un rappeur. Moi, je suis habité par la passion des langues. La linguistique est une école de l’antiracisme. Lorsque vous apprenez une langue étrangère, c’est une façon d’ouvrir la communication avec n’importe qui. C’est ma conception, même si je constate avec chagrin qu’elle n’est pas forcément partagée.

Propos recueillis par Azzedine Fall

Il vous reste un peu moins de quatre mois pour réviser votre grammaire  en écoutant Migos avant leur concert à We Love Green prévu le samedi 2 juin.

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Les portraits de Renaud Monfourny : Marie Modiano

Retrouvez les photos de Renaud Monfourny sur son blog

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Booba, rencontre à Miami avec le king du rap français

Un rugissement assourdissant. 620 chevaux au galop. Ce mercredi 17 janvier à l’heure du déjeuner, la 59e Rue de Miami voit son tranquille équilibre troublé par l’arrivée en fanfare de Booba dans son S65 AMG V12 Biturbo. Porte gauche ouverte : le patron du rap français s’extrait du vaisseau amiral de Mercedes en tenue de boxeur (chaussettes longues, short et marcel noir). Il sort d’un entraînement en plein air.

Deux petites têtes accompagnent ses 192 centimètres de muscles et de tatouages. Il s’agit de Luna et d’Omar, ses deux enfants. Père de famille, sportif accompli, patron de label et serial entrepreneur (de la création d’une ligne de vêtements et de parfums à la distillerie de whisky en passant par le lancement d’une chaîne de TV et dernièrement une agence de management de joueurs de foot) : à 41 ans, Elie Yaffa est un peu tout cela à la fois.

Pour le rappeur le plus important de l’histoire de France, la musique n’est plus qu’une branche d’un vaste empire, et ce stakhanoviste jongle d’une activité à l’autre avec autant de facilité qu’il change de coupé sport.

Dans le quartier industriel de Little Haiti à Miami

Booba sort un énorme carton de fringues de son coffre. Il est fin prêt pour le shooting photo. Le long bâtiment blanc en béton dans lequel il s’engouffre ne paie pas de mine. Nous sommes dans un secteur industriel de Little Haïti, en lisière des quartiers branchés de Wynwood ou du Design District, bien loin des tours scintillantes de Downtown.

Niché entre une galerie d’art trendy et un centre de “spa dentaire”, l’édifice abrite aussi le studio dans lequel le rappeur avait réalisé les photos de son dernier album, Trône. Après avoir sélectionné quelques fringues et attaché une montre sertie de diamants à son poignet, Booba prend ses meilleures poses sous le crépitement des flashes.

Pour passer le temps, Luna tournoie sur elle-même en écoutant Firework de Katy Perry pendant qu’Omar joue à chat avec Gato Da Bato. Le rappeur haïtien, incontournable invité des albums de B2O, a profité de la séance pour venir signer quelques papiers. Le shooting terminé, Booba jette un coup d’œil aux photos avant de nous interpeller.

“Bon, je ramène les enfants à la maison et on la fait cette interview ? Un restau italien, ça te va ?” Rendez-vous est pris dans sa cantine préférée, un restaurant sarde de Miami Beach, avec vue imprenable sur la baie. “On est pas bien ici, comme de véritables Soprano ?”, rigole le Duc de Boulogne sans jeter un seul coup d’œil au menu. “Je sais déjà ce que je veux mais vas-y, prends ton temps.”

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Bagarre, premier album en mode fight clubbing

C’est l’histoire d’un polyamour. D’une famille choisie, d’une bande, d’un clan, d’une horde, d’un groupe. On a voulu les diviser, les rencontrer un par un dans un souci de clarté. Ç’eut été une grossière erreur. Il faut se confronter à ses cinq têtes pensantes, faire face à ses cinq corps dissemblables, au même moment, au même endroit, pour rencontrer Bagarre, animal hybride, eau vive, liquide en mouvement qui se terre sous la terre, rue de Charenton, dans le XIIe arrondissement de Paris.

Pour rejoindre le fight club, on emprunte un escalier posé au beau milieu d’une cour d’immeuble, on pénètre dans un parking souterrain, on se faufile dans un couloir, on pousse une porte, et nous voici dans un petit studio, face à face avec elle, ça, la chose. Elle est assez enrhumée mais heureuse de nous accueillir dans ce studio où elle a bossé l’essentiel de son premier album, Club 12345.

La lumière est vive, les corps sont chauds, les esprits éveillés 

Elle s’appelle Emma, Arthur, Thomas, Cyril, Mustafa. Elle a autant de prénoms que de pseudos : Emmaï Dee, La Bête, Majnoun, Maître Clap et Mus. Autant de pseudos que de personnalités. Autant de personnalités que de physiques : petits, grands, fins, baraqués, garçons, fille, brun, blond, châtain. Autant de physiques que de styles vestimentaires, même si Maître Clap a conservé l’uniforme Adidas, leur signature.

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Le Dour Festival balance 27 nouveaux noms à sa programmation 2018

Comme chaque année le festival belge sera inratable. Pour sa 30ème édition qui se tiendra du 11 au 15 juillet, la soixantaine de noms annoncés nous donnait déjà très envie (The Chemical BrothersSoulwaxTyler, the Creator, Princesse Nokia, Angèle ou Paul Kalkbrenner entre autres). Une vingtaine de noms viennent encore s'y ajouter.

La Scandinavie sera présente avec la chanteuse danoise Mø et les Suédois de Little Dragon, deux groupes français s'ajoutent également à l'affiche avec nos chouchous de Bagarre et L’Impératrice, sans oublier deux projets du plat pays qui montent très vite : Caballero & JeanJass et le MC Swing en solo.

Coté électro, l'américaine plus hype que jamais The Black Madonna fera son retour après avoir marqué les esprits du festival l'année passée. Une autre reine de la nuit, Paula Temple viendra en b2b avec Rebekah. Mais encore les français Mr. Oizo et Umwelt, ainsi que Mind Against et Adriatique.

>>> À relire : Le Dour Festival promet encore un joyeux bordel en Belgique

Il en faut pour tous les goûts, un virage post-punk sera amorcé avec les Canadiens de Preoccupations, le rock allemand du trio de Kadavar, les américains de Pallbearer et Eyehategod, et la gothique californienne Chelsea Wolfe. Sans oublier la scène dub qui sera représenté avec U-Roy & Mad Professor, Ken Boothe, et Channel One, Biga*Ranx et Hollie Cook.

Toute la programmation est a retrouver ici, et les tickets dors et déjà mis en ventes sont là.

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Une belle surprise pour les fans de My Bloody Valentine

Le groupe de shoegaze mythique My Bloody Valentine vient de faire une jolie surprise à ses fans. Alors qu'ils ont récemment sorti de nouvelles rééditions de vinyles de leurs deux premiers albums, Is not Anything et Loveless, certains fans chanceux ont pu recevoir une surprise un peu spéciale en bonus ! Un pressage alternatif du vinyle de l'album Is not Anything sorti en 1988, a été glissée dans les envois, pour les fans qui avaient commandé directement les rééditions originales.

Malheureusement, elle est déjà complètement épuisée, comme l'a confirmé le groupe dans un tweet, visible ci-dessous :

pic.twitter.com/luBZ2GPaol

— TheOfficialMBV (@TheOfficialMBV) February 19, 2018

«Nous voulions vous prévenir que les pressages extra en bonus d'Isn't Anything sont maintenant totalement épuisés. Merci à ceux qui ont acheté les ré-éditions originales ! »

>>> Relire la chronique de leur dernier album MBV par les Inrocks

My Bloody Valentine a annoncé sa première date de tournée en quatre ans. Ils joueront au festival Sonic Mania au Japon en août, aux côtés de Nine Inch Nails et Marshmell, également confirmés.

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Superorganism : nouveau groupe, nouveau clip, nouveau tube !

Le collectif de huit musiciens venant d’Angleterre, du Japon, ou d’Australie, avec à leur tête Orono, une jeune étudiante de 17 ans, continue à sortir des tubes comme des petits pains. Après les clips de Something for your M.I.N.D, ou Everybody wants to be famous, Reflections On The Screen ne déroge pas à la règle. Cette fois-ci le groupe nous propose une réflexion sur nos rapports aux écrans et le fait d'être constamment connecté, toujours dans sa pop juvénile avec un clip aussi psyché que moderne. La formation sortira son premier album, le 2 mars sur le label indé anglais Domino Records. Soyez prêts !

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Boyd Jarvis, l’un des pères de la house et du US Garage est mort

Le monde de la house est en deuil. L’un de ses pionniers, le légendaire musicien et producteur Boyd Jarvis est mort, des suite d’un cancer, diagnostiqué en 2016. Un concert de soutien pour lever des fonds réunissant un parterre d’artistes de renoms (Maestro, Merlin Bobb, Francois K…) avait eu lieu la même année. Son décès met fin à une carrière longue de presque 30 ans.

Trois décennies pendant lesquelles l’Américain aura œuvré à l’évolution et du mouvement house en travaillant dans l’ombre avec les plus grandes stars mondiales comme Prince, Madonna ou encore l’icône jazz Herbie Hancock. Il avait également collaboré avec des pontes de la scène dance comme Timmy Regisford (propriétaire du Shelter Club de la Grosse Pomme), l’icône française de la house François Kevorkian (aka François K) ou encore “Little” Louie Vega, l’une des deux têtes du groupe Masters At Work.

Une carrière multiple

Lancé au tout début des années 80, dans un New York en pleine ébullition, le producteur s’évertue à imaginer un son neuf, composé à base de synthétiseur. Une création qui ne passera pas inaperçue pour Timmy Regisford, qui l’invitera par la suite à se produire avec lui. Dès 1983, Boyd change de dimension avec le tube The Music Got Me – considéré comme l’un des tracks de référence pour la scène house - qu’il coproduit, sorti sur le label Prelude Records (dont un certain François K est le DA).

Son apport pour cette scène ne s’arrête pas là, et le producteur continuera pendant plusieurs années de contribuer à l’évolution de la house ; cette fois, en tant qu’animateur radio. Avec Timmy Regisford, ils s’occuperont de l’émission Saturday Night Dance Party, diffusée sur la célèbre WBLS. Pour vous faire une idée, les prises d’antenne ressemblaient à ça :

Pour avoir une vision plus globale de son œuvre, on vous conseille d’aller faire un tour sur Apple Music.

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Pour terminer la journée du lundi, LUKYA nous propose le morceau parfait

Luca Ragusa, qui a embrassé le pseudo LUKYA en 2013, sévit depuis en tant que producteur d’une musique électronique grandement inspirée par des artistes comme Flume ou ODESZA. Après un premier succès, un remix du morceau Brothers du rappeur Rilès, le jeune homme vient tout juste d’accoucher de son premier single original, Lovesick Drama, en compagnie de la chanteuse australienne Hannah Waddell.

Dans cette vidéo dirigée par le photographe Victor Laborde, on suit les pérégrinations d’un couple dans le Tout-Paris, sur fond d’une électro cadencée et entraînante. Ce clip est le premier d’une série de vidéos originales qui suivront bientôt.

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Seth Troxler et Miss Kittin réuni pour un concert “all night long” à Paris

La réputation de Paris dans le monde de la musique électronique n’est plus à faire depuis longtemps certes, mais le rappeler fait parfois du bien. Parmi les nombreux repaires de fêtards et d’amoureux de musique de la capitale, le Badaboum du XIe arrondissement est un endroit où il se passe régulièrement de chouettes événements (ici, on ne vous parle pas du tournage du clip Danser seul (ne suffit pas) de Bagarre). La preuve, le club parisien vient d’annoncer la venue de deux icônes du genre, Seth Troxler et Miss Kittin, pour un concert all night long. Rendez-vous le lundi 30 avril (veille de jour férié), de 23 h 30 à 6h.

Toute la nuit

Durant toute la nuit, les deux DJ se succéderont aux platines pour effectuer une sorte de back-to-back en alternance. Un jeu du chat et de la souris où les artistes finiront quand même par s’attraper, qui durera toute la nuit. Attention, quand un ponte autant techno que house s’associe à une héroïne techno underground, ça donne… Rendez-vous le 30 avril au Badaboum !

Pour cette soirée de gala, 100 préventes seront mises en vente à partir du mardi 27, midi. Le reste des tickets seront disponibles sur place. Soyez réactifs, et endurants si vous y allez !

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Sasha Spielberg et Nicolas Jaar viennent de sortir un morceau pop presque parfait 

Chez les Spielberg, la fibre artistique se transmet de génération en génération. Sasha, la fille de l'illustre réalisateur, est chanteuse et en 2018, elle cache son nom de famille derrière l’allias Buzzy Lee. De Los Angeles ou elle habite, et après avoir déjà sorti un premier EP en 2013, la jeune femme commence à teaser son prochain projet, Facepaint : un EP tout neuf à paraître le 27 avril prochain via Future Classic (Flight Facilities, Flume, Jagwar Ma…). Comme premier extrait, elle vient de dévoiler Coolhand, titre sur lequel le producteur de génie Nicolas Jaar pose sa patte :

Jaar et Spielberg ont l'habitude de travailler ensemble. Déjà réunis en 2014 sous l’allias commun Just Friends pour le morceau Don’t Tell Me, les amis ont trouvé une formule qui fonctionne : Sasha et sa voix de velours logiquement au chant, Nicolas Jaar à la prod’, pour dynamiser une sorte de ritournelle synthétique, aux BPM lents.

À propos de ce morceau, Sasha Spielberg expliquait dans un communiqué (rendu public par Stereogum) :

“Je voulais écrire une chanson qui parle de la façon dont les médias sociaux influencent notre estime de soi. On cherche toujours cette envie d’être validé par les autres, et cela peut avoir de lourdes conséquences – même si ça n’a pas de sens, nous le faisons quand même. Nous apprenons à savoir quelles parties de nous les gens veulent le plus voir, et nous leur donnons quand nous avons besoin de nous sentir mieux. En tout cas, je viens de poster une nouvelle photo sur Instagram, allez donc l’a liker  ;-)”

L’EP Facepaint, à paraître le 27 avril prochain via Future Classic est en précommande sur ce lien.

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Les 5 albums à absolument écouter cette semaine

Roméo Elvis x Le Motel – Morale 2luxe

Roméo Elvis nous offre un grand final à sa série de projets Morale. Comme pour les deux précédents, le rappeur est à la colle avec son fidèle et inspiré producteur Le Motel, et enregistre son disque chez L’Œil Écoute Laboratoire, son ingénieur du son attitré. Présenté comme une réédition, Morale 2luxe est en réalité bien plus que ça. Le duo est revenu avec 11 nouveaux titres, dont 10 originaux –  Drôle de Question 2018, est un remix du morceau du même nom, déjà paru sur Morale 2. Sur ces pistes, Le Motel explore d’autres genres d’instrus (le UK garage par exemple) tout en gardant son style très marqué par ses influences house et juke de Chicago. Roméo trouve de nouveaux flows parfaits. Une mécanique qui marche, et qui se vérifie sur Dessert, Respirer (titre/tube d’ouverture) ou Pogo, un banger efficace. Nos deux interviews séparées de Roméo Elvis et de Le Motel, sont à relire ici et là. Et maintenant, le Dessert.

À écouter sur Apple Music.

Dita Von Teese -  Dita Von Teese

Sans notre Sébastien Tellier national, l’effeuilleuse burlesque Dita Von Teese n’aurait pas chanté, et nous serions passés à côté d’un album aussi sensuel que sexuel. Pour que l’Américaine décide de poser sa voix sur les mots et compositions de Tellier (à la manœuvre sur tous les morceaux du disque), il n’aura fallu au chaman français qu’une petite poignée de minutes pour convaincre la danseuse de pousser la chansonnette – aussi, accessoirement, quelques chefs-d’œuvre dont Dita raffole, La Ritournelle, L’Amour et la Violence… Les artistes se rapprochent, apprennent à se connaître. Tellier veut tout savoir de Dita, et Dita dit tout à Tellier, lors de Rendez-vous (un très beau titre de l’album) entre des studios à Paris et Los Angeles. De ses entrevues, en ressortent 10 titres lascifs et brulants, narrer d’une voix de satin, sur des musiques qui portent toute la classe de Sébastien Tellier. Un exemple avec Bird of Prey :

À écouter sur Apple Music – et bien évidemment, via Record Makers.

Ought – Room Inside The World

Pour ce troisième disque, Ought célèbre l’union sacrée d’un mariage entre postpunk et songwriting. Après une aventurette solo, Tim Darcy retrouve le groupe. De Montréal à Brooklyn, la petite troupe se lance dans la confection d’un nouvel album, d’abord annoncé par un premier single These 3 Things - aux contours plus synthétiques que le reste du disque. Aux États-Unis, Tim Darcy and co rejoigne Nicolas Vernhes pour lui présenter les fruits de leur alchimie. L’homme s’impose comme un producteur de talent, sans pour autant trafiquer le karma dans lequel baignent les morceaux de Room Inside The World ; là, tout de suite, on pense à la pseudo balade Desire. La beauté du phrasé et ces manies de chants empruntés au postpunk qui exaltent une écriture acérée. Voici ce dont Ought est capable.

À écouter sur Apple Music.

U.S. Girls – In a Poem Unlimited

Meghan Remy, l’unique voix qui se cache derrière cet alias au pluriel, promène sa verve au gré des villes et albums depuis maintenant 2007. En plus de dix ans, l’Américaine a toujours su comment éviter la monotonie, que ce soit dans les messages (politiques, féministes…) qu’elle délivre, ou dans sa façon singulière de jouer de la pop. Depuis l’Illinois où elle a grandi, la chanteuse enchaîne les destinations, pour finalement se retrouver à Toronto, lieu choisi pour la confection de ce dernier disque. Avec une voix qui rappelle celle de Kylie Minogue, Meghan Remy raconte sur neuf titres ses états d’âme (Velvet 4 Sale ; Rage Of Plastic), tout en continuant de proposer une musique aux horizons toujours plus variés (L-Over, Poem…). Pour bien préparer son concert prévu le 14 mai au Point Éphémère parisien, écoutez donc le rythmique M.A.H. (Mad As Hell) ; très efficace !

À écouter sur Apple Music.

Lomboy – Warped Caress (EP)

Plus d’un an après la sortie remarquée de son premier EP réussi, Tanja Frinta, la chanteuse à la voix de velours qui a embrassé le projet Lomboy, est de retour avec une nouvelle dose enivrante de bonne musique. Désormais posée à Bruxelles, l'ancienne Lonely Drifter Karen a régulièrement fait la navette entre Tokyo et Paris pour la confection de ce disque. Logiquement, des musiciens des trois villes y ont contribué. Leur apport, spécifiquement celui des virtuoses du pays du soleil levant, se fait sentir dès la chanson d’ouverture de l’EP, Alien Lady, et toujours dans le titre suivant, Worth to You, véritable appel à la sensualité susurré sur une pop sexy. Ce sentiment charnel, et cette envie décomplexée de s’abandonner pleinement à sa moitié, atteint son paroxysme à l’écoute de Loverboy, le single tube du disque. Deux autres morceaux du même acabit suivent, et magnifient ce voyage pop aux allures japonaises et érotiques. Tanja et sa troupe seront en concert le 22 mars au Hasard Ludique (Paris).

À écouter sur Apple Music (et sur Cracki Records)

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Mort du violoniste de jazz Didier Lockwood (1956-2018)

Le violoniste Didier Lockwood est subitement décédé à l'âge de 62 ans d'une crise cardiaque le 18 février. Il était un personnage important du jazz français – et international – en jouant d'un instrument relativement rare dans cette musique, mais sur lequel ont excellé de grands musiciens français, de Stéphane Grappelli à Jean-Luc Ponty, deux violonistes dont il était considéré comme l'héritier. Comme eux, il avait traversé sans préjugés ni œillères tous les genres du jazz, les oreilles toujours grandes ouvertes aux musiques de son époque.

Profonde tristesse d'apprendre le décès de Didier Lockwood, immense violoniste de jazz français, qui a sans cesse exploré de nouveaux horizons musicaux, et s’est investi avec passion dans la promotion de l'éducation artistique et culturelle. Mes pensées vont à sa famille.

— Francoise Nyssen (@FrancoiseNyssen) February 18, 2018

Né à Calais dans une famille de musiciens et d'artistes, il avait suivi un enseignement classique, mais au moment de passer au prestigieux Conservatoire de paris il était tombé, dès l'âge de 17 ans, dans le chaudron bouillant du groupe Magma, symbole du rock progressif en vogue. Tout au long de sa carrière il s'était impliqué dans le jazz-fusion électrique, le jazz acoustique, le jazz manouche.

Débordant de générosité et d'énergie

Il avait joué avec le gratin du jazz, de Miles Davis à Herbie Hancock, tout en restant fidèle à la chanson française de  Claude Nougaro, à Barbara, Jacques Higelin et bien d'autres.

Débordant de générosité et d'énergie, il s'était investi de longue date dans l’éducation musicale. Il avait créé en 2001 une école de jazz renommée  à Dammarie-les-Lys, près de Melun.

Il avait été marié à la chanteuse lyrique Caroline Casadesus, avec laquelle il avait créé un spectacle à succès et il avait pris en charge l'éducation musicale des enfants de celle-ci : le trompettiste Davis Enhco et le pianiste Thomas Enhco. Tous deux sont en train de devenir de brillants fleurons de la nouvelle génération du jazz français, et les héritiers du grand musicien trop tôt disparu.

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RTV 95.7 Podcast : From Deep House To Progressive

Set Disco House/Jackin

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RTV 95.7 Podcast : Zombi Radio

Emission consacrée au concert du 17 février avec Missingmile, Sweet Needles et Burn the Flag

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Gwenno, Lionlimb, Lomboy... en accéléré

On ne parle pas assez souvent du rock en basque, en corse ou en kobaïen. C’est d’une grande négligence envers les régions. Les Anglais, eux, accueillent depuis belle lurette, des Super Furry Animals aux Gorky’s Zygotic Mynci, le rock défoncé en gallois. Ils ouvrent même grand leurs ondes radio à la pop délurée et pétillante de Gwenno, malgré son rare et mystérieux patois des Corno…

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Le grand nettoyage

Il y a eu un jour où je me suis rendu compte que si j’écoutais ou réécoutais tous mes CD, cassettes, MP3, DAT, toutes mes cartouches et tous mes vinyles bout à bout, sans répit ni repos, je serai probablement mort avant même de finir cette tâche aussi réjouissante qu’herculéenne. Ça signifie que des albums amoureusement conservés, choyés et époussetés au plumeau multicolore ne seront plus jamais écoutés.

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Rencontre avec Greg &amp; Lio, les deux clipmakers les plus prolifiques du circuit

Greg & Lio sont rentrés de New York. Ils y étaient pour la 60e cérémonie des Grammy Awards, où ils étaient nommés dans la catégorie du meilleur clip avec Makeba, qu’ils ont réalisé pour Jain – pour elle, ils ont également signé les clips de Come et Dynabeat. C’est finalement Dave Meyers qui l’a emporté avec le Humble de Kendrick Lamar, mais la victoire était déjà un peu là, car un peu ailleurs : Greg & Lio étaient les seuls Français nommés cette année à la grand-messe de la pop culture, toutes catégories confondues. “C’était un gros kiff de se retrouver parmi tout ce beau monde, raconte Lio. Le simple fait d’être nommé, c’était fou. Surtout face à des clips de Jay Z et Kendrick Lamar.”

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Story : qui est vraiment Moha La Squale, le nouveau phénomène du rap français

Dimanche 23 juillet 2017, Mohamed se connecte sur Facebook pour mettre en ligne une vidéo. Regard noir, sourire à l’envers, le jeune Parisien rappe sa vie dans une cuisine en bordel, avec un joint à moitié consumé et des cadavres de bouteilles pour seuls spectateurs. “Tout seul ma gueule j’étais sur l’banc des accusés. Seules étaient ma mère et mes sœurs pour m’voir tomber. Tout seul il est mon frère depuis qu’on lui a mis douze piges ferme. Tout seul moi j’pète les plombs quand j’vois l’regard de son fiston. (…) T’façon ma vie n’est pas marrante. Interminable est la pente. J’ai pas connu la terminale mais crois-moi qu’ils deviennent tout pâle quand La Squale récite William. Le passé s’est mal passé, mais le passé c’est le passé. Plus d’occasion à laisser passer : Fleury, Florent j’ai fait les deux.”

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Run The Jewels nouvel ambassadeur du Disquaire Day

Pour son édition 2018, le Disquaire Day (Record Store Day en V.O.) s’est trouvé un ambassadeur de poids. Après Metallica, Dave Grohl, Iggy Pop, Ozzy Osbourne, Jack White, Chuck D, ou encore St. Vincent (pour ne citer qu’eux), c’est au tour de Killer Mike et El-P, aka Run The Jewels, de revêtir la tenue de circonstance. El-P a fait tourner la nouvelle via son compte Twitter, non sans humour :

BRING ME MY SCEPTER AND CEREMONIAL ROBE, FOR @runjewels ARE THIS YEARS RECORD STORE DAY AMBASSADORS. i was told i can park anywhere now. https://t.co/muDPN7s2Kt

— el-p (@therealelp) February 15, 2018

[RAMENEZ-MOI MON SCEPTRE ET MA ROBE DE CÉRÉMONIE, @RUNJEWELS SONT LES AMBASSADEURS DU DISQUAIRE DAY CETTE ANNÉE. On m’a dit que je pouvais me garer partout maintenant.]

Une vidéo additionnelle

Pour encore plus appuyer cette annonce, les rappeurs se sont amusés à tourner une petite vidéo (à voir ci-dessous), façon journal télévisé. Entre les blagues d’El-P, le large sourire de Killer Mike, et quelques effets visuels psyché, les deux rappeurs en profitent pour nous faire un joli cadeau. Le 21 avril prochain (jour du Disquaire Day), le groupe sortira une version deluxe, en or et collector – probablement - de leur dernier album, Run the Jewels 3. Un troisième disque bluffant et important, comme on l’écrivait en janvier 2017.

On en profite aussi pour vous partager le super visuel qui accompagne tout ça. Lui aussi est dans le pur style Run The Jewels :

Le Disquaire Day aura lieu le 21 avril

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Nick Cave &amp; The Bad Seeds annonce un film de leur dernière tournée, bientôt en salle

Pour ceux qui ont raté la date du groupe légendaire en octobre dernier au Zénith de Paris, rassurez-vous. Un film déjà titré Distant Sky - Nick Cave & the Bad Seeds Live in Copenhagen sortira le 12 avril et sera diffusé dans 500 cinémas (dont cinq cinémas de Paris), à travers le monde, le même jour. Les tickets seront en vente le 20 février, tous les détails sont ici.

Réalisé par le cinéaste David Barnard, le film du concert a été filmé pendant la tournée du groupe sur l'album, Skeleton Tree, avec Warren Ellis (piano, claviers, violon, guitare ténor), Martyn Casey (basse), Thomas Wydler (batterie), Jim Sclavunos (vibraphone, percussions, piano), George Vjestica (guitare) et Larry Mullins (claviers, piano). En trente ans de carrière, Nick Cave aura publié pas moins de seize albums avec son groupe The Bad Seeds dont le dernier Skeleton Tree, en hommage à son fils Arthur décédé accidentellement en 2015.

>>>> À relire : Nick Cave : 35 ans de carrière au service du rock

Nick Cave & The Bad Seeds ont confirmé leur présence au festival Primavera à Barcelone, et joueront également un énorme concert en Irlande en juin, avec Patti Smith.

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Orelsan, Clara Luciani, Vald, Juliette Armanet... Le Art Rock Festival se dévoile enfin

Tout juste auréolé d’une distinction de qualité, celle du Meilleur festival urbain (dans le cadre des Festivals Awards 2017), le Art Rock revient plus fort que jamais. Pour cette 35e édition qui se déroulera les 18, 19 et 20 mai dans le centre-ville de Saint-Brieuc, un parterre d’artistes de qualité, en plus de ceux qu’on vous annonçait, a confirmé sa présence. Au passage, la très belle affiche qui illustre cette édition est exposée en actuellement au Centre Pompidou (Paris) :

capture-decran-2018-02-16-a-11-27-30.jpg Robert Longo - Untitled (Jules) (1981)

Sont attendus

Évidemment, le rap sera mis à l’honneur. Parmi ses ambassadeurs, on retrouvera celui qui a tout raflé aux dernières Victoires de la Musique, Orelsan, son compère Vald, auteur de l’un des albums rap de ce début d’année, ainsi qu’Ichon, qui avec ou sans son crew Bon Gamin est toujours aussi efficace. La chanson française brillera de mille feux, avec les pétillantes chanteuses Juliette Armanet, Catherine Ringer, LOST (le projet mené par Camelia Jordana et le compositeur Laurent Bardainne), ou encore avec l’explosive Clara Luciani (qui dégoupillait La Grenade en janvier dernier). Dans le désordre, on pourra aussi voir les concerts de Chassol, les illuminatis de la pop Django Django, Seun Kuti, Lee Fields, et celui du duo Tshegue, déjà sensationnel aux dernières Transmusicales de Rennes.

Festival Art Rock
Du 18 au 20 mai dans la commune de Saint-Brieuc
Evènement facebook & Billetterie
Plus d'infos

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La playlist pour pécho en 2018

Vous avez encore passé la Saint-Valentin en solo ? Vous avez épuisé tout votre stock de Super Like sur Tinder comme d'hab ? Personne ne pense à vous envoyer un bouquet de fleurs pour votre anniversaire ? Ouais, c'est clair, la vie peut parfois être une véritable torture pour les âmes sensibles qui attendent toujours leur Roméo/Juliette. Mais promis, ça va changer à partir d’aujourd’hui.

Une playlist de 50 titres axée sur le sexe et l'amour

Comme vous n'allez pas passer l'année à déprimer sur la discographie d'Adele, on a donc imaginé une playlist de 50 titres axée sur le sexe et l'amour, histoire de mettre toutes les chances de votre côté. Et de récupérer votre modjo en 2018. Heureusement qu'on peut toujours compter sur Rihanna, David Bowie et Frank Ocean pour pécho.

Tracklisting complet :

1. Ciara - Body Party
2. Prince - Adore
3. Feist - Pleasure
4. Kendrick Lamar feat. Zacari - LOVE.
5. Miguel - Banana Clip
6. Mariah Carey - We Belong Together
7. Jeremih - 773 Love
8. Tinashe feat. Future - Faded Love
9. Cassie - Me & U
10. Kelly Rowland feat. Lil Wayne - Motivation

11. Rihanna - Sex With Me
12. Truth Hurts feat Rakim - Addictive
13. MYA - Ready, Part II (Bedroom Mix)
14. The Weeknd - Often
15. Mario - Let Me Love You
16. Frank Ocean - Pilot Jones
17. Majid Jordan - Gave Your Love Away
18. Luke James - Drip
19. D'Angelo - Untitled (How Does It Feel)
20. Ginuwine - So Anxious

21. Drake feat. Majid Jordan - Hold On, We're Going Home
22. Beyoncé - Partition
23. SZA feat. Travis Scott - Love Galore
24. Hamza - Vibes
25. Yelle - Romeo
26. Gallant feat. Jhené Aiko - Skipping Stones
27. Mac Miller feat. Ariana Grande - My Favorite Part
28. Kali Uchis feat. Jorja Smith - Tyrant
29. Janet Jackson - Any Time, Any Place
30. Selena Gomez feat. A$AP Rocky - Good For You
31. The Internet feat. KAYTRANADA - Girl

32. Snoop Dogg - Sexual Eruption
33. George Michael - I Want Your Sex
34. Kelis - Milkshake
35. Nelly Furtado - Intro / Promiscuous
36. Justin Timberlake feat. Timbaland - SexyBack
37. Depeche Mode - I Feel You
38. Garbage - Sex Is Not The Ennemy
39. Led Zeppelin - Whole Lotta Love
40. The Rolling Stones - Brown Sugar

41. David Bowie - Moonage Daydream
42. Arctic Monkeys - I Wanna Be Yours
43. Outkast - Spread
44. Britney Spears - Breathe On Me
45. Kanye West - Bound 2
46. Miley Cyrus - Adore You
47. The xx - Infinity
48. TLC - Red Light Special
49. Boyz II Men - I'll Make Love To You
50. Madonna - Justify My Love

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Music Machines aux Galeries Lafayette

Il fallait un sorcier et un lutin pour organiser ces festivités : ça sera Pedro Winter, monument national. Impliqué comme seul peut l'être cette boule d'énergie et d'idées, le fondateur du label Ed Banger sera omniprésent, de la réalisation des vitrines, à un plateau de ses chers Stéréokids, de concerts à des happenings, de la création d'un disquaire éphémère à des ateliers. Des festivités pour l'instant annoncées uniquement sur Paris, mais qui devraient vite être rejointes par des activités pareillement musicales et excitantes au niveau national. Galeries rime avec euphorie, Lafayette rime avec fête.

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Françoise Hardy : Comment nous dire adieu ?

Françoise Hardy va mourir. Le plus tard possible, on l'espère, mais ce jour-là les radios, les télés et les réseaux sociaux auront l'embarras du choix quant aux chansons crépusculaires, aux chants de départ que la chanteuse aura pris le soin de disperser depuis quelques années, peut-être pour conjurer le sort, en tout cas pour signaler explicitement ses adieux - heureusement toujours reportés. Elle qui se considère comme une miraculée, après plusieurs épisodes médicaux qui faillirent l'envoyer à trépas, ne songeait sans doute pas refaire encore un disque, les précédents ayant toujours plus ou moins été annoncés comme les derniers. Les disparitions de Johnny et de France Gall, autres totems Yéyé, n'ont pas dû ensoleiller son moral, mais après une longue éclipse elle a tout de même retrouvé le chemin du studio. Aujourd'hui, voici donc Le Large, écrit et composé par La Grande Sophie, premier extrait sans surprise de Personne d'autre, son 28ème album à paraître le 6 avril. Encore une fois, Françoise nous adresse un dernier au revoir depuis l'immensité du néant symbolisé par l'océan.

En 2012, sur L'Amour fou, son précédent album, c'est sur un mode plus enjoué qu'elle quittait nos compagnies avec un dernier titre qui déjà annonçait la sortie de scène. Composé par François Maurin, cette chanson presque légère s'intitulait Rendez-vous dans une autre vie.

La fois d'avant, en 2010, l'album avait pour nom La Pluie sans parapluie, et c'est de L'autre côté du ciel que l'astrologue chantante nous fixait un rencard.

Six ans plus tôt, l'album Tant de belles choses (2004) avait été conçu au sortir d'une première alerte durant laquelle Françoise Hardy pensa ne plus jamais revoir "fleurir les lilas." La chanson titre, emplie d'un espoir anxieux, faisait l'inventaire de ces craintes, avec l'amour pour conjurer la mort. On ne sait pas toutefois si elle s'adresse cette supplique à elle-même, ou a un tiers (Dutronc ?)

Personne d'autre sortira le 6 avril chez Parlophone/Warner

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Le crooner Marlon Williams est la plus belle chose que vous pourrez écouter cette semaine

Après deux années de tournées épuisantes et une douloureuse rupture avec sa bien-aîmée Aldous Harding, ce digne héritier de Roy Orbison est de retour pour un second album haute gamme, enregistré en Californie avec le producteur Noah Georgeson (Cate Le Bon, Joanna Newsom). S’éloignant peu à peu de sa country chérie, le crooner sort de sa zone de confort et nous ouvre son coeur, en y dévoilant une facette plus sensible. Privilégiant la gravité du piano à la fiévreuse guitare, c'est un album quasi thérapeutique qu'il livre à son auditeur. On y découvre toutes les nuances de gris qu'a traversé ce grand bonhomme pour affronter la vie sans Elle. Rencontre.

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Tu as commencé ta carrière dans le classique, n'est-ce pas ?

Marlon Williams : J’ai étudié la musique classique jeune et à l’université, mais en même temps je jouais de la musique folk. J’ai dû abandonner le classique car je n’avais plus le temps ni l'énergie de faire les deux. Tous les mercredi et les dimanche j’allais à la chorale. A 17 ans, j'ai même fait ma première tournée en Europe avec la chorale, en Europe de l'Est : Estonie, Lituanie… mais aussi à Londres et en Espagne.

Ton père est musicien également ? 

Il ne joue plus trop. Mais il jouait pas mal de musique punk. Donc je crois que jouer de la country, c’était un peu une façon de me rebeller contre lui, en filant droit. Dans une chorale.. (rires)

D'où est venu ton amour pour la country ?

Les disques venaient de mon père plutôt. J’ai dit que je me suis rebellé contre lui, mais ce n’est pas tout à fait vrai, il m’a introduit à la musique country. Chaque semaine, il ramené à la maison un nouveau CD à écouter.

Comment as-tu amorcé l'écriture de ce second album ? Ta rupture avec Aldous Harding a précipité les choses ? 

Après deux ans de tournée assez intensives, mener en parallèle une relation amoureuse n'était pas si simple que ça. Et encore plus compliqué, puisque ma moitié [Aldous Harding] faisait le même travail que moi. C’était une telle lutte. Et pendant toute cette période, je n’avais rien écrit ou presque. Vampire Again, c’était la première et seule chanson écrite à cette époque.

Votre séparation, ça a libéré ta créativité en quelque sorte ? 

J’ai réussi à écrire à nouveau, ce qui est assez étrange, de faire d’un événement aussi dramatique une source d’inspiration. Avant ça ne m’était jamais vraiment arrivé, de parler directement de mon expérience personnelle.

Tu as écrit chez toi à Lyttelton (Nouvelle-Zélande) ? 

Oui, après la rupture, j’ai écrit 15 chanson en un mois à la maison. Aldous était en tournée, et moi j’étais seul à la maison. C’était un peu une séparation qui s’est faite à (grande) distance, tout comme s’est déroulée notre relation… La pré-production a été réalisée par Ben Edwards, qui était déjà là sur le premier album. Vivre cette rupture puis écrire ces chansons avec lui, dans sa maison où je vivais et où on travaillait ensemble, c'était quelque chose. Il était proche et compatissant.

C’était une manière de procéder presque aveugle. C’était ma perception de cette relation et de sa fin. Ce n’est pas une déclaration ou un bilan de notre propre relation, ça parle de moi, et de la manière dont j’essaye de m’en sortir. C’était purement thérapeutique pour moi.

Pour l'enregistrement, tu as choisi de bosser avec Noah Georgeson (Cate Le Bon, Flo Morrissey..) et de quitter la Nouvelle-Zélande pour la Californie, pourquoi ? 

Je pense que c’était très important d’aller à San Francisco et de bosser avec un nouveau producteur. De prendre un peu de distance. Ça a duré seulement 10 jours. C’était assez rapide et stressant. C’était super ce nouveau départ, et en même temps flippant. Je n’avais jamais enregistré en dehors de ma ville de 3000 habitants. Alors là de se retrouver avec de nouvelles personnes et un nouvel environnement…

On a vraiment l'impression que ton album présente toute une palette de sentiments, du vécu ? 

Oui, il y a de la tristesse (Beautiful Dress), de la colère (Party Boy), de l’insécurité : Can I call you. What's Chasing You est elle une chanson naïve, de bonne volonté, qui essaye de comprendre le problèmes et d’y faire face. Et à la fin de l'album, il y a ce lâcher-prise, comme avancer pour accepter, un dénouement. On s'approche d’un dialogue..

Ce duo avec ton ex petite amie Aldous Harding sur Nobody Gets What They Wants Anymore, il a été salvateur pour toi ?

Il y avait toujours des trucs non résolus dans notre histoire avant l’enregistrement de ce titre, mais depuis on a bien avancé, on est reparti du bon pied. C’est plus calme. Après, on a des approches différentes.

Concrètement, enregistrer un morceau avec son ex, peu de temps après la rupture, ça se passe comment ? 

On ne s’était pas beaucoup vu, donc c’était assez dur, confrontant, de diriger cet enregistrement sans avoir résolu pas mal de questions mais ça a été d’une grande aide, même si c’était à grande distance. On en a juste parlé au téléphone. Aldous a enregistré sa partie depuis le Pays de Galle, à Cardiff. A l’époque, elle avait fini l'enregistrement de son propre album Party et elle était en tournée.

Mais c'est toi qui a écrit ses propres paroles sur Nobody Gets…?

Oui, c’est moi qui lui donne son texte pour me parler et qui essaye de rationaliser sa perspective. Et donc elle chante ma version d’elle-même. C’est une idée assez intéressante. Qu’elle y croit ou non, elle accepte ma vision. Aldous, c’est le genre de personne qui veut faire quelque chose en laquelle elle croit, donc là au moins, elle croit en ma vision.

Aldous a sorti un album qui s'appelle Party, en mai 2017. Est ce que tu pense que son disque donne une perspective différente de votre relation, différée dans le temps ?

Oui, mais nous sommes vraiment deux personnes très différentes. Party c’est son expérience de nous, d’une certaine façon. Après c’est une artiste qui est très concentrée sur elle-même, mais pas d’une mauvaise façon. Donc Party parle plus de son esprit. Après c’est inévitable qu’il y ait des comparaisons et qu’on essaye de faire des liens.

L'album Make Way For Love (Dead Oceans) est disponible sur Apple Music

En concert le 26 avril à La Rodia (Besançon) et le 27 au Point Éphémère (Paris)

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Kendrick Lamar et Future livrent &quot;King's Dead&quot;, avec un clip hypnotisant, pour la BO de &quot;Black Panther&quot;

Alors que "Black Panther" est sorti mercredi dans les salles, Kendrick Lamar, Future, James Blake et Jay Rock viennent de sortir "King's Dead", un titre à la ligne de basse hypnotisante, qui n'est pas sans rappeler celle de "Started from the Bottom" de Drake. A noter le très beau "Ladidadida / Snob on me knob" de Future pour finir son couplet, on ne vous traduit pas l'expression, mais ça doit être la première fois qu'elle figure dans la BO d'un film produit par Disney.

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RTV 95.7 Podcast : Caraïbes Show

Emission diffusée le 15 février

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Billie Bird, oiseau de nuit et chanson envoûtante

C'est le genre de chanson qu'on n'avait pas vu venir, et dont on pourrait bientôt ne plus se passer. Si on ne l'avait pas vue, c'est parce que c'est La Nuit. Billie Bird est chanteuse, elle vient de Suisse, elle sort le EP La Nuit le 2 mars, et ce morceau est une vraie réussite frémissante et troublante de pop francophone inspirée par les années 80, mais avec un son beaucoup plus chaud et mystérieux qu'à l'époque (c'est Robin Girod de Duck Duck Grey Duck et anciennement Mama Rosin, qui a produit ce bijou).

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Du 15 au 17 mars, Paris Music invente le festival dans des lieux chics de Paris

Il y a des événements qu'il serait vraiment bête de louper, la troisième édition de Paris Music en fait partie. Créé à l'origine par les organisateurs du Disquaire Day en association avec la Mairie de Paris, le festival Paris Music propose une quarantaine de concerts du 15 au 17 mars, dans 19 lieux parisiens différents, parfois insolites ou historiques.

Le festival prendra place "dans de beaux murs", on pourra autant se croiser au Café de la Danse, qu'à l'Aérosol, en passant par différentes églises (Saint Eustache, Saint-Merry), à la Crypte archéologique du parvis Notre-Dame, au Petit Palais, ou dans le club de jazz Sunset Sunside entre autres, pour des aventures sonores de tous les styles. Et pour info, tous les spectacles sont à 10 euros.

La programmation 

Autant dire que les journées proposeront l'embarras du choix avec une dizaine de concerts par jour, qui démarreront dès 15h, avec en prémisse du weekend, le jeudi 15 mars, Chapelier fou,qui ouvrira les festivités. Armé de son violon et de ses quelques machines, le Lorrain viendra nous présenter sa musique inclassable dans le décor magnifique de la Crypte archéologique de l’île de la Cité, et en plus ça ne coûtera que 7€.

Seront également présents I Am Stramgram en solo, Miles Oliver, Click Here, ou Barbagello qui prendra possession du café de la Danse. La soirée devrait se terminer en apothéose avec Maud Geffray et Lavinia Meijer qui ré-interpréteront les œuvres de Philip Glass à l'Eglise Saint-Eustache.

Le vendredi 16 mars, c'est le drôle d'oiseau Lenparrot, entre pop barroque ou electro cotonneuse, selon son plumage, Frànçois Atlas & BostGehio (Frànçois and The Atlas Mountains en solo avec quatre chanteuses polyphoniques) au Petit Palais, et Yuksek au Musée Bourdelle, mais aussi Sarah Murcia & Magic Malik, Bruno Philippe, Prequell ou encore Lamine Cissokho….

Pour le dernier jour, la nouvelle sensation du hip-hop Aloïse Sauvage sera présente à la Bibilothèqye historique de Paris, une carte blanche au parrain du festival Piers Faccini aura lieu à l'Hôtel de Lauzun, tandis que Malik Djoudi prendra possession du Petit Palais. Seront aussi présent Dick Annergan, un quatuor de harpes, Babx, JP Nataf, Sly Johnson. La soirée de clôture sera inratable à L’Aérosol avec notamment Etienne Jaumet (Zombie Zombie), Yan Wagner et Arnaud Rebotini.

L'intégralité du programme est à retrouver sur le site, ici.

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Vous voulez devenir copropriétaire des droits d’une chanson de Prince ? Vous avez 490 000 $ ?

Depuis quelques jours, le fantôme de Prince plane avec un peu plus d’insistance au-dessus de l’Internet ; la faute à Chris Moon, l’un des premiers collaborateurs de la défunte star. Comme le rapportait le média Star Tribune, l’homme qui a “découvert Prince au milieu des années 70 dans son studio de Minneapolis” (comme il le dit lui même), souhaite désormais céder sa part des droits de la chanson Soft and Wet (1978), le tout premier single du Prince of Funk. Évidemment ce n’est pas gratuit, et c’est sur Ebay que ça se passe. Si vous le voulez, vous pouvez acquérir le bien, moyennant la modique somme de 490 000$.

Une chanson spéciale

Soft and Wet, ce tube funk de grande qualité (qui n’a pas vieilli d’un poil), est originalement apparu sur le premier album studio du Kid de Minneapolis, For You, sorti à la fin de la décennie 70. Des années plus tard, à l’orée des nineties, le titre a connu une seconde jeunesse lorsque MC Hammer s’en est emparé pour le sampler. Cette V2 du morceau s’appelle She's Soft and Wet, et figure sur la tracklist de son album culte, Please Hammer, Don't Hurt 'Em – tout comme l’hymne U Can’t Touch This.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Chris Moon, en plus de léguer ses droits de la chanson de Prince, rajoutera au lot que l’heureux (et riche) acheteur recevra, le morceau de MC Hammer. En grand prince, il prendra également le soin d’inclure une copie du contrat original signé par la main de His Royal Badness, une copie digitale de l’enregistrement initial ainsi que la version album de Soft and Wet. Rassurez-vous, Chris Moon offre les frais de livraison.

La discographie de Prince est disponible sur Apple Music.

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