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10 albums d’Amérique latine pour fêter l’été

L’enjôleuse et virtuose pianiste cubaine Marialy Pacheco

Arto Lindsay, Cuidado Madame

Il n’avait pas publié de nouvelles chansons depuis 13 ans, ce qui ne signifie pas qu’il soit resté inactif ni qu’on ait fini par l’oublier ou le remplacer. A 64 ans, Arto Lindsay peuple toujours de machines étranges, tenant de la mécanique pure et de l’Eve future, l’espace qu’il a su créer entre no wave et musique brésilienne. Et c’est le même froid enivrement qui vient nous mordre, l’admiration pour l’intelligence des déstructurations se mêlant de surprises et de contentements familiers devant les incurables audaces d’Arto.

Marialy Pacheco, Duets

Elle cultive une image chic et quelque peu enjôleuse, mais l’essentiel est ailleurs, dans ce piano qui, au bout de ses doigts, caracole, piaffe et se cabre avec toute la droiture d’un hidalgo créole. S’approcher de Marialy Pacheco, c’est se voir entraîné dans une danse de caractère dont on risque de ne pas sortir indemne à moins d’en devancer les impétueuses ruades. Pour les six musiciens qui ont accepté de valser en duo avec l’élégante Cubaine, l’aventure paraît avoir été des plus stimulantes. Particulièrement impressionnante, la joute avec Hamilton de Holanda ravive le souvenir de celles que pouvaient échanger Paco de Lucía et Chick Corea – et ce serait déjà suffisant pour s’attacher à ce disque.

Battle of Santiago, La Migra

Mâtiner son rock de rythmes et refrains empruntés à la salsa, l’idée n’est pas neuve. Après tout, à la fin des années 60, Carlos Santana s’y employait déjà. Mais Battle of Santiago, combo de Toronto où évoluent des musiciens d’origine sud-américaine, donne une tournure différente à la rencontre, ajoutant des cuivres afro-jazz, des phrases rappées et des effets de toute sorte pour donner à sa musique l’ampleur d’une fresque psychédélique lézardée de longs râles de guitare et de saxophone, furieusement battue de rythmes obstinés et trempée aux alcools mortels de la nuit latine.

Ian Lasserre, Sonoridade Pólvora

A Bahia les talents ne manquent pas mais, depuis quelques années, c’est souvent dans l’entourage de Tiganá Santana qu’on les repère. Avant même d’apprendre que les deux hommes ont le même producteur (Sebastian Notini), le folk languissant et secret de Ian Lasserre ne laisse d’ailleurs aucun doute sur la parenté, encore que ce jeune chanteur possède déjà une manière à lui, moins souffrante peut-être, cultivant une mélancolie onctueuse et bercée de demi-teintes charmantes. Sonoridade Pólvora creuse joliment cette veine, atteignant sa pleine intensité à mi-parcours, dans un enchevêtrement de traits rêveurs et de murmures ensorcelants.

Gaby Hernandez, Spirit Reflection

Aucun disque ne pourrait mieux convenir à nos après-midis trop chauds, quelle que soit la façon dont on les occupe. Voix suave et cordes sinueuses, rythmes éparpillés comme une fine pluie d’été, basses humides et refrains de bluettes ensoleillées, c’est un précis de sensualité latine et californienne embuée d’embruns et de psychédélisme lascif que nous livre Gaby Hernandez. Par-delà cette providentielle adéquation, la chanteuse angelena d’origine chilienne réussit, dans Spirit Reflection, à allier légèreté et inventivité, complexité orchestrale et impressionnisme vaporeux. Addictif, il se pourrait bien que ce disque berce encore nos longs soirs d’hiver.

Rio Mira, Marimba del Pacifico

Le marimba n’est pas que ce xylophone à lamelles de bois dont des Africains embarqués comme esclaves pour les Amériques ont apparemment réussi à transmettre le secret de fabrication et de jeu à leurs descendants. C’est devenu le nom d’une tradition musicale partagée par les Noirs vivant sur la côte pacifique de la Colombie et de l’Équateur. Regroupant des musiciens de ces deux pays, Rio Mira en restitue à merveille les polyphonies euphorisantes, le roulement paisible et la nostalgie légère. A paraître le 7 juillet.

Dona Onete, Banzeiro

La vieille dame trop mimi qui se déhanche sur une musique de paradis, vous direz qu’on vous a déjà fait le coup. Voire… Spécialiste des cultures indiennes du Brésil venue sur le tard au chant, Dona Onete connaît ses traditions sur le bout des doigts et les transmet de sa voix rauque, à l’aide d’une instrumentation sans artifices – et sans Manu Chao, Dieu merci –, privilégiant les percussions et des cuivres comme échappés de quelque bastringue amazonien. Il en résulte une effervescence rudimentaire qui distribue la belle humeur et ne peut que donner envie de se déhancher à son tour.

Kumbia Boruka, La vida se vive

Être le digne disciple de Celso Piña suppose trois choses au moins : maîtriser son accordéon, savoir exprimer ce mélange de bringue démente et de sentimentalité propre à la cumbia mexicaine, enfin se montrer innovant, ne pas hésiter à métisser toujours plus sa musique. Tout cela, Hernan Cortés ne l’a pas découvert à la façon brutale de son homonyme, il s’en est imprégné naturellement, à Monterrey même. Avec le Français Bob Sikou, ils ont fondé la Kumbia Boruka pour cultiver sur notre sol une guinche très épicée en la coupant d’un zest de dub. A voir sur scène évidemment (à l’Entrepôt le 29 juillet), mais l’album, frais et bien frappé fera aussi l’affaire.

Gal Costa, Índia

D’abord, la pochette, forcément. Montrant au recto le ventre et le maillot ficelle de Gal, au verso la jeune femme en pagne et plumes, les seins nus, elle fut censurée par le régime militaire brésilien dès sa parution en 1973. La chanteuse y gagna ses galons d’insoumise et d’icône sexy du tropicalisme, statut qu’elle n’a jamais déshonoré par la suite. Quant à la musique, elle emprunte à la soul comme aux rythmes brésiliens, au jazz et à la pop, mettant en valeur une voix limpide, intrépide, prête à tout soumettre à son impériale féminité. Un classique, à acquérir dès le 7 juillet.

Introducing… Rubén González

C’est un manuel de vida salsera que cet album originellement paru en 1997. Rubén González était loin d’être un jeune homme alors, mais il disposait d’une aura légendaire : mambo, cha cha cha, jazz, salsa, le pianiste avait participé à toutes les évolutions de la musique cubaine au cours des 40 dernières années. Profitant de la médiatisation du Buena Vista Social Club, il décidait d’enregistrer ce disque soliste à l’ancienne, en deux jours de prises directes, sans obverdubs. World Circuit le réédite avec un inédit en supplément. Aussi moite, malicieux et intensément savoureux qu’au premier jour, c’est un indispensable.

Les Inrocks - Musique

Michel Reis : “Il n'existe pas un style de jazz luxembourgeois”

Qui l'eût cru ? Le Luxembourg n’est pas seulement friand de l'argent des autres, il aime aussi le jazz. Et l'exporte même, grâce à un trio talentueux, adoubé par le grand saxophoniste Joshua Redman.

Télérama.fr - Musiques

“Ordre et Progrès”, l’aventure francophone d’Orval Carlos Sibelius

“Tu te sens moins seul un pistolet sur la tempe”, chantonne joyeusement Axel Monneau, alias Orval Carlos Sibelius, dans Cœur de verre. C’est avec cette remarquable acidité que s’exprime l’artiste français dans Ordre et progrès, un cinquième album chanté cette fois dans sa langue maternelle. S’il a mis de côté l’anglais, il poursuit ses expérimentations psychédéliques et s’essaie de plus en plus à l’électronique.

Désormais épaulé par Domotic, Orval Carlos Sibelius apprend à se perdre dans les sons des synthétiseurs (Locus Solus, comme un héritage de Mort Garson) pour finalement les manier avec délicatesse (Monument, aux allures plaisantes d’un Flavien Berger futuriste). Projectionniste de son métier, Orval Carlos Sibelius semble vivre au cœur d’un film : de combats épiques (Dopamine) en paysages exotiques (Antipodes), l’artiste construit son disque comme un récit, le ponctue de punchlines corrosives (“Le bonheur se répand comme un cancer sur le cerveau des gens”, raconte-t-il dans Les Oubliés). Peu de détours et beaucoup de classe, cet ovni de la nouvelle scène francophone prouve à nouveau que l’on n’arrête pas le progrès.

Les Inrocks - Musique

“Eleven Songs”, le premier recueil d’Aliocha

(c) Jules Faure

Adoubé par les festivals prescripteurs (Bars en Trans, Printemps de Bourges, MaMa), le Franco-Canadien Aliocha Schneider se prépare à entrer dans la cour des grands avec un premier album aussi incandescent et sincère que son précédent ep, et à l’image de son personnage. Avec Eleven Songs, il signe à la fois une œuvre de jeunesse – certains titres ayant plus de six ans –, mais tourne également une page, celle des premières fois et des révérences à ses héros, les intemporels Bob Dylan et John Lennon. Il y délivre une musique fidèle à celle de son cœur : “Je ne l’ai pas écrit comme un hommage. Quand tu fais de la musique, tu joues ce que tu as envie d’entendre.”

Entre Elliott Smith et Nick Drake

Aliocha y salue aussi avec brio la beat generation, dans des chansons d’une simplicité désarmante, courtes et laissant place aux imperfections. “Enregistrées parfois en une seule prise”, on y entend la voix qui se dérobe ou une piste qui craque comme un vinyle poussiéreux. Sans filtre et en prenant soin de conserver ses fêlures.

Pour retranscrire cette atmosphère un brin vintage qui lui est si chère, Aliocha a fait appel au producteur Samy Osta (Feu! Chatterton, La Femme, Rover). Ensemble, ils s’envolent pour un studio de Göteborg, en Suède. Samy capte avec soin les influences sixties du songwriter, mais aussi un folk déchirant à la Elliott Smith ou Nick Drake. En binôme, ils enregistrent la majorité des instruments sur bandes, y invitent un clavier (Sarah) et une vieille douze cordes, le tout “parfois en une seule prise et utilisant la console sur laquelle David Bowie a enregistré Heroes !”

Fils d’un professeur de théâtre et d’une mannequin, Aliocha Schneider commence sa carrière vers 10 ans, dans un feuilleton québécois pour ados. Il suit les pas de ses frères Volodia, Vassili, Niels et Vadim (tragiquement disparu dans un accident), et enchaîne des rôles sur grand et petit écran, même sur les planches, avant de se découvrir une passion pour la musique.

Elégant et hors du temps

A 17 ans, cet autodidacte est rapidement adopté par l’artiste québécois Jean Leloup, une rencontre clé qui va lui permettre d’enregistrer des maquettes dans un vrai studio et en compagnie d’un groupe confirmé, les Last Assassins, un souvenir “hyper intimidant” mais formateur.

Gagnant en caractère au fil des ans et des tournées, Aliocha dévoile un ouvrage folk élégant et hors du temps, avec quelques sursauts plus rocailleux (Crystal Plane). Et si ses mélodies mélo évitent à tout prix une noirceur spleenante, il n’hésite pas non plus à mettre son message, parfois engagé, au premier plan grâce à une voix délicieusement chancelante. En réaction à un monde qui ne tourne plus bien rond, il signe ainsi la mélodie poignante Mr. Gardner, inspiré du décès d’un homme noir sous les coups des policiers à New York en 2014.

Il s’engage également contre la montée des extrêmes avec Virtue, qu’il dédie fréquemment à Donald Trump ou Marine Le Pen – tout dépend de quel côté de l’Atlantique le concert a lieu. Plus intime, il évoque la dépression d’un de ses amis sur Jamie, quand As Good as You et Milky Way sont des lettres à peine voilées à son défunt frère aîné : “C’est vrai que j’ai fait exprès de les déguiser, par pudeur.” Et histoire de confirmer le talent de la famille Schneider, c’est son grand frère Volodia qui l’accompagne désormais sur ses tournées, un batteur émérite passé par le Cirque du Soleil. Une histoire de famille qui n’a pas fini de nous éblouir.

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“Don’t Give Up on Love”, soul étincelante de Don Bryant

Dans l’histoire de la soul, Hi Records représente un miracle, la prolongation, durant les années 1970, du savoir-faire hérité de Stax, combiné à l’alchimie particulière d’un producteur de génie (Willie Mitchell), d’un groupe de génie (les frères Hodges) et de chanteurs de génie (Ann Peebles, Al Green, O.V. Wright). Don Bryant était quant à lui employé à écrire des chansons, en particulier pour Ann Peebles, qu’il épousa en 1974. C’est pour lui rendre hommage – en 2012, un AVC l’a obligée à prendre sa retraite – que le vétéran a repris le micro en main (son dernier album comme chanteur remontait à… 1969).

D’emblée, il se confronte au monumental A Nicked and a Nail d’O.V. Wright et envoie ses tripes prendre l’air avec un courage ahurissant. Tout pourrait s’arrêter là – on serait déjà ravi –, mais la suite n’est pas moins heureuse. Si Bryant n’a pas le timbre des plus grands, le moindre de ses souffles exhale la soul du Sud, la vraie. Il prête ainsi à ses propres ballades, It Was Jealousy ou Don’t Give up on Love, une majesté dont aucun technicien actuel ne serait capable. Qu’on croie en Lui ou non, il faut louer le Seigneur d’avoir permis à Don Bryant d’enregistrer en 2017 un tel album.

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“Modern Pressure”, les complaintes plaisantes de Daniel Romano

Il faudrait que ça se sache un peu : Daniel Romano est un trésor caché du rock. Peut-être que ça n’en touchera pas une aux fans du businessman Booba ou du produit de synthèse Beyoncé, mais le Canadien de l’Ontario a carrossé parmi les plus beaux album country mélancolico-laidback depuis des lustres du côté de Merle Haggard et de Gram Parsons, dans le plus pur style “ma meuf m’a largué, je chiale dans ma bière et le tabouret du bar est ma maison” (Come Cry with Me), suivi d’une merveille d’exercice de style dylanien miroitant parfois vers Lee Hazlewood et Leonard Cohen (Mosey).

Avec ses divers styles et défroques, un coup Stetson et rouflaques, un coup crinière Blonde on Blonde, on pourrait prendre Romano pour le Laurent Gerra du rock sauf que le gars est trop habité et dégoulinant de talent pour être réduit à un simple membre du gang des pastiches.

L’ennui, c’est qu’on vous fait l’article pour son album le moins accompli. Modern Pressure a le son qui claque, avec guitares qui cisaillent et grandes louches d’orgue Hammond, la voix nasille à souhait, des grumeaux d’arrangements bizarres tranchent dans le classicisme rock, selon une idée générale qui serait “un disque de Dylan joué par les Stones d’Exile et produit par le George Martin de Sgt. Pepper”. Pas mal mais il manque une pièce dans l’équation : les chansons. Loin d’être nazes, elles sont un peu justes question inspiration, mélodies mémorables ou gimmicks saillants. Ramage et plumage restent superbement lustrés mais le fromage manque cette fois un peu de caractère.

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“Async”, le retour du maestro Ryuichi Sakamoto

Il n’a pas consulté son vieil ami David Bowie, ignorait tout de la maladie qui frappait celui avec qui il partageait en 1983 la vedette du film Merry Christmas Mr. Lawrence (Furyo en VF), et pourtant leurs destins semblaient se confondre à nouveau. Après avoir lutté pendant plus de trois ans contre un cancer de la gorge, Ryuichi Sakamoto a envisagé son prochain album comme le dernier, pendant qu’au même moment Bowie travaillait à son propre testament.

Les deux disques ne se ressemblent en rien, l’un (Blackstar) était l’œuvre d’un éternel frondeur impatient de prendre tout le monde à revers, y compris avec sa disparition, l’autre (Async) est aujourd’hui une sorte de granit mouvant qui déploie des beautés languides et prend des chemins tortueux sans suggérer sa prochaine désintégration.

La mise en flacon de l’éphémère

De fait, Sakamoto est bien vivant, il s’est attelé depuis à des commandes de BO de films (The Revenant) et projette de reprendre une partie de ses collaborations laissées en chantier, que ce soit avec l’électronicien minimaliste allemand Carsten Nicolai, alias Alva Noto (quatre albums depuis 2002), ou sur le front brésilien avec l’arrangeur et compositeur Jacques Morelenbaum, voire avec Yellow Magic Orchestra.

Mais Async, son premier album de compositions originales depuis Out of Noise (2009), reste empreint de ce cérémonial des dernières sensations, des parfums capturés de peur qu’ils ne se sauvent, de ces rituels très japonais de la mise en flacon de l’éphémère, du furtif, à l’heure où sonne la fin de tous les printemps.

“Ce qui s’est passé depuis huit ans, Fukushima, mon cancer, sont des événements graves qui restent intimement liés pour moi. Il s’agit de questions qui ont trait à la vie et à la mort, au conflit entre la nature et la condition humaine, et cette gravité qui s’est emparée de moi m’a amené à penser cet album comme le dernier.”

“Déconstruire la musique”

Il a ainsi abandonné toutes les pistes ébauchées avant 2014, à l’exception du titre d’ouverture, Andata, un thème nostalgique au piano que viennent perturber la guitare et les programmations de Christian Fennesz. Tout le reste aura fini à la poubelle. Placé au centre de l’album, Fullmoon est une variation en dix langues du texte déchirant que Paul Bowles récite à la fin d’Un thé au Sahara, toujours à propos de l’impérieuse nécessité de jouir des choses de la vie et des beautés de la nature avant qu’elles ne s’effacent.

Cette obsession se matérialise chez Sakamoto par une véritable remise en question de son rapport au monde, voire à l’outil maître de sa musique :

“Jusqu’ici, j’avais abordé le piano de manière classique, cette fois j’ai composé et joué avec la conscience que cet instrument est aussi composé d’éléments de la nature, le bois notamment, et du travail de l’être humain qui l’a construit. Je pense que ça donne une autre dimension à la façon d’en jouer, de déconstruire la musique comme on déconstruirait l’instrument lui-même.”

Le compositeur glaneur a aussi capturé le bruit de la pluie lorsqu’elle tombe sur le petit jardin attenant à son studio de Manhattan (en photo sur la pochette), il a enregistré des sons d’oiseaux dans les forêts du Upstate New York, jusqu’à laisser traîner son micro sur le marché de Montparnasse à Paris. Conscient de devoir tout faire entrer dans cette œuvre bilan, il s’est souvenu également des sculptures sonores en cristal ou en tôle des Frères Baschet, découvertes lors d’une exposition au Japon lorsqu’il avait 18 ans, et auxquelles il se confronte plus d’un demi-siècle plus tard, tout comme il s’est emparé d’autres créations émanant de l’Américain Harry Bertoia le temps du crépusculaire et atmosphérique Walker.

Une fois ce matériau accumulé, il fallait lui conférer une articulation, fût-elle imaginaire, et c’est ainsi que Sakamoto s’est imaginé composer une BO pour un film non moins imaginaire d’Andreï Tarkovski, allant jusqu’à déterrer la poésie du père du cinéaste russe, Arseni Tarkovski, lue ici par l’ami de toujours, David Sylvian (Life, Life).

Sakamoto peut se targuer de figurer parmi les acteurs du monde musical qui ont le plus fait bouger de lignes et se croiser d’univers ces quarante dernières années. Depuis Yellow Magic Orchestra, son trio kraftwerkien des saisons 1978-1983 jusqu’à ses œuvres néoclassiques en passant par la world-pop des albums Neo Geo ou Beauty, on le retrouve à tous les points cardinaux de la cartographie contemporaine, aussi bien dans les sphères mainstream que dans les chapelles de l’avant-garde. Avec Async, c’est encore ailleurs, hors-champ de tout, qu’il construit sous nos yeux une cathédrale de verre et de bois où palpitent d’insondables secrets, et que traversent pas mal des fantômes d’une vie bien remplie.

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“L’Angle Vivant”, superbe essai de Superbravo

(c) Thomy Keat

Après avoir opéré au sein d’Holden pendant plusieurs années, Armelle Pioline a pris son envol et s’est accompagnée de Julie Gasnier et Michel Peteau pour former Superbravo, trio à la douceur fascinante. Il aura fallu sept ans pour que A Space Without Corner, leur premier album, connaisse un successeur, sept ans pour troquer l’anglais contre le français, et autant d’années pour se séparer des arrangements parfois trop lourds et d’instruments souvent trop nombreux. L’Angle vivant est loin, très loin de ce à quoi Armelle Pioline et ses acolytes nous avaient habitués : tout y est délicat, minimaliste et d’une pureté sans écart.

Qu’il s’agisse de reprises (Un baiser, une bombe, morceau de David Lafore revisité façon électronique), de ballades mélancoliques (Brumes, dans laquelle le spectre de Mansfield.TYA semble se promener) ou de berceuses à la guitare (la simplement et justement nommée Oui), Superbravo a tous les atouts pour s’installer au cœur du paysage déjà bien chargé de la nouvelle chanson française. Et l’on ne peut que les en acclamer.

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“Some Twist”, l’échappée en solitaire de Michael Nau

On n’attendait pas Michael Nau de retour si tôt. Mais il faut croire que le songwriter du Maryland était pressé de nous replonger dans sa folk soyeuse, sept mois seulement après le délicieux Mowing, premier effort solo sorti en novembre. Pour l’occasion, Nau a dissimulé sur la pochette son visage sous des touches de peinture énergiques et multicolores, ne laissant visible qu’un œil fixé droit sur nous. Si l’on pensait retrouver sur disque, au gré des douze pistes, cet effacement symbolique, il n’en est rien, et c’est tant mieux.

Michael Nau affectionne toujours autant cette folk-pop cotonneuse dans laquelle on se laisse aller joyeusement en rêvant de plages paradisiaques, du paisible roulis des flots et des cocktails qui vont bien. Pour ce qui est de l’époque, rendez-vous au début des années 1970 quand Harry Nilsson régnait sur le monde (I Root ; Wonder) ou que Paul McCartney laissait les Beatles derrière lui (How You’re So For Real ; Oh, You Wanna Bet?). Plus près de nous, on retrouve le cool de Mac DeMarco (Scumways ; Scatter) comme infusé dans l’ensemble, contribuant à faire planer Some Twist entre ciel et terre, à grand renfort de réverbe, de synthés vintage et de guitares langoureuses. Idéal pour embellir un peu plus l’été à venir.

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Nouvelle chance audiovisuelle pour les “Carmélites” de Dmitri Tcherniakov

La cour d'appel de Paris avait interdit l'exploitation commerciale et la diffusion des “Dialogues des Carmélites” mis en scène par Dmitri Tcherniakov. Un arrêt cassé et annulé hier par la Cour de cassation.

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