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Face à Vald, Thierry Ardisson repousse les limites du malaise

Thierry Ardisson et les rappeurs : une vieille histoire déclinée en dizaines d'épisodes tellement gênants que plus personne ne semble s'émouvoir de cette interminable saga de l'angoisse. Alors que le rap est devenu la culture musicale dominante dans la France du 21è siècle, certains présentateurs continuent à recevoir les artistes avec une condescendance et une inculture aussi flippantes qu'assumées. Pire : les stéréotypes identitaires qui parsèment les questions des plus grands génies du "PAF" semblent se multiplier à mesure que les années passent. Magnifique exemple samedi dernier dans "Les Terriens" d'Ardisson.

L'interview s'ouvre sur le générique de X-Files. Genre, "il va se passer un truc dingue les gars : on a un rappeur sur le plateau". Et comme on pouvait s'y attendre, la suite défonce les frontières du réel avec une facilité déconcertante. Des blagues sur les Noirs et les Blancs, une autre sur les rappeurs qui ne savent pas conjuguer, la minute "verlan pour les nuls",  la traditionnelle comparaison avec Eminem…  Habitué à foutre la merde en interview et à tourner en ridicule les questions des journalistes auxquels il est confronté, Vald est cette-fois tombé sur un boss de fin complètement décomplexé. On ne sait toujours pas si l'interview a été ghostwritée par Nicolas Dupont-Aignan, présent juste à côté, mais la fin de la séquence atteint un niveau inédit sur l'échelle du malaise :

"Est-ce que vous enviez votre frère qui est devenu musulman ?"

Surpris, Vald semble vouloir botter en touche "Très peu… Mais je l'aime de tout mon coeur, gros bisous." C'était sans compter sur l'obstination d'Ardission bien décidé à enfoncer le clou du spectacle du jour :  "Mais, il est musulman", assène-t-il sur un ton grave. Finalement, le frère du rappeur n'est plus religieux : le moment idéal pour envoyer une musique de circonstances… Et mettre fin au calvaire sous les applaudissements du public.

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Mort de Charles Bradley, dernier héros de la soul

Le cancer est un adversaire redoutable. D'autant plus  qu’il ne respecte aucune règle. Et ne vous laisse souvent vous relever que pour mieux vous asséner le coup de grâce. A 68 ans le chanteur de Soul Charles Edward Bradley vient de perdre son combat contre celui qui lui rongeait l’estomac depuis un an, et qui après un bref répit s’était mis à lui attaquer le foie. Si la métaphore nous est facile, c’est que la vie de Bradley a beaucoup ressemblé à un combat de boxe. Un combat d’une rare violence, mais qui ne s’est pas conclu sans quelques rounds victorieux et qui fut accompli avec beaucoup de panache.

Dans la soul music comme dans la boxe il y a les champions et les sparring partners. Il arrive que des figurants du ring deviennent des vedettes. La chose est rare et pour un Larry Holmes qui à ses débuts entraînait Mohamed Ali et a fini par être couronné champion du monde des lourds, combien de milliers de ces faires valoir condamnés à l’obscurité ? Charles Bradley aurait du être le sparring partner de James Brown si celui ci avait poursuivi sa carrière de boxeur. Au cinéma, il aurait pu lui servir de doublure. Ses dons d’imitateur l’y autorisaient. Dans sa jeunesse, après l’avoir découvert à l’Apollo Theater de Harlem lors de l’une de ses légendaires prestations, Bradley s’était mis à singer Brown dans des cabarets de New York ou d’ailleurs, interprétant ses chansons, sa manière de chanter, reproduisant sa gestuelle dans des costumes copiés à l’encolure près sur ceux que portaient en scène le Parrain de la soul. Le spectacle plaisait à un public qui ne serait jamais aventuré à voir un vrai spectacle de Brown dans un quartier aussi mal famé que Harlem.

Bradley en fit donc un métier sous un nom d’emprunt, un nom qu’aurait pu choisir un catcheur, The Black Velvet. Et de 1967 aux années 2000, il vécut dans l’ombre de son modèle. Puis à la mort de James Brown en 2006, il se retrouva seul à chanter du James Brown. Son heure de gloire sonna alors. Il devint un champion à son tour. Tardivement. Douloureusement. Il signa un contrat avec le label revivaliste Daptone Records, eut le temps de sortir trois albums, de multiplier concerts et tournées, de goûter à cette gloire qu’il n’avait jusqu’alors jamais connu autrement que par procuration. C’est au cours de ces années là que The Black Velvet devint enfin Charles Bradley. Que l’imitateur se débarrassa du costume de l’imité. Pas complètement certes. On ne se défait jamais totalement d’une aussi longue appropriation. Mais dans cette tardive chrysalide, il se paya quand même le luxe de mettre enfin sa vie, toute sa vie, dans sa musique. Une vie acharnée, pas franchement gaie, vécue comme sur un ring où l’on encaisse des coups, où l’on accumule blessures et K.O….

Bradley est né à Gainsville en Floride en 1948. Abandonné dès la naissance par sa mère, n’ayant jamais connu son père, il a d’abord été élevé par sa grand-mère maternelle. Puis à l’âge de 8 ans, sa mère Inez souhaitant le récupérer, il passe le reste de son enfance à Brooklyn. Il a 14 ans en 1962 quand sa sœur lui fait assister à ce fameux concert de James Brown (consigné sur le Live At The Appolo Vol 1) qui va changer sa vie. Cette même année il s’enfuit de chez lui. Fatigué de vivre dans un sous sol insalubre et une misère indescriptible, il préfère la liberté du sans abri qui a la rue pour royaume et le métro pour dortoir.

Dans un documentaire intitulé Soul of America qui lui sera consacré en 2012, Bradley raconte qu’il avait peur que sa mère, au comportement très instable, ne finisse par lui faire du mal. Une vie d’errance débute pour lui au cours de laquelle, il va devenir cuistot dans un hôpital psychiatrique, survivre d’expédients et de jobs minables entre le Maine, le Canada, l’Alaska et la Californie. Tout en accrochant ici et là d’épisodiques engagements dans des clubs. En 1996 sa mère lui demandant de se rapprocher d’elle, il retourne habiter avec elle à Brooklyn. C’est à cette époque qu’il se fait connaître sous le nom de The Black Velvet. Mais aussi qu’il manque de mourir après une injection de pénicilline et qu’il assiste impuissant au meurtre de son frère en pleine rue commis par l’un de ses neveux.

Tout ce vécu extrême du ghetto, toute cette expérience de vagabond au long cours et aux lendemains incertains, il aura finalement l’opportunité d’en traduire la douleur, la poignance dans ses propres compositions. Repéré par Gabriel Roth et Tom Brenneck de Daptones, label devenu refuge des gueules cassées de la soul ( à l’image de Sharon Jones), il est soudain propulsé dans une lumière autrement intense que celle éclairant les scènes de seconde zone où il a coutume de se produire. Sans se laisser aveugler, il saisira cette opportunité pour coucher sa vérité sur trois albums, No Time of Dreaming, Victim of Love et Changes, au goût âpre comme l’avait été toute son existence. Ces disques enregistrés avec les Bullets ou le Menaham Street Band, répondent à merveille à la vocation profonde de la soul music qui est de confire dans une exubérance rédemptrice les tragédies du quotidien. Sur le dernier album paru en 2016, on l’entend reprendre un titre du groupe de métal Black Sabbath intitulé Changes, faisant ainsi écho à tout ce qu’il avait traversé, heurs et malheurs, à ce que la roue indomptable du destin lui avait fait endurer. Charles Bradley, James Brown du pauvre devenu icône de la soul, est mort la même semaine que l’ancien champion du monde de boxe Jake La Motta. Dure semaine pour la boxe. Dure semaine pour la soul. Francis Dordor

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10 albums de jazz made in France à écouter d’urgence

Sylvain Rifflet, Refocus

Marcher sur les traces de Stan Getz et Eddie Sauter n’est pas chose aisée : il fallait une solide ambition, et autant de moyens, pour refaire l'union entre jazz et musique classique célébrée par Focus en 1961. Sylvain Rifflet s'y est employé dans neuf titres comme enfantés par ce modèle, profilés sur lui en ombres chinoises. Seul soliste, il a confié les arrangements de Refocus à Fred Pallem. Intuition payante : les mille et une sonorités dont l'entoure le chef d’orchestre du Sacre du Tympan définissent une cathédrale cristalline et luxueuse, écrin royal pour l'or fin et le feutre suave de son saxophone. A retrouver le 19 octobre, sur la scène du Flow.

Aldo Romano, Mélodies en noir & blanc

En noir et blanc, comme les souvenirs d’un vieux siècle où l’émotion s’imprimait en gris clair et gris foncé, érotisme de l’anthracite, terreur de l’ombre et fascination du blanc, toute une enfance de l’imagination – nos enfants, à nous, rêveront-ils jamais en noir et blanc ? Né en ce temps-là, Aldo Romano revient aujourd’hui sur neuf de ses compositions et une reprise de Manset. Il joue avec une grande simplicité, en compagnie du contrebassiste Michel Benita et de Dino Rubino, pianiste d'une distinction rare, adepte de la note juste et de la mélodie tendre. C’est d’une concision, d’une économie parfaite, où toutes les nuances ont leur place, du noir au blanc.

Pierrick Pédron, Unknown

Après la fusion futuriste de AnD The, c’est un nouveau virage à 180° pour Pierrick Pédron, qui revient à une forme plus conventionnelle, le quartet avec piano, sans renoncer pour autant à son originalité. Unknown est ainsi traversé d'abandons lyriques et de sauts d'intervalles inattendus – on songe parfois à Monk, auquel Laurent de Wilde, réalisateur de l'album va bientôt rendre hommage sur disque  –, de phrases concises, de slaloms be-bop et de tensions qui s'acheminent vers le cri sans s'y résoudre. Partout domine une vigueur dénuée de nervosité, comme si le saxophoniste acceptait pleinement d'être traversé par un tumulte d'émotions et de sentiments. Quand un musicien atteint cet état, l'écouter ne peut que faire notre bonheur. A retrouver au Duc des Lombards les 23, 24 et 25 octobre.

Fred Nardin Trio, Opening

A tout juste trente ans, Fred Nardin est le pianiste français qui monte. Depuis quelque temps, on le trouve partout, à écumer les clubs, à participer aux aventures de l’Amazing Keystone Big Band ou à accompagner des chanteuses (Cécile McLorin Salvant, Véronique Hermann Sambin…). Ce disque en trio dévoile toute l’étendue de son talent, une précision rythmique époustouflante, des développements mélodiques cohérents, une vélocité maîtrisée et un toucher toujours délicat. Répugnant aux grands effets faciles, Opening demande à être écouté avec attention : il distille le charme de l’audace chez un musicien déjà brillant, et qui n’a sûrement pas encore atteint son sommet. A ne pas manquer, le 13 octobre au Duc des Lombards.

Bruno Tocanne, Sea Song(e)s

Concevoir une suite musicale d’après le Rock Bottom de Robert Wyatt, “source inépuisable d’émotion et d’inspiration”, comme l’écrivent Bruno Tocanne et Sophia Domancich, l’idée paraît aussi stimulante qu'impossible. Il y a péril à s’approcher d’une œuvre à ce point achevée et énigmatique dont le trouble passe les années tel un ressac sans fin. Batteur et compositeur d’une grande sensibilité, Tocanne et ses acolytes ont su se placer exactement où il fallait, laissant ce trouble devenir une autre musique, non moins belle, non moins envoûtante, œuvre de résonances et d'une puissance propre, qu'on ne songe pas à comparer à son inspiratrice. Gros coup de cœur, Sea Song(e)s sort le 6 octobre.

Courtois, Erdmann, Fincker, Bandes originales

Etrange dénomination que celle de “musiques de film”. Lorsqu’elles sont réussies, elles échappent si bien au service des images qu’elles suggèrent en nous d’autres cinématographies, plus intimes, étrangères à toute réalisation antérieure. Ces films que l’on se fait, le violoncelliste Vincent Courtois en donne une très belle traduction dans ce disque plein de sève et de rêve. Avec Daniel Erdmann et Robin Fincker, il suggère des thèmes de Marin Marais (redécouvert par le grand public grâce au film Tous les matins du monde), John Williams, Nino Rota ou Giovanni Fusco pour mieux les réinventer, en inventer de nouveaux, laisser l’imagination vagabonder. Le résultat est magnifique. Bandes originales sort le 6 octobre, à découvrir en concert le 23 octobre au New Morning.

Arnaud Dolmen, Tonbé Lévé

Inutile de rappeler l’excellence des rythmiciens caribéens, il suffira de préciser qu’Arnaud Dolmen a officié auprès de Jacques Schwartz-Bart, Franck Nicolas ou Sonny Troupé pour donner une idée de sa propre valeur comme batteur. Dans ce premier album solo, on découvre aussi le compositeur, adepte du gwoka (musique et danse de tradition guadeloupéenne) et de polyphonies légères aux suavités à peine voilées de mélancolie. Au-delà des grooves – il est bien difficile de ne pas bouger à l'écoute d'une musique aussi chaloupée –, cette douce-amertume constitue la meilleure incitation à faire "tonbé lévé" le 2 novembre, au Studio de l'Ermitage.

Rodolphe Lauretta, Raw

Lorsqu’on joue du saxophone, opter à l’heure du premier album pour la formule en trio, c’est faire preuve de témérité, presque d’imprudence. Sans le soutien d’un instrument harmonique, le soliste se retrouve à devoir engager énormément de lui-même et à prendre tous les risques. Rodolphe Lauretta n’a pas reculé devant cette responsabilité, il a su choisir ses hommes (Arnaud Dolmen, que l’on retrouve ici en dynamiteur permanent, et le contrebassiste Damien Varaillon, pas moins assidu à régler son pas sur le sien) pour déployer une musique brute, pleine d’aspérités et de volonté obstinée. Un tour de force effectué avec aisance qui ravira sûrement le public de la Petite Halle, le 30 septembre.

Fox + Chris Cheek, Pelican Blues

A chaque musicien son temps, une manière de l’assouplir ou de le brusquer, de le presser ou de le retenir. Pierre Perchaud, lui, aime à instaurer une distorsion presque nonchalante de l’air où ses thèmes et soli de guitare trouveront leur envol propre, d'une souplesse pleine d'élégance. Déjà auteur d’un bel album en 2016, Fox (trio ici augmenté du saxophoniste Chris Cheek et, par instants, de Vincent Peirani et Christophe Panzani) dévoile davantage ses ambitions avec Pelican Blues, album poétique et burlesque parfumé aux épices de la Nouvelle-Orléans. Sortie le 6 octobre, à retrouver en concert le 26 octobre, au Studio de l'Ermitage.

Jacques Thollot, Thollot in extenso

Disparu il y a 3 ans, Jacques Thollot laissait une œuvre rare par le nombre d'enregistrements (5 albums sous son nom) et plus encore par son exigence, sa complète extériorité à l'évidence, au convenu. Pas tout à fait de ce monde, le batteur, ex-enfant prodige choyé par de très grands noms, était aussi un homme aimé pour ses mystères et sa poésie. Ce disque en témoigne, qui présente les dernières compositions de Thollot telles qu'il les avaient enregistrées avec son quartet, ou interprétées par des amis, sa fille Marie, des musiciens à qui il était cher. C'est un objet précieux, empli de battements de cœur et qui a bénéficié d'une édition remarquable, à la hauteur de l'intention : continuer de vivre et de faire vivre.

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Les 7 clips qu'il ne fallait pas rater cette semaine

Hyacinthe Le regard qui brille (feat. Ammour)

Clip de hipster signé Colin Solal Cardo, qui est par ailleurs shortlisté deux fois pour les UK Music Video Awards 2017, c'est-à-dire là où les choses se passent vraiment dans le monde du clip. Ceux que ça intéresse peuvent checker la liste complète ici en attendant la cérémonie de remise des prix. Elle aura lieu le 26 octobre à Londres.

Charlotte Gainsbourg Deadly Valentine

Avec Dev Hynes en guest <3

Lawrence Rothman Jordan (feat. Kristin Kontrol)

On vous reparlera bientôt de cette créature fascinante qu'est Lawrence Rothman. Mais pour l'heure, on se concentre sur son nouveau clip réalisé avec élégance par Floria Sigismondi.

Shamir 90's Kids

Un clip très cool et très efficacement résumé par le titre du morceau.

Orelsan Basique

C'est ce qu'on appelle un retour bien lancé : Orelsan a squatté les TL toute la semaine avec son nouveau morceau et son nouveau clip, une grosse performance visuelle signée Greg & Lio. A base de travelling arrière, de plan séquence, de drone et pourquoi pas de popopopop.

Tom Tom Club As Above So Below

Eh ouais, Tom Tom Club. Ils fêtent le 36e anniversaire de leur premier album avec ce clip bien wtf signé Nico de Pouldu et Jim Swaffield. Ça se passe sur une plage bretonne avec une batterie et des poules. Notamment.

ZHU & Nero Dreams

Et on termine avec un énorme bad.

Bises.

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De Kendrick Lamar à Philip Glass, Nosaj Thing est l'un des hommes-machines les plus doués de sa génération

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nosaj Thing a fait pas mal de chemin depuis que Kid Cudi l’a découvert en 2006 via Myspace et officiellement lancé en 2008 en lui confiant la production de son single : Man On The Moon. En à peine dix ans, le Californien a collaboré avec le gratin du hip-hop américain (Kendrick Lamar, Chance The Rapper, Busdriver, etc.), tourné avec James Blake, probablement inspiré Justin Timberlake pour la réalisation de Blue Ocean Floor et remixé aussi bien Portishead et Radiohead que The XX ou Philip Glass – n’y cherchez pas de cohérence, appréciez simplement le geste, celui d’un artiste curieux qui n’a jamais cherché à masquer ses goûts derrière quelconques apparats, ni couru à tout prix après les tubes et le succès.

Un tube, sinon rien

À lire ses différentes interviews, Jason Chung ne serait pourtant pas contre l’idée de poursuivre le travail entamé au croisement des années 1990 et 2000 par Timbaland et The Neptunes, des producteurs qu’il admire et dont il a longtemps tenté de reproduire les gimmicks dans sa chambre ou en studio. Car, si Nosaj Thing (dérivé de l’expression "No such thing", "ça n’existe pas" en VF) a déjà investi avec brio le monde du hip-hop et de la pop (cf : ses collaborations avec Toro Y Moi et Kazu Makino de Blonde Redhead), il sait qu’il lui manque encore ce single qui assurerait sa notoriété et l’imposerait auprès du grand public comme l’un des grands producteurs actuels.

Important, Nosaj Thing l’est en tout cas pour tous ceux qui ont tenté de comprendre sa démarche, qui respectent sa volonté de capter des sons dans des endroits uniques (festivals, aéroports, musées) et qui ont déjà tendu une oreille attentive à ces trois premiers albums : Drift, composé le moral dans les chaussettes suite à une rupture amoureuse, Home, un deuxième album tout aussi plombé que le premier, cette fois-ci par des problèmes de santé qui l'obligeront à annuler sa tournée, et Fated, dont l’écoute au casque est fortement conseillée.

Hold-up

Le quatrième, Parallels, a sans nul doute été composé avec la même exigence, tant tout y paraît extrêmement réfléchi, méticuleux, presque narratif. Impossible pour autant de ne pas remarquer que Nosaj Thing en profite aussi pour lâcher un peu la bride, pour s’éclater et laisser ses différentes envies s’exposer plus clairement. Sur U G, on entend ainsi de quoi ambiancer n’importe quelle soirée branchée, sur Form, on distingue une simple ritournelle synthétique encourageant l’hypnose, tandis qu’How We Do et All Points Back To U font la part belle aux ambiances à la fois atmosphériques et vaporeuses. Pas un hasard quand on sait que le Californien s’est fait voler l’ensemble de son studio en 2015 (soit 20 000 dollars de matériels et deux ans de travail) et que cet incident, tel qui le confie dès qu’on lui pose la question, l’a incité à aller vers plus de spontanéité, à ne plus perdre de temps en studio.

The Man-Machine

Alors que Fated cumulait les morceaux relativement courts et un brin expérimentaux, Parallels, lui, forme un joli bloc sonore, résultant d'un véritable travail collaboratif en studio, d'“une nouvelle énergie qui m'a encouragé à ne pas me mettre de barrière”, comme Nosaj Thing le précise dans le communiqué de presse. On y retrouve Zuri Marley (petite fille de Bob et fille de Ziggy), Kazu Makino et Steve Spacek au chant, ainsi que toute une tripotée de proches conseillés, signés ou non sur son label.

Car Nosaj Thing, seul artiste électronique du catalogue d’Innovative Leisure, est également à la tête de Timetable depuis 2013, une structure qui lui permet de publier la musique de ses potes (celles de Whoarei et Gerry Read valent particulièrement le détour) tout en mettant au point des lives nettement plus aboutis que la plupart de ses contemporains. Pour cela, le Californien s'associe régulièrement au vidéaste japonais Daito Manabe, déjà auteur du clip Eclipse/Blue en 2012 et présent aux côtés du producteur lors de sa dernière performance - très graphique - au Sónar Festival en juin dernier. Ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais ça en dit long sur la maniaquerie extrême d'un producteur obsédé à l’idée de mettre en son l'une des discographies les plus libres et généreuses apparues ces dernières années au sein des musiques électroniques.

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Niska : &quot;J'ai envie de marquer l'histoire&quot;

T'attendais-tu à devancer "Despacito" cet été, quand tu as sorti "Réseaux" ?

Honnêtement non. Réseaux, c'est un morceau qui est plutôt street, alors dépasser des morceaux aussi commerciaux que Despacito, c'est chaud [rires].

Avec le recul, comment analyses-tu son succès ?

C'est très lié à mes gimmicks. Le "pouloulou", c'est un truc pour les enfants, ça reste en tête. Ce que je raconte dans le refrain, ça touche beaucoup de personnes en fin de compte. Le fait de ne pas se faire "follow back", on connaît tous !

Même chose pour le titre "Snapchat"?

Pareil ! Sauf que Réseaux c'est sur les réseaux sociaux et Snapchat, c'est dans la vie réelle. Tu es directement dans le mouvement, tu demandes son snap à la meuf et elle te le refuse net ! Réseaux c'est un petit peu plus virtuel.

Tu racontes à chaque fois des histoires que tu as directement vécu ?

L'histoire de Réseaux m'est réellement arrivé. Dans Snapchat, c'est l'histoire d'un pote mais ça m'ait bien sûr déjà arrivé qu'une meuf me rembarre sur snap [rires].

Quand tu écris, tu racontes ta vie ou tu cherches à toucher une génération ? Il y a-t-il une part de "stratégie" dans ta manière d'écrire ?

Non, je suis peu stratège dans ma manière d'écrire. J'essaye de raconter ce que je vis et les différents faits et gestes de mon entourage. Les premières personnes que j'essaye de toucher, ce sont mes potes, les mecs d'en bas, de la cité et du quartier. Si les morceaux vont plus loin, et bien tant mieux.

Les rappeurs s'emparent beaucoup du thème de la rupture numérique à l'image de "E. Signaler" de Damso. Comme le symbole d'une génération où les relations sociales se tissent aussi sur ces nouvelles plateformes ?

Nous sommes la génération réseaux sociaux. On est complètement dedans. Aujourd'hui, les enfants de onze ou douze ans ont tous un smartphone avec Snapchat dessus. Les gars voient une fille qui leur plaît : "Ah bon !" Tac, ils enregistrent le nom et ils vont le rechercher sur Instagram : "Salut ! C'est moi le gars de tout à l'heure" [rires].  Il n'y a même plus besoin de demander son numéro.

"Commando" c'est le nom de ton troisième projet. Comment le qualifies-tu dans ta carrière ? Est-ce l'album grâce auquel on va mettre un visage sur le nom de Niska ?

C'est la vérité. Je suis arrivé avec un morceau fort, Matuidi Charo, mais les gens ne l'avaient pas encore relié à Niska. Ensuite, il y a eu le Sapé comme jamais, mais c'était le morceau de Gims. Mes plus proches fans, qui m'ont soutenu depuis le début le savent, pas forcément le grand public. Avec Réseaux, j'étais très exposé. Je suis tout seul, et c'est la deuxième fois qu'on frappe en quelque sorte. Ça marque les gens qui se disent : "Ah ouais, ah c'est lui qui avait fait Matuidi Charo, ah c'est lui qui avait fait Sapé comme jamais." La reconnaissance arrive grâce à ce morceau, et c'est avec cet album-là que les gens vont mettre une image sur mon nom.

Peux-tu nous raconter l'histoire du clip de "Réseaux", qui est devenu l'un des plus populaires du rap français ?

En réalité, ce clip est une vengeance. J'en avais fait un premier dans une ambiance plus "dark", plus esthétique. On avait voulu faire le gros clip télévision, qui va choquer la France. Mais c'était finalement trop sombre pour moi.

C'est-à-dire ?

Tout était beaucoup plus statique. Il y avait un fond noir, beaucoup de décors. On avait tourné en studio, en avance, un mois avant la sortie du single. Mais cinq jours avant, je l'ai revisionné et j'ai eu un déclic. Je me suis dit : "Non je ne peux pas le sortir. Ça ne colle pas avec mon image, c'est trop dans le futur." Il fallait que je revienne vers ma base, avec un clip plus maîtrisé, dans mon style. Voilà pourquoi on a ramené la bando en quelque sorte : quelques jolies femmes, des grosses voitures et du bling bling.

Tu affirmes ne pas être stratège mais tu as bien perçu que ton public ne te suivrait pas forcément si tu ne sortais pas le bon clip…

Je ne vois pas ça comme de la stratégie. Je me suis surtout dit que j'étais à côté de la plaque avec la première version du clip. J'allais décevoir alors que le morceau me plaisait. Ça aurait été du gâchis, surtout que le morceau est relativement joyeux. Avec le premier clip, très clairement, on aurait jamais fait 100 millions de vues.

Tu fais partie d'une génération de rappeurs pour qui les revendications sociales ou politiques ne sont plus aussi prégnantes. Aujourd'hui, le plus important c'est de réussir et de s'en sortir ?

Notre message est clair. On veut monter à nos petits frères ou à ceux qui veulent débuter dans la musique qu'ils peuvent réussir. L'époque d'Iam, de NTM, c'est autre chose, c'est loin. Les confrontations avec la police étaient alors plus brutales je pense. On ne vit pas le même phénomène aujourd'hui. Ce n'est pas le message principal qu'on veut faire passer. Si tu dis à un petit d'aller se confronter à la police, ça va le porter où ? Nulle part. On est plus dans la musicalité et moins dans le message politique. Je ne suis pas venu pour ça.

Est-ce que ces thématiques te travaillent parfois, ou tu te dis que ce sont deux choses dissociées ?

Si je sors d'un contrôle chaud avec la police, il y aura très certainement quelques punchlines qui vont arriver. Je vais en taquiner un ou deux. Mais je ne vais pas m'attarder à faire un morceau ou une thématique d'un album sur ce sujet. Ce n'est pas possible.

Aujourd'hui les rappeurs et les footballeurs sont intimement liés. Les noms des footballeurs ponctuent régulièrement les textes des rappeurs. Comment l'expliques-tu ?

C'est générationnel. Les footballeurs actuels font partie de la génération rap, ils ont grandi avec du Booba, du Rohff, du Mac Tyer, etc. Ce n'est pas téléphoné tout ça, c'est naturel pour eux. Ils kiffent ce style de musique et ça crée automatiquement des liens. Tu vas les croiser dans des événements Nike ou Adidas. Les contacts se font plus naturellement alors qu'avant, les anciennes générations de foot écoutaient moins de rap.

J'en parlais aussi avec un footballeur qui m'a exposé son point de vue. Le rap aujourd'hui a fait son entrée en boîte de nuit, dans les soirées. Ce n'est plus qu'un simple message. Imagine-toi un footballeur dans son bus qui écoute un message la tête collée contre la vitre. C'est fini. Ils ont envie de s'enjailler même dans le vestiaire. Mettre le dernier son de rap qui a pété. Regarde Neymar, il arrive à Paris, il voit les autres joueurs se chauffer sur un morceau dans le vestiaire, il se demande c'est quoi ce morceau et boom il kiffe et fait une vidéo.

Tu as eu des contacts avec Neymar depuis cette fameuse vidéo ?

Non, pas encore.

Tu es d'origine congolaise mais tu ne t'es jamais rendu dans ce pays. L'omniprésence de l'africanité dans ta musique est-elle une façon pour toi de revendiquer tes origines ?

C'est dans mon subconscient tout ça. J'ai grandi entouré de cette culture. Dans les fêtes congolaises, chez moi, c'est un quartier du Congo à part entières à mes yeux [rires]. Les tantes qui viennent, qui ramènent des expressions avec elles, te racontent des histoires de là-bas. Quelque part, j'y suis déjà allé sans y avoir mis les pieds. Au final, quand on se retrouve dehors entre potes, on partage nos cultures. Je vais apprendre des mots de ma langue à des amis sénégalais, maliens, maghrébins, etc. On a beaucoup échangé en grandissant ensemble. Quand j'écris des morceaux maintenant, j'ai toutes ces cultures qui remontent et ça nourrit ma musique.

Ressens-tu une forme d'appréhension à visiter l'Afrique ? 

J'essaye de m'y préparer psychologiquement. De ne jamais y être allé, c'est déjà bizarre. Mais là en plus, avec mon statut… Le Congo-Brazzaville, contrairement à la RDC, c'est très petit. Le bouche-à-oreille va très vite et je pense que c'est un pays où énormément de personnes me connaissent, ils ont entendu parler de moi sans ne m'avoir jamais vu. C'est une épreuve que j'ai envie de vivre. J'attends qu'on m'y invite en concert car y aller comme ça sans un minimum sécurité… J'appréhende un petit peu.

Dans les instrus rap actuelles, on ressent une vraie empreinte de l'Afrique : MHD, Damso, DKR de Booba…

Les gens s'intéressent aujourd'hui à cette musique africaine, à l'image de Drake qui s'inspire de sonorité du Nigéria dans sa collab avec WizKid. D'autant qu'ils sont anglophones, ce qui a permis d'ouvrir pas mal de portes. Le monde entier s'y est intéressé suite à ça. En France, le morceau Sapé comme jamais a fait figure de test en quelque sorte, il a bien pris. Ça a permis d'ouvrir de nouvelles portes et de donner naissance à de nouveaux courants.

Peux-tu nous parler des amis qui constituent aujourd'hui ton cercle musical rapproché ?

La plupart je les connais depuis l'adolescence. Papus, mon manager, habite à 100 mètres de chez moi. Son père est mon voisin du dessous. Nimko, qui s'occupe de ma sécurité, habite aussi en bas de chez moi. Tchétché, c'est mon ami d'enfance, on est allé au même collège. Skaodi, j'ai commencé le rap avec lui et il est présent en featuring sur tous mes projets. On a tous grandi ensemble et c'est important pour moi qu'ils soient là. Ça m'apporte de la stabilité, ils me protègent.

Ils te remettent les pieds sur terre parfois ?

Obligé ! Ils ont la facilité de pouvoir me remettre les pieds sur terre, sans se dire : "Ah mais je suis en train de parler à Niska en fait." C'est ça qui est bien. Ils ne parlent pas à Niska, ils parlent à Stani. Je suis leur ami d'enfance. Ça me fait du bien d'être entouré d'eux quand je sors de concert. Je ne suis pas avec des relations de travail, j'ai besoin d'en sortir.

C'est difficile de gérer la célébrité pour un jeune homme comme toi ? Tu n'as que 23 ans…

Au début, j'étais content d'être pris en photo, etc. J'allais carrément à la rencontre des gens dans la rue. Avec le temps, je ne cache pas qu'il y a certains moments où ça me fait moins plaisir. Quand je viens de me prendre la tête, quand je sors fumer une clope et qu'en bas on me demande prendre une photo, je n'ai pas toujours envie. Je suis un être humain.

N'as-tu pas peur que tes rapports sociaux plus tard soient altérés par le fait que tu sois une célébrité, par rapport à la sincérité ?

C'est bien pour cela qu'il est nécessaire d'avoir son propre cercle de proches et ne se fier qu'à eux. Tu peux parler avec quelqu'un, qu'il soit sincère ou pas, il faut savoir mettre la distance nécessaire.

Tu as grandi à Evry. Qu'est-ce que ça représente à tes yeux d'avoir vécu dans une ville nouvelle, quels souvenirs gardes-tu de ton enfance là-bas ?

Evry c'est la base, c'est tout pour moi. C'est mon enfance, mon adolescence. Chez nous dans le 91, on est réputé pour beaucoup de rixes entre les différents quartiers, Evry, Grigny, Corbeil, etc. Tout ça m'a apporté beaucoup d'expérience, m'a permis de raconter beaucoup d'histoires et d'anecdotes dans mes morceaux.

Beaucoup de rappeurs viennent de l'Essonne, pourtant on n'a jamais senti une vraie revendication du label "rappeurs du 91", pourquoi ?

Quand même un peu. Après, on est réputé ici pour avoir un côté un peu "décalé" dans la musique. Prends Alkapote par exemple, comparé à ce qui se faisait avant à l'époque où il était là, c'est un peu décalé tu vois [rires]. Sinik a vraiment été dans le créneau, son truc a pris au niveau national, c'était un truc de fou. Ol'Kainry il avait son style bien particulier aussi. On n'a pas eu la chance d'avoir pu éclater à l'échelle nationale, que tout le monde soit au courant. Avec le temps, le stream et l'évolution de l'information, des artistes comme PNL, Ninho ou moi vont pouvoir être exposés.

Qu'est ce que tu écoutais plus jeune ?

De tout. A la maison beaucoup de ndombolo, du Koffi Olomidé, du Fally Ipupa du Werrason ou Papa Wemba. Après, je suis arrivé dans le bando et j'ai découvert les derniers albums de Rohff, Booba, de la Mafia K1'fry ! J'ai tout écouté. J'ai mis un peu plus de temps à me mettre à la musique américaine mais aujoud'hui je kiffe.

Tu as cité PNL, groupe du 91, comme toi. Tu les connaissais avant qu'ils explosent ?  

Non pas du tout. Je ne les connaissais pas.

Quand as-tu commencé à vouloir faire du rap, à écrire tes premiers textes ?

C'était à l'époque de Sinik. Dans le 91, on avait cette tête d'affiche, j'aimais bien son côté underground avec les clashs qu'il faisait. Avec mes potes à la récréation, on aimait bien se faire des petites séances. C'était l'époque de la sortie du film d'Eminem, 8 Mile. On faisait ses battles en impro. De là, j'ai commencé à écrire mes premiers textes. On volait deux trois phrases de Sinik, on les remodelait dans nos textes histoire de faire croire qu'on était trop chauds [rires].

Tu es allé à la fac. Tu faisais quoi comme études ?

Après un bac STG marketing, j'ai poursuivi des études en sciences économiques et sociales à la fac d'Evry. Mais ça ne m'a pas plu. Le fait d'être autonome pour aller à l'école, ce n'était pas pour moi [rires]. Je ne suis pas le genre de mec à avoir un parcours programmé depuis tout petit. Je me suis demande ce que je voulais faire et je me suis rendu compte que j'étais assez sociable. J'aime partager avec les gens, apprendre de l'humain, discuter avec les gens et écouter leurs histoires. De là, j'ai démarré des études pour devenir éducateur spécialisé. Le diplôme se passait en trois ans. Mais au bout de deux, la musique est arrivée, il a fallu faire un choix.

Tu avais fait des stages ?

Oui, j'avais fait des stages auprès de personnes handicapés, des autistes, des jeunes en foyers. On devait toucher un peu à tout.

Le rap est une discipline assez individualiste. Toi-même, tu te situes dans un registre très égotrip. A l'inverse, éducateur, c'est un métier conditionné par l'altruisme. Tu devais être indécis au moment d'abandonner, non ?

C'est vrai mais quelque part, la musique est un partage aussi. On est autonome car on a une part de travail seul, faire nos recherches à droite à gauche. Mais au final, quand le CD sort, tu partages de l'émotion avec les gens. Mon choix n'a pas été très difficile à faire en réalité.

Comment ta mère a réagi quand tu lui as annoncé que tu plaquais tes études ?

Je te laisse imagine sa réaction [rires]. Je ne lui ai même pas dit en fait, je lui ai imposé. Elle a vu que je ne pouvais pas continuer les cours, c'était impossible pour moi. Elle savait que je faisais de la musique mais elle pensait que c'était surtout une passion pour tuer le temps. Quand elle a vu elle-même le boomerang revenir sur elle, mes tantes qui l'appelaient de l'Afrique, elle s'est dit : "Ah ouais, c'est sérieux." Ma mère c'est mon premier DA. Elle s'implique à fond. Elle me donne son avis sur chaque clip.

Elle vient sur le tournage des clip ?

Ah ça non ! [rires] Ce serait trop prise de tête, elle va me crier dessus pour un rien. Par contre à la maison, elle est vraiment concernée, elle suit tout à la trace, ça fait plaisir et ça me donne de la force. Quand j'arrive devant un obstacle ou si je traverse une période difficile, je sais que j'ai ma mère qui me soutiens. C'est une source de motivation pour persévérer.

Quel est ton processus d'écriture ?

Je ne fais pas trop de sessions d'écriture. Je note beaucoup d'anecdotes sur mon téléphone, les scènes qui ont pu me marquer dans la journée, les phrases ou les punchlines. Quand j'arrive en studio, il y a une instru, je regarde mes notes et je démarre.

Tu ne composes pas tout d'un seul coup en rassemblant tes différentes notes ?

Je marche à l'impro. J'écris quand même certaines choses pour me souvenir mais tout s'opère au moment où je vais poser en fait. C'est très rare que j'écrive à l'avance.

Où puises-tu le reste de inspirations ? T'appuies-tu sur d'autres références culturelles comme des séries, des films ou des livres ?

Je ne regarde pas beaucoup la télévision. Pas trop de films non plus. Ce qui m'inspire, ce sont les biographies des grandes hommes. J'aime bien étudier leur ascension, leur parcours vers le sommet. La biographie de Mohamed Ali, celle Mike Tyson ou de Ghandi… Des livres de personnalités moins connues aussi par le grand public mais plus dans le bando.  Comme Iceberg Slim, un des premiers mac aux Etats-Unis. Je lis, je me mets à la place du héros, j'essaye de vivre les scènes. Découvrir et comprendre la mentalité de ces personnalités, c'est ce qui me plaît, je m'en inspire beaucoup.

Tu souhaites marquer l'histoire du rap français ?

Toujours. J'ai envie de marquer l'histoire, de la raconter plus tard aux autres. Que les mecs voient et disent : "Il a vraiment fait quelque chose". Pour pouvoir être crédible et que mon message touche le plus de personnes.

Ali, Tyson, t'es amateur de boxe ?

La boxe, je kiffe. Le rap c'est comme la boxe. Du combat de fond tout le temps. Quand tu sors l'album, c'est comme le jour d'un combat. On va savoir si tu vas mettre KO les adversaires ou si tu vas gagner aux points. Toute l'année, je suis en compétition. Quand on ne voit pas les boxeurs, c'est parce qu'ils sont à l'entraînement, nous c'est pareil, nous sommes en studio.

C'est bon t'es au poids pour "Commando" ?

Pour ce combat-là, ça va [rires].

"Tuba Life" marque ta deuxième collaboration avec Booba. Est-ce qu'il t'a donné des conseils particuliers ?

Pour revenir à ce que je te disais sur les livres, Booba c'est pareil. Je l'ai écouté et je l'ai apprécié. Je respecte énormément ce qu'il a accompli dans la musique, c'est un exemple pour nous, les mecs de cité. Il m'a beaucoup apporté en me parlant de son propre vécu en fait. Il m'a raconté des anecdotes sur plusieurs épisodes qu'il a rencontrés au cours de sa carrière dans la musique. Les pièges dans lesquels ne pas tomber, ce à quoi je dois faire attention, les orientations musicales que je devrais prendre. On continue de se parler régulièrement.

Vous avez enregistré le titre ensemble ?

Oui contrairement au titre précédent [M.L.C, ndlr]. Je me suis rendu à Miami dans son propre studio pour l'enregistrer.

Comment as-tu vécu le départ de Matuidi pour la Juventus de Turin ?

Honnêtement, je n'étais pas déçu mais content pour lui. La Juventus est un grand club européen et Matuidi commence à vieillir un peu… Dans le foot, c'est dur de rester au top quand tu vieillis, on te prend moins au sérieux… En plus au PSG avec l'arrivée de Neymar, de Dani Alvès, je pense qu'il a fait le bon choix pour finir sa carrière en beauté.

Qui reprend l'étendard du charo au PSG ?

Je pense que vous l'avez tous vu. Il est venu cet été et il a dansé sur Réseaux. Ensuite il a rendu hommage à Matuidi, donc quelque part, il s'est emparé du flambeau. [Il parle de Neymar, ndlr]

C'est impressionnant la façon dont les rappeurs réussissent à faire entrer des expressions dans le domaine public comme "OKLM", "charo" ou "bando"…

Je ne saurais pas l'expliquer mais je pense que les mecs qui écoutent notre musique se sentent concernés. A tel point qu'ils s'approprient les expressions comme si c'était à eux tout simplement. OKLM au final, quand tu le dis, tu ne penses même plus à Booba. J'en entends parfois dire : "Oh lui c'est un vrai charo". Ce n'est pas pour autant qu'ils pensent à Niska quand ils le disent. [rires]

Propos recueillis par Julien Rebucci et David Doucet

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Toute l’étendue de la musique électronique d’aujourd’hui était à Toulouse

Porté avec une ferveur indéfectible par l’association Regarts, qui organise divers autres événements tout au long de l’année à Toulouse, le festival Electro Alternativ transforme durant une dizaine de jours la ville rose en vibrante plateforme des musiques électroniques et des cultures numériques. Pour l’occasion sont investis non seulement des clubs/salles de concert, à commencer par l’emblématique Bikini, mais également des lieux plus inattendus (théâtre, musée ou centre culturel). Aux live et DJ-sets s’ajoutent quelques extras – conférences et workshops – à visée pédagogique.

Côté programmation musicale, cette 13e édition s’est montrée fidèle à l’esprit d’ouverture qui fait la spécificité première du festival, les organisateurs ayant à cœur de refléter l’électrosphère contemporaine, si foisonnante, dans toute sa diversité. Un large spectre a ainsi été traversé, de la house à la bass music en passant par la trance, l’électro ou la techno. La zone d’exploration ayant même été étendue jusqu’au post-rock – avec les ébouriffants Oiseaux-Tempête – et à la musique contemporaine – avec le Cabaret Contemporain, ensemble rompu aux hybridations hors catégories.

Electro déstructurée

Singulièrement chamarrée, la deuxième semaine de réjouissances est tout à fait représentative du sens du métissage sonore qui sous-tend Electro Alternativ. Au programme, tout d’abord, une soirée à coloration orientale proposée au Metronum, chouette SMAC récemment ouverte en périphérie de Toulouse. Premier à monter sur scène, le groupe marocain N3rdistan n’emporte pas vraiment l’adhésion avec sa musique (un peu trop) éclectique : si les morceaux les plus lents et planants – lorgnant vers le blues du désert à la Tinariwen – séduisent joliment, les morceaux plus offensifs et revendicatifs – dans un style de fusion bien punchy – fatiguent rapidement… Leur succède Deena Abdelwahed, dont la prestation magistrale fut un grand moment du dernier Sonar. Si elle n’a visiblement rien perdu de sa dextérité, son électro savamment déstructurée (voire fracturée, voire fracassée) ne prend ici pas le même relief, du fait d’un public trop clairsemé – mercredi oblige.

Le lendemain, une belle découverte nous attend au Centre Culturel Bellegarde avec le live audiovisuel de Modgeist, projet mené conjointement par Mikaël Charry (à la musique) et Arnaud Courcelle (à la vidéo). Placés l’un en face de l’autre, de profil par rapport à l’écran, les deux acolytes nous happent tout du long dans leur univers rétro-futuriste, agrémenté de micropointes d’humour, en cultivant le plus possible l’interaction avec les spectateurs, debout en demi-cercle autour d’eux. Entièrement conçue à partir d’un système modulaire, la musique, entre electro et techno, révèle en particulier une belle force d’attraction, qui devient même franchement irrésistible sur certains morceaux.

Villalobos hors jeu

Après une nuit de vendredi au Bikini dédiée à la bass music (avec – forcément – une importante délégation britannique), arrive le samedi, dernier jour de ce 13e Electro Alternativ. La clôture est prévue en deux parties : d’abord en plein air sur le parvis du Musée des Abattoirs, avec Ricardo Villalobos en tête d’affiche, puis au Bikini, avec un plateau techno 100 % féminin (Anetha, Steffi, Paula Temple et Rebekah). La fête est légèrement gâchée par mister Villalobos qui, sans grande surprise (le gaillard étant multirécidiviste en la matière), annule sa venue au dernier moment…

Il est remplacé au pied levé par Anetha et Rebekah, qui prennent toutes deux le parti d’asséner de la techno qui tape sévèrement (sans doute pour punir Ricardo à distance) : ça peut plaire comme ça peut paraître un chouïa déplacé dans le contexte d’un before en plein air et en début de soirée. Les choses se poursuivent ensuite dans un Bikini affichant complet. De cette nuit au(x) rythme(s) soutenu(s), très bien mise en relief par le Vjing de Move Your Fingers, se détache en particulier le set de Paula Temple, à la fois puissant et sophistiqué.

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Hyacinthe, le rap français entre violence et tristesse

On l’avait senti dès le clip de Sur ma vie. Dévoilée en avril, la vidéo montrait Hyacinthe errant en soirée au milieu de ses potes, des représentants d’une scène parisienne en pleine effervescence : les Casual Gabberz, les Pirouettes, Krampf, Jok’Air, L.O.A.S… Autant de noms qui devraient commencer à vous dire quelque chose, tant leur influence se ressent de plus en plus sur la musique fr…

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&quot;Inner City Dream&quot; : Une dernière dose de soleil fourni par Wesley Fuller

Depuis que James Bagshaw, le chanteur des Temples, a débroussaillé la sienne, la plus belle afro du circuit pop revient désormais à Wesley Fuller, Australien de 26 ans à la chevelure aussi effervescente que son tout jeune répertoire. Car, à l’image de cette spectaculaire coupe de douilles, difficile de passer à côté de morceaux tel #1 Song, imparable single qui aurait en effet bien mérité…

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Le 16 septembre, alors que le groupe canadien Alvvays est sur scène à Anvers, un homme déboule, essaie d’embrasser la chanteuse Molly Rankin en l’attrapant par le cou, échoue, n’insiste pas, mime la confusion, et disparaît. Sur les vidéos disponibles sur YouTube, Molly Rankin a l’air décontenancé. Il est facile d’imaginer une bande de gros lourds se poussant du coude en se défiant d’aller rouler u…

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